ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

06-01-12

En l'espèce, menacée

Il m'a fallu dix bonnes minutes, à la fin du visionnage, pour arrêter de pleurer et commencer à rédiger mon post sur Work It.

WorkIt

Ainsi donc, c'est à ça qu'on en est rendus ? A une époque où de plus en plus de séries nous disent combien il est difficile de trouver un boulot actuellement (Hung, Jane by Design, ou, à présent, Work It), et d'ailleurs grand bien leur fasse, il faut que l'une d'entre elles se pique de prétendre que c'est plus facile pour des femmes ?
SERIEUX ?

Au début de la saison, la guerre des sexes a été déclarée avec les comédies Last Man Standing, Man Up!, et How to be a Gentleman, qui nous ont affirmé dans un appel à l'aide déchirant que les hommes étaient une espèce menacée. On ne regrette pas celles de ces séries qui ont disparu. Rendez-vous compte, les femmes sont tellement bien dans leur peau de nos jours qu'elles forcent les hommes à... euh... rien. Mais c'est très menaçant cette façon qu'elles ont de le faire !!! De... ne pas le faire. Enfin bon, vous m'avez comprise.

Maintenant, Work It nous sort un pitch dans lequel les seules alternatives au chômage, c'est soit récurrer les toilettes d'un fast food, soit se déguiser en femme pour bosser dans la vente ?! C'est comme si les trois premières séries avaient été la mise en garde : attention, messieurs, vous êtes en train de vous faire émasculer, si vous ne prenez pas garde vous allez devenir des femmes... LITTÉRALEMENT ! Et voilà, Work It tombe quelques mois plus tard comme pour murmurer : "on vous avait prévenus pourtant".

Oh non, je comprends très bien. Le travestissement à des fins comiques n'a rien de machiste, n'est-ce pas, cela fait des décennies qu'on l'emploie sans aucun problème et ça ne veut rien dire... en général dans les plus mauvaises comédies qui soient, mais qu'importe. Et puis c'est vrai d'ailleurs, Work It est, tout simplement, une mauvaise comédie, pas drôle, avec des gags fatigués, des acteurs sans panache, des dialogues creux. C'est ça l'essentiel de son crime, n'est-ce pas ? Et puis c'est pas sexiste, regardez, à la fin le mari réalise qu'il a pas traité sa femme comme il aurait dû, rho, si c'est pas mignon.
Eh bien non, désolée. Je n'arrive pas à regarder Work It comme je peux regarder 2 Broke Girls, en me disant que c'est simplement nul. Je trouve ça insultant, et pas juste pour mon intellect.

D'ailleurs Work It non plus ne cherche pas à faire mine de relativiser. Dans son explication des forces en puissance sur le marché du travail, la série est très claire dés son intro : les raisons pour lesquelles ses deux héros se transforment en femmes pour obtenir un boulot ne sont pas circonstancielles (et donc plus excusables de mon point de vue). C'est parce que l'univers [du travail] est dominé par les femmes, si bien que ce sont elles qui vont bientôt employer les hommes comme gigolos. D'ailleurs, le pouvoir de la sexualité féminine est si fort que c'est la raison pour laquelle la société d'adoption des héros n'embauche que des femmes : seuls leurs charmes sont capables de convaincre les médecins d'acheter les médicaments de l'entreprise ! Work It a explicitement décidé que this is a women's world et que les hommes étaient réellement en danger ; le propos est clair, et il est assumé.
Et il est surtout honteusement mensonger.

Ne me lancez pas sur le côté insultant qu'il y a à imaginer que pas une de ces 4 femmes n'a remarqué qu'il s'agissaient d'hommes, ou que l'épouse de l'un des héros n'a même pas percuté que ses fringues avaient curieusement gagné trois tailles (et que son mari s'était épilé les jambes). Je n'irai même pas sur ce terrain.

Jamais je ne me suis sentie aussi féministe que depuis que ces comédies ont débarqué en masse cette saison. Avant, je n'avais pas l'impression d'être susceptible à ce sujet, je n'avais pas l'impression d'être solidaire de qui que ce soit, je n'avais pas l'impression d'avoir quelque chose à défendre. Mais je découvre ces pilotes un à un, depuis quelques mois, on en est déjà à 4 quand même, et je trouve que c'en devient révoltant. A chaque pilote supplémentaire je me sens dépassée par l'impression que ces comédies ont une espèce de mission perverse ; que, même, leur absence d'humour réel leur sert de protection ("ne monte pas sur tes grands chevaux, ce n'est pas sexiste, c'est juste pas drôle !").
J'aimerais m'en défendre, me raisonner, me dire que ce ne sont que des séries de merde, mais je n'y arrive plus, il y en a trop d'un coup, et elles sont toutes tellement peu subtiles dans leur approche, que ça m'inquiète, que je le veuille ou non.

