ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

08-07-12

Déviation obligatoire

La tentation à laquelle il est impossible de résister : la perspective de découvrir un pilote sur grand écran. Peut-être est-ce une séquelle du complexe des téléphages par rapport aux cinéphiles, mais rien à faire, regarder une série projetée à une salle entière, ça a toujours un charme supplémentaire. Alors, projetée dans le cadre tout en dorures et velours rouge d'un théâtre, vous imaginez bien que ça fait son petit effet.
C'est la raison pour laquelle, en dépit d'un agenda insupportable ces derniers temps, j'ai décidé de me fendre d'un aller-retour express à Fontainebleau histoire d'attraper au vol la projection de Bron/Broen, sachant qu'il m'était proprement impossible de faire mieux cette année. Série Series, rendez-vous est pris pour l'an prochain. Normalement, sans élections présidentielles, je devrais pouvoir m'organiser plus facilement, d'ailleurs.

Avec sous le bras un apprenti téléphage de mes connaissances, sur lequel je reviendrai d'ailleurs dans un post ultérieur car mes opérations de contagion ont repris, je me suis donc aventurée en pleine cambrousse, puisque Fontainebleau est à peu de choses près l'autre bout du monde pour moi qui n'avais encore jamais pris un TER de ma vie, et je suis donc allée voir la coproduction suédoise/danoise ce samedi.

BronBroen-Lights

Je dois dire que ce n'était d'ailleurs pas sans appréhension. Je savais que Livia avait énormément aimé Bron/Broen (qu'au nom de l'exactitude, je me refuse à appeler The Bridge vu que d'une part, ce n'est pas son titre, et qu'on est tous capables d'apprendre un titre original avec un tant soit peu de bonne volonté ; d'autre part, il y a déjà une série canadienne qui s'appelle réellement The Bridge, c'est pas la peine d'entretenir la confusion sans raison valable ; et pour finir, quand les remakes anglophones vont pleuvoir, on sera bien contents d'avoir appris à faire la distinction, comme on la fait pour Forbrydelsen et The Killing), mais étant par réflexe un peu réfractaire aux séries policières et polars de tous poils, je m'étais dit qu'il serait toujours temps d'y revenir plus tard, un jour où je serais bien disposée.
Et une projection dans un théâtre, c'est franchement la meilleure disposition qu'on puisse imaginer.

En tous cas, c'est le genre de cas qui vous fait réaliser à quel point suivre l'actualité d'une série sans la regarder pour autant vous permet tout de même d'en savoir long sur son univers, et je dois dire que j'étais finalement très à l'aise en démarrant ce pilote, où j'avais déjà quelques repères. Quand on est allergique au genre policier, c'est une situation qu'on est bien content de trouver.

Mais en commençant le pilote de Bron/Broen pourtant, des termes tels que "à l'aise" ou "content" sont assez déplacés. Impossible de ne pas immédiatement plonger dans l'ambiance diffusement dérangeante de la découverte de corps au beau milieu (l'exact milieu, en fait) du pont reliant la Suède au Danemark.
Les premières minutes s'égrènent en nous dévoilant progressivement des détails plus sordides et triviaux, tant à propos du crime qu'à propos de l'un de ses enquêteurs, Saga Norén. C'est résolument elle qui a les faveurs du scénariste (Björn Stein, jusque là plutôt réalisateur qu'auteur), puisqu'on nous familiarise très tôt avec sa personnalité, un élément très important de ce pilote mais qui lui permet de prendre le dessus sur son collègue danois Martin Rohde, lequel va se dévoiler plus progressivement et donc nous rester opaque pendant une bonne partie de ce pilote, se montrant uniquement sous le jour du "gentil flic" un peu unidimensionnel.

BronBroen-Saga

Saga Norén est en effet autiste. Je ne l'avais jamais lu en ces termes, mais c'était évident d'emblée. Pas autiste comme un grand nombre de flics qu'on a pu voir à la télévision ces dernières années, d'ailleurs, qui sont en réalité plutôt des caractériels asociaux qu'autre chose, mais une personne donnant tous les signes de l'absence totale de réponse émotionnel à des stimulus pourtant forts, comme peut l'être une intervention urgente au beau milieu de la nuit, la découverte du corps d'une femme politique en vue, le sentiment d'urgence d'une situation de vie ou de mort ou encore les détails ignobles révélés pendant ladite intervention. Il est clair et net que cette femme est inanimée à l'intérieur, qu'elle n'est qu'un cerveau, une tête qui a emmagasiné les règles selon lesquelles travailler, mais pas le fait qu'elle travaille avec des humains. Son absence de réponse la rend très froide d'une part, et pourtant, d'une certaine façon, presque attendrissante, comme si le spectateur se dépêchait de ressentir pour deux ce qui lui échappe à elle.
Par la suite, l'épisode va nous donner une vision plus large du "handicap" de Saga (très franchement, d'un point de vue professionnel, ça semble être plutôt un avantage tant elle se montre efficace et dédiée à son job), nous donnant également des occasions de considérer l'autre personnage, Martin, un homme tout ce qu'il y a de plus normal, doté d'empathie et humain, et ainsi trouver un meilleur équilibre entre ces deux personnages. Mais au départ, c'est réellement Saga qui impressionne.
C'est un choix d'autant plus intéressant que, malgré la fascination certaine de cet épisode inaugural pour la jeune femme, le pilote tranche ici avec une convention communément répandue qui veut qu'en général, on invite le spectateur à entrer dans l'univers de la série aux côtés d'un personnage attirant un minimum la sympathie, parfois même la pitié, et ici on n'a rien de tout cela.

L'univers de Bron/Broen est d'autant plus difficile à intégrer de gaîté de coeur qu'il est également très sombre. Pas simplement parce qu'on commence par la découverte d'un corps, mais bien parce qu'il s'agit là d'une monde qui suinte la désolation.

Le rendu de l'image, qui, comme le montrent les diverses captures de ce post, est baigné dans les ténèbres, participe énormément à cela. Il existe une multitude de séries différentes en Scandinavie, et au moins autant de façons de montrer ces pays nordiques, mais celle-ci se fait forte de matérialiser absolument tous les clichés en matière d'absence de lumière, de nuits qui semblent durer une éternité, et de villes figées dans le froid.

