ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

30-05-12

Le meilleur du pire

Dans mon post d'hier, j'ai mentionné une série dont je n'avais vu que le pilote : For Better or Worse. Mais il ne vous aura pas échappé qu'on est un peu en rupture de sitcoms en ce moment, et suite à cette mention, je me suis dit : bon, allez, la première saison fait 10 épisodes, qu'est-ce que ça me coûte ?
Non seulement ça ne m'a rien coûté mais j'ai été très surprise de suivre la série sur la globalité de sa saison, et d'y trouver quelque chose de très différent de ce à quoi je m'attendais, même alors que j'avais vu le pilote.

ForBetterorWorse

Difficile pourtant pour un sitcom d'avoir un aussi mauvais karma que For Better or Worse.
Déjà, la diffusion sur TBS devrait vous mettre la puce à l'oreille. Je suis prête à parier que vous êtes incapable de nommer UNE série originale de TBS qui vous ait fait rire... en partant du principe que vous en ayez vu quelques unes, bien-sûr. C'est mon cas, à peu près depuis que la chaîne a décrété qu'elle était "very funny", et le problème c'est que la chaîne et moi ne partageons pas du tout la même opinion à son sujet... ou le même humour.
Mais bien évidemment, la plus grande force jouant dans l'attrait (ou absence de) pour For Better or Worse, c'est Tyler Perry. Vraiment, si vous ne le connaissez pas, ouvrez votre moteur de recherche favori et consacrez-lui quinze petites minutes, c'est édifiant. Mais tout aussi incroyable que soit son succès, ses recettes pour la télévision méritent notre attention, à nous téléphages, parce qu'elles sont totalement à contre-courant de ce qui se fait dans l'industrie télévisuelle classique, mais fonctionnent si bien que c'est devenu un nouveau modèle (qui sera d'ailleurs celui d'Anger Management dans quelques jours). Tyler Perry est capable de produire des épisodes quasiment au kilo ; j'étais plus entrée dans le détail de ses méthodes il y a deux ans, et son système ultra-rentable s'est affiné avec le temps.
For Better or Worse appartenait donc à cet univers-là à sa naissance, un monde où les épisodes sont tournés dans des temps record, pour un prix ridicule, et à destination d'un public "black" réputé (à tort ou à raison) peu exigeant.

C'est peut-être d'ailleurs la raison qui a fait que j'ai regardé le pilote de For Better or Worse d'un oeil détaché, pour ne pas dire désabusé, lorsque les 10 épisodes de la commande initiale ont commencé à être diffusés en novembre dernier, avec comme perspective que 90 autres seraient achetés par TBS si la série faisait ses preuves.

L'épisode n'est pas franchement épatant. On a l'impression d'y retrouver les recettes éternelles des sitcoms "blacks", à plus forte raison si on a vu Let's stay together qui semblait reposer quasiment sur la même formule : parler des relations amoureuses à travers des couples (et dans le cas de Let's stay together, une célibataire), sans explorer la question de la rencontre mais plutôt de l'après.
Mais il avait, en même temps, quelque chose que les autres séries dans son genre n'avaient pas. Ou plutôt non, je le formule mal : il n'avait pas quelque chose que toutes les autres ont : des rires. Les séries de Tyler Perry sont, d'après ce que j'en lis, tournées sans public, et les rires sont donc artificiels. C'est à mon sens un soulagement de s'en débarrasser dans un sitcom déjà assez dépourvu en subtilités ; je me fais souvent la réflexion que certains sitcoms y gagneraient, sans pour autant devenir des single cameras, mais c'est la première fois que je vois quelqu'un réellement passer à l'acte. Tyler Perry l'a donc fait, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait du bien.

L'expérience du pilote se poursuit donc avec ce soulagement de voir que les gags ne sont pas soulignés à l'excès par des rires en boîte. Car les gags existent, aucun doute là-dessus.

Mais avant de vous parler de l'histoire de For Better or Worse, laissez-moi vous présenter les personnages. Concentrez-vous une minute, il va falloir suivre, c'est un peu Dallas.
Un couple, Marcus et Angela, est marié depuis 13 ans ; ce sont eux le couple central de la série. Ils ont un fils de 12 ans appelé MJ, et Marcus a, de son premier mariage, un fille appelée Dominique qui en a 14. La mère de Dominique, qui est donc l'ex-femme de Marcus, s'appelle Keisha, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'entre Angela et Keisha, ce n'est pas forcément le grand amour.
Angela est directrice d'un salon de beauté ("Lady Angie"), qui emploie Jennifer, une mère célibataire au tempérament explosif. Angela, elle, coiffe régulièrement dans son salon sa meilleure amie Leslie, une charmante créature belle et douce qui vit avec Joseph depuis plusieurs années, sans qu'ils soient mariés.
Joseph est, de son côté, le co-présentateur de Marcus dans l'émission sportive qu'ils dirigent ensemble.
C'est bon ? Vous y êtes ? ...Je vous avais prévenus. Mais vous allez voir que c'est important pour la suite.

