ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

04-09-13

[DL] Zuidflank

Cap sur la Belgique ce soir, avec une série qui vient de commencer sur vtm, la chaîne belge flamande, avec Zuidflank, une série qui se déroule dans un vignoble. Deux familles s'y déchirent depuis des années, et les choses empirent quand le patriarche de l'une d'elle décède, ravivant les rancoeurs.

Pour nous raconter la genèse de cette guerre viticole, le pilote va d'ailleurs commencer en 2008 (et s'y dérouler presque intégralement), ainsi que nous offrir des flashbacks en 1998. C'est plutôt osé, car pas une seule fois l'intrigue de ce premier épisode ne va nous montrer la dynamique de ces familles en 2013, produisant un cliffhanger de facto à la fin de l'épisode. Ca nous évite, de surcroît, de passer par le pénible cliché du flashback qui intervient au bout de quelques minutes de pilote, un gadget devenu monnaie courante ces dernières années. La narration s'en trouve plus fluide, pour autant que je puisse juger ; preuve que vraiment, quand on veut, on peut.

Alors certes, le générique de Zuidflank, n'est pas d'une folle originalité. Il n'y a pas de concept révolutionnaire, ou de mise en images inventive. La musique elle-même ne s'aventure pas tellement. Pour autant, ce générique de Zuidflank m'en évoque un autre, tout aussi simple mais très réussi, celui de Downton Abbey. Outre leur rythme, ces deux génériques très rousseauistes ont en outre en commun d'évoquer une certaine passion pour le travail bien fait.
Du moins c'est mon avis, mais je vous laisse me dire ce que vous en pensez :

Zuidflank
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

A noter qu'il n'est pas nécessaire d'être le pays du Bourgogne et du Beaujolais pour s'intéresser au mode de la vigne : l'idée d'une série dramatique se déroulant dans ce contexte a fait plusieurs émules de par le monde. Ces dernières années, on a également pu en trouver par exemple en Espagne, avec Gran Reserva (adaptée en Colombie sous le nom Familia de Reserva) et son prequel Gran Reserva: El Origen ; au Japon, avec Kami no Shizuku ; ou encore en Afrique du Sud, avec Known Gods.
Du coup j'en profite pour vous demander : la série française Le sang de la vigne, ça vaut quoi ?

Posté par ladyteruki à 22:46 - Médicament générique - Permalien [#]

15-02-13

A la mode de chez eux

Ah, la mode ! Univers glamour par excellence ! ...Et pourtant, assez peu de séries ont décidé de prendre cet univers pour contexte, ce qui m'a toujours étonnée, car il semble prédestiné que des soaps y trouvent aisément matière à des intrigues à n'en plus finir (mais je suis peut-être tombée sur trop d'épisodes d'Amour, Gloire et Beauté...?). Heureusement, l'oubli est en passe d'être réparé, alors que cette année, plusieurs séries dans le monde ambitionnent de se pencher sur l'univers des maisons de couture. Ouf !
Evidemment, on pourrait mentionner les quelques projets américains sur le sujet, comme Dress to Kill, un thriller/soap pour ABC, qui se propose d'associer un whodunit à l'univers de la haute-couture new-yorkaise, ou Scarlatti, pour FOX cette fois, dans laquelle une famille tente de conserver le prestige de son empire de la mode. Mais de projet il ne sera pas vraiment question aujourd'hui, puisque je vous propose de parler de séries concrètes, à l'existence bel et bien confirmée, et non de plans sur la comète.

Et pour lancer les hostilités, ce soir, la chaîne sud-africaine SABC1 diffuse le pilote d'une nouvelle série dramatique, Tempy Pushas, qui fait le choix de se dérouler dans ce contexte. Sauf que, loin de l'expérience que nous avons pu avoir récemment avec Jane by Design, la série dramatique (pour laquelle 26 épisodes sont prévus) a décidé à la fois de tirer partie des intrigues inhérentes au milieu, et d'y ajouter une dimension plus sociale.

TempyPushas

Tempy Pushas met donc en scène trois orphelins, des amis d'enfance venus des townships, qui, devenus adultes, se retrouvent plongés dans l'univers de la haute-couture sans vraiment l'avoir voulu ni provoqué ; ils vont se confronter à la réalité pas toujours très reluisante d'un univers pourtant célèbre pour son luxe et son style de vie glamour. Mais derrière les paillettes et les drapés, il y a aussi beaucoup de vice et de haine... Kuti, X et Ngulube, liés entre eux par leur enfance défavorisée, pourront-ils rester loyaux les uns envers les autres, alors qu'ils sont confrontés à la cupidité et l'orgueil des puissants ainsi qu'à leurs propres démons ?

