ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

22-04-13

Facultés d'adaptation (director's cut)

BlogFestivalSeriesMania

Cet après-midi, à Séries Mania, se tiendra un débat sur le thème "Adaptations, remakes et reboots : les séries sont-elles toujours aussi créatives ?", dont vous pouvez lire les problématiques sur le programme de Séries Mania.
Dans la formulation, le point de vue est clairement celui des séries américaines, sous-entendant par là que les séries US (notamment de network ; même si de nombreux projets du câble tendent à relativiser cette croyance ces dernières années) sont particulièrement sujettes au remake, à l'adaptation et au reboot. Du coup, je me suis dit qu'en marge de ce débat, j'allais vous parler... eh bien, du reste du monde, les habitudes ayant la vie dure.

Ces termes sont particulièrement connotés négativement dans notre imaginaire (on leur oppose l'innovation et l'originalité), ce que souligne, d'une façon générale, la formulation choisie pour la présentation de la table ronde. Loin de moi l'idée de prétendre que ces séries ressorties des cartons ou des catalogues des pays voisins sont systématiquement d'une folle originalité, mais cet instinct est peut-être un peu limité : l'adaptation et le remake ont parfois leurs vertus. Et pendant qu'inlassablement on débat de l'originalité de la télévision américaine, on oublie parfois que l'adaptation et le remake sont loin d'être des pratiques propres à la télévision US ; de ce fait, elles couvrent des réalités très diverses.

En effet, aux USA, la reprise de séries étrangères et/ou passées remplace le concept d'acquisition, tandis que dans la plupart des pays du monde, l'adaptation et le remake complètent les politiques d'acquisitions. Cette différence majeure explique que la démarche d'acquérir les droits d'une série pour en proposer une version locale n'a pas forcément les mêmes implications dans le panorama télévisuel d'un pays donné.
Promenons-nous donc parmi quelques adaptations récentes venues des quatre coins de la planète, et observons les différentes réalités qu'elles couvrent.

ObratnaiaStoronaLuny

Apprendre en copiant

Diffusée fin 2012,
Obratnaia Storona Luny ("dark side of the moon", les Russes étant moins familiers de Bowie que de Pink Floyd) reprend l'histoire de Life on Mars. Vu qu'assez peu de séries britanniques sont, pour le moment, adaptées ailleurs qu'aux États-Unis, ce cas peut sembler exceptionnel, mais rappelons que la Russie est coutumière des adaptations.

Le pays a, depuis environ le début des années 2000, déployé un goût prononcé (qui a dit douteux ?) pour les remakes. Mais jusque là, le phénomène s'était cantonné aux comédies (nord-américaines) et aux telenovelas (sud-américaines), donnant néanmoins des résultats souvent très probants au niveau des audiences, même si je ne souhaite à personne de voir un épisode de
Maia Prekrasnaia Niania, pas même à mon pire ennemi. Cela a conduit les grilles russes à être dominées, pendant plusieurs années, par des comédies et des soaps. C'était vrai à plus forte raison sachant que les séries dramatiques russes ont une nette propension à calquer leur format sur celui des mini-séries (les séries policières, comme souvent, faisant figure d'exception de par leur formule déclinable à l'envi). Les comédies, en revanche, sont inspirées de sitcoms américains ayant aisément franchi la centaine d'épisodes dans leur pays natal, et de telenovelas qui par définition ont également un nombre d'épisodes conséquent, et il y a donc du matériel pour longtemps ; du fait d'une structure généralement peu exigeante en termes de production value, les épisodes peuvent de surcroît être fabriqués "à la chaîne" en un temps record, c'est donc vraiment tout bénef !
En conséquence de quoi, il n'est pas rare qu'en Russie, pour un sitcom, une saison d'une vingtaine d'épisodes soit diffusée en quotidienne pendant quelques semaines, et qu'une autre saison la suive quelques mois plus tard : pourquoi diffuser une saison par an quand on peut en diffuser une tous les 6 mois en bossant vite fait ?

Adapter des formats d'une demi-heure a donc modifié le panorama russe, créant une nouvelle façon de produire (plus d'épisodes, plus de saisons) qui n'était pas dans les habitudes locales plus tôt. Le processus a été décrit dans
Exporting Raymond, documentaire qui montre le passage de Tout le monde aime Raymond à la moulinette d'un network russe ; l'expérience a d'ailleurs prouvé que le pilote de Voroniny, l'adaptation en question, n'a pas nécessairement été affligeant, ce qui prouve que le modèle a du bon non seulement d'un point de vue commercial, mais aussi qualitatif.
Bonus non-négligeable, les adaptations russes de sitcoms américains, qui semblent parfois risibles à un regard extérieur (et pas forcément à tort...), ont permis de former une génération complète d'auteurs de télévision russes à la comédie télévisée, qui jusque là, sans en être absente, restait marginale. Grâce à ces copycats, le paysage télévisuel russe s'est transformé ; à force de copier des œuvres originales (avec l'aide, bien souvent, d'auteurs ou producteurs de la série d'origine, faisant alors office de formateurs), la Russie a fait évoluer son marché intérieur.

Depuis quelques années, désormais, la Russie s'intéresse aux formats plus longs, et aux productions dramatiques plus ambitieuses. Ainsi était née, en 2010,
Pabieg, adaptation de Prison Break pour Perviy Kanal, et ainsi est née, il y a quelques mois, donc, Obratnaia Storona Luny, toujours sur la première chaîne.
Le cheminement reste strictement le même que celui qui a présidé à la commande d'adaptations de comédies : comme on sort de l'argent pour acheter les droits, ainsi que pour acheter également les scripts clé en main, on s'attend à rentabiliser l'investissement ; adapter des séries dramatiques étrangères se fait donc souvent avec l'espoir de les diffuser sur plusieurs saisons. L'adaptation, en Russie, ouvre donc une fois de plus la porte à des mutations du marché télévisuel national et de ses pratiques, puisqu'en-dehors des séries policières, le renouvellement de séries dramatiques originales était plutôt marginal jusque là. Production coûteuse,
Pabieg n'a pas tout-à-fait rencontré le succès espéré, et "seulement" deux saisons ont vu le jour (pas trouvé de trace d'une troisième qui serait en production, et les critiques semblent encourager Perviy Kanal dans ce sens). La raison se logeait dans sa production un peu pauvre comparée à l'originale, et son manque d'intérêt dans le contexte russe.

Ca a vraiment bien marché en revanche pour
Obratnaia Storona Luny cet hiver. Le succès de cette série est dû à plusieurs facteurs, inhérents à la question de l'adaptation. Ce n'est pas simplement une question d'acteurs ou de moyens qui a permis l'enthousiasme du public, même si l'acteur principal se débrouille plutôt bien et parvient à faire oublier John Simms (si-si, je vous jure). Ce qui a fait la différence, c'est bien l'équilibre trouvé entre savoir-faire étranger et capacité d'adaptation au contexte culturel de la Russie. Dans le cas d'Obratnaia Storona Luny, repartir dans en 1979 n'a évidemment pas le même sens pour un Russe que pour un Britannique, et la série a dû utiliser les spécificités de l'Histoire russe ; il fallait donc adapter le contexte d'origine à celui, plus complexe, de la Russie soviétique, et cela, le simple achat de script ne peut le couvrir. Obratnaia Storona Luny a donc usé des talents des auteurs russes pour la fiction historique (vaste question, il est vrai) afin d'offrir une œuvre profondément ancrée dans le contexte russe. A partir de là, l'aspect nostalgique (qui a fait le succès de Vosmidesiatye plus tôt en 2012) a sans aucun doute joué. A ce travail de fond s'ajoutait l'apport du savoir-faire britannique : la production a reçu l'aide d'un producteur de la BBC envoyé comme consultant. Le résultat, c'est une série russe qui se place aisément dans le haut du panier des séries dramatiques de par sa production value.

Et cela, il faut le noter, alors que le public russe a déjà vu
Life on Mars (sous le titre de Jizn na Marsie), avec des audiences décentes, mais pas épatantes. Ici, clairement, Obratnaia Storona Luny a été un succès (leader de sa case horaire sur Perviy Kanal), et a d'ailleurs été renouvelée pour une seconde saison, même si on ignore pour le moment quand elle sera diffusée.
C'est d'ailleurs le cas de toutes les séries étrangères adaptées par les chaînes russes jusqu'à présent : elles ont déjà été diffusées sur le sol russe par le passé ; on voit bien la différence avec les USA, qui adaptent ce qu'ils savent pertinemment qu'ils ne diffuseront jamais. Et ça n'a pas du tout l'air de déranger les spectateurs russes de voir deux fois des histoires similaires... peut-être parce que, depuis le temps, ce public perçoit que, dans les changements induits par la naturalisation d'une série, on peut trouver de nouvelles raisons de suivre une même histoire.

