ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

15-02-13

A la mode de chez eux

Ah, la mode ! Univers glamour par excellence ! ...Et pourtant, assez peu de séries ont décidé de prendre cet univers pour contexte, ce qui m'a toujours étonnée, car il semble prédestiné que des soaps y trouvent aisément matière à des intrigues à n'en plus finir (mais je suis peut-être tombée sur trop d'épisodes d'Amour, Gloire et Beauté...?). Heureusement, l'oubli est en passe d'être réparé, alors que cette année, plusieurs séries dans le monde ambitionnent de se pencher sur l'univers des maisons de couture. Ouf !
Evidemment, on pourrait mentionner les quelques projets américains sur le sujet, comme Dress to Kill, un thriller/soap pour ABC, qui se propose d'associer un whodunit à l'univers de la haute-couture new-yorkaise, ou Scarlatti, pour FOX cette fois, dans laquelle une famille tente de conserver le prestige de son empire de la mode. Mais de projet il ne sera pas vraiment question aujourd'hui, puisque je vous propose de parler de séries concrètes, à l'existence bel et bien confirmée, et non de plans sur la comète.

Et pour lancer les hostilités, ce soir, la chaîne sud-africaine SABC1 diffuse le pilote d'une nouvelle série dramatique, Tempy Pushas, qui fait le choix de se dérouler dans ce contexte. Sauf que, loin de l'expérience que nous avons pu avoir récemment avec Jane by Design, la série dramatique (pour laquelle 26 épisodes sont prévus) a décidé à la fois de tirer partie des intrigues inhérentes au milieu, et d'y ajouter une dimension plus sociale.

TempyPushas

Tempy Pushas met donc en scène trois orphelins, des amis d'enfance venus des townships, qui, devenus adultes, se retrouvent plongés dans l'univers de la haute-couture sans vraiment l'avoir voulu ni provoqué ; ils vont se confronter à la réalité pas toujours très reluisante d'un univers pourtant célèbre pour son luxe et son style de vie glamour. Mais derrière les paillettes et les drapés, il y a aussi beaucoup de vice et de haine... Kuti, X et Ngulube, liés entre eux par leur enfance défavorisée, pourront-ils rester loyaux les uns envers les autres, alors qu'ils sont confrontés à la cupidité et l'orgueil des puissants ainsi qu'à leurs propres démons ?

Toute la problématique de Tempy Pushas, derrière l'incontournable exploitation d'un univers agréable à l'oeil avec ce qu'il impliquée d'inévitable population richissime (sans compter les quelques intrigues amoureuses), est donc de voir comment l'esprit et la culture des townships peut survivre aux tentations d'une industrie déconnectée du réel. Derrière les aspects soapisants évidents (qui évoquent un peu l'expérience vécue devant Known Gods), il s'agit donc bel et bien de parler de fracture sociale.
On est sur la première chaîne publique après tout, dont c'est aussi la vocation. Bien qu'étant plus particulièrement orientée vers les adolescents et les jeunes adultes, Tempy Pushas n'a pas beaucoup de points communs avec des séries faites pour rêver ; d'ailleurs, c'est un signe qui ne trompe pas : ses héros sont trois jeunes hommes... le risque de se faire envoûter par trois bouts de tissus chics et quelques breloques est donc minime, pour reprendre la comparaison avec Jane by Design.
A l'instar d'Intersexions (qui a débuté sa saison 2 cette semaine, je vous dis pas, j'ai hâte !), Skeem Saam (dont la saison 2 débarque quant à elle dans un mois), ou plus anciennement de Yizo Yizo (souvenez-vous), il s'agit de sonner vrai, pas de monter des contes invraisemblables, ou au moins idéalistes, sur les valeurs des petits qui doivent rester fidèles à eux-mêmes en dépit des vices des puissants ; une manie qu'ont bien des séries américaines, et plus encore de séries asiatiques. Bien que cet aspect des choses ne soit pas totalement mis de côté dans Tempy Pushas, évidemment, l'accent est plutôt mis sur le réalisme de la situation des personnages, sur les difficultés qu'ils rencontrent dans les townships et qui ne les quittent pas simplement parce qu'ils ont accès à un monde en apparence moins compliqué.