Toute la problématique de Tempy Pushas, derrière l'incontournable exploitation d'un univers agréable à l'oeil avec ce qu'il impliquée d'inévitable population richissime (sans compter les quelques intrigues amoureuses), est donc de voir comment l'esprit et la culture des townships peut survivre aux tentations d'une industrie déconnectée du réel. Derrière les aspects soapisants évidents (qui évoquent un peu l'expérience vécue devant Known Gods), il s'agit donc bel et bien de parler de fracture sociale.
On est sur la première chaîne publique après tout, dont c'est aussi la vocation. Bien qu'étant plus particulièrement orientée vers les adolescents et les jeunes adultes, Tempy Pushas n'a pas beaucoup de points communs avec des séries faites pour rêver ; d'ailleurs, c'est un signe qui ne trompe pas : ses héros sont trois jeunes hommes... le risque de se faire envoûter par trois bouts de tissus chics et quelques breloques est donc minime, pour reprendre la comparaison avec Jane by Design.
A l'instar d'Intersexions (qui a débuté sa saison 2 cette semaine, je vous dis pas, j'ai hâte !), Skeem Saam (dont la saison 2 débarque quant à elle dans un mois), ou plus anciennement de Yizo Yizo (souvenez-vous), il s'agit de sonner vrai, pas de monter des contes invraisemblables, ou au moins idéalistes, sur les valeurs des petits qui doivent rester fidèles à eux-mêmes en dépit des vices des puissants ; une manie qu'ont bien des séries américaines, et plus encore de séries asiatiques. Bien que cet aspect des choses ne soit pas totalement mis de côté dans Tempy Pushas, évidemment, l'accent est plutôt mis sur le réalisme de la situation des personnages, sur les difficultés qu'ils rencontrent dans les townships et qui ne les quittent pas simplement parce qu'ils ont accès à un monde en apparence moins compliqué.

Comme les séries qui l'ont précédée, Tempy Pushas doit avant tout parler de ce qui touche les spectateurs issus des quartiers défavorisés, pas simplement les faire rêver, voire pas du tout. Et moi, c'est précisément le genre de fiction qui me fait rêver, tout simplement parce que c'est quand même l'essence des voyages téléphagiques que d'essayer d'entrer, par la fiction, dans la réalité d'un pays.

Bon alors, pour répondre à votre question, oui, il y a un trailer, mais j'aime autant vous prévenir... ça n'est pas ce que j'ai vu de plus engageant à la télévision sud-africaine !
Il faut cependant rappeler, pour l'anecdote, que le matériel promotionnel des séries sud-africaines est généralement assez pauvre : une photo de promotion ne va déjà pas toujours de soi, donc on est déjà bien contents quand il y en a une, et les trailers sont accessibles de façon plus aléatoire encore. A la rigueur, ça ne me choque pas : les quelques séries dramatiques sud-africaines dont j'ai pu tâter me laissent penser que, en dépit de l'absence de moyens pharamineux, SABC1 notamment met plutôt son budget dans les séries elles-mêmes que dans leur promotion, ce qui est un choix que je trouve honorable. Alors bon, au final, malgré la maladresse de la mise en images (et de la voix-off maladroitement plaquée sur les extraits...!), on sent que la mission de Tempy Pushas n'est pas de se perdre dans les strass, et préserver le message véhiculé reste quand même le plus important. Donc voici :

A l'automne prochain, ce sera au tour de l'Espagne de lancer Galerías Vélvet. Commandée par Antena3 à la société Bambú Producciones (déjà responsable de succès comme Hispania ou Gran Hotel), cette série dramatique s'intéressera à la fin de l'âge d'or du prêt-à-porter espagnol, juste avant le début des années 70, alors que Cristobal Balenciaga, l'un des grands couturiers espagnols, décide de prendre sa retraite, ainsi que quelques autres grandes figures de la profession. Tout le défi de Galerías Vélvet, contrairement à Tempy Pushas, sera de faire oublier l'Espagne franquiste et ses diverses problématiques dramatiques, pour se concentrer sur une intrigue glamour où, dit-on, la romance tiendra une grande place. On retombe ici dans un certain nombre de poncifs sur cette industrie, vous le voyez.

