ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

02-09-13

Vraie malhonnêteté

Officiellement, depuis samedi à 23h59, le défi que whisperintherain et moi-même nous sommes lancé voilà un an a pris fin... ce qui veut dire que désormais, les pilotes diffusés ne rentrent pas dans le champs de notre challenge, qui consistait à tous les regarder puis tous les reviewer. Pour autant, les règles de notre défi stipulent qu'il n'y a pas de date de péremption pour la publication des reviews pour les pilotes diffusés avant cette date ; attendez-vous donc à lire encore quelques unes de ces reviews... comme par exemple, ce soir, celle de Siberia.

Siberia

Ce weekend, je vous avoue que je me suis remise en question. En fait, j'en suis arrivée à un point où je me suis sermonée. Je me suis dit : écoute, lady, voyons les choses en face, si tu as un problème avec toutes les séries ayant un concept original, c'est sûrement que tu en attends trop. Que tu penses qu'un bon concept équivaut à de la créativité. Que tu crois qu'avoir une bonne idée et bien la développer correspondent au même talent ; et clairement, ce n'est pas vrai, tu te racontes des choses. La cruelle désillusion imposée par des séries du genre de Last Resort montre bien qu'au contraire, plus l'idée est originale et sort de l'ordinaire, plus les scénaristes sont perdus. Oui, je cite souvent Last Resort, mais c'est parce qu'elle m'est restée là.
Pourtant je n'apprends pas de mes erreurs. Je continue d'être alléchée par ce que je pense être de très bons concepts. Ca me perdra.

Au bout d'un moment, je finis par comprendre les gens qui choisissent de regarder des séries creuses et peu originales ; quand on voit ce qu'accomplissent les séries au pitch original, dans le fond ça se comprend. Autant aller à la facilité et ne pas courir le risque d'être déçu.

Me voilà donc devant Siberia ce weekend (rien à voir avec l'excellent jeu video) et rien à faire, je l'ai mauvaise. J'ai l'impression d'avoir perdu 42 minutes de ma vie, voire quelques unes de plus. En fait, j'en veux moins à Siberia pour ces 42 minutes de pilotes, que pour les quelques minutes, avant que je ne lance mon épisode, que j'ai passées à me rejouir à l'idée de regarder Siberia. Je sais pas si ça fait sens pour vous, mais l'amertume se trouve là.

Reprenons : Siberia est donc une série diffusée par NBC cet été, dans laquelle une émission de télé réalité se déroule en Sibérie, alors qu'une poignée de candidats se retrouvent dans un coin de terre isolé de tout, où ils vont devoir passer plusieurs semaines dans des conditions indécentes, afin de pouvoir prétendre à une somme d'argent indécente, mais d'une autre façon. Sauf que les choses ne tournent pas du tout comme prévu, et que le tournage de Siberia, l'émission de télé réalité, tourne assez vite au cauchemar.

Sur le coup, ce qui m'a énormément agacée, c'est que Siberia se présente, sur la forme, exactement comme les émissions de type Survivor qu'elle est supposée singer. C'est évidemment dans sa nature, et on ne peut pas dire que ça m'ait beaucoup surprise, mais c'était énervant, eh bien, simplement parce que je déteste la télé réalité (j'ai officiellement gagné le titre de vieille conne acariatre, je suppose, mais c'est comme ça). Mon problème c'est d'ailleurs que, en n'ayant vu que deux ou peut-être trois épisodes de Koh Lanta de toute ma vie (et encore, aux débuts), j'ai l'impression de revoir exactement les mêmes poncifs être étalés dans Siberia.
Quand on ne supporte pas un courant télévisuel qu'on juge pauvre, et qu'on s'aperçoit qu'en plus de 10 ans, rien parmi les standards du genre ne semblent avoir changé, il n'y a aucune raison d'être de bonne humeur, vous imaginez bien.

Pourtant, le coeur du problème, dans le fond, ce n'est pas que Siberia reprenne absolument tous les codes d'émissions équivalentes. Il fallait au contraire s'y attendre, mais ce n'est pas de là que vient la faute. J'ai passé le plus gros de l'épisode à attendre que quelqu'un brise le quatrième mur ou, au moins à espérer que quelque chose, un élément quelconque, vraiment n'importe lequel, m'invite à prendre du recul avec l'émission. Au lieu de ça, Siberia a joué à fond la carte de l'immersion.
Et finalement je n'ai pas vu de différence entre devoir regarder une émission de ce type, et regarder Siberia.

Tout est fait pour nous faire oublier qu'on regarde un programme fictif, et on se retrouve finalement à regarder une vraie émission de télé "réalité", genre télévisuel dont en plus on sait très bien qu'il n'est pas basé sur le réel mais sur des scripts et toutes sortes d'outils de production d'ailleurs empruntés à la fiction, mais détournés pour faire croire que c'est vrai. Or, je suis de l'école de pensée que si on voulait regarder de la télé réalité, on utiliserait ces 42 minutes pour regarder de la télé réalité ; inversement, je regarde une fiction, j'attends de me sentir comme dans une fiction.
Ce brouillage ne fonctionne pas pour moi, de la même façon que certains ne sont pas à l'aise avec les dramédies et préfèrent regarder soit un drama, soit une comédie, mais pas quelque chose entre les deux.

Et puis, dans le fond, pourquoi regarde-t-on une fiction à propos d'un produit télévisé ? Pour avoir l'impression d'en pénétrer les coulisses ! Pour décortiquer la façon dont elle est faite, prendre du recul sur son mode de fabrication, ou éventuellement inventer, pour les amateurs de théorie du complot, de folles explication sur leur fonctionnement ou leur message (en cela, Cult était plus dans la gamme de ce que j'attends). On attend une mise en abîme. On attend qu'on porte un regard cynique sur les médias. On attend qu'on nous dise quelque chose d'atroce sur nous.
De la même façon qu'on n'attend pas d'une série sur l'industrie de la musique country de nous montrer uniquement des chanteurs préparant leur concert (Nashville), ou d'une série sur la production de films qu'elle nous dévoile un monde où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentila (Action!), ce qui est vraiment intéressant, c'est de déconstruire l'objet culturel visé, même si c'est de façon fantasmée. Pitié, ne me dites pas que je suis obligée de regarder Dead Set pour obtenir cela à propos d'une émission de télé réalité !
Or ce n'est pas du tout le but de Siberia. Siberia veut nous faire croire que c'est une vraie émission de télé réalité qui vire au cauchemar sous nos yeux, qui devient un film d'horreur (plutôt classique au passage) dans un coin isolé où les victimes vont se la jouer Dix petits nègres. Mais comme nous savons que Siberia est encore plus fictive qu'une émission de télé réalité habituelle, ça ne marche pas !

L'immersion rate parce que NBC aurait dû, dés le départ, vendre sa série comme de la vraie télé réalité, Siberia serait éventuellement un projet de série puissant... si ça n'avait pas été une série. Si NBC avait tourné cela à l'expérience télévisuelle provocatrice, nous laissant imaginer que ces évènements se produisent réellement, nous observant, nous télespectateurs voyeuristes, nous affoler à l'idée que mon Dieu, on ne peut rien faire pour ces gens ? Je suis sûre que ç'aurait fait un véritable évènement, avec tous les journalistes se gargarisant de mots sur la dérive de la télé réalité, les spectateurs qui ne veulent pas regarder mais les audiences qui curieusement ne s'effondrent pas, et ainsi de suite.
Et puis finir par dévoiler que non, Siberia, que nous aurions fait mine de trouver abjecte ou terrifiante tout l'été, n'était pas une émission de télé réalité, mais une série dramatique ; et nous laisser avec l'amertume de notre voyeurisme.
Imaginez le buzz que la chaîne aurait récolté ! Et imaginez comment NBC aurait pu repousser, une fois de plus, les limites entre la réalité et la fiction dans un programme ! Là ç'aurait été révolutionnaire.

Mais Siberia n'a pas vraiment d'ambition. Ce n'est qu'une série à la Harper's Island qui veut paresseusement se reposer sur les codes de la télé réalité, et qui finalement n'accomplit rien, si ce n'est évoquer, par moments, Lost, et encore. Elle veut surfer sur les méthodes de les programmes d'un genre pour s'éviter d'en explorer vraiment un autre. Dans le fond, la méthode de Siberia est profondément malhonnête.

Je ne sais pas pourquoi les concepts originaux m'attirent. C'est peut-être parce que, quand je les lis pour la première fois, mon imagination se met en marche. Dans ma tête, Siberia est une série vraiment chouette et ambitieuse, je vous jure !
Peut-être que dans le fond, je ne devrais pas espérer voir un jour la série suédoise 183 Dagar, qui se déroule après la sortie de ses candidats par un équivalent de Loft Story. Peut-être que les concepts originaux et alléchants, dans les séries, doivent rester cela : des concepts, pas des séries. Pour sûr, on serait moins souvent déçus.

Mais c'est précisément ce même espoir qui me poussera, dans un mois, six mois ou un an, à lancer un autre pilote d'une série reposant sur un concept exceptionnel. Tant qu'il y a de la téléphagie, il y a de l'espoir ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:49 - Review vers le futur - Permalien [#]

21-07-13

Girls, where are we ?

Vous aussi, vous avez un coup de mou en ce moment ? Vous avez l'impression de n'avoir plus rien à découvrir, d'avoir fait le tour de la question ? Au juste, combien de coups de coeur téléphagiques peut-on avoir dans une vie, après tout ?
Chais pas si c'est l'été, le fait que nos séries habituelles soient en hiatus, ou l'appréhension naturelle qui précède chaque rentrée, laissant craindre que nos meilleures découvertes soient derrière nous et que la prochaine saison nous déçoive (problème de mémoire sélective sur la saison précédente, au passage), mais à peu près tous les étés, BAM ! Ca me retombe sur le coin du nez. C'est ptet que moi, hein, c'est possible ; mais enfin, on en est là.

Et c'est exactement pour cette raison que, quand j'ai un peu le cafard, depuis quelques années, j'ai tendance à me tourner vers deux types de séries : celles que j'aime depuis des années (tant qu'à ne pas trouver quoi que ce soit d'inédit, autant compter sur la nostalgie), et les séries étrangères.
Il y aura toujours une série étrangère pour me rappeler que je n'aurai jamais fait le tour de la question.

Le plus fantastique, c'est que tout cela est vrai... même quand le pitch de départ ne semble pas être très original. Tout est dans le traitement. C'est le cas de LIMIT, série nippone dont je vais vous parler aujourd'hui.

Je sais que cela fait peur à de nombreux téléphages rompus aux codes occidentaux de la fiction de se mettre aux séries japonaises, mais quand je vois LIMIT et la bouffée d'air frais qu'elle m'a apportée, je regrette de ne pas réussir à convaincre plus de monde de sauter le pas. Parce que LIMIT est précisément la preuve qu'on n'a jamais fait le tour, que toute période d'ennui est temporaire, et qu'il y a toujours une série, quelque part sur la planète, capable de nous intéresser.

LIMIT

LIMIT commence alors qu'une classe de lycéens se prépare à faire une excursion de quelques jours avec deux professeurs ; il leur faut pour cela prendre le bus pour se rendre à perpette, en bus, tous ensemble, et après que leurs portables leur soient confisqués. Ce qui est un peu la description moderne de l'Enfer pour un lycéen. Sauf que de l'Enfer, cette classe n'a encore rien vu : lorsque le chauffeur, surmené, prend la mauvaise route puis s'endort au volant, le bus tombe d'une falaise et s'écrase dans une forêt.
Il ne reste que 5 survivants à l'accident, 5 adolescentes que rien n'avait préparé à cela, et que personne ne viendra secourir avant un bout de temps... vu que d'une part, personne ne suspecte qu'il y a eu un accident, et qu'en plus, elles ne sont même pas dans la région où elles devraient être.

Comme vous le voyez, LIMIT ne se caractérise pas par son pitch à couper le souffle. En même temps, des idées originales, on en a tous les ans dans des séries, et voyez ce qu'il est par exemple advenu de Last Resort, hein...

D'ailleurs, LIMIT ne cherche pas spécialement à nous surprendre ; même quand on connaît le thème central de l'histoire, qu'on sait que ce bus finira par basculer dans le vide à un moment du pilote, l'épisode est plus qu'appréciable. Parce que le propos central de LIMIT n'est pas ce bus qui s'écrase, et même pas vraiment la façon dont ces adolescentes vont surmonter l'épreuve.
C'est ce que l'exposition de l'épisode s'ingénie à montrer, en détaillant les relations à l'intérieur de la classe, les dynamiques et les groupes, les petites cliques et les outsiders. Dés le début de l'épisode, la voix-off (celle de l'une des futures survivantes, Mizuki) s'attache à nous présenter son monde, celui d'une lycéenne comme tant d'autres, mais aussi à nous faire prendre le mesure de toute sa futilité. Non parce qu'il est fondamentalement dérisoire d'être populaire : Mizuki nous explique au contraire que c'est important tout au long de la vie, et que cela prédétermine, très tôt dans la vie, la réussite ; le lycée n'étant qu'un échantillon représentatif de ce que sera l'âge adulte. Non, tout cela est vain, parce que dans le fond, on reste égaux devant certaines choses... dont la mort. In the grand scheme of things...

Une grande partie du pilote va donc s'appliquer à nous montrer comment se déroule le quotidien de tout ce petit monde, lorsque les lycéens sont ensemble. A plusieurs reprises, le pilote va nous proposer de longues séquences découpées en plein de petits plans montrant comment chacun vit en collectivité (on partage une même classe, une même cafétéria, un même bus...) et en même temps, replié entre soi (en groupe, avec un ou une amie de façon plus exclusive, ou vraiment tout seul). Comme dans toute société, il y a les forts et les faibles, les premiers n'hésitant pas à jouer de leur pouvoir pour humilier les seconds.
Le regard de Mizuki (qui pour une raison étrange, comme cela arrive parfois, aurait dû appartenir au second groupe mais s'est retrouvée dans le premier) est à la fois celui de quelqu'un qui ne remet pas le système en question, mais qui a conscience de son injustice.

Le travail que fait LIMIT avec ce premier épisode est plus proche du dorama LIFE que d'autre chose. L'idée directrice est de nous faire entrer dans un microcosme qui ressemble à tant d'autres, de nous rappeler, au cas où nous aurions eu le temps de l'oublier, à quel point il est facile d'être blessé par ses pairs à une période charnière comme l'adolescence, à quel point le procédé est admis, et aisé, presque naturel, et pourtant, si violent qu'il ne devrait pas nous apparaitre comme si banal.
Même si certains personnages se présentent de façon un peu caricaturale (comme beaucoup de monde, j'ai été victime de harcèlement scolaire, et je n'en suis pas devenue psychopathe pour si peu !), l'essence de ces lycéens si différents permet de poser le décor très vite.

Car c'est eux, le décor. C'est le seul bagage qu'ils vont réellement emmener dans leur séjour : ce qu'ils sont, et la façon dont ils traitent les autres. C'est le seul élément de contexte dont nous ayons besoin, car c'est ce qui déterminera leur survie ensuite, après la tragédie...

Cette tragédie, justement. Parlons-en.
Je ne dirais pas que c'est la même chose que la scène du pilote de Lost dans laquelle Jack découvre que l'avion s'est écrasé : parce que ce n'est pas le même budget (la réalisation de LIMIT est assez classique pour une série japonaise de qualité décente, de toute façon), et ce n'est pas la même intention non plus. Ici, le pilote veut à tout prix rendre les choses aussi réalistes que possible, depuis le début, et qu'il n'est pas question de jouer sur des effets spectaculaires, qu'ils soient visuels ou sonores, pour retranscrire l'émotion du moment.
Malgré cela, quelque chose rapproche tout de même LIMIT de sa cousine américaine, dans sa volonté de rendre l'expérience aussi traumatisante que possible. A mesure que les survivantes prennent conscience de la tragédie qui vient de se produire, le spectateur, lui aussi, accède par paliers à la réalisation de ce que tout cela signifie.
Que ressentirais-je si j'étais l'une ces adolescentes qui se réveillent au milieu de cadavres ? Si je découvrais autour de moi les corps de mes professeurs ? De mes amies ? Du garçon pour lequel j'avais un faible ? De la fille qui me torture jour après jour ? J'ai eu l'impression l'espace d'un instant de l'avoir su, et c'est tout le talent de LIMIT dans la dernière partie de son pilote.