Voilà donc ce que raconte ce premier épisode : tout commence quand, alors qu'ils prennent leur petit-déjeuner, Dominique et MJ commencent à se disputer. Dominique vient en effet de traiter Angela de pétasse (des propos qu'elle tient vraisemblablement de la bouche de Keisha), et MJ a défendu sa mère. Ce petit évènement va faire boule de neige, mettant en exergue l'opposition larvée entre les deux femmes dans la vie de Marcus. Le pilote construit donc lentement mais sûrement leur affrontement, qui ne saurait tarder.
Dans l'intervalle, l'émission de Marcus et Joseph prend de l'ampleur et Richard, un producteur, rejoint leur équipe. Pour lui faire bon accueil, Joseph et Leslie ont décidé d'inviter Marcus et Angela, ainsi que Richard et sa petite amie, à dîner chez eux. Ils ignorent que Richard... sort avec Keisha.
Forcément, Angela et Keisha finissent par se foutre sur la gueule. Et je ne dis pas qu'elle vont simplement s'invectiver, mais qu'elles vont bel et bien en venir aux mains. De ce pugilat, contre toute attente, naitra une sorte de trève entre l'ex-femme et la femme actuelle de Marcus.

A l'issue du pilote, tout cela semble bien risible et disproportionné, et peut-être vous en rendez-vous compte à la lecture de ce résumé qui n'a rien de sexy. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'avais pas continué : le "drama" prend des proportions épiques, qui font finalement plus rire que les gags de l'épisode.

Lorsque j'ai donc repris la saison hier, je n'attendais pas grand'chose des épisodes suivants. Mais j'ai été très surprise par plusieurs ingrédients :
- d'abord, le fait que For Better or Worse est totalement feuilletonnant ; je n'ai jamais vu aucun sitcom traiter ses intrigues de cette façon, et les séries dramatiques le font de moins en moins. Ici on est presque dans une vision soapesque des intrigues, au sens où ce qui commence dans le pilote ne trouve pas de (semi) conclusion avant le season finale,
- ensuite, le fait que, bien que tourné comme un sitcom (à l'exception d'une seule scène hors-studio), formaté comme un sitcom, et résolument ponctué de séquences drôles (il y a même un personnage dont la seule occupation est d'être le comic relief), For Better or Worse emprunte des axes très, très sombres. L'absence de rires enregistrés, on le réalise en avançant dans l'intrigue, n'est pas tant voulue pour changer la donne, mais pour s'autoriser une plus grande marge de manoeuvre au niveau du ton,
- et pour finir, le fait que plusieurs personnages et intrigues vont basculer au second plan, voire carrément disparaitre, accompagnant le changement de ton par un changement visible des orientations narratives de la saison.

Dix épisodes plus tard, grâce à toutes ces surprises, For Better or Worse est certainement l'une des radiographies de la vie d'un couple en crise les plus osées que j'aie jamais vues.
Et par la même occasion, la série sort complètement de toute grille de classification existante. Sitcom ? Soap ? Série dramatique ? Difficile à déterminer, cela change d'une scène à l'autre.
Ce que la bande-annonce nous vend n'a du coup plus aucune espèce de réalité. Après deux ou trois épisodes, c'est même totalement mensonger.

ForBetterorWorse-Liars

La série se recentre donc totalement sur le couple Marcus et Angela, sans donner l'impression de faire un virage à 180°C.
En fait, les premiers épisodes, qui s'appuisent sur l'hostilité entre Angela et Keisha, permettent au contraire, non sans une certaine dose de subtilité, de nous dévoiler des informations absolument essentielles.
Vous me connaissez, je ne dis pas ça souvent, mais si vous dépassez le 4e épisode, vous avez l'opportunité d'entrer dans un univers radicalement différent.

Ces informations essentielles contenant les clés de la compréhension des évènements, je vais vous les livrer puisqu'elles ne nuisent absolument pas aux surprises de l'intrigue. Le paragraphe qui suit est donc dénué de spoiler, allez sans crainte.

