ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

01-03-13

Bouche à oreille

Amis téléphages, l'heure est venue pour moi de solliciter à nouveau vos lumières.
Eh oui, grand retour aujourd'hui des posts La une est à VOUS, dans lesquels, pour changer un peu (pas toujours les mêmes !), c'est votre responsabilité que de me convaincre de regarder une série. Ou pas, d'ailleurs. Enfin, tout est expliqué .

En ce moment, je traverse une période de léger flottement téléphagique. En-dehors de quelques absolus favoris (The Americans, Monday Mornings, et les visionnages de Smash avec le #SmashEnsemble), je ne regarde plus aucune série américaine dramatique de façon régulière (et plus qu'une japonaise : dinner, bien que l'enthousiasme se soit tassé). J'ai laissé tomber, même si ce n'est que temporairement, des séries comme The Good Wife, Unité 9 ou encore Nashville. Je n'ai tout simplement pas le jus. Evidemment, il y a toujours les pilotes que je regarde, mais en matière de suivi hebdomadaire, nan, j'ai goût à rien. Et ça fait depuis janvier comme ça ! En fait, comme j'ai abandonné mes visionnages en décembre lors du marathon Scrubs, c'est même pire que ça... Après avoir laissé passer plusieurs semaines de la sorte, me disant que ça allait revenir, que je n'avais qu'à passer à autre chose en attendant (l'occasion de rattraper des séries comme Raw, retenter le visionnage de Monroe, picorer des épisodes de Brain et bien-sûr regarder des films), mais je commence un peu à m'alarmer.
J'ai un peu tout tenté. C'est que, vous comprenez, des comédies que je suis en hebdomadaire, j'en ai plein, niveau dramédie je suis évidemment comblée par House of Lies (et ce, de multiples façons et dans toutes les positions), mais mon planning hebdomadaire manque cruellement de séries dramatiques. Ca me manque, en somme. Mais je n'ai pas le goût, pourtant, à reprendre ces séries abandonnées ; je pense que je suis rebutée par un effet "loin des yeux, loin du coeur", moins je les regarde, moins j'ai envie de les regarder, mais il en faudrait peu pour que la flamme qui m'animait il y a encore peu se ravive, sauf que le premier pas coûte.

En toute franchise, entre les plutôt bonnes raisons ("The Good Wife me plait plus en marathons ou mini-marathons", expérience avérée pendant les saisons précédentes ou je finissais toujours par préférer ce mode) et les excuses carrément piteuses ("ouais mais en ce moment j'ai envie d'engloutir des épisodes par 10 pour toutes mes séries dramatiques", mensonge éhonté comme le prouve le suivi régulier des séries sus-mentionnées), je ne peux plus laisser faire.

C'est là que je me suis dit : plutôt que de revenir à tout crin aux séries que je suivais cet automne, on va procéder par étapes et simplement trouver une série toujours en cours de diffusion, qui me soit nouvelle mais que je puisse, après rattrapage en mini-marathon, je serais d'humeur d'en faire autant pour d'autres. Une fois que j'aurai fait ça pour une série qui aura le goût de la nouveauté, ce sera plus facile de le faire pour d'autres abandonnées voilà trois mois !
Telle est ma logique ; on est d'accord que c'est boiteux mais c'est tout ce que je vois comme option, à part m'enfermer dans mon living, m'attacher à mon fauteuil et me forcer à regarder un épisode d'Unité 9 en me menaçant d'un flingue. Ce qui serait d'une part un peu ironique, et d'autre part vraiment dommage.

J'ai donc cherché quelle série pourrait bien correspondre à mon objectif, et l'une de celles qui revient régulièrement est Scandal.
Une partie de ma timeline Twitter semble en dire du bien, mais j'avoue que je ne saisis pas comment elle en arrive à cette conclusion après l'expérience désastreuse qu'a été le pilote pour moi. Et pourtant. S'il y a bien une chose qui ressort des réactions extatiques sur Scandal, c'est que la série a muté depuis le début de son existence, et qu'elle est arrivée à quelque chose qui a l'air plus abouti que sa formule ne le laissait initialement imaginer. Amis téléphages, l'heure est venue pour vous de me le confirmer (ou pas).

