ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

19-07-11

Tellement mineur que vous ne saviez même pas que ça existait

On ne parle pas assez des séries de la chaîne IFC. C'est un tort parce que, personnellement, pour Portlandia comme pour Bollywood Hero, j'en avais apprécié la liberté de ton et l'impression de regarder de quelque chose sortant carrément des sentiers battus. Vous savez, pas une série où on écrit dans le post une phrase du genre "et finalement c'est original dans le genre", mais une série où on n'a pas besoin de le préciser tellement c'est évident. Alors après c'est une question de goût, on aime ou on aime pas, mais quand on se plaint d'une certaine répétitivité, d'un certain manque d'imagination voire même d'audace dans les grilles des chaînes américaines, on n'a pas le droit de snober les productions d'une chaîne comme IFC.

Bonus non-négligeable : la série dont je m'apprête à vous parler jouit d'un tandem d'actrices fort sympathique. A mes yeux en tous cas. Imaginez plutôt : retrouver Nicholle Tom (oui, Maggie dans Une Nounou d'Enfer, rien que ça), et l'étrange Laura Kightlinger (toutes les pièces ne sont pas d'origine mais j'avoue avoir un faible téléphagique pour elle depuis que je l'ai repérée ses apparitions dans Lucky Louie), c'est une bien étrange combinaison. Qui plus est, j'avoue que ça fait toujours plaisir de voir Azura Skye, avec sa tronche de travers et son petit air mesquin, et pourtant étrangement adorable, comme elle l'était déjà dans Zoe, Duncan Jack & Jane (mais pas du tout dans Buffy, brr, j'en fais encore des cauchemars).
Ah oui, alors bien-sûr, je suis pas en train de vous dire qu'on a un all star de la comédie américaine (quoique Kightlinger a une petite réputation, l'air de rien), mais que voulez-vous, ya des têtes qu'on aime bien, indépendamment de leur popularité par ailleurs.
Donc, ce soir, petit détour par The Minor Accomplishments of Jackie Woodman, une étrange comédie d'IFC.

MinorAccomplishments
Typiquement, le pitch de The Minor Accomplishments of Jackie Woodman aurait de quoi me mettre en colère d'ordinaire : c'est l'histoire d'une scénariste qui n'arrive pas à percer à Hollywood. Wow, c'est d'une originalité ! Attendez, pourquoi je n'écrirais pas une série sur les trucs fous qui peuvent se passer dans un cabinet ministériel, tant qu'on y est ?

Pourtant, la vraie bonne nouvelle de ce pilote, c'est que Jackie n'écrit quasiment pas pendant cet épisode, c'est simplement que son objectif est d'écrire et que ça va la mener dans un truc totalement délirant qui n'a rien à voir. En l'occurrence, en allant simplement bosser, Jackie et sa meilleure amie Tara (...j'aime bien cette phrase, on dirait que deux de mes héroïnes préférées de Showtime ont sympathisé !) vont avoir un accrochage avec le véhicule d'une quelconque star sur le retour, qui va les embarquer dans un sorte de secte. C'est vous dire si on part de loin quand même.
Résultat, on passe 90% de l'épisode dans cette secte (peuplée de connards de producteurs qui parlent de produire quelque chose qui serait "comme Sex & the City, mais avec des poissons"), et ça n'a plus grand'chose à voir avec les ambitions de Jackie, ou de Tara d'ailleurs puisqu'elle travaille pour une société de production. Et je dis tant mieux.

Alors après, The Minor Accomplishments of Jackie Woodman n'est pas vraiment hilarante. Je n'ai ri qu'une fois. Mais on ne cherche pas forcément à se taper sur les cuisses avec une comédie en single camera, donc en l'occurrence, ça fonctionne parce qu'on sent que c'est grotesque, mais que quelque part, c'est du vécu. C'est une façon de dresser des portraits au vitriol des créatures peuplant Hollywood, mais sans nécessairement en passer par les intrigues du genre Action!. J'adore Action!, mais au moins, ça change.

J'ai en fait surtout eu un problème avec le côté "les épisodes d'exposition c'est pour la populace" de ce pilote. J'adore un pilote original, et ça me plait qu'on décide de ne pas passer par les poncifs du genre. Mais certains d'entre eux ont de l'intérêt. Par exemple, l'amitié entre Jackie et Tara (héhé, j'adore) se sent dés le début, et elle est presque plausible en dépit de l'évidente différence d'âge, mais on nous balance un peu trop abruptement certains autres aspects comme : ce que fait Jackie dans la vie (vu qu'elle se rend au bureau, c'est ennuyeux de ne pas savoir tout de suite ce qu'elle y fait), qu'est-ce que c'est que cette histoire de tante qui faisait de roller-derby (surtout que d'après les résumés, c'est la motivation de Jackie pour écrire), ce genre de choses. On saute directement dans l'intrigue (même simpliste), les "gags" (même si on ne peut pas vraiment en parler en tant que tels parce que l'épisode ne tente même pas de nous faire rire), les dialogues souvent acerbes entre Jackie et Tara ( ^_^ ), et c'est quand même un peu rude.
Mais enfin, bon, au moins, ça justifie d'être sur IFC.