Comme les séries qui l'ont précédée, Tempy Pushas doit avant tout parler de ce qui touche les spectateurs issus des quartiers défavorisés, pas simplement les faire rêver, voire pas du tout. Et moi, c'est précisément le genre de fiction qui me fait rêver, tout simplement parce que c'est quand même l'essence des voyages téléphagiques que d'essayer d'entrer, par la fiction, dans la réalité d'un pays.

Bon alors, pour répondre à votre question, oui, il y a un trailer, mais j'aime autant vous prévenir... ça n'est pas ce que j'ai vu de plus engageant à la télévision sud-africaine !
Il faut cependant rappeler, pour l'anecdote, que le matériel promotionnel des séries sud-africaines est généralement assez pauvre : une photo de promotion ne va déjà pas toujours de soi, donc on est déjà bien contents quand il y en a une, et les trailers sont accessibles de façon plus aléatoire encore. A la rigueur, ça ne me choque pas : les quelques séries dramatiques sud-africaines dont j'ai pu tâter me laissent penser que, en dépit de l'absence de moyens pharamineux, SABC1 notamment met plutôt son budget dans les séries elles-mêmes que dans leur promotion, ce qui est un choix que je trouve honorable. Alors bon, au final, malgré la maladresse de la mise en images (et de la voix-off maladroitement plaquée sur les extraits...!), on sent que la mission de Tempy Pushas n'est pas de se perdre dans les strass, et préserver le message véhiculé reste quand même le plus important. Donc voici :

A l'automne prochain, ce sera au tour de l'Espagne de lancer Galerías Vélvet. Commandée par Antena3 à la société Bambú Producciones (déjà responsable de succès comme Hispania ou Gran Hotel), cette série dramatique s'intéressera à la fin de l'âge d'or du prêt-à-porter espagnol, juste avant le début des années 70, alors que Cristobal Balenciaga, l'un des grands couturiers espagnols, décide de prendre sa retraite, ainsi que quelques autres grandes figures de la profession. Tout le défi de Galerías Vélvet, contrairement à Tempy Pushas, sera de faire oublier l'Espagne franquiste et ses diverses problématiques dramatiques, pour se concentrer sur une intrigue glamour où, dit-on, la romance tiendra une grande place. On retombe ici dans un certain nombre de poncifs sur cette industrie, vous le voyez.

Eh, à chacun son angle, après tout. Mais j'avoue, par goût personnel, être cent fois plus curieuse de réussir à mettre la main sur Tempy Pushas un jour que de voir Galerías Vélvet !
Hélas, nous savons tous lequel des deux sera le plus aisé à accomplir ; et les choses ne vont pas s'arranger tout de suite : l'Afrique du Sud a annoncé récemment qu'on n'y tiendra pas les délais pour le passage au tout-numérique initialement prévu pour juin 2015...

Posté par ladyteruki à 18:03 - Love Actuality - Permalien [#]

16-01-13

If the shoe fits

Reboots, remakes et spin-offs. Le triangle des Bermudes de la téléphagie.
Il est désormais très difficile de prendre au sérieux la plupart des projets de séries réemployant un pitch et/ou des personnages connus du grand public. Et si, avant, les networks américains faisaient encore quelques véritables efforts, depuis 2007, ils ne font même plus semblant et le maître-mot est dorénavant de ne jamais laisser une seule franchise reposer en paix. Ah, vous avez voulu comparer la télévision au cinéma, eh bien ça y est, on y est, les pratiques sont les mêmes !
Qu'y avait-il à attendre de The Carrie Diaries, dans le fond ? Le network le moins convaincant de tous (oui, moins encore que NBC) commandant une ressucée facile à destination du public adolescent, c'était couru d'avance. Est-ce que ça valait vraiment le coup de s'atteler au pilote, sachant que le résultat semblant connu de tous avant même que la première scène n'ait été tournée ? Eh bien oui, et pas seulement en vertu du défi que whisperintherain et moi-même nous sommes fixés...

TheCarrieDiaries

OUI.
Oui ça valait la peine de donner sa chance à ce pilote, de faire fi de quelques préjugés et d'accepter l'éventualité que The Carrie Diaries ne serait pas tout-à-fait à chier, parce que la série essaye vraiment de toutes ses forces d'être au niveau. Oh, je ne dis pas qu'elle y réussit à chaque fois, mais diantre, elle essaye plus fort que les deux tiers des pilotes qu'on a vus jusque là, et étant donné le défi qu'on s'est lancés cette saison, des pilotes, j'en ai vus !