Dois-je (re)regarder Scandal ?

BoucheaOreille

Les pour :
- J'avais vaguement senti que Scandal se voulait un peu politique, et j'ai bien envie de ça en ce moment
- D'après les échos que j'en ai, Olivia Pope devient un personnage franchement intéressant, et la perspective d'assister à une telle évolution m'intéresse parce qu'assez peu de personnages, en ce moment, sont des héros en aussi évidente mutation

Les contre :
- Bah, déjà, je vois 10 raisons. Libre à vous d'en ajouter, étant bien entendu qu'il n'y en a aucune à retirer.
- Parce qu'on ne peut pas dire que je sois une fan de Shonda Rhimes (mais ça s'est ptet vu via le lien précédent)
- Parce qu'en ce moment, c'est la mode du "tout-soapesque" et que je n'ai pas envie de me lancer dans un truc qui me rappelle la qualité piteuse d'un Revenge ou Deception, avec une touche de thriller pour faire genre, mais quand même beaucoup de vide

Vu que plusieurs d'entre vous êtes pourtant convaincus que Scandal est en train de tourner au petit bijou, je ne doute pas que vous allez démonter mes arguments comme rien. Comme toujours dans cette rubrique, l'idée n'est pas forcément de me faire regarder absolument une série, mais d'être aussi bien capables de donner, vous aussi, des arguments pour et des arguments contre, de citer des qualités qui m'ont échappées comme des défauts qui hélas existent bien, histoire que je me fasse une idée.
Je compte sur vos bons conseils, amis téléphages, vous qui me connaissez bien : peut-être que Scandal n'est vraiment pas faite pour moi, c'est possible... mais y a-t-il une chance pour que je sois passée à côté d'une série qui me ravirait ?
Et dans ce cas... c'est à VOUS de m'en convaincre.

Posté par ladyteruki à 12:26 - La une est à VOUS - Permalien [#]

21-02-13

God complex

Tenir un blog a de multiples avantages ; l'un d'entre eux est qu'il sert ultérieurement d'aide-mémoire pour les séries qu'on a regardées mais qui n'ont pas marqué le téléphage.

...Evidemment, cette technique a ses défauts, la principale étant qu'il faut encore écrire le post après avoir vu la série en question. Quand même. Or, pour plein de séries, je ne le fais pas ; Seed est un excellent exemple, quoique récent. Monroe en est un autre. Je me rappelle avoir vu les deux premiers épisodes, puis m'être lassée, mais je n'ai pas écrit à ce sujet ; le temps a passé et désormais je suis incapable de me souvenir pourquoi la série m'a lassée, beau boulot. Même à raison d'un post par jour on arrive à ce résultat, c'est désespérant.
Alors qu'arte diffuse la première saison de Monroe ce soir et jeudi prochain, je me suis dit que c'était une bonne opportunité pour, cette fois, laisser une trace de mon visionnage, for future reference. Mais comme je serai occupée quand commencera la diffusion (le #SmashEnsemble se réunit, et je ne changerais pour rien au monde), il a fallu ruser et j'ai donc revisionné le pilote de mon côté. Ceci est donc, une bonne fois pour toutes, mon post sur le premier épisode de Monroe. Nan mais.

Monroe-Aureole

Il faut dire que Monroe n'est pas la série la plus originale qu'on puisse imaginer : on y suit Gabriel Monroe, un neurochirurgien particulièrement arrogant, (et pourtant, l'arrogance fait partie de la fiche de poste d'un chirurgien !) dont on va suivre dans le pilote deux opérations ainsi qu'un petit bout de vie privée. L'idée directrice de ce pilote est de nous montrer un personnage d'une confidence pour le moins débordante en des capacités sans défauts, puis de nous faire toucher les limites de sa toute-puissance.
Difficile, et pourtant un peu capilotracté, de ne pas rapprocher Monroe de Dr House. La comparaison est injuste, je vous l'accorde, mais il émane de Monroe (toujours envoûtant James Nesbitt ; faudrait que je me refasse Jekyll un de ces quatre) un tel charisme, une telle énergie, et aussi, quelque chose de sombre bien que de difficilement palpable, qu'on en revient toujours à l'associer un peu à l'éclopé de service. Il faut dire que le Dr Monroe a la fâcheuse manie d'avoir une repartie irréprochable, un grand sens de la formule, et une certaine désinvolture vis-à-vis des cas rencontrés, qui évoquent pas mal son cousin "américain", même si, dans ce premier épisode, Gabriel est très loin des excès de Gregory, et n'atteint pas les mêmes abimes.

