ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

01-11-11

Avec assurance(s)

Ca faisait des mois que je voulais tenter Crash & Burn, mais vous savez ce que c'est. Pourtant, quand j'ai regardé Last Money, j'ai décidé que je n'avais que trop attendu, et je me suis lancée.
C'est d'ailleurs une chose curieuse, parce qu'on pourrait penser que les assurances, c'est pas franchement sexy du point de vue des scénaristes, et finalement on se retrouve avec deux séries, chacune d'un côté du Pacifique, qui s'y intéressent à quelques années d'écart (Crash & Burn a démarré en 2008). Mais sous un angle très différent.

CrashandBurn
Jimmy Burn, le héros de Crash & Burn, ne paye pourtant pas de mine. C'est un homme parmi tant d'autres dans un métier petit, dont les pratiques sont petites. Un type ordinaire dans un job médiocre, pourrait-on dire.
Donc bien-sûr il a un secret, mais le pilote ne part pas du principe qu'il va bâtir son suspense là-dessus, ce qui fait un bien fou. Cela se découvre par petites touches très légères qui permettent de ne pas empiéter sur le vrai propos de Crash & Burn : dans les assurances, si on veut réussir, il faut être un peu pourri quelque part. L'épisode va nous servir d'introduction à ce monde peu reluisant avec une affaire qui commence bien mal.

Car à l'instar de beaucoup de séries policières procédurales, Crash & Burn commence par nous présenter le déroulement de l'accident qui va requérir les services de Jimmy : la voiture d'un petit vieux se fait emboutir une autre. Sauf qu'au volant de l'autre voiture, il n'y avait personne : son occupant était trop occupé à s'envoyer en l'air avec sa copine, actionnant ainsi malencontreusement le frein à main. On attend donc de savoir comment Jimmy va mener l'enquête pour conclure que le tort vient de ce conducteur et non du petit vieux (le conducteur prétend que son frein a lâché), puisque sur le moment les deux assureurs, à savoir Jimmy et celui de l'autre conducteur, partent du principe qu'il vont chacun indemniser leur client. Sauf qu'au lieu de se battre pour faire tout payer à l'assureur d'en face, Jimmy ne va pas du tout remonter la piste de ce mensonge. Et là encore, ça fait un bien fou.
Je vous avais prévenus, les assurances, ce n'est pas sexy et ça ne l'a jamais été ! Mais au moins le sujet est original, et change du point de vue légal ou policier qui nous ont nourri ces dernières années dés qu'il se passe quelque chose.

Tout en continuant d'essayer de s'arranger pour que sa compagnie d'assurances paye le moins possible pour l'accident, Jimmy va devoir faire face aux autres réalités de son métier : il n'a pas qu'une seule affaire sur le feu. Et on découvre le lieu de travail peu chalereux qui est le sien, et qui rappelle celui qui est dépeint dans de nombreuses séries pour les vendeurs de voiture : chacun pour soi et Dieu pour tous, pourvu de faire du chiffre, ou, dans le cas des assurances, pour essayer d'éviter d'en faire. L'atmosphère de bureau est d'autant plus tendue que très tôt, le boss annonce la couleur : il va devoir virer du monde. Et Jimmy, qui n'est là que depuis un an dans la boîte et dont les résultats ne sont pas mirobolants, est donc parmi les premiers visés.

Le pilote de Crash & Burn va donc pas mal exploiter cet axe, l'affaire initiale prenant alors une importance secondaire. C'est que, Jimmy a besoin de son job : il veut se marier avec sa copine, ou, comme on le comprend assez vite, se marier avec la famille de sa copine. Le grand secret de Jimmy Burn est quelque part par là, dans son envie d'avoir une famille normale, une vie normale, des revenus normaux ; on sent que ça a quelque chose à voir avec le fait qu'il ait grandi en foyer d'accueil et n'ait pas vraiment de famille. Ce ne sera pas vraiment explicité, mais la piste apparaita de façon plus claire en toute fin d'épisode, et là encore, ça fait un bien fou de voir cet axe, a priori feuilletonnant, ne pas nous être balancé à des fins de dramatisation brute, genre "ohlala en fait Jimmy n'est pas celui qu'on croit". Et c'est ce qui permet de voir que Jimmy n'est ni tout-à-fait fier, ni tout-à-fait honteux du métier qu'il fait, et d'ailleurs, de l'avis de tous y compris du sien, il le fait bien. Il y a une raison à ça et elle n'est pas présentée comme un mystère à décortiquer, mais simplement comme une piste de réflexion. C'était bien amené.

