ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

02-09-13

Vraie malhonnêteté

Officiellement, depuis samedi à 23h59, le défi que whisperintherain et moi-même nous sommes lancé voilà un an a pris fin... ce qui veut dire que désormais, les pilotes diffusés ne rentrent pas dans le champs de notre challenge, qui consistait à tous les regarder puis tous les reviewer. Pour autant, les règles de notre défi stipulent qu'il n'y a pas de date de péremption pour la publication des reviews pour les pilotes diffusés avant cette date ; attendez-vous donc à lire encore quelques unes de ces reviews... comme par exemple, ce soir, celle de Siberia.

Siberia

Ce weekend, je vous avoue que je me suis remise en question. En fait, j'en suis arrivée à un point où je me suis sermonée. Je me suis dit : écoute, lady, voyons les choses en face, si tu as un problème avec toutes les séries ayant un concept original, c'est sûrement que tu en attends trop. Que tu penses qu'un bon concept équivaut à de la créativité. Que tu crois qu'avoir une bonne idée et bien la développer correspondent au même talent ; et clairement, ce n'est pas vrai, tu te racontes des choses. La cruelle désillusion imposée par des séries du genre de Last Resort montre bien qu'au contraire, plus l'idée est originale et sort de l'ordinaire, plus les scénaristes sont perdus. Oui, je cite souvent Last Resort, mais c'est parce qu'elle m'est restée là.
Pourtant je n'apprends pas de mes erreurs. Je continue d'être alléchée par ce que je pense être de très bons concepts. Ca me perdra.

Au bout d'un moment, je finis par comprendre les gens qui choisissent de regarder des séries creuses et peu originales ; quand on voit ce qu'accomplissent les séries au pitch original, dans le fond ça se comprend. Autant aller à la facilité et ne pas courir le risque d'être déçu.

Me voilà donc devant Siberia ce weekend (rien à voir avec l'excellent jeu video) et rien à faire, je l'ai mauvaise. J'ai l'impression d'avoir perdu 42 minutes de ma vie, voire quelques unes de plus. En fait, j'en veux moins à Siberia pour ces 42 minutes de pilotes, que pour les quelques minutes, avant que je ne lance mon épisode, que j'ai passées à me rejouir à l'idée de regarder Siberia. Je sais pas si ça fait sens pour vous, mais l'amertume se trouve là.

Reprenons : Siberia est donc une série diffusée par NBC cet été, dans laquelle une émission de télé réalité se déroule en Sibérie, alors qu'une poignée de candidats se retrouvent dans un coin de terre isolé de tout, où ils vont devoir passer plusieurs semaines dans des conditions indécentes, afin de pouvoir prétendre à une somme d'argent indécente, mais d'une autre façon. Sauf que les choses ne tournent pas du tout comme prévu, et que le tournage de Siberia, l'émission de télé réalité, tourne assez vite au cauchemar.

Sur le coup, ce qui m'a énormément agacée, c'est que Siberia se présente, sur la forme, exactement comme les émissions de type Survivor qu'elle est supposée singer. C'est évidemment dans sa nature, et on ne peut pas dire que ça m'ait beaucoup surprise, mais c'était énervant, eh bien, simplement parce que je déteste la télé réalité (j'ai officiellement gagné le titre de vieille conne acariatre, je suppose, mais c'est comme ça). Mon problème c'est d'ailleurs que, en n'ayant vu que deux ou peut-être trois épisodes de Koh Lanta de toute ma vie (et encore, aux débuts), j'ai l'impression de revoir exactement les mêmes poncifs être étalés dans Siberia.
Quand on ne supporte pas un courant télévisuel qu'on juge pauvre, et qu'on s'aperçoit qu'en plus de 10 ans, rien parmi les standards du genre ne semblent avoir changé, il n'y a aucune raison d'être de bonne humeur, vous imaginez bien.

Pourtant, le coeur du problème, dans le fond, ce n'est pas que Siberia reprenne absolument tous les codes d'émissions équivalentes. Il fallait au contraire s'y attendre, mais ce n'est pas de là que vient la faute. J'ai passé le plus gros de l'épisode à attendre que quelqu'un brise le quatrième mur ou, au moins à espérer que quelque chose, un élément quelconque, vraiment n'importe lequel, m'invite à prendre du recul avec l'émission. Au lieu de ça, Siberia a joué à fond la carte de l'immersion.
Et finalement je n'ai pas vu de différence entre devoir regarder une émission de ce type, et regarder Siberia.

Tout est fait pour nous faire oublier qu'on regarde un programme fictif, et on se retrouve finalement à regarder une vraie émission de télé "réalité", genre télévisuel dont en plus on sait très bien qu'il n'est pas basé sur le réel mais sur des scripts et toutes sortes d'outils de production d'ailleurs empruntés à la fiction, mais détournés pour faire croire que c'est vrai. Or, je suis de l'école de pensée que si on voulait regarder de la télé réalité, on utiliserait ces 42 minutes pour regarder de la télé réalité ; inversement, je regarde une fiction, j'attends de me sentir comme dans une fiction.
Ce brouillage ne fonctionne pas pour moi, de la même façon que certains ne sont pas à l'aise avec les dramédies et préfèrent regarder soit un drama, soit une comédie, mais pas quelque chose entre les deux.

Et puis, dans le fond, pourquoi regarde-t-on une fiction à propos d'un produit télévisé ? Pour avoir l'impression d'en pénétrer les coulisses ! Pour décortiquer la façon dont elle est faite, prendre du recul sur son mode de fabrication, ou éventuellement inventer, pour les amateurs de théorie du complot, de folles explication sur leur fonctionnement ou leur message (en cela, Cult était plus dans la gamme de ce que j'attends). On attend une mise en abîme. On attend qu'on porte un regard cynique sur les médias. On attend qu'on nous dise quelque chose d'atroce sur nous.
De la même façon qu'on n'attend pas d'une série sur l'industrie de la musique country de nous montrer uniquement des chanteurs préparant leur concert (Nashville), ou d'une série sur la production de films qu'elle nous dévoile un monde où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentila (Action!), ce qui est vraiment intéressant, c'est de déconstruire l'objet culturel visé, même si c'est de façon fantasmée. Pitié, ne me dites pas que je suis obligée de regarder Dead Set pour obtenir cela à propos d'une émission de télé réalité !
Or ce n'est pas du tout le but de Siberia. Siberia veut nous faire croire que c'est une vraie émission de télé réalité qui vire au cauchemar sous nos yeux, qui devient un film d'horreur (plutôt classique au passage) dans un coin isolé où les victimes vont se la jouer Dix petits nègres. Mais comme nous savons que Siberia est encore plus fictive qu'une émission de télé réalité habituelle, ça ne marche pas !

L'immersion rate parce que NBC aurait dû, dés le départ, vendre sa série comme de la vraie télé réalité, Siberia serait éventuellement un projet de série puissant... si ça n'avait pas été une série. Si NBC avait tourné cela à l'expérience télévisuelle provocatrice, nous laissant imaginer que ces évènements se produisent réellement, nous observant, nous télespectateurs voyeuristes, nous affoler à l'idée que mon Dieu, on ne peut rien faire pour ces gens ? Je suis sûre que ç'aurait fait un véritable évènement, avec tous les journalistes se gargarisant de mots sur la dérive de la télé réalité, les spectateurs qui ne veulent pas regarder mais les audiences qui curieusement ne s'effondrent pas, et ainsi de suite.
Et puis finir par dévoiler que non, Siberia, que nous aurions fait mine de trouver abjecte ou terrifiante tout l'été, n'était pas une émission de télé réalité, mais une série dramatique ; et nous laisser avec l'amertume de notre voyeurisme.
Imaginez le buzz que la chaîne aurait récolté ! Et imaginez comment NBC aurait pu repousser, une fois de plus, les limites entre la réalité et la fiction dans un programme ! Là ç'aurait été révolutionnaire.

Mais Siberia n'a pas vraiment d'ambition. Ce n'est qu'une série à la Harper's Island qui veut paresseusement se reposer sur les codes de la télé réalité, et qui finalement n'accomplit rien, si ce n'est évoquer, par moments, Lost, et encore. Elle veut surfer sur les méthodes de les programmes d'un genre pour s'éviter d'en explorer vraiment un autre. Dans le fond, la méthode de Siberia est profondément malhonnête.

Je ne sais pas pourquoi les concepts originaux m'attirent. C'est peut-être parce que, quand je les lis pour la première fois, mon imagination se met en marche. Dans ma tête, Siberia est une série vraiment chouette et ambitieuse, je vous jure !
Peut-être que dans le fond, je ne devrais pas espérer voir un jour la série suédoise 183 Dagar, qui se déroule après la sortie de ses candidats par un équivalent de Loft Story. Peut-être que les concepts originaux et alléchants, dans les séries, doivent rester cela : des concepts, pas des séries. Pour sûr, on serait moins souvent déçus.

Mais c'est précisément ce même espoir qui me poussera, dans un mois, six mois ou un an, à lancer un autre pilote d'une série reposant sur un concept exceptionnel. Tant qu'il y a de la téléphagie, il y a de l'espoir ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:49 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-08-13

Got a secret, can you keep it ?

Vingt ans après la mystérieuse disparition de Fuyuha Onodera, ses cinq amis, Keiko Inoue, Kouji Higashihagi, Takako Kawano, Miya Akiyoshi et Yutaka Sabashima, commencent à recevoir des messages signés Fuyuha...
Si ce pitch vous en évoque un autre, mais que dans votre esprit, les noms sont plutôt à consonnance anglophone et les personnages encore adolescents, alors vous êtes comme moi : vous trouvez que Gekiryuu présente de sérieuses ressemblances avec Pretty Little Liars.

Allez, les exécutifs de la NHK peuvent nous le dire, à nous ! Ce ne serait pas la première fois qu'une série américaine trouverait le moyen d'être revue et corrigée par une série japonaise, l'Archipel ayant développé un art de l'appropriation téléphagique qui nous offre régulièrement de bonnes surprises (...et parfois non. Bon, on peut pas réussir un tel pari à tous les coups).

Gekiryuu
Mais tant qu'on en est à parler d'influences, alors, après visionnage du pilote, j'aurais plutôt tendance à dire que Gekiryuu me rappelle beaucoup Dousoukai, diffusée il y a un peu plus de trois ans. Hm, d'ailleurs j'arrive même plus à me souvenir de comment ça finit, faudrait que je me la refasse à l'occasion cette série... Dousoukai, pour ceux qui ont la flemme de cliquer sur les tags au bas de ce post (honte ! honte à vous !), racontait comment, à la faveur d'une réunion d'anciens élèves, un groupe d'adultes se remettait à remuer le passé, tout en s'interrogeant sur la disparition de deux des leurs le soir-même de la réunion d'anciens. Non vraiment, plus j'y réfléchis, plus je suis à peu près sûre de ne pas avoir vu la fin. Et c'est effectivement ce parfum de nostalgie amère qui embaume tout le pilote de Gekiryuu, avec cette même façon que les souvenirs avaient dans Dousoukai de paraître si tendres, faisant souffrir le présent par comparaison, à plus forte raison parce que le présent n'est pas bien follichon. Ca se trouve il n'y a même jamais eu de sous-titres pour les derniers épisodes et c'est pour ça que je me suis arrêtée... La vraie différence, c'est que le passé de Gekiryuu, bien qu'évoquant une adolescence insouciante qui forcément provoque quelques regrets à des adultes élimés par la vie, est aussi chargé de tristesse. Laissez-moi vérifier ? Ah bah non, ils ont été sous-titrés. J'ai aucune excuse pour le coup. Justement à cause de la disparition de Fuyuha que j'évoquais plus haut.