GalipDervis

Le besoin et l'envie

Lancée le mois dernier, 
Galip Derviş est l'adaptation turque de Monk, sur la chaîne Kanal D (un "derviş", qui se prononce derviche, est un... moine). Ce qui est intéressant en Turquie, c'est que, contrairement à la Russie, le rayonnement des séries turques est indubitable (pour vous en assurer, vous pouvez relire la première partie de ce post). La télévision turque connaît actuellement un véritable âge d'or, et n'a pas vraiment besoin d'adaptations dans ses grilles.
Pourtant, loin de mettre tous ses œufs dans le même copieux panier, la chaîne Kanal D a décidé, en marge de ses séries originales loin d'être dans les choux, de commander un nombre croissant d'adaptations, et d'adaptations de séries américaines de préférence :
İntikam (pour Revenge, souvenez-vous), Umutsuz Ev Kadinlari (pour Desperate Housewives, là encore, rappelez-vous, j'avais comparé les deux pilotes) et désormais Galip Derviş, donc, font quelques belles heures de télévision sur le sol turc. Pour l'anecdote, on note très peu d'adaptations de séries autres qu'américaines, à l'exception de 1 Erkek 1 Kadin, versions turque d'Un gars, Une fille (née sur la chaîne du satellite TürkMax, et reprise l'an dernier par le network Star TV).

Ce qui est intéressant, c'est que la Turquie mise avant tout sur des séries "légères" pour ses adaptations : les vraies séries dramatiques, les créations originales s'en chargent. Par contre, quant il s'agit des comédies, des dramédies et des primetime soaps, là, ok, on veut bien prendre des concepts étrangers. En gros, les Américains, on les aime bien, mais pour divertir la famille au sens large et/ou les ménagères ; pour des séries complexes, des reconstitutions historiques méticuleuses, des dramas sombres et des thrillers virils, on va se débrouiller nous-mêmes avec nos scénaristes, merci, on a tout ce qu'il nous faut.
Une position originale, sachant qu'il est généralement moins facile d'adapter des comédies et de trouver le succès (problème d'humour culturel) : dans une majorité de pays de la planète, un remake de comédie américaine est souvent voué à l'échec en termes d'audiences. Qui plus est, quand on sait que les Turcs produisent déjà plein de soaps à succès, qui eux-mêmes se regardent dans toute la région, voire plus, on ne peut pas dire que les chaînes turques soient à la traîne de ce coté-là, ni aient besoin d'aller acheter les scripts des copains.

Alors pourquoi le faire ? Explication en trois étapes :
- à la différence des Russes, les Turcs pourraient très bien se passer d'adaptations, donc. Mais les séries étrangères sont jugées divertissantes (avec une dimension peut-être légèrement péjorative), au sens où un spectateur turc n'attend pas grand'chose d'une fiction américaine. Ça se regarde sans y penser, quand le public a tendance à s'investir dans une série nationale ;
- à la différence des Russes également, les Turcs ne tiennent pas avec ces remakes leurs plus gros succès d'audiences, et s'accommodent fort bien de cela ; à titre d'exemple,
Galip Derviş est diffusée trois fois par semaine (un inédit le jeudi à 23h, rediffusé ensuite le samedi après-midi et le dimanche matin) ; la série permet en outre à Kanal D de proposer une fiction originale sans redouter de se faire écraser par la grosse production que la chaîne publique TRT1 diffuse le jeudi soir à 22h50, Şubat, et qui attire un public plus exigeant : l'échec est moins cuisant si l'investissement initial est minime.
- enfin, à la différence des Russes encore, le public turc n'a pas souvent vu la série d'origine ;
Revenge n'est par exemple pas encore diffusée en Turquie, et vu que désormais c'est par İntikam que les spectateurs turcs ont pris connaissance du revengenda, il y a fort à parier que ce n'est pas pour tout de suite. Ou comment un network américain très désireux de vendre des droits d'adaptation à tout le monde (jurisprudence Desperate Housewives) a trouvé le partenaire parfait avec une chaîne turque désireuse de ne rien diffuser d'étranger en primetime.
Conclusion : les adaptations de séries étrangères sont, en fin de compte, plus ou moins des projets "bouche-trou" : ils font des audiences décentes, mais pas explosives, et on ne leur en demande pas tant de toute façon. Ils sont là à la fois pour offrir une programmation non-importée facile à produire (le travail de développement étant simplifié, par définition) et facile à diffuser à peu près quand on veut. Ça coûte peu cher, c'est flexible, ça a fait ses preuves, et de toute façon, le public ne s'y attachera pas, c'est juste pour passer le temps.
Les adaptations, les Turcs n'en ont aucun
besoin. Mais il semblerait que le public en ait envie, pour varier leur menu télévisuel, et pour les chaînes, ces mêmes adaptations servent de tampon dans les grilles. C'est aussi simple que cela.

Dans le cas de
Galip Derviş, la production turque reprend les ingrédients, jusque dans l'accompagnement musical, de la série Monk. Le copier-coller est flagrant (et évidemment assumé), à une nuance près : la version turque dure 90 minutes, comme toutes les séries turques...

Aaf

Refaire pour comparer ?

Dans le domaine de la comédie cette fois, parlons d'
Aaf!, l'adaptation aux Pays-Bas du sitcom Rosanne, sur RTL4. La chaîne néerlandaise n'en est pas à son coup d'essai en la matière : il y a quelques mois, elle avait par exemple lancé Golden Girls, l'adaptation, vous l'aurez deviné, de la série américaine des années 80 quasi-éponyme. Par le passé, elle a également adapté Tout le monde aime Raymond sous le titre Iedereen Is Gek Op Jack ; chez RTL Boulevard (on reste en famille, donc), on ambitionne d'ailleurs d'adapter La croisière s'amuse dans un avenir très proche.

Sur le papier,
Aaf! est tout ce qu'on redoute dans une adaptation d'un sitcom américain commençant légèrement à prendre de l'âge : une comédienne locale connue (Annet Malherbe, que les spectateurs français ont eu l'occasion de voir dans la série Gooische Vrouwen, alias Jardins secrets) à qui on offre un rôle qui a fait ses preuves et que tout le monde connaît. Le résultat est généralement kitschissime, car il n'est pas rare qu'au nom de la prétendue identité de la série originale, ou, au mieux, au nom de la nostalgie, la nouvelle série ressemble à s'y méprendre à la série originale, en dépit du fait qu'elles aient plusieurs décennies d'écart. Golden Girls, la série néerlandaise, avait exactement ce tort, qu'avait également la version espagnole, La Chicas de Oro (un gros bide pour La 1 en 2010) : pourquoi refaire une série des années 80 à l'identique quand des rediffusions suffiraient ?

La différence, c'est peut-être qu'
Aaf! est une adaptation intelligente d'une série qui ne l'était pas moins. La version néerlandaise (qui est à l'heure actuelle le seul remake officiel de la série Roseanne de par le monde) ne cherche absolument pas à faire mine de se dérouler dans les années 80/90, le pilote commençant même par une dispute entre les enfants autour de l'ordinateur, des réseaux sociaux et d'un iPhone, histoire de mettre les choses au point très vite. L'idée motrice de cette adaptation est avant tout de reprendre le sujet de Roseanne, et non son identité au sens strict, et ainsi de suivre les Jansen, une famille modeste... mais pas ouvrière. Eh oui, les réalités ayant changé depuis 1988, l'héroïne ne travaille plus sur une chaîne de montage, mais dans un call center. Les problèmes rencontrés par Annet Jansen et les siens sont les mêmes, touchant les spectateurs de la classe moyenne directement dans leur quotidien. Résultat : excellentes audiences, et surtout, la preuve qu'une adaptation n'est pas obligée de singer l'original.

Roseanne était une série engagée ? Le processus par lequel Aaf! a pris sa forme finale, et la comparaison entre l'original et l'adaptation, le sont tout autant : pour les classes très moyennes, tout change, et rien ne change. La crise reste la crise.