The Minor Accomplishments of Jackie Woodman n'est pas la perle insoupçonnée qu'on voudrait découvrir quand on se lance dans une série méconnue d'une chaîne indépendante, mais c'était quand même sympa. Alors... En fait, le titre est assez explicite sur ce qu'il y a à attendre de la série : elle accomplit deux-trois choses, mais ça reste mineur. Pour autant, c'est un joli véhicule pour Kightlinger. Si vous aimez bien sa tronche refaite, et surtout son type d'humour, ça devrait quand même vous plaire.

Et pour ceux qui... et zut. Quand je vous disais qu'IFC souffrait d'un manque de mise en avant.

Posté par ladyteruki à 23:33 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-09-10

Fat guy, not skinny wife

Le sitcom. L'art de prendre une idée la plus simple possible et d'en rire le plus longtemps possible. Surtout un sitcom de Chuck Lorre...

J'ai de moins en moins d'atomes crochus avec le sitcom. La comédie en single camera lui a ravi mon cœur voilà longtemps. Il y a quelques mois, j'ai pourtant eu une petite fringale (intégrale de Lucky Louie, Will & Grace et des Craquantes, première saison du Mary Tyler Moore Show...), dont on aurait pu penser qu'elle me réconcilierait avec le sitcom. Eh bien du tout.
Ou peut-être que je suis surtout fâchée avec Chuck Lorre, depuis qu'il nous a flanqué The Big Bang Theory dans les pattes.

Pourtant, Mike & Molly s'annonce comme une petite comédie bien différente de l'humour "masculin" de Lorre dans lequel j'ai du mal à me retrouver (moi qui aime l'univers viril de Men of a Certain Age, pourtant... non, visiblement mon contentieux est avec Lorre). Peut-être ce qu'il y a de plus proche, au stade du pilote, de la comédie romantique à l'asiatique, cette nouvelle série nous montre comment un couple a priori peu destiné au romantisme télévisuel va lentement se former.

C'est d'ailleurs tout l'enjeu : Mike comme Molly ne sont pas des personnages qui d'ordinaire auraient fait l'objet d'une comédie romantique. N'importe où ailleurs (et les emplois précédents des acteurs en attestent), ils seraient les faire-valoir, les bons gros copains qui servent de caution humoristique. Tu es gros, ton histoire d'amour ne peut être complexe, elle doit forcément toucher à l'absurde niaiserie qui sied à ton rang d'obèse.

Ce qui unit Mike et Molly, c'est que tous deux souffrent de blessures d'amour-propre, mais sont dotés d'un sens de l'humour qui appelle la tendresse, et qui y réagit, également. C'est très touchant de les voir tous les deux faire leur monologue devant le groupe des OA, avec à la fois un regard lucide sur leurs souffrances, et en même temps une façon de se mettre en scène visant à dédramatiser leur surpoids. C'était touchant et c'est ce qui les a touchés l'un chez l'autre, en fait. On sent immédiatement dans les yeux de Molly combien elle est charmée que ce mélange d'humour et de tristesse soit si franc dans le discours de Mike. Il faudra attendre plus tard dans l'épisode pur qu'elle ait l'opportunité de lui en faire une démonstration similaire (bien que le charme de Melissa McCarthy fasse son oeuvre bien en amont de façon à nous la rendre instantanément sympathique).
Et très franchement, j'étais tout autant charmée. Car cet humour est le mien. Je ne l'emploie peut-être pas sur mon poids, mais sur mes (autres) fêlures et mes (nombreux) problèmes existentiels, si ; et en cela, les deux personnages de Mike & Molly respirent la sincérité. Ils ne sont pas juste gros, ils dépassent vite leur carrure pour installer deux personnalités pétillantes et remuantes. La mise en place de ces deux personnages est bonne, là-dessus, ya pas à dire.

Mais comment faire, maintenant ? Comment raconter cette romance sans épuiser les clichés sur les gros-qui-au-fond-sont-comme-tout-le-monde ? Le problème de Mike & Molly, c'est, sans jeu de mot, son format (et Chuck Lorre), car de la même façon que les blagues éculées sur les geeks de The Big Bang Theory sont usantes alors que le concept pourrait être marrant, l'histoire d'amour entre nos deux rondouillards pourrait être touchante quand elle semble vouée à la répétition à l'envi de plaisanteries sans avenir.