En regardant le pilote de Work It, j'ai aussi repensé à Three's company. Quand j'avais découvert le pilote de cette série des années 70, je m'étais fait la réflexion que c'était très intéressant : le personnage principal était supposé se faire passer pour gay afin d'avoir le droit d'emménager avec des filles, mais pourtant à aucun moment il n'endossait le stéréotype du gay. Et pourtant, quarante ans plus tard, quand un homme se déguise en femme, il faut absolument qu'il soit une "femme" aux dents phosphorescentes, en jupe et talons hauts, et qui parle de façon maniérée.
Et ça, ça m'aurait fait rire, en fait. Que l'un ou l'autre des mecs conduits à se travestir fasse mine d'être une femme au sens le plus stéréotypé du terme, et qu'il soit regardé comme un extra-terrestre par les autres. Qu'il fasse une blague sur la mécanique et que l'une de ses interlocutrices lui réponde. Qu'il déballe une salade rachitique à midi et que les autres aillent déjeuner à la pizzeria (parce qu'elles vont passer toute la journée à courir de cabinet médical en cabinet médical). Là j'aurais totalement admis le principe du travestissement à des fins comiques.

...Evidemment, je n'ai pas pleuré pour de vrai à la fin de Work It. Nous autres les filles ne nous mettons pas à pleurer à tous bouts de champs. Certaines d'entre nous s'y connaissent même un peu en mécanique. Mais sans perpétuer les clichés sexistes sur le femmes, de quoi pourrait-on bien rire, hein ?
On va finir par ne plus être capables de répondre à cette question.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Work It de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 02:35 - Review vers le futur - Permalien [#]

20-10-11

Burnes noticed

ManUp

Bon, les garçons, c'est la troisième fois qu'on va avoir cette conversation cette saison, donc je pense qu'il est légitime que je m'inquiète sérieusement. Au début, j'ai traité vos préoccupations par le mépris et la moquerie, mais là je sens bien qu'on a quand même touché un point vital, sinon on n'y reviendrait pas une fois de plus.
Alors je vous écoute : qu'est-ce qui vous émascule donc tant ? Vraiment je suis curieuse. Vous avez froid aux pieds à force de marcher sur le plafond de verre ? C'est de ne plus sentir l'odeur des soutien-gorges brûlés qui vous donne l'impression d'avoir été vaincus ? Ou bien c'est parce qu'on vous appelle tous Monsieur sans se demander si vous avez été validés par une femme ? Non, ok, je le reconnais, je suis à nouveau moqueuse et je m'en excuse, mais sérieusement, quel est le problème ?
D'où vient ce réel besoin de régresser à une époque où le mâle se définissait par une série de codes immuables ?

Je m'interroge parce qu'outre le fait que Man Up! est la troisième série en moins de deux mois à mettre le sujet sur le tapis, j'ai cru comprendre que le phénomène ne s'arrêtait pas là.
Plus tôt cette saison, dans un post qui je l'avoue était partial (je confesse être une femme), je me suis surprise à apprécier les histoires relatives au féminisme dans The Playboy Club et surtout PanAm (enfin, essentiellement dans le pilote de cette dernière, il faut l'avouer). Mais ces séries ont été regardées, respectivement, par un maximum de 5 millions et quelques, et 11 millions de spectateurs. J'ai bien dit maximum. Et en comparaison, le pilote de Last Man Standing a été regardé par plus de 13 millions d'Américains. Alors on va être honnêtes, ce n'est pas qu'une question de sujet. Mais ça l'est aussi. Et je ne ferai pas mine d'ignorer de façon fort commode que How to be a Gentleman s'est vautrée. Mais il y a là quelque chose quand même.