Eh, à chacun son angle, après tout. Mais j'avoue, par goût personnel, être cent fois plus curieuse de réussir à mettre la main sur Tempy Pushas un jour que de voir Galerías Vélvet !
Hélas, nous savons tous lequel des deux sera le plus aisé à accomplir ; et les choses ne vont pas s'arranger tout de suite : l'Afrique du Sud a annoncé récemment qu'on n'y tiendra pas les délais pour le passage au tout-numérique initialement prévu pour juin 2015...

Posté par ladyteruki à 18:03 - Love Actuality - Permalien [#]

30-11-12

[DL] Intersexions

Alors que je m'envoie quelques épisodes de Known Gods çà et là (rappelez-vous, on en a parlé il y a à peine 10 jours), je dois admettre que c'est très, très difficile pour cette série sud-africaine de me ravir autant que l'a fait Intersexions (bon, là vous avez une excuse, ça fait quelques semaines). J'aurai peut-être plus de chance quand je tenterai le coup sur le service de VOD Wabona (entre Yizo Yizo et The LAB, il y en aura forcément au moins un pour me chavirer) mais pour le moment, on en est là : les comparaisons avec Intersexions restent cruelles.

Si je continue Known Gods, c'est d'abord parce que ce n'est pas non plus nul, simplement ce n'est pas l'absolu coup de coeur. Ensuite, parce 99% des dialogues sont compréhensibles (le 1% restant, j'arrive pas à définir si c'est moi qui ai des loupés avec l'accent ou si c'est carrément de l'afrikaans) alors tant qu'à faire auant regarder une série étrangère que je comprends sans sous-titres. Et puis, je l'admets sans honte, parce que quand j'ai acheté Known Gods, j'avais aussi commandé le DVD de la série Dryfsand en me disant qu'au pire, si je n'étais pas convaincue par l'une plus que l'autre, j'alternerais les visionnages. Sauf que Kalahari n'est pas clair sur les séries qui ont des sous-titres ou pas, et Dryfsand est en afrikaans et n'en a pas (cruelle découverte que ça a été, d'ailleurs) (si quelqu'un parle l'afrikaans et veut me racheter mon DVD de Dryfsand ?). Ce sont les limites des achats à l'aveugle, dirons-nous, mais tant qu'il sera difficile de trouver des épisodes de séries sud-africaines sur internet, je procèderai ainsi.
Donc du coup, j'avance dans Known Gods un peu plus vite que prévu, quoi. Chais pas si vous suivez la logique mais dans ma tête ça a du sens. Je vous l'accorde, j'ai de la fièvre depuis lundi, bon, bref.

Alors au nom de la nostalgie, j'ai décidé d'uploader le générique d'Intersexions, ce soir. Parce que je l'ai rippé depuis mon DVD alors autant que ça serve au plus grand nombre. Vous me connaissez, je suis comme ça. Et puis, surtout, parce que la saison 2 n'est pas encore diffusée en Afrique du Sud, alors le DVD, vous pensez... il faut donc que je prenne mon mal en patience.
Patientez donc avec moi, on se tiendra compagnie !

Intersexions
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

J'adore le thème musical d'Intersexions. Ce petit air au piano est super simple, mais il entre dans la tête comme rien. Il sert aussi pour le menu des DVD et, à force d'écrire mes posts en ayant le DVD qui tourne dans le salon pendant que je suis à l'ordinateur, eh bien, il m'est devenu très naturel, ce petit air, c'est le genre de musique qu'on identifie facilement à un univers de fiction et auquel on s'attache. On connait tous ça.
C'est une mélodie légère, qui est très éloignée, si on y réfléchit, du sujet assez difficile qui est celui de la série. J'aime ce choix, très éloigné de ce à quoi on pouvait s'attendre pour une série s'attaquant à un thème si sérieux ; il reflète bien, finalement, le parti-pris de toute la série, qui est de ne pas faire de la simple pédagogie mais de travailler sur une véritable oeuvre de fiction qui, en dépit de son angle sérieux (et effectivement subventionné par des organismes prenant la question très au sérieux, qui espèrent ainsi attirer l'attention du spectateur sur des problèmes de santé et de société), est bien décidé à offrir quelque chose qui soit accessible, agréable, et qui s'autorise un univers de fiction, et pas juste de jouer aux messages de prévention.

C'est aussi ce que disent les images de ce générique.