Cette disparition n'a rien à envier à celle d'Alison : alors que les sept adolescents étaient en excursion scolaire, et visitaient les bâtiments historiques de Kyoto, tous reprennent le bus à la fin de la journée. Et, alors que le bus passe dans un tunnel sans marquer le moindre arrêt... Fuyuha disparaît. Comme ça. Impossible de la trouver. A l'arrêt suivant, ses amis descendent, se mettent à sa recherche, mais rien à faire. Et Fuyuha a disparu pour toujours à partir de cet étrange instant.
...OR HAS SHE ? Car comme vous le savez maintenant, 20 années plus tard, voilà que ses cinq anciens camarades, vivant tous désormais à Tokyo, reçoivent des emails apparemment signés par elle, contenant en tout et pour tout un unique message : "te souviens-tu de moi ?".

Attendez une minute... hein !? Vous avez bien lu "sept adolescents" et "cinq camarades" ! Je sens que je vous ai perdus, là. Laissez-moi donc recompter : la disparue Fuyuha, ça fait 1, ensuite avec Keiko, Kouji, Takako, Miya et Yutaka, ça fait 6... où est donc le 7e larron ?

C'est le premier truc qui m'a chiffonnée dans ce pilote de Gekiryuu : personne ne commence par se dire "hey mais, lors de cette sortie, nous étions quatre filles et trois garçons, si on soustrait la disparue, ça fait trois filles et trois garçons... pourquoi seulement cinq d'entre nous semblent avoir reçu ce courrier flippant ?". Non, au lieu de ça, lorsqu'ils vont reprendre contact les uns avec les autres pour évoquer les curieux emails qu'ils ont reçu, et tenter de donner du sens à tout cela, les 5 amis vont se réunir dans un bar et se demander qui pourrait bien les connaître au point d'avoir leurs adresses mails ET EN MEME TEMPS être au courant de l'affaire Fuyuha, qui s'est quand même déroulée il y a 20 ans et dans une autre ville. Ok les gens, je veux pas avoir l'air de la ramener pour faire ma maligne, mais quelqu'un qui aurait connaissance de la disparition de votre amie et qui y penserait encore 20 ans après... je miserais sur le seul à ne pas sembler avoir reçu de mail dans la bande, non ? Bah apparemment non.
L'épisode va nous montrer des souvenirs de la funeste journée en question, mettre en exergue le fait que les amis sont à nouveau réunis pour la première fois depuis 20 ans... et personne ne va penser à dire "rho merde les gars, pas cool, on aurait pu inviter Jimmy à venir prendre un verre avec nous".
On voudrait nous préparer une grosse révélation pour dans quelques épisodes qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Mais admettons. Disons que le Jimmy (...à mon avis il s'appelle pas Jimmy, c'est même assez certain, mais je suis pas sûre d'avoir retenu son nom, si jamais il a été prononcé dans l'épisode) n'a rien à voir avec tout ça, et que mon instinct me trompe. Mon instinct n'est pas infaillible. Mon instinct m'a fait regarder Last Resort, après tout, donc bon. Reste quand même qu'évoquer ce personnage pendant la réunion informelle d'anciens n'aurait pas été du luxe, ne serait-ce qu'en passant. Là ça fait un peu : "mon Dieu, c'est un évènement tragique qui a marqué l'une des périodes charnières de ma vie... mais j'ai totalement oublié l'existence de l'une des personnes avec qui j'ai vécu ce drame". Hin hin, c'est cela. Nan mais vraiment, à d'autres.

Gekiryuu_Bar"C'est comme s'il manquait quelque chose, mais quoi ?!"

Gekiryuu va en outre, et c'est le deuxième gros inconvénient de ce pilote, se montrer épouvantablement bavard. Oui, plus bavard encore que moi dans mes posts à rallonge, c'est vous dire !
La scénariste Noriko Yoshida (dont c'est la première série que je regarde) va ainsi nous introduire dans le contexte de Gekiryuu non pas avec une voix-off d'exposition, mais avec deux puis trois voix-off ! Plusieurs personnages vont ainsi, tour à tour, raconter leur point de vue sur la découverte de ces emails, ainsi que sur l'étrange concours de circonstance qui fait que certains d'entre eux vont se croiser juste avant de les avoir reçus. C'est fait avec la finesse d'un pachyderme dans un magasin de porcelaine, d'autant que la première narratrice va s'exprimer si longtemps, qu'on va être pris par surprise quand le second va prendre le relai. Puis, pas de voix-off pendant plusieurs minutes... et là pouf, un troisième personnage prend la parole. Pourquoi ? Nul ne sait. Qu'est-ce qui justifie que ceux-là aient droit au chapitre et pas les deux autres ? Aucune idée. On comprend vaguement, par une allusion (une seule), que ça a un rapport avec la façon dont ils se racontent les choses au moment de se retrouver, afin de reconstituer les pièces du puzzle, mais narrativement, c'est très maladroit et mal présenté, en tous cas.
Par-dessus le marché, les passages dépourvus de voix-off sont constitués de très longues conversations (ou de flashbacks) qui rendent le tout épouvantablement longuet et même, par moment, rédhibitoire.
Le passage où les 5 amis vont prendre un verre dans un bar afin de parler des emails est certainement le plus affligeant de tous sur ce point. Avec un soucis supplémentaire, car on dirait que tous se connaissent depuis toujours alors que la plupart ne s'étaient plus parlé depuis vingt ans il y a encore quelques jours en arrière. En-dehors de quelques poncifs, on ne ressent pas du tout l'aspect retrouvailles qui faisait la force d'une des séquences-clés du pilote de Dousoukai, pour reprendre ma comparaison.

Alors, que réussit Gekiryuu dans ce contexte un peu pénible ?
Eh bien, tout l'aspect jouant sur le temps qui a passé et la vie qui leur est passée dessus. "Pour ceux que nous étions à 15 ans, le futur était une route éloignée et longue. Nous pouvons tout faire, nous pouvons devenir qui nous voulons, pensions-nous", sera une pensée évoquée par Keiko alors qu'elle repense à ce fameux dernier jour d'insouciance à Kyoto. Aujourd'hui les choses sont évidemment différentes.
Ainsi, Keiko, qui travaille pour une maison d'édition, est en plein divorce, avec un mari qui l'a trompée, a quitté le domicile voilà six mois, mais qui fait traîner la procédure et repousse sans cesse la médiation qui conduirait à officialiser la séparation. Pire encore, la carrière de Keiko, qui est présentée dans ce premier épisode comme la seule chose de positive dans la vie de Keiko (voire la seule chose tout court !) va prendre un sérieux coup dans l'aile au cours de la première heure de la série.
De son côté, Miya, qui avait arrêté l'école très tôt, est devenue une chanteuse plutôt populaire, avant d'être prise dans une descente aux Enfers qui s'est soldée par une arrestation pour possession de drogue. Désormais vivotant tant bien que mal de sa célébrité passée, elle semble pourtant n'avoir jamais vraiment achevé sa crise d'adolescence et est en perpétuelle rébellion contre tout. On apprend également à demi-mots qu'elle a coupé les ponts avec sa mère.
Kouji a quant à lui l'air de tout maîtriser dans la vie, en dépit de son attitude un peu trop polie voire docile. Enquêteur dans la police, il est essentiellement là pour orienter l'intrigue et fournir du concret quant à certaines (mais sûrement pas toutes !) interrogations de ses camarades sur les fameux emails. Il n'est pas très développé et on en apprend peu sur lui, ce qui laisse à penser que le scénario va essentiellement s'en servir pour faire avancer l'intrigue, mais que sur un plan dramatique il sera assez inutile. C'est pas grave, je le trouve assez irritant.
Yutaka, dit "Saba", est différent. On en sait relativement peu sur lui si ce n'est qu'il travaille dans le secteur bancaire ; il annonce en début d'épisode avoir divorcé et aller à Kobe rendre visite à son fils, et ce sera tout sur sa vie privée jusqu'à la scène de fin de l'épisode. Mais sa présence un peu autoritaire et charismatique, ses interventions intelligentes bien que plutôt rares, donnent l'impression d'un personnage qui complet qui n'a pour l'instant pas dévoilé toute sa richesse, mais avec un grand potentiel. En tous cas, le potentiel de la scène de fin de l'épisode est également parlant sur les désillusions que Saba peut connaître à l'âge adulte.
Mais le personnage le plus intéressant à mon goût est sans conteste la douce Takako. Bourgeoise aux manières impeccables et à la petite fille parfaite, inscrite dans l'école privée parfaite, Takako cache un secret qui en cache lui-même un autre : son mari est au chômage... et pas spécialement pressé, semble-t-il, de se sortir de cette situation. Alors comment Takako gère-t-elle les finances de son foyer...? Je sais pas si je dois vous le dire, mais ça fait son petit effet et c'est fascinant de voir comment Takako s'est adaptée à ce nouvel ingrédient de sa vie. Cela fait d'elle celle qui a sûrement le plus à perdre si jamais cette histoire d'emails dérangeants venait à tourner au vingaigre (et ce serait étonnant que ça ne tourne pas au vinaigre), et cela fait également d'elle le personnage le plus complexe de la série, même si, hasard ou coïncidence, c'est sûrement celui qui est le plus en retrait dans la dynamique de groupe.

Clairement, la majorité de ces personnages n'a pas la vie d'adulte dont tous devisaient avec optimisme 20 ans plus tôt. Et comme souvent dans la société japonaise, le premier réflexe des uns et des autres est évidemment de garder ces réalités pour soi, plutôt que les partager avec les autres, quand bien même ils seraient des amis d'enfance.
C'est là que Gekiryuu fonctionne bien. Et nul doute que, si l'auteur de ces emails morbides s'y prend bien, ces old little liars devraient craindre pour leur vie déjà pas marrante, et voir les choses progressivement empirer si jamais quelqu'un (mais qui donc mais qui donc ?) souhaitait les tenir pour responsables de la disparition de Fuyuha.

Gekiryuu_Fuyuha

Espérons donc que cette disparition se bornera dans les épisodes suivants à servir de prétexte à la scénariste pour torturer un peu les 5 amis. Je suis sadique, mais j'assume ! Et je suivrai leur calvaire avec d'autant plus de plaisir que pour le moment, personne ne semble se perdre dans des histoires d'amour bourrées de clichés, ce qui décuple l'intérêt de Gekiryuu à mes yeux. Ah, attendez, je viens de me rappeler d'un truc qui expliquerait pourquoi j'ai arrêté Dousoukai !

Qui sait, peut-être même qu'à un moment ils vont se souvenir de ce pauvre Jimmy... que je soupçonne quand même sérieusement d'être assis dans une cave sordide et mal éclairée à envoyer des emails signés Fuyuha. Mais ça se trouve, j'ai tort. Et il n'y a qu'une façon d'en avoir le coeur net !

Posté par ladyteruki à 23:46 - Dorama Chick - Permalien [#]

21-07-13

Girls, where are we ?

