ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

11-01-13

Tabula rasa

Entre les séries que je regardais en marathon, et celles que je suivais hebdomadairement, peu auront survécu au passage à l'année 2013.
Et par peu, je veux dire : aucune.

Pourtant il y en a plusieurs avec lesquelles je ne suis pas plus fâchée que ça : The Good Wife, Raising Hope, Nashville, Go On, The Neighbors, Underemployed... je me suis simplement interrompue dans leur visionnage pour céder la priorité à Scrubs, mais je n'ai pas l'ombre d'un grief.
Quant aux deux séries que je pensais dévorer en quelques semaines, soit Jack & Bobby et Drop Dead Gorgeous, eh bien... là encore, le passage à 2013 aura, pour une étrange raison, terminé d'achever ma motivation.

Il en résulte que j'ai abandonné toutes ces séries, et quelques autres. A l'heure où je vous parle, ça fait une dizaine de jours que je n'essaye même plus vraiment (j'ai regardé un Jack & Bobby le premier weekend de l'année, et c'est tout).
Il y a l'effet de manque provoqué par Scrubs qui joue sa part dans ce phénomène, et ça joue encore beaucoup même si ça devient embarrassant à avouer.

Ca ne m'était pas arrivé depuis... je crois en fait que ça ne m'était jamais arrivé... que de me désintéresser de toutes les séries que je regarde, quel que soit le rythme auquel je le fais, au même moment. ABSOLUMENT au même moment.

Cela ne signifie pas que je n'ai pas envie de séries, paradoxalement. J'ai toujours très envie de pilotes (mais quand n'ai-je pas envie de pilotes ?!), et puis il y a la perspective du retour de plusieurs séries, aussi, au nombre desquelles on compte House of Lies et Smash. Je les attends depuis de nombreux mois, et savoir les season premieres si proches me retient de rattraper mes autres séries dans l'intervalle. J'ai d'ailleurs reçu hier mon coffret de la première saison de House of Lies... si j'avais du temps ce weekend, je me ferais presque une intégrale, tiens.

HouseofLies-Season2

J'ai juste envie de rebooter tout mon programme téléphagique, et d'arrêter de me maudire parce que j'ai pris du retard (se répéter tous les jours "ah zut, un nouvel épisode de The Good Wife est sorti, j'ai même pas fini ceux du mois de décembre" n'aide pas). Je ne comprends pas pourquoi on s'impose, parfois, en tant que téléphages, de continuer à suivre un rythme qui ne nous correspond plus, alors que techniquement, rien ne nous y force.
Cette nuit, je me suis fait un film et un pilote au hasard, et j'ai totalement laissé tomber tout le reste. Ca faisait un bien fou d'arrêter de me dire qu'il fallait absolument que "je m'y remette" !
Vous savez quoi ? Si ces séries me plaisent vraiment, j'y reviendrai forcément. Je ne vais pas me mettre la rate au court-bouillon.

Pourvu que l'envie subsiste, du programme téléphagique de fin 2012 faisons table rase.

Mais la question du jour, c'est surtout : est-il possible de lire "tabula rasa" et ne pas penser à Buffy ? Vous avez trois heures.

Posté par ladyteruki à 23:43 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

05-01-13

Un peu tard

Lorsque j'ai préparé mon post sur l'année 2012, c'est avec énormément de nostalgie que j'ai repensé aux premiers mois de l'année écoulée, alors que je passais d'un coup de coeur à l'autre. Smash, Äkta Människor, 30° i Februari, House of Lies... les semaines se succédaient et il y avait toujours plus de séries qui me rendaient folle de joie. L'écriture de ce post m'a rappelé ces coups de coeur, mais aussi le fait que j'étais loin, en fin d'année, de me trouver dans le même état d'excitation.