C'est aussi un talent qui est porteur de bien des promesses. Car même si le pitch de départ laissait penser à une énième version de Battle Royale, on va ici bien plus loin, en invitant réellement le spectateur à partager les émotions des adolescentes, à la fois en tant qu'adolescentes, avec ce que cela implique de meurtrissures typiques de cette période de la vie, et en tant que victimes qui viennent de survivre à un accident atroce. Et il leur sera, bien-sûr, impossible de dissocier les deux, comme le prouve clairement la "chute" de ce pilote (si vous me passez l'expression).

Comme chacun sait (et parfois oublie, moi la première), ce qui fait la qualité d'une série, ce n'est pas simplement l'originalité de son sujet, mais surtout le traitement de celui-ci, la faculté à porter un regard bien précis sur un univers donné, et le décortiquer avec un mélange déroutant d'aisance et d'authenticité. LIMIT remplit précisément cette mission, en mêlant à une narration issue d'un scénario catastrophe une véritable interrogation sur notre nature. Le fait qu'il s'agisse d'adolescentes est assez cosmétique, dans le fond ; c'est une métaphore et une façon d'accrocher plus facilement auprès d'un jeune public (comme souvent pour TV Tokyo). Mais qu'on ne s'y trompe pas : nous pouvons tous reconnaître quelque chose dans LIMIT.
Voyons maintenant jusqu'où l'idée va être poussée...

Posté par ladyteruki à 22:21 - Dorama Chick - Permalien [#]

23-04-13

Les séries sont-elles toujours aussi créatives ?

BlogFestivalSeriesMania
Hier, les festivités de la 4e édition de Séries Mania débutaient avec une table ronde au sujet légèrement polémique : "les séries américaines sont-elles toujours créatives ?". Anne-Sophie Dobetzky (réalisatrice de documentaires), Pierre Langlais (Le Mag Séries), Alexandre Letren (Season One), Dominique Montay (Daily Mars) et Léo Soesanto (Les Inrocks) étaient réunis autour de Thomas Destouches (Allociné) pour répondre à cette épineuse question, et quelques autres.
Voici l'essentiel à retenir sur cette discussion d'un peu plus d'une heure trente.
Note : survolez les illustrations de cet article pour plus de détails sur les exemples évoqués par les intervenants.

- Introduction : c'est quoi la créativité ?


Pour Anne-Sophie Dobetzky, "on ne peut pas toujours révolutionner le genre", mais elle estime qu'il existe des fictions bien produites, donc créatives. Léo Soesanto objecte que la télévision est le genre-même du déjà vu : "on a besoin de choses familières à la TV" ; pour lui, aujourd'hui, la créativité se loge dans la déconstruction et les limites qu'on peut repousser, par exemple dans la représentation du sexe ou de la violence. Cependant, "il ne faut pas confrondre la créativité à tout prix et la qualité", c'est l'originalité et l'intelligence du ton qui font la différence. Alexandre Letren approuve et précise que la créativité ne se loge pas nécessairement dans l'inédit : "ce n'est pas ce qui a été déjà fait, mais comment on le fait". Dominique Montay et Pierre Langlais s'accordent à souligner que la qualité n'est pas forcément synonyme de créativité : "ne pas confondre créativité, originalité à tout prix et qualité de ce qu'on nous propose !". Au contraire, "Plus les concepts de séries sont précis, tel que le high concept, plus il est difficile d'être créatif à l'intérieur de celui-ci".

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - les networks

Tout le monde autour de la table ronde s'accorde à dire que les cinq grandes chaînes américaines (ABC, CBS, Fox, NBC et The CW) ne sont pas dans une recherche active de l'innovation. Pour Dominique Montay, "les networks se rassurent", comme le font les grands studios de cinéma, en déclinant des recettes dont ils pensent tirer un succès facile et immédiat. Léo Soesanto précise que les networks sont dans le suivisme, et suivent des modes nées sur le câble. C'est le marche-ou-crève qui règne selon Alexandre Letren : "on cherche des formules efficaces tout de suite". Pierre Langlais avance qu'un peu plus de latitude est peut-être accordée aux comédies. Un sondage lancé par Allociné a demandé quelles étaient les séries les plus créatives ; sont mentionnées Community, Fringe, Lost, Last Resort ou encore Chuck : des séries qui, en grande majorité, n'ont justement pas trouvé leur audience, ou ont échappé plusieurs fois à l'annulation.

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - le câble

Tout le monde s'accorde sur une chose : le câble va plus loin. Mais pour Dominique Montay, même le câble américain ne prend pas de risque dans ce qu'il montre, il s'adapte. Pierre Langlais précise que le câble a la quasi-exclusivité du feuilletonnant, délaissé par les séries de network, le format feuilletonnant étant un rempart ; Alexandre Letren acquiesce : "si le feuilletonnant n'est pas le seul critère de la créativité, c'est la raison d'être des séries", et ajoute que le câble s'empare de sujets complexes. Pierre Langlais poursuit : c'est aussi là qu'on trouve non pas seulement de la violence ou du sexe, mais aussi simplement des concepts dérangeants, comme le font plus volontiers les séries britanniques. Anne-Sophie Dobetzky objecte que le câble ne doit pas non plus se lancer dans une course au "trash", il faut raconter, pas simplement choquer. "Le câble US est devenu le refuge des genres dédaignés au cinéma, du musical au péplum en passant par le gore", explique Léo Soesanto, mentionnant plusieurs séries de genre qui y ont trouvé le succès, comme Game of Thrones.

   

- Le "syndrome de la photocopie" est-il incompatible avec l'ambition ?

Le "syndrome de la photocopie" (un terme de Thomas Destouches) regroupe toutes sortes de cas dans lesquels les séries ne sont pas basées sur une idée originale. Il en existe plusieurs types, chacun ayant ses spécificités...

...Le remake

Ce sont souvent des séries nées à l'étranger, et reprises aux USA, car leur version d'origine n'y sera jamais diffusée. Pierre Langlais précise que tout l'intérêt est justement de voir comment une histoire sera repris et modifiée. Anne-Sophie Dobetzky évoque le procédé adopté pour reprendre au contraire une vieille série et la remettre au goût du jour : la communication joue notamment un grand rôle, notamment via le transmédia, qui permet aux spectateurs de se réapproprier une série au succès passé. Léo Soesanto précise que ce n'est pas toujours possible : certaines séries appartiennent à une époque et ne peuvent pas en sortir ; beaucoup s'y sont essayées, peu ont réussi à trouver leur public. Mais il faut faire la différence entre une adaptation et un remake, insiste Pierre Langlais ; cependant, dans les deux cas, il est possible de faire quelque chose de réussi.

   

...Le spin-off

Il naît bien souvent d'un personnage qui apparait dans une série, et qui devient le héros de sa propre fiction. Mais cela pose le problème de la qualité : le spin-off peut-il être meilleur que la série qui lui a donné naissance ? Pour les intervenants, cela se juge essentiellement au coup par coup. Léo Soesanto précise que tout dépend du personnage sur lequel repose la série.

   

...Le prequel

Le prequel revient sur la genèse d'une série, et en raconte les origines ; Thomas Destouches précise que les limites sont que, bien-sûr, le spectateur en connaît le dénouement. Mais c'est le cheminement qui a de la valeur, indique Léo Soesanto : "c'est une relecture intéressante, un moyen de revisiter un personnage culte" ; quant à Alexandre Letren, il estime qu'on fait confiance au spectateur pour s'amuser avec la série des références employées.

   

...Le "formatage"

Il s'agit ici de reprendre une recette qui a fait ses preuves, et de la décliner en une nouvelle série. La formule peut même être particulièrement rigide, aussi bien dans la structure de l'épisode lui-même que dans les codes visuels et musicaux, à l'instar de la franchise Law & Order.

   

...L'adaptation

Lorsqu'il existe un matériau d'origine (roman, comic book, etc.), le défi de l'adaptation est à la fois d'utiliser le support initial tout en développant un univers compatible avec les attentes des spectateurs.

   

Le "syndrome de la photocopie" et le monde

...La domination des Etats-Unis

Pourquoi les séries américaines semblent-elles dominer ? Dominique Montay insiste sur les moyens et la présence historique du marché américain dans le panorama ; la quantité de séries permet l'équilibre, ainsi, précise-t'il, parce que les chaînes sont elles aussi nombreuses, et n'hésitent pas à s'adresser à une niche. Pour Anne-Sophie Dobetzky, il faut aussi prendre ne compte les budgets conséquents ; elle mentionne aussi le modèle de fabrication lui-même, notamment le "pool d'auteurs", repris par d'autres pays. Sur une note moins technique, Alexandre Letren s'exclame : "les séries, ils aiment les faire, tout simplement !", et compare avec la France, où l'on estime que la télévision est un art mineur. La situation américaine tend un miroir aux télévisions européennes : Pierre Langlais précise que le nombre d'épisodes inférieur des britanniques, par exemple, ne tente pas les chaînes françaises, ce qui explique que les séries d'outre-Manche investissent moins les écrans français. Alexandre Letren conclut que les Etats-Unis ont su donner au monde l'illusion d'une universalité dans leurs séries.

Sur Allociné, un sondage a montré que 63% des internautes estimait que les séries américaines étaient toujours créatives : un bon chiffre ! Encore heureux, explique Pierre Langlais : si on ne le pense pas, il vaut mieux éteindre la télévision. Lorsque Thomas Destouches qui demande si la télévision américaine vit un âge d'or, les intervenants ont du mal à s'entendre. Certes, explique Léo Soesanto, il y a eu de grandes séries récentes comme Lost ou 24 heures chrono, mais elles n'ont pas trouvé leur successeur, sauf à considérer Revolution ou Once Upon a Time qui en reprennent les codes. Pour Dominique Montay, au contraire, tout n'est qu'évolution ; après tout il faut remonter dans les années 80 pour comprendre comment la télévision américaine est parvenue à un âge d'or.

"Ce n'est plus l'âge d'or, c'est l'âge des pépites", tranche Pierre Langlais qui explique que les records absolus d'audiences ne seront plus réitérés, et que désormais, c'est la façon de découvrir les séries qui a changé. A l'origine, "la télévision est la communion d'un public", objecte Léo Soesanto : quand pour un film, on partage l'expérience pendant 1h30 avec une salle, pour une série, on la partage avec des millions de personnes pendant des semaines. Mais désormais, "les contenus innovent moins, mais les contenants évoluent", ajoute-t'il.

   

...Internet renouvelle-t'il la créativité ?

Les webséries sont-elles l'avenir de l'innovation "télévisuelle" ? Léo Soesanto observe que pour le moment, l'innovation n'est pas vraiment au rendez-vous dans les synergies, entre les séries diffusées à la télévision et leur webisodes sur internet. D'un autre côté, l'avantage d'internet, pour Pierre Langlais, est que la websérie permet à des gens qui n'ont pas de moyens ou de réseau d'exposer leur travail.

...La créativité en France

Dans l'Hexagone, les intervenants sont plutôt d'accord : ce sont Canal+ et arte qui proposent des séries les plus créatives ; Léo Soesanto précise que Canal+ a calqué son modèle sur celui des chaînes du câble US, et que le budget est plus conséquent que sur les autres chaînes françaises. Alexandre Letren souligne qu'OCS est une chaîne à surveiller, mentionnant des séries telles que Lazy Company ou QI, et quelques projets à venir intéressants ; il ne faut pas oublier non plus France 3 avec Un Village français. Il souligne aussi que la mission du service public ne devrait pas être, contrairement à ce qui peut être dit, de contenter tout le monde ; l'exemple de la BBC au Royaume-Uni le démontre bien. Pierre Langlais déplore que TF1, qui en aurait pourtant les moyens comme l'impact auprès du public, n'affiche ni ambition, ni ligne éditoriale claire dans le domaine des séries.

   

...Et ailleurs ? L'exemple de la Scandinavie

L'innovation à la scandinave ? Dominique Montay relativise : le sujet de ces séries n'est pas toujours original, c'est en revanche tout le traitement qui fait la différence. Ces séries reprennent des codes qui ne sont pas révolutionnaires, complète Pierre Langlais, en revanche, les auteurs y ont une grande liberté de ton. On s'y appuie sur un savoir-faire issu du cinéma, explique Léo Soesanto, et on exploite les spécificités locales. Pierre Langlais conclut que ces séries sont excitantes pour le spectateur français, elles ont une forme d'exotisme, nous font voir des choses différentes... et on regarde bien les séries pour ça !
Et la prochaine vague de séries étrangères ? Pourquoi pas en Espagne, par exemple, suggère Léo Soesanto.

...Evidemment, il s'est dit bien d'autres choses ! Mais vous avez là l'essentiel des discussions. Sachez que, si vous avez manqué cette table-ronde, ou si vous souhaitez simplement la revoir, Allociné mettra en ligne sur son site une version montée de sa captation ce vendredi 26 avril.

Posté par ladyteruki à 12:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

13-02-13

Meta critique

Ce n'est pas tous les jours que vous me voyez sur ce blog m'intéresser sincèrement à une série de la CW. Je crois que le mot exact est : "jamais". Cependant il semblait très difficile de ne pas avoir des attentes envers Cult, l'une des rares séries du network à avoir de l'ambition... et je crois que le mot exact est : "seule".
Mais comme on dit, plus dure sera la chute, et l'heure de vérité est maintenant venue : y a-t-il enfin une série de la CW qui puisse m'intéresser ? C'est la question à laquelle je m'apprête à répondre dans le post de ce soir, et dans le cadre du défi des review de pilotes avec whisperintherain. Le suspense est insoutenable... mais alors, bon, je vous préviens : il faut suivre.

Cult-Poster

...Si je n'avais pas lu que Cult avait été créée à l'origine pour la WB, je dirais qu'il n'existe pas de série ayant un meilleur timing ! Mais attendez ! Commençons par le commencement, et récapitulons de quoi il s'agit : ce sera salvateur pour suivre.

Cult est une série dans laquelle un journaliste se retrouve plongé, suite à la disparition étrange de son frère, dans l'univers complexe d'une série télévisée appelée Cult, et qui est donc une fiction dans la fiction. Pour comprendre ce qui est arrivé à son frère, il va devoir prêter attention à la série Cult, dans laquelle l'héroïne est, elle-même, à la recherche de sa soeur qui a disparu dans d'étranges circonstances ; l'héroïne de Cult est, qui plus est, une ancienne adepte d'une mystérieuse secte dirigée par un (bien-sûr) charismatique gourou, auquel elle a réussi à échapper mais qu'elle est obligée de croiser alors qu'elle cherche sa soeur. Elle soupçonne en effet que le gourou ne soit pas pour rien dans tout cela... et il semblerait que notre journaliste soit sur le point de découvrir que la secte de Cult, la série imaginaire, existe réellement dans Cult, la vraie série !
Meta ! ...Bon, retenez bien ce qui est gras et ce qui est en italique, parce qu'à partir de là, je ne précise plus rien.

Si j'ai réussi à résumer le pilote (et rien n'est moins sûr !), vous commencez à saisir toute l'ambition de Cult. L'idée est de raconter l'histoire d'une enquête, parce que c'est quand même ça (faut pas déconner), qui prend sa source dans une autre enquête, fictive celle-là.

On n'est pas très loin du sujet d'Utopia, au passage, sauf qu'Utopia joue quand même beaucoup moins sur l'intertextualité avec le comic book (cela dit j'ai pris un peu de retard en voulant finir la saison 1 de Raw, et comme vous le savez la série a été ma priorité ces derniers temps) ; et, par ailleurs, on est quand même méchamment en train de marcher sur les plates-bandes de The Following (sauf qu'ici la thématique à la fois de l'armée invisible recrutée sur internet et de la secte meurtrière est infiniment mieux exploitée que dans le pilote de The Following, ce qui, si vous vous en souvenez, était l'une de mes grosses objections !). Qui plus est, pour l'observatrice extérieure que je suis, j'ai l'impression que Cult arrive à point nommé alors que le public s'intéresse toujours à la télé réalité, mais est en manque de gros concept innovant en ce moment ; il y a donc, dans la cible des spectateurs qui ont envie qu'on fasse mine de brouiller la frontière entre le réel et la fiction, un vivier de spectateur n'attendant que d'être convaincus par une nouvelle narration. Je ne prétends sûrement pas être experte en reality tv, mais c'est l'image que renvoie le genre en ce moment, une petite crise donc Cult pourrait s'emparer à son avantage.