TonbiNHK

Valeur ajoutée

Un cas de figure que nous n'avons pas encore abordé est celui du remake à l'intérieur-même des frontières (qui est certainement le plus lourd reproche adressé aux séries américaines s'y risquant). Le Japon, parmi quelques autres, est friand de ce procédé, et l'a montré de façon plutôt éclatante ces derniers mois avec
Tonbi, un roman de Kiyoshi Shigematsu publié en 2008, dont deux adaptations différentes ont été diffusées à un an d'intervalle sur les écrans nippons.
Tonbi, l'histoire d'un père très modeste qui élève seul son jeune fils à qui il veut offrir le meilleur, emprunte toutes les recettes d'un drama familial émouvant et optimiste. Mais il se double aussi d'une dimension historique puisque tout commence dans les années 60, alors que le fils a trois ans ; l'histoire suit celui-ci jusqu'à l'adolescence.

En janvier 2012 d'abord, la NHK propose un tanpatsu (un téléfilm, ou téléfilm en deux parties dans le cas présent), qui trouve un succès critique incontestable ; c'est tout-à-fait le genre de séries que propose volontiers la chaîne publique, et qui lui confère son excellente réputation en matière de séries, bien que les audiences ne suivent pas toujours.
C'est le cas ici, car assez peu de spectateurs japonais ont regardé les deux volets, en dépit d'une diffusion à une heure de très grande écoute, le samedi à 21h. Il n'empêche : salué pour sa qualité, le
Tonbi de NHK (photo ci-dessus) va faire une jolie carrière internationale, et obtiendra d'ailleurs le prix de la Meilleure mini-série au festival de Monte-Carlo quelques mois plus tard.

Le succès à la fois du roman, mais surtout de l'adaptation qu'en fait NHK, n'échappe pas à TBS, qui met en chantier séance tenante sa propre adaptation, avec la rapidité propre à l'industrie télévisuelle japonaise. Rappelons que tous les trois mois, les chaînes japonaises changent intégralement leurs grilles de fictions (à l'exception de deux cases horaires pour la NHK qui ont respectivement un rythme semestriel et annuel), et lancent donc de nouveaux projets de séries tous les trimestres. Lancer un remake en un temps record ? Ça n'a rien d'une exception. Moins friande de tanpatsu familial, TBS opte de son côté pour un format plus classique, le renzoku : une dizaine d'épisodes diffusés hebdomadairement pendant la saison hivernale, de janvier à mars 2013, donc, le dimanche à 21h, case convoitée s'il en est, et parmi les rares dans les grilles japonaises à mettre en concurrence plusieurs fictions.

A ce stade on pourrait penser que le public japonais, qui n'avait pas accroché en masse à la première adaptation de NHK, ne va pas tellement se précipiter pour assister au remake. C'est oublier que la machine TBS connaît son affaire : le cast est irréprochable, le générique de sa version de
Tonbi est interprété par un chanteur très populaire, et ainsi de suite, bref tout est fait pour attirer un large public... et c'est effectivement ce qui se produit, avec des audiences deux fois plus importantes que pour le Tonbi de NHK dans une case pourtant plus difficile ! Le public est venu en masse, mais encore fallait-il le garder ; ça a été le cas, et même mieux : au termes de la diffusion, le 10e et dernier épisode a rassemblé 20% des parts de marché, un score devenu rare à la télévision nippone. Avec Tonbi, TBS a tenu son plus grand succès de la saison, avec une série qui n'avait rien d'inédit, mais qui, par la bonne combinaison de marketing intelligent et, évidemment, de qualité, a su toucher les spectateurs... D'ailleurs, la version 2013 de Tonbi a décroché deux récompenses aux Nikkan Sports Drama Grand Prix (un prix décidé par le vote des lecteurs de la revue Nikkan Sports), il y a quelques jours : un comme Meilleure Série, l'autre comme Meilleur acteur pour Masaaki Uchino.
En fait, TBS a démocratisé la recette initiale de
Tonbi : sans en dénaturer les qualités, la chaîne s'est appropriée le sujet pour en faire un vrai rendez-vous grand public, quand celui-ci était passé à côté d'une première version plus confidentielle. Une jolie vertu pour un remake, non ?

InTherapyAllStars-Legendes

Traitement local

Mais ces dernières années, le champion toutes catégories de l'adaptation, c'est
BeTipul. Les autres séries peuvent rentrer chez elles, il n'y a pas de match.
Le drama israélien a été adapté dans une liste de pays longue comme le bras : les États-Unis, bien-sûr, avec
In Treatment sur HBO (ce qui a permis à HBO Central Europe de sortir quatre versions locales, dont Terápia en Hongrie, et În Derivã en Roumanie), mais aussi aux Pays-Bas avec In Therapie, au Brésil avec Sessaõ de Terapia, en Argentine avec En Terapia, ou, plutôt sympathique pour nous autres francophones, En Thérapie au Québec. La liste est loin d'être exhaustive, et ça donne la montage ci-dessus, avec une tripotée de thérapeutes aux quatre coins de la planète, et je ne compte même pas les patients. Et je vous dis ça sans compter Shinryouchuu, version japonaise "inspirée de" BeTipul (traduction : j'ai pas voulu payer pour les scripts), tournée sur le monde du lycée.
Dernière victime en date de cette épidémie : l'Italie, qui s'y colle depuis quelques semaines sur Sky Italia, avec...
In Treatment, parce que pourquoi faire compliqué ?

La tactique adoptée pour la revente des droits par les Israéliens est assez différente de celle de la plupart des séries : il s'agit de chercher des interlocuteurs à portée limitée (chaînes du câble ou du satellite, par exemple ; ou dans le cas du Québec, à portée locale et non nationale), de façon à maintenir une certaine demande : la série est bonne, mais elle n'est pas facilement accessible dans une région donnée. Mieux que ça encore : le format ne coûte rien à produire (pour schématiser : un canapé et un fauteuil, et on est partis), est déclinable à l'infini dans une grande variété de langues (la preuve).
BeTipul n'a, de surcroît, presque jamais été diffusée à l'étranger (il me semble qu'une obscure chaîne câblée diffusant des programmes en hébreu l'a montrée aux USA, mais je vous dis ça de mémoire), et mise sur le fait que personne ne peut/veut acheter les droits de diffusion. De ce fait, pour les pays dans lesquels elle est adaptée, la série fait figure d'inédit total.
Il faut dire que non seulement son sujet, mais sa structure également, s'accommodent assez peu des contraintes des grandes chaînes. Même si l'on met de côté son aspect claustrophobique pas franchement avenant pour le très grand public, le format de
BeTipul repose sur une série d'entretiens diffusés de façon quotidienne : du lundi au jeudi, le personnage du psy reçoit ses patients, et le vendredi, c'est lui-même qui suit une thérapie. Combien de grandes chaînes se lanceraient dans pareil défi à une heure de grande écoute, à un échelon national, et en quotidienne ?
D'autant que le cahier des charges de
BeTipul est d'une inflexibilité incroyable : à l'instar de la plupart des séries israéliennes adaptées à l'étranger, la production est très regardante dans ce qui est fait dans chaque pays adaptant les droits, et il est frappant de constater à quel point les diverses versions reprennent tous, plan par plan, le même schéma. Les scénaristes locaux ont une marge de manœuvre extrêmement limitée.

Mais malgré la rigidité apparente de son principe comme de ses modalités,
BeTipul, c'est aussi une série extrêmement adaptable, tout simplement parce qu'il est très simple de modifier un seul personnage pour lui donner une couleur locale. Ainsi, dans la version originale, l'un des patients de la première saison est un soldat israélien impliqué dans le conflit palestinien ; dans la version américaine, ce même soldat devient un GI qui a fait l'Irak. Dans le In Treatment italien, il n'y a plus de soldat, mais un policier travaillant en immersion sur une affaire mafieuse, et ainsi de suite. A côté de ce personnage, le couple en crise ou l'adolescente suicidaire sont suffisamment universels pour ne pas nécessiter l'intervention lourde de scénaristes dans les pays adaptant la série, ce qui simplifie d'autant le processus d'adaptation et donc de développement.

Contrairement aux exemples précédents, les multiples adaptations de
BeTipul ne s'insèrent dans aucune tendance, aucune mode dans un pays donné : c'est l'inverse. Le drama israélien est celui qui part à la conquête de la planète, et non le produit qui vient combler un besoin. Le besoin est créé autour de la série, de son procédé original, de son ton unique, et n'est pas déclinable au-delà de la seule franchise BeTipul par les chaînes qui en font l'acquisition.


