ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

14-12-10

Adieu Ryoumaden, pour de bon

N'ayant pas encore tout-à-fait réglé mon contentieux avec les séries historiques, aujourd'hui c'est à elles que je m'attaque, dans un post Point Unpleasant qui ne fait pas semblant d'être en colère, contrairement à hier.

Adieu

Je tiens à dire qu'à compter d'aujourd'hui, je ne vous recommanderai plus de séries historique asiatique, parce que ça m'énerve. Fini, les couplets dithyrambiques sur JIN, adieu les émois devant les performances de Dong Yi (comment ça, "de toute façon c'était fini" ?!), faites une croix sur un compte-rendu de mon lent visionnage de Damo. Jamais plus jamais. Déjà, faire une news sur Xi You Ji, c'était trop, à la limite.
Vous l'aurez compris, par série historique asiatique, je veux dire série très ancienne, genre moyenâgeuse. J'ai aucun problème avec le fait de vous en remettre une couche sur Karei Naru Ichizoku ou Fumou Chitai, par exemple.

Seulement voilà : à chaque fois que je parle de série asiatique à quelqu'un qui jusque là n'en a pas entendu parler (mais euh, on s'est déjà rencontrés ou pas ? Je veux dire, on se connait, alors comment ça se fait que tu ne découvres ça que maintenant ?!), c'est à des séries historiques qu'il pense. Et forcément, des mecs en kimono ou en chais-pas-comment-ça-s'appelle-en-Corée-mais-pour-moi-c'est-tout-pareil (j'exagère à peine), ça n'éveille pas la convoitise de la plupart de ces interlocuteurs néophytes. C'est magnifique : la seule évocation d'une nationalité a plus tendance à évoquer le voyage dans le temps que le voyage à quelques milliers de kilomètres de chez nous.
Vous dites "série japonaise" à quelqu'un et tout de suite il pense ère Edo. Et encore, s'il le pensait en ces termes, déjà on aurait de l'espoir. Mais tout ce qu'il voit, ce sont des samurai armés de sabres qui se battent pendant des épisodes et des épisodes. Et le peu d'attention que vous aviez réussi à attirer sur votre cas s'est déjà dissipé dans une rêverie cliché sur le Japon.

Maintenant soyons clairs : des clichés, on en a tous en tête, et on les assume plus ou moins selon les cas. Ça n'est pas propre à l'Asie. Par exemple quand je dis série danoise, je vous prie de me croire, le réflexe n'est pas de se dire que la série en question est certainement captivante, mais au contraire de se dire que ça va être déprimant, bavard et certainement chiant comme la pluie. Vivement Noël que je prouve à mon entourage, DVD de Borgen à l'appui, que série danoise ne rime pas avec ennui (la preuve). Mais ces clichés-là sont faciles à combattre parce qu'il n'y a, finalement, qu'une seule barrière mentale, celle qui associe la nationalité d'une série à un ton. Mais si en plus on s'ajoute des images mentales de différence culturelle, historique et tout, là forcément, on part du mauvais pied.

Donc moi, j'en ai marre. J'ai bataillé pendant des années dans les conversations pour dire des variantes de ce que je me suis entendue dire aujourd'hui. Quand je me suis mise à la littérature japonaise, il m'a fallu prendre l'habitude d'ajouter : "mais de la littérature contemporaine, hein, ya pas que les haiku dans la vie !". Quand je me suis mise à la musique japonaise, il m'a fallu prendre l'habitude d'ajouter : "mais de la musique contemporaine, hein, ya pas que le koto et le shamisen dans la vie !". Et maintenant que je parle de séries, il me faut prendre l'habitude d'ajouter : "mais des séries qui se passent aujourd'hui, hein, ya pas que les samurai dans la vie !".
Une habitude que je refuse de prendre désormais. Je refuse de devoir justifier la culture d'un pays de cette façon.

Écoutez, c'est simple. La tâche que je me suis fixée, c'est d'essayer de cultiver les gens téléphagiquement. De leur apprendre qu'hors de la fiction américaine, il y a du salut. Que les séries américaines, c'est bien, mais qu'il n'y a pas que ça. C'était ma démarche depuis quelques années, je me suis lancée là-dedans récemment à grande échelle, c'est, devant certaines réactions stupides, encore parfois un sacerdoce, mais c'est moi qui l'ai choisi. Même si parfois je voudrais bien que les gens arrêtent de critiquer dans le vide juste par principe.
Par contre, mon job, ce n'est pas de cultiver les gens tout court. De l'ignorance au racisme en passant par le refus de sortir de sa franchouillarde assurance qu'on est le seul pays à être exceptionnellement culturel, c'est pas à moi de faire tout le boulot et d'en plus devoir expliquer, encore et encore, comme le cerveau des Danaïdes dont la matière grise semble s'échapper à mesure que je tente d'y ajouter quelques menues connaissances sur le monde, que oui, au Japon, il y a l'électricité, on peut y brancher une guitare électrique, que non, au Japon, on n'est pas forcé d'écrire des haiku depuis plusieurs siècles, et que, bon, je ne dis pas, ça arrive, mais la série historique n'est pas du tout la norme et que les Japonais aiment comme vous et moi que leurs séries parlent de la vraie vie.