Cette assurance, cette arrogance dont Gabriel Monroe fait preuve aurait même de quoi agacer. A une époque où un héros de série se doit d'être un anti-héros profondément faillible voire détestable, il est même assez destabilisant de voir 95% de l'épisode dédié à nous démontrer combien le chirurgien est talentueux ; il traine par exemple dans son sillage une paire d'internes devant lesquels de toute évidence il est ravi de faire étalage de son expérience, son savoir-faire et sa verve, joue le paon paternaliste devant une patiente pour laquelle immédiatement il se prend d'affection, donne des conseils au mari de celle-ci, et ainsi de suite. C'est très irritant. Mais en même temps, très divertissant ! On ne peut pas vraiment lui en vouloir, parce qu'effectivement, il est bon, le bougre. Et puis drôle. Et franchement sympa.
Je me souviens vaguement que lors de mon premier visionnage, je trouvais ça finalement assez rafraîchissant d'avoir une série qui ne tente pas de nous démontrer par a+b que le personnage cache une âme noire sous des dehors sympathiques ; une impression d'ailleurs renforcée par le rythme entraînant de l'épisode, sa réalisation truffée de filtres et de lense flares, et sa petite musique comme sortie tout droit d'un dorama. Sérieusement, si la musique de Monroe ne vous casse pas les pieds, vous êtes prêts pour une série japonaise grand public. Mais lors de mon revisionnage, c'était le contraire ; il faut dire que Monday Mornings et, dans une moindre mesure, Brain, sont passées par là, et que, comparativement, Gabriel Monroe semble manquer de profondeur ou, au moins, d'aspérités. Il ne remet jamais en doute ni sa pratique, ni ses rapports avec ses collègues ou subordonnés, ni évidemment sa relation avec sa famille proche.

C'est là que va se produire la rupture, précisément. Le pimpant Dr Monroe va manquer à ses obligations de père, on découvre qu'il a aussi manqué à ses obligations de mari, et que jusque là, il ne s'en était pas vraiment formalisé. En fait, à mesure qu'on en apprend plus sur le background de son couple, on découvre que le Dr Monroe est aussi arrogant dans sa vie privée qu'il l'est dans sa vie professionnelle, ce qui à la réflexion ne devrait pas nous étonner autant, mais ça le fait quand même ! Difficile de déterminer, sur la seule base du pilote, si Gabriel Monroe est très résilient, ou si tout simplement c'est un inconséquent devant l'Eternel ; en tous cas, il a présumé que sa femme était elle aussi passée à autre chose, et il a eu tort.
Quand vient le moment pour lui de faire face aux conséquences d'actions datant d'il y a plusieurs années, on découvre avec surprise qu'il continue de faire la bravache. Alors d'un côté, certes, c'est bien que l'homme s'efface derrière le médecin, et qu'en parfait professionnel, il ne laisse pas sa situation personelle l'empêcher de faire parfaitement (bien-sûr, parfaitement) son travail voire même un peu plus. Mais là encore, il manque la faillibilité totalement humaine qui fait quand même tout l'intérêt d'une série médicale.
En-dehors d'une scène de cloture ponctuant l'épisode sur une note moins guillerette, rien, donc, n'indiquera que Monroe a été touché par la déconvenue personnelle qu'il a rencontrée dans l'épisode.

