ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

08-09-12

Française

Tout a commencé avec des séries américaines. J'ai regardé toutes sortes de séries quand j'étais petite, à l'époque où la nationalité n'avait pas d'importance. Je ne savais pas faire la différence entre une fiction américaine et une co-production australo-polonaise, et ça ne m'intéressait même pas d'apprendre. D'ailleurs je ne sais pas comment je l'ai apprise, cette différence. On est nombreux à l'apprendre, et je ne sais pas comment ; quelque chose s'insinue dans notre naïveté de jeune spectateur et nous apprend un sectarisme que je ne m'explique pas. Mais que j'ai bien connu, et dont j'ai mis longtemps à me défaire. Toujours est-il qu'arrivée à l'adolescence, je ne jurais déjà plus que par les séries américaines.
C'était, sans doute, une question de proportions. Le nombre de séries américaines diffusées à la télévision, à des heures où je pouvais la regarder, ça a sans doute beaucoup joué. De la même façon que j'ai fait partie de la génération qui, avec La Cinq et le Club Dorothée, a intégré certains codes de la fiction animée japonaise, entrebâillant bien des portes pour la suite.

Les premières séries que je me rappelle avoir regardées (et pas simplement avoir vues parce que la télévision était allumée) étaient américaines ; c'étaient des séries comme L'Enfer du Devoir, La Belle et la Bête, MacGyver. Depuis c'est resté. C'est même devenu un leitmotiv : seules les séries américaines étaient dignes d'exister à mes yeux, je considérais que c'était la preuve que j'étais sélective, exigeante, voire même élitiste. J'en regardais d'autres, parfois sans faire exprès (comme Invasion Planète Terre, dont je n'avais pas percuté malgré le logo concluant son générique de fin qu'elle était canadienne), mais quand je savais qu'elles étaient étrangères, c'était avec la conviction qu'elles étaient inférieures.

Il y avait une hiérarchie. Les américaines étaient là-haut, et ensuite on allait décroissant selon les préjugés. Il est à peine utile de préciser que la France se trouvait tout au bas de la pyramide.

Progressivement, j'ai apparemment appris à reconnaître au premier coup d'oeil une production allemande ou britannique. Je pouvais zapper, passer à peine une seconde sur une chaîne, ne même pas lever le doigt du bouton enfoncé de la télécommande, et déterminer la nationalité d'une fiction que je n'avais pourtant jamais vue auparavant. Aujourd'hui je me dis que c'est parce que le catalogue de séries allemandes ou britanniques des chaînes françaises ne se renouvelait pas beaucoup, et que ce que je prenais pour une preuve de nationalité (inférieure, donc) était peut-être simplement d'âge (et quand on a 15 ans, une série des années 70 est forcément inférieure). Peut-être que comparer toute série allemande à Derrick, quand Derrick est l'une des rares séries allemandes omniprésentes sur les écrans français, n'aide pas.
Mais peu importe les raisons. Le sectarisme était là.

Quand j'ai lancé ce blog, je regardais déjà quelques séries japonaises de temps à autres. Et j'y étais plutôt attachée. Mais leur brièveté me donnait une excuse pour ne jamais en citer une seule quand on me demandait quelle série je regardais en ce moment, ou quelles étaient mes préférées. C'étaient des sous-séries parce qu'elles ne venaient pas des Etats-Unis, et parce qu'elles ne s'inscrivaient pas dans la durée. Ce n'était pas ce qu'une série était supposée être. Quand j'ai commencé à envisager écrire sur les séries asiatiques ici, ça a été l'objet d'une véritable question pour moi. C'est aujourd'hui assez caractéristique d'aller lire mes posts de l'époque, on peut y sentir la bataille interne contre une certaine honnêteté intellectuelle (je regarde ces séries, j'en apprécie) et mon opinion préfabriquée me dictant de considérer que seule la fiction américaine est digne de mon attention.
Petit à petit, les choses ont changé. Elles ont beaucoup changé.
C'était une aventure pour moi de me faire de la place sur ce blog aux séries japonaises, puis sud-coréennes, puis asiatiques dans un sens plus large (j'ai évoqué quelques séries indiennes).
C'est toujours une aventure. Ces derniers mois, j'ai acheté des DVD venus d'Australie, de Nouvelle-Zélande, d'Islande, de Norvège, d'Israël, du Brésil, de Grande-Bretagne, et j'en passe. J'en ai un d'Afrique du Sud qui doit prendre l'avion sous peu.