Mike & Molly en dramédie ? Quand vous voulez. Je trouve les personnages principaux suffisamment attachants pour ça (et ce serait facile de transformer les irritants personnages secondaires pour en faire de meilleurs atouts, notamment dans la famille de Molly). Mais en sitcom, non, je passe mon chemin. Surtout avec Chuck Lorre aux commandes.
Mais si j'en crois la Vanity Card de ce premier épisode, lui-même ne parie pas un pet de lapin sur la longévité de sa série. C'est pas plus mal : après avoir vu Melissa à l'oeuvre dans le film The Nines, je suis en mesure de dire qu'il ne la mérite pas.

MikeMolly

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Mike & Molly de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 18:30 - Review vers le futur - Permalien [#]

07-07-10

Juste pour rire ?

Les 6 premiers mois de l'année n'ont pas été drôles. Pas en-dehors de l'écran, en tous cas. Problèmes au travail, décès, maladie... Si vous ne le savez qu'à demi-mot, vous n'avez cependant pas pu ne pas vous en apercevoir, parce que mes visionnages et donc mes posts l'ont reflété.
Après le décès de freescully, c'est là que ça a été le plus difficile pour moi, personnellement et, du coup, téléphagiquement. Je n'avais plus envie de rien, plus foi en rien, il n'y avait plus de souffle téléphagique en moi pour me pousser vers quelque chose, ni pour exprimer mon ressenti ni pour m'en éloigner même temporairement. C'est certainement là que j'ai eu la plus grosse crise de foi téléphagique de toute ma vie, quand la téléphagie n'a pas réussi, pour la première fois, à m'apporter quelque chose (on reviendra sur les autres prochainement, d'ailleurs, parce que Livia a soulevé des choses très intéressantes récemment à ce sujet).

Et puis, aussi impossible que ça puisse paraître quand on voit tout en noir, les choses ont lentement repris leur cours. D'abord par une période pendant laquelle je regardais, consciemment ou non, uniquement des choses tragiques, dramatiques, déprimantes, tout ce qu'on veut.
Ensuite, il y a eu la période sitcoms. J'en suis toujours là.

Pêle-mêle, sont arrivées (ou revenues) sur mon écran des séries comme Lucky Louie, Les Craquantes, 30 Rock, Rude Awakening, The Mary Tyler Moore Show, Will & Grace... sans compter toute une tripotée de pilotes, tentés ou retentés pour voir, pour essayer de trouver un truc qui me fasse rire ; plus une grosse phase SNL qui risque bien de reprendre à la rentrée, plus j'en vois et plus je veux en voir. Au train où vont les choses, je vais avoir fini mes séries en cours fin juillet (sauf The Mary Tyler Moore Show qui semble prendre des plombes à cagouler et que du coup j'ai pris l'habitude de regarder à raison "seulement" de deux épisodes par semaine environ).

A l'occasion de ce périple aux frontières de la série comique (toutes n'étaient pas forcément des sitcoms purs et durs), je me suis posé des questions sur ce qui, fondamentalement, a motivé ces visionnages : l'humour est-il intemporel ? Peut-on encore rire lorsqu'on nous a trop répété qu'une série est drôle ? Peut-on rire de quelque chose qu'on ne trouvait pas drôle avant ? Peut-on rire de ce qu'on ne trouve plus drôle ? La triste réalité gâche-t-elle le plaisir de rire ?

En voilà une autre : devant une série humoristique, doit-on vraiment rire tout le temps ?

Techniquement, revenons sur les bases. Un sitcom (pour situation comedy) est censé être drôle. C'est sa raison d'être et je crois qu'on va tous tomber d'accord là-dessus sans trop pinailler. Et il suffit de voir le nombre de comiques de stand-up (puisqu'on parlait de stand-up il n'y a pas si longtemps) ou les habitués de l'improvisations qui obtiennent un rôle principal ou secondaire dans des sitcoms pour comprendre de quoi le genre se nourrit, si besoin était d'aller aussi loin.
Je suis sincèrement admirative de beaucoup de ces acteurs et scénaristes, capables d'être drôles pour vivre. Ce n'est pas à la portée de tout le monde.