Ainsi, si Angela et Marcus sont mariés depuis 13 ans, leur mariage a connu bien des soucis. Déjà, Marcus était séparé de Keisha depuis seulement six mois lorsqu'il a épousé Angela ; de fait, Keisha était tombée enceinte et c'est ce qui explique que les deux enfants de Marcus ont quasiment le même âge. Cela a causé un premier clash dans le couple encore jeune de Marcus et Angela, mais ils se sont mariés et tout s'en est trouvé, tant bien que mal, résolu.
Mais au bout de dix ans de mariage environ, Marcus a trompé sa nouvelle épouse. Après encore une fois bien des turbulences, et une thérapie qui les a conduits à confier absolument tous leurs secrets l'un à l'autre, ils ont renouvelé leurs voeux voilà 3 ans.

Le couple porte pourtant, malgré les apparences heureuses, cette histoire comme une véritable blessure, n'attendant que d'être rouverte. Le tempérament de Keisha n'arrange rien, et les premiers épisodes de la saison soulignent à quel point le climat entre Marcus et Angela, loin de prouver que désormais ils ont tout mis derrière eux, dépend uniquement de la confiance qu'ils ont décidé d'investir l'un dans l'autre, sans la ressentir totalement. Si Angela est prête à sauter à la gorge de Keisha, c'est parce qu'elle n'est pas tout-à-fait certaine d'avoir raison de croire en Marcus.
Cette phase d'introduction étant passée, la saison s'oriente donc vers sa véritable intrigue, quand Marcus reçoit une lettre lui réclamant une pension pour un enfant dont il dit ignorer l'existence.

C'est là que les choses explosent. D'autant qu'Angela est une vraie excessive, et que les choses vont très, très loin. On dépasse le stade des engueulades, et de loin. Je ne veux pas trop vous en dire (c'est vraiment là que la série fait tout son effet), mais For Better or Worse écrase avec une violence non feinte toute idée préconçue qu'on pourrait avoir sur l'inoffensivité des sitcoms (a fortiori "blacks").

Alors bien-sûr, il faut dépasser le jeu de certains acteurs, encore plus excessifs que ne le sont les personnages. Il faut se retenir de lever les yeux au ciel devant le milieu ultra-friqué dans lequel la série se déroule (on parle d'argent, dans For Better or Worse, et on parle de GROSSES sommes). Il faut subir des gags pas forcément drôles mais tellement, tellement nécessaires au regard de tout ce qui se passe par ailleurs. Même si vous avez déjà vu des sitcoms "blacks", il faut vous attendre à un choc culturel peut-être aussi fort que si vous regardiez une série non-américaine.

Et au final on se retrouve avec une série incroyablement incisive qui emmène ses deux personnages principaux dans une escalade dont on se demande comment elle pourrait bien finir.

Le plus intéressant et, à la fois, le plus triste, je crois, pour For Better or Worse, c'est qu'au lieu de bénéficier de la traditionnelle commande des séries de Tyler Perry (qui après une saison initiale de 10 épisodes voient leur commande augmenter pour atteindre facilement la centaine), la série reviendra en juillet sur TBS pour une deuxième saison de "seulement" 35 épisodes. Je crois que ça en dit long sur l'inconfort que peut générer ce sitcom pas du tout comme les autres.
Et quelque part, j'ai l'impression que c'est aussi un argument qui joue en sa faveur.

En tous cas c'est une expérience intéressante, et en un peu plus de 3h20, cela remet totalement en question pas mal de certitudes, tant sur le format, en tant que téléphage, que sur la question abordée, au fond, par la série et son intrigue.
Comme je le disais, c'est l'été, il n'y a pas beaucoup de sitcoms, c'est un peu le moment ou jamais de tenter For Better or Worse...

Posté par ladyteruki à 20:56 - Review vers le futur - Permalien [#]

30-06-11

Jetlag

Finalement, et même si je ne renie absolument pas mes raisons pourries de regarder Single Ladies, je crois que le côté "ça brille et c'est joli" n'est pas la seule chose qui m'attire dans cette série.

Le problème, c'est que, à l'instar de l'épisode de Roseanne que je regardais l'autre jour, on n'a pas souvent cette discussion avec soi-même où on essaye de reconnaître qu'on a, dans le fond, un peu, des préjugés. Et moi, lady, qui regarde des séries d'à peu près tous les pays pourvu de mettre la main dessus, je suis une raciste.
Parce que dans le fond, j'ai longtemps évité les séries avec, de, et pour les Afro-américains.