Et c'est en ça que Cult est très futée, parce que clairement elle a senti des ingrédients qui sont dans l'air du temps, tout en ayant son propre projet, sa propre ambition, son propre sujet. Cult n'est d'ailleurs pas une série qui a fait des sectes son thème central. Même si je persiste à dire qu'un jour, il nous faudra une série sur Waco ou Jonestown ; si le sujet vous intéresse un peu, d'ailleurs, je vous suggère de regarder la série néo-zélandaise The Cult, voire, si vous avez le coeur très bien accroché, d'écouter la fameuse Jonestown death tape. Au contraire, là où c'est futé, c'est que le sujet assez risqué, et globalement plutôt difficile à traiter, des sectes, reste essentiellement cantonné à Cult, et que dans Cult, la question de la secte prend pour le moment plutôt l'apparence d'une conspiration d'où les éléments spirituels sont soigneusement écartés... c'est plutôt bien vu d'avoir bien marqué la séparation de sujet entre les deux, d'ailleurs je vais y revenir plus bas.

Mon Dieu, ça fait un paragraphe que je jette des fleurs à Cult, il se passe quelque chose de très très grave là... Laissez-moi donc préciser que Cult est loin d'être un pilote parfait, ouf ! On a eu peur.

D'abord, il faut quand même admettre que le coup de la série dans la série (avec une petite mise en abyme supplémentaire pour tout mot de la fin), c'est quand même une opportunité en or pour se faire une méchante publicité mensongère. Dans Cult, la série Cult est diffusée sur la CW (on l'entend nettement dans la promo diffusée à la station-service), ce qui veut dire que la véritable CW voudrait bien qu'on pense qu'elle est capable de diffuser une série aussi sombre ("gritty", en fait) que peut l'être Cult ; or il n'en est rien, bien-sûr, et la conversation téléphonique de fin de pilote le prouvera : Cult, la vraie série, se refuse à être aussi angoissante que Cult, la série dans la série. Mais grâce à son habile mise en abyme, elle parvient à faire illusion, et à entretenir un climat plus terrifiant qu'il ne l'est vraiment.
Et puis, quand même, aussi bien dans Cult que dans Cult (à moins que ce ne soit l'inverse, on sait plus), on a des personnages aussi épais que du papier à cigarettes, particulièrement peu intéressants. Un peu comme Bastien et Atreyu, les deux "mondes" dépeints dans la série se répondent en miroir, calquent leur pas l'un sur l'autre, et les personnages n'existent bien souvent qu'à travers ce prisme : ils n'ont aucune existence propre (on aura une magnifique séquence de background plaqué sur la fin du pilote, d'ailleurs, alors que l'un des personnages raconte sa sob story dans la voiture), et les acteurs sont d'une transparence à faire peur. Qui plus est, la réalisation manque grandement de finesse lorsqu'il s'agit de montrer que la machination est à l'oeuvre, comme avec les plans soutenus sur un personnage totalement muet qui passe dans plusieurs scènes avec un regard louche et appuyé pour bien montrer que oh-là-là, on est surveillés.
Pour finir, il est légèrement inquiétant que tout ce petit monde se prenne au sérieux ; il aurait été bienvenu que soit un personnage de Cult, soit quelqu'un dans la "réalité" de Cult, serve parfois de comic relief ; apparemment au moins un personnage doit être introduit dans le futur proche de Cult (en la personne d'une geekette, si j'ai bien compris), et j'espère que ce personnage saura apporter un peu d'humour ou de sarcasme, permettant de temps en temps à la série de respirer, et de prendre du recul sur elle-même, parce que pour le moment, cet ingrédient manque beaucoup à l'épisode. Ce qui est quand même dommage dans un univers où les fandoms sur internet sont supposées être au coeur des évènements (les gens qui écrivent ces séries ont-ils déjà posé le pied sur Twitter, par exemple ?).
Mais ces défauts en sont-ils tous vraiment ? On peut se le demander. Il est clair qu'avec la duplicité de son objectif, Cult n'a pas en plus la marge de manoeuvre lui permettant d'emblée de créer des personnages complexes, et sa bascule permanente entre deux niveaux de "réalité" ne l'autorise que très peu à rajouter des degrés de lecture dans la personnalité de ses protagonistes. A un moment, on a quand même besoin que le public soit capable de suivre, hein !

Alors au-delà de ça, on peut se demander quel accueil sera réservé à Cult, à mesure que la série trouvera de l'exposition médiatique (rappelons, comme le fait le poster ci-dessus, que le pilote n'a pas encore été diffusé par la chaîne, mais juste mis à diffusion sur Hulu pour le moment). Aussi littéralement que possible, Cult pose la question du rapport entre la fiction et la réalité, et le moment où, en tant que spectateur, il devient dangereux de gommer la frontière, voire de ne plus la saisir. Et, ce faisant, plonge directement le spectateur dans un trouble qui est quand même largement recherché.
Evidemment, assister à un suicide en direct dans Cult, ça n'a pas le même impact que d'y assister dans Cult, par exemple. Mais ces nuances ont-elles vraiment de l'importance, sur le long terme, alors que la série joue précisément sur le concept de basculement entre la réalité et la fiction ?
C'est la raison pour laquelle il est à la fois fascinant et inquiétant de voir Cult lancer des piques à ses spectateurs pour remettre en question leur rapport à la réalité de la série : c'est d'un côté très bien joué, et futé, et bien des choses encore... mais d'un autre côté, le jeu de miroirs n'a-t'il pas de quoi déstabiliser un peu ? Parce que Cult a très bien compris les codes de l'appropriation d'une série à forte mythologie par ses fans (un grand nombre de ces enseignements a été tiré de Lost, dont le fantôme est palpable), la production sait aussi très bien quels codes seront repris par le public, tel que le très ingénieux logo de Cult par exemple (qui sert de tatouage de reconnaissance à certains personnages de Cult). Le problème c'est que ces codes vont être repris par les fans de Cult, et provoquer une mise en abyme supplémentaire...

Le gros coup de malchance de la CW serait que l'expérience narrative tourne mal, et qu'on se retrouve avec un cas de fan de la série qui pète les plombs (il suffit d'un spectateur moins équilibré que les autres, pas plus). On est d'accord que je m'inquiète peut-être pour rien, d'autant que comme je le disais, Cult aborde la question des sectes, que pour le moment Cult évite pour le moment avec soin, de sorte que les débordements entre la réalité et l'imaginaire ne s'aventurent pas dans le domaine de la spiritualité et de l'endoctrinement. Mais aucune chaîne "pour adultes" ne s'est risquée à un tel brouillage entre le réel et l'imaginaire, alors, sur des ados, je ne sais sincèrement pas l'effet que ça aura sur le long terme.
...Enfin, s'ils regardent Cult sur le long terme ! Parce que sur la CW, rien n'a préparé le public à une série ayant ce type d'exigences. Ce sera un bon test pour les autres projets que prépare le network, genre Oxygen, ou surtout The Selection et The Hundred. Si Cult remplit sa part du contrat, ce sera très incitatif et on pourra s'attendre à une poursuite intéressante de la mutation du network... sinon j'en reviendrai à mes bonnes vieilles critiques lapidaires. Et c'est vrai qu'elles vont nous manquer, si je commence à dire du bien de certaines séries de la CW !

En attendant d'avoir la réponse à ces interrogations et quelques autres, je regarderai Cult aussi longtemps que possible... tout en soignant l'inévitable mal de tête que provoque la rédaction d'un post sur le sujet. Parce que, je ne vous le cache pas, je suis contente d'avoir fini !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

22-11-12

X-posé

Il est extrêmement rare que je parle des livres que je lis ou des films que je regarde, et, quand je le fais, il est encore plus rare que je fasse un follow-up. Mais après avoir parlé de la franchise cinématographique X-Men (pour ceux qui l'auraient loupé, ce post est ici), j'ai acheté le seul ouvrage que j'avais trouvé sur le sujet, et je voulais vous en toucher deux mots.

Ce livre, c'est "X-Men and Philosophy : astonishing insight and uncanny argument in the mutant X-verse" (I see what you did there...), et c'était ma lecture de la semaine.

Et meeerde, on est jeudi soir, qu'est-ce que je vais lire demain, ça va fausser toute ma belle organisation de lecture hebdomadaire ?!

XMenandPhilosophy

Vu que mes interrogations au début du mois portaient sur l'absence de littérature permettant au néophyte d'entrer dans le monde très touffu de l'univers X-Men, où un glouton ne retrouverait pas ses petits. Quand on n'a pas la chance de lire les comics depuis les années 60 et qu'on veut aller plus loin que les films, comment procéder, sachant que tout le monde n'a pas le temps (ni le budget) de s'envoyer plus de 500 tomes de comic books ? Voyons cela en quelques questions.

- A quoi ressemble ce bouquin ?
A un recueil d'essais. Comme apparemment tous les ouvrages de la collection "...and Philosophy", (oyez, oyez téléphages, il y en a sur Lost, Mad Men, 30 Rock, Dr House ou encore Arrested Development apparemment ; pour ma part je pense m'envoyer celui sur Battlestar Galactica dans un avenir proche), ces ouvrages sont avant tout une compilation de réflexions par des auteurs variés, chacun sur un sujet différent (les sujets sont regroupés par chapitres thématiques plus globaux), et avec un ton qui lui est propre. L'avantage c'est que ce ne sont pas 230 pages de monologue philosophique pompeux, mais que, chacun se sachant limité en espace, et les thèmes étant très diversifiés, on peut sans peine lire un texte, puis un autre un chapitre plus loin, revenir en arrière, etc... Aucune chronologie ni interdépendance entre les essais (tout au plus quelques rares renvois pour creuser une question rapidement soulevée pendant un paragraphe), entre 10 à 15 pages pour chaque texte, sont des ingrédients qui permettent potentiellement une grande liberté de lecture. Je l'ai pris dans l'ordre sans chercher à pinailler, mais je pense que c'est bon de savoir qu'il existe une autre option.

- Est-il malin de lire X-Men and Philosophy quand justement on ne connaît pas grand'chose de l'univers ?
C'est une question que je me suis posée avant l'achat. Le fait qu'il y ait plusieurs textes, de plusieurs auteurs, sur différents thèmes, répond à la question à la normande : parfois oui, parfois non. Mais en-dehors d'un auteur qui se croit suffisamment malin pour fanfaronner, en substance,"et si vous ne connaissez pas cette intrigue, eh bah allez la lire et revenez me voir", tous font preuve d'assez de pédagogie pour nous donner les éléments nécessaires à la compréhension de leur texte, quand bien même des références sur le support d'origine serait manquantes au lecture.

- Les auteurs ont-ils lu les comics ou juste vu les films ?
Là encore ça dépend des auteurs. Certains touchent vraisemblablement leur bille, et maîtrisent les tenants et aboutissants d'intrigues uniquement éditées au format papier pour le moment (je dis pour le moment car Bryan Singer bosse sur une adaptation de Days of the Future Past, d'ailleurs j'ai encore plus envie de voir ce film de la franchise maintenant !), d'autres se sont visiblement contentés de regarder les films, voire, parfois, je le suspecte, juste un ou deux, et pour autant cela fonctionne très bien. Selon votre degré de connaissance de l'univers X-Men, vous vous sentirez probablement plus d'affinités avec certains auteurs que d'autres. C'est tout-à-fait normal, mais avec les autres, l'intérêt de votre lecture n'en sera pas diminué, rapport à l'aspect pédagogique évoqué plus haut notamment.

- Cet ouvrage a-t-il pour objectif de disséquer la philosophie évoquée dans la franchise, ou prend-il le prétexte de parler d'un phénomène de popculture pour en réalité fournir un ouvrage à vocation uniquement philosophique ?
On se rappelle qu'effectivement c'est extrêmement rédhibitoire pour moi que de prendre un support pour prétexte juste pour pouvoir justifier de vendre un ouvrage sur la philosophie. Eh bien, là encore, devinez quoi : ça dépend. Un nombre très restreint d'essais montrent, de par le faible niveau d'implication de l'auteur dans la franchise, les rares références à de vrais éléments (par opposition à un simple name-dropping), et même, une fois, le ton du texte, prouvent que les auteurs sont là pour parler de concepts philosophiques et certainement pas de X-Men. Mais en règle générale, même si c'est à un degré variable, les auteurs se donnent quand même du mal pour tirer leurs questionnements de l'univers, au lieu de simplement utiliser l'univers comme exemple pour leur cheminement de pensée. Et dans ce cas-là, c'est intéressant, mais c'est pas du tout ce que je viens chercher, je l'admet.

- Et euh, je veux pas avoir l'air tout-à-fait intellectuellement paresseux mais... c'est chiant à lire à quel point ?
Ouais, je sais bien ; moi non plus les cours magistraux de philo, c'était pas ma tasse de thé. Et j'ai fait L, alors on en avait pour 8h par semaine à tirer. Je comprends. Bon, je vous rassure, globalement c'est un bouquin fascinant. Alors après, je vais vous refaire une réponse à la normande : parfois, notamment quand les auteurs ne font que semblant de s'intéresser aux X-Men (je donnerai pas de noms, mais yen a un qui vraiment n'y met pas du sien), et qu'il s'agit juste d'écrire un essai prise de tête et complexe sans même faire totalement l'effort de vulgariser les concepts, eh bien, bon, parfois, c'est un peu chaud.
Mais en grande et large majorité, les textes sont intéressants, bien écrits, et pour certains, même, truffés d'humour (il y a deux-trois auteurs qui peuvent légitimement se reconvertir dans le stand-up), rendant la lecture très sympathique. Qui plus est, la variété des auteurs apporte aussi quelque chose de plus inattendu : le sujet choisi. L'un d'entre eux choisit de parler de la façon dont Deadpool a conscience de sa propre existence en tant que héros de comics, et au final, non seulement on a droit à une explication de texte extensive des BD, mais en plus, on a tout simplement un cours sur la narration en matière de bande-dessinée ! Pour un autre, on aura droit à un suivi très linéaire des deux intrigues principales de Layla Miller, avec en fait une explication de texte poussée. Pour un troisième, c'est un renvoi constant entre les problématiques posées par Mister Sinister et ses expérimentations génétiques qui permettra de dresser une sorte d'inventaire des problématiques dans ce domaine. Une autre auteur picorera au contraire des dizaines d'exemples pour parler de la condition féminine dans X-Men. Et ainsi de suite. Chacun son sujet, son angle, son point de vue. Ca donne une lecture toujours pleine de surprise, où la routine ne s'installe jamais, et qui dépasse, surtout, le simple principe de parler de philosophie.
Mais pour ce qui est des concepts eux-mêmes, tels qu'abordés dans le bouquin, bon, c'est sûr que ça change de la lecture de Voici/Voilà/Voilou dans le métro, hein, on va pas se mentir. Pourtant, c'est tellement souvent bien troussé qu'on se laisse facilement embarquer dans des sujets parfois complexes et denses. Certains essais méritent, je vous le dis tout net, de préférer lire un paragraphe ou deux au calme. Mais globalement, je lisais dans le métro et ma compréhension des idées avancées et disséquées n'en était pas altérée (pourtant j'ai la capacité de concentration d'un enfant de 2 ans quand je suis dans le métro, j'entends même les gens mâcher du chewing gum de l'autre côté du wagon).
Et puis, allez, on est entre nous, hein : si un chapitre vous donne mal au crâne, je suppose que vous pouvez le zapper (enfin, euh : y revenir plus tard, bien-sûr, héhé), personne ne le saura ! Pour ma part je n'en ai eu envie qu'une fois, et quand j'ai décidé de ne pas le faire, je ne m'en suis pas portée plus mal.

- Bon mais alors, surtout : peut-on apprendre des choses sur l'univers X-Men en lisant X-Men and Philosophy ?
Oui. Oui, oui, oui et oui. J'ai appris plein de choses sur certaines storylines, comme House of M qui me fascine, ou Days of the Future Past justement. Bon, ça n'a pas l'air non plus d'être les intrigues les plus obscures de l'univers X-Men, mais n'empêche, c'est déjà ça. Ponctuellement, les chapitres les plus ambitieux sur cet angle sont aussi capables d'aborder des personnages absents, ou au mieux totalement secondaires, dans les films, tels qu'Apocalypse, Madrox, Layla Miller, Kitty Pryde, Angel, ou encore Deadpool (bon, pas forcément sur l'angle qui me fascinait le plus, mais c'est pas une raison). Toutefois, ce n'est pas la vocation de ce livre que de vous permettre de parfaire votre connaissance du sujet, c'est plus à prendre comme un copieux bonus non-négligeable.