The Carrie Diaries a parfaitement saisi l'importance de ne pas traiter son univers à la légère ; on retrouve en filigrane de l'épisodes de nombreux ingrédients de la série originale (Sex & the City, pour ceux qui roupillent dans le fond) et de son héroïne. Il ne s'agit pas de se saisir de l'excuse du succès de Carrie Bradshaw pour fourguer une série complètement passe-partout ; et pour une fiction à vocation aussi peu mythologique que Sex & the City, où bien des ingrédients auraient pu être réduits à la plus simple expression de gimmicks, The Carrie Diaries accepte de relever le défi et de tomber le moins possible dans la facilité. Sans en faire des tonnes, l'épisode inaugural va nous ramener à bien des choses, qu'il s'agisse de Carrie se faisant bousculer sur un trottoir new-yorkais (facile !) à sa manie de toujours porter toutes sortes d'accessoires à son nom (ici, le sac à main, mais aussi un pendentif avec la lettre C). Carrie n'est pas encore "notre" Carrie, mais elle existe, elle est là, enfouie sous les couleurs fluos des années 80. Tout le principe de la série est de nous dire comment elle est "devenue ce qu'elle est", et The Carrie Diaries s'y emploie avec une souplesse à laquelle je ne m'attendais pas.

A ces tentatives de connecter les points entre eux, ce prequel décide également d'ajouter plus de substance que Sex & the City n'en a jamais eu. La série commence en effet tout juste trois mois après que Carrie ait perdu sa mère.
Ah oui parce qu'il faut que je vous dise, quand même, que parmi les bémols que je vais aborder dans ce post, le premier et non des moindres est que l'histoire de Carrie Bradshaw est entièrement visitée. Au lieu que son père l'ait quittée, elle et sa mère, quand elle était encore enfant (ce qui l'avait conduite à se laisser approcher d'un peu trop près par un vieux beau de Vogue dans Sex & the City, avant de se raviser et finalement opter pour un partenariat avec une éditrice acariatre, mais inoffensive), cette fois c'est maman qui est morte, laissant papa seul avec deux filles à gérer, oui, apparemment Carrie a une frangine, je suis aussi étonnée que vous. Cet acte de réécriture ne peinera cependant pas les adolescentes découvrant The Carrie Diaries, car en réalité, le public de la CW a quand même assez peu de chances d'avoir vu Sex & the City, et moins encore d'en avoir mémorisé les détails mythologiques. Mais enfin, puisque cette série se déroule dans les années 80, c'est, finalement... assez cohérent.
Cependant, loin d'être uniquement une intrigue à but bêtement larmoyant, la mort de sa mère s'impose pour Carrie comme l'évènement fondateur à partir duquel elle va grandir, et donc se révéler à elle-même. Mettre les pieds à Manhattan ? Découvrir le bonheur de se prélasser dans des fringues froufroutantes ? Les premiers émois amoureux ? Les premières réflexions couchées par écrit ? Sans la mort de maman, elle n'y serait pas venue (ou en tous cas pas si vite). Alors, merci maman, je suppose... Cet axe est en tous cas plutôt bien exploité, en dépit de quelques scènes tombant dans le cliché absolu du veuf éploré et des placards à vider. Mais par son don pour la référence et donc la cohérence (bien que paradoxal), The Carrie Diaries parvient à s'en tirer sans sembler pathétique. C'est un travail d'équilibrisme, ce n'était pas gagné, loin de là, mais les résultats sont tangibles : l'épisode s'en tire bien malgré les écueils.

Le second problème de ce pilote est justement là. Personne ne s'attend à regarder Sex & the City pour son aspect dramatique ; moins encore les jeunes filles et jeunes adultes qui constituent l'essentiel de la cible de la CW, et qui n'en connaissent en réalité que la réputation ou l'image glamour. Or, entre ses questionnements métaphysiques (pas souvent méta, mais quand même), la question du deuil, et les conversations parfois un peu tristoune (y compris en cloture de pilote), The Carrie Diaries est un bel éteignoir pour la jeunesse superficielle qui se chercherait un nouveau Gossip Girl clinquant et plein de dra-maaa.