Ainsi donc, Crash & Burn et Last Money parlent de la même chose, mais différemment. Il s'agit toujours de polices d'assurances, de rencontrer les clients assurés par la compagnie pour essayer de verser la "bonne" somme, mais c'est la définition de ce qui est bon qui varie. Dans Last Money, on veut que l'argent aille à la personne à qui il revient légalement et si possible moralement, c'est la question de la qualité. Dans Crash & Burn, on veut que la somme soit la plus petite possible, c'est la question de la quantité. Forcément, le second est plus adapté au cynisme occidental que l'autre.
Pour ceux qui ont vu Call Me Fitz, Crash & Burn rappellera (même si en réalité ce devrait être dans l'autre sens, chronologiquement parlant) un certain nombre de thématiques sur la déchéance morale et la rédemption. Mais Crash & Burn n'est pas drôle du tout, quand Call Me Fitz est une dramédie un peu loufoque.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Crash & Burn de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:00 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

09-10-11

Le salaire du deuil

Sur les dorama, cette saison, je suis carrément à la bourre. Il faut dire que mon mois de septembre a essentiellement été partagé entre l'abondance de pilotes américains et le déménagement, et que du coup, bon, c'était prévisible, je n'ai pas encore eu le temps de vraiment me pencher sur les nouveautés nippones de la saison. J'ai bien l'intention de le faire dans les prochains jours, mais en attendant, voici un post sur l'un des pilotes de cette nouvelle saison, cagoulé un peu au hasard pendant que j'allais récupérer le dernier épisode de Yuusha Yoshihiko to Maou no Shiro, que je n'avais pas vu pour les mêmes raisons que celles évoquées ci-dessus.

Last Money ne paye pas de mine. Visuellement, il n'y a pas de quoi être impressionné, son cast ne fait pas non plus rêver, et son sujet n'est pas très sexy. Vous l'aurez deviné, c'est un dorama de la NHK !
Pourtant le pilote, s'il met un peu de temps à prendre ses marques, finit par se montrer très intéressant, et fournir en un peu moins d'une heure de nombreuses pistes pour les épisodes à venir, ainsi que pas mal de bonnes idées.

LastMoney
Mais d'abord, il faut en passer par cette étrange manie qu'ont prise les séries d'un peu tous les pays de commencer par une scène qui implique ensuite de procéder à un retour en arrière. C'est très irritant comme procédé, et ça s'est généralisé au-delà du supportable ces dernières années. Certaines le maîtrisent plus que d'autres, toutefois, et Last Money ne nous inflige pas l'incroyable supplice de nous dévoiler la fin avant de raconter le début, et réussit presque à instaurer une forme de suspense. C'est assez rare pour être noté parce que, étrangement, plus les séries commencent par une scène qui conduit ensuite à un "un mois plus tôt", moins elles parviennent à éviter l'impression douloureuse de se faire spoiler par la première scène du pilote. Last Money, donc, y parvient à peu près.

Hélas les scènes d'installation qui suivent sont assez lentes. La série porte sur un enquêteur en assurances qui doit déterminer si sa compagnie va effectivement verser la prime d'assurance au bénéficiaire, et si oui, lequel. Il faut donc en passer par un premier cas complètement anecdotique pour nous présenter cette activité et les difficiles choix qu'elle implique pour le héros, mais comme on commence à peine la série, on ne s'attache pour le moment à personne et, du coup, on se contrefiche un peu des tenants et aboutissants de cette petite affaire dont on ne voit, en réalité, que la conclusion. Là encore, ça ne joue pas en la faveur de Last Money sur le plan émotionnel, mais les scènes ont le mérite de poser assez bien le personnage central, l'un de ces héros nippons qui ne montrent pas d'émotion, il y en a des tonnes notamment dans les procedurals comme celui-ci, et le plus dur est certainement de s'attacher à cet archétype du gars pas bavard, qui n'est pas mauvais dans le fond, mais qui garde le regard vague et impénétrable.
Bon, vous le savez, je suis infoutue de me rappeler du nom des protagonistes d'une série avant au moins trois épisodes (plus souvent cinq), donc à des fins de compréhension dans la suite de ce post, j'appellerai notre héros Lucky Luke, rapport au fait que les deux personnages fument autant l'un que l'autre.