Alors évidemment, il manque toujours un immense ouvrage qui ne ferait que de l'explication de texte, par exemple. Qui synthétise la timeline des intrigues principales de la série. Qui décide de tout simplement proposer une intrigue inédite sous forme de roman (apparemment ça a été le cas dans les années 90 mais d'une part, c'était une période si faste pour la franchise que je doute qu'un néophyte puisse commencer par là, et puis d'autre part, bonne chance pour mettre la main dessus, ça doit être méchamment collector). Je n'ai pas encore trouvé l'encyclopédie qui me permettrait de feuilleter quelques pages de temps à autres pour m'impregner de l'univers, ou le recueil de citations qui me servirait à prendre la mesure de certaines profondeurs atteintes au détour d'un comics, comme j'ai pu le faire pour Star Trek (ma façon de découvrir cette franchise reste mon idéal pour appréhender un univers popculturel complexe, je dois dire).

Mais pour autant, si le monde des X-Men vous intéresse, et que vous aimez bien une lecture intelligente en prime, je recommande cet ouvrage. Testé et approuvé.

Voilà et maintenant j'ai rien à lire pour demain, je vais être d'une humeur de chien. Je pourrais le prendre avec philosophie... mais bizarrement, non.

Posté par ladyteruki à 23:25 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

19-06-12

Minuit dans le désert du Bien et du Mal

Pour des raisons qui vous apparaitront très vite lors du prochain SeriesLive Show, je me suis offert voilà quelques jour un gigantesque marathon Carnivàle. Enfin, "gigantesque"... évidemment, la série ne comporte que deux saisons, mais vu que je me les suis envoyées en moins de 4 jours, je me permets d'employer cet adjectif.
Au moment de commencer ce marathon, je me suis calée dans mon sofa, un bon verre de jus d'orange pulpé à la main, salivant par avance de ce qui m'attendait. Je me suis lancée dans ces deux saisons avec le sentiment que j'allais m'éclater devant plusieurs heures de très, très bonne télévision. Mais j'achève ce même marathon avec infiniment plus de réserves que je ne l'avais commencé, tout simplement parce que j'ai réalisé en cours de route que j'avais un peu idéalisé la série, entre autres avec les années et l'absence de revisionnages.

C'est d'autant plus perturbant pour moi que j'ai déjà eu l'occasion de vous recommander cette série en deux occasions au cours de la première saison du SeriesLive Show, et que je m'aperçois que je ne l'avais pas forcément fait de façon objective (si tant est que l'objectivité ait quoi que ce soit à voir avec le SeriesLive Show). Mais ça m'a vraiment mise mal à l'aise, rétroactivement.

En tous cas je vais tâcher de faire de mon mieux pour vous parler de la série avec le moins possible de spoilers. Voilà qui n'est pas une mince affaire, aussi sachez en vous lançant dans la lecture de ce bilan des deux saisons, que vous pourriez vous retrouver face à une information non-sollicitée, et qui m'aurait échappé. Je n'aime pas faire ça, et m'efforce en général de l'éviter... mais dans le cas d'un mystery show comme celui-ci, il faut avouer qu'il n'y a parfois pas le choix si on veut pouvoir parler de quelque chose !

Carnivale-Promo

Le premier épisode de Carnivàle fait pourtant partie de mes absolus favoris. Avec une petite trentaine ou quarantaine d'autres, guère plus. Ce qui vu le nombre de pilotes que je regarde chaque année, a plus de signification qu'il n'y parait. Et justement il m'arrive de revoir le pilote de Carnivàle une fois de temps en temps, et je crois qu'une partie de ma bonne disposition vis-à-vis de la série lui est due (mais une partie seulement, le générique et surtout la saison 2 ayant leur part de responsabilité).

Située dans un Sud moite et poussiéreux (c'est comme ça que j'aime mon Sud, je ne vous le cache pas), la série s'ouvre sur la révélation que depuis la nuit des temps, deux êtres naissent sur Terre, l'un représentant les ténèbres et l'autre la lumière. Nous allons alors immédiatement fait connaissance avec deux hommes : Ben Hawkins, un orphelin recueilli par un cirque ambulant dans ce premier épisode, et Justin Crowe, un pasteur méthodiste résidant en Californie. On comprend immédiatement que ces deux hommes sont séparés par absolument tout (leur milieu social, leur âge, leur entourage... et plusieurs milliers de kilomètres), mais on ignore qui est qui, au sens qu'il est impossible de distinguer qui représente les ténèbres, et qui représente la lumière.
Ce qui est certain, c'est que tous les deux sont affligés de pouvoirs qui les dépassent : Ben peut soigner les blessés et ressusciter les morts, et le frère Justin a la révélation qu'il est doté d'un pouvoir de vision juste un peu trop concret. Pour Ben, ce don est un fardeau : sa mère l'a traité comme s'il était le Diable lui-même et lui a d'ailleurs interdit de la toucher alors qu'elle était mourante ; l'âme en peine, il va l'enterrer au début de ce pilote. Justin est quant à lui immédiatement certain que ces visions lui sont envoyées par nul autre que Dieu, lequel attend de lui qu'il accomplisse de grandes choses hors de sa petite paroisse tranquille, et notamment avec les centaines de réfugiés qui s'entassent dans des camps de fortune le long des routes.

Outre l'exploration du background de chacun de ces deux opposés, le pilote va également faire une grande place à l'exposition des différents personnages constituant le cirque, les "carnies". Soyons sincères, rien que de par le nom de la série, on savait bien lequel de ces deux points de vue aurait le plus de temps d'antenne, et ça ne rate pas. Ainsi nous faisons la découverte de Samson, le nain qui gère le cirque sous les ordres d'un Management qui se tient caché ; Jonesy, le contremaître éclopé au grand coeur ; Lodz, un aveugle doté lui aussi de quelques pouvoirs surnaturels (mais moindres que ceux de Ben et Justin) ; Appolonia, une femme plongée dans une sorte de stase mais capable de voir l'avenir ; Sofie, sa fille unique, qui lit les cartes et est la seule à pouvoir communiquer avec sa mère ; la famille Dreyfuss, qui gère le spectacle de danse exotique ; et quelques autres. De son côté, le frère Justin a une soeur sèche comme une trique avec laquelle il vit, et pour laquelle il éprouve en dépit du bon sens une tentation qu'il soigne à coups d'autoflagellation (et ce n'est pas une image)

Voilà donc pour le décor, et l'épisode inaugural s'ingénie à le poser avec beaucoup d'intelligence, mais aussi un grand sens du rythme. En effet, les silences sont nombreux, souvent pesants ; la saleté et la poussière, la misère, la mort, la faim, sont partout dans cette Amérique de la Grande Dépression, et Carnivàle fait d'entrée de jeu un travail formidable pour nous embarquer dans cet univers qui semble plongé dans la consternation. C'est comme si l'Amérique entière avait basculé dans le chaos et en était ressortie muette de terreur et de découragement.
Pour quelqu'un qui ne goûte que rarement les charmes d'une reconstitution historique, et c'est le cas de votre serviteur, le travail fait ici est formidable parce qu'il dépasse le simple soucis de faire "typique" (vêtements, voitures, et même vocabulaire d'époque, devraient aller sans dire, après tout, sans qu'on ait l'impression de tomber dans la surenchère), pour rendre vraiment le sentiment d'une ère de désolation.
Carnivàle prend le pouls de l'Amérique, ou en tous cas est capable de faire illusion. Mais après tout, l'illusion, c'est son truc, à la série.

Car où que l'oeil se porte, il est toujours un peu question de magie : celle exercée par le frère Justin Crowe, d'inspiration chrétienne (du moins en est-il convaincu), qui fait échos aux miracles et aux différentes façons qu'a Dieu de se manifester auprès de quelques élus ; et celle qui se pratique dans tant de roulottes de la caravane de l'étrange, où on tire les cartes, on interprète les signes, on communique par la pensée, et on parle à un Management mystérieux, entre autres petites choses totalement banales et acceptées par tous. Dans le monde de Carnivàle, la réalité a tellement perdu les pédales qu'il ne reste que le supernaturel comme repère. C'est la seule chose que personne ne remettra jamais en cause de toute la série, qui est l'héritière, de bien des façons, de X-Files. Deux mots sur cette parenté un peu plus tard.

Un excellent pilote, donc.
Les problèmes commencent seulement ensuite. Car les ingrédients posés d'entrée de jeu par Carnivàle sont loin d'être les pistes que la série s'offre ensuite d'explorer, en tous cas pas avant avoir pris de longs chemins de traverse. C'est là que le bât blesse.

Ainsi, après avoir un temps joué avec ses deux protagonistes centraux, Ben et Justin, et nous avoir fait croire que nous montions vers une confrontation, la première saison abandonne totalement cette idée en cours de route. Après s'être croisés en rêve (ce qui évidemment, dans un monde où tout est ésotérique, n'est tout de même pas anodin), les chemins de ces deux héros vont totalement se séparer ; c'est d'autant plus énervant qu'il est plus ou moins suggéré qu'ils ont un lien avec deux hommes qui se seraient croisés pendant la Première Guerre Mondiale (qui étaient peut-être les deux envoyés des ténèbres et de la lumière précédents, allez savoir), avant de totalement laisser tomber cet axe également. Tout ce à quoi cela va servir, c'est de pousser Ben Hawkins à s'interroger sur l'identité de l'un de ces deux hommes, Henry Scudder, qui apparemment n'est pas un inconnu pour le personnel du cirque. Mais le mystère, s'il semble résolu très vite pour le spectateur, met des plombes à être explicité dans la série, et plus encore, à ouvrir sur quelque chose de concret. Et alors que Ben s'interroge sur le mystérieux Scudder, traînant encore plus la patte que Jonesy, pendant ce temps, c'est l'évolution de Justin Crowe qui avance à vitesse grand V.
C'est assez perturbant puisque Ben s'était imposé dans les premiers épisodes comme le "héros" de l'histoire (de par sa découverte de la caravane, son point de vue naïf et perdu, son air de chiot fragile, etc... les outils d'ordinaires employés pour introduire un personnage central auquel les spectateurs se lient dans un pilote), c'est finalement Justin qui va bénéficier des développements les plus nombreux, les plus captivants, et à travers lui, sa soeur également. Il y a vraisemblablement quelque chose qui va de travers quand votre héros ne sert plus qu'à errer entre les tentes en ayant l'air de ne pas savoir que faire de sa personne, tandis que le personnage a priori montré comme le plus rebutant se révèle être incroyablement captivant et, finalement, plus aimable. On s'attendrait intellectuellement à ce que la plus grande ambiguïté soit entretenue sur le rôle de chacun dans l'équilibre cosmique en présence, mais affectivement, on n'a en réalité pas tellement le choix.

Pire encore, la première saison se fait forte d'ajouter de nombreuses intrigues au sein du carnaval... dont on a, n'ayons pas peur des mots, rien à battre. Ainsi, les amours de la jeune Sofie nous sont totalement indifférents, d'autant que vu les tous premiers épisodes, on aurait juré qu'elle aurait plus d'interactions avec Ben ; on va pourtant les souffrir très longtemps et, à cause d'elles, on va devoir se coletiner toutes les pièces rapportées, à savoir Jonesy, mais aussi toute la famille Dreyfuss. C'est insupportable d'inintérêt. Si encore il s'agissait d'explorer la place du sexe dans une société pourtant ultra-réprimée, ou l'éveil de Sofie à la sexualité... pourquoi pas. Mais il y a des moments où on a franchement l'impression que ça vire au soap, point barre. Et on était pourtant certains d'être venus là pour autre chose.

Quelque chose comme le subtext religieux et ésotérique, par exemple. Le point fort de Carnivàle, c'est évidemment la mobilité de sa caravane de l'étrange, arpentant le Sud des États-Unis sur commandement du mystérieux Management : que veut-il ? Pourquoi veut-il conduire Ben en particulier sur ce chemin ? Qu'attend-il du jeune homme ? Autant de questions dont on croit dur comme fer pendant un long moment qu'elles seront, au moins en partie, abordées. Or Carnivàle doit énormément à X-Files, parce que non seulement elle insiste pour montrer des phénomènes étranges (avec notamment une façon de les montrer qui rappelle vraiment beaucoup l'esthétique de la série de Chris Carter), mais parce qu'elle se fait aussi une règle de poser sans cesse plus de questions auxquelles elle n'a nulle intention de répondre, ou en tous cas pas dans un avenir immédiat ce qui est au moins aussi grave.
Et ainsi, les sous-entendus, les rêves, les paraboles, les références bibliques, les signes étranges et inquiétants vont se succéder, sans jamais conduire à faire vraiment avancer le Schmilblick.

Mon passage préféré de la première saison, qui se déroule à Babylon, est l'exemple à la fois des meilleurs et des pires penchants de la saison. Babylon est une ville crainte par tous les carnies, qui n'y établissent jamais leur campement, et encore moins leurs attractions. Mais cette fois-là, Babylon est la prochaine étape : ainsi en a décidé le Management.
Effectivement, Babylon s'avère être glaçante : la caravane s'y arrête pour découvrir qu'il n'y a absolument personne en ville, si ce n'est le tenancier du bar local. A part ça, pas un chat. Et pourtant, le lendemain de leur arrivée, le carnaval grouille de badauds étranges, un peu trop raides, un peu trop calmes. De véritables zombies, osons le dire (et je n'emploie plus ce mot à la légère !). Mais derrière cette mésaventure digne d'un film d'horreur se cache une analogie biblique qui hélas scellera le sort de l'une des danseuses exotiques de la revue du carnaval. La conclusion de cette sombre affaire nous donne une histoire très intéressante s'étalant sur plusieurs épisodes, avec une véritable tragédie que permet à la communauté de resserrer ses liens, mais aussi une vision d'horreur sincère lorsque Samson découvre ce qu'il est advenu de la défunte danseuse. Cet arc vaut vraiment la peine d'être vu, c'est très impressionnant.
Alors qu'est-ce qui cloche dans cette excellente intrigue ? Eh bien, elle n'accomplit rien par la suite. Quels enseignements ont été tirés ? Aucun. Quel apport à l'intrigue de la lutte entre le Bien et le Mal ? Pas le moindre.

En gros, on a l'impression que la série a l'intention de nous trimbaler.
Alors le voyage est agréable, c'est pas la question : excellente écriture, les personnages sont ultra-solides, ça il n'y a pas de problème. Simplement on nous balade. Et au final c'est très désagréable, parce qu'on voit bien que le potentiel est là. Mais il ne se réalise pas.

Avec des arcs plus ou moins longs (Carnivàle, en dépit de son pitch basé sur le concept itinérant, est complètement feuilletonnante, un épisode reprenant généralement quelques minutes ou heures après là où le précédent nous avait laissés), la première saison parvient à instaurer une ambiance fantastique, dans tous les sens du terme, mais elle ne s'en sert pas pour nous raconter quelque chose. On dirait qu'il n'y a pas de vue à long terme, ou, plus probable mais aussi plus condamnable : à trop long terme. Comme si toute la première saison n'était qu'une longue exposition (mais quand même déséquilibrée entre les deux héros). C'est à se taper la tête sur les murs.

La première saison s'achève, comme on avait finit par s'en douter, par une petite remise en question de qui-qui-est-le-gentil-et-qui-qui-est-le-méchant, qui use un petit peu parce qu'on avait bien compris que rien n'était jamais tout l'un ou tout l'autre dans la série, et que notamment le petit Ben ne pouvait pas être indéfiniment irréprochable (...il n'y a que ceux qui ne font rien, qui ne font rien de mal, je suppose). Cependant l'effet est moindre parce qu'on avait quand même vaguement conscience que les rôles étaient définis, et on se laisse gentillement berner pour le plaisir de la chose, mais sans être totalement dupe quant à la place ultime de chacun.
Même si on se laisse volontiers émouvoir par les revirements du frère Justin et de sa soeur, voire même les tourments affrontés par Ben, cela se fait sans grande surprise. Qui plus est, les images ultimes de ce season finale sont avant tout là pour nous donner envie de revenir, mais sans nous donner une bonne raison, plaçant artificiellement plusieurs personnages entre la vie et la mort. C'est presque insultant en fait.