Le crime, découvert en pleine nuit, est en partie le fautif, je suppose : l'enquête commence à l'heure où le reste de la population dort, les rues sont inanimées, même le poste de police est désert. Mais d'une façon générale, tout est pesant dans l'atmosphère de Bron-Broen, dont même les scènes en intérieur, qui pourrait être baignées par la lueur des néons, semblent étouffantes, accentuant l'ambiance claustro de bien des plans.
La conversation entre Saga et Martin, lorsqu'il la visite dans son bureau au commissariat a beau être hilarante, il reste toujours un arrière-goût de malaise parce que tout est plongé dans cette lumière verdâtre qui en réalité n'éclaire pas grand'chose.

BronBroen-Chaise

Le plus surprenant dans le premier épisode de Bron/Broen, c'est probablement la façon dont la série ne s'enquiert pas beaucoup de vous laisser totalement dans le flou.
Ainsi, il sera révélé assez tard dans le pilote que Martin vient de subir une vasectomie : le problème c'est qu'il y a eu plein de scènes au préalable pendant lesquelles cette explication aurait été salvatrice, notamment quand il rentre chez lui auprès de sa femme. Mon petit camarade comme moi-même avions au départ mal interprété sa façon de se frotter l'entrejambe en poussant de gros soupirs, je suis obligée de l'admettre... Ce n'est qu'une information parmi beaucoup d'autres qui ne nous est pas dévoilée, vraisemblablement à dessein, pour nous désorienter autant que nous intriguer, mais qui participe à l'univers dense de la série.

Les intrigues secondaires sont tout-à-fait dans cet esprit.
Sur le pont, alors que la police découvrait le corps, une femme a demandé à Saga de laisser passer l'ambulance de son mari, en attente d'une greffe. Dans la plupart des séries, cette séquence serait juste là de façon anecdotique : soit afin de mettre en évidence la personnalité de Saga (et lancer une mini-intrigue sur la façon dont Saga va déposer une plainte contre Martin pour avoir laissé passer l'ambulance tout de même), soit tout simplement pour accentuer l'impression de chaos en pleine nuit sur le pont. Mais pas du tout. Quelques minutes après que l'ambulance soit passée, nous allons retrouver cette femme, à l'hôpital, faisant tout son possible pour que son mari bénéficie des meilleurs soins possibles. De tout le pilote, il ne sera pas fait allusion à une seule connexion entre cette question très médicale (choix du chirurgien, conditions du patient, etc...) et le corps retrouvé sur le pont, ce qui forcément ne manque pas de laisser le spectateur un peu désemparé, puisqu'il n'est même pas possible de formuler la moindre hypothèse sur les raisons pour lesquelles cette intrigue est présente tout au long du pilote.
C'est d'ailleurs ce qui fait tout le charme des fictions non-américaines, après des années de formatage US : l'effet de surprise ; ça m'a un peu rappelé la bonne surprise que j'avais eue devant le pilote polonais de Naznaczony qui, tout en reprenant des codes bien connus, parvenait à désarçonner le spectateur.
Plus intrigant encore, l'autre axe secondaire de l'épisode s'intéresse à une femme qui est dans une situation critique : sur le point d'être virée de son appartement avec ses deux enfants, et alors que son mari dépense leur argent en boisson et en drogues (il sera également mentionné qu'il bat son épouse comme ses deux enfants), elle fait appel à un étrange homme plein de mystère (Magnus Krepper, toujours aussi magnétique que dans Kommissarie Winter, même avec une moustache de l'impossible toute droit issue des années 70). Il m'a fallu aller sur la fiche Wikipedia pour découvrir que, contrairement à ce que je croyais, cet étrange bonhomme n'est pas du tout l'homme de main d'un réseau de prostitution (ma première hypothèse) ou l'adjoint du propriétaire de l'appartement de cette famille (ma seconde hyposthèse), mais un assistant social. Inutile de dire que la déroute est totale, puisque non seulement on ne voit pas le lien avec l'enquête principale, mais en plus, on ne comprend pas vraiment qui sont les personnages.

BronBroen-Magnus

Pendant tout l'épisode, le cerveau va donc s'efforcer de rattacher artificiellement tout cela, ces quelques éléments qui ne font pas sens (pas encore, faut-il supposer) à la découverte du corps. C'est très perturbant... sans être tout-à-fait désagréable.

Ces seuls éléments, sans même parler de l'enquête elle-même (comparativement, cette dernière serait presque moins intéressante, passé le détail sordide de la mise en scène du corps dont je ne vous révèle pas tout), suffisent à donner envie de revenir.
Bron/Broen n'a pas encore de date de diffusion sur arte, mais il faudra surveiller ça pour n'en pas louper une miette, à n'en pas douter. A choisir, je suis plus intéressée par ce pilote que par celui de Forbrydelsen, pour lequel l'enthousiasme était rapidement tombé et que je n'avais jamais poursuivi. Ici, le personnage de Saga Norén, l'ambiance incroyable de la série, sa réalisation soignée, son excellent cast et sa structure surprenante (ainsi qu'un grand talent pour les scènes d'adrénaline, comme le montre la scène finale du pilote dans la voiture, pendant laquelle j'ai dû me retenir pour hurler) réunissent tous les ingrédients pour scotcher le spectateur à son siège sans jamais lui rendre les choses faciles ; c'est à peu de choses près ce que j'attends d'un polar intéressant, par opposition à toutes les séries policières interchangeables qu'on a l'impression de voir sur les écrans.

D'après la masterclass qui a suivi à Série Series, la seconde saison de Bron/Broen serait actuellement en cours d'écriture (avec une nouvelle affaire), et le début du tournage est prévu pour octobre, tandis qu'un remake serait en projet entre la Grande-Bretagne et la France (bon, ça on le savait), ainsi qu'aux USA. A ce rythme, Bron/Broen va vite faire partie des séries scandinaves incontournables...

Posté par ladyteruki à 21:10 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

21-05-12

[DL] Reguły Gry

Parce qu'on a tous besoin de rire un coup, je vous propose ce soir le générique de Reguły Gry, un sitcom polonais inspiré de Rules of Engagement qui a démarré un peu plus tôt cette année. Je ne suis pas spécialement fan de Rules of Engagement dont à tout prendre j'ai dû voir deux épisodes, et vous savez ce que je pense des remakes de sitcoms américains, mais justement, si avec tout ça on ne trouve pas le moyen de rire (s'il le faut aux dépens de la série), je ne sais plus trop à quel Saint me vouer.

Cela étant j'attends toujours de trouver une série polonaise qui m'enthousiasme autant que le pilote de Naznaczony. Trouver des sous-titres pour les épisodes de Naznaczony pourrait d'ailleurs me faire déjà pas mal d'effet... M'enfin. En tous cas l'appel est lancé.

