ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

12-06-13

Off the air

Comme vous le savez peut-être, le Gouvernement grec a décidé, ce mardi 11 juin au soir, de couper les télévisions publiques ; et ce avec d'autant plus de brutalité que l'annonce n'avait été faite que quelques heures auparavant, avec donc aucun préavis ni côté employés, ni côté spectateurs.
Prévue pour minuit pile, les lumières se sont éteintes en fait pendant le journal de la nuit, pour une durée indéterminée.
Littéralement PENDANT :

Je voulais donc vous toucher un rapide petit mot sur les conséquences, dans le monde des téléphages grecs, de cet arrêt.
Voici donc un tour des séries qui ont ainsi été annulées, de fait, sur le sol grec. Attention, mon Grec moderne étant fané, il est possible qu'il manque quelques séries diffusées à la télévision publique.

Mais avant cela, un petit rappel : la télévision publique grecque, c'étaient 5 chaînes de télévision : ET1, NET, ET3, ERT HD (dédiée à l'évènementiel... en HD, donc), et enfin Vouli TV (la chaîne parlementaire).
Peu de ces chaînes, en réalité, diffusaient des séries, à la fois par vocation de service public, et aussi parce qu'on ne peut pas vraiment dire que l'investissement dans la fiction ait fait partie des priorités budgétaires ces derniers temps. Plus flexibles, les films ont, en fait, remplacé beaucoup de séries grecques sur les chaînes ; du côté des chaînes privées, on a d'ailleurs fortement mis l'accent sur les séries turques : ça ne coûte pas trop cher et, comme on a déjà eu l'occasion de le dire en évoquant Muhtesem Yüzyil, ça marche très bien.
Mais sur les chaînes publiques, de série turque, il n'était pas question : on a sa fierté, fût-elle mal placée. Avant l'extinction des feux, les spectateurs pouvaient donc suivre quelques séries grecques (généralement des rediffusions) ou étrangères (mais pas turques !) ; voici donc le bilan des dégâts.
Ces grilles en disent d'ailleurs long sur l'état de la fiction publique ces derniers temps...

- Les séries grecques annulées de fait :

TaPsathinaKapela-300

   Ta Psathina Kapela (NET)
Les temps sont durs, et propices à la nostalgie. Du coup, quoi de plus logique que rediffuser en quotidienne la mini-série Ta Psathina Kapela ("les chapeaux de paille"), dont la première diffusion remonte l'air de rien à 1995, à propos de trois soeurs qui passent l'été dans la demeure de leurs grands-parents, juste avant que n'éclate la Seconde Guerre Mondiale. Le 9e épisode (sur 12) a été diffusé mardi en fin d'après-midi ; mais d'un autre côté, Ta Psathina Kapela (et le roman éponyme, étudié dans les écoles) a une telle réputation qu'a priori, les spectateurs grecs ont un moyen de connaître la fin...

Dorama-NoPhoto

   Othos Hyppocratous (ET1)
Cette fois, c'est de 1991 que date cette comédie satirique prenant pour décor la "rue Hippocrate" (c'est aussi le titre) dans laquelle un homme dans la cinquantaine travaille dans une pharmacie afin de permettre à sa sa famille d'accomplir ses rêves, comme écrire pour la télévision ou devenir mannequin pour sous-vêtements. ET1 diffusait deux épisodes à la suite pendant le déjeuner depuis quelques jours.

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   O Manoles o Ntelmpenteres (ET1)
Encore une adaptation issue de la littérature grecque, ce period drama datant également de 1991 raconte les aventures de Manolis, un Grec qui s'installe à Londres et fréquente l'aristocratie britannique, avant de partir s'installer comme chercheur d'or en Amérique. Vu que la série en était à sa 5e rediffusion (la 3e depuis 2009), normalement les téléphages grecs même les plus mordus devraient s'en remettre.

TaPaliopedatAtithassa-300

   Ta Paliopeda t'Atithassa (ET1)
Encore plus fort, il faut remonter en 1980 pour trouver la trace de cette anthologie inspirée par la pièce de théâtre du même nom créée par le cinéaste et auteur Nikos Tsiforos. Ah, et au fait, en 1980, en Grèce...de nombreux programmes étaient encore en noir et blanc. Et comme il n'y a pas d'argent, la télévision grecque rediffusait la série dans sa version originale non-restaurée. Enjoy !

- Séries étrangères annulées de fait :

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   Falcón (NET)
La série britannique commandée par Sky, co-produite par ZDF et Canal+, et filmée en Espagne, s'était payé un voyage en pays hellénique. Le 3e épisode avait été diffusé à 22h par NET, soit juste avant la coupure... pour une saison qui en compte 4, ça énerve.

Luck-MEA

   Luck (NET)
Rares sont les chaînes publiques à se risquer, de par le monde, à diffuser des séries de HBO. Le dimanche soir à 22h, NET avait commencé, depuis 5 semaines à peine, à dévoiler les épisodes de l'unique saison de la série hippique Luck... que la voilà déjà annulée. Ce qui confirme que cette série est maudite.

DowntownAbbey-MEA

   Downton Abbey (NET)
Grande nouvelle, ami spectateur grec ! Si tu aimes Downton Abbey, ne manque surtout pas le season premiere de la saison 2, sur NET à partir du vendredi 7 juin ! Découvre tous les épisodes inédits chaque semaine... pendant une semaine. Ahem, héhé... oops ! Allez, si ça peut te consoler, elle n'était pas si géniale que ça, cette saison que tu ne verras jamais, ami spectateur grec.