Vous aussi, vous avez un coup de mou en ce moment ? Vous avez l'impression de n'avoir plus rien à découvrir, d'avoir fait le tour de la question ? Au juste, combien de coups de coeur téléphagiques peut-on avoir dans une vie, après tout ?
Chais pas si c'est l'été, le fait que nos séries habituelles soient en hiatus, ou l'appréhension naturelle qui précède chaque rentrée, laissant craindre que nos meilleures découvertes soient derrière nous et que la prochaine saison nous déçoive (problème de mémoire sélective sur la saison précédente, au passage), mais à peu près tous les étés, BAM ! Ca me retombe sur le coin du nez. C'est ptet que moi, hein, c'est possible ; mais enfin, on en est là.

Et c'est exactement pour cette raison que, quand j'ai un peu le cafard, depuis quelques années, j'ai tendance à me tourner vers deux types de séries : celles que j'aime depuis des années (tant qu'à ne pas trouver quoi que ce soit d'inédit, autant compter sur la nostalgie), et les séries étrangères.
Il y aura toujours une série étrangère pour me rappeler que je n'aurai jamais fait le tour de la question.

Le plus fantastique, c'est que tout cela est vrai... même quand le pitch de départ ne semble pas être très original. Tout est dans le traitement. C'est le cas de LIMIT, série nippone dont je vais vous parler aujourd'hui.

Je sais que cela fait peur à de nombreux téléphages rompus aux codes occidentaux de la fiction de se mettre aux séries japonaises, mais quand je vois LIMIT et la bouffée d'air frais qu'elle m'a apportée, je regrette de ne pas réussir à convaincre plus de monde de sauter le pas. Parce que LIMIT est précisément la preuve qu'on n'a jamais fait le tour, que toute période d'ennui est temporaire, et qu'il y a toujours une série, quelque part sur la planète, capable de nous intéresser.

LIMIT

LIMIT commence alors qu'une classe de lycéens se prépare à faire une excursion de quelques jours avec deux professeurs ; il leur faut pour cela prendre le bus pour se rendre à perpette, en bus, tous ensemble, et après que leurs portables leur soient confisqués. Ce qui est un peu la description moderne de l'Enfer pour un lycéen. Sauf que de l'Enfer, cette classe n'a encore rien vu : lorsque le chauffeur, surmené, prend la mauvaise route puis s'endort au volant, le bus tombe d'une falaise et s'écrase dans une forêt.
Il ne reste que 5 survivants à l'accident, 5 adolescentes que rien n'avait préparé à cela, et que personne ne viendra secourir avant un bout de temps... vu que d'une part, personne ne suspecte qu'il y a eu un accident, et qu'en plus, elles ne sont même pas dans la région où elles devraient être.

Comme vous le voyez, LIMIT ne se caractérise pas par son pitch à couper le souffle. En même temps, des idées originales, on en a tous les ans dans des séries, et voyez ce qu'il est par exemple advenu de Last Resort, hein...

D'ailleurs, LIMIT ne cherche pas spécialement à nous surprendre ; même quand on connaît le thème central de l'histoire, qu'on sait que ce bus finira par basculer dans le vide à un moment du pilote, l'épisode est plus qu'appréciable. Parce que le propos central de LIMIT n'est pas ce bus qui s'écrase, et même pas vraiment la façon dont ces adolescentes vont surmonter l'épreuve.
C'est ce que l'exposition de l'épisode s'ingénie à montrer, en détaillant les relations à l'intérieur de la classe, les dynamiques et les groupes, les petites cliques et les outsiders. Dés le début de l'épisode, la voix-off (celle de l'une des futures survivantes, Mizuki) s'attache à nous présenter son monde, celui d'une lycéenne comme tant d'autres, mais aussi à nous faire prendre le mesure de toute sa futilité. Non parce qu'il est fondamentalement dérisoire d'être populaire : Mizuki nous explique au contraire que c'est important tout au long de la vie, et que cela prédétermine, très tôt dans la vie, la réussite ; le lycée n'étant qu'un échantillon représentatif de ce que sera l'âge adulte. Non, tout cela est vain, parce que dans le fond, on reste égaux devant certaines choses... dont la mort. In the grand scheme of things...

Une grande partie du pilote va donc s'appliquer à nous montrer comment se déroule le quotidien de tout ce petit monde, lorsque les lycéens sont ensemble. A plusieurs reprises, le pilote va nous proposer de longues séquences découpées en plein de petits plans montrant comment chacun vit en collectivité (on partage une même classe, une même cafétéria, un même bus...) et en même temps, replié entre soi (en groupe, avec un ou une amie de façon plus exclusive, ou vraiment tout seul). Comme dans toute société, il y a les forts et les faibles, les premiers n'hésitant pas à jouer de leur pouvoir pour humilier les seconds.
Le regard de Mizuki (qui pour une raison étrange, comme cela arrive parfois, aurait dû appartenir au second groupe mais s'est retrouvée dans le premier) est à la fois celui de quelqu'un qui ne remet pas le système en question, mais qui a conscience de son injustice.

Le travail que fait LIMIT avec ce premier épisode est plus proche du dorama LIFE que d'autre chose. L'idée directrice est de nous faire entrer dans un microcosme qui ressemble à tant d'autres, de nous rappeler, au cas où nous aurions eu le temps de l'oublier, à quel point il est facile d'être blessé par ses pairs à une période charnière comme l'adolescence, à quel point le procédé est admis, et aisé, presque naturel, et pourtant, si violent qu'il ne devrait pas nous apparaitre comme si banal.
Même si certains personnages se présentent de façon un peu caricaturale (comme beaucoup de monde, j'ai été victime de harcèlement scolaire, et je n'en suis pas devenue psychopathe pour si peu !), l'essence de ces lycéens si différents permet de poser le décor très vite.

Car c'est eux, le décor. C'est le seul bagage qu'ils vont réellement emmener dans leur séjour : ce qu'ils sont, et la façon dont ils traitent les autres. C'est le seul élément de contexte dont nous ayons besoin, car c'est ce qui déterminera leur survie ensuite, après la tragédie...

Cette tragédie, justement. Parlons-en.
Je ne dirais pas que c'est la même chose que la scène du pilote de Lost dans laquelle Jack découvre que l'avion s'est écrasé : parce que ce n'est pas le même budget (la réalisation de LIMIT est assez classique pour une série japonaise de qualité décente, de toute façon), et ce n'est pas la même intention non plus. Ici, le pilote veut à tout prix rendre les choses aussi réalistes que possible, depuis le début, et qu'il n'est pas question de jouer sur des effets spectaculaires, qu'ils soient visuels ou sonores, pour retranscrire l'émotion du moment.
Malgré cela, quelque chose rapproche tout de même LIMIT de sa cousine américaine, dans sa volonté de rendre l'expérience aussi traumatisante que possible. A mesure que les survivantes prennent conscience de la tragédie qui vient de se produire, le spectateur, lui aussi, accède par paliers à la réalisation de ce que tout cela signifie.
Que ressentirais-je si j'étais l'une ces adolescentes qui se réveillent au milieu de cadavres ? Si je découvrais autour de moi les corps de mes professeurs ? De mes amies ? Du garçon pour lequel j'avais un faible ? De la fille qui me torture jour après jour ? J'ai eu l'impression l'espace d'un instant de l'avoir su, et c'est tout le talent de LIMIT dans la dernière partie de son pilote.

C'est aussi un talent qui est porteur de bien des promesses. Car même si le pitch de départ laissait penser à une énième version de Battle Royale, on va ici bien plus loin, en invitant réellement le spectateur à partager les émotions des adolescentes, à la fois en tant qu'adolescentes, avec ce que cela implique de meurtrissures typiques de cette période de la vie, et en tant que victimes qui viennent de survivre à un accident atroce. Et il leur sera, bien-sûr, impossible de dissocier les deux, comme le prouve clairement la "chute" de ce pilote (si vous me passez l'expression).

Comme chacun sait (et parfois oublie, moi la première), ce qui fait la qualité d'une série, ce n'est pas simplement l'originalité de son sujet, mais surtout le traitement de celui-ci, la faculté à porter un regard bien précis sur un univers donné, et le décortiquer avec un mélange déroutant d'aisance et d'authenticité. LIMIT remplit précisément cette mission, en mêlant à une narration issue d'un scénario catastrophe une véritable interrogation sur notre nature. Le fait qu'il s'agisse d'adolescentes est assez cosmétique, dans le fond ; c'est une métaphore et une façon d'accrocher plus facilement auprès d'un jeune public (comme souvent pour TV Tokyo). Mais qu'on ne s'y trompe pas : nous pouvons tous reconnaître quelque chose dans LIMIT.
Voyons maintenant jusqu'où l'idée va être poussée...

Posté par ladyteruki à 22:21 - Dorama Chick - Permalien [#]

02-12-12

Soapesque (adj.)

Nashvillesoap

Bon alors c'est peut-être du fait de mon état de santé qui n'est pas génial, je ne sais pas ; mais je me suis rendue compte d'une chose : je ne sais plus quelle est la différence entre une série dramatique et un soap.

Ah, ne riez pas dans le fond : il n'y a pas que moi. ABC a de gros problèmes avec le concept également.
A vrai dire, ce sont justement ses séries qui ont suscité une interrogation chez moi, lorsque j'ai essayé de décrire Nashville à un tiers. Puis 666 Park Avenue. Puis Revenge. Puis... Et à chaque fois, l'adjectif "soapesque" revenait dans mon explication, suivi d'un "mais c'est pas un soap comme Les Feux de l'Amour, hein, non : c'est plutôt... comme un primetime soap". Ouhlà, attendez ! Mais en fait, toutes les séries d'une heure d'ABC sont soapesques, non ?
Non, et Dieu soit loué pour Last Resort. Mais quand même.

Il faut dire que la définition de soap opera est assez élastique par les temps qui courent, de toute façon.
Il y a encore quelques années, pour moi, un soap se définissait très clairement : c'était une série diffusée en quotidienne, aux intrigues extrêmement lentes et aux techniques narratives paresseuses, dotées de retournements de situation exagérés à intervalles réguliers (un jumeau maléfique, des personnages qu'on croyait morts qui réapparaissent, des bébés volés/échangés, etc.). Et ce, sur des années et des années et des années, jusqu'à ce que mort s'en suive.
Mais voilà : entretemps, la telenovela est entrée dans mon univers. en tous cas au moins sur le papier ; rapport au fait que je n'ai pas encore eu la possibilité de suivre une telenovela dont le sujet pique ma curiosité. Et une telenovela, eh bien, c'est une série en CDD, et ça, ça heurte un peu la vision que nous avons du soap, que ce soit aux USA ou en Europe.
Le problème de la telenovela, c'est son succès. En soi c'est bien, hein, tant mieux que des formats de fictions trouvent un souffle qui incitent les télévisions de la planète à adopter de nouveaux standards de durée ou de périodicité, je suis la première convaincue que la télévision, c'est quand même mieux quand on regarde ce qui se fait ailleurs ! Mais des séries comme Desperate Housewives, par exemple, sont typiquement des séries dramatiques qui lorgnent méchamment sur la copie des voisins, et relèvent en fait plus du soap sur pas mal d'aspect. En-dehors de la diffusion hebdomadaire, et sans doute aussi du budget, tout y est : c'est du primetime soap, clairement. Une fois par semaine, avec le savoir-faire des séries dramatiques américaines, un soap quand même.

Evidemment, la télévision américaine n'a pas attendu Desperate Housewives pour connaître le primetime soap. Des séries comme Dallas, Beverly Hills ou encore Melrose Place, pour n'en citer qu'une poignée, ont été qualifiées de primetime soap en leur temps sans que cela ne choque qui que ce soit. Pas même moi. Et s'en sont tirées avec un succès public incontestable, et, dans une certaine mesure, un certain succès critique, au sens où ces séries ont marqué leur époque, chacune à sa façon.