RegulyGry
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Ce qui est intéressant ici, c'est que même le générique de Reguły Gry est un remake. Outre le logo de la série, ici le générique est copié quasiment plan par plan ! On peut jouer au jeu des sept erreurs, si vous le voulez. Pour ce faire, et puisque je ne vous l'avais jusque là jamais proposé, voici le générique de Rules of Engagement.

Mais un ingrédient a bel et bien changé, toutefois, et difficile de prétendre qu'il est anodin : la musique. Il y a un côté plus ballade dans la version polonaise, quand la version américaine est franchement plus rythmée, essentiellement de par l'omniprésence de la guitare. Vous en tirez les conclusions que vous voulez...

Posté par ladyteruki à 22:03 - Médicament générique - Permalien [#]

10-02-12

La boussole pointe vers le bonheur

Il ne vous aura pas échappé que je regarde beaucoup, beaucoup de pilotes. Certains me plaisent. D'autres non.
Et d'autres encore, une fois de temps, viennent bouleverser mon univers.

J'avais eu un excellent mois de janvier, de ce côté-là : entre Smash, Touch, Äkta Människor... je considérais ce début d'année avec énormément d'enthousiasme. Mais il faut être réaliste : tous les pilotes ne sont pas forcément des enchantements. Le coup de coeur n'est pas la norme, mais l'exception. On peut trouver de bons pilotes sans avoir nécessairement de coup de coeur, d'ailleurs, et il faut se résoudre à ne pas toujours s'en prendre plein les yeux ou le coeur. On a tellement l'habitude de se plaindre de ci de ça ou d'autre chose, moi la première (n'ai-je pas une rubrique toute entière dédiée à mes coups de gueule ?), qu'on a tôt fait de se souvenir que le coup de coeur ne nous attend pas toutes les semaines ou presque.
Ce mois de janvier rempli de pilotes excitants et réussis n'était pas voué à se prolonger pendant les 11 mois suivants.

Et tant mieux. Qui peut dire ? Un coup de coeur de plus et peut-être que je vais m'effondrer, submergée par le ravissement de trop ! Combien de pilotes incroyables et renversants mon coeur peut-il encaisser ?
Eh bien je vous avoue que je commence à me dire que 2012 va me faire mourir d'extase téléphagique. Car les enfants, il faut que je vous parle de 30° i Februari. C'est une merveille.

30graderiFebruary

A plusieurs reprises, dans l'histoire de ce blog, j'ai souligné combien je me méfiais des résumés trouvés çà et là sur des séries non-anglophones, quand je ne les ai pas encore vues. L'un des exemples les plus évidents, c'est Naznaczony : une série étrange au pitch insondable, dont j'ai été, au terme du pilote, incapable de confirmer si les résumés lus ici et ailleurs étaient exacts.

Il en va de même pour 30° i Februari (prononcer "30 grader i Februari") qui avait toutes les apparences de la gentille série feelgood et familiale, et qui se révèle être un drama plein d'âme, de coeur, d'humanité, et à ce titre se montre parfois douloureux.

A l'instar d'Äkta Människor, la série fonctionne comme une chorale dont les voix ne se croisent pas ou peu, en tous cas dans le pilote. Chaque groupe de personnages fonctionne comme une entité indépendante qui se construit tout en élaborant un angle sur le sujet de la série : l'expatriation de Suédois en Thaïlande, qui apparait comme un pays de Cocagne à la plupart d'entre eux.

Ainsi l'épisode s'ouvre sur le couple Bengt et Majlis, deux personnes âgées qui partent en vacances en Thaïlande (ils font le voyage avant les autres personnages, d'ailleurs), le fauteuil de Bengt se prenant dans la neige devant leur maison, et Majlis tentant de faire preuve de patience malgré les protestations de son mari, tendue vers un seul but, partir au soleil. C'est l'histoire de leur couple, à vrai dire, cette image de départ : Majlis est à la fois attentionnée, docile et optimiste, là où Bengt est un négatif dans l'âme, un fardeau non pas de par son état de santé mais par son tempérament désagréable. C'est dire si leur voyage ne sera pas une partie de plaisir (et encore, ils n'ont rien vu). Il fera preuve d'une certaine brutalité verbale à son égard à plusieurs reprises dans cet épisode, et le regard brouillé de Majlis ne trouvera d'instants de répit et de lumière que dans la contemplation de la Thaïlande qui a visiblement ravi son coeur. Mais il y a fort à parier que son admiration pour le paysage soit liée à une méchante envie d'échapper à son époux, qu'elle a trainé au soleil pour qu'il n'ait pas à subir l'hiver suédois dans son état, et qui trouve le moyen de la traiter comme une voleuse.
Majlis s'impose comme un personnage à la fois brisé et sur le point de renaître. La camera comme le scénario s'intéressent peu à Bengt, que l'on n'aperçoit finalement qu'avec le regard de sa femme. Elle, par contre, est certainement en train de vivre sans le savoir une aventure qui va la changer. C'est une transition qu'on a instantanément envie de vivre avec elle.

Plus subtile au départ est l'histoire de Chan. On le voit très peu lors des scènes en Suède. Il n'est que le vendeur de spécialité thaïlandaises ambulant qui se chauffe les mains en attendant les clients, pendant quelques secondes. La première fois qu'on le voit, on trouve triste la vue de ce petit bonhomme qui vend de l'exotisme par -15°C dans sa fourgonnette. C'est un contrepied ironique, presque.
Finalement notre homme se décide à partir. Lui, la Thaïlande, il connait. Il y a laissé un fils qui doit aujourd'hui être un adolescent, et il part à sa recherche ; il le trouvera dans un squat rempli de junkies. Non, 30° i Februari ne parle pas que de soleil, mais de la même façon que Majlis est à l'aube d'un nouveau commencement, Chan et son fils Pong sont sur le point de tout changer aussi. Le pilote ne nous en dira pas plus sur eux, mais il se passe immédiatement quelque chose de très fort dans cette quête, qui évite un certain nombre d'écueil pendant son maigre temps d'antenne.