C'est pas mon boulot, c'est pas à moi de faire ça. Et ça me met dans une fichue rage de voir qu'en fait, avant de parler aux gens des séries du monde entier, parfois, il faudrait carrément leur rappeler ce qu'est ce monde entier. Au moins en gros.

Voilà, c'est fini. Avec l'arrêt de Ryoumaden, je promets d'arrêter de parler de séries asiatiques historiques.
Bon ou alors, juste pour surveiller les audiences de Gou...

Posté par ladyteruki à 23:35 - Point Unpleasant - Permalien [#]

13-06-10

Pieds d'argile

A force de lancer des fleurs en permanence à des séries coréennes, j'en oublie que certaines peuvent n'être pas aussi convaincantes que la moyenne. Oh, je suis sûre qu'on doit pouvoir trouver encore pire (en fait ce sera l'objet du prochain post Dorama Chick, c'est vous dire si j'en suis sûre), mais le fait est que j'ai été un peu déçue par GIANT.

Sur le papier, GIANT s'annonçait comme une incroyable épopée s'étalant sur 40 ans, et nous permettant de suivre une famille prise dans la tourmente alors que la ville où ils ont posé leurs valises, Séoul et plus particulièrement l'arrondissement de Gangnam, se transfigure avec le temps. Et histoire de vraiment vous river le clou et vous laisser avec la mâchoire sur les genoux, la photo de promo, c'était ça :

GIANT

Moi dans ces conditions, je ne discute pas ! Je lance les recherches adéquates, je remercie le Dieu de la Téléphagie pendant que ça cagoule, et je lance le pilote sans y réfléchir à deux fois.

Sauf que voilà, la promo de GIANT et son pitch en théorie alléchant sont loin d'être sur le même ton que la série. Esthétiquement, déjà, il n'y a tout simplement pas photo, le travail est très générique et manque largement de parti pris visuel. C'est bien simple, s'il n'y avait pas la date qui s'affiche sur l'écran à un moment, je ne saurais même pas que c'est les années 70 Pour une série qui s'enorgueillit de couvrir 40 ans, un petit effort n'aurait pas du tout été superflu, mais limite salvateur (par exemple, Karei Naru Ichizoku avait excellé à cet exercice, et je dois dire que j'espérais secrètement lui trouver, avec GIANT, un équivalent coréen).
Pire encore, le pilote souffre de gros défauts qui sont en majorité à attribuer à un manque cruel d'originalité. La série se contente de suivre le cahier des charges de la série de vengeance, et c'est tout.

Oui parce que, d'après mes observations, les séries de vengeance sont un genre télévisuel à elles seules, en Corée. Je n'ai pas observé pareille obsession au Japon, dont je connais pourtant mieux les fictions. Il faut faire diagnostique ça, chère Corée du Sud, parce qu'à ce point, c'est vraiment inquiétant.  Je ne compte plus le nombre de séries dont j'ai fait les fiches sur SeriesLive qui comportent une variation autour des mots "et désormais il désire se venger". C'est vrai que je fais parfois des fiches avant même que la série soit diffusée, ce qui simplifie toujours un peu le pitch (comme pour Nappeun Namja que je n'ai pas encore regardée, mais là après ce weekend, je suis carrément refroidie, je vous l'avoue...), mais c'est quand même assez symptomatique ! Alors autant le Japon, c'est l'envie de bien faire et compagnie, autant la Corée, c'est la rage au ventre et le mors aux dents. Ça s'explique sans doute historiquement mais ça dépasse largement le cadre de la série historique. D'ailleurs ici, GIANT ne cherche pas à raconter l'Histoire à travers les yeux de personnages anonymes, mais plutôt de placer le contexte de cette vengeance vieille de 40 ans dans un contexte historique, social et économique qui est censé lui donner de la substance. Sur le papier, peut-être, dans les faits j'en doute sincèrement. Que ce soit pour construire le quartier de Gangnam ou pas, ces histoires sont finalement toujours un peu les mêmes. C'est peut-être le poncif coréen qui m'exaspère le plus.