SingleLadies-1
Ce n'est qu'à moitié vrai, bien-sûr. J'avais regardé le pilote de Soul Food voilà bien longtemps (et même fait la fiche), j'avais vu de nombreuses comédies d'UPN et consorts... mais voilà, je les avais regardées et aussitôt mises de côté.
Sauf que c'était avant. Avant que je n'accepte de faire tomber les frontières ; quand j'ai admis que les fictions autres qu'Américaines pouvaient être dignes de mon attention (et ce alors que j'en regardais depuis des années, mais il faut voir le temps que ça m'a pris de l'accepter), et que j'ai ouvert ce petit truc dans ma tête qui faisait obstacle à la découverte franche et sans retenue de fictions "différentes". Ainsi, je me défaussais systématiquement des séries afro-américaines parce qu'elles ne répondaient pas aux critères mainstream de la série qu'il est honorable et gratifiant de regarder.

Et pourtant, quand je repense aujourd'hui au pilote de Soul Food, je me dis que je retenterais bien le coup. Parce que j'ai fait le chemin qui me permet d'accepter un peu mieux les séries différentes.

Aujourd'hui, notamment après des expériences comme House of Payne, Are we there yet ou Let's stay together, je sais que j'ai toujours du mal avec les comédies Afro-américaines ; elles me font, au mieux, sourire, jamais rire. Il y a peut-être un mécanisme d'identification qui est sous-jacent en comédie et qui est peut-être moins actif avec les séries dramatiques, je ne sais pas.

Mais devant Single Ladies, et c'est quelque chose que j'avais, finalement, perçu un peu avec Let's stay together, on sent qu'on a affaire à une sous-culture américaine, un truc qui n'est pas aussi mainstream que le reste, et il faut se l'avouer, ça demande une certaine plasticité téléphagique, une petite gymnastique, que je n'avais pas il y a encore deux ans, mettons, et que j'ai progressivement acquise.

Ce n'est pas qu'une question de normes télévisuelles dans l'écriture, le jeu, la mise en scène ou encore la musique. Evidemment, il y a des différences, mais je suis convaincue qu'on les dépasse assez facilement quand elles s'appliquent à des fictions "classiques". Mais ajoutez-y des particularités culturelles, et tout de suite, il y a un obstacle que tout le monde n'est pas prêt à franchir, et que je m'aperçois n'avoir franchi que récemment.
Les relations hommes/femmes sont différentes. Le rapport à la sexualité, mais aussi à la famille, est différent. Pas du tout au tout, et c'est là le piège. Mais juste assez pour qu'on manque légèrement de repère. Et c'est aussi ce qui explique qu'il ait pu être plus facile de regarder une série japonaise qu'une série afro-américaine pour moi, pendant si longtemps, c'est qu'au moins on sait qu'il est normal d'être dépaysé et décontenancé par les différences quand il s'agit du Japon, tandis que, quand il s'agit d'Atlanta, ça tombe moins sous le sens. Encore cette fameuse erreur assez française qui consiste à considérer les USA comme un seul pays et non un patchwork d'identités, comme si regarder une série américaine signifiait qu'on tombait toujours dans la même culture ; regarder Les Ahem! du Bonheur et Oz devrait pourtant nous apprendre quelques leçons, mais non, pas nécessairement.

SingleLadies-2
Donc voilà, je crois que ce qui m'intéresse aussi, dans Single Ladies, ce sont les propos qui me semblent sexistes mais qui sont considérés comme parfaitement acceptables par les personnages, les dialogues qui me semblent incongrus (par exemple Val demandant à son rendez-vous eurasien s'il est déjà sorti avec des femmes de couleur) et qui trouvent un sens dans le fond, toutes ces choses que je ne voyais que comme des défauts et que je vois comme des particularités à présent.

Ca ne rend pas Single Ladies meilleur. Du tout. Certains dialogues sont toujours authentiquement absurdes, ridicules, sirupeux et tout et tout. Il y a toujours une forte propension à nous faire du Zane's Sex Chronicles sans le sexe. Il y a toujours trop de clinquant et de belles robes.

Mais je crois aussi que j'accuse mieux le choc culturel, et c'est ce qui me rend curieuse vis-à-vis de la série.
Et du coup hier j'ai tenté All of Us, pour vérifier ma théorie : ouais, j'ai encore du mal avec les comédies. Par contre, de moins en moins avec le jeu des acteurs, étrangement. Donc si quelqu'un a un BON drama à destination du public afro-américain à me recommander, j'irais bien explorer un peu la question.

Une fois de plus, regardant des séries de la planète entière m'a appris à regarder les séries américaines différemment. Le nombre de richesses que mes voyages téléphagiques m'apportent, c'est fou.
Et pourtant, en écrivant cet article, je me demande si ce n'est pas maintenant que je tiens des propos racistes. Le voyage n'est jamais vraiment fini.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Single Ladies de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:57 - Série de valeurs - Permalien [#]

08-04-11

Touche pas à ma curiosité

"Oh non, elle va ENCORE râler..."
Bah oui mais c'est pas pour rien si une rubrique Point Unpleasant existe. Il y a du matériel pour râler sur le traitement des séries en France. Mais cette fois-ci, ma diatribe ne s'adressera pas aux diffuseurs, aux distributeurs ou... non, mon post bileux portera d'abord et avant tout sur l'information téléphagique.