Raccontami-300

   Raccontami (ET1)
L'adaptation italienne de la série espagnole Cuentame Como Paso se déroule dans les années 60 ; on y suit le quotidien d'une famille ordinaire. La série compte en tout 52 épisodes (sur 2 saisons), et la télévision grecque venait de diffuser le 38e, mardi en access primetime.

AmourGloireetBeaute-300

   Amour, Gloire et Beauté (ET3)
Mardi après-midi, ET3 avait diffusé l'épisode n°2353 d'Amour, Gloire et Beauté... juste au moment où Stephanie et Hope se disputaient les faveurs de Liam. Les spectatrices grecques ne sauront jamais qui l'a emporté.

Sur une note plus sérieuse, il est à noter que pendant plusieurs heures après l'arrêt officiel de l'audiovisuel public, le personnel de la chaîne NET a continué de travailler, diffusant des programmes sur le site internet de la chaîne ; tous les sites internet de la télévision publique ont ensuite été coupés dans la matinée.

Dans l'histoire, 2600 Grecs travaillant pour l'audiovisuel public, dont 600 journalistes, se retrouvent ainsi au chômage du jour au lendemain.
Le Gouvernement a indiqué avoir des plans pour relancer une télévision publique quand ça ira mieux, sous une forme plus humble et avec beaucoup moins de personnel ; quand cette nouvelle entité prendra vie, et il n'y a évidemment pas de calendrier, il sera permis aux anciens employés de postuler pour les rares nouveaux postes. Je n'ai pas compris si, avec cette déclaration, le Gouvernement grec joue à l'idiot, ou s'il est carrément en train de troller 2600 nouveaux chômeurs...

Hier, en signe de solidarité, les chaînes privées de Grèce ont coupé leur antenne pendant 6 heures, et de nombreuses émissions en direct ont été annulées aujourd'hui, remplacées par des rediffusions et des documentaires.
Une grève de 24 heures a été annoncée par le syndicat des employés de l'audiovisuel public pour demain, dans laquelle la plus grande organisation syndicale privée a annoncé qu'elle se joindrait au cortège. Cette grève, reconductible de façon indéfinie, s'étendra jusqu'à la presse grecque papier et en ligne.

Posté par ladyteruki à 12:11 - Love Actuality - Permalien [#]

20-11-12

Foule sentimentale

La journée a été longue et dure. Ce n'est pas vraiment comme ça que j'aime mes journées de travail (d'autres choses, oui, sans doute), mais c'est une réalité. A la fin d'une journée telle que celle-là, qui peut avoir inclus un certain nombre de mauvaises nouvelles et peut-être éventuellement plus d'heures travaillées que d'heures de veille, j'aime bien me détendre. Comme la plupart d'entre nous, je crois.

Je rêve... d'un endroit confortable. Mon canapé, par exemple. Et puis d'un endroit téléphagiquement confortable. Les défis téléphagiques seront pour plus tar ; dans une heure, ou demain : on verra, il sera temps d'aviser, et je ne fais pas de plan à l'avance. Pour l'instant je veux juste trouver cette sensation (qui sera toujours inconnue aux cinéphiles, ah ah ah, les rustres) de se rouler en boule, lové dans une intrigue qu'on connaît bien, calé bien au chaud entre quelques personnages qu'on aime et qu'on a l'impression d'avoir toujours eus dans notre vie.

Parce qu'on peut dire ce qu'on veut sur la télévision, on peut bien clamer que ce n'est pas "toujours la même chose", qu'il est faux que "quand tu en as vu un épisode, tu les as tous vus", et toute cette sorte de choses, mais parfois, il y a certaines séries pour lesquelles c'est vrai, et une fois de temps en temps, on aime bien se regarder un épisode prévisible, mais tellement chaleureux et tellement rassurant, que ça met du baume au coeur et ça permet de se lancer à l'assaut d'autre chose, un pilote un peu difficile d'accès genre Luck, mettons, ou carrément un Anapurna téléphagique, comme le pilote de la série norvégienne Schmokk avec un bandeau sur les yeux, sans filet, sans les mains, et avec sous-titres suédois. On a tous besoin d'un petit remontant parfois.

Aussi, en ce mardi d'épuisement, alors que j'avais besoin de recharger mes batteries, je me suis tournée vers la solution de confort, de facilité et de chaleur qui m'est venue naturellement à l'esprit...

Partners-Park

On ne dira jamais assez les ravages que font certaines annulations sur la santé mentale d'un téléphage. Oh Partners, même si je suis l'une des dix personnes sur Terre à te regretter, ce soir je ne te regrette pas qu'à moitié !
Allez, pas grave, je vais regarder Last Resort à la place, ça au moins, ça n'a pas été an-...
...
QUOI ?!

Pardon pour cet instant sentimental (surtout sur une série que la plupart d'entre vous ne tient pas en haute estime), mais ça me fiche beaucoup plus le bourdon que je ne l'aurais pensé, tout ça. Ca fait des années que je suis téléphages, et les annulations, je crois que je ne m'y fais toujours pas, en fait.

Posté par ladyteruki à 23:43 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

24-06-12

Not even trying

Ce sont les derniers jours pour que les membres de l'Academy of Television Arts & Sciences votent, afin de pouvoir déterminer les nominations aux Emmy Awards de cette année.
J'ai lu plusieurs articles, certains plus ouvertement narquois que d'autres (mon préféré reste celui sur Rob Lowe), sur le processus qui préside à ces votes : en gros, n'importe qui ou presque peut présenter sa candidature, pourvu de s'acquitter d'une somme ridicule permettant d'entrer dans la compétition (200 dollars plus les frais, pourrait-on dire).