Cependant le terme de primetime soap semble toujours très négativement connoté. L'utiliser, c'est comme caractériser une série de qualificatifs pas franchement recommandables, sauf qu'en disant primetime soap, on peut le dire à mots couverts.
Par exemple j'attendais pas mal de choses de Desperate Housewives quand elle a commencé ; j'avais regardé la première saison de façon très régulière, en espérant que sa corrosivité irait croissant ; c'est l'inverse qui s'est passé et c'est la raison pour laquelle la série est devenue un primetime soap plus qu'une série dramatique. Un qualificatif assumé de façon très variée par les spectateurs qui ont poursuivi la série bien longtemps après que je me sois arrêtée. L'an dernier, j'ai décidé de regarder l'épisode final de la série, et il était clair pour moi qu'elle n'en méritait pourtant nul autre. Desperate Housewives n'était pas une série dramatique : c'était un soap hebdomadaire, diffusé en primetime (jusque là j'ai bon) dont le caractère over the top des situations n'avait plus rien d'impertinent.

Mais désormais, la définition semble encore élargie. Ce n'est pas simplement l'absence de second degré qui semble permette d'appeler une série un primetime soap. Certes, Revenge est extrêmement dépourvue d'humour, mais ce n'est clairement pas à ce défaut qu'elle doit sa parenté avec les soaps, mais plutôt à sa thématique de la vengeance, à son héroïne féminine, et à sa claire inspiration de formules venues des telenovelas. Peut-être aussi au jeu des acteurs, ou au moins à leur direction.

Voyons ailleurs ce qui se passe. Par exemple, Grey's Anatomy, en se concentrant tant sur les amours de ses personnages que son caractère médical semble passer totalement inaperçu, est clairement un primetime soap, non ? Et pourtant, objectivement, Urgences aussi était truffé d'intrigues personnelles : quelle est la nuance qui empêche de qualifier Urgences de primetime soap ? Et si, dans certains articles ou ouvrages, un auteur/analyste/vendeur de barbapapa quelconque décide d'utiliser ce terme, pourquoi cela me choque-t-il un peu, au point de quasiment le voir comme une insulte ?
Plus flou que celui de Grey's Anatomy est le statut de Nashville. De par la qualité du jeu de nombreux acteurs (je me repasse de temps à autres la scène pendant laquelle Rayna est interrogée en vue de la campagne de son mari, c'était d'une force incroyable), de par l'écriture qui n'a pas grand'chose à voir avec des intrigues à rallonge de mon point de vue, et de par l'impression de consistance et de sérieux qui émane, il me semble, de la façon dont son monde est construit, Nashville n'est pas vraiment un primetime soap selon ce qui me semble être la définition du "genre". Pourtant, difficile de ne pas parler de tournure soapesque dans les amours de l'une des stars ou les liens familiaux et financiers de l'autre ; mais n'est-ce pas un glissement de sens ?
A ce tarif-là, des séries comme Brothers & Sisters puis Parenthood sont-elles des primetime soaps ? Il m'est arrivé de le lire. Je trouve pourtant la chose plus difficile à admettre encore que pour Nashville. Le fait que les personnages forment une famille en proie à un certain nombre de retournements de situation (notamment la thématique de la demi-soeur cachée qui a lancé la première saison de Brothers & Sisters, et effectué plusieurs rebonds ensuite ; d'ailleurs j'ai jamais vu la fin de cette série, mais bon, pas le moment de se mettre des idées d'intégrale en tête).
Mais plus intrigant encore : pourquoi m'acharner à utiliser l'adjectif "soapesque" et/ou d'appeler primetime soap une série comme 666 Park Avenue ? C'est clairement une série fantastique ! Le simple fait que son héroïne (outre le fait d'être une jolie femme) vive dans un univers un peu plus luxueux que la moyenne et que des "méchants riches" occupent des rôles importants suffit-il à décrocher ce qualificatif ? Est-ce parce qu'on effleure la vie de plusieurs autres résidents de l'immeuble ? Ca semble un peu réducteur ! Et pourtant, j'aurais tellement de mal à dire que c'est simplement une série fantastique (et pas juste parce que je pourrais faire un jeu de mots sur "fantastique").

Au final, il me semble de plus en plus difficile d'établir clairement où est la ligne de démarcation entre une série dramatique et un primetime soap, à plus forte raison sur les networks où les intrigues dramatiques ont tendance à n'être pas aussi incroyablement sombres que sur le câble (qui irait dire que Breaking Bad est un primetime soap ? quoique, je me demande s'il est déjà arrivé à quelqu'un de parler de soap pour Mad Men ou Game of Thrones, à ce tarif-là).
Et surtout, accepter ce qualificatif est-il une façon de d'admettre que la série est inférieure à une série dramatique normale ? Sinon, comment surmonter ce réflexe ?
L'existence du primetime soap me semble difficile à nier, et pourtant, elle est aussi difficile à expliquer. La lecture de la définition de Wikipedia, en préambule de ma réflexion pour ce post, ne m'a par exemple pas du tout aidée, alors qu'on imagine qu'a priori, elle fait consensus...

Sans la fascination actuelle d'ABC pour tout ce qui ressemble à 1) un format facile à exporter en telenovela 2) une telenovela facile à adapter pour le primetime américain, peut-être que mes repères ne seraient pas autant brouillés. Peut-être que je serais capable de reconnaître un primetime soap aussi sûrement que je suis capable de faire la différence entre une comédie et un drama, ou entre un western et une série policière... Mais ce n'est qu'une supposition.

D'ailleurs, le primetime soap est-il un genre, au sens du contenu, ou une structure ? Son nom semble essentiellement indiquer une case de diffusion, et pas vraiment expliciter le reste de sa condition. La fusion des genres, oui... Mais un genre bâtard issu du néant, non. Plus j'essaye de définir ce qu'est un primetime soap, plus j'ai l'impression qu'il s'agit d'une étiquette qu'on peut coller et décoller selon l'image que renvoie une série, mais qui n'a en réalité que peu à voir avec ses sujets ou sa formule. C'est une grande valise fourre-tout qui sert peut-être surtout à décrédibiliser une série qu'on ne peut/veut pas décrire comme suffisamment "sérieuse"...
Quand j'ai utilisé l'adjectif soapesque pour Nashville, je l'ai tout de suite regretté, parce que ça ne donnait pas une image attrayante de la série à mon interlocuteur qui ne la connaissait pas. La question que j'aurais dû me poser, c'est : pour quelle autre raison l'utiliser ? Qu'est-ce que le terme "primetime soap" décrit d'autre, finalement ?

Il y a probablement une part de fierté personnelle à dire qu'on ne regarde pas de primetime soap quand on est un téléphage un rien exigeant, ni à en recommander spontanément. Mais d'un autre côté j'avoue sans un soupçon de honte regarder des séries comme Happily Divorced, alors...
Le cas du primetime soap me laisse décidément perplexe... Je prends tous les points de vue que vous voudrez bien me livrer sur le sujet.

Posté par ladyteruki à 20:59 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

26-11-12

Heureux le grain de sable

En tant que téléphages ayant roulé notre bosse, on a tous l'impression, je pense, cycliquement, d'avoir atteint un degré d' "expertise" qui nous permette de prédire avec exactitude quelle série va trouver le succès, et surtout, quelle série est vouée à disparaitre dans les limbes, quelques semaines après le début de sa diffusion, sans laisser de trace... Et ce, bien souvent, avant même que les choses ne commencent factuellement à sentir le roussi.
A chacun ses outils pour le faire : certains analysent les grilles des chaînes, d'autres se réfèrent aux personnes impliquées devant ou derrière la camera, d'autres encore jugent sur pièce une fois qu'ils ont vu le pilote. Quelle que soit votre méthode... vous êtes surs de ne jamais avoir un taux de 100% d'exactitude.

Il n'y a jamais d'évidence en la matière. La qualité d'une série ne présume ni de sa réussite, ni de son échec, et inversement. Il n'y a même pas de séries pour lesquelles c'est tellement évident que c'est tout vu, parce que certaines merdes se ramassent quand d'autres continuent de brasser des fortunes 400 vanity cards plus tard. Parce que certaines réussites sombrent dans le néant, et d'autres parviennent à trouver leur public (trop fréquemment injustement taxé d'incapacité à regarder de "bonnes" séries).
Il n'y a que des cas particuliers.

Même lorsqu'on a son système et qu'on le pense infaillible (parce que plus le téléphage est expérimenté, plus il fait l'erreur de croire qu'il maîtrise son sujet), on se retrouve toujours comme deux ronds de flan à assister à l'annulation d'une série que rien ne prédestinait à être boudée par le public. C'est parfois à un tel point qu'on croirait que le sort s'acharne juste pour nous prouver qu'on s'était crus incollables sur l'industrie de la télévision !
Et le pire, c'est que pareil contexte est similaire quel que soit le pays ! (pourvu que ce pays pratique l'annulation, ce qui n'est par exemple pas le cas du Japon, exceptions mises à part, par définition)
Quand bien même une série a toutes les cartes en main pour fonctionner... parfois, elle ne fonctionne simplement pas.

Veda

C'est par exemple le cas de la série turque Veda, annulée la semaine dernière.
Ce weekend, me demandant ce qui avait pu ne pas coller, je me suis mise en quête du pilote... Je n'ai trouvé que les premières minutes (tous les fichiers sur lesquels je suis tombée s'obstinaient à être corrompus, mais je n'ai pas encore dit mon dernier mot et j'insisterai le weekend prochain), mais Veda a toutes les apparences d'une série qui aurait pu, qui aurait dû trouver son public.

Dans un contexte télévisuel où les séries historiques tiennent le haut du pavé (vais-je mentionner une fois de plus Muhtesem Yüzyil ?), à plus forte raison parce qu'il parle d'un passé dont les spectateurs turcs sont supposés tirer une grande fierté (l'empire Ottoman ; voir aussi : Muhtesem Yüzyil), et montrant des bouleversements du plus haut romanesque (j'ai pas les chiffres sous la main, mais avec le nombre de soaps que la Turquie a produits et même exportés ces dernières années, on peut s'autoriser à penser que les spectatrices aiment ça), c'était gagné d'avance. Pire encore, Veda était l'adaptation d'un roman à succès... bien-sûr à succès, comme si on adaptait souvent les autres pour du primetime !

Vous allez me dire : "ok, sur le papier, d'accord. Sur le papier, Last Resort était génialissime, après tout. Mais une fois qu'on voit ce que ça donne, on obtient quoi ?"... Eh bien un résultat drôlement décent, figurez-vous !
Une intrigue pas trop mal fichue (après tout, il y a un bouquin derrière), pour commencer, ce qui n'est pas négligeable. Niveau thématiques, on retrouve des questions de classes (limite Downton Abbey par moments), une romance impossible (rapport aux questions de classes), et de grands changements sociaux et politiques auxquels s'identifier. Ajoutez à cela des acteurs plutôt solides dans l'ensemble, les brebis égarées n'étant pas à un niveau qui pousse au suicide ; une réalisation réussie et aussi soignée que les plus gros hits du moment ; et surtout une reconstitution filmée de façon superbe (décors, costumes, la totale : les années 20 à Istambul, on s'y croirait), et très franchement tout est là. Tout ça, plus de très jolies filles dans de jolis vêtements avec de jolis bijoux. Bon, la musique est légèrement too much, mais c'est le cas de Muhtesem Yüzyil aussi. Non mais vraiment, qu'est-ce qui fait que la série n'a pas fonctionné ? Et quand la production a reçu l'ordre de Kanal D de faire des ajustements pour essayer d'attirer un peu plus le public, ça n'a pas plus marché non plus, pourquoi ?
Alors à qui la faute ? Aux grilles ? Peut-être ; je suis pas encore experte en grilles des chaînes turques après tout, mais si c'est le cas, clairement, une production aussi réussie (et probablement coûteuse) méritait d'être déplacée pour être sauvée.
Dans tous les cas, le petit bug, le minuscule incident, le grain de sable dans une horlogerie si bien huilée, a causé son annulation...