Heureusement, tout n'est pas déprimant dans ce pilote, même si le ton y est quand même très grave sur des sujets qui ne le sont pas moins. Et il faut admettre qu'au niveau de l'ambiance, The Carrie Diaries remporte son pari haut la main. Tout en rappelant au passage que dans la mode moins qu'ailleurs, tout se recycle (en témoignent les couleurs fluos des vêtements et des maquillages, dont les teintes ne sont pas si éloignées de celles que l'on voit un peu partout), la série trouve le moyen de rappeler avec bonheur les années 80, sans trop les faire passer pour ringardes, ce qui relève de l'exploit. Il n'y avait qu'une scène, dans les grands magasins, quand diverses clientes arborent des tenues ayant très très mal vieilli, qu'on comprend un peu moins ce qui fascine Carrie dans la mode de l'époque, mais en-dehors de trois ou quatre plans peu heureux, The Carrie Diaries accomplit l'exploit de réellement rendre les années 80 sympathiques et électrisantes, pleines de promesses dont on oublie incroyablement facilement qu'elles sont loin d'avoir toutes été tenues.
Outre le look des personnages, et donc les fringues, qui effectivement se devaient d'être impérativement au top étant donné la réputation de magazine que se trimbale Sex & the City, il faut aussi mentionner l'incroyable travail fait sur la musique, parfaite de bout en bout (même si je ne suis pas fan de la reprise de Girls just wanna have fun en balade). Rien que cet ingrédient permettait à la série d'être 10% plus sympathique ! Oui, c'est chiffré, on est précis ici môssieu.
Le seul ingrédient qui manque dans ce pilote est une référence à des chaussures. Je suppose que le coup de foudre aura lieu dans un épisode ultérieur, bien à part, pour Carrie.

Alors, le comble du comble, c'est que The Carrie Diaries finit par être un boulot presque décent.
Evidemment, il est difficile de ne pas penser à Jane by Design lorsqu'on entend parler de la double-vie de lycéenne et de stagiaire que Carrie mènera dorénavant, l'obligeant à avoir un pied (bien chaussé on l'espère) dans le monde adulte tandis que ses amis resteront des repères de l'adolescence. On peut regretter que certains ingrédients aient été changés alors que d'autres sont d'une fidélité tendre et à toute épreuve. On peut se demander si l'intrigue sous-entendue sur l'ami potentiellement gay était nécessaire alors qu'elle est tout de même usée jusqu'à la corde (sauf grosse surprise).
Mais malgré ces défauts et ceux cités précédemment, The Carrie Diaries n'a pas à rougir de ce qui a été accompli. Son seul tort est de s'appuyer sur une franchise essentiellement vue par des adultes (ne serait-ce que Sex & the City a démarré, attention au coup de vieux, en 1998), avec un ton souvent dramatique, et de manquer ponctuellement, même si c'est difficile à croire, de frivolité ; c'est la bonne série, pas sûre que ce soit exactement la bonne cible. Les audiences tendent à le prouver d'ailleurs.

Mais qu'importe ! Je ne pensais pas qu'une série où il serait question de fringues plus que de sexe (et de romance plus que de sexe, Carrie et ses amies ayant quelques apprentissages à faire sur la réalité de ces deux éléments de leur vie d'adulte, ainsi que The Mouse en fera l'expérience) me plairait, je pensais avoir affaire à un prequel en toc, et finalement, The Carrie Diaries tient bien la route, son héroïne a une véritable fraîcheur et une belle énergie, et finalement, le temps que ça durera, je serai devant.
Evidemment, il est probablement encore loin, le temps où Carrie rencontrera sa fameuse clique (quoique, vu que la série fait le tri dans ce qu'elle garde ou non, tout est possible), mais même sans cela, The Carrie Diaries offre une jolie chronique, colorée et optimiste, mais aussi parfois amère et pas complètement décérébrée, du passage à l'âge adulte. N'est-ce pas ce en faveur de quoi je prêche depuis toujours en matière de séries pour ados ?
D'accord, mes séries ados préférées semblent plutôt faites pour les adultes, mais qu'importe que le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:22 - Review vers le futur - Permalien [#]

21-06-12

[DL] Bunheads

D'après mes standards, tout ce qui dure plus de 10mn et comporte des plans plus variés que le simple titre de la série, peut être considéré comme un générique. Mais le terme "opening credits" n'est peut-être pas applicable au générique de Bunheads, qui ne propose le nom d'aucun de ses acteurs, scénaristes ou producteurs pendant cette petite video.