Il y a quelques jours, je vous entretenais de ma frustration suite à la découverte de l'existence du pilote de Let's stay together, dont personne n'avait eu l'idée de faire une review à ma connaissance, rapport entre autres au fait que peu de monde a pensé à mentionner que la série allait être diffusée. Cette frustration s'étend en fait bien plus loin.

On ne peut pas attendre des sites d'information généralistes qu'ils se diversifient et entrent dans le détail de TOUTES les séries diffusées par quelque moyen que ce soit. Mais il pourrait quand même y avoir un effort, ne serait-ce que par des sites indépendants.

Par exemple, où est le site d'information pour nous parler des webséries ? Je vous jure que je l’ai cherché, mais j’espère que l’un d’entre vous en commentaires viendra m’expliquer que je n’ai pas assez bien cherché (et me filera un lien).
Des webséries, on aura du mal à faire le tour, parce que quand une websérie apparait sur le net, elle peut parfois rester cachée aux yeux du grand public pendant pas mal de temps, voire rester absolument confidentielle. Certes. Cela étant, je veux bien qu’on me donne la raison pour laquelle personne n'a mentionné le projet de websérie de Felicia Day, Dragon Age, ou le fait que Kiefer Sutherland est au générique d'une websérie, The Confession, ou encore que Riese, à l'origine une websérie steampunk au parcours similaire à celui de Sanctuary, va prochainement passer sur de nos écrans d’internet à celui des télévisions françaises via SyFy France. Là, franchement, je vois pas l'excuse (bon moi je vous en aurais bien parlé, pour Riese, mais la grève a fait que, déjà, j'ai surveillé d'un peu moins près l'actu, soyons sincères, et de l'autre, bah j'aurais pas posté même si je l'avais su le jour-même où l'info est sortie ; d'un autre côté pour une fois Allociné a dû en parler, vu qu'ils sont partenaires, mais ça c'est juste la gratitude du ventre, et pas une ligne éditoriale).
Bon, on ne parle pas de trois copains qui filment une websérie dans leur chambre d'étudiants et montent un site vite fait, ni d'une obscure production venue d'un pays dont personne n'a rien à taper, là, tout de même. On parle de projets soutenus par des gens connus et/ou des chaînes connues aux States et/ou au Canada. Qui pour parler de ça ? Je ne dis pas que SeriesLive, pour parler d'un site d'info que je connais bien, devrait s'y mettre. Ça ne nous tuerait pas d'essayer, c’est sûr, mais il faudrait certainement que ça parte d'une volonté et d'un effort de recrutement spécifiques ; la rédaction est déjà bien assez chargée sans cela. Mais pourquoi n'ai-je réussi à trouver aucun site d'information francophone sur le sujet ?

Sans aller aussi loin, pour être informé sur les séries britanniques aussi bien qu'on l'est (et pourtant, on l'a dit, ce n'est pas parfait) sur les séries américaines, il faut chercher.
Personnellement je tente de m'éduquer à la télévision britannique depuis quelques mois, comme vous le savez, mais pour dégoter mes infos en Français, c'est un peu la galère.

Et si je cherche mes infos en Français, alors que je n'ai pas du tout le problème de la barrière de la langue (du moins à l'écrit) c'est tout simplement parce que sur un site francophone, l'info est DIGEREE. En gros, si je me contente des comptes Twitter et des sites que je fréquente en tout bien tout honneur, je tombe sur une information destinée à des gens qui savent déjà de quoi il retourne, alors que sur un site francophone, le rédacteur fait souvent l'effort de la pédagogie. Ca passe par un rappel de la série dont on parle (qui l'a créée, sur quelle chaîne elle est diffusée, son sujet), de son histoire (diffusion, audiences), et des données permettant de prendre la mesure de l'information donnée. Certes, on arguera que Critictoo (encore eux) s'emploie à faire ponctuellement ce travail, bien que leur mission première ne soit pas l'information mais plutôt la critique. Mais ça fait un peu peu, quand même, et surtout la dominante y est encore clairement américaine.