C'est comme ça que les membres de l'Academy se retrouvent à voter parmi un petit millier de candidatures (qu'ils n'ont certainement pas vues dans leur immense majorité, évidemment) pour les acteurs, disons ; on parlait ce soir de la candidature d'Anjelica Huston pour son rôle dans Smash, par exemple, et la liste des prétendants à l'Emmy est vertigineuse.
A partir de là on peut discuter, se moquer et/ou hausser les épaules en décrétant que ce seront toujours les mêmes qui seront nommés, au choix.

Mais par curiosité, j'ai aussi glissé un oeil à une catégorie moins mise en avant, celle des génériques.

Et parmi les productions qui ont soumis leur candidature dans cette catégorie, il y a un nombre ahurissant de séries qui n'ont même pas de générique !

Je peux comprendre qu'on ne soit pas tout-à-fait objectif sur une performance d'acteur : l'acteur lui-même, ou son entourage, ou la production d'une série, tentent le coup même si l'acteur n'a rien fait d'incroyable, parce que ça coûte pas grand'chose et que, bon, on sait pas, sur un malentendu ou une petite gâterie, ça peut marcher.

Mais comment une série comme GCB ose-t-elle présenter ce "truc" qui dure CINQ SECONDES ?

GCB-generique

Tous les génériques soumis au vote n'ont pas forcément du génie, bien-sûr. On pense ce qu'on veut du générique d'Alphas, mettons : il n'est pas mauvais, il n'est juste pas inoubliable. Je comprends honnêtement que la production d'Alphas se soit dit "eh, on n'a pas un générique si mal que ça, tentons !", parce qu'ils ont vraiment essayé de produire un générique avec de la substance, ils ont cherché un thème musical, trouvé un moyen de mettre en scène leur sujet et leur cast... pourquoi pas ? Ils ont bossé sur leur générique, après tout.
Même chose pour New Girl, qui vraisemblablement a essayé de faire quelque chose qui introduise bien son univers et ses personnages, tout en tirant partie de sa star. Le générique de New Girl brûle peut-être la rétine, mais il a le mérite d'avoir une existence tangible.
Pareil, Suits, bon, clairement c'est pas le même genre de générique que Homeland, mais ça se tient, quand même, de candidater quand on a trouvé le moyen de faire un générique qui a de la gueule, et qui a un petit quelque chose d'emblématique et de difficile à oublier. Sans être du grand art comme le générique de Game of Thrones l'an passé, qui forcément place la barre assez haut (comme beaucoup de gagnants précédents dans cette catégorie, d'ailleurs), Suits n'a pas à rougir de son générique.

Mais GCB ? Je sais que la rubrique s'appelle "main title" et qu'il suffit théoriquement que le nom de la série apparaisse, mais quand on n'a même pas eu le courage d'insérer le nom du créateur, sans même parler du cast, dans ce "générique", on est quand même un peu mal placé pour espérer un Emmy, non ?
Ou The Secret Circle ? Ou Smash ? Ou Once Upon a Time, tiens ?
C'est un peu comme si dans les catégories des performances d'acteurs, les gens étaient juste apparus en photo lors d'un épisode au lieu de, vous savez, fournir une performance ! Bon alors je sais, Ellen Burstyn a failli réussir à obtenir un Emmy pour un rôle de 14 secondes ; pour la soumettre au vote, il fallait déjà faire preuve d'un certain culot. Mais c'est quand même 9 secondes de plus que le générique de GCB...
Je sais pas mais, tant qu'à vouloir être nommé dans une catégorie, encore faut-il avoir quelque chose à y présenter ! Même Lab Rats a plus de raisons de postuler que ces séries !

Dans ce genre de situations, j'ai envie de dire aux responsables de GCB : un peu d'humilité ! Des séries avec des génériques décents n'ont pas postulé (il était bien celui de Death Valley, en comparaison !) ; des séries qui partent avec un avantage critique et un meilleur buzz n'ont pas postulé (sinon moi je vote pour le générique de The Good Wife, tant qu'on y est !). Suburgatory avait un générique de 10 secondes, il est potable mais la production n'a pas osé le soumettre, c'est plutôt classe position comme comportement.

Evidemment, à côté de Homeland, Luck, American Horror Story, Boss ou Magic City, il va falloir se lever tôt pour que GCB soit nommée dans cette catégorie le mois prochain. On est relativement tranquilles, de la même façon que Rob Lowe ne devrait pas non plus être nommé non plus pour son incroyable performance dans un téléfilm de Lifetime...
Mais quand même, vous êtes d'accord avec moi, c'est honteux non ?

Posté par ladyteruki à 23:40 - Point Unpleasant - Permalien [#]

21-06-12

[DL] Hounds

Les courses de lévriers, vous pensiez que c'était ringard !

...Eh bien vous aviez entièrement raison et c'est ce que s'efforce de démontrer le générique de la dramédie Hounds, qui ne s'est jamais cachée de se dérouler dans un univers peu glamour.

Pourtant, rien dans le générique de Hounds n'est rebutant : il s'agit avant tout d'une remise dans le contexte, et ce contexte est présenté de telle façon qu'on ne peut vraiment lui être hostile. Le hobby des personnages (ce n'est pas vraiment le coeur de la série, après tout) est une activité populaire au sens presque péjoratif du terme, mais envers lequel le générique tente de vous faire ressentir un peu d'attachement. L'exercice est périlleux, mais permet de donner le ton pour les épisodes.