Il y avait pourtant assez de temps pour le faire, puisque Bunheads nous gratifie d'un petit thème musical et d'un mini-clip de 23 secondes, ce qui par ces temps de vaches maigres en matières de génériques pourrait presque passer pour un record absolu (d'ailleurs celui de Pretty Little Liars, sur la même chaîne, dure 3 secondes de moins). Que cette brièveté ne vous abuse pas : on est loin des panneaux tous simples, ou même de l'enchaînement de photos (style diaporama à la Suburgatory) de beaucoup de séries. Bonus supplémentaire, les images ne sont pas tirées de la série, ce qui témoigne d'un véritable effort pour nous offrir un petit quelque chose qui vaille la peine d'être évoqué dans cette rubrique.

Bunheads
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Mes craintes pour ce générique ont presque toutes été devancées : Bunheads dévoile ici un générique plein de charme, d'élégance et de légèreté, qui retranscrit finalement assez bien son esprit. Qui plus est, j'apprécie le choix d'une musique aussi emblématique de l'univers du ballet, tout en lui apportant une tonalité plus moderne, plus vive, plus neuve. Le résultat, bien différent de ce qu'on pouvait imaginer en gardant Gilmore Girls à l'esprit (mais à un moment, il faut bien couper le cordon), ne manque pas de charme, je crois qu'on en conviendra tous.
On peut par contre trouver une source d'étonnement dans le fait que Kelly Bishop en soit totalement absente alors qu'il parait certain que sa présence dans la série n'est pas secondaire.

J'en profite pour passer un appel : passé le pilote, je n'ai jamais pris la peine de cagouler les épisodes suivants de la plupart des séries récentes made in ABC Family (genre Jane by Design, Switched at Birth et autres The Lying Game), ont-elles un générique ?

Posté par ladyteruki à 00:26 - Permalien [#]

06-01-12

En l'espèce, menacée

Il m'a fallu dix bonnes minutes, à la fin du visionnage, pour arrêter de pleurer et commencer à rédiger mon post sur Work It.

WorkIt

Ainsi donc, c'est à ça qu'on en est rendus ? A une époque où de plus en plus de séries nous disent combien il est difficile de trouver un boulot actuellement (Hung, Jane by Design, ou, à présent, Work It), et d'ailleurs grand bien leur fasse, il faut que l'une d'entre elles se pique de prétendre que c'est plus facile pour des femmes ?
SERIEUX ?

Au début de la saison, la guerre des sexes a été déclarée avec les comédies Last Man Standing, Man Up!, et How to be a Gentleman, qui nous ont affirmé dans un appel à l'aide déchirant que les hommes étaient une espèce menacée. On ne regrette pas celles de ces séries qui ont disparu. Rendez-vous compte, les femmes sont tellement bien dans leur peau de nos jours qu'elles forcent les hommes à... euh... rien. Mais c'est très menaçant cette façon qu'elles ont de le faire !!! De... ne pas le faire. Enfin bon, vous m'avez comprise.

Maintenant, Work It nous sort un pitch dans lequel les seules alternatives au chômage, c'est soit récurrer les toilettes d'un fast food, soit se déguiser en femme pour bosser dans la vente ?! C'est comme si les trois premières séries avaient été la mise en garde : attention, messieurs, vous êtes en train de vous faire émasculer, si vous ne prenez pas garde vous allez devenir des femmes... LITTÉRALEMENT ! Et voilà, Work It tombe quelques mois plus tard comme pour murmurer : "on vous avait prévenus pourtant".

Oh non, je comprends très bien. Le travestissement à des fins comiques n'a rien de machiste, n'est-ce pas, cela fait des décennies qu'on l'emploie sans aucun problème et ça ne veut rien dire... en général dans les plus mauvaises comédies qui soient, mais qu'importe. Et puis c'est vrai d'ailleurs, Work It est, tout simplement, une mauvaise comédie, pas drôle, avec des gags fatigués, des acteurs sans panache, des dialogues creux. C'est ça l'essentiel de son crime, n'est-ce pas ? Et puis c'est pas sexiste, regardez, à la fin le mari réalise qu'il a pas traité sa femme comme il aurait dû, rho, si c'est pas mignon.
Eh bien non, désolée. Je n'arrive pas à regarder Work It comme je peux regarder 2 Broke Girls, en me disant que c'est simplement nul. Je trouve ça insultant, et pas juste pour mon intellect.