Mais je me demande si mon problème avec beaucoup de comédies actuelles, et plus particulièrement les sitcoms (et qui avant ces derniers mois ne semblait pas trouver de remède), ce n'est pas la pression qu'on ressent à "devoir" rire. Bien-sûr personne ne me pointe un flingue sur la tempe pendant les épisodes, et en fait, personne ne vérifie que j'ai bien ri à tel ou tel gag, soyons francs. Mais je ressens tout de même une obligation, due aux rires enregistrés (ou pas), de réagir d'une façon codifiée à de nombreuses répliques et mimiques. Il ne m'arrivera rien si je ne ris pas, pourtant, je soupire en me disant que j'aurais dû rire. Et que je ne l'ai pas fait.

A bien y regarder, les comédies qui fonctionnent avec moi sont toujours celles qui offrent plus que du rire facile, qui me permettent de me lier aux personnages. Par rire facile, j'entends en fait : "on rit, et on n'a que ça à faire". Des séries comme Ma Famille d'abord (qui reste pour moi le symbole de ce qu'un sitcom peut faire de pire), ça ne marche jamais avec moi. Parce que, au fond, qui sont ces gens ? Existent-ils pour autre chose que se balancer des blagues à longueur de temps ?
Je suis finalement beaucoup plus exigeante pour les comédies que pour les séries dramatiques en terme de character development. Si le personnage n'est qu'une façade plaquée dont je dois rire, ça ne me suffit pas, il faut que je discerne quelque chose d'un peu plus dense derrière.

Et du coup, pour cela, le personnage ne peut pas être drôle en permanence. Parmi mes épisodes préférés dans la plupart des comédies que j'aime, que trouve-t-on ? Les épisodes les plus tristes. Ce n'est pas un hasard, c'est bien parce que je refuse de croire qu'il y a des personnages qui peuvent rire en permanence, et que moi-même, je ne le peux pas même avec la meilleure volonté du monde.
J'aime quand une comédie se permet des incursions dans le dramatique. C'est bien plus courageux qu'une série dramatique s'essayant à l'humour (j'ai envie de dire que c'est aussi bien plus optionnel, alors qu'une série dramatique ne peut pas se permettre de se passer de respirations plus légères).

Vous voulez un exemple ? Je vous ai pas mal parlé de Will & Grace récemment, et même moins récemment avec le pilote... J'attaque en ce moment la saison 4. Dans cet épisode, Grace vient de se faire plaquer par son petit ami, alors qu'elle venait de réaliser qu'elle voulait passer sa vie avec lui. Elle déprime au point de ne plus quitter le lit, et rapidement, ses trois amis tentent de la remuer et l'en faire sortir (Karen en arrive même à lui faire une déclaration enflammée). Elle a failli reprendre du poil de la bête mais elle tombe sur un message sur le répondeur qui lui permet de comprendre que son ex s'est déjà trouvé quelqu'un d'autre, et Grace redescend donc au plus bas. Elle ne se nourrit plus, ne se lave plus, se passe des diapositives à n'en plus finir...
Voilà la conclusion :

BedBathBeyond

Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer. Mais je suis ravie d'avoir le choix.

Posté par ladyteruki à 07:11 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

06-07-10

Lucky lady

Ah, mon ami Louis... ça fait quoi ? Un peu plus d'un mois ? Non, deux déjà ? En tous cas tu m'avais manqué, et j'attendais avec impatience ton retour. Mais de retour, on ne peut pas exactement parler, car entre Lucky Louie et Louie, contrairement aux apparences, le ton comme l'intention sont radicalement différents.

Lucky Louie était un sitcom (tourné devant un public), Louie est une comédie en single camera.
Lucky Louie utilise les dialogues pour distiller quelques touches de cynisme et d'absurde, Louie propose des séquences de pur stand-up et n'hésite pas à passer une minute ou deux à insister là où ça fait mal.
Lucky Louie faisait la part belle à la famille et l'entourage proche, Louie est nombriliste.

Les séries sont radicalement différentes en dépits de plusieurs éléments a priori proches sur le papier, mais au moins on peut se dire qu'elle attireront peut-être un public différent, ce qui me semble une excellente nouvelle pour Louis C.K., mon nouveau chouchou depuis le printemps. Surtout que finalement, les deux ont quand même ceci de commun qu'elles plaisent beaucoup à votre serviteur.
Et si Louie a ravi mon cœur, c'est grâce à deux caractéristiques qui pourtant ne donnaient pas la série gagnante : le stand-up et le parti pris des histoires racontées.