Une fois qu'on a ouvert les frontières, il n'y a plus de limites, que des horizons.

Maintenant que c'est si facile pour moi de sauter d'un pays à l'autre ! Je ne me dis plus "c'est polonais, c'est forcément merdique". C'est même un tel plaisir, je me suis libérée de presque toutes mes idées en préfabriqué et c'en est libérateur ! Aujourd'hui c'en est au point où j'ouvre un onglet de mon navigateur et cherche au hasard des idées de séries venant de pays dont je n'ai pas vu la moindre image, juste pour voir ce qui se fait là-bas, parce qu'il se fait toujours quelque chose, et il se fait toujours quelque chose de bien.
Il était donc temps de m'attaquer à mon plus grand défi. Ma plus grande aventure téléphagique. La fiction française. A ces mots, le tonnerre gronde, éclairant mystiquement mon visage avant de tous nous replonger dans l'obscurité et le silence, comme dans un mauvais film d'horreur.

La fiction française. Des Julie Lescaut et des Joséphine, ange gardien un peu partout. C'est difficile d'être téléphage et de ne pas être lescaut intolerant. Il y a un minimum de bon goût, quand même, merde, on a sa dignité. Mais sans doute mon allergie à TFHein (seule chaîne supposée être allumée en présence de mon père) a-t-elle joué un rôle important dans ma conviction que les séries françaises étaient en général totalement merdiques.

J'y repensais récemment, après avoir testé plusieurs séries françaises ces dernières années, et en particulier ces derniers mois. Le Visiteur du Futur, Kaboul Kitchen, Hénaut Président, et quelques autres, ont été vues de bout en bout, par exemple, là où si souvent je n'avais pas eu la force, par le passé, d'aller au-delà du pilote (à l'instar de Maison Close ou Hard). Je ne dis pas que j'apprécie toutes les séries françaises que je regarde : il y a encore des Clash, des Workingirls. Mais enfin, j'y travaille, vous savez. J'essaye d'apprendre à ne plus me dire "c'est français, c'est forcément merdique". J'ai encore ce réflexe, je n'ai pas encore fini mon aventure, mais en tous cas, je suis dessus, je planche sur la question. Je me soigne.
Je crois que je commence à peine à mettre de l'ordre dans ma tête de ce côté-là. A comprendre pourquoi je suis restée, pendant des années, fermée comme une huître à la simple mention de "série française". Pourquoi j'ai toujours eu cette véhémence, ce rejet violent, lorsqu'il s'agissait de les regarder ou même juste d'en parler.

L'idée qui commence à germer dans mon esprit, et l'analyse est peut-être erronnée, je ne sais pas, mais c'est que je crois que c'est un problème purement identitaire. Je ne me reconnais pas dans une série française.
Maintenant, bon, vous allez me dire : "mais enfin lady, tu peux pas nous dire ça alors qu'encore récemment, tu clamais que ce n'était pas l'identification ton but dans la téléphagie". Ah, je vois, oui, alors laissez-moi clarifier, je me suis peut-être mal exprimée. Je ne veux pas qu'une série parle de moi. Mais je veux qu'elle me parle, et pour cela, elle doit parler d'un monde que je reconnais. Et je ne reconnais pas le monde de la plupart des séries françaises. Il ne forme pas un monde cohérent, voilà.

Je regarde des séries japonaises et, malgré leurs différences de ton, de contexte, de sujet, de personnages, de déroulement, c'est toujours clairement d'une série japonaise qu'il s'agit, au sens où je peux me mettre devant mon écran et dire que, ok, d'accord, je peux imaginer être un spectateur japonais et prendre cette série comme si elle m'était destinée. Une série japonaise est faite avant tout pour les Japonais et ça se sent. Culturellement, elle a un sens. Pas parce qu'elle porte nécessairement un message spécifique, ni même parce qu'elle fait preuve de patriotisme, mais parce qu'elle renvoie à cette société des images qui lui parlent d'elle, qui se nourrissent de son identité, de ses codes, et qui en apportent de nouveaux.
En tous cas c'est l'impression que cela me renvoie. Je peux regarder une série de fantasy comme Yuusha Yoshihiko to Maou no Shiro (d'ailleurs, bientôt la saison 2), une série historique comme Nankyoku Tairiku, ou une comédie comme Seigi no Mikata, je ne peux jamais douter de ça. Jamais. Mais malgré tout, il en sort toujours quelque chose pour moi d'accessible, et d'universel. Et c'est vrai pour à peu près n'importe quel pays. Alors que je n'en ai pas visité beaucoup "en vrai", pourtant !