L'adaptation et le remake sont-ils pure paresse ? Ce n'est donc pas toujours si simple. Osons le dire,
parfois, les remakes, adaptations et reboots ont même carrément du bon...

Posté par ladyteruki à 13:30 - Love Actuality - Permalien [#]

02-04-10

Revisions

Depuis l'année dernière, et son mois de janvier qui a apporté son lot de retentatives téléphagiques (j'ai alors regardé les pilotes de plusieurs séries que je craignais d'avoir jugées trop vite), j'ai pris l'habitude, pourvu d'avoir un peu de temps pour le faire, de donner leur chance à d'autres séries. Avec toujours dans l'idée que, peut-être, quelque chose m'avait échappé la première fois. Tenez, finalement : quand j'ai fini par donner à Big Love un peu plus de temps et d'attention, ça a payé. Partant du principe que, bon, on sait pas, ça peut se produire avec une autre série, je poursuis, dans la limite des stocks de temps disponible, ces réexplorations.

C'est comme ça qu'il y a quelques jours, je me suis remis le pilote de Psych. Psych que j'appelle Psych et pas Enquêteur malgré lui, déjà parce que j'essaye quand même d'éviter le ridicule de temps à autres, et surtout parce qu'avant que TFHein ne déshonore la série avec ce titre abject, j'avais déjà vu le pilote et le nom de la série était resté en VO.

Justement, ça me revient... je l'avais vu avec mon homme de l'époque et ma frangine, ce fameux pilote. On était tous les trois sur le lit (rapport au fait que nous n'avions pas de canapé dans notre studio, histoire de pouvoir y circuler) et on avait regardé ça dans le noir, en silence, et en VO. Je me rappelle qu'il y avait une chaleur moite dans la pièce, qu'on était agglutinés devant l'écran de l'ordi, et qu'on n'avait pas trop discuté pendant l'épisode.
Ma soeur rei, qui n'est pas tellement une adepte des séries qu'on regarde sans sous-titres (ce qui est ma façon diplomatique de dire qu'elle n'en bite pas un mot) semblait comprendre quand même pas mal de choses, et ne posait pas tellement de questions comme elle le fait d'ordinaire (exemple : rei devant le pilote de Reba, avec la VO + l'accent, c'est la garantie de s'interrompre toutes les deux secondes pour traduire ce qui vient de se dire).
Après quoi, si je me souviens bien, on avait tous convenu que c'était sympa mais sans plus.

Ensuite, hormi une ou deux fois où j'étais tombée dessus sur TFHein et avais regardé quelques minutes avec un vague amusement, je n'y étais plus revenue. Concrètement, je pense pouvoir avancer sans me tromper que, à part ce pilote, je n'ai vu aucun autre épisode de la série en entier. Finalement, c'est un peu la même histoire que celle qui est arrivée à Chuck (quoique je pense avoir regardé un ou deux épisodes de Chuck complets ; mais guère plus).

Psych

Voilà exactement une série qui entre dans les critères de mes retentatives, donc. Elle n'est pas mauvaise, elle n'est pas excellente, elle a eu le malheur d'être au milieu et, peut-être, avec le temps, mon opinion à son sujet pourrait-elle changer. Ça s'est déjà vu après tout !

Alors me revoilà, 4 saisons plus tard quand même, à me remettre devant le pilote histoire de voir. Parce que finalement c'est uniquement de ça qu'il est question.

Je ne me rappelais pas avoir autant ri la première fois, et c'est sans doute la bonne nouvelle, finalement. C'est vrai que ça fait plaisir, une fois de temps en temps, qu'un flic ne se prenne pas au sérieux comme CSI Pocahontas, CSI Marsupilami et CSI Ratigan. On dépasse le stade de la comédie policière à la Monk pour aller vers un personnage franchement humoristique. Je le répète, c'est un plaisir.

Alors, effectivement, le pilote était mieux que dans mon souvenir. Si je retombe sur un épisode, à l'occasion, je ne zapperai peut-être pas, cette fois. Mais quand j'essaye de m'imaginer en train de regarder toute une saison... ça reste quand même une série policière, construite vraisemblablement sur des enquêtes indépendantes, et dont les ressorts me semblent assez évidents : il y aura toujours quelqu'un pour suspecter Shawn de ne pas être crédible, mais il finira toujours par résoudre l'affaire... Je ne me sens pas de taille à affronter ça épisode après épisode, même en tenant compte des répliques drôles qui ne manqueraient pas de les ponctuer.
Bon, si, peut-être un épisode ici, ou là, si jamais je m'ennuie dans mon planning téléphagique. Mais ça n'ira jamais plus loin.

Verdict : Psych réhabilitée...
Mais je vais quand même la laisser où elle est.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Psych de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 11:19 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

24-01-10

Si tu tombes neuf fois, toujours te relever dix

Pauvres, pauvres télespectatrices japonaises ! Elles font l'objet d'un matraquage manifeste qui, s'il n'était pas aussi lourdement opéré, ferait quasiment rire de par ce qu'il traduit de désespoir dans l'industrie médiatique. Celle-ci semble s'accrocher à tout prix à une certaine vision du rôle de la femme dans la société, où chacune se doit d'être toute entière lancée vers le mariage et la maternité, alors qu'inexorablement, la société change et que les choses ne sont plus aussi nettes. On a déjà discuté de ce problème en de nombreuses occasions.

Magerarenai Onna prend le même postulat de départ, et se présente comme une nouvelle démonstration de sceller le sort des femmes par des modèles médiatiques rigides. Et ça n'a rien de nouveau... ou bien ?

MagerarenaiOnna

Magerarenai Onna se traduit par "la femme qui ne plie pas", et il est vrai que le personnage principal, Saki, est l'illustration-même de notre expression "avoir un balai dans le cul". Ou, en langage plus recherché : psycho-rigide.

Et c'est vrai que c'est pas une rigolote, la Saki. Jamais un sourire... d'ailleurs, peu ou pas d'expression du tout. Elle a raté l'examen d'entrée au Barreau par neuf fois déjà, oui, neuf années de suite, neuf années pendant lesquelles elle n'a rien fait d'autre qu'étudier. Et alors que le bon sens dicterait à n'importe quelle personne sensée d'en prendre son parti et de faire sa vie autrement, Saki persiste.

Au moment du pilote, Saki prépare donc son dixième concours d'entrée, et travaille à temps partiel comme clerc dans un cabinet d'avocats. Sa vie est réglée comme du papier à musique et, sincèrement, ça relève quasiment de la pathologie lourde à ce stade. On a un peu l'impression d'avoir trouvé la fiancée japonaise de Monk ! Les plats préparés à l'avance pour chaque repas de la semaine et empilés sagement dans des Tupperware carrés dans le frigo, le carnet où sont notées quotidiennement les heures passées à travailler comme autant de lignes strictement identiques, l'exactitude avec laquelle chaque activité de sa journée commence à une heure bien précise...

Pourtant, passés les clichés de rigueur et de pointillisme, on comprend que Saki a, en fait, optimisé chaque instant de son existence pour se consacrer au maximum à ses révisions. Chaque seconde compte, et ainsi chacune est économisée dans ce but. L'existence entière de Saki est pensée dans le détail afin d'atteindre cet objectif qu'elle s'est fixé (et on devine qu'en neuf ans, sa technique en ce domaine a largement eu l'occasion de s'affiner).

Au bout de la moitié du pilote, le spectateur occidental commence toutefois à ressentir des pulsions d'homicide.
Sur l'air de :" si les chaînes japonaises se sortaient un peu la tête du cul, elles verraient qu'un tel personnage n'a pas nécessairement besoin d'être la fille impossible à marier qui fait le désespoir de sa maman, c'est pas croyable ça, les commanditaires de Magerarenai Onna sont aussi informés sur l'état de la société japonaise que TF1 sur celui de nos contrées !"
Voir Saki en indécrottable célibataire rigide relève en effet du cliché le plus navrant de la télévision japonaise. Quand on lui dit qu'une femme doit se marier et avoir des enfants, on a l'impression de lire dans son regard qu'elle se demande si elle pourrait concilier contractions et révisions, qu'elle en conclut que non, et qu'elle laisse tomber cette ridicule histoire de bonheur féminin. Alors sa maman, son patron, son petit ami, son ancienne camarade de classe, y vont chacun de leurs allusions plus ou moins fines sur ce qui rendrait Saki heureuse, et comme elle ne marque aucune émotion et semble ne jamais prendre de plaisir à rien, toute tendue qu'elle est vers son objectif, Saki accrédite la thèse du "elle est complètement barrée cette gonzesse qui ne veut pas se marier, faut surtout pas devenir comme elle". Et ça c'est rageant.