Il y a des années, Chan vivait à Happiness. Happiness est un bungalow situé sur un petit coin de sable, aujourd'hui en bien piteux état. C'est là que Kajsa et ses filles avaient passé des vacances inoubliables... Mais quand Kajsa, surmenée, fait un AVC qui la diminue fortement, elle convient avec sa fille Joy de tout plaquer et de retourner à Happiness le bien nommé. Chan étant aux abonnés absents, elle décide d'acheter le bungalow pour une bouchée de pain. (pour le moment, je n'ai pas l'impression que quelqu'un d'autre ait acheté l'endroit ; soit les résumés étaient trompeurs, soient ils se révèleront vrais bien plus tard)
L'histoire de Kajsa et Joy (la petite Wildas est adorable mais n'a pas une grande valeur dramatique pour le moment) est magnifique. La mère et la fille correspondent quasiment par télépathie, et cela, hélas, leur sera fort utile dans cette scène déchirante pendant laquelle Joy tente de réapprendre à sa mère à parler... Kajsa est un beau personnage également, au départ une architecte surmenée et un peu, pardon pour le jeu de mots, froide, mais qui prend son AVC comme un rappel à l'ordre. Difficile de ne pas être ému par la façon dont l'accident est traité dans cet épisode, avec énormément de sensibilité mais sans en faire des tonnes non plus. La décision elle-même de partir pour la Thaïlande, de revenir aux fondamentaux, quelque part, se fait dans le silence, avec simplement des échanges de regard et une video de vacances. Ce qui se passe dans ces scènes décisives est non seulement puissant mais de très bon augure pour la suite, indiquant que 30° i Februari a une façon de faire les choses dénuée de toute lourdeur, mais pas d'émotion.

Enfin, le personnage de Glenn offre un parcours qui s'annonce aussi touchant que les autres. Glenn n'est pas gâté par la nature, il le sait, et a parfaitement conscience de la misère amoureuse dans laquelle cela le plonge. Inscrit sur un site de rencontres, il commence à correspondre avec une Thaïlandaise, et les choses s'emballent. Glenn embarque pour la Thaïlande, une bague dans la poche, bien décidé (en dépit du fait qu'il ait menti sur sa photo) à épouser cette jolie Karn qui semble si jolie et aimante.
Une fois arrivé ce n'est évidemment plus le même refrain. Karn travaille dans un bar dont on sous-entend fortement que c'est un bar à hôtesses, mais surtout, il prend peur parce qu'il a utilisé la photo d'un superbe sosie de Clooney, et s'enfuit. Quand une jeune femme rencontrée dans une échoppe le pousse à revenir faire sa demande au bar, et le traine dans les rues totalement imbibé de whisky, inutile de préciser que personne n'y croit...
La solitude mais aussi la lucidité de Glenn, son envie sincère d'être aimé et de rompre la solitude dés que quelqu'un fait preuve d'un peu de gentillesse à son égard, sont incroyablement touchantes. On imagine mal que l'aventure aille aussi loin, mais il a cette sorte de naïveté qui le pousse à tenter le coup, à acheter une bague, prendre l'avion, tenter le tout pour le tout. Il n'est pas amoureux mais il a tellement envie de l'être...

Les destins de ces personnages vont donc être changés par la Thaïlande. Mais plus qu'une aventure familiale à l'autre bout de la planète, ou même une invitation au voyage bourrée d'exotisme destinée à un public qui se les pèle sérieusement en cette période de l'année, 30° i Februari est surtout une invitation à chercher le bonheur là où on pense le trouver, et à aller y puiser la force de se changer soi-même.

Il y aurait long à dire de la puissance de la réalisation de ce pilote, toute en douceur et en patience, occupée à observer les visages de ses personnages et à attendre qu'ils expriment, par un geste, un regard, leur émotion du moment. J'apprécie toujours quand une série se montre capable de ne pas chercher à meubler ses silences, mais plutôt de les exploiter pour qu'ils trahissent quelque chose d'insaissable autrement, et 30° i Februari réussit prodigieusement bien à capter de menus mais importants détails de cette façon.
L'émotion contenue dans ce pilote est incroyable. Je vous parle d'un coup de coeur de la trempe de The Circuit ou Capitu, là. Le truc qui vous renverse et qui vous change. Dont vous ne ressortez pas indemne.


Ah, et ce thème, ce thème...
30° i Februari, la promesse de 10 épisodes superbes qui pourraient me faire m'effondrer, submergée par le ravissement de trop. Mais, mourir de bonheur ? C'est ce que j'appelle une belle mort.
Alors c'est une affaire entendue, je passe les prochaines semaines en Thaïlande.

Posté par ladyteruki à 01:16 - Review vers le futur - Permalien [#]

19-01-12

The guessing game

Il suffit parfois d'une image, d'une expression faciale, d'un mot, pour déclencher votre imagination.
Je ne connais encore pas grand'chose d'une série, parfois rien du tout, mais soudainement, grâce à cet indice en apparence anodin, je me lance dans des rêveries sans fin pour deviner si elle abordera tel thème, proposera telle scène, emploiera tel ton... C'est comme ça que je peux être émue rien qu'en lisant le pitch de The Circuit avant même d'en avoir vu la moindre image, ou que je peux chérir pendant des années un générique parce que c'est la seule chose que j'arrive à avoir d'une série qui me fait fantasmer, genre Inconceivable.
Dans ces cas-là, la magie opère ensuite avec la série quand l'un des scénarios que j'avais imaginés est emprunté de près ou de loin par la série en question. Ce ne sont pas tant les grandes intrigues qui happent alors mon attention, que des détails qui définiront le statut de la série à mes yeux, émotionnellement parlant. C'est aussi comme ça que naissent les grandes histoires de téléphagie, en réalité...

Alors forcément, quand je découvre un pilote, et qu'il me plait, j'aime commencer à me demander les pistes que la série empruntera par la suite. Les petites, pas les grandes. Le pilote est toujours très clair sur les grandes (ok, sauf celui de Naznaczony). C'est son boulot.

Vu que j'en suis encore à avoir des étoiles plein les yeux, essayant de me sortir de la tête que la série s'appelle Smash OMG thank you God (ce qui, j'en suis consciente, serait difficile à sérieusement promouvoir), et qu'il ne m'est donc pas encore très aisé de composer un post avec des vrais mots pour vous retranscrire mes impressions sur le pilote de Smash (contrairement aux apparences, j'ai beaucoup de choses à en dire, je ne suis simplement pas encore capable de les formuler), je vais m'en tenir à quelques images du trailer de fin d'épisode (du coup, c'est par définition spoiler...), qui, et c'est le but après tout, m'ont donné matière à imaginer ce qui nous attend.

Derrière les axes évidents, explicités par le pilote et de véritables lignes de dialogue dans la bande-annonce, qui ont pour mission de nous donner envie de voir la suite, il y a aussi, il y a SURTOUT les minuscules détails qui piquent ma curiosité, donc. Qui auront pour mission d'ajouter à l'intérêt de Smash. Qui feront la différence entre une bonne série et une série dont je vous infligerai encore des tags 5 ans après (genre Pushing Daisies ; tiens, vous voyez, je viens de le refaire).