Plus je regarde la série, plus je trouve que ce court générique lui fait honneur, rendant finalement bien l'esprit de cette dramédie où l'on parle avant tout de famille, et pas seulement de bizarreries un peu péquenaudes. Toujours avec tendresse, jamais avec moquerie.

Hounds
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Tout est là pour nous rappeler l'aspect décalé et obsolète des courses de chiens, dans ce générique à la chanson datée (l'original date des années 60) et aux images ralenties. Même le panneau final, montrant le titre de la série, est un peu décrépi, comme le montre la capture ci-dessus.

Ah c'est sûr ! C'est autre chose que le générique de Luck, rendant certes le résultat moins raffiné, mais peut-être moins affectueux, aussi...

Posté par ladyteruki à 00:12 - Médicament générique - Permalien [#]

01-05-12

Qu'est-ce qui fait si peur à HBO ?

Dans mon lycée, comme dans le vôtre je présume, et comme dans absolument tous les lycées de fiction, il y avait les gens cool et les gens pas cool. Les gens cool portaient ça sur eux avec une nonchalance agaçante, l'air de n'avoir même jamais essayé d'être cool, tandis qu'on reconnaissait les gens pas cool au fait qu'ils essayaient désespérément de paraître cool. Sauf qu'ils n'étaient pas cool justement parce qu'on pouvait sentir sur eux la peur de ne pas être cool.
Quand j'étais au collège à la toute fin des années 90, on utilisait énormément le mot "cool", que voulez-vous.

Incidemment, à la toute fin des années 90, HBO était l'un des élèves cool du lycée très prisé qu'était la télévision américaine. Et si vous demandez aujourd'hui à la plupart des téléphages de vous citer une chaîne câblée américaine de cette époque, il y a de fortes chances pour que ce soit le nom de l'élève HBO qui revienne le plus souvent. Plus cool que HBO ? Il n'y avait pas, et une large littérature à ce sujet vous attend dans quasiment chaque publication, papier ou numérique, traitant des séries américaines, pour attester que HBO a révolutionné ci, ça, et deux-trois autres choses, tout cela assorti d'une litanie de faits d'armes brillants, inoubliables et incontournables, et gare à vous si vous n'avez pas vu Six Feet Under, Les Soprano et The Wire qui ont changé la face de la télévision, faisant de HBO la chaîne la plus cool de l'univers et au-delà.

Le problème c'est qu'aujourd'hui, HBO m'a l'air d'une chaîne pas cool du tout. En tous cas elle a cette odeur de peur sur elle.

HBOFear

Depuis quelques années, la chaîne câblée donne l'impression de courir après quelque chose.
Alors que, bien qu'il semble difficile de nier qu'elle a ouvert la voie à sa propre concurrence, et inspiré d'autres chaînes câblées à essayer d'innover aussi en termes de séries, elle n'a pas à rougir de son succès actuel. HBO à la fin des années 90/début des années 2000, et HBO aujourd'hui, ne sont pas deux chaînes à la gloire radicalement différentes, comme on pourrait le dire de NBC au même moment. HBO fonctionne encore très bien, commande des séries qui lui amènent succès critique, succès public, et encore quelques statuettes chaque année.
Pourquoi j'ai le sentiment que HBO est en train de se comporter en élève pas cool du tout ? Parce qu'elle se donne tellement de mal, et fait preuve de tellement d'empressement, qu'au final ça a l'air louche.

Il y a deux ans déjà, HBO avait lentement commencé à modifier sa politique de commandes : l'argument d'autorité était devenu la règle. Tout le monde a envie d'attirer des gens qui aient une notoriété attirante, évidemment, mais dans les limites du raisonnable, et en laissant toujours une part d'opportunité à des relatifs inconnus de trouver l'innovation qui manquait. HBO, au contraire, avait commencé à commander des gens et plus vraiment des projets.
Scorcese pouvait débarquer avec à peu près n'importe quelle idée, HBO aurait dit banco, non ? C'est un peu l'impression qui ressort des énumérations constantes de noms supposés en jeter méchamment, et attirer le chaland. Je n'arrive plus à lire une news sur HBO qui ne commence pas par afficher clairement que la chaîne a su attirer telle personne dont la carrière épatante est auréolée de gloire, fortune et réussites au box office. Ou les charts. Ou les deux, dans le cas de la série en préparation par Scorcese et Jagger.

Mais récemment, ce phénomène s'est accompagné d'un autre : désormais dés qu'une série a un tantinet de succès, pouf, elle est renouvelée après seulement une ou deux semaines de diffusion. HBO n'est pas la seule à le faire : Showtime a donné là-dedans assez rapidement avec plusieurs de ses dramédies il y a quelques années (Nurse Jackie, notamment, le lendemain de la diffusion du pilote) ; mais Showtime était justement en train de se bâtir sa réputation, et avait des choses à prouver. C'est encore plus éloquent quand c'est Starz qui renouvelle Boss avant même sa diffusion, c'est parce que Starz, une chaîne qui fait les audiences qu'elle fait avec ses succès, mais qui n'a pas encore acquis le statut de cool, et qui court après, elle en a besoin.
Pas HBO. Pourtant la voilà en train de suer sang et eau pour banquer immédiatement sur le moindre petit succès comme si elle en avait cruellement besoin.