D'ailleurs Work It non plus ne cherche pas à faire mine de relativiser. Dans son explication des forces en puissance sur le marché du travail, la série est très claire dés son intro : les raisons pour lesquelles ses deux héros se transforment en femmes pour obtenir un boulot ne sont pas circonstancielles (et donc plus excusables de mon point de vue). C'est parce que l'univers [du travail] est dominé par les femmes, si bien que ce sont elles qui vont bientôt employer les hommes comme gigolos. D'ailleurs, le pouvoir de la sexualité féminine est si fort que c'est la raison pour laquelle la société d'adoption des héros n'embauche que des femmes : seuls leurs charmes sont capables de convaincre les médecins d'acheter les médicaments de l'entreprise ! Work It a explicitement décidé que this is a women's world et que les hommes étaient réellement en danger ; le propos est clair, et il est assumé.
Et il est surtout honteusement mensonger.

Ne me lancez pas sur le côté insultant qu'il y a à imaginer que pas une de ces 4 femmes n'a remarqué qu'il s'agissaient d'hommes, ou que l'épouse de l'un des héros n'a même pas percuté que ses fringues avaient curieusement gagné trois tailles (et que son mari s'était épilé les jambes). Je n'irai même pas sur ce terrain.

Jamais je ne me suis sentie aussi féministe que depuis que ces comédies ont débarqué en masse cette saison. Avant, je n'avais pas l'impression d'être susceptible à ce sujet, je n'avais pas l'impression d'être solidaire de qui que ce soit, je n'avais pas l'impression d'avoir quelque chose à défendre. Mais je découvre ces pilotes un à un, depuis quelques mois, on en est déjà à 4 quand même, et je trouve que c'en devient révoltant. A chaque pilote supplémentaire je me sens dépassée par l'impression que ces comédies ont une espèce de mission perverse ; que, même, leur absence d'humour réel leur sert de protection ("ne monte pas sur tes grands chevaux, ce n'est pas sexiste, c'est juste pas drôle !").
J'aimerais m'en défendre, me raisonner, me dire que ce ne sont que des séries de merde, mais je n'y arrive plus, il y en a trop d'un coup, et elles sont toutes tellement peu subtiles dans leur approche, que ça m'inquiète, que je le veuille ou non.

En regardant le pilote de Work It, j'ai aussi repensé à Three's company. Quand j'avais découvert le pilote de cette série des années 70, je m'étais fait la réflexion que c'était très intéressant : le personnage principal était supposé se faire passer pour gay afin d'avoir le droit d'emménager avec des filles, mais pourtant à aucun moment il n'endossait le stéréotype du gay. Et pourtant, quarante ans plus tard, quand un homme se déguise en femme, il faut absolument qu'il soit une "femme" aux dents phosphorescentes, en jupe et talons hauts, et qui parle de façon maniérée.
Et ça, ça m'aurait fait rire, en fait. Que l'un ou l'autre des mecs conduits à se travestir fasse mine d'être une femme au sens le plus stéréotypé du terme, et qu'il soit regardé comme un extra-terrestre par les autres. Qu'il fasse une blague sur la mécanique et que l'une de ses interlocutrices lui réponde. Qu'il déballe une salade rachitique à midi et que les autres aillent déjeuner à la pizzeria (parce qu'elles vont passer toute la journée à courir de cabinet médical en cabinet médical). Là j'aurais totalement admis le principe du travestissement à des fins comiques.

...Evidemment, je n'ai pas pleuré pour de vrai à la fin de Work It. Nous autres les filles ne nous mettons pas à pleurer à tous bouts de champs. Certaines d'entre nous s'y connaissent même un peu en mécanique. Mais sans perpétuer les clichés sexistes sur le femmes, de quoi pourrait-on bien rire, hein ?
On va finir par ne plus être capables de répondre à cette question.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Work It de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 02:35 - Review vers le futur - Permalien [#]

05-01-12

Pas mauvaise, juste dessinée comme ça

C'est forcément un peu sectaire, mais quand je lance une série clairement adressée à la tranche ado et/ou préado, je ne me dis pas que je vais regarder de la grande télévision. Si, la fois où, nostalgique, j'ai regardé le pilote de L'Odyssée imaginaire, ce genre de choses, et encore. Mais que ça vienne de Disney, teen nick, The CW ou ABC Family, mes attentes sont immédiatement revues à la baisse. C'est une question de survie.