Parmi les brèves images du trailer qui me rendent folle de joie, d'impatience et de curiosité, il y a par exemple celle-ci, qui semble me promettre qu'en perdant The Miraculous Year, je n'aurai pas tout perdu de certains thèmes relatifs à la vie à Broadway que je voulais voir exploités dans une série.

SmashMeHard-1

Ou celle-ci, qui me fait espérer que ce qui sera, au minimum, un rebondissement (ou au pire, un élément déterminant de l'avenir de la production) ne sera pas une bête grossesse. Pitié pitié, pitié, pas une grossesse ! J'aimerais tellement que ce soit en rapport avec la séropositivité ou le SIDA, quelque chose dont on ne parle pas assez quand on parle du show business alors que, bordayl, c'est l'un des milieux où il est évident que les choses posent question.

SmashMeHard-2

Ou bien, puisque ce même trailer nous montre brièvement Karen répétant aussi pour le chorus quand Ivy occupe le devant de la scène, les coulisses de la vie des danseurs anonymes (soyons réalistes, je ne pouvais que vouloir l'exploitation de cet angle). Tout espoir n'est d'ailleurs pas perdu puisqu'on a un aperçu de cette confrontation avec une danseuse en début de carrière...

SmashMeHard-3

D'ailleurs j'espère qu'on ne s'en tiendra pas qu'à la compétition pour le rôle principal et qu'on abordera un peu d'autres aspects de la production, comme les costumes ou les décors (de la même façon que j'étais étonnée d'apprendre qu'un chorégraphe puisse auditionner). Je ne suis pas du tout en train de dire que ces axes m'intéressent plus que les histoires principales et qu'ils devraient prendre plus d'importance qu'elles, mais simplement que j'espère que la série fera un tour à 360° de tout l'univers de Broadway et de la façon dont on pense un projet.
Oh, et, héhé, le coup du verre dans la figure, ça va devenir une blague récurrente, aussi ?

Enfin voilà, quelques pensées comme ça, vite fait, parce que, oui, j'ai le trailer en boucle depuis hier soir. On se refait pas, hein.
Bon, promis, je me rassemble et je fais mieux que ça pour mon prochain post sur Smash...

Posté par ladyteruki à 20:16 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

21-04-11

[DL] Majka

Les génériques qu'on parvient à dénicher ne sont pas toujours les meilleurs, mais, puisque que les deux prochains génériques vont être des pointures, accordons-nous une minute de pause. Tous les génériques polonais ne peuvent pas ressembler à celui de Naznaczony, soyons réalistes.
Et puis, ce qui est intéressant c'est que Majka est l'adaptation d'une telenovela sud-américaine (peut-on parler de telenovela polonaise dans ce cas ?), et que c'est pas vraiment le truc que je vais poster tous les jours non plus.

Majka
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Ce qui me fait marrer avec ce générique, c'est le soucis d'économie. Appelons ça comme ça.
"On va lancer le remake d'une série étrangère, qu'est-ce qu'on pourrait faire d'autre pour économiser des sous ? Oh bah, je sais, on va aussi faire enregistrer la reprise d'une chanson connue !".

Que les petits airs à la Ally McBeal, la petite chanson sans ritournelle légère et le joli chapeau de la dame ne vous abusent pas, pourtant : il se trame derrière Majka quelque chose de plus qu'une simple comédie romantique. On parle d'une jeune Polonaise qui se voit inséminer le bébé d'un autre couple.
Je répète : insémination. Pologne. Vous y êtes ? Autant vous dire que l'option avortement est étudiée avec plus de soin dans The Secret Life of the American Teenager. Parfois, il ne faut pas aller bien loin pour trouver des chocs culturels dans les séries... Après je ne doute pas un seul instant que cette fort opportune grossesse serve à jouer sur un triangle amoureux plus classique, mais faut quand même admettre que la même situation, dans une autre société, ne conduit pas nécessairement à une série de 190 épisodes ! Ça fait réfléchir.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Majka de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 00:14 - Médicament générique - Permalien [#]


08-08-10

Crocodile TV

Pfff. Encore un post. Que voulez-vous que je vous raconte ? Que j'ai regardé le pilote de Wallander ? Même pas, j'ai pas encore eu le temps d'ouvrir mon coffret flambant neuf. Que j'ai cagoulé les sous-titres du deuxième épisode de GOLD ? Même tarif, pas eu le temps. Que j'ai fait du tri dans mes cagoules et que j'ai retrouvé des perles ? Le temps manque, une fois de plus. Alors voilà, j'ai rien à vous dire.
Le dimanche, c'est comme ça, j'ai rien à raconter. J'ai l'impression de n'avoir rien fait de ma semaine et pourtant la suivante est à deux doigts de commencer. C'est rageant.

Évidemment, que je déconne ! Évidemment que j'ai des trucs à vous raconter ! Plein !
D'ailleurs si vous manquez de lecture, pas de problème, ça doit pouvoir se trouver. Tenez, connaissez-vous la télévision australienne ? Je vous avoue que même si j'avais déjà vu des séries australiennes, je n'en savais pas grand'chose. Eh bien voilà, l'erreur est réparée.

Australie_KoalaTV
God save the Queensland : la télévision australienne pour les nuls

Mais c'est justement ça, le problème. C'est la reconnaissance de la fiction australienne. Confinée à deux sortes de public (ceux qui regardent Brigade des Mers en milieu de journée, et ceux qui se délectent d'un Underbelly certainement pas grand public), extrêmement restreints et assez peu causants, la fiction australienne peine à exister.
Alors qu'elle est anglophone, damn it !

Que la fiction philippine manque d'exposition, c'est dommage mais sous un certain angle ça se conçoit. Qui s'intéresse à ce qui se passe dans les Philippines en règle générale ? Personne. La moitié de la population est probablement convaincue qu'il n'y a même pas l'électricité là-bas. Mais l'Australie ?
D'accord, il y a une partie de l'explication à ce problème qui est probablement géographique. Mais ça n'explique pas tout. Notamment depuis qu'internet s'en est mêlé et que la géographie devient, quelque part, toute relative. Une fiction en langue anglaise est une fiction en langue anglaise, point barre. Comment ça se fait qu'elle ait tellement de mal à être aussi visible que, mettons, la fiction britannique ?