Et c'est comme ça qu'on en arrive à des décisions magnifiques comme celle de renouveler Luck avant de s'apercevoir que la série est une mine d'emmerdes et de devoir l'annuler ensuite quand le crottin de cheval atteint le ventilateur.

Renouveler Veep après seulement deux épisodes diffusés ? Girls après seulement trois ? A part la peur, qu'est-ce qui peut bien motiver pareil empressement ? C'est vraiment l'effet que ça me fait.

OK, HBO, respire un bon coup. D'accord, ya plus d'élèves cool maintenant que quand tu as commencé à avoir la côte au lycée. Mais c'est pas une raison pour paniquer. T'es toujours cool, t'en fais pas ! Et même si AMC a tendance à monopoliser un peu les Emmys en ce moment, tout va bien : t'as toujours de bonnes séries, les DVD de Game of Thrones se vendent comme des petits pains et tous les sites et blogs féministes font le buzz de Girls à ta place ! Essaye un peu moins d'en faire des tonnes, tu te débrouilles très bien.
Parce que, vraiment, ça commence à vraiment sembler louche, ces gesticulations.

Posté par ladyteruki à 18:01 - Point Unpleasant - Permalien [#]

15-03-12

Hold your horses

BlackMarch

Un petit mot sur l'annulation de Luck parce que je suis encore debout et que je vois les annonces tomber.
Et que demain j'aurai oublié, rapport au fait que je n'ai jamais spécialement accroché sur la série.

C'est quand même incroyable cette histoire. C'est le genre d'annulation qu'on se racontera dans 10 ans en ricanant dans un podcast (ou ce qui aura remplacé les podcasts), parmi une liste d'annulations improbables évoquant vaguement l'esprit des Darwin Awards : "oh, dites, hey, et la série qui s'est annulée toute seule parce qu'il y avait des canassons qui mourraient, vous vous en rappelez ?". On rira un brin et on passera à l'annulation bizarroïde suivante.

UnLucky
Je comprends tout-à-fait que la mort de chevaux soit un soucis pour Luck. D'abord parce qu'il y a une question d'image, comme en a témoigné la réaction de PETA (sans vouloir discuter de la palette de réactions plus ou moins bien fondées de PETA ici). Ensuite parce que ça coûte cher, de racheter des chevaux toutes les semaines, je suppose, d'autant qu'on ne peut probablement pas prendre le premier équidé venu pour faire la course plusieurs fois devant une caméra pour faire toutes les prises dont on a besoin. C'est de la logistique, de prendre des bêtes un peu entraînées, j'imagine. Et enfin parce que j'ai envie de me dire que si on a envie de faire un drama sur les courses hippiques, c'est qu'on aime un peu ça, et qu'on n'a pas vraiment du baume au coeur quand un cheval doit être achevé juste parce qu'on a voulu faire une bonne série sur les courses hippiques ; ça doit sembler un peu dérisoire dans le fond.

Ce que je ne comprends pas, c'est : comment en arrive-t-on à purement et simplement annuler la série ?
Dans les secondes qui ont suivi l'annonce officielle de HBO, les sarcasmes ont fusé, mettant la tournure des évènements plutôt en corrélation avec les audiences qu'autre chose, et c'est sûr, ça a probablement joué. Mais enfin, je suis un peu ébahie.

Comment est-il possible qu'une série sur les courses hippiques n'ait pas songé sur la façon dont elle pourrait survivre sans tourner ses propres courses de chevaux ? Pourquoi n'y avait-il pas de plan B en matière d'effets spéciaux ? Pourquoi personne ne s'est dit : "ok bah si ça marche pas, on filmera de vraies courses et on jouera avec le montage et la post-prod pour que ça colle à nos besoins" ? Pourquoi ne pas pouvoir éliminer les scènes mettant les chevaux en danger pour ne les garder que dans des scènes où les chevaux sont paisiblement dans leur stalles et bricoler le reste autour ? Je n'ai vu que le pilote, je sais bien, mais ça ne semblait pas complètement impossible.
C'était un sacrifice, certes, pour une production qui était vraisemblablement puriste, et qui faisait de ce purisme à la fois sa force (c'était un témoignage de son exigence de qualité) et sa faiblesse (le néophyte s'en sentait exclu).
Mais plein de séries font des sacrifices. Parfois ça fait même de jolies histoires de télévision, comme I Love Lucy qui a inventé le sitcom tel que nous le connaissons aujourd'hui parce que c'était plus pratique, pas parce que c'était innovant. Il fallait jouer autour des impératifs de l'équipe, jongler avec les contigences, et ça a donné une vraie belle histoire de télévision, par accident et par contrainte. La contrainte préside aux choix de nombreuses productions qui ne ferment pas boutique pour autant...

Pourquoi la production de Luck n'a pas pu réfléchir à tout cela dés la mort du premier cheval sur le tournage ?

On parle d'une série qui avait quand même un cast de folie (et après pareille expérience, je ne suis pas sûre qu'un gars comme Dustin Hoffman revienne à la télé de si tôt), une bonne équipe à la réputation solide tant à l'écriture qu'à la réalisation... Et justement, comment se fait-il que personne ne se soit posé les bonnes questions plus tôt ? Des mecs si professionnels... ils se sont incroyablement documentés sur les courses de chevaux, sans savoir que des chevaux meurent tous les jours dans ces mêmes courses et que la question allait peut-être se poser ?
Comment en arrive-t-on à un tel gâchis ?