Pour avoir intégré si facilement un grand nombre de codes culturels américains à travers les séries US, nous connaissons de toute façon bien ce phénomène ; nous l'expérimentons quasiment au quotidien sans même jamais y réfléchir à deux fois.

Mais quand je pense aux séries françaises que je connais, celles que j'apprécie et celles que je déteste, celles qui m'indiffèrent et celles dont on parle, je ne comprends pas.
Je ne comprends pas ce que c'est que d'appartenir à la culture française quand je regarde une série française. Je ne me sens même pas spécialement française quand je les regarde. J'ai l'impression que ces séries ne parlent que d'elles-mêmes, que de leur sujet, mais qu'elles n'ont aucune résonance qui aille au-delà, qu'elles n'appartiennent à rien, qu'elles ne s'inscrivent dans rien. Les exemples les plus extrêmes, comme Julie Lescaut et Joséphine, ange gardien, renvoient, tout au plus, une image remâchée et utopique de la France, et encore, d'une certaine France. Comme un mauvais remake de notre propre identité. Et c'est peut-être aussi un peu (outre les qualités télévisuelles propres de ces "oeuvres") la cause du problème.
Aseptisées, javellisées, ces séries ne disent rien de ce que nous sommes, mais murmurent simplement à notre oreille ce que nous voudrions être en tant que société, un endroit où il y a des fermes, des usines, des églises... Je ne connais pas du tout le pays imaginaire où se déroulent ces séries, pas plus que des séries transparents comme Clash. Je ne l'identifie à rien, je n'ai pas de repère.

Je ne cherche pas à généraliser, à dire que le problème de la fiction française c'est ci ou ça. Parler du problème de la fiction française me fatigue, on en entend parler depuis des années sans que rien ne semble jamais résolu.

Non, mon problème avec la fiction française est celui-là (enfin je crois) : la qualité, d'une part, parce qu'un épisode de Joséphine, ange gardien, c'est un peu de la téléphage en moi qui meurt. Et d'autre part, la question fondamentale que je me pose dorénavant : pourquoi suis-je capable de m'imaginer être assise sur un sofa à peu près n'importe où dans le monde, sauf en France ? Pourquoi tant de séries étrangères me semblent-elles universelles, quand je ne parviens pas à me sentir concernée par l'univers d'une série française ?
C'est ma piste de réflexion à l'heure actuelle, peut-être qu'en découvrant une façon de trouver ma place dans le monde de ces séries, je trouverai un moyen de les apprécier. Mais c'est un problème que je n'ai pas encore su résoudre et c'est peut-être une fausse piste, je n'en sais rien.

Francais

Avec le battage médiatique qui a eu lieu autour du retour d'Engrenages sur Canal+ (et à la faveur d'un achat impulsif de la première saison), j'ai décidé de tenter ma chance avec cette série dont on dit tant de bien. Et j'envisage ensuite de redonner sa chance au pilote d'Un village français (si cette série ne véhicule pas quelque chose à la fois de très français et d'universel, alors laquelle pourra ?). Ce sera mon premier revisionnage de série française.
On verra bien si ça prend.

Mais plus j'y pense, plus ça me chiffonne cette histoire. De tous les préjugés que j'avais, malgré tout, malgré absolument tout le reste, celui-ci demeure le plus difficile à totalement laisser de côté. Mais comment Diable se fait-il que j'aie tant de mal avec les séries françaises ?!

Posté par ladyteruki à 21:10 - Série de valeurs - Permalien [#]

27-06-12

Coup de blues

Ma prochaine grande aventure d'après ma grande aventure la fiction française (que j'essaye de vivre en ce moment...), ce sera les webséries. Il y en a des tonnes. Je n'y prête jamais attention.
Il faut dire que là encore, comme pour la fiction hors-USA, pour se tenir au courant, il faut fournir un effort soutenu vu que les webséries bénéficient rarement des canaux d'informations "habituels" (en ce qui me concerne, Deadline, Variety et autres Entertainment Weekly sont mes canaux d'informations habituels, et rien à faire, ils ne traitent que ce qui passe à la télévision, la websérie relevant plutôt de l'exception). Ca va nécessairement changer : avec des sites comme Netflix ou Hulu qui s'apprêtent à avoir des fictions originales, qui plus est avec des acteurs tout-à-fait connus, il va bien falloir commencer à s'y mettre à un moment où à un autre. La websérie, ce n'est plus l'apanage des fictions bricolées dans des garages depuis longtemps, surtout en Amérique du Nord où plusieurs séries sont nées sur le web avant d'arriver sur le petit écran (genre Sanctuary ou évidemment Web Therapy), et où les studios commencent à investir.
Mais pour l'instant l'information reste assez difficile d'accès quand même, alors voilà, je ne me suis pas encore lancée. Mais quand ça va se passer ça va se passer, croyez-moi.