Je vous avoue que depuis que j'ai fini Scrubs, l'ambiance est morose de ce côté-ci de l'écran.
J'ai lancé le marathon Jack & Bobby que j'attendais de démarrer depuis près de trois ans, et je ne le regrette pas, je m'envoie un épisode de Drop Dead Gorgeous à l'occasion en me disant que de toute façon ça ira vite, mais clairement on n'est pas dans le coup de coeur. Ce sont "juste" deux bonnes séries que je suis contente de regarder, et en théorie c'est déjà génial ; on est loin d'une période de creux pendant laquelle rien ne m'intéresserait. Mais rien non plus ne m'incite à la boulimie d'épisodes. Rien ne fait battre mon coeur. Quand je suis au boulot ou en train de faire des courses, je ne me dis pas que j'ai hâte de me faire un nouvel épisode ce soir de Jack & Bobby ou Drop Dead Gorgeous, ou quoi que ce soit d'autre...
Le pire c'est que j'ai mis en pause la plupart de mes autres visionnages, quelque part pendant le visionnage de l'intégrale de Scrubs, et que je n'en ai pas vraiment repris à ce jour alors que j'ai fini Scrubs à la mi-décembre environ. J'ai des épisodes de retard sur à peu près tout, et pas envie de m'y remettre. Généralement, ce n'est pas grave : ça m'arrive souvent de faire une ou deux semaines de pause le temps de finir un truc qui me captive plus, puis de reprendre. Dans mon fonctionnement, il y a toujours une part de séries à suivre hebdomadairement mais irrégulièrement, et d'autres à regarder d'une traite, en intégrale marathonienne, et ça finit par se rééquilibrer. Sauf que là, ça vient pas.

Ce n'est pas que je n'ai rien envie de regarder non plus. J'ai toujours envie de pilotes (je crois que c'est une constante qui n'est tout simplement jamais mise en compte dans ma façon de regarder les séries !), mais je ne regarde rien qui me donne envie de m'enflammer. Bon, on est entre nous, je peux bien vous le dire : je me soupçonne secrètement, quand je lance le pilote de Lieve Liza ou de Resident, de n'essayer qu'à moitié. Je me mets en colère contre ces séries, mais est-ce que j'essaye vraiment d'en regarder qui me chavirent ? Pourquoi précisément retenter une comédie médiocre comme How I met your mother maintenant ?
Est-ce que par le plus grand des hasards, je ne persisterais pas à regarder des choses qui ne peuvent se comparer à Scrubs ?

Il est fréquent qu'un marathon qui m'a vraiment électrisée me laisse un peu vidée, qu'il me faille un peu de temps pour me remettre en train. Ca n'a rien d'étonnant, surtout vu la rapidité à laquelle je m'enfile certaines intégrales. Dans le cas de Scrubs, faisons le calcul... 182 épisodes en un peu plus d'un mois ? Clairement, il y a un effet de manque qui est à attendre après un tel visionnage. Et ça m'est tellement arrivé que je considère que c'est la routine.
Je pensais d'ailleurs avoir dépassé cette phase de manque au bout de 2 visionnages du final de la saison 8, après avoir abondamment pleuré en chantant "Book of Love" plus que de raison (c'était un bien lamentable spectacle, d'ailleurs !). Au bout d'une semaine à dix jours, j'avais estimé que la page était tournée.

Vraisemblablement elle ne l'est pas. Et quand j'y regarde de plus près, je vois qu'il y a des détails qui ne mentent pas.
La page Scrubs n'est pas tournée, parce que les DVD de Scrubs sont encore sur ma table de chevet et je n'ai pas le coeur à les ranger dans la telephage-o-thèque, parce que le dernier DVD de la saison 8 est d'ailleurs encore dans le lecteur DVD portable de ma chambre, et parce que les extraits de Scrubs que je me suis mis sur mon smartphone n'en ont pas été effacés (alors que d'ordinaire, le roulement sur mon portable est rapide et régulier en matière d'extraits).

A la réflexion, l'état dans lequel je suis me rappelle celui qui est le mien après l'annulation d'une série que j'aime énormément. Je n'ai goût à rien d'autre, mais il me faut accepter qu'elle est annulée. Et ça me rend toute chafouine pendant un bout de temps, en général... je veux dire, je vous ai quand même bien parlé de Partners ces dernières semaines, par exemple.
Dans le fond, il est possible pourtant qu'il s'agisse du même symptôme. J'ai réalisé, un peu tard, que j'étais très éprise de Scrubs... et je vis en fait son annulation là, à retardement, mais douloureusement quand même.