LouieFX

Maintenant, pour être totalement honnête avec vous, je suis bien obligée d'admettre que lorsque j'ai vu ce bon Louie faire son numéro au micro, mon premier réflexe n'a pas exactement été d'applaudir à tout rompre. Je suis peut-être vieux jeu, ou juste traumatisée par un Seinfeld que je n'ai jamais vraiment su apprécier, mais séries et spectacles de stand-up devraient toujours, dans mon esprit, se maintenir à une raisonnable distance l'un de l'autre. Attention, n'allez pas mal interpréter mes propos : j'adore le stand-up. Depuis plusieurs mois j'ai même pris la mauvaise habitude de cagouler ici et là des CD de comiques américains (actuellement, je me délecte du savoureux "Letting go of God" de Julia Sweeney... une ancienne cast member de SNL ; on ne se refait pas !). Simplement, les faits sont là : dans une série, pour moi, ça ne marche pas. D'ailleurs à des fins documentaires et suite à la question de l'un d'entre vous, j'ai revu le pilote de Seinfeld récemment, promis on en reparle très vite. Ne me lancez pas sur Kenan & Kel, là, même le pouvoir de SNL ne peut rien pour cette série à mes yeux.

Ces séquences en stand-up donnent de prime abord un côté cheap à notre affaire. D'ailleurs pendant un bon moment, je n'étais même pas certaine qu'il y ait réellement un public face à Louie/Louis, ce qui certes aurait semblé absurde (et contraire à ce que je perçois de la méthodologie de l'homme), mais sérieusement, ça faisait mauvais effet dans un premier temps. Il faut reconnaître que notre comique a de surcroît un humour particulier, il ne cherche pas la réplique hilarante, et ses anecdotes ont un côté profondément banal, mais c'est en fait justement de là qu'il tire sa force, étrangement. Je n'ai pas forcément envie de rire aussi fort que le public, mais en tous cas je passe clairement un excellent moment à l'écouter (gaffe, Louis, tu vas finir par te faire cagouler avec ce genre de conneries... ah bah voilà, c'est fait, bravo).
Le mélange entre humour et point de vue pessimiste à l'extrême fonctionne bien sur moi, en général, il faut le reconnaître.
Vous parlez quand même à quelqu'un qui a regardé Titus en entier. Deux fois. Voilà, quoi...

Mais une autre spécificité de Louie réside dans sa structure. Le pilote se présente en effet comme suit :
- Louie se rend dans un club pour faire son act
- Louie raconte un truc super général sur sa vie quotidienne
- Louie glisse sur un sujet plus particulier, mais également banal
- on passe à une séquence hors du club explicitant la situation de ce sujet en particulier
- on finit sur un truc complètement absurde
- on revient sur Louie dans son club qui raconte un autre truc sur sa vie quotidienne
- arrivée d'une autre séquence hors du club explicitant ce nouveau sujet
- autre fin complètement absurde
- retour sur Louie qui conclut et sort du club

Le coup de génie, c'est que tout est réaliste, mais pas trop.
A chaque fois, on a cette fin de séquence complètement ahurissante dont personne ne s'étonne, ni Louie ni les éventuels personnages autour de lui. C'est hallucinant. J'avais les globes oculaires qui roulaient sur mes genoux. On parle d'une série dont le principe est de parler de la vie quotidienne, de banalités et de choses que tout le monde expérimente ou a expérimenté, avec un personnage terre à terre, maladroit et incroyablement ballot quand il s'y met, qui n'a rien de spécial... pour toujours trouver une chute surréaliste et totalement incroyable. C'est juste magique, cette recette, parce que 99% de ce qui se dit ou ce qui se passe est tellement réaliste qu'on s'identifie à fond, et tout d'un coup, BAM !

Bilan ultra-positif, donc. Et puis, Louis est célibataire, roux, et a la quarantaine.
Les gars, je crois que je suis amoureuse.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Louie de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 16:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

02-05-10

[DL] Lucky Louie

Bon bah voilà, ça y est, j'ai vu toute la saison unique de Lucky Louie. Après le 12e épisode, je sentais bien qu'il me fallait faire mes adieux, mais comme j'avais dû trouver une autre cagoule pour le 13e épisode inédit à la télévision américaine, il semblait encore lointain, ce moment où je devais faire mes adieux à la série. Ce fut un coup de cœur, bref mais véritable. Et même quand on s'y met sur le tard, ça compte, ces choses-là.

LuckyLouie
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Vous en connaissez tous, des génériques pas terribles, voire franchement mauvais... mais auxquels on s'attache sans trop comprendre pourquoi. Eh bien quand j'ai entendu ce générique pendant le 13e épisode, j'ai eu un petit pincement au cœur, quand même. Même si franchement il est mal réalisé et que la musique (bien qu'étant mon genre, je vous dirais bien avec quels autres génériques je l'écoute mais comme personne n'a participé au jeu sur le sujet...) est bateau.
D'ailleurs, vous savez quoi ? Même la petite phrase "Lucky Louie was taped before a live audience" va me manquer. Non, sérieusement, c'est quand que Louie arrive ? Je vais entrer dans une période de manque, là.