Mais il ne s'agit pas ici, pas vraiment, de parler spécifiquement de Veda. C'est sans doute plus facile de parler de l'annulation d'une série à laquelle je n'ai jamais eu l'occasion de m'attacher, aussi.
Simplement, ce genre d'aventure me rappelle combien le sort d'une série n'est jamais joué d'avance. Intellectuellement, je crois que nous le savons tous ; les chaînes et networks eux-mêmes le savent bien, qui parfois semblent commander des séries en dépit du bon sens, juste pour faire un pari sur l'avenir, de jouer leur case horaire à pile ou face.
Parfois, ce pari est perdu. Mais personne ne peut s'enorgueillir de toujours savoir de quel côté la pièce retombera.
Je trouve l'aventure de Veda, comme tant d'autres, nous fait faire l'expérience d'une forme d'humilité, à nous qui passons peut-être juste un peu trop de temps à essayer de comprendre comment cette industrie fonctionne. Peut-être qu'à un moment, une fois de temps en temps, il faut se souvenir que personne n'en maîtrise réellement les rouages ; que tous les livres, les sites, les news, soigneusement potassés et/ou mémorisés, ne changeront rien au caractère ponctuellement imprévisible de cette industrie.

Et quelque part, même si je trouve ça triste pour ces bonnes séries qui sont annulées (et triste pour toutes ces mauvaises séries qui survivent, quand même, un peu, dans le fond), j'ai l'impression que cette imprévisibilité me ramène à quelque chose d'appréciable dans ma façon d'appréhender l'industrie des séries, au sens où l'effet de surprise ne disparait jamais vraiment. Au sens où parfois, j'arrive à trouver ce court moment pendant lequel je me dis que je ne peux être blasée, jamais, du fonctionnement du milieu télévisuel. Et au sens où, l'espace d'une seconde, j'arrive à me retrouver dans la peau de la lady d'il y a 15 ans, qui avait l'impression de ne rien savoir et d'avoir un océan de choses à apprendre et à comprendre sur l'univers de la télévision.
C'était, paradoxalement, très appréciable, d'être cette spectatrice ; je ne rendrais tous mes bouquins spécialisés et ma collection de favoris sur internet pour rien au monde, mais je suis contente de la retrouver de temps en temps, cette spectatrice, et de ressentir avec elle l'émerveillement d'une vaste mécanique dont on ne connaîtra jamais le secret de chaque rouage.

Posté par ladyteruki à 23:45 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

20-11-12

Foule sentimentale

La journée a été longue et dure. Ce n'est pas vraiment comme ça que j'aime mes journées de travail (d'autres choses, oui, sans doute), mais c'est une réalité. A la fin d'une journée telle que celle-là, qui peut avoir inclus un certain nombre de mauvaises nouvelles et peut-être éventuellement plus d'heures travaillées que d'heures de veille, j'aime bien me détendre. Comme la plupart d'entre nous, je crois.

Je rêve... d'un endroit confortable. Mon canapé, par exemple. Et puis d'un endroit téléphagiquement confortable. Les défis téléphagiques seront pour plus tar ; dans une heure, ou demain : on verra, il sera temps d'aviser, et je ne fais pas de plan à l'avance. Pour l'instant je veux juste trouver cette sensation (qui sera toujours inconnue aux cinéphiles, ah ah ah, les rustres) de se rouler en boule, lové dans une intrigue qu'on connaît bien, calé bien au chaud entre quelques personnages qu'on aime et qu'on a l'impression d'avoir toujours eus dans notre vie.

Parce qu'on peut dire ce qu'on veut sur la télévision, on peut bien clamer que ce n'est pas "toujours la même chose", qu'il est faux que "quand tu en as vu un épisode, tu les as tous vus", et toute cette sorte de choses, mais parfois, il y a certaines séries pour lesquelles c'est vrai, et une fois de temps en temps, on aime bien se regarder un épisode prévisible, mais tellement chaleureux et tellement rassurant, que ça met du baume au coeur et ça permet de se lancer à l'assaut d'autre chose, un pilote un peu difficile d'accès genre Luck, mettons, ou carrément un Anapurna téléphagique, comme le pilote de la série norvégienne Schmokk avec un bandeau sur les yeux, sans filet, sans les mains, et avec sous-titres suédois. On a tous besoin d'un petit remontant parfois.

Aussi, en ce mardi d'épuisement, alors que j'avais besoin de recharger mes batteries, je me suis tournée vers la solution de confort, de facilité et de chaleur qui m'est venue naturellement à l'esprit...

Partners-Park

On ne dira jamais assez les ravages que font certaines annulations sur la santé mentale d'un téléphage. Oh Partners, même si je suis l'une des dix personnes sur Terre à te regretter, ce soir je ne te regrette pas qu'à moitié !
Allez, pas grave, je vais regarder Last Resort à la place, ça au moins, ça n'a pas été an-...
...
QUOI ?!

Pardon pour cet instant sentimental (surtout sur une série que la plupart d'entre vous ne tient pas en haute estime), mais ça me fiche beaucoup plus le bourdon que je ne l'aurais pensé, tout ça. Ca fait des années que je suis téléphages, et les annulations, je crois que je ne m'y fais toujours pas, en fait.

Posté par ladyteruki à 23:43 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

06-10-12

[DL] Crimi Clowns

Le blues de la rentrée américaine.
Cette tendance pessimiste qui consiste à dire que la nouvelle saison n'est pas excitante, ce qu'on dit à peu près tous les ans... en dépit du fait que notre planning téléphagique occupe plus d'une dizaine d'heures de la semaine. A un moment ou à un autre de la rentrée, tous les téléphages ont un petit soupir aigri ; soit parce qu'ils pensaient qu'ils auraient plus de coups de coeur et que finalement la nouvelle saison leur semble prévisible, soit parce qu'une des nouveautés qu'ils attendaient n'atteint pas le niveau de qualité espéré (dans mon cas, le deuxième épisode de Last Resort a très exactement les mêmes qualités et défauts que le pilote, par exemple), soit parce que certains retours se font en demi-teinte, soit parce que la midseason porte de plus alléchantes promesses. Les excuses pour jouer l'expert blasé ne manquent pas.

Il existe pourtant un remède à ce mal téléphagique légèrement artificiel. Ce remède s'appelle la télévision non-américaine.
L'un des plus incroyables ovnis de la rentrée, on le tient de la Belgique et des Pays-Bas. Il a démarré en début de semaine. Il s'appelle Crimi Clowns. Et croyez-moi, vous voulez regarder Crimi Clowns.

Dans Crimi Clowns, Ronny Tersago, un comédien popularisé par son personnage de Norry le clown, a connu un revers de fortune et  connait des soucis financiers graves. Avec toute une bande d'autres clowns, il a décidé de se recycler dans des affaires pas très nettes, en organisant des cambriolages. Son fils Wesley est également de la partie, et la série commence alors que cette fine équipe est en train de voler du matériel dans un magasin de hi-fi et video. Wesley décide de voler une caméra, et de tourner une sorte de documentaire-confession sur le milieu dans lequel il vit (vous le voyez, ce résumé est légèrement différent, après visionnage, de celui que je vous proposais il y a quelques jours ; une conclusion s'impose, il faut que je rajoute le néerlandais à la liste des langues que je dois apprendre).
Toute la bande partage en effet une même villa, symbole de la gloire passée de Ronny, où les journées passent tristement en attendant que la nuit tombe et qu'on puisse partir pour un nouveau casse ; Wesley n'a donc qu'à hanter les couloirs de la maison et filmer tout ce qui lui chante.
Le problème c'est qu'il est assez difficile de comprendre Crimi Clowns sans sous-titres, parce que c'est une série assez bavarde. Le pilote est en tous cas composé à 90% de monologues et d'interviews ; mais ce qui fait la différence, c'est la façon dont ces monologues ou interviews sont tournés. Clairement, la consommation de substances plus ou moins légales (c'est une coprod avec les Pays-Bas, après tout) a été, sinon un moyen, au moins une inspiration pour la réalisation de nombreuses séquences ; à cela il faut ajouter que la camera est très souvent en vue subjective. Les monologues de Wesley semblent souvent décousus (il s'imagine filmant un réquisitoire pour un jury imaginaire), et il est visiblement hanté par la complexité de ses rapports à son père.

Je serais extrêmement surprise d'apprendre que Luk Wyns, créateur, auteur, co-producteur, réalisateur, et acteur principal de Crimi Clowns, n'a jamais vu Les Soprano.
Sans parler de copie, bien au contraire, il est en tous cas clair qu'il y a une parenté entre les deux séries. Mais si j'ai toujours eu du mal avec Les Soprano, essentiellement parce que le milieu mafieux ne me captive pas, je dois dire que l'univers complètement azimuté de Crimi Clowns me séduit énormément. Derrière une volonté similaire, celle d'opérer une forme d'introspection pour des personnages vivant en marge de la loi et dont le comportement est souvent immoral et violent, Crimi Clowns ajoute une dimension surréaliste que n'a pas sa cousine américaine, laquelle avait opté pour un style sobre et au contraire plus réaliste. La mise en images de Crimi Clowns, ses personnages comme errant fantômatiquement dans la villa, relèvent presque de l'atmosphère des rêves, ou plutôt des cauchemars ; c'est une série autrement plus perturbante que celle de David Chase.

Alors, faute de mieux (genre des sous-titres français ou anglais, ce qui serait vraiment le rêve), je vous propose aujourd'hui de simplement tenter le générique. Qui lui-même n'est pas mal du tout, comme vous allez le voir...

CrimiClowns
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Un générique d'une minute et demie, on avait oublié combien c'était bon ! Et en plus rien n'est à jeter dans celui-là, il est juste formidable.

Musicalement, il faut quand même admettre que c'est de la bonne. J'aime énormément les différentes ruptures de rythme qui ponctuent ce thème musical, cela s'accorde à la perfection avec l'univers à la fois coloré et dérangeant des images ; quant au saxophone, il rappelle l'univers bizarre de Twin Peaks, non ? On sent qu'il y a un peu de violence et de sexe, mais que ce n'est pas le seul objet de la série, l'équilibre qui m'a semblé visible dans le pilote est plutôt bien rendu ici. Les paroles font quant à elles un excellent travail pour nous renvoyer à la problématique de Wesley vis-à-vis de son père, évoquant le travail d'introspection comme d'interrogation de l'entourage...
D'ailleurs, l'héritage des Soprano se ressent jusque dans ce générique, je trouve, au moins sur la façon dont les paroles sont scandées, et sur les plans réguliers sur la voiture qui arpente les rues... Non ?