ScrubsGoodOldDays

Il n'y a rien de pire que de découvrir qu'on a un coup de coeur pour une série dont on ne verra plus jamais un inédit.

Posté par ladyteruki à 23:42 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

29-12-12

Belle à en mourir de jalousie

C'est en cherchant le pilote de la série pour la jeunesse Dead Gorgeous pour le boulot que je suis tombée sur celui du drama Drop Dead Gorgeous ; ce sont des choses qui arrivent. Comme je ne suis pas une malpolie, j'ai donc regardé celui de Drop Dead Gorgeous ! Sérieusement, vous m'avez déjà vue refuser de tester un pilote ? Bilan des opérations, me voilà avec une nouvelle série dans mon planning !
Comment on en est arrivés là ? Pour mieux comprendre ce phénomène, revenons sur ce pilote...

DropDeadGorgeous

Lancée en 2006 par BBC Three, Drop Dead Gorgeous raconte comment une jeune adolescente, Ashley Webb, est découverte complètement par hasard par un bel après-midi, et comment elle devient mannequin. Jusque là, rien de très affolant ; j'irai même jusqu'à dire que sur le papier, il n'y a aucune raison de regarder Drop Dead Gorgeous plus qu'il n'y en avait de s'infliger The Beautiful Life.
Mais ce qui fait toute la différence, c'est que Drop Dead Gorgeous est profondément authentique, à la fois dans sa façon de développer l'histoire, et dans le ton qu'elle emploie pour le faire. Bien que passant par quelques clichés vraisemblablement incontournables, le pilote va entièrement se dérouler du point de vue de la famille d'Ashley, plus que d'Ashley elle-même, permettant ainsi à la fois aux personnages et surtout, aux spectateurs, de garder les pieds sur terre. On ne cherche pas ici à vendre du rêve, mais plutôt à se demander ce qu'il se passerait si une adolescente parmi tant d'autres se voyait offrir un embryon d'opportunité.

Les Webb sont en effet un couple de la classe moyenne complètement normaux, habitant une modeste barraque toujours en bordel avec leurs trois enfants, et travaillant dans des boulots assez peu glamour (elle travaille dans une cantine scolaire, il est garagiste). Les deux filles ainées, Ashley et Jade, s'entendent à merveille ; il faut dire que Jade est une adolescente très assurée, assez fière de ce à quoi elle ressemble, et qu'Ashley de son côté est un peu renfermée et toute disposer à laisser sa soeur jouer la star de la famille ; elles ont aussi un petit frère qui se situe dans ce que mes parents avaient coutume d'appeler "l'âge con", avec lequel elles se chamaillent régulièrement. Rien que de très classique, donc... jusqu'à ce qu'un jour, alors qu'elle sont en train de papoter dans un troquet, Jade et Ashley sont approchées par une découvreuse qui promet que l'une des filles pourrait tout-à-fait faire carrière dans la mode. Mais cette fille, c'est la grande et élancée Ashley ; Jade est trop petite pour le mannequinnat. Imaginez la claque, un peu.

A partir de là, le pilote de Drop Dead Gorgeous va donc consciencieusement surveiller la façon dont les choses évoluent : le premier coup de fil, la viste d'un manager venu d'une agence locale pour signer Ashley, le premier contrat...
Les choses vont assez vite mais, l'épisode durant la bagatelle de 56mn, on aura aussi le temps de vivre, aux côtés des parents Webb, les questionnements inhérents à la situation : faut-il laisser Ashley s'embarquer là-dedans ? Et sa santé ? Et ses études ? Et sa soeur ? Et on n'y connait rien !
Ces parents modestes se retrouvent à prendre des décisions qu'ils n'avaient pas prévues ; et une fois qu'elles sont prises, encore faut-il les assumer, car entre accepter qu'Ashley signe hypothétiquement avec une agence, et le moment où il faut accompagner celle-ci en plein milieu de la journée à un photoshoot calé dans l'urgence, il y a une différence.
Toute la famille se retrouve changée par la nouvelle vie d'Ashley ; il y a les copines qui sont super fières, les "ennemies" au lycée à qui on peut maintenant river le clou, bien-sûr, mais il y a aussi le fait que le partage des tâches à la maison a changé maintenant que Pauline, la mère, suit Ashley dans tous ses engagements pour veiller sur elle, et que c'est le père, Terry, qui doit assumer la préparation du dîner, par exemple. Ce n'est pas grand'chose en théorie, mais dans l'intimité de cette petite famille, c'est vraiment déstabilisant, même si tous s'adaptent, dans un premier temps, de bon coeur.