Et puis, avec ce générique, j'ai appris quelque chose, figurez-vous, alors j'en profite pour partager.
En fouinant dans le générique de fin, j'ai découvert que le générique d'Intersexions était dû à une société indépendante de la production de la série ; j'avoue avoir été surprise parce que je ne pensais pas qu'il y ait là-bas, comme aux Etats-Unis, un pan de l'industrie télévisuelle dédié à l'effort autour des génériques. Il y a plein de pays qui n'ont pas recours à ce genre de prestataires, j'ignorais que l'Afrique du Sud faisait partie de ceux qui déploient autant d'efforts pour leurs génériques, et ça fait plaisir à apprendre ! C'était une donnée intéressante à prendre en compte sur le fonctionnement de l'industrie locale, en tous cas.
Il faudra que je pense à vérifier ce qu'il en est pour Known Gods, d'ailleurs. Mais avec son côté légèrement Game of Thrones (pas au sens où il y a une immense mappemonde en 3D, mais parce que ça m'a rappelé la façon dont les maisons sont un thème si fort de l'univers de la série), ça ne m'étonnerait pas que la conception vienne également d'un tiers. Bon, du coup, si vous voulez voir le générique de Known Gods, vous savez à qui demander.

Et surtout, si vous voulez voir le pilote d'Intersexions, vous savez aussi quoi faire : j'avais dit que si j'avais 5 commentaires de volontaires sous le post du pilote, je le mettrais en ligne... et il y a 4 commentaires actuellement qui disent être intéressés.

Posté par ladyteruki à 23:48 - Médicament générique - Permalien [#]

21-11-12

In vino veritas

L'expérience Intersexions avait été un véritable succès (j'espère d'ailleurs que la saison 2, une fois qu'elle sera diffusée, sortira également en DVD), et maintenant que j'avais trouvé un fournisseur pour mes coffrets sud-africains (voir le test de Kalahari.com ici) capable de me procurer des DVD en zone 2 avec plein de séries absolument introuvables autrement, je n'avais pas l'intention de m'arrêter là. Le simple fait que ces séries soient impossible à télécharger, ou même regarder en streaming même si j'ai ça en horreur, fait cependant que commander un coffret sud-africain est sans nul doute devenu une expérience relevant de la roulette russe, étant donné que tout ce que je sais d'une série avant de faire l'acquisition de ses épisodes, c'est son pitch... Or, un pitch peut être trompeur, et surtout, il n'est pas parlant sur les qualités d'une série.
Parmi mes emplettes du mois d'octobre, on comptait donc Known Gods, une série dont je savais uniquement le postulat de départ, sur lequel je vais revenir dans un instant, ainsi que sa longueur : 26 épisodes, diffusés sur la chaîne câblée à subscription M-Net voilà une demi-douzaines d'années. Or, quand on prend des risques, autant ne pas commencer par se lancer dans une série de plus d'une saison : c'est essentiellement là que désormais se placent mes critères lorsque j'achète des DVD à l'aveuglette. Si on m'avait dit ça il y a quelques années, non seulement je ne l'aurais pas cru mais j'aurais fait des démarches pour faciliter l'internement en milieu psychiatrique de mon interlocuteur... c'est fou de voir comment les pratiques peuvent changer sous l'effet de la curiosité.

KnownGods

Contrairement à ce que pourrait éventuellement laisser évoquer son titre, Known Gods n'a pas grand'chose à voir avec la religion ou le surnaturel. Il s'agit pourtant d'une série au genre difficilement définissable, voyez plutôt.

Tout commence dans une vallée un peu refermée sur elle-même, qui autrefois accueillait un seul vignoble, et qui aujourd'hui est divisé en quatre domaines : Rossow, Le Fortune des Vins (en Français dans le texte), Smoorberg et Mount Jolley. On y exploite le vin chez les quatre riches propriétaires qui se divisent la terre, mais il ne semble pas y avoir outre mesure de compétitions ou de jalousies (ce qui aurait pu laisser imaginer une parenté involontaire avec l'espagnole Gran Reserva) ; au lieu de ça, quand le pilote commence, plusieurs des figures importantes de la vallée assistent à un concert d'opéra, une tradition depuis bien des années qui se tient dans les bâtiments de Rossow. Malheureusement, lorsque le lendemain, le corps de Deetlef Koen, viticulteur de Rossow, est découvert dans une cuve à vin vide, il semble clair que tout ne va pas si bien au royaume des vignes. Et devinez quoi, il semblerait qu'il ait été tué pendant le récital.