Carnivale-Justin

L'autre raison qui faisait que je chantais si facilement les louanges de Carnivàle, c'est sa saison 2, sans l'ombre d'un doute. Et là encore ça s'explique facilement (nos souvenirs d'une série obéissant souvent à la règle du "c'est le dernier qui a parlé qui a raison").

Ladite saison commence sur d'excellentes résolutions : arrêter de nous faire mariner, et donner plusieurs orientations définitives, ainsi que répondre à un grand nombre de questions, afin de céder la place à une narration moins poussive. Les enjeux sont donc clairs au bout de un à deux épisodes maximum : on sait qui représente quoi, qui veut quoi, qui est prêt à faire quoi.
En réparant clairement les erreurs commises dans la saison 1, et qui avaient pris corps plus spécifiquement dans le final, cette nouvelle salve d'épisodes lance ainsi ce que j'aurais envie d'appeler le coeur de l'intrigue de la série. Enfin ! Le jeu du chat et de la souris touche à sa fin : cette fois, on sent rapidement que Ben et Justin sont voués à se rencontrer, et que rien ne saurait nous faire dévier de ce but. Et parce que c'est très clair, il n'y a donc plus aucune raison de laisser ce pauvre Ben dans cet état d'indécision et de rejet permanent ; la saison 2 est vraiment la saison pendant laquelle Ben, même quand il est encore un peu perdu, prend de l'épaisseur. Et quand il ne l'est pas, il se révèle être un personnage surprenant, et aussi intéressant que sa contrepartie. D'accord, Justin a pris de l'avance et il restera très certainement le personnage le plus complexe aux yeux des spectateurs, mais Ben s'en sort infiniment mieux pendant cette seconde saison. Qu'il s'agisse de rencontrer des personnages qui vont le ralentir (ainsi l'épisode du masque, qui pourrait presque être un stand-alone) ou au contraire de connaître d'incroyables révélations sur son identité (notamment lorsqu'il fait la connaissance de sa "famille"), Ben montre qu'il en a dans le ventre et qu'il a finalement pris son Destin en main. Je confesse que ça m'a arraché quelques soupirs de soulagement.

La progression géographique de la caravane se fait à l'avenant. Le traitement du Management rend les choses d'autant plus claires : l'objectif, c'est clairement Justin Crowe et la communauté qu'il a établie en Californie.
Cette précipitation, si elle n'est pas immédiatement perçue concrètement par les employés du carnaval, va néanmoins semer le trouble dans les rangs. Clairement, la révolte gronde, et pas seulement parce que Lila la femme à barbe se montre incapable d'avaler la vérité qu'on lui a sortie lorsqu'elle s'est interrogée sur la disparition de Lodz. Les secousses sont ressenties jusque dans la famille Dreyfuss, où les problèmes d'argent ne font qu'exacerber les difficultés de management en général, et celles du Management en particulier. C'est du coup l'occasion pour Samson de se montrer sous un jour sans cesse plus humain, un portrait de lui qui avait été brossé rapidement dans la première saison mais qui va être poussé toujours plus loin alors qu'il veille, plus que jamais, sur les siens, inquiet de leur sort bien plus que du sien propre, devenant au passage l'un des personnages les plus appréciables de la troupe du cirque.
Dans cette ambiance troublée et désorientée, les amours de Jonesy continuent de nous occuper pendant une bonne partie de la saison, pourvoyant comme d'habitude, avec les questions financières des Dreyfuss, des intrigues soapesques à peine plus captivantes que pendant la première saison. Mais comme cette fois il se passe des choses concrètes entre Ben et Justin, on le prend moins mal.

Le personnage de Sofie prend une route infiniment plus intéressante que dans la première saison. Brisée par les évènements qui se sont déroulés à l'issue de celle-ci, elle tente de se reconstruire en mettant derrière elle tout ce qui a trait à la divination, et en travaillant de ses mains. Mais ce n'est pas assez pour distancer le passé, et elle finit par abandonner le carnaval pour se trouver une autre vie. Dans l'intervalle, son rapprochement avec Ben est probablement la chose qu'on s'attendait à voir se produire dans la première saison ; mais le temps ayant passé, difficile de dire si c'est une bonne chose, ou juste un évènement qui était voué à se produire (au moins pour contenter les spectateurs).
Qui plus est, l'évolution de Sofie va réellement apporter, enfin, une nouvelle dimension à la série, sur un plan mythologique cette fois, et c'est la première fois qu'un carnie semble capable d'interférer dans l'équilibre des forces. Il est cependant dommage de voir cet axe être l'objet de tant d'attentions à ce moment un peu tardif, quand cette simple idée était, au mieux, évoquée de façon très allusive au début de la série.

En-dehors de ces considérations terre-à-terre sur les évolutions des histoires de chacun, force est de constater que Carnivàle possède parfaitement ses outils, et qu'elle a bien plus à offrir qu'une intrigue supernaturelle à tiroirs. C'est très certainement dans cette seconde saison que ces qualités sont les plus palpables.

Comme le montre sa mythologie et notamment la mission révélée à Ben par le Management, Carnivàle a un grand sens de l'Histoire.
Sa façon de dépeindre une période sombre pour les États-Unis (beaucoup moins représentée à la télévision que bien d'autres) n'en est que la partie émergée de l'iceberg, mais déjà rien que là, avec quel brio ! La première saison y met certainement plus les formes, pour faciliter l'immersion, mais l'ensemble des 24 épisodes permet de se rendre compte, à divers degrés, de la vie qu'il était possible de mener alors. Et le constat est déprimant : pauvreté, famine, crasse ; la vie n'a plus de prix, alors tout est permis ; partout, des actes de désespoir et/ou les faibles qui s'en prennent aux encore plus faibles (les enfants, donc) ; la médecine est hors de portée car hors de prix (le cas particulier de la psychiatrie, exploré rapidement, ne peut que vous arracher des hurlements de damné), le gouvernement est aux abonnés absents, les rares politiques sont corrompus. Pas étonnant que seule la religion semble réussir à s'imposer dans pareil panorama.
Carnivàle fait partie de ces rares séries à imbriquer un moment de l'Histoire dans une continuité : la première saison fait de nombreuses allusions à la Première Guerre Mondiale ; la seconde saison se tourne ponctuellement vers l'avenir. L'impression de cause à effet est rarement aussi bien rendue.

En filigrane, Carnivàle prend aussi le temps de parler de l'ancêtre de son propre média. Essayez de compter le nombre de fois où l'on voit un tourne-disque ou une radio dans la série, c'est édifiant.
La musique est omniprésente, mais les épisodes emploient à part égale un soundtrack original et des titres authentiquement connus à l'époque ; et quand ils ne tournent pas sous la forme de vinyle dans les tentes, les caravanes et les maisons, ce sont les personnages qui fredonnent ou chantent ces tubes. Rien que Love Me or Leave Me laisse une impression durable sur le spectateur à chacune de ses apparitions pendant une scène. Outre la récurrence de cet outil pour "faire vrai", qui serait à rapprocher des pratiques de la plupart des séries ayant des prétentions historiques, cette universalité de la musique, mêlée au caractère hollywoodien du carnaval lui-même, semble aussi être une sorte de réflexion sur la consommation mainstream de l'art qui, indirectement, permet à Carnivàle d'exister.
Pour ajouter encore à cette image, le pouvoir des médias est quant à lui fustigé plus qu'à son tour, notamment via le journaliste Tommy Dolan, mais il est certain qu'alors que le pays n'est encore couvert que très difficilement de façon nationale par la radio, tout moyen de communiquer aux masses est à étudier avec le plus vif intérêt. Sauf que dans Carnivàle, l'intérêt équivaut à la méfiance.
Difficile de ne pas associer à ces thèmes, secondaires mais omniprésents, les convictions de Daniel Knauf, qui a eu plusieurs fois l'occasion d'exprimer vivement son désamour pour certains traits de l'usine de l'entertainment hollywoodien.

D'ailleurs, le rapport que la série entretient avec la sexualité est également captivant, dans une Amérique où tout est à la fois permis, parce que plus personne ne veille aux bonnes moeurs et que la misère ouvre les portes à bien des choses, et où tout est réprouvé, parce que l'ancrage chrétien est encore dans la plupart des esprits.
L'exemple le plus simpliste serait probablement celui du "coochie show", le spectacle de striptease de la famille Dreyfuss ; les femmes de la famille, notamment, semblent tenter de définir en permanence la limite de leur intimité, tout en ayant pleinement conscience que cette limite définit aussi celles de leurs finances. Tout en tenant en haute estime leur art (elles passent énormément de temps à travailler leurs chorégraphies, inventant de savants numéros alors qu'il n'est pas vraiment besoin de faire preuve de nouveauté quand on fait plusieurs centaines de kilomètres entre deux représentations), elles sont pleinement conscientes de la nature de leur travail, de leur valeur et de ce que cela implique pour leur vie personnelle. Même rodée à toutes les situations, Rita Sue elle-même fait par exemple preuve de sensibilité à plusieurs reprises dans ce domaine.
Mais bien plus encore, aucune fornication n'est innocente dans Carnivàle ; l'innocence ayant été balayée par une bourrasque de sable bien avant le début de la série. Qu'il s'agisse de la tentation du frère Justin Crowe, dont les manifestations, pas forcément toujours concrètes pour le spectateur, n'en sont pas moins terrifiantes ; de la terrible culpabilité qui suit immédiatement la défloration de Sofie ou de Ben ; des penchants sordides de certains personnages tertiaires comme Templeton dans la saison 1 ; ou la récurrence du thème de la prostitution ; le sexe a toujours un côté pervers. Et évidemment, la symbolique de Babylon n'aura échappé à personne...

Tous ces axes et quelques autres font de Carnivàle une série très riche, allant bien au-delà de la mission initiale qu'elle s'était fixée à travers son combat glacial du Bien contre le Mal.

Carnivale-Ben

Bon alors, non, j'exagère : ce marathon Carnivàle a tout de même été constitué de plusieurs heures de très, très bonne télévision.
Il est clair que Carnivàle a de nombreuses qualités. Mais c'est la première fois, et je dis bien, l'absolue première fois, que confrontée à un marathon pour le SeriesLive Show (et en deux ans j'en ai fait quelques uns), je m'asseois devant ma télé en me répétant "allez, un épisode de plus et après je m'offre le dernier Suits", ou que je hurle littéralement d'impatience quand ce que je croyais être la fin de l'épisode s'avère être la fin de son acte 2. J'avais réellement envie parfois qu'on m'achève. Ou qu'on me permette de télécharger les épisodes dans mon cerveau, pour les comprendre clairement, sans avoir besoin à passer toutes ces heures devant mon écran. MOI ! Je ne sais pas si vous vous rendez compte.

Il y a eu des moments où Carnivàle s'est avéré être une torture, parce que même quand il s'agissait de faire avancer l'intrigue principale, les intrigues secondaires étaient absolument insupportables, à l'instar de celle de Lila. Beaucoup de lignes ont été lancées avec la volonté visible de nous faire mordre pour plusieurs saisons, et vu que la série a été annulée à temps pour que l'équipe finisse correctement la saison 2, je prends la fin ouverte comme un affront personnel, et plus encore, certaines promesses (notamment relatives à Lodz) comme de véritables insultes.
Carnivàle est, à n'en pas douter, une série intelligente, complexe et exigeante. Mais elle en est un peu trop consciente et elle se pavane dans son impression du supériorité jusqu'à l'écoeurement. Je ne me rappelais pas avoir ressenti une telle impression pendant mon premier visionnage de l'intégrale de la série, et c'était assez dérangeant parce que je conservais un excellent souvenir de celle-ci, comme je l'ai dit.

Était-ce la frustration ou autre chose, j'étais aussi particulièrement sur les dents pendant ce marathon. Je crois que l'impression permanente d'être sollicitée intellectuellement pour trouver mes propres conclusions à partir des éléments jetés magnanimement une fois par épisode, additionnée à l'ambiance angoissante de la série, n'y sont pas pour rien.
Il y a peut-être tout simplement des séries pour lesquelles il est plus sage de ne pas dépasser la dose maximale recommandée sur une période de temps définie...

Ce n'est même pas vraiment que Carnivàle m'ait filé les jetons, d'ailleurs. Bon, c'est clair que j'étais pas rassurée le premier soir (pendant mon premier visionnage intégral de la série, il y a cinq ou six ans, je me souviens avoir refusé catégoriquement de regarder les épisodes de nuit ; niveau planning je me souviens que ça avait été assez problématique parce que j'avais regardé la série en hiver), mais j'ai toujours été une petite nature sitôt qu'il y a un peu d'horreur dans une série, ça n'est pas nouveau.
De ce point de vue, il m'a semblé intéressant de noter des parallèles non seulement avec plusieurs monstres de X-Files (l'épisode pendant lequel Ben est chargé de recruter un nouveau monstre est à ce titre parlant ; en outre difficile de regarder Carnivàle sans penser une seule fois à l'épisode Humburg), mais aussi à American Horror Story.... dont j'ai vu trois épisodes (avant de dormir toutes lumières allumées et refuser tout net d'aller plus loin), donc la comparaison vaut ce qu'elle vaut, mais disons que la généalogie télévisuelle m'est apparue comme assez nette pendant ce visionnage. Rien que l'arc à Babylon a de quoi filer les jetons aux plus aguerris d'entre nous. Et je ne suis pas aguerrie du tout, alors...

Ce n'est donc même pas vraiment là que le problème se logeait. Le problème, c'était tout le reste. Et je crains de l'avoir un peu occulté avec les années.
Peut-être que dans le fond, les mystery shows ne sont pas pour moi, et que je n'ai pas la patience. C'est une possibilité.

Carnivale-TarotCards

Mais peut-être aussi que la mésaventure de Carnivàle, annulée au bout de 2 saisons quand elle ambitionnait d'en compter 6, devrait nous amener à nous interroger sur les modalités de pareilles séries.

Le syndrome X-Files (que des téléphages plus jeunes croient avoir découvert avec Lost, ne sont-ils pas adorables), qui consiste à étirer indéfiniment une intrigue étrange sur le plus long terme possible (au risque à certains moments de passer pour une bande de prestidigitateurs plutôt que des scénaristes agiles), en l'étoffant même avec le temps au lieu de simplement se diriger vers une résolution des premières questions posées, touche ses limites avec le système de renouvellement à l'américaine, en tous cas si la chose est faite sans souplesse.

La règle ne devrait-elle pas être qu'on ne doit pas avoir les yeux plus gros que le ventre ?
C'est une chose d'avoir une vue à long terme ; suffisamment de séries en manquent pour qu'on ne reproche pas cette qualité à une fiction dont le showrunner sait précisément ce qu'il veut. Mais c'en est une autre de ne pas savoir se servir de la structure d'une saison, pour augmenter graduellement le niveau de profondeur de l'intrigue. Plutôt que de lancer de nombreuses pistes qui aboutissent à ce qu'on imagine être la conclusion six ans plus tard, il serait plus sain de ne jamais ouvrir une parenthèse qu'on n'est pas sûrs de pouvoir refermer, et donc, de procéder uniquement par palliers, ou par couches, plutôt que de tirer un fil d'Ariane qui ait une chance d'être coupé trop brusquement en cas d'annulation. Plus concrètement, un bon mystery show ne devrait poser aucune question qui ne trouve réponse dans un season finale ; quitte à ce que cela débouche sur d'autres interrogations dans la saison suivante. Or c'est une précaution prise par très très peu de séries répondant à ce genre.
En cela, la supériorité des mini-séries est nette (même si on se souviendra que par exemple The Lost Room n'avait pas su se servir de son format pour tout mettre à plat avant de fermer boutique), et les systèmes télévisuels non-basés sur le renouvellement, tels que l'Asie, prennent nécessairement de l'avance lorsqu'il s'agit de boucler une boucle. Mais il me semble qu'un juste milieu devrait être trouvé entre ces deux extrêmes, qui permette à la fois de tabler sur plusieurs saisons (on ne va pas changer le système américian, il faut donc savoir s'y adapter), et de ne pas forcer la main du spectateur pour s'engager sur le long terme. L'histoire a prouvé qu'un tel rapport de forces ne se conclut pas toujours au profit de la série, et Carnivàle a notamment fait les frais de sa gourmandise en décourageant ceux qui trouvaient que les choses tardaient à se développer. La lenteur et l'obscurité des objectifs a sans doute détourné au moins autant de monde que la complexité des intrigues ou l'extrême noirceur des personnages.