C'est visiblement un problème récurrent de son histoire, écrasée qu'elle est par la fiction américaine et la fiction anglaise. Pourtant, quand on approche un peu le nez et qu'on essaye d'y regarder de plus près, on s'aperçoit que si les séries australiennes ont certainement pris quelques idées chez leurs cousines, elles ont développé une personnalité propre. S'il fallait la rapprocher de la production d'un autre pays, la fiction australienne aurait plutôt un lien de parenté marqué avec le Canada. Ces deux pays ont un vrai public, un vrai vivier de talents... et un vrai problème pour exister.
Sur les sites de cagoulage que je pratique (alors après, c'est ptet pas les bons), les séries australiennes semblent s'y faire petites. Il faut vraiment bien regarder pour s'apercevoir qu'elles sont là, en effet. Mais l'offre est plus grande (et accompagnée de plus d'effets d'annonce et de promotion) pour les États-Unis et la Grande-Bretagne. C'est à n'y rien comprendre.

Et c'est tragique. Il se passe pourtant des choses, en Australie. On y trouve des soaps terre-à-terre, où on s'éloigne de la vie des riches (ou disons, des classes aisées) pour s'intéresser au tout-venant. On y trouve des séries dures et violentes. On y trouve des séries policières, beaucoup (bon, là je vous avoue, je passe mon tour, d'ailleurs ce sera le sujet d'un post prochain). Et puis on trouve des séries dramatiques à la sensibilité à fleur de peau, avec quelque chose d'à la fois franc dans le regard, mais tendre dans la démarche. Il y a quelque chose qui me plait bien, dans les séries australiennes, quelque chose de sincère et authentique.

C'est aussi pour ça que j'ai légèrement pimpé Spirited sur la fin de mon article. Si je peux donner un coup de main, c'est tant mieux. J'ai vu le trailer de cette série (lorsque j'ai fait la news sur le Roma Fiction Fest) et je peux vous garantir que ça m'a vraiment captivée de suite. Mais pourquoi personne ne m'a parlé de Spirited avant ? Pourquoi personne ne m'a parlé de Love My Way avant ? Je sais pas, est-ce que je ne fréquente pas les bons "blogs à review" qui en parlent ? Est-ce que je suis passée à côté des news ? C'est presque plus facile de trouver des news sur l'Asie ou l'Afrique du Sud que sur l'Australie (pour moi, en tous cas, après, bon... je sais).
J'ai l'impression d'avoir affaire au parent pauvre de la télévision anglophone, c'est triste...

C'est triste, mais pas insoluble. Et j'ai bien en tête de surmonter ma phobie des accents exotiques (comprendre : non-américains) pour y remédier à mon niveau. Franchement, je vais vous dire : une entreprise folle en plus ou en moins... d'façon j'ai toujours pas trouvé les sous-titres du deuxième épisode de Naznaczony, alors ça m'occupera.

Sérieusement, à part Hartley, vous vous rappelez avoir vu combien de séries australiennes dans votre vie ?

Posté par ladyteruki à 09:11 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

03-08-10

Engagé

Picture it : Sicile, 1927.
Euh, non, pardon. Je vous ai dit que je finissais Les Craquantes ces derniers jours ?

Picture it : déjeuner dominical avec mes parents.
Dimanche, donc. Histoire de ne pas être obligée d'aller les voir chez eux, je les invite au restaurant japonais (c'est toujours marrant de regarder mon père demander une fourchette pour ses sushis pendant que je mange mon riz avec des baguettes). Et en plus, ça évite de faire la vaisselle.

Bref. En ce moment, lady est juste un peu occupée par : son nouveau boulot, ses nouveaux collègues, ses nouvelles attributions sur SeriesLive. Donc bien que lady essaye de parler de plein de choses, à un moment, c'était inévitable, lady commence à parler de séries du monde... difficile de déterminer si c'était le wasabi ou le sujet qui ont fait s'étouffer mon père.

Comme souvent lorsque je leur parle des séries que je regarde, je leur sers grosso-modo un résumé de ce que j'ai pu dire dans des posts récents : le fait de l'avoir posé noir sur blanc aide bien à définir les informations-clé qui seront intéressantes à ressortir dans une conversation avec quelqu'un qui n'a pas du tout suivi ce que j'en ai dit récemment. Donc j'évoque chaque pays déjà traversé (et celui de cette semaine, mais, ah ah, surprise ! je n'en dirai mot ici), et lorsque j'en viens à Israël, naturellement, je ressors mon couplet extatique sur la façon dont on ne peut dissocier la fiction israélienne de l'histoire d'Israël. On ne peut pas juste la regarder comme une fiction, c'est forcément une fiction d'Israël.

Et là, ma mère me dit : "oui, c'est une fiction engagée". Hmmmmnon. C'est pas engagé, ya pas de message politique. C'est juste ancré dans la réalité du pays. "Oui, mais si : c'est engagé quoi". Mmmmmais non. Non, là ça donne un côté revendication qui n'est pas exact. Engagée ? Ayrilik est engagée. Pas Mesudarim ou Srugim. Pourtant ces fictions ne sauraient être vues sans une vague conscience de leur origine ; il me semblerait difficile de faire passer ces séries pour américaines si elles venaient à être doublées par exemple (et, oh, oui, s'il-vous-plaît ! Doublez Mesudarim !).

MesudarimMessage

Mais j'ai depuis repensé à la réaction de ma mère. Je crois qu'instinctivement, elle voulait qu'on puisse tirer un message de ces séries (et des autres dont j'ai parlé, oui nan mais j'ai vu ton sourire narquois quand j'ai parlé de Naznaczony, ça va hein). Qu'on en retienne quelque chose qui dépasse la série elle-même. Et ça me semble une approche erronée de la fiction, du moins si elle est appliquée de façon systématique.
C'est pour ainsi dire une lubie dans ma famille. Quand on regardait un documentaire, ou parfois un film, surtout si c'étaient mes parents qui l'avaient choisi (et c'était le cas à 99% jusqu'à ce qu'un jour, ma sœur et moi apprenions à faire du lobbying, plus ou moins avec succès), à la fin, mon père ne manquait pas de demander : "alors, qu'est-ce que tu en as retenu ?", et je retenais surtout ce que j'avais ressenti, et pas vraiment de grande leçon sur la vie, la morale ou la dangerosité du monde extérieur (parce que, quand on regarde des reportages sur la délinquance, la violence, la drogue ou le métier de flic quasiment chaque semaine, quand c'est pas le travail des enfants, on peut pas vraiment dire que le message soit super positif). Alors il s'énervait et à partir de là, la suite m'appartient.