Bon, en attendant, je suis pas non plus complètement ignare, j'ai regardé quelques webséries par le passé et je vous ai d'ailleurs déjà parlé de The Guild, Goodnight Burbank ou encore Riese, mais bon, je suis pas encore très très au point sur la plupart des autres. A part ça, j'ai dans l'idée qu'un jour j'achèterai le DVD de Prom Queen, et j'ai le pilote de Gemini Division qui roupille sur un quoi de disque dur, et je vous entiendrai de tout cela quand je m'y mettrai... oh, j'en oublie forcément (tiens, je pense au pilote de The Confession, par exemple, bien failli l'oublier), mais en gros j'ai pas encore trop fouiné dans les webséries américaines. Du côté des produits de notre internet français, bah, sortie du Visiteur du Futur, euh... voilà.

Alors pour que je fasse l'effort de mettre le nez dans les affaires de Blue, vous vous rendez bien compte qu'il fallait un miracle. Eh bien le petit nom de ce miracle, c'est Stiles. Julia Stiles.
Il y a des acteurs qu'on aime bien, qu'on ne cherche pas à voir dans tout et n'importe quoi mais qu'on a quand même à la bonne, eh bien dans mon cas, Julia Stiles en fait partie. Julia Stiles, ça fait depuis... la mini-série The 60s que je ne l'avais pas vue (à l'époque M6 l'avait diffusée comme un téléfilm sous le nom American Sixties, ça ne nous rajeunit pas ; faudrait que je tente de la cagouler, tiens, par curiosité). Je ne pense pas avoir vu cette actrice dans autre chose, surtout étant donné que je n'ai regardé que la première saison de Dexter, mais quand j'ai su qu'elle était dans une websérie, ben j'y ai vu une bonne occasion de renouer avec elle.
Et d'ailleurs elle a pris un petit coup de vieux, quand même, la Julia. Alors que moi pas du tout je suis toujours fraîche comme la rosée depuis le 20e siècle, je ne vois pas de quoi vous parlez.

Blue

De quoi parle Blue ? D'une prostituée qui a un fils, et qui aurait bien voulu que ces deux parties de sa vie ne se rencontrent pas, mais voilà, pas de bol, on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie.

Ce qui a été le plus frappant avec le pilote (pour le moment j'en suis au pilote), c'est qu'on travaille sur un format d'environ 8 minutes, mais que comme il s'agit d'une série dramatique, il faut jouer avec la phase d'introduction tout en tenant compte du rythme de l'épisode. Une shortcom n'a pas le même défi : la comédie permet d'utiliser directement des gags pour présenter les personnages et le contexte, et la caricature n'est pas un problème puisque c'est souvent sur des stéréotypes que repose le rire. Pour une série dramatique, la durée de l'épisode pose donc des contraintes bien différentes.
Mais plus encore, on est ici dans le cas d'une websérie. Et la question est : peut-on tomber sur une websérie par hasard ? Pas vraiment. Zapper et tomber sur un épisode à la télé, oui ; arriver sur la page d'une websérie, c'est en général loin de devoir quoi que ce soit au hasard, et quand bien même, le réflexe est bien souvent d'abord de lire un résumé avant de lancer l'épisode. Du coup, le challenge change : il ne s'agit pas de présenter le contexte pour le rendre compréhensible, il s'agit de savoir le tourner pour l'introduire sans avoir l'air de l'expliquer, histoire de ne pas faire de doublon.

Alors le pilote de Blue décide à la fois de tout de suite rentrer dans le vif du sujet, et de faire les choses progressivement. L'épisode nous montre donc Blue déjà au travail avec un client, tous les deux étant très à l'aise : on est déjà dans l'action, au propre comme au figuré. Mais quand le téléphone de la demoiselle se met à sonner, les interrompant plusieurs fois, Blue a des petites phrases qui mettent clairement les choses dans leur contexte (le troisième appel lui faisant même accepter un rabais à son client à cause du dérangement). Et finalement, tout en installant les choses très rapidement, l'épisode prend le temps de lentement ajouter des informations pour élargir notre compréhension des choses, tout en tenant pour acquis qu'on les connait dans les premières secondes.
Mieux encore, les coups de fil en question étant ceux du fils de Blue (qui ne s'en sort pas avec un exercice de maths), la trame de la série a été lancée très tôt, les problématiques de fond ont tout de suite été ancrées dans le déroulement des choses, mais sans nous précipiter. Et c'est du coup très fin. Il faut de toute évidence faire un sacré travail d'équilibrisme pour parvenir à installer une série avec finesse en 8 minutes, et Blue y parvient.