Car en plus ces deux états n'ont rien d'antithétiques : Saki aurait aussi bien pu accepter de se marier à Masato, et aurait optimisé leur vie de couple de façon à tout de même préparer son fichu examen tout en faisant tourner la maison. Mais non, il nous fallait une mauvaise élève, on est allés jusqu'au bout de la démonstration, quitte à en faire des tonnes.

On en arrive donc comme ça à la moitié du pilote et, je vais être honnête avec vous, là, j'ai décidé d'arrêter les frais. Plus précisément, quand la maman de Saki est tombée malade et que Saki, allant la visiter, entend sur le répondeur de sa mère que celle-ci a récemment eu une conversation avec une amie où elle confiait avoir vraiment envie que Saki se marie et lui donne des petits-enfants. Le seul truc qui pourrait ajouter du pathos à la situation serait que Saki se découvre un ovaire paresseux histoire de vraiment mettre la pression.
Et donc là, c'est le drame.
Saki s'en retourne dans la neige, pensant à son papa qui est mort quelques minutes après avoir enfin décroché l'examen du Barreau qu'il avait eu beaucoup de mal à décrocher (parce qu'en fait elle ne le veut même pas pour elle-même mais au nom de son père, ce fichu examen), et là arrive Masato qui lui présente une bague et lui propose de l'épouser, et on vivrait ensemble, et on s'occuperait de ta mère, et tu repriserais mes chaussettes pendant que j'ouvre mon propre cabinet, et ce serait magnifique.

Donc voilà, c'est là que, découragée par la télévision japonaise et ses odieux clichés sexistes, j'ai décidé que j'avais suffisamment subi ces conneries avec les  foutaises sur la célibataire mal-aimable qui heureusement va rentrer dans le rang grâce à un gentil garçon, et j'ai déclaré que Magerarenai Onna et moi, on n'étais pas copines. L'effet d'accumulation avait eu raison de moi.

Passent plusieurs jours. Un soir que j'ai mal à la tête mais pas envie de dormir, je me dis, comme ça, que je pourrais regarder un truc pas trop intéressant histoire de passer le temps, et que mes 10g d'anti-migraineux fassent effet. Grand bien m'a pris (pas juste pour les médicaments). Car c'est très tard que la série Magerarenai Onna montre ce qu'elle a dans le ventre.
Sans vouloir vous spoiler, disons simplement qu'après avoir longtemps joué avec l'idée d'un mariage entre Saki et Masato, et vas-y que j'essaye des robes, et vas-y qu'on va réserver une salle de réception, le pilote décide d'enfin dévoiler une information capitale, mais jusque là complètement invisible à l'œil nu : oui, Saki est un être humain. Complexe. Intéressant. Peut-être que le personnage ne plie pas mais ça ne signifie pas qu'il n'a aucun doute.

L'issue de cet épisode connaît alors un très bon moment alors que Saki, au téléphone avec sa maman, fait face à ses projets d'avenir. L'examen au Barreau, pas plus que le mariage, ne sont des garanties de bonheur, et le monde autour d'elle se charge bien de ne pas lui rendre la vie facile quel que soit son choix. Mais Saki démontre soudain que la rigueur à laquelle elle s'était astreinte ne l'empêche pas de craindre pour son avenir. Alors qu'on l'imaginait sûre d'elle et de son objectif, on comprend que son obstination ne signifie pas forcément qu'elle est certaine d'avoir raison alors que le monde a tort à son sujet.

Il faut beaucoup, beaucoup de patience, pour aller au bout du pilote de Magerarenai Onna. Beaucoup. Cela demande de survivre au visage de marbre de Saki pendant pas loin de 50 minutes (sur presqu'une heure d'épisode, ça fait beaucoup), de surmonter courageusement le cabotinage de Riko, proprement insupportable pendant 99% de son temps d'antenne, et surtout de serrer les dents chaque fois qu'un imbécile se croit en droit de faire remarquer à Saki qu'il sait mieux qu'elle ce qui la rendrait heureuse. De nombreuses minutes de frustration, voire de colère, sont à prévoir. A plus forte raison si vous avez le malheur d'être une femme. Mais finalement, ça en vaut assez la peine.

Magerarenai Onna nous permettra-t-elle enfin de faire le ménage dans tous les énervants clichés sur le bonheur de la femme japonaise ? Il est permis de l'espérer. Et personnellement, je suis d'avis que si la série poursuit son chemin, maintenant que je sais qu'elle est capable de plus de nuances qu'à ses débuts, elle pourrait même s'avérer nécessaire.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Magerarenai Onna de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:56 - Dorama Chick - Permalien [#]

02-09-09

CBS n'a qu'à bien se tenir

L'autre jour, je vous parlais de BOSS dont il ne fait aucun doute qu'elle pioche des idées dans la réalisation des fictions policières américaines du moment. Aujourd'hui je vais vous parler d'une autre série policière japonaise, mais alors elle, c'est pas de la pioche, c'est un emprunt sur 10 ans avec un énorme taux d'intérêt. Je vais vous poster le générique plus tard pour vous donner une idée de l'ampleur des "dégâts", mais avant toute chose, je vais quand même un peu rétablir la justice : j'aime Grissom, mais il est loin d'être aussi fun que Tsukumo, le personnage principal de MR. BRAIN.

D'ailleurs il y a pas mal de choses très japonaises dans MR. BRAIN, une preuve de plus que lorsqu'on donne quelque chose d'occidental à une production nippone, elle le mâche consciencieusement avant de le recracher à sa sauce ; c'est aussi pour ça que j'aime les Japonais, ils arrivent à faire les mélanges que la fiction française ne parvient pas à faire, et trouvent un équilibre entre exception culturelle et mimétisme, ils sont magiques ces Japonais, ils n'inventent rien, mais ils parviennent à tout traduire dans leur culture, quelle leçon formidable.

Bref, MR. BRAIN, c'est drôle. Un drôle beaucoup plus mis en avant que dans BOSS d'ailleurs, dont je vantais l'humour subtil dans le post évoqué plus haut, grâce à des petites scènes complètement décalées comme celles-ci :

MRBRAIN_romantic
La scène d'intro, ou comment tout a commencé comme une comédie romantique, mais non.
(cliquer pour cagouler)

MRBRAIN_lol
J'ai explosé de rire en voyant ça... et après je me suis sentie moins bête. Tout bénef !
(faudra regarder l'épisode pour la voir, celle-là)

Imaginez ça au milieu d'un épisode des Experts, franchement... Je suis pas sûre que même le clownesque NCIS oserait.

Mais MR. BRAIN n'est pas une comédie, au contraire : son heure et demie de pilote (ouais, quand même) laisse bien comprendre qu'on est dans la série policière avec tout le package : enquête, analyses scientifiques, et tentatives de confondre le suspect. Mais son personnage est largement plus loufoque (on va y revenir) et son univers pseudo-scientifique est largement moins terre-à-terre que celui des Experts, toujours mornes comme c'est pas possible, et faisant semblant de vivre dans un univers réaliste ("ah, mon analyse ADN est prête en 2h, super, je vais pouvoir rentrer border ma fille"). Dans cette série, on en rajoute dans le high tech, on colle des scientifiques dans tous les sens, etc...

Quant au personnage principal, interprété par un pilier de la fiction japonaise, j'ai nommé Takuya Kimura (hiii, je ne suis plus vierge, j'ai enfin regardé ma première fiction avec Kimutaku !), il est largement plus haut en couleurs que l'ensemble des personnages de la franchise des Experts qui se réuniraient sous une palette de filtres.
Imaginez le truc : il y a 5 ans, il était host (= gigolo qui couche pas) et il a eu un accident et a subi des dommages au cerveau. Sauf qu'au lieu d'en clamser ou de devenir un légume, en fait il s'est mis à utiliser une autre partie de son cerveau, et c'est de là qu'est née sa fascination pour le cerveau humain, dont il a fait sa spécialité, spécialité dans laquelle il est devenu expert. V'suivez ? Il a entièrement changé de personnalité, n'aime plus rien de ce qu'il aimait avant, et il a perdu l'aptitude à réagir de façon "socialement correcte", mais à part ça c'est un génie, quoi.