Mais même du point de vue esthétique, le générique de Crimi Clowns est impressionnant, on retrouve parfaitement l'univers de la série. D'entrée de jeu, la façon dont les acteurs principaux apparaissent à l'écran est par exemple superbe, mais tout dans la photographie de ce générique fait envie, même quand ça met mal à l'aise. D'ailleurs on y retrouve plusieurs des images vues pendant la bande-annonce de la série, qui était elle-même bien alléchante. Et encore, par rapport au générique de fin, tout ça est soft !

Alors, pour toutes ces raisons et quelques autres, si quelqu'un veut se lancer dans des sous-titres de cette série, vraiment, il a tout mon soutien, je suis même prête à faire le timing pour aider. L'appel est lancé...

Posté par ladyteruki à 19:03 - Médicament générique - Permalien [#]

02-10-12

Chambre avec vice

Courageusement, whisperintherain et moi-même poursuivons notre défi : regarder puis reviewer absolument chaque pilote de la rentrée. Ne nous laissons pas effrayer par l'ampleur de la tache, et passons donc à un nouveau pilote de cette rentrée américaine. Après les eaux profondes de Last Resort, voici maintenant d'autres ténèbres autrement plus urbaines, avec 666 Park Avenue...
Comme c'est la tradition, le lien au bas de ce post vous permettra d'accéder au blog de whisper ; ce lien sera mis à jour sitôt qu'il aura mis en ligne sa propre review.

666ParkAvenue

La soirée du dimanche soir sur ABC ne me fait pas rêver ; pour prendre la relève d'une série qui s'était dégonflée assez rapidement à mes yeux (Desperate Housewives, vite passée de critique des banlieues huppées à simple soap dramédique) et qui faisait tenir la soirée debout, désormais la chaîne mise sur une combo Once Upon a Time / Revenge / 666 Park Avenue. C'est bien, parce que les formats d'une heure cheap du network sont tous regroupés le même soir ! Et pourtant, 666 Park Avenue, sans jouir du meilleur pilote de tous les temps (loin s'en faut) parvient à donner un semblant de sérieux à cette soirée peu crédible en termes de qualité.

A mesure que la rentrée approchait, j'avais eu l'impression que la série serait essentiellement une chronique de la vie parfois un peu perturbante des habitants d'un building cossu de New York, où se dérouleraient des phénomènes étranges ; la situation semblait idéale pour utiliser la vie privée de ces différents voisins de pallier pour servir une fois de plus un soap, sauf que cette fois, on aurait quelques frissons de temps à autres...
A ma grande surprise, 666 Park Avenue n'est pas si soapesque que ça, et le fantastique n'est pas du tout un prétexte. Le pilote nous montre une série lorgnant sur le thriller surnaturel, assumant relativement bien son choix de genre, et c'est, il faut l'admettre, l'un des deux objets de mon réconfort à l'issue de ce premier épisode. Le pilote ne perd qu'assez peu de temps à disserter de la vie privée des uns et des autres (la seule notable exception étant le couple Brian/Louise, mais apparemment à dessein si on en croit la tournure des évènements) et se focalise énormément sur les caractéristiques redoutables des Doran, ainsi que sur l'emprise du couple sur les jeunes protagonistes de la série.

Le problème de 666 Park Avenue réside, si vous me passez l'expression, justement dans ce couple. Incarné par un Dave Annable aux airs éternels de ravi de la crèche et une Rachael Taylor très décorative mais pas franchement charismatique, ce duo nous promet quelques heures d'insupportable télévision. Le cliché des provinciaux qui débarquent dans la grande ville et qui est facile à berner et manipuler est insultant pour les provinciaux autant que pour les spectateurs ; du coup, la naïveté confondante des personnages augure du pire. Vu qu'à eux deux, ils cumulent tout juste le quart d'un QI d'huître, c'est pas demain la veille qu'ils vont comprendre ce qui se trame entre les murs du Drake. Pourtant, Jane est dépeinte comme une femme intelligente, mais seulement quand il s'agit de béton et de mosaïque, apparemment ; pour le reste elle est totalement stupide. D'un autre côté elle est blonde, certes. Mais ça n'excuse pas tout (et puis c'est même pas une vraie blonde).

Fort heureusement, Terry O'Quinn sauve les meubles. Son interprétation est comme toujours juste, il n'en fait pas des tonnes dans le mystère, et qui plus est, son personnage de Mister Doran est écrit sans lourdeur. Au lieu de prendre des airs énigmatiques, Doran passe à l'action à plusieurs reprises lors de cet épisode inaugural, ne laissant absolument pas planer le doute quant à sa véritable nature.
Ce qui en revanche est intéressant, c'est que les profils de ses "victimes" varient énormément. Pour un homme qui contracte un "bail" pour une raison noble, d'autres sont sans doute moins innocents. Le vice n'est pas l'apanage du propriétaire... En cela, le procédé n'est pas si éloigné de ce qu'explorait The Booth at the End (avec un concept sans doute plus propice à la complexité cependant), dans lequel aucun des co-contractants n'est vraiment tout blanc.
Mais ce qui évite d'avoir l'impression que le personnage est inutilement insondable est aussi, précisément, ce qui donne envie de se heurter brutalement et répétitivement la tête contre les belles pierres du Drake : comment pouvons-nous nous passionner pour la découverte progressive de l'identité de Doran par Jane, si nous savons tout d'entrée de jeu ? Jane ne semble-t-elle pas d'autant plus agaçante ? Evidemment, elle n'assiste pas aux scènes qui nous ont indiqué qui est Doran, on ne doute donc pas plus de son intellect que nécessaire, mais pour autant, cela ne change rien à l'impression de lenteur qui se dégage lentement des investigations de la jeune femme.

Mais peut-être que 666 Park Avenue a prévu ce problème, et qu'il y sera donné un tour de vis rapidement ; à ce stade, il n'est pas encore certain que la série va entièrement reposer sur la façon dont Jane va lentement comprendre quels genres de phénomènes se produisent dans l'immeuble. Il n'y a pas de quoi être défaitiste : pour l'instant, les deux personnages centraux sont stupides, mais les scénaristes ont l'air d'être en plutôt bonne possession de leurs moyens. Certes, ce ne sont pas des dialoguistes de génie, mais enfin, ce pilote est suffisamment bien ficelé pour ne pas craindre, à ce stade, qu'on se fasse trimbaler sempirternellement. Même s'il y a quelques lourdeurs, essentiellement dues au fait que les héros en savent moins que les spectateurs (ce qui implique toujours un problème de rythme et d'impatience), le pilote n'est pas de mauvais augure en ce domaine.

Un mot sur la réalisation, également : elle est plus léchée que ce que j'attendais. Par rapport aux effets spéciaux atroces de Once Upon a Time, ou au visuel toc de Revenge, il est clair à mes yeux que ça remonte le niveau de la soirée. Sans que l'apparence de l'épisode ne soit l'objet d'attentions aussi soutenues que pour certaines autres séries fantastiques (American Horror Story vient à l'esprit), il y a une volonté visible de soigner à la fois le contexte huppé de l'immeuble, et de montrer une série qui ne lésine pas trop sur les moyens lorsqu'il s'agit des angles plus fantastiques. Pas d'écran vert malheureux, pas de maquillage cheap... je m'attendais à pire et j'ai à plusieurs reprises été rassurée. 666 Park Avenue n'est pas un bijou, et n'impose pas forcément un style ultra-personnel d'entrée de jeu, mais il n'y a en tous cas, le résultat est élégant et efficace. Rien de pire pour une série fantastique qu'avoir des visuels qui décrédibilisent tout (I'm looking at you, Once Upon a Time) !

J'ai parlé plus haut de deux choses qui m'avaient réconfortée dans le pilote de 666 Park Avenue. La seconde, et non des moindres, est que je n'ai pas eu peur. Il y a des gens qui recherchent ça, grand bien leur fasse, en ce qui me concerne c'est vraiment un soulagement que de ne pas avoir eu besoin de regarder l'épisode avec une alèze sous les fesses. J'apprécie que ce premier épisode repose sur un fantastique qui ne cherche pas à vous faire attraper votre ours en peluche en appelant votre mère, le visage baigné de larmes, mais plutôt à bâtir une ambiance, un personnage même, calmement. Certes, on doit cela en partie au fait qu'on est sur un network, mais 666 Park Avenue n'est pas une série d'horreur ni d'épouvante, et ça fait du bien d'avoir du fantastique sans serrer les miches ; cependant, la scène dans la cave était plutôt réussie même sans faire piailler les spectateurs comme des fillettes, preuve d'un sens de la mesure fort appréciable pour la froussarde pathologique que je suis (et ça s'est aggravé ces dernières années, donc merci). Et j'ai regardé l'épisode de nuit, en plus ! Nan vraiment, c'est gentil d'avoir pensé aux chochottes comme moi.

Pour autant, est-ce que je vais poursuivre 666 Park Avenue ? Le plus fou c'est que je n'arrive pas à trouver d'éléments totalement négatifs, mais que je n'en ai pas envie plus que ça.
C'est vrai qu'il y a le fait que les deux benêts auxquels on est supposés se lier pour entrer avec eux dans l'univers du Drake sont assez insupportables, ce qui n'aide pas. Sans doute que sans eux, mon impression serait plus positive ; la perspective de suivre les deals de Mr Doran aurait revêtu de l'intérêt, sûrement.
Cette nuit, à l'issue de mon visionnage, j'étais assez pessimiste. Mais c'est à l'écriture de ce post que j'ai réalisé que je n'avais pas vraiment de grief contre le pilote ; simplement il ne m'a pas enthousiasmée. 666 Park Avenue n'est peut-être, tout simplement, pas mon genre. J'ai rarement été très enthousiaste pour une série fantastique (la science-fiction a, comparativement, plus souvent mes faveurs), après tout, et ces choses-là ne se forcent pas. Peut-être me laisserai-je tenter à nouveau dans quelques mois, à la faveur d'un trou dans mon emploi du temps téléphagique (mais certains disent que ces choses-là sont des mythes urbains ; on connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait quelqu'un, mais le trou dans l'emploi téléphagique n'a jamais vraiment existé). Mais ce n'est pas garanti.

En tous cas, même si je ne reviens jamais à la série, disons qu'on se quitte bons amis. Je n'ai aucune envie de la réduire en charpie, je suis juste pas envoûtée. Vu le contexte, c'est peut-être pas plus mal, d'ailleurs !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 12:07 - Review vers le futur - Permalien [#]

29-09-12

Semper Fi

On retourne à notre défi de la saison, puisque whisperintherain et moi-même tentons de regarder puis reviewer chaque pilote de la saison. Une tache qui n'est pas anodine, voire même parfois un peu décourageante certains jours. Et puis certains autres, la motivation n'est pas un problème ! J'en veux pour preuve le pilote du jour : Last Resort. Qui accessoirement est la seule série qui me fait rêver depuis le printemps...
Comme toujours, sitôt qu'il sera rédigé, vous trouverez au bas de ce post un lien vers son jumeau chez whisper, histoire de comparer nos deux avis.

LastResortCe post a été programmé à l'avance, on se retrouve demain avec un post de première fraîcheur, promis !