Paradoxalement, ça devrait agacer énormément, être décourageant... et pourtant non. Peut-être qu'avec un autre acteur, on n'aurait pas cette impression, mais Nesbitt parvient à éviter de rendre ce personnage sur lequel les drames glissent pour nous laisser imaginer qu'il y aura quelque chose à voir plus tard, qu'à un moment, Monroe va se fissurer. A tort ou à raison, c'est un autre débat.

On pourrait imaginer que, dans le fond, ce n'est pas l'objet de Monroe que de s'intéresser aux failles du personnage. J'ai comme un doute : les petites affaires des internes se cantonnent, au stade du pilote, à de petites anecdotes négligeamment glissées dans des scènes de façon à inciter Gabriel Monroe à être plus piquant, plus drôle, plus charismatique. Si jamais c'était possible. On sent que l'un de ces personnages pourrait donner quelque chose de bien, mais difficile de miser sur cette intuition. Les bisbilles de Monroe avec la chirurgienne cardiaque qui est la seule à ne pas lui vouer un culte restent badines, même si on soupçonne qu'elles pourraient conduire à une relation moins monochrome. Quant au meilleur ami de Monroe, il est d'une transparence assez affligeante.
L'attention du spectateur est-elle dirigée vers les actes de chirurgie et les cas rencontrés ? Pas beaucoup plus. La facilité déconcertante avec laquelle Monroe (en dépit de son speech en début d'épisode sur les risques encourrus) accomplira ses deux opérations démontre bien que là encore, la série ne voit pas d'enjeux. En fait, la neurochirurgie, c'est tellement simple, que notre super-médecin prendra même le temps de jouer l'assistante sociale et/ou le confident pour ses patients !
Non, clairement, Monroe ne s'appelle pas ainsi par facilité, mais bel et bien parce que son objet est le Dr Monroe, à prendre ou à laisser.

J'avoue n'avoir pas un souvenir très clair du deuxième épisode (ça date), mais évidemment, la session de rattrapage est toute trouvée avec la diffusion en France, et du coup je ne me fais pas de soucis, je vais rapidement me rafraîchir la mémoire.
Donc : Monroe, trois épisodes, ce soir sur arte... si je ne me lasse pas avant.

Monroe-Promo

Posté par ladyteruki à 12:13 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

19-02-13

Moi j'aime pas le pessimisme

Le pessimisme, c'est nul.
Pourtant il faut bien reconnaître qu'on tombe tous dedans de temps à autres. Parfois je fais partie de ceux qui ont simplement parfois du mal à l'admettre (on l'a vu avec la mésaventure Suburgatory). Parfois je me dis au contraire que je suis pessimiste à l'extrême, et/ou sans raison. Les choses ne vont pas si mal, tant qu'on a de quoi regarder des pilotes tous les jours et succomber à un coup de coeur plusieurs fois par mois !

La perception qu'on a de "la saison" est souvent trompeuse ; la saison n'est pas nécessairement nulle juste parce que nous n'en profitons pas autant que nous l'aurions imaginé. Par vagues, depuis le début de la saison 2012-2013, j'ai eu de douloureux passages à vide et d'autres de véritable exaltation. C'est pourtant la même saison !
Il est vrai que la mid-season a été très clémente avec moi, entre The Americans, Monday Mornings, le retour de House of Lies et Smash... mais beaucoup des séries qui constituent mon planning hebdomadaire sont les mêmes qu'au début de la saison ; à l'automne déjà, je regardais Raising Hope, The Neighbors, et j'en passe. Il y a des fluctuations, c'est sûr (The Good Wife est une fois de plus mise en pause ; soyons honnêtes, c'est une série que je préfère regarder en m'enfilant les épisodes par poignées), mais dans le fond, peu de choses ont changé dans mon planning.
Et je ne parle que de la saison en cours de diffusion aux USA, parce que Black Mirror est toujours un délice (d'ailleurs, ma proposition tient toujours), et il y a de quoi faire au Japon. Sans compter que des nouveautés australiennes vont tomber à partir de demain, mais enfin, on n'y est pas, on reparle de tout ça à tête reposée, hein.