Car tout d'un coup, dans le feu de l'action, Blue découvre que son client est une sorte de copain d'enfance, Cooper, qu'elle connaissait déjà quand elle vivait dans sa ville natale voilà des années, et qui la reconnait elle aussi. Toutes affaires cessantes, elle s'apprête donc à partir pour éviter l'humiliation, quand le téléphone sonne une fois de plus : c'est à nouveau le fiston et ses maths. Cooper décide alors d'intervenir dans la conversation téléphonique, et, se faisant passer pour un simple ami de Blue, se propose... d'aider le fils à faire ses maths. Et de conclure sur ces mots : "yeah, we'll be right here".

Par ce petit acte tout simple, dont on sent bien qu'il ne met pas l'héroïne dans de bonnes dispositions, on est entré dans le coeur de ce que Blue a à dire : ce qui est son cliffhanger de fin d'épisode est aussi l'évènement qui va tout lancer : Cooper a interagi avec le fils de cette prostituée qui essayait de cloisonner sa vie, et pire, il est maintenant sur le point de le rencontrer ; du moins peut-on l'imaginer.
Tout cela en 8 minutes ! (et en prenant un peu de temps pour une mini-scène de coït)
Admettez quand même que c'est pas mal, non ?

Alors évidemment, Blue, j'en parlerai mieux quand j'aurai avancé dans le visionnage de la série. En tout, ce sont 12 épisodes qui ont été prévus dans un premier temps, donc l'équivalent d'environ 1h30, mais tous ne sont pas encore en ligne. On verra bien. Mais en tous cas j'admire la souplesse de l'écriture, alors que les contraintes sont multiples. Pour le reste, rendez-vous pour un "bilan de saison" dans quelques jours !

Posté par ladyteruki à 23:48 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-06-12

La bonne cuisine française

 

Laissez-moi essayer de faire le calcul. Voyons, c'était quand la dernière fois que j'ai regardé toute une saison d'une série française ? Je me rappelle vaguement de m'être fai une intégrale en 1952... après... Bah après, un gros blanc ; pas mal de pilotes mais sans plus... et évidemment cette année, il y a eu les deux premières saisons du Visiteur du Futur et l'intégrale de Hénaut Président. A part ça... à part ça, pas des masses, non.
Mais je fais des efforts ! J'essaye vraiment de vivre "ma prochaine grande aventure" avec la télévision française ! Je me suis même cogné une demi-saison de Workingirls, ça veut dire quelque chose, non ?

Là, ça m'a pris quelques jours, et parfois un peu de courage, mais j'ai été au bout de la première saison de Kaboul Kitchen.

KaboulKitchen

Avec les premiers épisodes, je l'avoue, j'ai eu un peu de mal. Principalement parce que j'ai été déçue : le sujet choisi par Kaboul Kitchen était bon, ainsi que le choix du format dramédie. Sauf que ce choix n'était pas trop assumé dans un premier temps, prenant un peu les choses à la rigolade et sans vraiment exploiter l'ambiguité du lieu. Le Kaboul Kitchen se présente avant tout comme un lieu de débauche où on peut tout prendre à la légère, où les locaux sont un peu faciles à manipuler, et où très franchement, seul un Français trouverait à râler dans de telles conditions. Il faut attendre une bonne moitié de saison, minimum, pour que le danger commence à être tangible. Or, ce n'est que dans la configuration d'un contexte angoissant que l'humour de Kaboul Kitchen peut réellement fonctionner, et sortir de la caricature.