Contrairement à des Monk et compagnie, cette différence ne fait pas qu'il "est bien atteint mais quand même doué", juste qu'il est doué et pas facile à supporter pour tout le monde, parce qu'il pense "out of the box". C'est assez cool d'avoir un personnage comme ça, finalement assez libéré, sans qu'on cherche à lui inventer une faille quelconque qui le rendrait pitoyable. Non, il est juste différent, pas spécialement attendrissant comme une pauvre chose, un loser patenté, un geek asocial... il est juste différent et ça fonctionne à fond. Ça explique aussi les réactions qu'il suscite, soit fascination, soit extrême irritation. En cela son personnage, bien que finalement assez peu approfondi au cours de l'épisode (seulement l'intro et l'outro de l'épisode lui sont dédiées), est parfaitement bien décrit par les multiples petites bizarreries qu'il fait et qui rendent les autres absolument fous.

Pour ce qui est de l'aspect policier, qui comme vous l'imaginez n'est vraiment pas ce qui m'a captivée, l'enquête, bien qu'un tantinet longuette, était plutôt bien pensée. Ce qui est d'ailleurs assez amusant c'est que notre Tsukumo travaille dans un grand laboratoire de police, avec un service pour chaque chose (ADN ici, analyse d'images là, empreintes par là), et que tout ce petit monde a plein d'ordinateurs et de fioles et de trucs incroyables, et que Tsukumo, eh bien il travaille avec juste son cerveau (et une jolie table tactile pour éduquer ceux qui viennent le voir dans son bureau). Tout en jouant à fond la carte du high tech, MR. BRAIN a donc une particularité incroyable, celle de ne pas se reposer sur l'étude des preuves matérielles, et ce mélange fait un bien fou quand on est en overdose d'experts en tous genres.

MR. BRAIN a donc le talent de mélanger des éléments propres aux séries policières qui fonctionnent aux USA (et qui s'exportent bien dans les autres pays) et une solide dose d'anticonformisme pour rester divertissant sans avoir un sérieux goût de redite. Le bémol, c'est que l'enquête du pilote, en plus de trainer en longueur comme je l'ai dit, n'est pas très originale, et que pour bien faire il aurait fallu innover aussi dans cette direction. Mais si vous cherchez une alternative aux Experts Vegas, Experts Miami, Experts New York... bah tentez les Experts Tokyo, on se fend bien la poire et ça change du pain quotidien.
Personnellement, si je devais recommander une série japonaise de cette année à quelqu'un qui jusqu'alors ne carburait qu'à l'import US, je recommanderais MR. BRAIN, l'immersion est facile et c'est suffisamment hybride pour plaire même à des néophytes en matière de dorama.

Allez, si j'ai un peu piqué votre curiosité, montrez-le en commentaire, et ce soir vous aurez gagné le générique.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche MR. BRAIN de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 05:33 - Dorama Chick - Permalien [#]

29-08-09

Carte postale

PostSecret

Finalement, j'en viens à la conclusion que la téléphagie, ça ne se commande pas.

Je voulais absolument me trouver une série à dévorer cet été, et je vous proposais de m'aider à choisir. Je m'était fixée sur une série, et ne manquait plus que le passage à l'acte.

Mais alors, je ne sais plus trop comment, je me suis trouvée happée par un tourbillon de séries japonaises, et puis, bon, du coup le reste est un peu passé à l'as. Ce n'est ni une bonne, ni une mauvaise chose, d'ailleurs ; c'est juste que ça s'est passé comme ça.

Depuis, le cœur tordu devant 14 Sai no Haha, Kaze no Garden ou Aishiteru ~Kaiyou~, riant aux éclats devant Seigi no Mikata, et mangeant des M&M's devant BOSS (c'est là mon Top 5, en passant), j'ai mis de côté mes découvertes ou redécouvertes américaines. N'allez pas croire cependant que cette orgie a complètement shunté la fiction américaine.

Car à ma plus grande surprise, ces quinze derniers jours, j'ai aussi trouvé du temps pour m'enfiler tous les épisodes ultimes d'Urgences diffusés pendant cette période (ça doit faire 5 ou 6 épisodes, en tout, non ?), j'ai continué à regarder Drop Dead Diva (même si je n'ai aucune idée de pourquoi), je me suis même laissée aller à 1 Monk ici et 1 Chuck là. Preuve que ma dévotion envers le Japon n'a rien eu pendant cette période d'exclusive.

En toute sincérité, je pense que j'en ai encore pour quelques temps comme ça, deux, trois semaines peut-être, avec une consommation aussi effrénée. Ce n'est pas trop m'avancer que de dire que plus la rentrée américaine approchera, plus elle aura mon attention (surtout qu'elle commence avant le gros de la rentrée japonaise), à plus forte raison parce que j'ai soigneusement évité 99% des trailers pour les nouveautés de la saison.

En fait, c'est même complètement la raison pour laquelle je suis dans cette phase en ce moment, si on réfléchit bien. Car vu le taux d'annulation de la saison dernière, ce qui se joue en septembre aux USA, c'est un peu l'intégralité de ma saison, puisqu'en dehors de Better Off Ted, je ne suis pas spécialement fan des séries qui reviennent cette saison. Ou alors j'ai une grosse amnésie, mais bon.

Et comme justement, ce n'est pas sur la fiction japonaise qu'il faut compter pour du long terme dans la majeure partie des cas, mon attention va être soutenue envers la rentrée US, sans pour autant me lamenter à attendre qu'elle soit enfin lancée. Une attention que je crains justement d'être trop soutenue, car ça risque de m'influencer dans mon opinion que de savoir que je n'ai plus de série fétiche à l'antenne, dans un sens comme dans l'autre puisqu'il sera possible que je me dise aussi bien "pff, ça vaut pas Pushing Daisies" que "woah, une nouvelle série à encenser, je n'attendais que ça". C'est à double tranchant, mais c'est de toute évidence ma dynamique de la rentrée. Ce sera un vrai challenge que cette nouvelle saison où je n'ai à fêter le retour de personne en particulier (le feu pour Brothers & Sisters s'était apaisé... faut dire que j'ai lâché en cours de 3e saison, je sais plus trop pourquoi d'ailleurs ?).

Alors bon, disons que jusqu'à la fin de l'été, ma téléphagie a pris des vacances, qu'elle a fait ses valises pour le Japon, qu'elle revient bientôt mais qu'elle va continuer à donner des nouvelles.
Dans ce contexte, je peux comprendre que ses carnets de voyage n'intéressent pas tout le monde (bien que je le regrette), mais si ça peut vous rassurer, les choses vous se rééquilibrer d'ici quelques semaines, mécaniquement.

Par contre, j'espère bien me désintoxiquer de Drop Dead Diva parce que ça m'inquiète. Je ne sais pas comment j'ai chopé ça, en buvant de l'eau du robinet peut-être, mais j'espère que ça va s'arrêter à un moment...

Posté par ladyteruki à 21:30 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

28-07-09

Ah ! Célibat, célibat, célibat !

On va se livrer à une petite expérience, vous voulez bien ?
Pour cela, j'ai besoin que les célibataires parmi vous se rangent devant moi à gauche, et ceux dont le cœur n'est plus à prendre, devant moi à droite. Bien en rang les uns à côté des autres, sur deux lignes parallèles, d'accord ? Bien. Maintenant, les célibataires, vous allez vous baisser, ramasser des cailloux et les lancer sur ceux qui sont maqués. Vous avez vu ce qui vient de se passer ? Nous venons de prouver qu'il est possible de faire l'exact inverse de ce qui se passe dans les séries.
Car si le machisme en a quasiment disparu, si le racisme en a quasiment disparu, si l'homophobie en a quasiment disparu... le célibatophobisme y est encore omniprésent.

C'est bien simple, il ne se passe pas un épisode sans que tout personnage célibataire soit implicitement poussé à modifier sa condition. En fait, un célibataire heureux, dans les séries, ça n'existe tout simplement pas. C'est limite honteux.
Il lui faudra donc absolument chercher l'âme sœur, ou pire, sa moitié, puisqu'un célibataire est forcément incomplet. Et je ne parle pas que de la tribu de gonzesses de Sex & the City ou des esseulés d'Ally McBeal. Noooon, ces célibataires-là sont tellement clichés, dans leur recherche obstinée de l'amour, de vraies têtes chercheuses à rencart, que ça ne prouverait rien de tout de m'attaquer à eux. Penchons-nous plutôt sur les cas les plus critiques !