Ma politique, en termes de nouveautés américaines, est depuis quelques années maintenant de prendre les choses comme elles viennent. De ne rien attendre, ni en bon, ni si possible en mauvais. De ne pas se laisser influencer par le buzz positif ou négatif qui entoure certaines séries avant leur apparition sur les écrans. Cela se traduit par un refus absolu d'avoir des projets "favoris", de ne célébrer aucun pilote "picked up" par principe, et de ne regarder ni promos, ni trailers, ni même, dans la mesure du possible, posters promotionnels. C'est le visionnage du pilote qui doit décider de mon rapport à la série, et rien d'autre.
En matière de buzz négatif, il était par exemple difficile d'échapper à l'épouvantable réputation de The Neighbors. On y reviendra en temps voulu mais disons qu'il n'y a pas toujours de fumée sans feu ; pourtant, c'est justement pour des séries comme ça que mon souhait de rester neutre a le plus d'importance : difficile laisser une véritable chance à la série quand on en attend les pires horreurs. Mais le buzz négatif est généralement plus subit qu'autre chose : on ne peut pas échapper aux remarques assassines, au tweets narquois et aux articles pour le moins peu élogieux. Pour le buzz positif, il me semble en général plus facile de faire la sourde oreille ; peut-être parce qu'on s'habitue, à force de fréquenter les communautés téléphagiques, à ce que d'autres aient des goûts différents, et que l'impact des commentaires ou critiques enthousiastes est finalement moindre. Je pensais globalement m'en tirer plutôt bien, cet automne, en matière de neutralité.
A une exception près. Une série pour laquelle j'ai brisé toutes mes règles, ou presque. Les commentaires positifs ne sont pas tombée dans l'oreille d'une sourde. J'ai lu des news ; pas toutes, mais plusieurs. J'ai même cliqué sciemment sur un lien vers le poster promotionnel quand il est apparu sur ma timeline Twitter. Pour Last Resort, j'ai désobéi en toute connaissance de cause à des principes que pourtant j'applique avec la plus grande fermeté depuis plusieurs saisons maintenant. Pour Last Resort, à mesure que la série est devenue un pilote, puis une série, puis une date dans la grille d'automne, j'ai été enthousiaste, puis heureuse, puis impatiente. Last Resort a fichu par terre toutes mes tentatives de prendre chaque pilote pour ce qu'il est, et non pour ce que j'espère qu'il sera.

Est-il surprenant dans ces conditions que j'aie regardé le pilote de Last Resort avec des étoiles dans les yeux ? Pas vraiment. C'était voué à se produire. Une telle anticipation l'avait précédé, que j'étais forcément folle de joie à l'idée d'enfin attaquer ce que je considérais comme LE gros morceau US de l'automne (avec, dans une moindre mesure, Revolution... but that ship has sailed). J'étais également légèrement anxieuse à l'idée que je pourrais être déçue. Soyons clairs : quand on anticipe le démarrage d'une nouvelle série depuis plusieurs mois, quand vient le moment de découvrir le pilote, c'est généralement quitte ou double ; soit on est fou de joie parce que c'est exactement ce qu'on en attendait, soit on est cruellement déçu parce que les scénaristes n'ont pas fait la série sur-mesure qu'on s'est imaginée cent fois pendant l'été.
...Et c'est précisément pour ça que je voulais m'imposer une obligation de neutralité !

Clairement, le pilote de Last Resort n'est pas la perle que j'attendais. Justement parce que j'avais eu tout l'été pour cristalliser mes attentes envers la série, un fantasme téléphagique à la fois (certains rejoignant quelque chose que je griffonne de mon côté depuis quelques années maintenant).
Mais pas seulement. Parce que ce pilote est aussi épouvantablement maladroit. Pour quelqu'un qui n'a jamais accroché plus que ça à The Shield et n'en a donc vu qu'une poignée d'épisodes, découvrir que Shawn Ryan peut écrire un script aussi pauvre est une sacrée déconvenue : je pensais avoir affaire à quelqu'un d'un peu plus solide.
En fait, j'ai passé une bonne partie du pilote à me demander si au départ, l'épisode inaugural de Last Resort n'était pas supposé durer 1h30, pour finalement être brutalement coupé à la hache ensuite : "OK, cette ligne on l'enlève... là on oublie ce plan... là on va mettre un peu plus de suspense sur les missiles et... là on va remplacer ce passage introductif par du Mozart". Il manque énormément de temps d'exposition à Last Resort ; c'est quelque chose qui est en partie dû à son genre, car la série est clairement orientée vers les standards du blockbuster, mais aussi au fait qu'en moins de trois quarts d'heure, la situation est installée, le sous-marin amarré dans sa baie, les ultimatums lancés, tout. Si bien qu'il n'y a qu'une place très restreinte pour apprécier la mesure des personnages, ou les véritables thématiques de cette histoire.

Or ces thématiques sont toujours aussi furieusement intéressantes ! On sent bien, une ligne de dialogue à la fois, que Last Resort a une idée plutôt précise de ce qu'elle veut questionner. De toute évidence, les deux créateurs de la série ont fantasmé au moins autant que moi sur les possibilités de cet exil ! Le dilemme entre l'honneur et le devoir, de toute évidence ; mais aussi, à travers cela, ce qui fait qu'un homme va se conduire dignement, même alors qu'il n'y est plus forcé. La question de la place des femmes dans un contexte très masculin (et très fermé) se pose également. Sans compter que Last Resort ambitionne aussi d'intégrer des notions géopolitiques, et surtout, des axes complotistes, de toute évidence (ce sont deux angles que je n'anticipais pas tellement, d'ailleurs, et c'est une bonne surprise).
Oui, il fallait résolument une bonne heure et demie à Last Resort pour nous parler de tout ça, pour passer un peu de temps avec ses héros qui sans cela paraissent un peu monochromes, et peut-être même creuser un peu mieux l'opinion de ceux restés au pays (on ne voit, à mon goût, pas assez d'images télévisées, par exemple).

A plusieurs reprises pendant l'épisode, prenant le pouls de ma réaction, j'essayais de savoir : à quel point suis-je déçue ? A quel point suis-je satisfaite ? A quel point ce pilote pourra-t-il dépasser la précipitation de son installation et tirer partie de son incroyable sujet ?
Force est de constater que, même s'il s'en est trouvé légèrement modifié, mon enthousiasme au sujet de Last Resort n'est pas tombé. J'ai CONFIANCE en ce pilote, pour plusieurs raisons. Déjà, ce par quoi il a pêché n'a pas de raison de perdurer. Ensuite, le cast est solide : Braugher, bien-sûr, bien qu'il lui arrive un peu d'en faire des tonnes (venant de lui ça peut prendre par surprise...), Speedman, pas aussi monolithique que je l'aurais pensé (mais je ne l'ai plus vu depuis qu'il était à la fac à New York, alors...), Robert Patrick, fidèle à lui-même, et Autumn Reeser a ses moments, même en mode pile électrique. Et puis...

Et puis, il y a autre chose. Cette thématique. Cette thématique qui est double : la création d'une micronation... et le fait qu'il s'agisse de militaires. La micronation, je trouve que c'est captivant, c'est le coeur de ce qui m'intéressait à la base dans ce sujet, le coeur de ce qui m'a fait rêver tout l'été. Et les militaires...
Quand j'étais adolescente, j'ai découvert à travers SPACE 2063 des notions qui jusque là ne m'étaient pas du tout familières, à travers le code de l'honneur des Marines. C'était, de tout ce qui m'impressionnait à l'époque dans la série (et à vrai dire, m'impressionne encore à chaque revisionnage), ce qui avait le plus d'impact sur moi. On n'abandonne pas nos postes. On n'abandonne pas nos hommes. On n'abandonne pas nos morts... On n'abandonne jamais. Semper Fi. Il y avait un ensemble de règles, qui à première vue semblent évidentes (évidemment qu'on ne va pas laisser un soldat seul sur une planète ennemie, on va aller le chercher, dammit !), mais qui formaient des hommes droits qui inspiraient le respect. Et j'avais un énorme respect pour ces personnages qui, lorsqu'ils revêtaient l'uniforme, répondaient tous au même code de conduite, mais n'en étaient pas moins humains. Cela donnait des cas de conscience superbes. Au niveau de la dramatisation, sincèrement, on peut difficilement rêver mieux. Et si, 16 ans après avoir découvert SPACE 2063, je ressens toujours cett loyauté envers la série, c'est parce que parmi ses multiples qualités, celle-ci n'était pas des moindres.
Alors qu'aujourd'hui Last Resort s'en serve comme pivot des actions de ses personnages, c'est sûr, ça me touche personnellement. Ça touche à ce qui a fait de moi une téléphage, la raison pour laquelle je dévore des séries, la raison pour laquelle je suis là, en train de taper ce post que vous lirez dans quelques minutes ou quelques heures. Je ne peux physiquement pas dire du mal d'une série qui reprend ce thème, l'exploite plutôt bien (l'épisode est en vitesse accélérée, c'est sûr, mais la question est correctement traitée), et décide de faire reposer tous ses enjeux dessus. Vraiment, même si je le voulais, je ne pourrais pas m'en détourner, avec toute la bonne volonté du monde... ce n'est pas dans mon ADN téléphagique !

Alors ce pilote, il est mené tambour battant, il est parfois désarmant (ah ah) de par les raccourcis qu'il emprunte, et ses personnages ne sont pas très approfondis, soit. Mais tout est en place, absolument tout, pour que la suite de la série soit capable d'exploiter correctement les pistes évoquées. En fait, c'est tout son objectif !
Attention, il va y avoir un spoiler dans ce paragraphe, mais concrètement, le sous-marin s'est fait attaquer une fois... ça ne va certainement pas se produire dans tous les épisodes, pas vrai ? Qu'est-ce que Last Resort peut bien faire d'autre de ses 45 minutes par semaine, sinon exploiter ces thèmes ? Bon, quelques minutes à Washington, c'est normal, mais le coeur de l'intrigue il est sur l'île, et l'île ne sera pas sous menace extérieure dans la plupart des épisodes (juste les sweeps et le season finale, objectivement), non ? Ça me semble tellement évident.

Parce que j'ai confiance. Je ne devrais peut-être pas ; il serait même plutôt naturel de ma part, alors que je goûte si peu les séries d'action/adrénaline, que je me méfie de Last Resort après ce pilote pressé et rempli de tension. Mais rien à faire. Ma curiosité est piquée de longue date pour les sujets qui auront le temps d'être abordés dans les épisodes suivants, mon coeur bat déjà pour ces militaires qu'on a formés à obéir à un code qu'il va falloir réévaluer en partie (la question étant justement de savoir ce qu'ils gardent et ce qu'ils jettent), et je me dis que tout est en place pour que Last Resort me donne à réfléchir et à ressentir des tas de choses. Et ptet aussi que des fois il y aura des scènes d'action, bon, le compromis aurait pu être pire.

Chaque année, je regarde des tonnes de pilotes et juge, d'après eux, si je suivrai la suite de la série. J'ai déjà eu des commentaires me disant que c'était injuste : une série ne saurait se résumer à son pilote. Pour moi, l'essentiel, c'est de percevoir du potentiel, parce que le pilote soit abouti d'entrée de jeu ; si je ne poursuis pas la plupart des séries que je teste, ce n'est pas toujours parce que le pilote est mauvais : c'est parfois simplement parce qu'il ne me semble pas porter le potentiel d'une série que j'aurais envie de voir évoluer. Avec Last Resort, clairement, le pilote n'est pas l'incarnation de la perfection. Ce n'est pas le coup de coeur espéré. Mais la vache, il a tout le potentiel qu'il faut pour m'inciter à revenir (ventre à terre) dans une semaine, parce que je pense que si on lui laisse le temps de se poser et de respirer calmement, Last Resort peut me ravir pour 13 épisodes.