Mais enfin globalement, ça me semblait étrange de toujours vouloir tirer une leçon de tout. Surtout en matière de fiction. C'est bien d'essayer de réfléchir un peu sur ce qu'on a vu, et je m'efforce de le faire (quoique je ne sois pas aussi capable qu'Adam de Blabla-Series d'en tirer un enseignement philosophique), mais le ressenti a toujours sa place, et parfois il faut admettre que certaines séries se prennent pour cela, pour le ressenti, sans chercher à vouloir élargir au-delà des personnages. C'est notamment vrai dans le cas des séries asiatiques, qui s'intéressent plus à l'exploration de leurs personnages qu'à une situation généralisable dont il faut tirer un enseignement moral quelconque (si on le prend comme ça, 1 Rittoru no Namida devient incroyablement gnangnan, forcément !).

C'est à rapprocher, pour moi, de ces gens qui voudraient absolument qu'une série soit "réaliste". C'est ridicule. On ne demande pas United States of Tara d'être réaliste sur les personnalités multiples, ou à Nurse Jackie d'être réaliste sur le métier d'infirmière (des attentes d'ailleurs vite déçues). Pas plus qu'on ne demandait à Prison Break d'être réaliste sur la vie en prison, et ainsi de suite. Le principe de la fiction est de justement aller au-delà, d'explorer, par des extrapolations, des exagérations et des retournements de situation improbables, des thèmes intéressants, juste pour curiosité intellectuelle.
Les propos d'une bonne sœur que Jackie rapporte dans le pilote ("the people with the greatest capacity for good are the ones with the greatest capacity for evil"), montrent bien que la profession d'infirmière n'est qu'une excuse pour délivrer un personnage tout en nuances, effectivement capable de soigner, mais aussi capable de causer beaucoup de tort. C'est un combat intérieur entre le bien, le mal, et la zone de confort individuelle, que traite Nurse Jackie. Ce n'est pas une chronique hospitalière, pour ça, voir Urgences, et encore, il y aurait long à dire sur les quelques libertés prises avec le réel. Mais c'est le principe, et c'est tant mieux.

HugeMessage

Et quand Eclair dit qu'il regrette que Huge n'aille pas plus loin dans son exploration des problématiques de l'obésité, je dis que ce que traite Huge, c'est indubitablement le ressenti d'un obèse, et pas la politique nutritionnelle des fast-foods. Si Huge passe autant par les regards et par le non-dit, c'est parce que son sujet, c'est l'obèse, pas l'obésité. Le regard des autres, et non un regard sur le sujet. En cela, Huge est une série extraordinairement puissante, mais voilà, si on voulait une série qui condamne les politiques publiques sur la gestion de l'obésité et de la nutrition aux États-Unis, il fallait regarder une autre série, pas Huge dont ce n'est pas le propos central. Peut-être Gigantic, dont je n'ai pas encore réussi à dégoter un épisode ?
De la même façon qu'on ne regardait pas Ally McBeal pour sa critique du système judiciaire. Évidemment, ce sujet peut être effleuré plus ou moins volontairement par la série en question, mais il est quand même préférable de regarder The Practice pour une approche plus précise de ces problématiques.

Une fiction engagée à tout prix. C'est un peu comme une série historique fidèle à la chronologie à tout prix. Ça n'a qu'une valeur vraiment moindre à mes yeux. Je n'attends pas d'une série qu'elle remplace la lecture de journaux, de livres, ou les expériences réelles. Juste qu'elle serve de complément, pour le ressenti et l'approche de sujets que je n'aurais pas abordés de moi-même (par exemple parce que je n'ai pas d'infirmière dans mon entourage).
Une série n'a pas besoin d'être engagée pour être bonne. Même si ce peut être un plus, ce n'est pas essentiel.

Posté par ladyteruki à 11:21 - Série de valeurs - Permalien [#]

31-07-10

Mème pas mal

On l'a tous vu passer, ce mème de 30 jours sur les séries télé. Pendant longtemps, je confesse l'avoir vu comme un moyen un peu facile de poster quotidiennement sans trop se fouler. Mais dans une blogosphère dominée par la review sur un modèle binaire (soit épisode par épisode, soit sous forme de bilan de saison), finalement, ça n'avait rien de curieux.

Mais au risque de passer une fois de plus pour une arrogante, je vais être sincère avec vous : j'ai l'impression que depuis que je suis passée moi-même à un rythme quotidien, je n'ai plus à craindre de donner l'impression de faire du remplissage. Je n'ai pas à me dire qu'on peut trouver que cette histoire de mème de 30 jours est une solution de facilité. J'ai beaucoup de défauts, mais celui d'opter pour la facilité, certainement pas.

Alors je me suis détendue. J'ai regardé ce mème d'un œil nouveau. D'un œil qui dit que, oui, dans le fond, il est sympa ce petit concept. Qu'il s'accorde à merveille avec le principe égocentrique d'un blog.
Mais aussi qu'il oblige à faire des choix.

On me demande parfois quelle est la série que je préfère. Hier soir on m'en demandait 5, et j'avais un mal fou à sélectionner. Je réfléchissais, les noms tournaient dans ma tête, et je me disais : "je l'adore cette série, mais est-elle ma préférée ?", tentant de décortiquer ce que je pense de ce que je ressens...

Je n'ai pas de préférée, j'en ai juste auxquelles je me suis liées, en général parce qu'entre mon appréciation de la qualité et une certaine affection entretenue avec les années, le mélange est savamment dosé pour que la série me colle à la peau. Mais préférer une série ? Non, pas vraiment. Pas une, pas cinq, mais vingt-cinq, cinquante séries. Demandez-moi des recommandations et j'en aurai plein à vous faire. Demandez-moi ce que je regarde en ce moment et j'aurai dix titres à vous proposer, qui changeront chaque semaine, chaque jour.
Hier à m'émerveiller sur Naznaczony la mystérieuse, demain à déballer mon coffret Wallander et vous avouer que je n'avais plus apprécié une série policière depuis longtemps. En oubliant qu'il y avait Southland il y a encore quelques semaines. En attendant que mon coup de cœur sur Capadocia revienne comme il est venu, à la faveur d'un trou dans mon emploi du temps téléphagique.

Ce mème est donc une expérience de l'inconnu pour moi : citer une réponse, et une seule.