Dans Les Experts Caracas, Grissom tombe sous le charme de Lady Heather et de Sara, parce que sinon, un type qui partage sa vie entre mots croisés et insectes, ça fait trop pitié au spectateur. Le personnage masculin d'une série se doit de prouver sa virilité ! Non mais. Dans Monk, le coeur d'Adrian n'est plus à prendre, puisqu'il aime toujours son épouse, mais cela n'empêchera pas les scénaristes de lui filer dans les pattes des love interests potentiels à plusieurs reprises ; bah oui, les veufs aussi ça fait pitié. Pire ! Même dans A la Maison Blanche, il faut qu'il y ait des histoires d'amuuur et de coucheries, alors que tout le monde y bosse 24/7 (syndrome workaholic dont on parlait hier), parce qu'ils n'ont pas le temps de changer de chemise, mais ils ont le temps de s'offrir des aventures ! Les exemples sont nombreux, et tous conduisent inéluctablement à la même conclusion : à la télé, le célibataire est persona non grata.

Et quand il est nouvellement célibataire, il faut qu'il ait des circonstances atténuantes (veuf, largué par son conjoint). Comme ça ça fait plein d'histoires, un fond de commerce quasi-inépuisable d'histoires plus ou moins romanesques. Quand on ajoute à ça les cohortes de célibataires en sursit, on comprend qu'il est très, très rare de trouver un personnage célibataire et content de l'être.

D'ailleurs, pour bien montrer que le célibat, c'est la lose, la plupart des personnages dépeints comme des cœurs solitaires n'ont en général pas d'ami, c'est tout l'un ou tout l'autre ! Je ne sais pas s'il faut en conclure que, s'il avait des amis, le personnage se taperait l'un d'entre eux par facilité, ou si quelqu'un qui n'a pas de vie amoureuse est forcément asocial. J'ignore à ce sujet ce qui est le plus insultant, mais Friends tend à confirmer la première théorie, et House la seconde. On est cernés.
On veut nous pousser à nous maquer, comme si le célibat c'était la solitude, et qu'il soit urgent de se débarrasser de ce fardeau. On compte pourtant 101 millions d'américains non-mariés (source), que font donc les lobbys "pro-célibat heureux" ?

Eh bien moi je dis : ça suffit ! Ca va bien maintenant, ces conneries ! Qu'est-ce que c'est que cet ostracisme à la noix ? C'est quand même fou, ça : même quand ils ont cent fois mieux à faire, même quand la série est censée ne se préoccuper que de leur vie professionnelle, il faut que les personnages de séries se sentent obligés de ne pas rester seuls. Vu que quand ils le sont, ils ne peuvent pas être heureux de toutes façons. STOP ! Assez ! On veut des célibataires mais pas des gens seuls, on veut des célibataires bien dans leur peau. Ca existe pourtant dans la vraie vie, non ?
Si. Et j'en suis le radieux exemple. En fait c'est ptet bien parce que j'en ai assez que le reste de l'univers complote pour me flanquer d'un soupirant, que j'aimerais trouver dans les séries un peu de tranquilité...

Posté par ladyteruki à 21:21 - Série de valeurs - Permalien [#]

23-07-09

Anachronisme téléphagique

Le weekend dernier, après notre twitereview de Dark Blue, je regardais Monk et je me faisais la réflexion que cette est série est vraiment la dernière représentante d'une race depuis longtemps disparue. Quand je regarde Monk, j'ai en effet l'impression de regarder une séries des années 80. Dans le bon sens du terme.

Car même si je ne suis pas une adepte du passéisme, je dois bien reconnaître que certaines séries ont totalement disparu du paysage. Alors que, d'une quasi-unanimité, nous reconnaissons que la rentrée nous réserve un nombre très limité de pitchs originaux, envahis que nous serons par les flics et les médecins, il y a certaines pistes qui me semblent être totalement écartées par les chaînes américaines. D'une certaine façon, et pour quelques temps encore en attendant que l'industrie reprenne ses repères, la diversité est en danger. Tout le monde (surtout chez les networks) veut avoir dans sa grille ce qui fonctionne dans celle des autres, au lieu de participer aux vaste choix télévisuel et vivre de la différence.

Mais, pardon : j'en étais à Monk. C'est vraiment dit sans malice, hein, mais cette série a un côté très anachronique à mes yeux. Déjà de par son personnage principal : alors que tout le monde s'est mis à l'anti-héros (au point que maintenant c'est devenu la norme, quelle ironie), Adrian Monk reste indéfectiblement bon. C'est un type fondamentalement bien, dénué de toute forme de vice. D'ailleurs, rendre un personnage humain, avec donc des qualités tant que des défauts, sans y inclure une once de vice, relevait de la gageure. On n'en écrit plus des comme ça.
Adrian Monk et par exemple Jessica Fletcher ont énormément en commun, en cela qu'ils ont toujours des intentions honnêtes, mais leur personnalité leur donne une dimension plus réaliste qui peut se révéler être une qualité ou un défaut selon le degré, comme les TOC de Monk ou les tendances petite mémé de Fletcher. Evidemment, les deux séries partagent leur côté "énigme hebdomadaire", leur ton assez léger, mais aussi un univers peuplé de personnages secondaires de bons petits personnages corrects sous tous rapports, sans jamais tomber dans la niaiserie, bref, à presque deux décennies d'écart, tous les deux sont de délicieuses adaptations du Club des 5 pour les adultes. A l'époque d'Arabesque, c'était fréquent, à l'époque de Monk plus du tout, et c'est ce qui me fait dire que le charme de Monk lui donne une touche totalement hors du temps.

A l'heure où on en rajoute toujours des tonnes dans les effets spéciaux, les lumières, et plus pénible encore si c'était possible, les intrigues censées captiver le public ("ohlala on va peut-être suspendre un gars de mon équipe"/"je suis constamment en conflit avec ma hiérarchie"/"j'ai des ennuis de santé qui compromettent gravement ma carrière" etc.), Monk fait fi de tout artifice quel qu'il soit, et offre exactement ce qui est promis : la résolution de mystères avec un brin d'humour et un autre de tendresse. Il n'y a pas que les personnages pour être honnêtes, la série l'est aussi. On n'y est pas bouffi d'orgueil, on ne cherche pas à ranimer cycliquement l'intérêt du spectateur avec des intrigues tirées par les cheveux pour faire semblant d'être feuilletonnant alors qu'on n'a jamais eu envie de l'être. On a une mythologie, on la ressort à l'occasion, mais on ne vient pas en greffer plein d'autres juste histoire de combler les blancs des scénarios.
Monk, c'est la dernière licorne, et parfois on se surprend à rêver que la baie de San Francisco soit envahie par ses congénères qu'on croyait éteints, libérés de leur geôlier, et que d'autres séries sur le même ton reviennent à l'antenne, tant qu'à avoir des enquêtes à la télévision 10h par semaine, autant qu'y trouve aussi pareils délices. Que l'écume de l'océan fasse venir une vague de séries au charme simple, mais refusant d'être simplistes !

D'ailleurs, je ne sais pas si je suis la seule à y penser, mais d'autres types de séries ont disparu des écrans, plus ou moins récemment. Nul ne sait ce qu'il en est advenu.
- les westerns (Le Grand Chaparral, Bonanza...)
- les séries d'aventures avec des animaux (Rintintin, Flipper...)
- les séries d'espionnage (I, Spy, The Man From U.N.C.L.E...)
- les séries d'action avec de la grosse mécanique (Supercopter, Tonnerre Mécanique...)
Si je peux reconnaître que la mode à proprement parler de ce type de séries soit une question d'époque aussi, je déplore tout de même que d'une part, ces genres soient totalement moribonds depuis quelques années, voire quelques décennies, et que d'autre part, personne n'ait eu l'idée de les réexplorer, les réinventer, les revisiter.

Pourtant c'est ça qui fait aussi le charme de Monk : qu'il ait su réutiliser la résolution d'énigmes (ce qui n'est pas tout-à-fait la même chose que la résolution d'enquêtes) sans être terriblement hors du coup. Si Monk a su le faire pour un genre donné, où se cachent donc les séries qui pourraient le faire pour d'autres genres ? Il y a, j'en suis sûre, des spectateurs prêts à regarder ces séries-là aussi, des spectateurs prêts à varier un peu leur menu télévisuel.
Hélas, l'industrie mainstream n'a pas le courage de combattre le taureau de feu en ce moment. C'est pourtant quelque chose qui pourrait la sauver avant qu'elle n'oublie qui elle est...