Cette dernière est d'autant plus difficile à accepter qu'en-dehors du personnage (très) secondaire de Sayed, il n'existe pas vraiment d'Afghan qui se pose comme un protagoniste sérieux de l'histoire. Les autres sont soit complètement serviles et idiots (comme le petit Habib), soit des gros lourds qui ne pensent qu'avec les armes et l'argent (le général Amanullah, qui ironiquement sera le seul à pointer du doigt les a priori des Français : "Vous les Occidentaux, vous venez ici avec du folklore plein la tête ; vous vous dites que nous les Afghans, on est un peuple archaïque, fier, sanguinaire... et dés qu'il y a un problème, on sort le couteau dans la gorge, et deux balles dans la tête"... et qui sera l'exacte incarnation de cet archétype), ou bien simplement des personnes portées sur la religion mais dont les convictions sont toujours négociables (les gens du quartier, mais aussi le personnel du Kaboul Kitchen). Il y a donc quelques relents de colonialisme dans cette façon de mettre toujours les Blancs dans le rôle des gens finauds, et c'est un peu dérangeant ; même sous couvert de l'humour, il y a quand même des choses qui méritent de sortir du stéréotype.

Le bon côté, c'est que même si Jacky s'en met sans cesse plein les poches, son cynisme lui permet d'écorcher un peu l'Occidental convaincu d'être en pays conquis. C'est également le rôle de sa fille Sophie, qui débarque avec des idéaux plein la tête (et également la ferme intention de faire chier son paternel) et qui va découvrir le monde des ONG, c'est pas non plus la panacée. A Kaboul, tout le monde doit être prêt à faire de petits arrangements avec la vérité, à négocier pour vivre à peu près tranquille, et à accepter les concessions sur les grands principes.

La relation entre Jacky et Sophie met d'ailleurs du temps à prendre de la consistance ; ils passeront les premiers épisodes à se croiser uniquement pour croiser le fer vite fait, puis repartiront chacun de leur côté. Là encore, la première saison de Kaboul Kitchen met du temps avant d'exploiter correctement son tandem central. Elle parvient à le faire juste à temps pour ne pas totalement décrédibiliser son final, mais ça s'est vraiment joué de peu.
On a d'ailleurs l'impression que la série ne sait pas trop où elle va de son côté, et que finalement, lier les deux personnages l'un à l'autre aussi peu que possible l'arrange dans une certaine mesure. D'abord ils s'engueulent, ensuite font la trêve, pour que la mère de Sophie (et ex de Jacky) débarque tout d'un coup... on ne sait pas trop si c'est du lard ou du cochon, pardonnez-moi l'expression. Il manque peut-être quelques réelles scènes de tendresse, un peu de finesse en somme, dans ce monde de brutes. Mais l'émotion n'est pas le fort de Kaboul Kitchen, c'est net.

KaboulKitchen-Jacky

Il n'y a pas photo : le héros de Kaboul Kitchen, c'est Jacky, interprété par Gilbert Melki. Il incarne parfaitement l'expatrié français sûr de lui mais râleur quand même, peut-être même un peu par principe parfois. D'ailleurs, le jeu de Melki, c'est 90% de grognements, mais c'est à vrai dire ce qui donne aussi tout son sel au personnage. En dépit de l'omniprésence du personnage (et du charisme de l'acteur, difficile à ignorer), la série parvient progressivement à mettre en place un véritable ensemble, qui fonctionne plutôt bien, même si l'équilibre entre les personnages met un peu de temps à s'établir. Ainsi, le photographe Damien, qui au début semble n'être qu'un second rôle à vocation de comic relief, prend tardivement de la consistance, là où Axel ne prend jamais totalement l'essor qu'il aurait dû, de par sa place auprès des personnages de Jacky et de Sophie, mais aussi du général qui devient un véritable pilier de la série.

L'avant-dernier épisode est à mon avis le plus réussi. C'est celui qui tire le mieux parti du contexte de l'Afghanistan et qui, en même temps, propose de vraies scènes drôles, voire hilarantes, sans délaisser ses personnages. La fin de saison est en revanche un véritable chantage au renouvellement, avec quelques ficelles un peu grossières pour laisser le spectateur au bord de son siège.

La série a encore quelques défauts bien français, notamment dans les dialogues ou dans les crises d'hystérie ponctuelles, de véritables cancers pour la fiction frenchie pour lesquels, là non plus, on n'a pas trouvé de remède à l'heure actuelle. Il m'est encore difficile de regarder une série française comme une série tout court (et c'est un phénomène que je n'ai réussi à expérimenter qu'une seule fois avec un film français à ce jour), mais globalement, je me suis relativement amusée avec Kaboul Kitchen, dont la mission, offrir une véritable dramédie française avec un sujet culotté, se remplit donc tant bien que mal. Il m'a semblé clair que la série avait besoin de temps pour trouver la bonne tonalité, elle l'a pris, elle a parfois erré, mais j'ai bon espoir pour la saison 2 maintenant que ces expérimentations sont passées. Je serai au rendez-vous, et je pense même incorporer le DVD à mon planning d'acquisitions. De mon point de vue, ça en dit long...