Je ne suis pas satisfaite pour toutes. Mais j'ai tenté de m'y astreindre, et en cela, l'expérience était finalement intéressante. Les réponses me surprennent moi-même à un certain moment, parce que dans le fond, elles sont toutes incomplètes, mais en m'obligeant à choisir, je dis certainement quelque chose sur mon état d'esprit du moment.
La semaine dernière, Will & Grace aurait été dans au moins une réponse. Il y a deux mois, Les Craquantes. Il y a un an, Better Off Ted ? Il y a trois ans, Drive, peut-être.

Quand j'étais adolescente, je gardais dans mon journal intime une carte postale recensant des questions du questionnaire de Proust. Chaque année, sans rien préméditer, il me prenait l'envie soudaine de sortir la carte et répondre à chaque question. Ensuite, je comparais avec les années précédentes. Certaines réponses restaient les mêmes. D'autres changeaient plus ou moins subtilement. J'ai perdu mon journal intime de cette époque il y a quelques années lors d'un déménagement, mais je suis sûre que si je refaisais cet exact questionnaire aujourd'hui, il serait le même, et il serait différent, à nouveau.
C'est sans doute aussi en cela que l'exercice est intéressant. Il marque 30 jours de téléphagie, et 30 jours en téléphagie ça passe rudement vite, et en est la photographie. Dans quelques mois, à 20, 50 ou 100 pilotes de là, il en sera autrement.

Alors, toute insatisfaite que je sois avec certaines questions (sans compter celles que je ne me suis jamais posées, comme celle du 21e jour, j'ai tenté le coup.

Et puis, ça ne veut pas dire que pendant le mois d'août, je me sente exonérée de continuer à poster. Oh, bien-sûr, j'aurai la tentation, les jours où je suis crevée ou démotivée (comme c'est déjà arrivé de nombreuses fois depuis le passage en quotidienne), de me dire "oh, d'façons ya un post pour le mème, pourquoi m'en faire ?", mais je sais aussi qu'il va se passer bien trop de choses pour que je m'en tienne à ces posts. Tiens, de toute façon, demain, il va se passer des trucs...

Donc voilà, à partir de demain 20h00 pétantes, le mème des 30 jours commence, il a même sa catégorie rien qu'à lui. N'hésitez pas à y réagir, y poser des questions, voire me conspuer si vous trouvez que je n'ai pas joué le jeu... et c'est parfois arrivé !

Posté par ladyteruki à 20:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

25-07-10

[DL] Naznaczony

Mettons fin immédiatement au suspense, je suis vraiment une buse lorsqu'il s'agit de références satanistes. Mais là, je crois qu'on en tient une belle. C'est le signe du Mal, ça, à coup sûr. J'ai bon ? Non, il ne peut en être autrement, ça se sent. Pis la musique mystique est là pour le souligner. Sans compter tous les caractères étranges n'appartenant à aucun alphabet qui me parle (et je commence à en voir défiler, des alphabets).
Non, c'est sûr, c'est le signe de la Bête, le logo de Naznaczony !

Naznaczony
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

D'accord j'avoue, pendant que je cagoule le 2e épisode, j'ai toujours aucune idée de la tournure que va prendre la série. C'est un peu frustrant, mais téléphagiquement excitant aussi, donc, bon...
Cagoule plus vite ! Cagoule plus vite ! Cagoule plus vite ! Cagoule plus vite ! Cagoule plus vite !

Si ya beaucoup de demande, je vous ferai un post La preuve par trois sur le pilote de Naznaczony. Mais va falloir me prouver que vous êtes curieux !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (et qui font semblant de venir le vendredi sur ce blog) : la fiche Naznaczony de SeriesLive.
Je suis contente, j'ai même pu besoin de le copier/coller pour l'écrire !

Posté par ladyteruki à 04:16 - Médicament générique - Permalien [#]

24-07-10

[GAME] Génériques de tous pays, unissez-vous

Et ce qui devait arriver, arriva : je commence à avoir un joli butin de génériques pour des séries venant de tout un tas de pays. Comme ça fait un bail qu'on n'a pas joué au jeu des génériques, je me suis dit que plutôt que de poster ça comme une brute, n'importe comment, j'allais vous les faire gagner.

Mais j'ai bien conscience que ces séries-là, on est très peu à en avoir entendu parler, encore moins à les avoir vues, et là, comme ça, a priori, ça ne vous parlera pas. Alors pour une fois, le jeu des génériques ne se jouera pas sur vos seules connaissances télévisuelles, mais bien avec l'aide de quelques recherches. Je vous rassure, rien d'ardu. Toutes les séries de ce jeu des génériques ont été citées sur ce blog, au moins une fois, au cours des dernières semaines. Si vraiment vous n'avez pas suivi, il suffit de lire les posts de juillet, et ptet quelques uns de juin, et vous êtes bons.
Pour résumer : si vous n'avez pas envie de vous creuser les méninges, vous cliquez sur les archives, et vous gagnez des génériques inédits sans effort. Franchement, j'ai déjà proposé plus dur, comme jeu.

Les séries dont il faut deviner le titre peuvent donc provenir de n'importe quel pays du monde. Leurs points communs, en revanche, est qu'elles ont toutes été mentionnées sur ce blog ces deux derniers mois (donc qu'elles apparaissent aussi dans la liste des tags, CTRL+F...), et qu'elles ont toutes une fiche sur SeriesLive. Avec tout ça, si vous ne trouvez pas, je suis au désespoir.

Et je rappelle évidemment, parce que c'est toujours comme ça dans le cadre du jeu des génériques, qu'aucune de ces séries n'apparait dans le flacon ; c'est tout le principe, puisque chaque fois que vous trouvez le nom d'une série du jeu, je poste son générique !

1 - Une série très sombre à la scène d'intro prometteuse > Hatufim
2 - Une série où, au moment du pilote, tout est possible > Persons Unknown
3 - Une série qui aurait mieux fait d'être lesbienne > Rizzoli & Isles
4 - Une série dont le début du pilote m'a bien amusée > Mesudarim
5 - Une série dans laquelle l'intrigue est actuellement difficile à cerner > Naznaczony
6 - Une série que je suis plus que prête à regarder ! > GOLD
7 - Une série qui fait partie des plus attendues de l'été > JOKER
8 - Une série coquine > Moteki
9 - Une série qui m'a complètement refroidie alors que j'étais motivée > Ayrilik
10 - Une série avec un roux dedans > Louie

Et pour faire monter les enchères, j'ajoute que si vous les trouvez toutes les 10 avant dimanche, 23h59, pour le même prix, j'en rajoute un 11e en guise de bonus !
Allez, à vous de jouer !

Posté par ladyteruki à 11:09 - Games On - Permalien [#]


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