Au bout de 10 minutes, tout cela se finit enfin et on passe au nerf de la guerre : la réelle enquête de ce premier épisode. Je ne pense pas que cette affaire ait pour vocation d'aller au-delà du pilote, et elle me semble bien résolue à la fin de celui-ci, mais force est de constater qu'elle propose suffisamment de questions morales et de (relatif, vu qu'on parle de primes d'assurances) suspense pour montrer ce que la série a dans le ventre. Lucky Luke hérite d'une douloureuse mission : une voiture qui transportait 5 personnes, la grand'mère maternelle, les parents, et les deux petites filles, se renverse, et la vieille dame est la seule survivante. La police d'assurances du père doit normalement bénéficier à sa femme ; puisque celle-ci est décédée, ainsi que les enfants, la somme (60 millions de yen) (vous excitez pas, ça fait quelque chose comme 580 000 euros) revient aux parents de l'épouse, dont la grand'mère survivante. Vous suivez ? Sauf que les parents du père, indignés, tentent de récupérer cette somme et demandent à l'enquêteur de la compagnie d'assurance de vérifier s'il n'y a pas une chance pour que ce soit eux qui récupèrent le pognon. Et effectivement il y a une faille : dans le cas de figure que je viens d'expliquer, la somme revient aux parents de la femme parce qu'on part du principe que tout le monde est mort simultanément. Mais, s'il est prouvé que le mari était encore en vie quand sa femme est morte, alors sa police d'assurances profite à ses parents à lui et non à ses parents à elle. Vous suivez toujours ? C'est remarquablement compréhensible dans la série, pourtant, désolée.
Donc voilà, c'est glauque, mais il va falloir prouver qui est mort en dernier. C'est ça son job, à Lucky Luke. Sympa, non ? Très. Même accompagné de l'enquêteur un peu bizarre (le toujours génial Yutaka Matsushige) et du petit nouveau, qui mettent un peu d'énergie, quasiment de l'humour, dans les scènes, ça reste très dur.
Et le fun n'en finit pas puisqu'il faut même aller visiter la grand'mère qui a survécu pendant qu'elle se remet de l'accident, et lui refaire vivre les évènements pour obtenir son témoignage. Quand on vous dit qu'on s'amuse dans les assurances.
Les deux couples de grands parents se renvoient donc la balle pendant un bon moment, rappelant l'indécence de la situation.

En parallèle, Lucky Luke est resté profondément blessé par l'une des affaires sur lesquelles il a autrefois travaillé, et où il a également eu à faire un choix difficile qu'il se reproche encore, et l'un des collègues et amis de Lucky Luke, qui entretient une maîtresse, se retrouve lui aussi à contracter une police d'assurance ; ces deux axes, c'est la partie feuilletonnante de la série et, même si la fin de l'épisode semble assez évidente, je pense qu'au fil des 7 épisodes, elle pourra nous surprendre tout de même, sans quoi ce serait trop facile...

Mais ce n'est pas tout. Last Money, et c'est sans doute là qu'elle réussit le mieux, s'intéresse aussi à ce qui se passe à plus grande échelle. Lorsqu'on parle de la façon dont la compagnie de Lucky Luke fonctionne, là on sent que la série a décidé de se pencher sur tous les aspects de l'assurance. Ainsi, plus que d'offrir une nouvelle forme de série procédurale, Last Money veut vraiment dire quelque chose sur les assurances, sur un ton tout-à-fait courtois et pas du tout dénonciateur qu'ont beaucoup de séries au Japon qui tentent de dire quelque chose de pas spécialement sympa sur le fonctionnement de la société, mais sans froisser personne. Et le conseil d'administration de la compagnie d'assurances, c'est juste impeccable de cynisme presque pas apparent. Ah, le tact des scénaristes japonais me charmera toujours. Il n'y a qu'eux pour trouver le parfait équilibre entre pointer du doigt et ne pas fâcher leur cible, tout en faisant réfléchir le spectateur. C'est vraiment un art que seuls les scénaristes nippons maîtrisent totalement.

Et du coup, entre son portrait de Lucky Luke, l'intrigue de son ami, le business des assurances et les enquêtes, on a là une série très complète, qui a vraiment décidé d'exploiter son sujet de fond en comble. Il n'y a, si on regarde bien, pas une seule intrigue qui ne soit en lien avec le sujet choisi, mais chacune en parle différemment. Si le dorama avait décidé de ne parler que d'un ou deux de ces points de vue (genre que les enquêtes avec l'enquête passée qui torture Lucky Luke, ou bien que les enquêtes et l'intrigue de l'ami), Last Money aurait pu sembler un peu faible. Mais là, on en a vraiment pour notre argent.

...Enfin, quoique. Pendant quelques semaines, jusqu'à ce que je finisse la série, j'aimerais mieux qu'on évite les sujets d'argent. Après le visionnage de cet épisode, c'est un peu un thème qui me met mal à l'aise. Regardez, vous comprendrez pourquoi.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Last Money de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 01:54 - Dorama Chick - Permalien [#]
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