Quand a commencé le pilote de Jane by Design, je n'avais donc pas en tête l'idée que je pouvais être bluffée.
Et ça ne s'est pas produit.

JanebyDesign
Mais je me rends compte que je suis bien cruelle. Jane by Design n'est pas une mauvaise série ; je la donnerais plus volontiers à regarder à un téléphage en herbe que la plupart des calamités Disney que j'ai pu tester.

Bien que l'héroïne soit irritante (pas par nature mais essentiellement à cause de son interprète, assez insupportable), on rentre facilement dans cette histoire de double vie mignonnette. Les personnages secondaires sont un peu caricaturaux, mais ils ont encore quelques chances d'être exploités de façon sympathique, à défaut d'être originale. On ne verse ni excessivement dans le pathos, ni dans la comédie grosses tatannes ; globalement, en-dehors du halo lumineux autour des acteurs (plus insolent dans certaines scènes que d'autres il est vrai), la série n'abime pas la rétine ; on y trouve évidemment des fringues en pagaille, mais c'est fait avec une certaine candeur (à l'instar de la scène où Jane essaye la garde-robe de sa patronne en découvrant le dressing hypra-fourni de celle-ci) et pas avec l'impression qu'on peut avoir dans d'autres séries qu'il s'agit de vendre une ligne de vêtements ou de lancer une mode (d'ailleurs une des robes d'India de Beaufort est déjà apparue dans une autre série, je me rappelle m'être fait la même remarque : c'est moche mais nécessaire quand on n'a pas de hanches ; si vous avez meilleure mémoire que moi, éduquez-moi, je parle de la grise à la fin).

Et puis surtout, derrière cette série, il y a une idée qui me plaît bien et que j'ai déjà évoquée : l'entrée dans le monde du travail. Et sous un angle positif.
Adieu les ados ou universitaires qui souffrent au fast food le plus proche, ici on a une jeune personne qui, certes, a également des raisons financières de se lancer dans ce métier, mais qui avant tout est fascinée par un univers professionnel, et qui l'aborde avec positivitude, même si évidemment il y aura des déconvenues (dés le pilote, à vrai dire), des imprévus et des moments pas marrants. On passe réellement par le genre de stades que je voudrais voir plus souvent dans des séries, c'est-à-dire une façon plus nuancée de montrer le travail quand on débarque : un endroit où on peut à la fois trouver des gens très sympas (l'assistante qui reçoit Jane et le gay-de-service sont sympatoches comme tout), et des supérieurs hiérarchiques plus ou moins sympathiques (la patronne de Jane, le design, etc...).
Evidemment que penser que le patron est systématiquement un con et/ou un emmerdeur a des vertus pour se vider la tête, mais ça n'a pas besoin d'être systématique comme ça l'est devenu dés qu'une série parle de boulot. Jane by Design est l'une des rares séries récentes à s'approprier le monde du travail sans a priori négatif ; c'est regrettable que ce soit une série adolescente qui le fasse, ça donne l'impression d'une démarche quasi-pédagogique, mais pour une fois que le travail n'est pas désigné comme le 10e cercle de l'Enfer, je vais quand même pas me plaindre.

Jane by Design n'est pas la révélation de l'année. Mais ça me semble infiniment plus regardable qu'une énième fiction où l'héroïne veut devenir chanteuse. Evidemment on parle toujours d'un univers relativement glamour, on n'en est pas encore au point où une héroïne de teen show voudra être infirmière ou championne de lutte, mais je trouve qu'il y a quelque chose d'à la fois honnête et rêveur dans son propos, au sens où les robes et les bijoux, les intrigues amoureuses et les identités secrètes, ne virent pas au miroir aux alouettes. Une part de rêve à paillettes, mais aussi une part de réalisme terre-à-terre, confèrent à la série une véritable sympathie. Même si on ne s'en souviendra probablement pas sitôt qu'elle sera annulée car elle se montre assez anecdotique dans ses intrigues pour le moment.

D'ailleurs pour toutes ces raisons, j'ai envie de dire à ceux qui n'ont pas détesté Jane by Design qu'ils sont prêts pour apprécier un dorama nippon sans prétention du style de Real Clothes, pour rester dans la même thématique. L'appel est lancé.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Jane by Design de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 06:45 - Review vers le futur - Permalien [#]


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