En effet, la micro-société composée par les quatre familles fait illusion en matière de bon voisinnage, mais nous apprenons d'entrée de jeu quels sont les petits secrets de chacun. Pour nous accompagner dans cette revue des troupes, la voix-off d'Hermien Liebenberg, une vieille femme qui est propriétaire du cotage situé sur la propriété de Smoorberg. Je dis "vieille femme", mais on n'est pas ici en présence d'une petite mémère inoffensive ; au contraire, Hermien n'a pas la langue dans sa poche, présente encore plutôt bien pour son âge, et se montre d'une acuité et d'une sensibilité qui font certainement d'elle, au vu de ce pilote, le personnage le plus complexe de Known Gods. C'est aussi, de toute évidence, l'une des amatrices de ragots du coin, et c'est ce qui lui vaut d'être notre hôte en ce début d'épisode, alors qu'elle assiste au concert et qu'elle nous introduit un grand nombre des personnages, ainsi que leur dynamique, et notamment, qui trompe qui avec qui. Evidemment, ça peut paraitre soapesque, mais comme il apparait très vite qu'un meurtre se déroule à quelque pas du récital, vous vous doutez bien que ces relations secrètes (ou présumées telles par les premiers concernés, puisque nous sommes dans le secret) vont avoir de l'importance.
C'est l'inspecteur Mickey Steadman qui va être mis sur le coup. Mais on n'a pas franchement affaire à une lumière, ou si c'est le cas, il fait incroyablement bien illusion. Steadman a écopé de l'affaire mais son patron ne croit pas trop en lui (il ponctue leur venue sur les lieux du crime par un "do your best, adn try not to screw up again" qui met bien en confiance), en raison d'une affaire précédente qu'il n'a pas menée correctement. Il conduit ses entrevues avec les témoins avec énormément d'hésitation ; en plus, de son propre aveu à Hermien, non seulement il ne connaît pas le coin mais il ne boit même pas de vin, alors c'est vous dire. Par-dessus le marché, Steadman a une vie personnelle très brouillonne, puisqu'il a divorcé mais qu'il habite toujours son logement de fonction avec son ex-femme championne du monde d'agressivité passive, ainsi que leur petite fille, ce qui ne peut pas vraiment aider à booster la confiance de notre inspecteur.

A travers ces deux personnages, nous rencontrons donc une bonne dizaine de visages les plus importants parmi les 200 âmes environ qui peuplent cette petite vallée cossue vivant en autarcie. L'épisode a surtout pour fonction de présenter les différentes personnalités en présence, et pas vraiment de faire avancer l'enquête, bien que celle-ci serve de fil rouge pour rencontrer les protagonistes.
Ainsi, dans la demeure Le Fortune des Vins, vivent les Jansen ; Kas a épousé en secondes noces la belle Nina, une superbe créature plus jeune que lui et à peine plus âgée que sa propre fille. Le soir du meurtre, Nina n'était pas vraiment branchée musique puisqu'elle s'envoyait Alain du Vinage, une sorte d'outsider qui vit dans ce milieu mais n'est associé à aucun crû en particulier.
Du côté de Mount Jolly, on trouve également une jeune femme désireuse de mener sa vie affective comme elle l'entend, Octavia, une lesbienne qui va avoir recours à un stratagème pour réussir à attirer une femme qu'elle convoite dans sa chambre dans des vêtements trempés de boue (la scène se concluera par un "tu peux prendre une douche ici et m'emprunter des vêtements si tu veux" de la plus grande subtilité), au nez et à la barbe de son père, un homme vieillissant à la gâchette un peu facile.
Du côté de chez Rossow, où s'est déroulé le drame, les choses sont un peu plus compliquées, puisque Lohmeyer, le propriétaire du domaine, est en Allemagne pendant une bonne partie de l'épisode et ne peut donc pas témoigner de grand'chose ; Grace Foster, qui travaille avec lui, sympathise avec Steadman en essayant de l'aider, tandis que l'autre viticultrice du domaine, Nana Soci (qui ambitionne de devenir la première femme noire propriétaire d'un vignoble en Afrique du Sud) semble avoir les dents qui rayent les tonneaux.
Ces détails ne sont, en définitive, connus que de nous, de Hermien, et en partie de Steadman, mais qui permettent de prendre la mesure des parties en présence.