En tous cas on devrait certainement trouver le moyen d'éviter que de bonnes séries (ou disons, des séries prometteuses et avec d'excellents ingrédients), puissent survivre sans brader leur complexité, tout en s'adaptant au public. C'est encore ce dernier qui devrait être le roi, et non la série qui doit lui imposer sa loi. Les séries américaines ne vivent pas dans un contexte où on est certain dés le pilote que la sixième saison sera assurée, et c'est un phénomène qu'il est impératif de prendre en compte.

Carnivàle, par son aveuglement à la Lodz (une prétendue clairvoyance à long terme masquant une ignorance du danger immédiat), a définitivement pâti de son obstination, claire jusqu'au series finale qui, très ouvert, retentit aussi fort qu'une claque sur la joue d'un petit garçon australien.
Il a été évident pendant plusieurs épisodes que de nombreuses intrigues avaient vocation de remplissage ; ces mêmes axes soapesques, une fois l'annulation annoncée, auraient dû être sucrés pour mieux faire place nette en vue de la conclusion. Mais il est des showrunners obtus, et clairement on en a un dans les coulisses du chapiteau de Carnivàle.

Allez, Carnivàle reste une bonne série, répétons-le encore une fois pour la route. C'est la déception, lorsque je compare avec mon souvenir cristallisé de la série, qui s'exprime, lorsque je me plains de son final, qui parvient à donner quelques conclusions acceptables.

Mais alors que j'ai érigé le revisionnage en outil ultime me permettant de redonner à certains pilotes une chance, j'avoue être surprise de tomber, pour ce qui semble être la première fois, sur une série à laquelle ce nouveau marathon fait plus de tort que de bien. Oui, un téléphage change avec le temps : toujours plus de découvertes, et bien-sûr l'âge et la maturité de la personne elle-même, font que tout revisionnage a le potentiel de vous faire changer d'avis par rapport à l'intégrale précédente.
Mais je crois que je tenais pour acquis que ce phénomène ne peut que se faire de façon positive, pour un pilote qu'on n'a pas aimé et qu'on voit avec un oeil plus clément la fois d'après (du mois faut-il l'espérer). Dans le cas de Carnivàle, érigée par beaucoup de téléphages de bon goût comme une pépite méconnue, et alors que mes souvenirs lui étaient si favorables, je n'avais pas vu la déception venir.

Cela ne lui retire pas son mérite, ou si peu. Mais tout revisionnage a aussi une part d'affectif, et je n'aurais pas su écrire ce bilan sur Carnivàle sans mentionner ma déception...

Posté par ladyteruki à 16:22 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

13-05-12

Désespoir sans frontière

La fin de Desperate Housewives est pour ce soir !
Oh pardon, j'ai l'air de me réjouir ? Ce n'était pas mon intention ; je considère qu'on ne devrait jamais se réjouir de l'annulation d'une série. Sauf s'il s'agit de Whitney... mais ce ne sera pas pour cette année. Il faut dire que Desperate Housewives est une série dont j'entends depuis, au bas mot, trois saisons, uniquement du mal. Ou, quand mon interlocuteur tente d'en dire du bien, c'est avec un petit air de s'excuser quand même, genre "je sais bien que ça a l'air un peu nul dit comme ça, mais promis je m'amuse devant cette série". Les fans de Desperate Housewives ont dépassé le stade du guilty pleasure pour conserver en priorité la honte, et se raccrocher au souvenir du plaisir. En tous cas c'est l'impression qu'ils donnent.
La fin de leur calvaire a donc sonné et on a l'impression que, à la peine de voir leur série disparaitre, totalement compréhensible, s'ajoute quand même un peu de soulagement.

C'est vrai que Desperate Housewives a en son temps été une série incontournable. Elle faisait partie, en 2004, de ces séries qui ont déchaîné les passions et permis à ABC de trouver une certaine popularité, avec Lost (déjà tombée au combat). Face à l'hégémonie policière de CBS, ABC organisait la résistance ! Et un temps, j'ai fait partie de ceux qui y ont cru. Lost avait un pilote épatant, et Desperate Housewives était dotée d'un charme un peu pervers. Ah, c'était le bon temps.
Aujourd'hui Desperate Housewives est donc sur la fin, ça ne nous rajeunit pas plus que quand Lost s'est arrêtée... C'est qu'on les a vu naître, conquérir le monde, puis s'éteindre, ces séries-là !

UmutsuzEvKadinlari

Et en parlant de conquérir le monde. Je vous ai déjà parlé d'Umutsuz Ev Kadinlari, la série turque adaptée de Desperate Housewives, et qui a commencé l'automne dernier sur Kanal D (sinon faites semblant de rien, et suivez discrètement les tags au bas de ce post). L'originalité de la série turque, c'est que contrairement aux adaptations sud-américaines de la série, il ne s'agit pas d'une telenovela ; à titre national, Umutsuz Ev Kadinlari a un statut particulier à un autre égard : c'est la seule série turque actuellement à l'antenne qui soit l'adaptation d'une série américaine (l'autre adaptation sur les écrans turcs en ce moment est 1 Erkek 1 Kadın, adaptée d'Un gars, une fille).
Je me suis dit que pour rendre hommage aux fameuses ménagères d'ABC, une toute dernière fois, en guise d'adieu, j'allais donc vous proposer un post sur le pilote de l'un de ses remakes : une façon de parler à la fois du passé et de l'avenir de la série de Marc Cherry... sans pour autant s'infliger la présence d'Eva Longoria ou, pire, de Teri Hatcher. Brrr.
Comme beaucoup d'adaptations de séries américaines, le pilote d'Umutsuz Ev Kadinlari se regarde facilement en l'absence de sous-titres, étant donné qu'on connait déjà 90% des scènes : le pilote de la version turque part en effet directement du script de la version américaine. La plus-value se situe donc dans les spécificités de la série turque.

Alors je vous propose de me suivre dans ce petit comparatif en cagoulant à votre tour le pilote d'Umutsuz Ev Kadinlari avant de lire la suite de ce post.

UmutsuzEvKadinlari-GülCikmazi

La première des surprises est évidemment celle du look du quartier ; comme vous pouvez le voir dans la capture ci-dessus, s'il est évident que l'endroit est cossu, la version turque ne propose pas de grandes villas mais bien des immeubles donnant tous sur un cul-de-sac plus étroit que Wisteria Lane, et qui renforce l'impression de proximité qu'on avait dans le voisinnage de Desperate Housewives. Ajoutons, parce que les fans de la série savent combien ce détail est important suite au suicide de Mary Alice, que les immeubles en question n'ont pas de piscine à l'arrière...

Et justement, le plus grand choc de ce pilote réside probablement dans la façon de montrer la mort de Handan (notre Mary Alice turque). Le mode opératoire est le même : une arme à feu. Et pourtant, quand Mary Alice avait appuyé sur la gâchette, elle était hors-champ, ce qui rendait les choses moins brutales. Ici, non seulement Handan est quasiment face caméra quand le coup part, mais du sang apparait rapidement sur la tempe opposée à celle sur laquelle elle a tiré, de sorte qu'on comprend immédiatement que la balle a traversé le crâne de part en part. Glauque.
Pour que le traumatisme soit complet, après que le corps soit découvert par la Martha Huber locale, on a droit à une scène pendant laquelle le fils de Handan arrive sur les lieux et voit le corps être emmené par les secours. Le ralenti dure une bonne minute... il n'est pas vraiment ridicule, mais il parait incongru étant donné le ton badin de l'épisode. Il est d'ailleurs à noter que la voix off fonctionne toujours aussi bien, et que les musiques, même si elles font un peu plus couleur locale, restent dans le même esprit que dans la série originale.

La personnalité des wives survivant à Handan est assez similaire à celle que nous connaissons aux Etats-Unis (bien que parfois moins surjouée, à l'instar de Yasemin/Susan ; ou de Nermin, beaucoup moins souriante que Bree), et elle est dévoilée de la même façon que dans la série d'origine, en utilisant de nombreuses petites seynettes ou flashbacks. La géographie des lieux permet d'ailleurs à la camera de glisser de façon plus fluide d'un logement à l'autre. L'une des rares différences lors des présentations de chacune sont que les plats préparés pour les funérailles sont sensiblement les mêmes que dans la version originale, mais on appuie moins sur la mauvaise cuisine de Susan, par exemple.

Par contre, la séquence pendant laquelle tout le voisinage vient soutenir la famille endeuillée de Handan va cependant s'enrichir d'une surprise, du genre qui fait tout le sel des adaptations étrangères : une courte prière partagée par les femmes du quartier.

Mais dans ce pilote, les différences ne proviennent pas uniquement des changements dans les scènes ou les décors, mais parfois juste dans l'émotion transmise. Et on a pu le voir d'entrée de jeu, par rapport à son modèle, Umutsuz Ev Kadinlari n'hésite pas à ajouter beaucoup d'émotion, justement.
Une autre preuve de cette tonalité plus dramatique se trouve dans la scène pendant laquelle Susan se remémore la façon dont Mary Alice l'avait consolée suite à sa séparation. Desperate Housewives montrait une Mary Alice qui tenait ses distances tout en soutenant Susan, quand Handan est extrêmement chaleureuse, ce qui accentue d'autant la douleur de Yasemin. Je confesse avoir eu le coeur serré (en dépit du léger surjeu de l'interprète de Yasemin).

Après les funérailles, les épouses reprennent donc leur petit train-train quotidien... mais là encore quelques changements ont lieu par rapport à la version originale, et non des moindres puisqu'il s'agit de changer toute l'intrigue de Gaby !
Ainsi ce n'est pas Zeliş qui a une aventure extra-conjugale (vous n'y pensez pas !) mais son mari ; l'ex-mannequin devient du coup une épouse suspicieuse et jalouse, ce qui la rend moins pétillante que son équivalent américain pourtant déjà un peu pimbêche sur les bords. Vous vous doutez bien que les intrigues s'en trouvent totalement modifiées : l'époux volage tente d'acheter son affection, notamment en lui achetant le dernier ordinateur à la mode, puis abandonne Zeliş pour aller rejoindre sa maîtresse. Il y a pourtant un petit air de parenté entre Gabrielle et Zeliş, car si celle-ci ne trompera pas son mari avec un jardinier, en revanche, elle flirtera vaguement avec le petit geek qui viendra lui installer ses programmes...

UmutsuzEvKadinlari-PurpleDesperate

Pour le reste de l'épisode, il y aura, en définitive, assez peu de variations, en tous cas certainement pas aussi importantes que celle-ci.
C'est en fait ça la plus grande surprise : l'épisode suit la structure du pilote américain (incendie inclus), s'achevant sur la fameuse lettre trouvée dans les affaires de la défunte, sauf que les épisodes d'Umutsuz Ev Kadinlari durent 90 minutes, là où même l'épisode inaugural de Desperate Housewives racontait les mêmes évènements en 45 minutes. Malgré tout, le pilote de la version turque n'a aucun problème de rythme, ce qui est tout à son honneur étant donné les circonstances.
D'ailleurs, il faut croire que la production turque vit dans un autre espace-temps, puisque la première saison de la série, diffusée de façon hebdomadaire, est toujours en cours ; on attend pour ce dimanche le 32e épisode de la saison...

Mais peut-être certaines différences vous ont-elles plus interpelé que moi ? A vous de me le dire...

Posté par ladyteruki à 00:00 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

02-03-12

Black March : ah oui tiens, et, au fait, pourquoi ?

BlackMarch

Nan parce qu'on déconne, on déconne, mais le Black March c'est pas juste un défi, comme ça, pour voir si on a de la volonté, pour se tester et ne pas télécharger alors que c'est possible (ô combien). J'ai déjà tenté le défi du "nan mais je vais pas télécharger pendant une période définie", au fait. Je sais que je le peux (au moins une semaine). Je n'ai rien à prouver.

Sauf qu'il ne s'agit pas simplement de ne pas télécharger : il s'agit de ne rien acquérir, ni légalement ni illégalement. De refuser de consommer des produits culturels pour montrer qu'à un moment, ça commence à bien faire d'être pris pour des... nan mais vous savez quoi, on va rester polis, en fait.
Outre l'évidente diète que cela implique, surtout pour quelqu'un qui tutoie tous les vigiles de la FNUC du coin et qui passe plusieurs heures par jour à écrire et réfléchir sur ce qu'elle passe plusieurs heures par jour à regarder, c'est donc avant tout un acte de revendication. Ou de désespoir.
Ou des deux.

Concrètement, on pourrait réduire la problématique à la suivante : le téléchargement VS l'achat légal.
Ce n'est pas tout-à-fait ce que couvre le Black March, il faut le noter : il s'agit plutôt de manifester le mécontentement de consommateurs qui se sentent pris pour des vaches à lait sans option légale satisfaisante pour accéder à des contenus, et qui voient le système répressif s'accentuer sans contrepartie aucune. La nuance a son importance.
Mais la pomme de discorde peut en gros se résumer à ce problème de l'illégalité contre la légalité.

Evidemment le sujet du téléchargement est vaste. Et, même si j'ai pu l'aborder plusieurs fois par le passé dans ces colonnes, je voulais le faire de façon aussi complète que possible, car les débats récents soulevés par le Black March (de façon plus ou moins explicite), avec différents interlocuteurs et sur divers supports, m'ont fait réfléchir à ma position sur pas mal d'aspects du téléchargement, parfois pour la réviser... et souvent non, il faut bien le dire.
Alors pour évoquer cette question sous un maximum d'aspects, je me suis assuré l'aide d'un producteur de télévision qui interviendra au cours de ce post, j'ai nommé : feu Stephen J. Cannell. A charge pour lui de se faire (selon les points de vue) l'avocat du diable ou au contraire la voix de la raison.
J'espère que je n'aurai pas à payer de droits sur l'utilisation de sa photo, mais en même temps, vu que les lois contre le téléchargement se foutent comme de leur première lettre de mise en demeure des copyrights dans le domaine photographique, je ne me fais pas trop de soucis.

Mais d'abord, commençons par le début : pourquoi je télécharge ? Parce que, oui, j'achète, c'est sûr. Mais je télécharge aussi. Alors pourquoi ?

Je télécharge parce que je ne peux pas me permettre financièrement d'acheter TOUT ce que je regarde.

Cannell_1

Merci Stephen, c'est très vrai. Je me rappelle d'ailleurs qu'à l'époque où je n'avais pas d'argent pour manger, je m'en passais aussi. Comme quoi il n'y a pas de vrai besoin fondamental dans la vie, ce n'est qu'une construction de l'esprit.
Dieu merci aujourd'hui, je n'ai plus à faire ce sacrifice et je peux me payer un deux pièces pas dégueulasse en proche région parisienne (ça n'a l'air de rien mais ça coûte quand même un méchant bras), de quoi remplir un frigo rhétorique (parce qu'en réalité j'ai pas encore de quoi me payer un frigo, mais en tous cas je mange à ma faim), et 2 ou 3 DVD ou livres à la fin du mois quand ya pas eu de tuile. Je n'ai hélas pas souvent le budget pour plus. J'ai déjà de la chance, dans mon entourage tout le monde ne peut pas consacrer autant.
En fait je ne devrais pas appeler ça un "budget culture", mais plutôt "somme rescapée à la fin du mois", parce que si je veux être totalement honnête, entre une visite chez le médecin (plus les médicaments) par-ci, ou une facture un peu plus corsée que d'habitude par-là, mon "budget culture" se calcule en regardant le nombre d'euros qui me séparent du découvert à la fin du mois, quand le reste est payé. "Mon budget culture" a, soyons honnêtes, remplacé le concept d'épargne. En gros, je ne suis pas SI privilégiée. Mais voilà, j'aime bien acheter quand même, alors déjà, j'ai fait un choix. Je ne cherche pas les médailles en disant cela, mais c'est aussi ça la réalité du consommateur, Stephen, et c'est ptet pas complètement idiot de le rappeler. Oui, une Porsche à 10 000 euros, on peut considérer que ce n'est pas cher pour ce que ça vaut, mais c'est encore trop cher pour la plupart des budgets, si tu veux, et faire mine de l'ignorer, et exiger que les gens déboursent de l'argent qu'ils n'ont pas, ce n'est pas une façon de réfléchir qui fait avancer le Schmilblik.