Ce post étain programmé à l'avance, faites semblant de rien, on se retrouve demain pour un post de première fraîcheur.

Posté par ladyteruki à 23:30 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

16-02-12

En français dans le texte

En général, je suis quelqu'un de plutôt ouvert. En quelques années, je me suis totalement débarrassée de ce réflexe (inné ou acquis ?) d'avoir un mouvement de recul à l'idée de commencer une série non-américaine, et plus encore, disons, une série polonaise. La plupart de mes préjugés sont tombés ou, quand j'en ai, ils sont même devenus positifs ! Chouette, me dis-je, une série russe, je n'ai pas souvent l'occasion d'en trouver. A cela s'ajoute une curiosité débordante à l'égard de pays pour lesquels je ne demande rien de mieux que de trouver un pilote ou deux, enfin ! Afin de me faire une idée du niveau de production.
Et pourtant.

Je le dis souvent, ma prochaine grande aventure téléphagique, ce sera de donner sa chance à la fiction française.
Permettez que je digresse mais avez-vous remarqué combien le terme "fiction française" est lourdement connoté ? Fiction turque, fiction japonaise ou fiction canadienne ne renvoient pas la même impression de défi tant pour l'industrie elle-même que pour le spectateur. Ou bien ce n'est que moi.

Ponctuellement je le fais, d'ailleurs. Je me lance dans un pilote, je ne me ferme pas à l'idée d'en regarder un de temps à autres. Et quand, à l'instar du Visiteur du Futur, j'y prends du plaisir, une partie de ce plaisir, reconnaissons-le, vient du fait que c'est une petite victoire sur mes idées reçues et mon instinctive méfiance à l'égard des séries françaises. Mais ça reste un effort. Une tâche à laquelle m'employer quand je serai d'humeur. Un challenge loin d'être gagné d'avance ; ce qui est toujours mieux que s'il était perdu d'avance, mais tout de même.

C'est, à vrai dire, désagréable même pour moi.
Lancer un pilote de série française n'est pas excitant. C'est toujours un moment pendant lequel, instinctivement, je me répète d'essayer d'être ouverte : ne te braque pas contre le jeu des acteurs et leur diction terne, ignore les dialogues sans saveur et concentre-toi sur l'intrigue qui, nan mais on sait pas, commence pas, ça se trouve, sera bonne, et pas du tout bateau, pourquoi ce serait bateau juste parce que c'est français, c'est vraiment stupide comme idée, tu as pourtant testé des séries philippines sans a priori (par contre a posteriori...), pourquoi t'es infichue de partir du principe que, ouais, c'est possible de passer un bon moment, c'est chouette un pilote, comment tu peux ne pas te réjouir de lancer un pilote ?! Mais t'es une grosse raciste en fait, hein ?
Et au final je suis dans un tel état de crispation, non pas vis-à-vis de la série mais vis-à-vis de moi-même parce que justement je ne voudrais pas être crispée, que les pilotes de séries françaises ont moins de chances que les autres de me séduire, c'est clair.

Ce soir, j'ai lancé trois fois le pilote d'une série française en essayant de me motiver. A chaque fois, il se passe un truc. Un mail qui arrive et qu'il faut que je lise maintenant, ou, ah oui euh, je vais juste jeter un oeil à ma timeline sur Twitter et, nan mais tu sais quoi, je vais me faire un thé d'abord, tiens, ça va me détendre.
Je n'ai absolument rien contre cette série. J'ai juste 25 000 trucs que je préfèrerais voir à la place. Il y aura toujours 25 000 choses que je préfèrerais regarder qu'une série française, en réalité, et ça me rend triste parce que je suis certaine que ça me fait passer à côté de bonnes choses.
Et c'est comme ça que je lance le pilote de la série Des soucis et des hommes, ce qui signifie que pour la quatrième fois je me suis interrompue dans ce que je voulais regarder ce soir, et je me dis... nan mais vraiment, ya rien à faire, quel que soit le bout par lequel je le prends, dés que c'est français, j'ai l'impression de subir invariablement le même jeu d'acteur, la même diction morne, les mêmes dialogues sans panache, les mêmes intrigues prévisibles. Ca me met très en colère contre moi-même. Ou contre la fiction française. Ou les deux.

Enfrancaisdansletexte

Tiens pis merde, je laisse tomber pour ce soir, je vais regarder la suite d'Apparences.
C'est pas ma guerre, faut croire.