Posté par ladyteruki à 22:17 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

23-05-09

Gleetter

On a parlé l'an dernier, à l'occasion de True Blood principalement, de ces séries qui sont retravaillées avant leur diffusion alors qu'une version (plus ou moins) aboutie du pilote existait déjà. La raison en est évidemment que des tests sont réalisés en amont de la diffusion (c'est aussi "grâce" à eux que des séries comme Pretty Handsome ou Faceless ne voient pas le jour) et que des recalibrages sont effectués de façon à obtenir les résultats maximum une fois à l'antenne. Les périgrinations de Dollhouse sont aussi là pour nous rappeler que ce que l'on voit n'est pas nécessairement ce qui a voulu être fait.

Dans le cas de True Blood, je persiste à dire que le pilote valait cent sous de plus dans sa première version, avec les scènes coupées et tout. Je trouve en revanche très dommage que certaines scènes qui se trouvaient à l'origine dans le pilote de Glee n'y aient finalement pas trouvé leur place... et comme je suis tombée dessus et que je suis pas un rat, c'est cadeau.

- La scène d'ouverture :
Glee_coupee1
On a vu avec l'affaire Brothers & Sisters sur TF1 qu'une scène d'ouverture, même en apparence anodine, se doit d'atteindre rapidement et facilement son but, et que sa disparition entraîne des conséquences parfois non-négligeables. Sauf que sans la comparaison, il est impossible de déterminer que la faiblesse provient de ladite scène d'ouverture. Pour Glee, c'est à présent chose faite. L'introduction nous met tout de suite dans le contexte des glee clubs, auxquels en France, il faut le dire, nous sommes peu familiarisés, si ce n'est par des découvertes télévisuelles ou cinématographiques antérieures. L'ambiance est immédiatement là, avec en prime une explicitation du rôle de Mrs Adler, dont on entrevoit la photo dans le pilote diffusé cette semaine sur la FOX ; de ce côté c'est une grande perte car dans le pilote "officiel", son influence est diminuée, alors qu'elle est fondamentale dans la quête du prof qui tient le rôle principal. Ajoutons que quand on voit cette scène, même si elle ne dure qu'une minute et demie, on trouve moins chaotique l'entrée pétéradante du petit prof dans la cour d'école, qui est devenue par la force des choses la scène d'ouverture définitive.

- Les attermoiments du prof :
Glee_coupee2
Où l'on s'aperçoit qu'il manque un autre passages, et pas des moindres : un numéro musical ! Vraisemblablement abandonné afin de séparer les passages musicaux de l'intrigue (voir mon post au sujet du pilote, hier), il n'a pas grande valeur si ce n'est de symboliser le tourment du personnage principal (dont mon cerveau refuse, à ce stade et malgré deux visionnages, de mémoriser le nom). Par contre il a une incidence sur la "bible" de la série dans le sens où du coup, la petite prof Monk-esque n'apprend pas que l'épouse est enceinte. Cette ignorance est-elle choisie ou sera-t-elle réexplicitée ensuite ? Trop tôt pour le dire évidemment. Mais c'est assez dommage de se dire que du coup ce personnage perd en profondeur dans la version définitive, puisqu'elle en reste alors à croire que le prof et son épouse ont des soucis de couple, et donc de l'espoir. Il faut croire que son rôle a été diminué dans l'intervalle...

Les deux versions du pilote diffèrent également au niveau du montage (un rôle plus mineur étant donné dans la version définitive à l'ex-dirigeant du glee club, nous privant alors d'une excellente reprise de A Chorus Line... réutilisable plus tard elle aussi, mais dans ce cas où serait l'intérêt ?), qui donne au pilote diffusé une chronologie plus fluide (les auditions ont lieu avant les répétitions, et non après comme dans la version de test, qui employait apparemment trop les flashbacks pour être claire).

L'un dans l'autre on peut comprendre certains choix dans l'ordre des scènes, mais la coupure de l'intro est vraiment dommage ; cela dit c'est justement la scène qui est la moins susceptible d'être définitivement perdue. Ouvrons les paris pour voir si elle sera réemployée !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Glee de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:20 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-06-07

Homme-garou

Depuis que je l'ai autorisé à remettre les DVD de Battlestar Galactica dans le lecteur adéquat, mon homme s'est soudain refermé à toutes les nouveautés que je pourrais lui présenter, et même au reste. La preuve : en quelques semaines TF1 va avoir montré plus d'épisodes de Heroes que je n'ai réussi à lui en faire voir (ce qui implique, ô horreur, que nous allons devoir regarder la VF avec une autre voix, c'est fatal, que celle qui originellement est celle d'Adrian Pasdar). Et pourtant il avait aimé.

Cela dit, hier, j'ai réussi à le mettre devant The Shield, série que moi-même je n'apprécie que modérément. J'avais vu le pilote lorsque, si mes souvenirs sont exacts, Jimmy l'avait diffusé, et bien que trouvant la série couillue je ne l'avais pas exactement vue comme une révélation.
Mon attachement de jadis pour Michael Chiklis était-il la cause de cette froideur ? C'est à voir. Pas impossible m'enfin en même temps, L'As de la Crime commence franchement à dater et je ne suis pas sentimentale à ce point. En plus il est vachement plus baisable dans The Shield, et de loin (pardon mon homme mais il fallait que ce fût dit).

Mais il n'est pas question de moi ici. Au contraire. Car finalement, blasée que je suis (surtout sitôt qu'il s'agit de séries policières), je trouvais The Shield, certes, je l'ai dit, juste au-dessus, couillue, mais pas absolument révolutionnaire. Même pas vraiment choquante. Et pourtant j'ai eu le temps de me désintoxiquer des excès de virilité d'Oz, depuis le temps !
Mon homme, quant à lui, a trouvé la série tout simplement surréaliste. Beaucoup de choses lui ont semblé être trop "grosses", notamment dans la façon très bourrine que notre Vic a de ne pas s'inquiéter vraiment des conséquences de ses actes. Bon alors, oui, ok, du soucis, il s'en fera probablement plus à mesure que la série avancera, reste que ce mec est une tête brûlée et qu'il est plutôt peinard dans sa branche, remettant sans problème son boss en place, ou rivant le clou du boss boss en lui mentant effrontément dans la même seconde.

Pour autant que mon homme, geek de nature et fan de J-C. Van Damme de sucroît (et croyez-moi cet aveu m'est bien difficile), soit amateur de tout ce qui est bourrin (après tout c'est le même homme qui a regardé le téléfilm catastrophe de M6 hier soir, avant The Shield, n'est-ce pas...), certaines choses lui ont tout de même semblé être beaucoup trop énormes pour passer ainsi à l'as. C'est à un tel point qu'il n'a pas tout de suite compris que Vic s'était débarrassé de Terry. Soit c'est allé trop vite, soit plus vraisemblablement ça lui a paru être carrément trop "pas possible".

La question qui se pose peut aussi être : mon homme est-il trop coutumier des gentils justiciers qu'on voit souvent dans les séries de flicaille ? On parle de quelqu'un qui n'a jamais vu un NYPD Blue en entier de sa vie (cela dit, les forces vitales me manquent pour m'en infliger moi-même), mais qui par contre s'enfile des Law & Order (toutes franchises confondues puisque j'encense SVU et qu'il aime la série originale) de façon quasiment obscène depuis plusieurs mois (j'en suis responsable pour beaucoup). Quelqu'un qui apprécie Monk, qui regarde sans trop de problèmes Les Experts, bref, qui est coutumier d'une image, bon, peut-être pas lisse, mais en tous cas relativement consensuelle de ce métier.
C'est une théorie qui se tient même si ça reste plutôt dommage.

Cela dit la série est tellement couillue, je l'ai dit, que la montée d'adré a fait son effet et qu'il m'a fait jurer qu'on regarderait la suite la semaine prochaine, je cite : "pour voir la suite de l'intrigue". Ce qui est sa façon de me dire que The Shield en a dans le pantalon, et qu'entre un Grey's Anatomy et deux Desperate Housewives, il a envie de ce genre d'univers de temps à autres où il serait un télespectateur homme regardant une série virile (c'est sans doute une question d'identification).
Note perso : lui acheter de la bière et l'autoriser gentillement à se gratter les couilles, c'est pour son bien.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Shield de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:08 - Contagion - Permalien [#]


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