Et pourtant je télécharge. Je télécharge parce que soyons honnêtes, je suis une passionnée et j'ai de GROS besoins, comme ces gens au métabolisme capricieux (j'ai une cousine comme ça) qui ont besoin de faire 5 repas copieux par jour, juste pour ne pas tomber d'inanition.

La vérité c'est que je pourrais consommer moins, évidemment.
Après tout, la passion pour les séries télévisées, ce n'est pas la même chose que la faim, la vraie. On peut comprendre qu'on vole à manger, mais voler de la culture ? La culture n'est pas une nécessité pour vivre, si ?
Mais c'est aussi là qu'on touche à quelque chose qui me semble important : la culture ne devrait pas être optionnelle.
Regarder des séries, cela ne forme évidemment pas l'alpha et l'omega de la culture, mais cela en fait partie (et puis c'est difficile de se poser en artiste volé si on n'accepte pas que la télévision soit de la culture, ya une histoire de beurre et d'argent du beurre, littéralement). Mais cela peut s'appliquer à tout ce qui est téléchargé : cinéma, musique, livres... et si on commence à dire qu'on n'a pas à espérer avoir accès à la culture qu'on ne peut pas acheter, on commence à tenir des propos qui me dérangent énormément, Stephen. Parce que sans téléchargement, on laisse quoi comme option aux gens ? Le bombardement par des chaînes comme TFhein d' "oeuvres" qui sont rentables, et donc par définition, s'adressent au plus petit dénominateur commun. Si on n'admet pas que les gens aillent chercher plus loin que ce qu'on leur enfourne dans le bec à coups de rotation lourde sur les stations de radio musicales, et de diffusion charcutée les grandes chaînes de télévision, on détruit même le concept de culture pour tous. On admet que la culture n'est pas accessible à tous. Et c'est une idée qu'on pouvait faire semblant d'accepter sur le principe jusqu'au siècle dernier, et avant internet, mais qui aujourd'hui n'est plus acceptable une seule seconde, parce qu'on sait qu'en téléchargeant illégament, on pourrait avoir accès à la culture. Alors pourquoi accepter de rester dans l'ignorance ? Que se passe-t-il, Stephen, si les séries qui passent à la télévision, je ne les aime pas ? C'est TFhein sinon rien ? Que se passe-t-il, Stephen, si la musique que j'aime, aucune radio ne veut la diffuser ? C'est Lady Gaga ou le silence ? Je me prive de télévision et de musique ? Parce que je n'ai pas l'argent de faire autrement ?
La culture, c'est une façon de s'éduquer au monde. Et l'éducation, on est tous d'accord pour dire qu'on devrait ne pas dépendre de ses ressources financières pour y accéder, non ?
La variété de l'offre culturelle devrait être inscrite dans la Constitution, selon moi. Mais on m'écoute jamais quand il s'agit d'amender la Constitution.

Et puis, pour être tout-à-fait honnête, Stephen, toi et tes congénères (les vivants, en particulier, qui manifestent une plus grande cupidité) n'avez pas vraiment envie que je consomme moins. Vous n'avez pas vraiment envie que je réduise ma consommation, particulièrement dans le milieu de la télévision ou, comme dans celui du tabac, on espère bien que je vais avoir envie de toujours plus de paquets de cigarettes par jour, quitte à taper une clope à droite ou à gauche, et certainement pas que j'apprenne à être une fumeuse occasionnelle.
Soyons francs : la télévision fait ses thunes sur la quantité d'épisodes vus et sur l'appel d'air que cela induit lorsqu'une série s'arrête et qu'une autre commence. Du jour où un fan de séries se dit "ouais, bah tu sais quoi, après Buffy j'ai jamais vraiment pu accrocher à nouveau à une série", il est perdu pour l'industrie ; quand une personne est prête à regarder toujours plus, c'est là qu'elle est intéressante, comme en témoigne la multitude de spin-offs pour des séries procédurales qui ont pendant une bonne et large décennie bien profité ouvertement de ce phénomène jusque là exploité avec plus de discrétion. De la même façon que l'industrie agro-alimentaire rajoute du gras et du sucre pour donner envie aux gens de plus de gras et de sucre, et les gens qui fabriquent des séries espèrent bien que mon appétit ne va pas être satisfait de si tôt, et que je ne vais pas un seul instant envisager de consommer moins.
C'est le jeu, Stephen. Je ne me plains pas. Je sais que je suis encouragée dans une certaine forme d'addiction et que ça fait tourner ton industrie. Je pars du principe qu'à ce stade, c'est un crime sans victime : toi et les tiens faites votre beurre, et moi j'ai mon content de séries, et c'est un de mes péchés mignons comme d'autres ont l'alcool ou le shopping, finalement. Nous sommes, sur le plan de l'encouragement à l'addiction, deux entités adultes et consentantes, bien qu'un peu co-dépendantes.

Le problème c'est évidemment que, toi, Stephen, tu as une super série à me vendre... mais que ton copain JJ aussi, et son colocataire Joss tout pareil, sans parler de leur voisin d'à côté Bryan, ou de la sympathique Theresa qui occupe la maison d'en face. Et je ne peux hélas pas subventionner tout le quartier. Je l'ai dit, quand j'ai un budget culturel à la fin du mois, il ne dépasse pas 3 DVD ou livres, et ça inclut alors tous mes loisirs... or il s'avère que j'en ai plusieurs : séries, films, jeux videos, autobiographies, essais et ouvrages divers, DVD de Jmusic (j'ai la chance de ne pas être attiré par les CD), entre autres.
Du coup je suis obligée de faire un truc qui vous déplait beaucoup, à toi et ton voisinage : je fais des choix. En avril ce sera un coffret de la série de James et Glenn, par exemple, pas la tienne. Tu n'es pas le centre du monde, Stephen, j'ai des préférences et des priorités, et tu n'étais pas tout en haut de ma (longue) liste de séries à acquérir. Je vais probablement télécharger ta série, du coup. Et ça, c'est autant d'argent que, de ton point de vue, tu n'auras pas. Je ne l'avais pas, Stephen, mais ça te fait enrager que tu ne le gagnes pas.

En fait, Stephen, tu ne veux pas que je "m'en passe", de ta série, surtout pas ; ce n'est pas très honnête de me suggérer de me passer de quelque chose que toute ton industrie met tellement d'énergie à me vendre (et je ne me lance même pas dans la question des produits dérivés que ça ne te dérangerait pas que j'achète en plus). Tu veux juste que je la paie légalement, ce que je conçois. Simplement je ne le peux pas, en l'état actuel des choses.

Mais il y a un autre problème, Stephen. C'est que ta série, pour les besoins de la démonstration, vient de commencer aux USA. Et que même si je voulais vraiment débourser une part de mon budget culture, il n'y a tout simplement rien à acheter. Je la télécharge parce que c'est, à ce jour, la seule façon de voir ta série.

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Stephen, c'est absolument vrai. Et largement commenté, là aussi, dans divers post de ce blog : internet nous a donné les outils pour prétendre que nous pouvons tout regarder à tout moment. Et encore, moi je télécharge mes épisodes, il y a des gens qui vivent encore plus dans l'immédiateté et qui regardent en direct et en streaming au beau milieu de la nuit (et c'est pas plus légal).
On vit tous à présent, ou presque tous, dans le mythe que si une envie nous tombe dessus de regarder tel ou tel épisode, c'est possible à peu près dans l'heure. C'est ce qui fait que certains ont décidé de ne pas suivre le Black March, d'ailleurs : il y a telle série qui passe et ils ne veulent pas avoir à s'en priver jusqu'en avril. Un mois leur semble insurmontable. Toute ton industrie tournée vers l'encouragement de l'addiction a donc très bien fait son job, Stephen, et j'en profite pour tous vous saluer.

Y a-t-il un manque à gagner pour toi ? Non. Est-ce légal ? Non plus. D'ailleurs ça peut rester vrai pendant des mois, comme le rappelle l'excellent comic dédié à Game of Thrones de the Oatmeal.
Et encore, Game of Thrones a été choisie pour arriver en France par une chaîne française. C'est effectivement une question de patience, après tout.
Mais qui a acheté les droits de Reed between the Lines en France ? Personne. Ce n'est pas la culte de l'immédiateté qui est le seul à mettre en cause.

Au final, on est tous bien emmerdés.

Peut-être que si je pouvais acheter à un tarif décent (voir aussi : "budget culture") des épisodes rapidement après leur diffusion aux USA, les choses seraient différentes. Je crois par exemple énormément dans la licence globale.
Rappelons, et ce n'est à mes yeux pas du tout anodin, que ce que l'on reproche aux mecs de MegaUpload, c'est d'avoir proposé la licence globale à toute la planète sans mettre les artistes dans la boucle ; en gros, les dirigeants de MegaUpload s'en sont mis plein les fouilles en faisant ce que les majors se refusent à faire depuis des années, alors que la licence globale, ça fait des années qu'on essaye de leur suggérer !
Parce que MegaUpload a compris qu'on ne peut pas faire comme si ce monde d'immédiateté, pourtant, n'existait pas. Et tu ne peux pas exiger de moi, Stephen, que j'ignore la possibilité de regarder ta série le lendemain de sa diffusion, et en VO, pour la modique somme de quelques heures d'électricité. Ce n'est peut-être pas légal, mais c'est POSSIBLE, et tu ne peux pas le rendre impossible. Mais le modèle de MegaUpload (ainsi qu'en attestent les listes, dressées avec un enthousiasme juste un peu pervers par les médias, de voitures et de demeures, comme si les patrons de majors ne vivaient pas dans un luxe similaire) prouve que nous ne cherchons pas à avoir tout de façon gratuite. Les consommateurs sont prêts à payer.
Simplement, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas être prêts à payer les tarifs pratiqués par les majors, à l'unité, avec des catalogues restreints, et des DRM en pagaille comme si on pouvait acheter le droit de louer un épisode pour plus cher que si on achetait le DVD (qu'en plus on a de fortes chances d'acheter quand même ultérieurement). Peut-être que si le modèle de MegaUpload avait été adopté plutôt par Universal, mettons, on n'en serait pas là... et je ne parle pas de la situation de Kim Dotcom et de ses copains, mais bien de la nôtre, à nous tous.

Mais, Stephen, il y a encore pire.

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Si.
Parce que le téléchargement illégal a DU MERITE. Je sais, ça parait invraisemblable.

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Bon alors, là, non, je t'interromps, Stephen, c'est juste pas possible. Je peux pas te laisser dire ça. Le téléchargement n'est pas du vol.
Quand tu as une histoire dans la tête et que je t'écoute raconter cette histoire, et qu'ensuite je me répète cette histoire dans mon coin, je ne la vole pas. C'est le propre de quelque chose d'immatériel : cela t'appartient toujours, mais se transmet. Du moment que je n'en dépose pas le brevet ou que je ne la vends pas à un autre, je n'ai rien volé du tout et ton histoire est toujours ton histoire. Et tu peux la faire breveter, tu peux la raconter à quelqu'un qui te payera pour la raconter, tu peux l'écrire ou l'enregistrer puis faire payer pour le support écrit ou audio ou video, et d'avoir adopté cette histoire dans un coin de ma tête, de me la raconter pour me divertir, ce n'est pas du vol. Tu peux considérer que mon devoir est de ne me rappeler de cette histoire que tu as à raconter qu'en achetant le support sur lequel tu as trouvé le moyen de la commercialiser. Mais tu ne peux pas dire que je te vole cette histoire, c'est inexact.
On vole un DVD, un livre, quelque chose qu'on peut mettre dans une poche ou un sac. Pas une histoire, pas un fichier. C'est une contrefaçon, tout au plus.

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Une fois encore c'est entièrement vrai, Stephen. C'est tout justement là qu'on touche à un sujet compliqué. Le coeur du problème est évidemment là, dans les questions financières.

De l'argent, tu en as reçu, rappelons-le, avant même que la série ne soit diffusée dans ton pays d'origine, en réalité. Et si c'est compliqué, c'est parce que d'un côté, tu as déjà été payé pour ton travail, et que d'un certain point de vue, cela devrait suffire ; mais d'un autre côté, c'est vrai que si ta série remporte un énorme succès par la suite, c'est normal que tu touches de royalties après la diffusion, et sur les ventes de DVD notamment.
Tu as déjà été payé une fois, donc. Alors, pourquoi les royalties ? Pourquoi devrais-tu toucher de l'argent APRES avoir gagné la somme initiale stipulée par ton contrat initial ? On pourrait se le demander. De la même façon que mon boulot me paye à venir faire mon boulot, et rien de plus, on pourrait se dire que chacun a rempli sa part du contrat et que ça s'arrête là. Et que, si j'ai créé, mettons, un système d'organisation dont on se servira même une fois que j'aurai changé de bureau, eh bien c'est absolument le même tarif, et que c'est même dans l'ordre des choses. Je laisse à la postérité la joie de bénéficier de ce que j'ai créé pour une somme initiale non-renégociable.
Pourtant les royalties sont une bonne chose pour un artiste. Si le contrat d'origine stipule que tu gagnes, mettons, $5 000 pour créer ta série, et qu'ensuite, la série se vend incroyablement bien en DVD, Blu-ray et VOD, eh bien tu n'en vois pas la couleur, de tout cet argent. C'est le distributeur qui s'en met plein les fouilles, et ça, ce n'est pas juste. Je comprends donc le concept de royalties. Et comprends bien que, pour qu'il y ait des royalties et que le système fonctionne, il faut que les gens achètent le DVD, le Blu-ray, ou le fichier via la VOD.
Il y a un autre soucis d'ailleurs. Pour que tu sois payé lorsque tu signes ton contrat (les $5 000 de départ), il faut que ton industrie fournisse de l'argent pour ton projet. Et il faut que ton projet soit suffisamment rentable pour que quelqu'un investisse ensuite dans le projet suivant. Il faut bien qu'il y ait des rentrées d'argent. Et pour cela, il faut bien qu'il n'y ait pas que des gens qui téléchargent illégalement. Je le comprends tout-à-fait.
C'est bien pour ça que je dis que c'est compliqué.

Je ne prétends donc pas qu'il faille une gratuité totale. Je dis juste que l'offre n'est pas en adéquation avec la demande, ni avec les moyens financiers de la demande. Comment expliquer que, en une période de crise, il faille supplier les majors (qui pourtant peuvent plus se le permettre que les indépendants) de baisser leurs tarifs ? Pourquoi les prix ne baissent-ils pas, ou si peu, alors que le pouvoir d'achat est un problème dans la plupart des pays du monde ?

Le problème, c'est bien que les choses ne peuvent plus fonctionner comme avant internet et son maudit culte de l'immédiateté et de la variété de l'offre culturelle.

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Bah, mon Stephen, presque.
Parce que pour presque conclure (bientôt, promis) ce n'est pas du vol, quand je télécharge, c'est aussi souvent que possible, un emprunt. En fait, la valeur de test du téléchargement me pousse ensuite, j'ose le dire, à faire de véritables investissements. Je fais la démarche de télécharger non par pingrerie, mais, en grande partie, parce que la découverte me permet ensuite de faire la démarche d'acheter ce dont je n'aurais pas eu envie de faire l'acquisition autrement, n'en connaissant pas le contenu, la qualité, l'intérêt.

Parlons concrètement. Rien qu'en 2011, outre mes achats de DVD "normaux", j'ai dépensé un peu plus de 200 € dans des coffrets de séries qui ne sont pas, et ne seront probablement jamais, commercialisés en France. Nommément : Mesudarim, The Circuit, Capitu, Koselig Med Peis, et Yes, Minister.
Sans le téléchargement, je n'aurais jamais dépensé cet argent dans l'investissement de ces DVD. Tu n'imagines quand même pas, Stephen, que j'aurais acheté le coffret d'une série dont je n'ai jamais vu une image ? Si je n'avais pas téléchargé le pilote de ces séries (et bien souvent, c'est à peine croyable mais pourtant vrai, uniquement lui), je n'aurais pas fait ces achats. Ton équivalent brésilien ou norvégien ont ainsi gagné de l'argent en plus, sans avoir déboursé un sou en promotion dans mon pays. Alors évidemment ça te fait une belle jambe, Stephen. Ce n'est pas TA série que j'ai ainsi acquise. Mais les faits sont là, le téléchargement n'est pas QUE mauvais.
Et d'ailleurs, ta série, si elle me plait, je vais faire mon possible pour l'acheter en DVD en import, et ce avant même de me poser la question de savoir si elle sera un jour disponible en France. Parce que si ça me plait, je veux le coffret DVD (et lui aussi, de la façon aussi immédiate que mes moyens le permettent, et sous condition évidemment que le DVD existe). En tant que passionnée, ça me semble normal, et même, nécessaire. Simplement si ta série est une grosse bouse, eh bien non, je ne vais pas payer, et encore, il y a la question du prix psychologique, j'attendrai peut-être, comme je l'ai fait pour les premiers coffrets de Lost, une promo sur CDiscount. Tout n'est pas noir et blanc.