Posté par ladyteruki à 23:53 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

13-01-12

Voilà ce qui va se passer

Les post La preuve par trois ne sont pas les plus courants, surtout ces derniers temps alors que le Ozmarathon règne sans partage. Mais puisque vous avez massivement répondu à la petite énigme du début de la semaine, et qu'en plus, l'un de vous a trouvé la bonne réponse (ce qui était quand même un peu le but), alors voilà sans plus attendre le post promis sur la fameuse séries française qui a ravi mon coeur voilà quelques jours et dont j'ai, d'ailleurs, d'ores et déjà acheté le DVD de la première saison, eh oui chuis comme ça.
Cette série, c'est Boeuf Wellington qui en a trouvé le titre, il s'agit du Visiteur du Futur. Mais vous n'êtes pas sans savoir que j'ai des antécédents en matière de coups de coeur sur ce type de production, puisque je vous avais déjà offert un post La preuve par trois sur NERDZ... N'hésitez d'ailleurs pas à aller faire un tour dans les tags pour vous rafraîchir la mémoire.

LeVisiteurduFutur - 1
Pourquoi pendant longtemps avais-je évité de tenter Le Visiteur du Futur ? Bah déjà, rapport à son titre à la con. Et ensuite parce qu'on ne me l'avait pas vraiment présenté pour ce qu'il allait vite devenir à mes yeux : une  série éminemment intelligente dans sa construction d'un univers cohérent. Les mecs, si vous voulez me tenter avec une série française de SF destinée en priorité aux geeks, c'est par là qu'il faut commencer. Pas par me parler du nombre de vues sur des sites de streaming, vu que j'ai le streaming en horreur. Mais un truc que je ne pouvais pas prévoir, que personne n'aurait vraiment pu me faire comprendre sans que je regarde la série, c'est à quel point il y avait un talent incroyable devant l'écran. De la même façon que je voue secrètement un culte à Frédéric Hosteing (Flander's Company) qui porte sa série, c'est également le cas désormais de Florent Dorin. Putain, les mecs, on a des gens comme ça en France, rendez-vous compte. L'espoir renait.

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Derrière ce qui pourrait apparaitre de prime abord comme une petite morale écologiste (qui aurait au contraire pu laisser le craindre le pire quant à l'évolution ultérieure de la série, finalement, pour en faire un produit politiquement correct de plus sur le sol français), on découvre pourtant ce qui semble être une idée assez précise de la suite des opérations. Maintenant que j'ai (déjà) achevé la saison 2, je m'aperçois que Le Visiteur du Futur avait décidé de ses thèmes principaux très vite, alors que ses premiers épisodes, reposant sur une formule répétitive propre à beaucoup de shortcoms, avaient l'air finalement inoffensifs (bien qu'hilarants).

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Mais ce qui, certainement, fonctionne le mieux dés ce premier épisode, en dépit des changements qui s'opèreront progressivement aussi bien du côté narratif que pour le reste, c'est de voir que la question cruciale du rythme est parfaitement maîtrisée. Le rythme, c'est vital d'abord quand on est sur un format court, mais aussi et surtout dés qu'on touche à l'humour. Dans un scénario de cauchemar, le personnage du Visiteur, tout charismatique qu'il soit, se lançait dans de grandes tirades excitées, et on frisait l'overdose. Mais dés le pilote, on sent une volonté de vouloir être réactif, de ne pas se reposer simplement sur cet atout ou sur l'idée de départ, mais bien d'offrir un épisode parfaitement agencé pour que le spectateur se tienne les côtes de bout en bout. C'est du beau boulot.

De surcroît, quand on voit le chemin qu'a pris la série ensuite, en incorporant rapidement mais avec inelligence une mythologie dense sans être tirée par les cheveux, efficace, et toujours bien gérée (notamment avec le problème casse-couilles des paradoxes temporels), ça donne vraiment envie de gonfler le torse et de se dire qu'on a un véritable vivier de talents, à bien des égards, en France. Et venant de moi, pour qui la fiction française reste encore LA kryptonite, c'est pas un petit compliment que de crier mon coup de coeur. D'ailleurs, découvrir la fiction française avec plaisir, c'est la grande aventure qui m'attend dans les prochaines années, et je ne suis pas fâchée d'avoir commencé 2012 de cette façon.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture, eh bah, ya pas de fiche, voilà.
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Posté par ladyteruki à 21:30 - La preuve par trois - Permalien [#]