Le plus impressionnant, c'est probablement que les annulations de ce genre, brutales, radicales, on est plutôt habitués à les voir sur des networks que sur des chaînes du câble. Il est évident que la série avait été renouvelée trop tôt par HBO, un peu trop sûre d'elle sur ce coup, mais c'est devenu une pratique courante chez les chaînes du câble (peut-être parce qu'elles pensent que ça va entraîner un cercle vertueux, je ne sais pas). Boss n'a-t-elle pas été renouvelée avant même le début de sa diffusion ? Clairement on est dans une logique de tout l'un ou tout l'autre.
Cela fait quelques années maintenant, et c'est un euphémisme, que je m'intéresse à l'industrie de la télévision, et j'avoue qu'il y a encore des éléments qui m'échappent totalement dans la façon dont certaines décisions sont prises.
Je n'aimais pas vraiment Luck, mais j'ai l'impression qu'on vient quand même d'assister à un truc vraiment absurde.

Posté par ladyteruki à 00:04 - Point Unpleasant - Permalien [#]

08-01-12

En attendant l'attente

Aidez-moi, je ne me rends pas compte... depuis combien de temps on nous fait le coup ? J'ai l'impression que ça ne fait que quelques années (genre avec Caprica et Glee) qu'on nous file un pilote et qu'ensuite on nous laisse pourrir en attendant la suite.

Dans le cas de Luck, diffusé en avant-première par HBO en fin d'année dernière, je vous avoue que ça ne m'embête pas : je n'ai pas l'intention de poursuivre au-delà du pilote, de toute façon. HBO peut bien teaser à volonté, ça ne me touche pas. Le pilote vu, je me suis fait un avis.

Mais ça fait plusieurs semaines maintenant qu'on a vu le pilote de House of Lies, cette fois sous la forme d'un leak histoire de varier les plaisirs, et l'attente est devenue irritante au plus haut point. Parce que le pilote était vraiment sympa, en dépit d'un démarrage un peu lent, et que j'ai envie de voir ce que ça va donner sur le long terme, la façon dont les choses vont se développer : plus de cynisme sur le monde du business, ou plus d'intrigues personnelles pour le héros ?
Bref, je fais partie de ceux (apparemment pas si nombreux que ça ?) qui attendent avec impatience la suite. Et pas parce que Kristen Bell gnagnagna.

Alors je ne suis pas en train de dire que c'est une tendance à proprement parler, mais le fait est que, il y a quelques années encore, je n'avais pas l'impression que ce genre de pratiques était monnaie courante. On diffusait le pilote, la semaine d'après on diffusait la suite, point barre. Il y a forcément des contre-exemples, il y a TOUJOURS des contre-exemples, mais il ne semblait pas que c'était fait volontairement, mais plutôt parce que le backdoor pilot avait fait ses preuves et qu'il fallait tourner la suite, ce genre de choses. Les leaks organisés par les chaînes étaient plus rares, les diffusions n'étaient pas faites uniquement pour teaser, il y avait une sorte de cohérence.
Depuis quelques années, on tease à mort, on relâche la pression pendant des semaines voire des mois, et pouf, après on revient la bouche en coeur pour une "vraie" diffusion.

Et ma question est : ce genre de techniques, ça apporte réellement un plus, ou pas ? C'est une vraie question.

En tous cas j'ai comme l'impression qu'il y a un connard de consultant payé à brasser de l'air qui s'est pointé chez quelques chaînes câblées cet automne, pour leur pitcher une présentation du genre de celle-là :

HouseofLies-1

HouseofLies-2

HouseofLies-3

Le plus "drôle" ? Quand la diffusion va vraiment commencer ce soir sur Showtime... il faudra attendre une semaine de plus pour un inédit.
Enfoirés.

Posté par ladyteruki à 23:37 - Point Unpleasant - Permalien [#]

14-12-11

VIP only

On a tous connu, notamment au collège, de ces adolscentes passionnées par les chevaux, passant tous leurs après-midis au centre équestre, parlant sans cesse de canassons et, naturellement, tapissant leur chambre de posters à l'effigie de futurs steaks. Vous l'aurez compris, je n'en faisais pas partie. Du tout. Mon intérêt pour ces bestioles s'est éteint lorsque j'ai arrêté de collectionner les Petits Poneys (mais il y avait des pégases et des licornes, quand même, c'était autre chose !).
Contrairement aux apparences, je n'ai rien contre les chevaux. Ce sont de belles créatures, je suppose, simplement je n'ai pas d'atomes crochus avec eux. Je ne me suis jamais passionnée pour le monde des courses et personne dans mon entourage proche ne s'y intéressant non plus, je n'ai jamais eu qu'un regard très lointain sur les courses de chevaux. Ce seraient des lévriers, ce serait la même chose, en fait.

En fait, c'est précisément la raison pour laquelle j'avais envie de tester le pilote de Luck : parce que je n'y connaissais rien. Et que la perspective de découvrir une série m'intéresse toujours plus quand il s'agit de découvrir aussi des univers qui n'ont rien à voir avec mon existence ; j'aime l'idée qu'on peut, bon, peut-être pas vivre par procuration, mais en tous cas essayer de se figurer ce que c'est que de vivre d'autres vies, dans des univers radicalement différents ; je recherche bien plus cela dans les séries que l'identification. Je ne suis pas une mère de famille ni avocate mais je regarde The Good Wife, je n'habite pas une banlieue chic mais je regarde Suburgatory, je n'ai pas envie de bébé mais je regarde Threesome, je ne deale pas mais je me lance dans un marathon Oz. Vous me dites qu'il y aura une série sur des geeks gay (Outland), une vieille fille dans la quarantaine qui ne s'intéresse pas aux relations amoureuses (Saigo Kara Nibanme no Koi), ou des courses de chevaux (Luck), je dis ok : ça n'a rien à voir avec ma propre vie, mais je ne demande qu'à voir ce que ces sujets peuvent me raconter.
Sauf que pur Luck, je ne me suis pas du tout sentie concernée même pendant l'épisode.