Et encore, tout ce qui est américain n'est pas digne d'être mentionné. On parlait des séries "ciblées" avec Let's stay together, opportunément laissées de côté par la plupart des sites d'infos (et de reviews mais je vous refais pas le post, hein). Quid aussi des soaps ? Personne pour nous parler en France de l'actu des soaps, alors qu'ils sont pourtant diffusés sous nos latitudes. Comble de l'ironie, actuellement sur SeriesLive on parle plus de soaps britanniques, grâce aux bons soins de Clovis qui suit entre autres l'actu de Coronation Street, que d'américaines, alors que Coronation Street en France, je veux bien qu'on me dise sur quelle chaîne ; on fait avec ce que les rédacteurs peuvent faire, après tout. Mais vous comprenez, les soaps c'est dégradant, c'est idiot, c'est débile. Pourtant on s'aperçoit que, non, pas tous les soaps, on veut bien parler de soaps français (encore que sur Plus Belle la Vie, ça s’est quand même bien calmé), dans une certaine mesure mais bon, c'est Français, alors on fait un effort, surtout vu les audiences des primes, ça draine du lecteur, on veut bien faire un effort.
Je n'aime ni ne regarde rien de tout ça, et je ne suis pas chez moi aux bonnes heures de toute façon, donc même si je le voulais, bon, hein... mais force est de constater qu'on n'en parle pas au public téléphagique. Qui pourtant s’intéresse aux séries. Et qui, de vous à moi, quand il regarde déjà Grey’s Anatomy ou Desperate Housewives, n’est pas totalement hors-cible non plus.
Pour les soaps, toutes considérations qualitatives mises à part, c'est pourtant intéressant de voir le nombre d'acteurs connus des téléphages qui y sont passés... ou retournés. Des acteurs qui sont souvent très aimés, mais dont on a l’impression qu’ils sont subitement tombés de la surface du monde. Vous voulez des nouvelles de Vanessa Marcil (Beverly Hills, Las Vegas) ? Son retour dans General Hospital a été l'un des temps forts de l'année 2010 pour la série. Son imminent départ semble aussi s'annoncer comme un petit évènement, alors que son retour avait été apprécié par de nombreux fans. Qui va vous le dire ? Personne. Parce que les soaps, c'est trop débile, c’est dégradant de parler des soaps ; oh, il y a plein de monde pour les regarder (et pas toujours des ménagères de 50 ans !!!), mais en parler, ah non, là ya plus personne, on ne mange pas de ce pain-là nous, on est une publication respectable !

Cette tendance à parler de façon très sélective de sujets téléphagiques, orientant par la même occasion la perception du public, ça commence à m'user.

Bon, je sais pas pour vous, mais en gros, même si on a parfois l'impression que la passion pour les séries est un microcosme, on reste quand même dans une information très mainstream.

Certes, sitôt que les épuisants délais de codage chez SeriesLive seront résolus (puisque les choses avancent, enfin !), on y retrouvera enfin l'actualité des télévisions du monde, ce qui devrait nous permettre de voir un peu plus loin que le bout de notre nez actuel, mais enfin, personnellement moi, j'étouffe.
Plutôt que 712 faisant de l'information téléphagique eprenant tous les mêmes photos (piteuses) du tournage de Wonder Woman (2011), j'aimerais bien qu'il y en ait pour se découvrir des burnes, une fois de temps en temps, pour faire un effort et choisir un sujet un peu différent, une valeur ajoutée, un plus produit - n'importe lequel : les webséries, les séries britanniques, les soaps, les télénovelas, ou pourquoi pas les productions venues des DOM TOM, d’Afrique sub-saharienne, du Maghreb ? Ca vous regarde, les mecs ; chacun vient avec ce qu'il a, choisissez juste un truc sur lequel vous êtes pas plus con qu’un autre, et parlez-en.

Bon Dieu, c'est pas compliqué : PARLEZ-EN.

Je dis pas que vous aurez des millions de visiteurs qui n'attendaient que ça. Ce sont des niches. Mais on a besoin de ces niches. Ne le faites pas pour ceux qui savent de quoi vous parlez ; ceux-là ont déjà leurs canaux d'information. Faites-le pour ceux qui ne le savent pas encore. Si chacun prend un petit bout, on finira par proposer une vraie vision d'ensemble de la télévision, et traduire la véritable richesse de notre univers.
Ou alors on admet qu’on est des décérébrés qui se contentent de regarder ce qu’on leur donne sans chercher plus loin, et on arrête les frais. Personnellement, c'est pas ma conception du mot "passion".