J'irai même plus loin. On a parlé du culte de l'immédiateté. On se garde bien de rappeler que le téléchargement, la culture, tout ça, ne concerne pas que des oeuvres pour lesquelles il suffirait d'attendre quelques mois pour qu'il y ait une diffusion en France (en version doublée, à des horaires pas possibles, mais je ne vais pas entrer dans ces débats corollaires). Le téléchargement illégal, c'est aussi quand je cherche par tous les moyens comment mettre la main sur le pilote de Run for your life, qui n'a jamais été rediffusé en France depuis l'ORTF. Et encore, c'est une chance, parce qu'il y a tant de séries, même américaines, qui n'ont jamais été diffusées en France, et ne le seront jamais...
La culture c'est aussi permettre aux gens d'accéder à des vieilles séries qui sont impossibles à voir autrement. Je serais prête à payer de l'argent pour ça. Mais Stephen, ton industrie ne veut pas de cet argent-là, et ne me propose pas d'option.

Bien-sûr que ces exemples sont radicaux, et bien-sûr que tout le monde ne regarde pas des séries étrangères ou anciennes (c'est dommage, et je m'emploie à ce que ça change, mais c'est pas la question). Mais Stephen, je n'ai jamais prétendu m'exprimer au nom de qui que ce soit, sinon moi. Je ne revendique rien d'universel. Je pose juste les raisons qui font que le Black March m'apparait comme la seule façon de protester contre un système dont je ne peux pas sortir gagnante si je joue selon les règles du jeu, et où il m'apparait que je suis perdante à bien des égards si je ne télécharge pas.

Toutes les raisons qui font que je télécharge, prouvent qu'il y a quelque chose qui cloche dans le modèle actuel. A l'heure du numérique, il devrait être possible de faire des abonnements à la carte plutôt que de payer au fichier, de proposer à des internautes de payer pour se faire éditer un DVD (sans package) de la série de leur choix, etc...
Tiens, pourquoi n'y a-t-il pas de DVD pour les 3 dernières saisons d'Une Nounou d'Enfer, nulle part ? Parce que ce ne serait pas rentable, probablement, comme pour des dizaines d'autres séries distribuées seulement de façon partielle. Pourtant s'il existait un service de type "Netflix permanent", alors sans débourser d'argent en termes de fabrication (il s'agirait uniquement de graver des DVD, un matériel qui pourrait très bien être mutualisé pour toutes les séries du catalogue), Sony Pictures Home Entertainment pourrait vendre légalement des DVD de la série à un prix raisonnable, et à la carte, au coup par coup, sans craindre de pertes, plutôt que de créer de la demande et pousser les gens à se tourner vers le téléchargement illégal des produits qui ne sont pas commercialisés. Mais non.

Alors, Stephen, on fait quoi, à partir de là ? Tu proposes quoi ? On change quoi ?

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Je vois. La réponse habituelle, donc.
Eh bien écoute, dans ce cas, je  m'en retourne à mon Black March.

PS : lecteur, je m'en remets à toi pour trouver ci-dessous uniquement des commentaires construits et civilisés. Comme partout ailleurs sur ce blog, mais enfin, ça va mieux en le disant.

Posté par ladyteruki à 10:55 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

28-01-12

Requiem pour Alcatraz

J'ai une vraie admiration pour JJ Abrams. Ce mec a un don. Ces séries sont creuses, mais elles fonctionnent. Il a tout compris au fonctionnement de l'univers, et de la télévision mainstream moderne en particulier. C'est un type qui n'invente rien, ne révolutionne rien, mais qui le fait extrêmement bien et avec un véritable flair lorsqu'il s'agit de harponner les spectateurs avec des artifices. C'est un magicien. Beaucoup de mecs dans son genre se contentent de faire de la petite série à la con jusqu'à la fin de leurs jours, mais s'ils sont dans son genre, il ne sont pas dans sa catégorie, il les bat tous. Il n'a pas de vision créative, il n'a pas un univers comme on peut le dire de types comme Kelley, Whedon ou Fuller, mais il a trouvé une formidable façon d'exercer sa transparence avec panache, et ça force l'admiration.
Je méprise la plupart des choses qu'il fait (quand il ne se contente pas simplement d'y associer son nom au début, et de filer ensuite vers de nouvelles aventures, genre Lost), mais j'ai l'honnêteté d'admettre que sur le principe, il a tout bon. C'est un vrai malin, à défaut d'être un extraordinaire créatif. Il a vraiment du nez. Il mérite son succès.

C'est ainsi que s'ouvre, enfin ! mon fameux post sur Alcatraz, mille fois esquissé, mille fois reporté, et mes compliments se bornent à l'oeuvre d'Abrams en général plutôt qu'à la série en particulier, c'est vous dire si je suis déjà au max.
En fait, les compliments, il n'y en a plus après l'image.

Alcatraz

Pouf voilà c'est fini.

Parce qu'il faut être honnête, Alcatraz, c'est une grosse merde. Et je n'emploie pas souvent le terme de "grosse merde", quand même, vous pouvez vérifier ça reste assez sporadique. Mais là, on est quand même en plein dedans.

N'étant pas une inconditionnelle de Lost, même pas vraiment parce que ça ne m'a pas plu, mais simplement parce que je marche essentiellement au coup de coeur et qu'au bout d'environ 7 épisodes, je ne ressentais plus rien pour Lost et ai fini par regarder la série une fois tous les 5 ans (faudrait que je m'y remettre, un jour où j'ai rien de mieux à faire...), les comparaisons évidentes n'ont pas sonné comme une forme de recyclage éhontée. Hormis le fait que tout recyclage pur et simple est éhonté par principe. Mais disons que ça ne me fait pas hurler au sacrilège. Limite, pourquoi pas ? Lost n'était pas une mauvaise série, pourquoi ne pas s'en inspirer en fin de compte ? Donc, c'est lourd, visible et omniprésent, mais pourquoi pas, il y a des tas de créateurs de séries qui réemploient des recettes qui ont fait leurs preuves, ça n'est pas nécessairement choquant.

Le soucis d'Alcatraz c'est qu'on peut partir du principe que soit ce qui est nouveau est totalement dépourvu d'âme et d'originalité, soit il n'y a rien de nouveau du tout, et entre nous, je ne sais pas ce qui est le plus condamnable.

Il faut savoir que mon jugement sur Alcatraz ne se fait pas à l'emporte-pièce. Comme je croyais que le pilote était double, j'ai regardé les 2 premiers épisodes d'une traite en début de semaine (quand je me suis rendue compte de la méprise, je me suis dit, allez, tentons toujours, tant qu'on y est, ça s'arrange peut-être), avant de même donner sa chance au troisième un ou deux jours plus tard, parce que je lisais des trucs positifs sur la série, notamment de la part de personnes dont je tiens d'ordinaire l'opinion en haute estime. Comme quoi.
C'est donc sur la base de non pas un malheureux pilote, mais bien de trois épisodes, que je vous dis sans détour : c'est une grosse merde.

On a droit à tout.
La totale des clichés des séries qui n'ont rien dans le ventre. La jolie blonde (alors c'est vrai, elle est jolie). Le gros nerd. Le vieux austère. La minorité bien visible (alors c'est vrai, elle aussi elle est jolie). Pour un peu ce serait le cast d'un procedural autopolycopié genre Les Experts. Il nous manque juste un jeune premier et on a la collection complète. Vraiment c'est saisissant.
Les mystères à la con, aussi. Sauf qu'à chaque fois on les voit venir à 10 kilomètres. Chaque fois qu'il y a un truc un peu étrange qui se passe, le spectateur a vingt fois le temps de comprendre ce qui se passe avant que les personnages n'agissent dans ce sens, ou que la "révélation" soit faite. Et c'est vrai dés la scène d'intro du pilote, jusqu'à la fin du 3e épisodes, c'est fabuleux de cohérence et de constance.
L'ambiance joue uniquement sur la technique du "on ne vous dit pas tout" et des musiques lourdingues. Là-dessus permettez-moi de vous dire que c'est quelqu'un de sourd d'une oreille qui vous parle, et que ce quelqu'un ne remarque pas les musiques de fond dans les séries, sauf si elles sont excellentes, ou si elles sont cruellement ignobles. C'est bien-sûr le second cas ici et pour que je m'en plaigne c'est vraiment que ce soit quelque chose, parce que je suis pas regardante. Déjà, comme on a déjà dû vous le dire, ce sont les musiques pseudo-mystérieuses de Lost, c'est l'intégrale du soundtrack je pense, il ne semble rien manquer, et ensuite, le volume des musiques est à 125%, quand le volume des dialogues est à 75% et ça, c'est une pratique qui me met en rage. Insupportable de bout en bout. Pas une scène pour sauver les autres. Dés qu'il se passe un truc le spectateur est supposé s'inquiéter et se poser des questions, je suppose, mais j'ai un message pour la prod d'Alcatraz : eh les mecs, si vous avez besoin de faire signe constamment à vos spectateurs de s'inquiéter avec une musique omniprésente, c'est qu'ils sont incapables de le faire sans ça. Et ça signifie tout simplement que votre scénario est en échec. Ya pas de quoi faire les malins.

Le pire de tout, cependant, c'est qu'Alcatraz est en fait, derrière son intrigue presque mystérieuse, à peu près fantastique et soi-disant conspirationniste, un vulgaire cop show. Et même en maquillant le crime autant que possible, c'est insupportable tellement c'est flagrant. Pendant 3 épisodes, on a eu un criminel de la semaine à coffrer (et les enquêteurs font tout pour que ça prenne bien 45mn). Comme vous le savez, ce côté procedural m'est insupportable. Peut-être qu'il y a quelques années, encore, bon, je dis pas... mais là non, je ne supporte plus les cop shows procéduraux. Je sais pas, peut-être qu'il y a quelque chose à inventer ou ressortir des cartons, genre un drama procédural, pour que je me réconcilie avec la formule, mais là, c'est vraiment la collision de deux systèmes que j'ai pris en profonde aversion.

Mais il faut reconnaître : Alcatraz est, comme tout ce que j'ai vu faire Abrams jusqu'à présent, un objet de popculture prêt à l'emploi, avec tout ce qu'il faut pour essayer de capter l'attention du grand public. Simplement c'est complètement creux.
Et je ne sais plus pardonner ce genre de choses.

Le pire de tout, c'est que je n'avais pas de préjugé négatif contre le principe d'Alcatraz. Presque le contraire. Je ressens une sympathie sincère envers l'histoirique de cette prison, et je me revois encore, petite fille, regarder un épisode des Rues de San Francisco utilisant ce contexte pour une enquête, et me dire que ça ferait un super sujet de... de je sais pas, j'étais encore petite et je ne pensais pas en termes de séries potentielles, mais ça m'attirait comme sujet. Ca animait mon imaginaire et je peux comprendre que ça puisse donner plein d'histoires. Et plus de deux décennies plus tard, voilà Alcatraz.
Pour vous dire la vérité, depuis le début de la semaine, j'essaye de retrouver le titre de cet épisodes des Rues de San Francisco pour tenter de le revoir... Tout n'aura donc pas été perdu, mais quand même, quel gâchis.

Posté par ladyteruki à 23:37 - Review vers le futur - Permalien [#]

16-01-12

Home alone

Chaque année je vois de nouveaux téléphages apparaitre dans le paysage. Parmi eux, une part non-négligeable de "petits jeunes" qui ont découvert les séries télévisées entre 2004 et aujourd'hui, la génération Lost. Certains ont la soif de découvrir, d'autres pas du tout. On peut avoir une conversation avec eux et réaliser qu'ils n'ont jamais vu un épisode de X-Files de leur vie. On peut aussi avoir une conversation avec eux et s'apercevoir qu'ils ont tenté de regarder des séries qui a priori n'étaient pas vouées à se trouver dans leur champ de vision. De tout.
Et à chaque fois que je vois de ces jeunes spectateurs arriver, et commencer à se faire le relai de leur téléphagie, je réalise que les points de repère bougent. Que la téléphagie dont ils parlent ne sera de toute évidence jamais la même que la mienne. Qu'ils ont vécu leur adolescence devant Skins, pas devant Dawson (bon d'un autre côté pour moi ça n'a été ni l'un ni l'autre, mais vous saisissez l'idée). Que certaines séries qui me semblaient faire partie des "classiques", même quand je ne les ai pas aimées, leur sont étrangères et qu'ils ne voient pas le problème. Ils ont d'autres références et ça ne les étonne pas plus que ça.

Mais dans cette sorte de fossé des générations téléphagiques, ce qui s'exprime de plus en plus clairement, c'est qu'ils ont grandi dans un monde où tous les téléphages peuvent échanger entre eux, et où, quoi qu'on aime, on trouvera toujours quelqu'un avec qui partager notre passion pour une série donnée. Et moi-même, j'ai parfois tendance à oublier que ce n'est pas quelque chose de si évident, de par mon utilisation d'internet, notamment. On aimerait croire qu'aujourd'hui, on peut, quelle que soit la série qu'on apprécie, trouver son "âme soeur" téléphagique, et cela fait partie des charmes de notre époque.

Pourtant.
On oublie parfois, moi la première, que non seulement il a existé une époque pendant laquelle on pouvait être seul à regarder, suivre, aimer une série, sans jamais trouver avec qui deviser gaiement ou gravement à son sujet, mais ce genre de no man's land existe encore, de nos jours.
Au fond, on peut bien faire toutes les expériences de contagion qu'on veut, essayer de faire découvrir des séries qui a priori ne sont vues que par une poignée de personnes sur notre continent, ou passer le mot au sujet de fictions obscures de chaînes méconnues, il y a toujours un moment où on se sent juste très seul dans la vision qu'on a d'une série en particulier.

Cette séquence nostalgie vous a été proposée par House of Lies.

HouseofLoneliness

Parce que c'est assez dramatique cette sensation d'isolement que je ressens quand j'ai envie de parler de la série. Certes, je sais que je ne vais pas aller en discuter avec Florian, dont le biais anti-Showtime est célèbre dans toute la francophonie grâce à ses légendaires prises de position dans le SeriesLive Show. Mais j'ai un mal fou à trouver d'autres interlocuteurs qui en ont eu une bonne impression.

Pendant un moment, je m'étais même dit que c'était parce que j'avais eu une bonne impression sur le pilote, et que ça allait se calmer voire même disparaitre ensuite ; ça s'est déjà vu sur d'autres séries après tout, l'un des exemples récents qui me vient à l'esprit est Combat Hospital. Au bout d'un ou deux épisodes de plus, j'ai fini par me dire que, bon, le pilote n'était pas si mauvais que ce que d'autres semblaient bien vouloir le dire, mais il n'était pas non plus excellent au point de continuer à suivre la série.

Mais rien à faire. Là, je viens de regarder le second épisode, et je me suis marrée comme une malade. J'adore la dynamique de groupe, j'adore le cynisme ambiant, j'adore le côté délicieusement absurde de la vie professionnelle des protagonistes. Et j'adore la dynamique de groupe, aussi. Déjà dit ? Pas grave, ça vaut la peine d'être répété.
Pas l'ombre d'une déception. En fait, le pilote était pas mal, mais définitivement moins bon à mes yeux que l'épisode suivant, plus déjanté. Il y a toujours deux-trois trucs qui ne m'intéressent pas (en général connectés à la vie du personnage principal), et qui ne sont pas nécessairement du meilleur goût (tout ce qui est relatif à l'ex-femme du personnage principal), mais c'est totalement mineur au regard du reste, et notamment de mes véritables fous-rires. Au point de devoir mettre l'épisode en pause et m'éponger les yeux.

Je me sens très, très seule dans mon appréciation de House of Lies.

Comme avant d'être une téléphage sur internet. Sauf que je suis sur internet, et que je lis plein de gens qui en parlent, et qu'ils n'aiment pas du tout.
En pire, donc.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche House of Lies de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:33 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]