Sur une note similaire, j'ai une envie de sitcoms, là, donc la semaine à venir devrait être plus gaie que la précédente.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Lucky Louie de SeriesLive. Eh, l'air de rien on est 7 fans dessus, quand même.

Posté par ladyteruki à 23:21 - Médicament générique - Permalien [#]

25-04-10

Monkey off my back

On le sait tous, la téléphagie, ça ne se commande pas. On fait des projets, des plans, des plannings, tout ce qu'on veut, et au final c'est toujours le cœur qui décide. Un exemple comme un autre : je voulais rattraper mon retard sur Justified cette semaine. Au lieu de ça, je suis tombée sur le pilote de Lucky Louie et j'ai dévoré toute la saison (qui, je vous l'accorde, ne dure que 12 épisodes) en trois jours. Du coup, Justified, ce sera pour une autre fois. C'est pas grave, c'est pas perdu.

Autre exemple : j'avais voulu cagouler Breaking Bad parce que tout le monde parlait de la 3e saison quand je n'avais pas dépassé le stade du pilote. C'était du cagoulage à titre préventif parce que je savais que je n'aurais pas le temps dans l'immédiat, ayant une charrette au boulot. Mais quand une personne de mon entourage m'a annoncé avoir un cancer, finalement, je m'y suis mise en parallèle de mon surcroît de travail (selon l'adage téléphagique qui dit "qui a besoin de dormir quand il y a un épisode à dévorer ?"), et me voilà, deux semaines plus tard tout juste, arrivée à la fin de la première saison (là aussi bien aidée par le fait qu'elle ne dure que 7 épisodes, soyons sincères), et finalement là encore, je n'ai pas vraiment choisi la façon dont ça s'est passé.

BreakingBetter

Donc nous y voilà. Une saison de Breaking Bad. Je vais être sincère avec vous, j'ai parfois douté arriver jusqu'au bout. Parfois, je ne vous cache pas non plus que c'était excellent. Mais il y a eu des instants de découragement, disons-le clairement.

Parce que cette histoire de drogue, vraiment, ça m'agace. Dans mon esprit c'est vraiment de la lâcheté pour éviter de parler vraiment de ce qui tracasse Walter. On insinue des choses, on montre quelques réactions qui font penser au spectateur "ah, là, son cancer, il le vit comme ça...", mais globalement on n'entre pas assez dans le sujet à mon goût. D'un autre côté, j'ai des raisons un peu particulières de regarder la série et j'en suis consciente. Mais enfin, quand on a des scénaristes de talent, des acteurs incroyables et tout ce qu'il faut dans son sujet pour explorer un sujet difficile, je trouve dommage qu'on se cache régulièrement derrière des intrigues... lâches, je ne trouve pas d'autre mot.

Je ne dis pas que j'ai forcément trouvé mon compte dans les scènes médicalement consacrées au cancer, une chimio ici, un rendez-vous avec l'oncologue là, non, c'est pas ça qui me manque. Ces instants-là me semblent de toutes façons impossibles à transformer en morceaux de génie, trop de fictions mielleuses sont passées avant dans ces poncifs des cheveux qui tombent, de la perf qui n'en finit pas, des rayons et de tout le bazar.
Mais ce qui me manque encore beaucoup, c'est de voir Walter face à son cancer.

Il me semble le fuir, en fait. Au début je pensais que c'était un cerveau rationnel, cet homme. C'est un scientifique après tout. Et que du coup, il rationalisait le temps qui lui restait à vivre et que c'était la cause de son comportement. Mais en fait, non. Cet homme-là, il voudrait faire comme si le cancer n'existait pas. Il n'a que ça en tête pourtant, mais il voudrait juste faire comme si son cancer était quelque chose d'abstrait, juste une date dans le calendrier. Il est tout entier tourné vers sa lubie financière parce qu'il ne veut pas, il refuse, il rejette de tout son être la question du cancer. Ce cancer qui le change physiquement et psychologiquement, il voudrait faire comme s'il ne l'atteignait pas, comme s'il était plus fort que lui.
Combien de temps ça peut marcher, ce plan-là, Walter ? Combien de temps tu vas trouver dans le compte à rebours la force de franchir les limites ? C'est bien ce que tu retires de cette expérience, la liberté que tu t'inventes grâce à cet évènement de ta vie qui a fait tomber les barrières, mais ça ne peut pas être comme ça éternellement.
C'est ça qui me déçoit. Je voudrais savoir ce qui se passe dans la tête de Walter, mais lui-même refuse d'y penser, alors il m'en refuse l'accès. Ça me frustre beaucoup.