Mouton

Posté par ladyteruki à 21:47 - Point Unpleasant - Permalien [#]

22-03-11

We're not quite there yet

Des blogs téléphagiques pour vous reviewer le pilote de Breakout Kings, vous en trouverez facilement ; certes, celui que vous avez actuellement sous les yeux n'en a pas fait partie, du fait du rythme de publication hebdomadaire et tout simplement de mes envies. Mais en tous cas, ça n'a pas manqué, et si les 720 news sur le pilote, la commande de la série, le casting, les guests, la diffusion et les trailers ne vous ont pas fait penser à vous intéresser à Breakout Kings, les reviews s'en sont chargées, et nul ne peut ignorer l'existence de cette série. Que vous choisissiez ensuite de regarder ou non vous appartient, mais en tous cas, ce choix est informé. C'est le cas de bien d'autres séries américaines, et on a souvent l'impression de savoir, maintenant, tout ce qui (se) passe outre-Atlantique.

Et pourtant, non. Pour vous parler du pilote d'une série ayant démarré en janvier sur BET, désolée de vous le dire mais il n'y a pas grand'monde. Je ne lis peut-être pas les bons sites/blogs, c'est possible aussi, mais il me semble néanmoins que les téléphages tenant un blog ont, comment dire ? Une sorte de mémoire sélective... C'est un peu le même problème que pour l'information, en fait : on veut bien vous faire des news à la pelle sur les séries que tout le monde connaît, mais hors de question de faire une news sur une série peu connue (exception soit faite des audiences et parfois des diffusions, d'ailleurs encore une fois, on ne le dit pas assez, merci à Critictoo qui s'efforce de laisser moins de poissons échapper aux mailles du filet).

Eh bien pour les reviews c'est pareil. Personne ne peut prétendre à l'exaustivité, mais force est de reconnaître que peu s'y emploient vraiment.

C'est totalement par hasard que je suis tombée sur une cagoule du pilote de Let's stay together. Là où je l'ai trouvée, j'étais venue y chercher tout autre chose. Mais je tombe sur ce lien et je me dis "diantre, un pilote américain récent dont j'ignorais l'existence", et je ne me vois pas ne pas cliquer, voyez-vous, c'est dans ma nature de pilotovore de ne pas résister.
Je sens bien, en regardant la photo de promo, ou ne serait-ce que vu la chaîne sur laquelle cette série est diffusée (BET, pour Black Entertainment Television, on fait difficilement plus explicite), que je ne suis pas dans son public-cible. Je sais aussi que la plupart de ces comédies ne partagent pas... ma conception de l'humour, dirons-nous. D'un autre côté, je suis blanche (et même pas une américaine blanche), alors culturellement ça s'explique. Mais enfin, est-ce une raison ? Alors je clique, enrageant de savoir que ce pilote a été diffusé en janvier et que je n'en savais même rien.

Ah ça, il n'y a pas grand'monde pour reviewer, ne serait-ce qu'au stade du pilote quitte à laisser tomber ensuite, des séries comme Let's stay together, Are we there yet?, Meet the Browns, House of Payne et toutes ces comédies tellement ciblées que, oh bah écoutez, on va pas en parler, on n'est pas concernés (ce qui me fait vraiment penser qu'il n'y a que des blancs dans la blogosphère téléphagique).

Les séries que nous ignorons plus ou moins délibérément en disent sans doute autant que celles auxquelles nous choisissons d'accorder du temps (et de l'espace sur nos sites et blogs), finalement.

LetsStayTogether
Let's stay together est-elle un bijou insoupçonné à côté duquel la communauté téléphagique francophone est tristement passée ? Je vais pas vous raconter des conneries : non, mais elle est définitivement dans la moyenne supérieure comparée à la plupart des séries que je viens de citer (ya que dans ses rêves que TBS est "very funny").
Je partais, finalement, avec un certain a priori négatif dû à mes expériences précédentes, souvent malheureuses comme les tags de ce post en attestent, et je m'attendais en toute sincérité à ne pas rire du tout. Ajoutez à cela que j'étais quand même un peu fâchée par le facteur "il y a les séries dont on veut bien parler, et il y a les autres", et vous avez une idée de mon humeur en lançant le pilote, que je m'apprêtais à regarder sur la seule base du principe que merde, si je ne suis curieuse que pour les trucs alléchants, c'est trop facile, et que c'est pas parce que personne n'en a parlé que je ne vais pas me faire une opinion.

Eh bien, figurez-vous que j'ai souri une fois ou deux, et même ri, une fois. Une seule, d'accord, mais c'était un rire franc, pas un petit rire genre "ouais allez, accordons-leur ça", un peu condescendant, qu'on accorde à une comédie qui se donne du mal, peut-être un peu trop, mais qui n'a pas totalement atteint son but.