Et désormais, l'anticipation continue... celle de la semaine prochaine.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 08:00 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-06-12

Merci d'avoir ruiné ça pour moi

Depuis quelques années, j'essaye de faire de mon mieux pour laisser à toutes les séries que je découvre une chance de me séduire aussi équitable que possible. C'est d'autant plus intéressant qu'avec, entre autres, mes excursions dans diverses contrées du monde, je découvre de plus en plus de séries, et que ma façon de les découvrir a évolué.

Quand on se "contente" de la télévision américaine, finalement, on peut assez facilement échapper à un certain nombre d'idées préconçues. Il me suffit personnellement d'éviter au maximum les news, les trailers et les reviews, et en général ça se passe plutôt bien. Il arrive même que je lance un pilote sans avoir la moindre idée de qui sera au générique, mais ça, c'est vraiment les jours de grâce ; la moyenne c'est en général que je connais à peu près de quoi ça va causer et qui est devant et/ou derrière la camera, et je m'arrange comme ça. Eviter les reviews est d'ailleurs assez facile, étrangement. Parfois ça m'étonne encore, pour tout vous dire.
Mais quand il s'agit de télévision non-américaine, autant jouer carte sur table tout de suite : n'espérez pas de surprise. Comme l'accès à l'information est loin d'être aussi pléthorique qu'en matière de séries US, le simple fait de tenter de connaitre l'existence d'une série étrangère s'accompagne généralement de la réception de tous un tas d'informations qui font que vous ne pouvez plus être ignorant de grand'chose une fois que le pilote est à portée de mimine. Aussi paradoxal que ça puisse sembler être, la surinformation sur les séries américaines protège.

Cependant, quel que soit mon degré d'accès à des informations sur une série, je tiens à essayer de commencer chaque pilote avec l'esprit le plus ouvert possible. Ca ne veut pas dire que j'embrasse toutes les séries avec amour dans l'harmonie et les chants d'oiseaux ; lancez-moi sur Whitney, mettons, et vous allez voir ce que la série va prendre. Mais ça signifie que j'essaye de commencer chaque pilote avec aussi peu d'idées arrêtées que possible sur ce que l'épisode va m'offrir. Je l'écorche vif seulement ensuite.
C'est par exemple comme ça que je ne ressens pas le plus petit embryon d'hostilité envers Elementary alors que j'ai ressentis quelques uns de mes plus gros orgasmes téléphagiques de 2012 devant Sherlock (et pourtant Dieu sait que j'ai pris un pied monstrueux pendant le premier semestre 2012 !). Rien à faire, j'arrive pas à être dans un autre état d'esprit que "on verra bien ce que ça donne, attendons avant de juger". En fait j'en suis à un tel stade d'attitude zen sur ce genre de choses, que je me surprends à ne pas sautiller d'impatience à l'idée que Last Resort arrive à la rentrée. Ce pitch est fait pour moi, je devrais trépigner d'impatience au point que c'en deviendrait ridicule, et pourtant, je m'en tamponne méchamment le coquillard actuellement. Du jour où un preair se baladera dans les profondeurs d'internet, soyez sûrs que je vais me jeter dessus comme une crève-la-faim, mais je fais ça pour tous les pilotes, alors ça n'est pas un critère. Non, pas d'anticipation enthousiaste ni d'attente au tournant, je ne suis que paix et sérénité. J'attends les pilotes.

Mais parfois, cette jolie position de hippie est quand même un peu difficile à maintenir, soyons honnêtes. Quand vous avez connu quelques uns de vos premiers émois téléphagiques devant A la Maison Blanche (et c'est le cas pour nombre de ma génération de téléphages), la perspective d'une nouvelle série d'Aaron Sorkin, à plus forte raison sur HBO, fait quand même un peu frétiller de la télécommande (une télécommande métaphorique, qui utilise encore ces engins de nos jours ?!). La découverte d'A la Maison Blanche sur France 2 a coïncidé pour moi la pleine période où, libérée des contraintes qui me séparaient d'un accès décent à la télévision (comprenez : je n'avais plus à partager ma télévision avec mes parents), je pouvais enfin faire des centaines de découvertes, et la série s'est tellement insérée dans mon existence alors que mon critère pour garder un mec était de tester sa réaction devant le pilote d'A la Maison Blanche. J'exagère, mais pas de beaucoup.
Bon alors sur la fin, bon, j'ai un peu fauté et j'ai jamais vu les deux dernières saisons (sue me), mais vous voyez ce que je veux dire.

Donc, The Newsroom semblait être une raison de faire entorse à la règle et de me sentir toute émoustillée à l'idée de commencer une nouvelle série de Sorkin.
Le plan pendant longtemps a été d'essayer de temporiser cet enthousiasme en évitant comme toujours tout ce qui pouvait ressembler aux trailers, aux news et aux reviews. Je ne suis actuellement pas capable de vous dire s'il y a eu des trailers, qui est au générique de The Newsroom en-dehors de Sorkin ou même en guest, et...

TheNewsroom

...Et échec total sur les reviews. Je pratique pourtant Twitter depuis plus de 3 ans mais rien à faire, en dépit d'une technique jusque là irréprochable pour éviter les influences extérieures, impossible d'échapper au raz-de-marée de retours négatifs, pour ne pas dire incendiaires. L'échec critique (ou supposé tel) est absolument partout.

Mais je crois que le pire, c'est que ça s'apparente presque à du bashing à ce stade. Parce que je ne lis même pas vraiment que The Newsroom est mauvais.

Ce weekend j'ai craqué. Deux fois.
Quand j'ai appris que le pilote avait leaké avec quelques heures d'avance, j'ai supplié l'ami Doctor Bluth de me fournir ma dope. Je n'y tenais plus. Mais qu'est-ce qu'ils avaient donc tous à se lâcher comme ça sur The Newsroom ? Avec la bonne prescription, je me suis donc ruée sur le preair... que j'ai aussitôt effacé. Non, non lady, tu peux attendre quelques heures que le pilote soit diffusé. Si tu te précipites dessus, tu ne seras pas objective. Essaye de comprende ce qui se passe autour de cette série pour que tout le monde unanimement joue à la piñata avec. Merci quand même, Docteur, mais finalement, ça va passer tout seul.
Quelques heures plus tard, j'ai cédé et lu un papier sur la série, paru sur The Globe and Mail. Une interview de Sorkin par Sarah Nicole Prickett. Enfin, pas vraiment : l'entrevue avec Sorkin était soit brève, soit étonnamment silencieuse, car Prickett se contente de taper à bâtons rompus sur l'homme, en ne rapportant presqu'aucun de ses propos et en ne parlant presque pas du pilote. Du coup à part faire un procès d'intention à Sorkin, on n'en saura pas plus. The Newsroom est-elle une mauvaise série ? On ne le saura pas. On n'en a pas l'impression. On sait juste que le simple fait de se passionner pour un personnage masculin dans un contexte de media mainstream est sexiste, paternaliste et rétrograde. Vlan dans les dents.

Ces deux mésaventures de ce weekend ont eu énormément de conséquences sur moi et mon espoir de prendre les choses avec distance et, autant que faire se peut, objectivité.

Mais d'objectivité il ne peut plus être question. Comment faire preuve d'objectivité en lisant le flot de commentaires à la limite du haineux ? Soit on se laisse influencer par eux et on aborde le pilote de The Newsroom avec méfiance, en cherchant la preuve que ces commentaires sont exacts et fondés ; soit au contraire on se laisse influencer par eux et on regarde le pilote de The Newsroom en y cherchant la preuve que la série est bonne en dépit de ce qu'en disent les critiques (qui ont souvent l'air de fonder leur réprobation sur autre chose que la qualité intrinsèque du pilote). Comment dompter mon esprit pour échapper à cette polarisation, dans pareil contexte ?

Est-ce que Sorkin est vraiment un enfoiré sexiste, paternaliste et rétrograde ? Peut-être, qu'est-ce que j'en sais... Est-ce que son succès commence à faire un peu chier ? J'en sais rien, je suppose, mais il y a des envieux partout et tout le temps, alors pourquoi maintenant... Est-ce que ses séries dévoilent une façon d'envisager la société, la politique et la nature humaine qui soit légèrement teintée de conservatisme ? Possible, personne n'a jamais dit que c'était incompatible avec la pensée libérale...
Mais Sorkin écrit aussi des choses absolument brillantes, quand même, bordel.

Et le problème majeur de la plupart des séries fortement conservatrices à la télévisions, c'est qu'elles puent du script.
Vous prenez les Anges du Bonheur ou The Secret Life of the American Teenager et vous avez tout compris. Elles ne sont pas les seules (au contraire, c'est vraiment de la caricature de série conservatiste, j'en suis bien consciente), parfois certaines sont un peu moins pires, mais grosso-modo, on en est là. Les idées y sont simplifiées, les rôles des sexes dans la société, la totale. Les séries conservatrices n'ont même pas besoin que les reviews écrites par des libéraux les écorchent, elles se font du tort à elles-mêmes parce que la majeure partie du temps, les scénaristes conservateurs veulent véhiculer leurs idées de la façon la plus simpliste possible, pensant visiblement s'adresser à des cons.
Alors si un type comme Aaron Sorkin arrive à faire de la grande télévision en employant certaines idées un peu passéistes des conservateurs, mais grand bien lui fasse, on en a besoin, de comme lui !
Parce qu'en réalité, des mecs capables d'écrire d'aussi bonnes choses (fussent-ils un peu trop contents d'en être capables ; la télévision intelligente, c'est redevenu un gros mot, ou quoi ?), même du côté des gens totalement modernes sur toutes les idées de société, on n'en a pas non plus des millions. On peut avoir des idées modernes et ne toujours pas savoir écrire une série. Qu'est-ce qui est préférable ?

Je refuse une télévision qui refuserait d'aborder certains concepts, certaines postures, certains réflexes, au prétexte que c'est pas assez moderne. La bonne télévision n'est pas forcément la télévision qui partage nos idées (ou pas toutes). Et j'ai envie de croire qu'on peut apprécier la fine écriture de Sorkin sans partager toutes ses idées. On n'a pas de couteau sous la gorge, il me semble. On peut avoir adoré Bartlet et ne pas avoir été d'accord avec toutes ses décisions (rien que l'histoire de la sclérose, bon...). Pour autant, le personnage était brillamment écrit, et permettait d'articuler plein de concepts qui ont poussé des millions de télespectateurs à réfléchir sur des sujets auxquels ils n'auraient pas forcément consacré beaucoup de réflexion sans la série. Si cela nécessite un scénariste un peu paternaliste, qu'il en soit ainsi !

Voyez, déjà, je sens que d'objectivité il n'est plus question. Et c'est là que je m'aperçois que j'ai mis un doigt dans l'engrenage : désormais, si je regarde le pilote de The Newsroom, je vais en attendre plein de bonnes choses... Dans le fond, peut-être que les critiques avaient raison ? Désormais, le visionnage du pilote de The Newsroom sera forcément entaché par les avis qui l'ont précédé, par l'impression de lâchage un peu injuste qui en ressort (toute unanimité est douteuse, non ?), et par mon histoire avec A la Maison Blanche notamment. La moitié de mon plaisir à aborder ce pilote a été gâchée.
Et, oui : j'ai dit "si".

EDIT : cet article a été préparé à l'avance, because ce soir, c'est enregistrement du podcast !

Posté par ladyteruki à 23:10 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]