Restent deux autres angles qui sont plus élaborés par cette première saison et dont on ne doute pas qu'il vont s'épanouir ensuite, et ce sont les axes de la série qui, si on peut le formuler ainsi, me consolent de ma privation.

D'abord, il y a le thème derrière le pitch lui-même. La morale et la loi. Comment elles s'ajustent à ce que nous vivons. La fin justifie les moyens, ou du moins c'est la thèse de Walter (explicitement contredite par Hank dans l'épisode du baby shower, mais en-dehors de ça guère discutée pour le moment). Quand on n'a plus rien à perdre, ou du moins, quand on croit qu'on n'a plus rien à perdre, que signifie encore la morale ? Quelles sont les limites de la loi qui cessent de s'appliquer à celui que plus rien ne retient, qui a passé un cap ?
On sent la bascule progressive que fait Walter. La façon dont il semble s'embarquer dans cette histoire de drogue sur un coup de tête, réalisant ensuite ce que cela va lui coûter moralement quand il faut tuer un homme. Et quand arrive le moment d'affronter l'homme le plus dangereux qu'il ait rencontré jusqu'à présent, plus rien ne le retient. Il ressent encore la peur, l'inquiétude et la compassion, mais quelque chose a définitivement lâché, comme si un lien qui le reliait à l'humanité était rompu, et qu'on l'avait regardé s'élimer progressivement. C'est un axe fascinant.

Que se passerait-il si... ça arrive... si son cancer entrait dans une phase de rémission ? Un cancer, ça évolue. Parfois on parvient à le bloquer ne serait-ce que temporairement. Certains parlent de rémission totale (personnellement je constate qu'en cas de rémission soi-disant totale, les médecins insistent pour faire des contrôles de routine réguliers, et d'ailleurs les 5 premières années suivant la rémission, c'est pour ainsi dire obligatoire). Walter pourrait-il retisser ce lien avec la partie de l'humanité qui vit dans le droit chemin ? Sans parler de redevenir cet homme soumis et faible qu'il était avant son cancer, pourrait-il faire une croix sur toutes les libertés qu'il prend avec la morale et la loi ?
Ça pose sincèrement question.

Et puis, l'autre axe, c'est ce tandem entre le vieux en fin de course, et le jeune qui a du mal à s'engager sur le chemin de la vie. Jesse est encore un enfant dans sa tête (et j'ai à ce titre beaucoup aimé l'épisode dans lequel, par réflexe, il retourne chez ses parents, dormir dans son lit comme un bébé et mettre la table sagement). Évidemment, l'ascendant de Walter sur Jesse est flagrant dans le domaine du business : bien que Walter ait tout à apprendre du trafic de drogue, il passe son temps à diriger la façon dont le tandem va mener ses affaires. Cet ascendant prend parfois, indirectement, des airs initiatiques. Sans chercher à remettre Jesse dans le droit chemin (ce serait un comble), Walter prend parfois le visage d'une figure paternelle tentant de ramener le petit à une certaine version de la raison. On n'en fera probablement jamais un type normal, de ce Jesse, mais une fois de temps en temps, il lui faut quelqu'un pour l'obliger à grandir un peu. J'aime cette dynamique qui s'installe progressivement entre les deux, et qui reste réaliste dans ce que Walter peut apporter humainement à Jesse.

Oui, après 7 épisodes, il y a beaucoup de choses que j'ai appris à apprécier dans Breaking Bad. Mais il y en a encore sur lesquelles je suis insatisfaite. Zut de zut, peut-être qu'il me faudra encore 13 épisodes de plus pour crier moi aussi au génie. Bon bah, j'me dévoue, hein...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Breaking Bad de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:49 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

21-04-10

Brother Louie

Pourquoi jusqu'à présent je n'avais jamais regardé Lucky Louie ? La réponse tient en deux mots : "HBO" et "sitcom". Au juste, c'était quand, la dernière fois qu'une chaîne du câble a su faire un sitcom décent ? Personnellement, je n'en ai pas souvenir. Même pas certaine que ça se soit déjà produit. J'attends des noms ? C'est bien ce que je pensais.

Et puis, en tombant par le plus grand des hasards sur une cagoule, je me suis dit que... bah, comme d'habitude : un pilote, ça ne se refuse pas. Me voilà donc en train de me lancer dans un pilote dont je ne connais rien, si ce n'est que son personnage principal est roux, et que son créateur/auteur/producteur/acteur Louis CK a travaillé avec Conan O'Brien. Ce qui, je vous le concède, à mes yeux, suffit pour partir avec un a priori positif...