Et finalement, c'était au moins aussi "exotique" que de regarder un épisode d'Outsourced ou de The Circuit. On sent un grand attachement à une subculture américaine qu'au bout du compte, à bien y réfléchir, on connait mal, et où les rôles de l'homme et de la femme (puisqu'il s'agit d'une comédie basée sur la vie amoureuse de 5 personnages) sont codifiés de façon différente par rapport aux protagonistes auxquels nous sommes habitués dans d'autres séries moins ciblées.

C'est vrai, c'est le genre de série où les acteurs ont légèrement tendance à surjouer (mais le surjeu, parfois ça peut fonctionner, après tout). Il est bon de noter que : pas tous. Les persos masculins, en particulier, m'ont bien plu, ils avaient quelque chose de moderne pour une comédie de ce genre ; j'ai craint un côté un peu macho qui en fait ne s'est jamais présenté, pas de clownerie exagérée non plus, juste deux personnages masculins pris dans des contradictions - et parfaitement à l'aise avec le fait de les montrer, et donc d'afficher une certaine vulnérabilité sans s'excuser, mais sans les masquer pour paraitre plus viril. C'est quelque chose qui est appréciable même sans parler du public ciblé auquel la série est destinée, et qu'on ne voit pas tant que ça dans un sitcom aussi classiquement réalisé que celui-ci (quand Better With You, par exemple, et que pourtant j'adore pour d'autres raisons, fait régulièrement la gaffe de tourner en ridicule la moindre faille de virilité de ses personnages masculins, et notamment Ben ; c'est une des facilités qui m'agacent un peu chez cette série à l'occasion).
Quant aux personnages féminins, qui sont plus irritants de mon point de vue de nana pas très gonzessifiée, elles présentent au moins l'avantage d'être des modèles différents de ceux qu'on voit dans la plupart des autres séries (un aspect qui, quitte à passer par tous les clichés possibles sur les afro-américains, est récurrent dans ce type de séries, où les femmes ressemblent à des femmes et pas à des mannequins, tout en étant légèrement au-dessus du niveau de la femme de la rue histoire de quand même apporter une touche de glamour). Ce sont d'ailleurs elles qui offrent les plus grosses impressions de fossé culturel, avec l'attention exagérée qu'elles portent à certaines choses, comme dans l'histoire de la bague de fiançailles. Il y a un côté Bridezilla chez la réaction des filles vis-à-vis de cette bague... et en ne tournant pas non plus ces personnages-là en ridicule (une tentation à laquelle Damon Wayans n'aurait pas résisté, tel que je le connais, par exemple), la série valide à la fois ma théorie selon laquelle c'est culturel et donc parfaitement acceptable pour le public regardant la série, et mon impression d'une nuance dans cette série, en tous cas plus que dans la plupart des autres de son genre.

En regardant ce pilote, j'ai donc voyagé dans un endroit des Etats-Unis que je connais mal, où on n'applaudit pas mais où on claque des doigts, où les restaurants sont fréquentés uniquement par des noirs... mais qui est aussi curieusement confortable parce qu'ultra-codifié, tout en s'autorisant quelques petites touches d'innovation et de subtilité çà et là. Et avec, donc, une scène vraiment drôle, ce qui n'était pas garanti au départ, la plupart des autres scènes se contentant d'être sympas, sans plus.

Non, Let's stay together n'est pas une perle. Ce n'est pas la série dont il faudrait que tout le monde parle mais à laquelle pas assez de monde ne prête attention (c'est Portlandia, ça...). Mais quelque part, ça remet les idées en place, ce genre d'expérience. Ca rappelle que même pour se tenir au courant de ce qui se fait aux USA, rien n'est acquis, et il y a encore des angles morts.
Si ce n'était pas une série indispensable, pourquoi m'être donné la peine d'en parler, me direz-vous ? Surtout quand ça me demande de faire un effort dans mon rythme de publication, revenu à "un post chaque vendredi. Minimum". Eh bien... c'était un pilote (raison n°1), un pilote récent (raison n°2), et enfin, un pilote sympathique (raison n°3). Donc ne pas en parler, quelque part, ç'aurait été dommage. Et puis, parfois il n'y a pas besoin d'aller chercher au Brésil ou en Pologne des séries à (faire) découvrir, et c'est pas plus mal de se le rappeler une fois de temps en temps.

Let's stay together, ce n'était pas extraordinairement bon, mais ce n'était pas du tout mauvais. Il fallait simplement le regarder pour le savoir. J'espère vous avoir convaincus d'aller vérifier par vous-mêmes, vu que vous ne pouvez pas compter sur les autres pour vous tenir au courant de tout.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Let's Stay Together de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 07:49 - Review vers le futur - Permalien [#]


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