Simplement, pour une raison que j'ignore, il suffit d'une annulation (Partners), ou au contraire du visionnage d'un pilote insupportable (on a eu un rude mois de janvier, la preuve par l'exemple avec Banshee), et paf, tout d'un coup, on cède à la négativité.

"Elle est nulle, cette saison", s'exclame-t-on en donnant un coup de pied métaphorique dans notre planning téléphagique, le nez plissé et le regard mauvais. Bon, peut-être après tout... mais avons-nous vraiment une vue suffisamment large de la saison pour pouvoir le dire ? Non. whisper et moi avons un défi consistant à regarder tous les pilotes de la saison américaine (plus les britanniques, les canadiens, les australiens, les français... je lui ai épargné l'Asie, j'ai l'impression d'avoir bien fait !), et nous n'avons même pas une vue suffisamment large de la saison avec tout ça parce que, pour autant que je sache, il n'existe personne qui a regardé tous les pilotes de la saison, et moins encore tous les épisodes. Même pas un nolife comme Truc, là.

Alors du coup, on n'a pas le droit d'être négatifs tant qu'on n'a pas tout vu, voilà ce que je dis !!!

TheAmericans-Flag

...Mais pas ce que je fais.
Ce soir, me morfondant à l'idée qu'il n'y a aucun nouvel épisode de mes marottes du moment, j'ai regardé ce que j'avais à me mettre sous la dent, et j'ai murmuré : "pff, ya rien à regarder... elle est nulle cette saison". Tu parles.
Peut-être que nous avons besoin de penser parfois qu'il n'y a rien de bien à regarder. Ca doit être un réflexe psychologique pour éviter de devenir monomaniaques, je suppose (tout le monde n'est pas forcément pourvu de ce mécanisme cependant).

Pourquoi, en dépit de disques durs qui débordent, de DVD qui s'empilent et de plannings de ministre, trouvons-nous encore le moyen d'accabler cette maudite saison qui a pourtant fait de son mieux pour nous offrir des dizaines de pilotes ? En plus d'être téléphages, nous sommes ingrats. Voilà !

En attendant de retrouver l'inspiration, je vais donc ce soir répondre à une autre interrogation existentielle : peut-on qualifier de marathon le fait de se refaire l'intégrale des 3 épisodes de The Americans diffusés à ce jour ? En ce qui me concerne, j'ai décidé que oui. Comme quoi, elle est franchement chouette, cette saison...

Posté par ladyteruki à 20:14 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

17-02-13

Le droit d'être jugé par ses pairs

Récemment, mais je me suis aperçue que de plus en plus souvent, j'hésite à lancer un pilote parce que j'en attends beaucoup. En fait, plus j'ai envie qu'une série soit bonne, plus il m'est difficile de me confronter à son pilote et de prendre le risque, peut-être, d'être déçue par lui. Alors je reporte. Pendant des jours, des semaines, parfois même des mois, le moment où je vais finalement me mettre devant le pilote et le regarder pour ce qu'il est. C'est l'une des raisons, sans doute, qui me poussent à essayer d'arriver à chaque pilote avec le moins d'informations possible. Mais il est des cas où c'est tout simplement impossible...
Pour certains, Joss Whedon est un Dieu. Pour moi, depuis la fin des années 90, c'est David E. Kelley qui est mon héros. Il a ses défauts ils en ont tous mais je suis à ma place dans son univers. Parfois, j'ai l'impression de le comprendre, même (heureusement ça ne dure pas trop longtemps, il ne manquerait plus que ça). Alors comment ne pas avoir d'immenses attentes envers un pilote dans ces conditions ? Après avoir reporté ce visionnage une saine période de temps (c'est la diffusion cette semaine du 2e épisode qui a tiré la sonnette d'alarme), j'ai fini par me mettre devant le pilote de Monday Mornings. Oh, David, pitié, ne me déçois pas...

MondayMornings

Et dire. Que j'ai. Douté.
Dire que j'ai craint que Monday Mornings soit décevante ; je ne sais même plus pourquoi pareille idée m'a traversée, alors que la série est en totale cohérence avec tout ce que fait, tout ce qu'est (téléphagiquement) David E. Kelley ! Oh, David, je ne suis pas digne, pardon. Mea culpa, mea maxima culpa.