Louie

La première impression que donne Lucky Louie, c'est une impression assez troublante de dénuement. Ce qui est une façon de dire que le décor est terriblement bas de gamme, mais pas seulement. En fait, plus le pilote avançait, et plus je me suis dit... "mais, je connais ce sentiment ! C'est le même qu'une autre comédie que j'ai connue jadis... une comédie qui ne chercherait pas à être dans le moule... c'est... c'est comme Rude Awakening !".

Ca n'avait évidemment rien à voir avec la thématique de la série, mais avec sa réalisation (bien que Rude Awakening n'ait jamais été un sitcom à proprement parler). La bande-son assez peu fournie, la mise en scène assez simple... on est loin de ces séries comiques qui se donnent tant de mal pour être divertissantes, voire drôles si on a de la chance, le côté "trying too hard" qui m'excède souvent dans les sitcoms et me fait préférer les comédies en single camera. D'ailleurs quand je vais me mettre après la peau de Romantically Challenged, que j'ai regardé hier soir, ça va saigner (j'en ai fait un cauchemar cette nuit, sans déconner c'est quand même pas tous les jours qu'on fait un cauchemar sur la qualité pourrie d'un pilote de sitcom !). Bref il se dégage de Lucky Louie, avant même qu'on tende l'oreille et qu'on fasse attention à l'histoire, une ambiance de proximité qui fait du bien.

Du coup, quand vous voyez comment se déroulent les dialogues... eh bah forcément vous êtes dans de meilleures dispositions vis-à-vis de la série. Dans un sitcom de network, typiquement, tout cela semblerait forcé, voire franchement de mauvais goût. Ici, pas du tout.

Déjà, la scène d'ouverture était brillante : Louie et sa fille sont à la table du petit déjeuner, et... oh attendez, il faut que je vous l'uploade cette scène, sérieusement ce serait dommage de passer à côté. Je suis d'humeur à sous-titrer en ce moment, je crois...

LuckyLouie_Why

Tout le génie de cette scène, c'est qu'on attend la chute, et qu'elle ne vient pas, et qu'elle ne vient pas, et qu'elle ne vient toujours pas... comme dans la vraie vie quand une gamine vous casse les pieds ! Et quand vous commencez à désespérer de la situation, pouf ! La chute est terriblement drôle. C'était sincèrement un excellent coup d'envoi et tout l'épisode est dans cette lancée, avec un côté un peu inconfortable, pas formaté, bref totalement réaliste, et de vraies bonnes sorties de la part, essentiellement, de Louie, mais aussi un peu de sa femme. Et entre parenthèses, si dans 10 ans j'ai un type comme ça à la maison, je ne m'estimerai pas franchement à plaindre et ça me prendra pas 4 mois pour... 'fin bref.

Les autres intrigues sont du même acabit : le voisin black qui vient d'arriver et avec lequel on arrive pas à sympathiser (mais ça le fait pas d'être fâché avec le voisin black, on passe pour un raciste... chaque scène de cet axe est absolument délicieuse et le dénouement est juste superbe), l'anniversaire des 4 ans de la gosse qui tourne à la catastrophe (dans ma culture, un goûter d'anniversaire finit invariablement par tourner au drame d'une façon ou d'une autre, donc rien de plus normal), les problèmes sexuels de Louie avec sa femme (criants de réalisme hilarant ; ce couple a la même dynamique que celui de Roseanne), bref c'est un festival d'humour tantôt gras, tantôt maladroit, totalement en phase, j'ai envie de dire, avec les blagues qu'on entend réellement tous les jours. Bon, sauf les deux potes de Louie qui ne me reviennent pas et qui, pour le coup, sont un peu trop caricaturaux. Mais à la limite c'est un moindre mal, pour ce qu'on les voit.

Alors, du coup, il faut absolument que je me rappelle où j'ai trouvé ma cagoule parce que, bon, yavait toute la première (et unique) saison de dispo, et maintenant j'ai bien envie de voir la suite ! Comble du hasard, aujourd'hui FX annonçait que la prochaine série de Louis CK, ingénieusement appelée Louie, débuterait le 29 juin prochain. Si je joue bien mon coup, j'aurai fini Lucky Louie juste pour le lancement de Louie. Et dans la foulée, j'ai mis le "pilot watch" à jour à côté.

Et non, mon enthousiasme n'est pas uniquement dû au fait que Louis est roux et qu'il a bossé avec Conan O'Brien.
Mais je ne vais pas prétendre que ça n'a pas un peu aidé.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Lucky Louie de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:18 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]


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