Je sais pas, c'était comme si j'étais pas invitée et qu'on me le faisait sentir. Comme si c'était pas mon monde et que la série n'avait pas l'intention de m'y faire entrer.
Comme je ne ressentais pas trop les enjeux dramatiques, j'ai commencé progressivement à me dire qu'en réalité je n'avais probablement pas tout compris. Je voyais le mec faire son comeback, l'autre pouponner un cheval avec à la fois espoir, nostalgie et amertume, et quatre aux tenter de gagner le gros lot, par exemple. C'était pas un problème. Mais j'arrivais pas à comprendre quand même : qu'est-ce qu'on attendait de moi, que je me demande si ça va marcher pour eux ? Très franchement je n'y arrivais pas parce que tout ce petit monde parlait à demi-mots de choses qui me dépassaient totalement. J'avais l'impression qu'il me faudrait aller procéder à des quantités de lectures pour comprendre ce qui tracassait l'un, ou l'autre. Et je me disais, au fur et à mesure que l'épisode avançait, que c'était beaucoup de devoirs pour une série. C'est à la série de vous faire entrer dans son monde, pas l'inverse ; de la même façon que ne pas connaître les romans de Game of Thrones n'a pas été un obstacle pour comprendre les intrigues, de la même façon que je n'ai jamais eu à me demander en quoi consiste le travail dans des pompes funèbres parce que Six feet Under n'a pas hésité à me l'expliquer, Luck aurait dû me donner envie de plonger dans les courses de chevaux sans que je passe par ce stade désagréable où je me sens étrangère à tout.
Au final, j'ai eu l'impression que ce qu'on attendait de moi, c'était de me demander qui allait gagner la course (et de verser une larme sur le cheval blessé), mais que pour le reste, si je ne ressentais pas de l'intérêt pour le vieux qui marmone à son cheval ou l'agent de sécurité qui voudrait une chance de jouer mais ne l'utilise pas, eh bien c'est tant pis pour moi.
J'aurais aimé que Luck me prenne par la main et me dise pourquoi, par exemple, ce cheval a été endormi au lieu d'être soigné. Comme tout le monde j'ai tressauté quand on a entendu ce craquement lugubre, mais je n'ai pas compris pourquoi ça condamnait le cheval, par exemple, et j'aurais voulu qu'on ne tienne pas pour évident que j'étais en mesure de le comprendre. Je ne connais rien aux courses mais je devrais avoir une chance de m'intéresser à la série, or on aurait dit que c'était tout ou rien.

OutofLuck
C'était vraiment très énervant, ces échanges qui semblaient vides de sens simplement parce que, bah oui, j'ai pas lu de la doc sur les courses de chevaux avant de regarder le pilote de Luck, et j'ai pas l'intention de le faire chaque fois que je regarde un pilote, parce que ce n'est pas mon boulot, c'est celui des scénaristes. D'accord le cast est immense, la réalisation puissante, et peut-être que les personnages sont intéressants, mais si on ne m'invite pas à entrer dans ce monde, c'est pas à moi de faire l'effort, et c'est au moins aussi important que les atouts de la série.

Alors au bout du compte, je ressors du visionnage de ce pilote avec énormément de frustration, parce que j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui pourrait être intéressant, une série solide sur un univers jusque là jamais exploré, avec un cast énorme, une réalisation au cordeau et, a priori, je suppose, de bonnes histoires, mais voilà, je suis pas invitée. Je suis peut-être totalement crétine (et cette théorie n'est pas à exclure). Je suis peut-être fatiguée en ce moment (c'est vrai aussi). Je suis peut-être obtuse. Ou peut-être que c'était un jour où j'étais moins concentrée sur le pilote et que je n'ai pas écouté aussi attentivement que je le devrais les dialogues qui étaient peut-être plus pédagogiques que je ne le dis (hantée que je suis par Black Mirror, ce n'est pas impossible). Mais en tous cas j'ai l'impression, avec cette mauvaise expérience, d'être passée à côté de quelque chose pendant le pilote. Et la première impression, qu'on le veuille ou non, compte. Je peux m'acharner et tenter quand même de suivre la série lorsqu'elle commencera réellement sa diffusion sur HBO, mais soyons honnête, c'est une histoire téléphagique qui commence quand même très mal. Et ça me déçoit parce que je pressens que ç'aurait au contraire pu être une aventure intéressante.

Mais voilà, Luck fait partie de ces séries dont je vais probablement entendre plus de bien que je ne pourrai jamais en penser, comme si ses spectateurs faisaient partie d'un club VIP dont je ne suis pas membre. Il y a des séries avec lesquelles on se dit juste qu'on n'a pas accroché, et c'est tout, et c'est pas grave, on peut pas tous aimer la même chose (True Blood ou Boardwalk Empire sont de ces séries-là), et puis il y en a, on sent même confusément qu'on aurait pu les aimer. Mais voilà, on n'y était pas invité.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Luck de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 19:58 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-07-10

L'argument d'autorité

Bon, comme vous le savez, depuis une saison ou deux, je garde mes distances avec les projets de série. C'est ma façon de ne pas gâcher mon plaisir de pilotovore. Mais force est de constater que les projets HBO se suivent, et qu'ils présentent tous une caractéristique commune.
Leur casting.