A première vue, sur le papier, il est vrai que Monday Mornings aurait pu sembler un peu trop commune, trop passe-partout pour que Kelley y fasse démonstration de son talent. Des chirurgiens, un hôpital étincelant, des filtres en bataille, des personnages pleins de bons sentiments, voulant faire le maximum pour leurs patients au détriment de leur vie privée ou même leur propre santé... N'est-ce pas un peu cliché ?
Mais Monday Mornings n'est évidemment pas une série médicale comme les autres. L'enjeu n'y est pas à proprement parler l'acte médical, mais le mécanisme de pensée qui conduit un chirurgien à prendre une décision donnée. Les réunions M&M (mortality & morbidity, déjà évoquées dans de nombreuses séries médicales d'ailleurs) consistent donc, régulièrement, à donner aux médecins concernés l'opportunité de revenir posément sur une décision prise dans le feu de l'action, et ce, dans le cas où elle a abouti à la mort du patient. Toute la question est justement de déterminer si la décision a provoqué la mort, ou si le décès était inévitable ; et donc, de questionner, au-delà de la compétence technique du praticien, sa lucidité.

On comprend vite pourquoi Monday Mornings est un sujet qui ne pouvait que parler à David E. Kelley : rapidement, le pilote va nous prouver que le scénariste se sent directement concerné en tant qu'ancien juriste, et passionné de débats, dans ces réunions M&M. En fait, la fatidique réunion du lundi matin n'est rien d'autre qu'un procès systématiquement à charge, où chaque médecin se représente lui-même, face à un Chief of Staff inquisiteur et implacable, et devant un jury composé de ses pairs. Eh oui, Monday Mornings est une nouvelle série légale qui a simplement passé une blouse blanche, poussant ainsi plus loin encore les idées que Kelley avait pu exploiter par le passé sur le milieu médical, notamment dans Chicago Hope, évidemment. Parce qu'on peut sortir l'homme des tribunaux... mais on ne peut pas sortir les tribunaux de l'homme.
Ce sont toujours, dans le fond, les mêmes sujets qui reviennent que souvent : la mise en balance du talent des professionnels avec leur faillibilité d'humains, les questions de responsabilité de personnes qui pensent pourtant les assumer déjà au maximum, et, finalement, la question fondamentale que pose Kelley dans toutes ses séries, à savoir qu'être éminemment capable et professionnel n'empêche pas les erreurs, et qu'y faire face fait partie du métier. Dans ce contexte, la moindre erreur peut, et doit, être questionnée, car en dépit de toute la dédication des professionnels, quand il est question de la vie d'un tiers, une seule erreur est toujours une erreur de trop. Ployant sous le poids d'une responsabilité sans fin sur la vie des autres, quand eux-mêmes ne sont jamais que des mortels, les héros de Monday Mornings vont donc devoir, semaine après semaine, se confronter à leur charge, dans tous les sens du terme. Je suis prête à mettre ma main au feu qu'à un moment, va se poser la question de la perte des facultés d'un personnage vieillissant et/ou faillissant, qui ne va pas s'en apercevoir tout de suite et qu'il faudra mettre de force face à ses limites, parce qu'aucune série de Kelley n'a jamais résisté à cette question et que là, c'est vraiment une occas' en or.