Alors revenons à Man Up!. Parce que j'ai besoin de comprendre.
De quoi avez-vous peur ? A part grandir, je veux dire. Qu'est-ce qui vous menace tant dans l'existence-même des femmes qui vous entourent, que vous ayez un besoin de vous recroqueviller sur des valeurs qui non seulement sont obsolètes mais qui en plus, reconnaissons-le, ne vous rendent pas souvent service. Ce n'est pas un hasard si les hommes de Man Up!, How to be a Gentleman et Last Man Standing trouvent le moyen d'être à la fois les héros aux valeurs viriles portées en étendard, et des héros de comédies : vos valeurs ne fonctionnent pas, la plupart du temps.
Mais il n'empêche : il y a repli. Et je m'interroge sérieusement sur ses raisons parce qu'on peut dire énormément de choses de ces comédies (notamment qu'elles ne me font pas rire, enfin passons), mais certainement pas qu'elles sont innocentes. Parce qu'une série, on peut décider de la voir comme quelque chose d'innocent. Trois d'un coup en aussi peu de temps, ça dépasse le cadre de l'espionnage industriel. C'est un signe des temps.

Et le comble de l'ironie de cette situation, c'est que je commence moi-même à me sentir menacée ! Parce que je voudrais pas être paranoïaque, mais dans un monde télévisuel essentiellement porté par des personnages masculins encensés par la critique et la profession, dans un monde télévisuel essentiellement mené par des hommes, dans un monde téléphagique où les spectateurs qui s'expriment le plus ont tendance également à être des hommes, je me sens un peu en infériorité numérique et stratégique. J'aurais bien besoin d'une série où les femmes se regrouperaient pour dire qu'il faut se méfier des hommes et vivre d'après certains codes qui garantissent que nous restions bien des femmes.
Mais vous savez quoi ? Une telle série n'existe pas. Et je crois que je serais la première outrée, en réalité, si elle existait, parce que ce serait une version biaisée du monde : personne ne prétendrait que les femmes sont en passe de disparaitre.
Pourtant ça ne pose aucun problème à trois séries de prétendre que la réciproque est vraie, alors qu'à ma connaissance, aucun fait dans le monde n'a été rapporté sur les dangereuses armées de femmes castatrices hantant les rues munies de cisailles, aucun semblant de rumeur sur une loi qui vous ôterait votre droit absolu d'aimer la chasse, la pêche, les jeux videos et le club de gym (pour ces derniers c'est même devenu tendance et plus réservé à certaines catégories bien définies comme le geek ou l'homo), et aucun projet de loi n'est passé pour vous ôter le droit de vote dans quelque pays que ce soit. Nous ne subissons pas ces attaques (nous en subissons quelques autres plus subtiles, ce n'est pas la question), et vous non plus. Alors contre quelles attaques vous repliez-vous de la sorte ?

Vous vous sentez étouffés par votre condition d'homme et vous avez besoin d'en rire ? En quoi ce sentiment est-il lié à vos organes génitaux au juste ? TOUS LES PARENTS sont dépassés par les enfants, surtout les ados, TOUS LES DIVORCES sont dépassés (au moins un temps) par leur retour au célibat, TOUS LES CELIBATAIRES sont dépassés par la confrontation entre leur vision du monde et l'absurde réalisation que cette dernière n'est pas unanimement partagée. Qu'est-ce qui fait que vos terreurs sont différentes des nôtres sur ces points et quelques autres, vraiment ?

Et pourquoi établir cette cartographie de la virilité ? Vous êtes sûrs que ça vous rend service de vous fixer pareils objectifs ? Je veux dire : regardez où ça a mené les gonzesses de se donner des modèles quasiment immuables sur le plan social, familial et même physique, on ne peut pas dire que ça réussisse à la plupart d'entre nous de s'autoévaluer sur une grille aussi peu flexible. Si ça vous fait tant envie, le carcan social dont dépend votre reconnaissance, on vous l'offre, mais en réalité croyez-moi, vous n'en voulez pas.

On ne peut pas revenir au temps où on se retrouvait entre gens du même sexe pour simplement partager nos angoisses quotidiennes avec des répliques drôles ou à peu près ? Il faut déterrer la hache de guerre maintenant ?
Vraiment, je le pense : d'où ça sort ? Quelle mouche vous pique ?

Je m'inquièterais presque pour vous, si je ne commençais pas à m'inquiéter pour nous de voir tout cet étalage de virilité revendiquée sous couvert d'un humour simpliste.
Parce que... si encore c'était drôle.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Man Up! de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:29 - Review vers le futur - Permalien [#]
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