Maintenant, soyons clairs : un bon casting ça fait toujours plaisir. Il suffit de me voir m'arracher les cheveux par poignées lorsqu'on annonce que certains acteurs médiocres parviennent à signer de nouveaux projets, quand tant d'autres vachement plus intéressants restent sur le bas côté (je sais, il n'y a pas que la télé dans la vie, il y a le ciné et le théâtre aussi ; mais zut, vous êtes des téléphages ou bien ?).

Mais il y a une tendance un peu inquiétante dans les castings de HBO ces derniers temps, qui consiste à booker du lourd, du très lourd.

Holy Box Office, Batman !

Pourquoi ça m'inquiète ? Déjà parce que j'ai toujours dans un coin de ma tête le fameux théorème de "pas encore ?!", et qu'un rôle principal occupé par un acteur ultra-connu, ça me fait froid dans le dos. En second rôle, en support, quelque part en guest vaguement régulier, ça va. Premier rôle, surtout pas.

Et puis surtout, c'est la démarche elle-même qui me fait froid dans le dos. Dustin Hoffman et Nick Nolte dans Luck, Susan Sarandon dans The Miraculous Year, Kevin Spacey dans The Crux... côté réalisateurs, Scorsese pour Boardwalk Empire, Kathryn Bigelow pour The Miraculous Year également, ou Alan Ball pour All Signs of Death, bien que ce dernier appartienne plutôt à une autre tendance (genre "rapatrions tous les talents qui ont fait notre gloire"). Accessoirement, je vais répéter ce que j'ai dit dans les news de SeriesLive et sur Twitter, mais Patti LuPone dans une série sur Broadway, c'est également un gros coup, même si en France ça nous parle moyen, une diva de Broadway ; c'est comme si Liza Minelli avait été signée pour être régulière dans une série il y a 15 ans.
Tout ça c'est bien joli mais il y a quand même un petit problème : des projets comme ceux-ci, on ne peut pas ne pas les acheter. On est un peu obligés de commander. Luck n'en est d'ailleurs plus un, la série est commandée.

Et je le demande : est-ce que tout ce que ces gens ont fait était forcément brillant ? Évidemment non, pas tout. Il y a dans ce qu'ils font, comme dans toute carrière, des hauts et des bas, les hauts étant simplement souvent très hauts, ce qui permet de faire oublier les bas. Il est à mon sens possible de se planter même quand on est un "grand", surtout quand on vient du cinéma et de son rythme tellement différent. Je ne dis pas que tout ce beau monde va se planter, ni qu'il faut être nécessairement un inconnu pour faire une fiction de qualité (quoiqu'il n'y ait à mon avis pas la même énergie pour un mec qui mise tout sur son premier projet que pour un autre qui n'a pas besoin de ça pour vivre), mais je voudrais qu'on garde en tête que c'est une possibilité ; or, quand on annonce avoir signé des gens pareils, on est obligé d'acheter ce qu'ils font. On peut dire à, je sais pas moi, Joss Whedon que la série qu'il a pitchée ne se fera pas. Allez dire ça à Scorsese pour voir.

Du coup le danger, c'est de se retrouver avec des séries au générique dopé, mais parfois hésitant sur le long terme, ou même carrément raté. Parce que c'est bien gentil tous ces gens qui viennent du cinéma et qui semblent accréditer la thèse selon laquelle la télévision n'aurait rien à envier au 7e art, mais c'est quand même pas le même boulot. Au niveau de l'écriture, au niveau du rythme... et puis au niveau du budget. Payer tout ce monde-là et soutenir leurs exigences financières (quelqu'un me rappelle le budget de Boardwalk Empire ?), il faut le faire. Tenir la distance. Ca veut sans doute dire que la tendance du câble, consistant à préférer des saisons plus courtes, est loin d'être finie.

L'opération doit être rudement onéreuse pour HBO. Mais c'est leur pognon, ils en font ce qu'ils veulent après tout.
Cela dit, les attentes qui se créent, tant côté diffuseur que côté spectateur, quand des noms pareils sont impliqués dans un projet, font que HBO met peut-être la barre un peu trop haut. On verra, bien-sûr, mais ça semble un peu beaucoup.
Je comprends bien qu'il s'agisse de revenir dans la course à tout prix et rappeler à AMC et Showtime qui est le patron. HBO voudrait être et avoir été, et s'en donne les moyens. Ce serait à mes yeux une bonne nouvelle si d'une part, ça ne me renvoyait pas l'image d'une chaîne désespérée, et si d'autre part, ça ne m'apparaissait pas comme un immense coup de poker.

Cela étant, je suis et reste hyper motivée par certains de ces projets (dont The Miraculous Year dont je vous reparlerai dans le prochain post, notamment sur un angle peu ou pas abordé dans les médias francophones à son sujet), simplement je ne suis pas aussi extatique que d'autres lorsque je vois les noms qui défilent dans les news.
C'est une bonne nouvelle, mais ça ne suffit pas. Ça ne suffit jamais. Ça ne devrait jamais suffire.

Posté par ladyteruki à 12:47 - Point Unpleasant - Permalien [#]


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