Monday Mornings commence donc son parcours avec un premier cas "évident", celui du Dr. Martin, un chirurgien dont tout le monde sait qu'il n'a pas été assez rigoureux, dont tout le monde sent qu'il a franchi la ligne une fois de trop.
Car si chacun, en étant convoqué pour assister à la réunion M&M, a le réflexe anxieux de se demander s'il y a une "chance" pour qu'il soit appelé à la barre, si chacun se repasse rapidement les dernières heures, les derniers jours, pour vérifier s'il a eu affaire à la mort d'un patient, si chacun, enfin, reprend confiance en ses propres qualités afin de marcher sans trembler dans l'amphi où se déroulent les réunions du lundi matin ; en fin de compte, tous sont parfaitement conscients de qui est susceptible d'avoir affaire au jury silencieux du service de chirurgie de l'hôpital. Monday Mornings veut nous plonger, d'abord, dans cette ambiance où chacun remet sa pratique en question une première fois, à l'annonce de la réunion du lundi matin, où le rythme cardiaque atteint un pic puis redescend aussi sec devant la certitude de n'avoir rien à se reprocher. Après avoir fait le point avec leur conscience, les médecins rassurés vont donc assister à l'interrogatoire du Dr. Martin, lequel est, de toute évidence, le maillon faible du service. Et l'exercice a autant pour fonction de nous montrer comment se passent ces réunions, que de nous montrer que l'assurance de bien faire reprend instinctivement le dessus.
Ce premier cas nous permet de nous familiariser avec les réunions M&M, donc, avec la théâtralité choisie par Kelley (ou peut-être qu'à ce stade ce n'est plus un choix, mais un instinct que d'en revenir à une forme à peine déguisée de prétoire), avec les regards atterrés des collègues dans la partie de la salle plongée dans l'ombre pendant que le "mis en cause" doit défendre ses décisions, et non ses gestes, devant un Chief of Staff omniscient et tout-puissant, qui est à la fois juge et bourreau.

Mais ce n'est qu'à titre introductif que nous commençons par là, car Monday Mornings ne veut pas simplement lyncher les incompétents, ce serait trop facile, ce serait trop simpliste.
Après avoir fait en sorte que le Dr. Martin n'exerce plus (...avec un twist, car pour Kelley et bien qu'il ne taise pas ses regrets à ce sujet, la Justice est souvent à courte vue), Monday Mornings s'attaque donc à l'anti-thèse du Dr. Martin : le Dr. Wilson, un professionnel impliqué, attentif, plein de compassion c'est le Chief of Staff lui-même qui le dit qui va, c'est sûr, faire tout son possible pour son nouveau patient. Mais qui va échouer.

Et Monday Mornings met alors le spectateur dans une douloureuse position. Celle de l'enjoindre à prier pour que tout se passe bien, parce que le médecin, vraiment, fait tout ce qu'il peut, et on le croit de bonne foi... mais en même temps, si toutes les opérations réussissent, il n'y a plus de réunion M&M, et c'est quand même le coeur de la série. Et si c'est le coeur de la série, c'est bien qu'il y a des questions à poser et des dysfonctionnements à soulever. Alors, secrètement, et on se déteste pour ça... on espère que le chirurgien va échouer. Mais que c'est par manque de chance, juré !

Quand vient l'heure pour le Dr. Wilson de faire face à l'accusation et au parterre affligé de ses pairs, pourtant, il va bel et bien ressortir qu'il a laissé passer une occasion de mieux faire son travail. Oui, ses collègues le confirmeront : l'état de son patient, juste avant de mourir, sur la table, était sans appel. Mais peut-être aurait-il fallu prendre une autre décision que le faire passer sur le billard, en amont. Eh oui, ce n'est jamais assez. Monday Mornings ne pardonne rien. Monday Mornings rappelle aux chirurgiens que la moindre décision, aussi certaine semble-t-elle, et même quand elle semble dictée par l'urgence, ne doit jamais être traitée comme une évidence. Et rappelle à ses héros que non seulement l'humilité, mais surtout, la remise en question constante de leur pratique, est plus importante qu'aucun geste technique.

Il ne doit, jamais, exister de certitude, et chaque semaine, nous reviendrons donc, avec le service de chirurgie, sur l'inévitable vérité qu'aucun médecin, jamais, ne peut se soustraire au reproche, même quand il croit bien faire, surtout quand il pense bien faire. Il n'y a pas de place pour l'évidence quand on a la responsabilité d'une vie. Et pourtant, il faut bien poursuivre la sienne, et reprendre le risque jour après jour... parce que, quelle est l'alternative ?

...Finalement, c'est bon signe que j'aie douté.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 18:11 - Review vers le futur - Permalien [#]