En fait, maintenant qu'on en parle, je trouve qu'il se dégage de GIANT une grosse impression de redite par rapport à d'autres pilotes que j'ai pu voir depuis que je me suis lancée dans l'exploration des séries coréennes. Il y avait un côté "pauvre famille qui subit les évènements" qu'on trouve dans le pilote de Lobbyist, le côté "seul contre tous, je suis devenu riche mais j'ai toujours pas avalé la pilule" de Shinira Bulriwoon Sanai... et même une scène de train aux forts relents de Cinderella Unni ! Nan mais là c'est le pompon quand même ! On n'est pas obligé de sacrifier à TOUS les poncifs dans le même pilote, si ?

Alors bon, il y a un truc avec les Coréens, c'est que, comme ils ont plus de temps que les Japonais, les choses peuvent encore s'améliorer, et c'est souvent le cas, quand même. Mais franchement, si c'est pour voir un best of de toutes les séries auxquelles j'ai jeté un œil, j'ai pas hâte.
Alors, comme ça on se prend pour un géant ? Ouais, bah, tout est relatif...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche GIANT de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:48 - Dorama Chick - Permalien [#]

04-11-09

T'es bien le fils de ton père !

Les Japonais ont de bonnes fictions historiques, après le weekend dernier c'est une certitude pour moi. Non, on ne va pas reparler d'Ooku ou de Tenchijin, j'ai bien compris que c'était pas votre truc vu le nombre de commentaires. Tant pis pour vous, moi j'ai fait l'effort de faire la découverte, j'ai ma conscience pour moi.

Non, je vous parle de séries prenant le temps de lire des évènements datant d'il y a quelques décennies à peine. J'étais tellement conquise ce weekend que j'ai même eu du mal à choisir, des deux séries historiques que j'avais vues, celle dont j'allais vous parler en premier. J'aurais pu essayer de donner la priorité à la meilleure, à la mieux écrite, à la mieux interprétée, le dilemme serait resté sensiblement le même.
Alors je l'ai fait à pile ou face.

KareiNaruIchizoku

Karei Naru Ichizoku a pour contexte une période historique japonaise dont personne ne nous a vraiment parlé pendant nos cours d'Histoire, parce qu'en fait l'Histoire des autres pays ça ne nous intéresse que si on a été y faire une guerre. Rien que pour ça, je dis merci à ma fringale de dorama, je me suis couchée moins bête dimanche soir.
Le contexte, donc, est le suivant : passée la reconstruction du Japon après la Seconde Guerre Mondiale, l'économie japonaise est en pleine restructuration.
Au cœur des intrigues financières, la famille Manpyou (on n'en fait plus des noms comme ça !) tente de conserver sa puissance alors qu'on est dans une période faite d'incontournables changements.

De Karei Naru Ichizoku, je vous le dis tout net, on retient essentiellement la prestation de Takuya Kimura (je comprends mieux maintenant !), l'impression à la fois d'austérité et de sérénité de la réalisation, et le contexte politique de l'histoire, dense et à mon avis très bien rendu (d'un autre côté, qu'est-ce que je connais à la politique de la fin des années 60 au Japon, moi ?).

Bien que certains axes soient définitivement ceux empruntés par les soaps (et les synopsis lus çà et là étaient clairs à ce sujet, au final j'ai même été agréablement surprise du résultat), le grand sérieux de la série dans ses portraits, son esthétique, son déroulement enfin, font qu'on n'a pas du tout l'impression de se faire bourrer le mou par des histoires de riches. D'après moi, c'est quand même comme ça qu'on réussit le mieux une fiction historique : immerger le spectateur dans une époque, ses moeurs, ses problématiques, tout en sachant le divertir sans le prendre pour un bœuf.

Bon, si. J'ai juste eu un petit soucis au niveau de la voix off. DES voix off. Alors déjà une, bon, c'est un peu cliché, mais alors plusieurs, on ne comprend plus rien. On sent qu'on a voulu nous introduire au contexte économique ET familial dés le pilote, je le comprends bien et c'est normal, mais à trop vouloir en dire par voix off, franchement, on finit par brouiller l'info. Mais néanmoins j'insiste sur le fait que cette maladresse ne gâche pas tellement la qualité du pilote. La diminue, oui, forcément. Mais on passe d'un 20/20 à un 18/20, si vous voulez. Rien de dramatique.

C'est donc une puissante réussite. Franchement, je n'en attendais pas tant. Surtout que, attendez que je vous parle de l'autre fiction historique que j'ai regardée ce weekend, Fumou Chitai ; je n'ai pas fini de lancer des fleurs...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Karei Naru Ichizoku de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:57 - Dorama Chick - Permalien [#]


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