Le plus étonnant, c'est qu'à mesure que le pilote avance, on réalise que l'intention de Known Gods n'est pas du tout de s'intéresser à l'enquête. Et Dieux merci ! Car ç'aurait été assez chiant de suivre une sorte de Columbo durant 26 épisodes, avec un inspecteur Steadman se faisant balader dans les vignobles en attendant une conclusion. Pas du tout : on saura qui a tué Koen à la fin du pilote ! Bon, certes, Steadman n'a pas encore cette information, mais on est habitués à avoir une longueur d'avance sur lui de toute façon. Et, je vous l'accorde, il y a toujours la possibilité que cette déclaration soit du chiqué. Mais j'ai revu la scène, et moi j'y crois.
En tous cas, clairement, l'intention n'est pas d'avoir une simple intrigue policière, ou un simple primetime soap, mais plutôt un mélange des deux, ce qui donne finalement un résultat hybride tout-à-fait regardable même pour qui n'aime ni l'un ni l'autre de ces genres. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance !

Au niveau du ton, l'épisode parvient en plus à ménager des séquences un peu over the top (la manip d'Octavia, par exemple), d'autres simplement légères et pétillantes (quand Hermien retrouve ses deux vieilles amies Pearl et Anesca pour cancanner), intéressantes d'un point de vue social (le speech de Nana à l'inspecteur soulève des points intéressants sur la dynamique des vignobles et par extension des milieux aisés d'Afrique du Sud) ou sincèrement émouvantes (comme quand Nina nous explique qu'elle s'envoie Alain pour le fun, mais qu'elle elle est amoureuse de feu Deetlef Koen, et raconte combien elle est déchirée par cette relation qu'elle ne peut pleurer sans éveiller les soupçons de son mari Kas). Il y a vraiment à manger pour tout le monde !

Mais c'est surtout sur un plan esthétique que Known Gods réussit à poser sa patte. Avant même que des séries comme The Wild (née en 2011 et annulée cet été au terme de deux saisons par M-Net) ou Isindingo (forcée de s'y mettre cette année, suite à l'incendie qui a ravagé ses décors au printemps), la série est entièrement tournée on location dans un véritable vignoble, Lourensford Estate, et les prises de vue des côteaux comme des bâtiments donnent, sans aucun doute, un cachet incroyable à la série, et cela, sans en rajouter dans les filtres. La nature domptée des vignes de Known Gods se suffit à elle-même pour souligner à la fois la façon dont cette vallée est coupée du monde, et pourtant extrêmement huppée. La plupart des prises de vue s'accompagnent qui plus est de panneaux fort utiles nous rappelant sur quelle propriété on met les pieds, aidant ainsi à cartographier l'endroit, ou au moins un peu, ce qui donne l'impression que ces images de cartes postales ne sont pas là juste pour faire joli, mais que tout a un but et une élégance à la fois.
Je dois d'ailleurs préciser que, n'ayant jamais mis les pieds en Afrique du Sud, et après avoir vu les paysages d'Intersexions, ce n'était pas vraiment le décor que je m'attendais à voir pour la série ; franchement à certains moments, j'avais l'impression d'être dans les forêts canadiennes ou des vallons français... Rien que pour l'effet de dépaysement, ça valait le coup d'oeil !

Une vue de Smoorberg Le hall de Rossow Le Fortune des Vins qui visiblement n'a pas volé son appellation Hermien explique à Steadman l'organisation de la vallée

Alors au final, même si par moments le pilote flirte avec des genres qui sont loin d'avoir ma préférence, le panachage de tous ces ingrédients donne au contraire un épisode sympathique à suivre ; ce n'est probablement pas aussi touchant et profond qu'Intersexions (il faudra que j'essaye d'arrêter de tout comparer à Intersexions, ça ne va pas me rendre service, cette série est juste magnifique), mais c'est une série tout-à-fait divertissante et sympathique, assez bien équilibrée, à laquelle on a affaire ici.
Disons si vous le voulez bien que Known Gods n'est pas un grand crû, mais elle n'a pas volé son label. A déguster sans modération...
...en attendant que je tente Wabona, le service de VOD africaine qui a ouvert il y a quelques jours et qui propose, joie parmi les joies, les épisodes de Yizo Yizo et The LAB (entre autres), deux séries que j'ai dans mon viseur depuis un bout de temps (j'ai d'ailleurs raconté la genèse de l'expérience télévisuelle et sociale Yizo Yizo dans un post précédent) et que je suis infichue de trouver en DVD. Si j'arrive à trouver un moyen de conserver les épisodes, je m'achète l'intégrale sur le site de Wabona, ya pas photo ! Moi, payer pour de la VOD africaine, la vie téléphagique est décidément pleine de surprises !

Posté par ladyteruki à 22:58 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]