Enfin, non : pas tous. Le personnage de Jade, en particulier, est au moins aussi important dans la série que celui d'Ashley ; profondément blessée par le fait qu'elle n'ait pas été considérée plus belle que sa soeur (ou, au pire, aussi belle), elle va passer une bonne partie de ce pilote à être à la fois ravie pour sa frangine, jalouse, et en même temps, peinée par les retombées sur sa propre vie, qu'il s'agisse d'aider un peu plus à la maison pour les tâches ménagères ou de voir que son petit copain regarde Ashley bien différemment maintenant qu'il sait qu'elle est prise en photo par des professionnels. Jade va donc se retrancher à la fois dans un comportement passif-agressif, et régulièrement envoyé des piques à sa soeur sans raison valable apparente, et aussi souffrir secrètement. On sent vraiment l'adolescente meurtrie au dernier degré, qui n'est pas mauvaise par nature et qui donc aimerait se réjouir sincèrement pour ce qui arrive à sa soeur et meilleure amie, mais qui n'y parvient pas tout-à-fait et qui a besoin de l'exprimer d'une façon ou d'une autre (ce sera donc les remarques assassines en public, et les larmes quand elle est seule). Qui plus est, depuis qu'Ashley fait l'objet de tant d'attentions, Jade, qui était auparavant la petite reine des abeilles de son entourage, devient aussi, progressivement, transparente. Alors certes, cette opportunité va faire des merveilles pour la confiance en soi d'Ashley, qui en avait bien besoin, mais elle va aussi causer du tort, on le sent bien dans cet épisode, à sa soeur, désormais obligée de vivre dans son ombre... quand bien même Ashley se contente pour le moment de faire quelques photos de maillots de bain pour une pub dans les pages locales.

Outre des personnages très touchants (essentiellement Jade et Pauline, très présentes dramatiquement), Drop Dead Gorgeous, c'est aussi voire même avant tout une façon de filmer la famille Webb qui est incroyablement tangible. Rarement une série aura été capable de me donner l'impression d'être aussi réaliste. Si vous êtes comme moi et que, quand vous pensez au quotidien dans votre famille, dans votre enfance, vous vous souvenez des dîners préparés vite fait dans une poëlle, de la lumière un peu jaune de la cuisine le matin au petit déjeuner, des bisbilles avec la fratrie sur le canapé après l'école, les disputes mais aussi les silences, les conversations qui sont un peu creuses mais qu'on a forcément, juste parce qu'on vit ensemble... bref, de tout ce qui n'est jamais montré dans 99,999% des séries sur le quotidien des personnages, et qui forme pourtant 99,999% de leur quotidien, eh bien c'est ça, ce que tient Drop Dead Gorgeous.
D'une façon rare et difficile à expliquer, la série parvient à vous donner l'impression de partager tout ce qui constitue les banalités triviales de la vie de famille, de la vaisselle qu'on n'a pas envie de faire à grand'mère qui regarde ses feuilletons à la télé, alors que, quand même, la vie de la famille Webb n'a justement plus grand'chose de banal...

C'est ce qui rend la série profondément attachante, finalement, bien plus que son sujet. En choisissant de rester extrêmement humble, et de s'intéresser dans le détail à la façon dont vit et fonctionne cette famille, Drop Dead Gorgeous instaure immédiatement, plus encore qu'une mécanique d'identification (même si effectivement les Webb pourraient être absolument n'importe quelle famille, donc la vôtre), une ambiance de proximité et d'authenticité.
En fait c'en est même destabilisant, parce que dans les premières minutes du pilote, je passais mon temps à attendre qu'il se passe "quelque chose", je sais pas, un truc important et tragique, genre Ashley devient immédiatement une superstar, ou les Webb refusent qu'elle signe et Ashley doit faire des photoshoot en secret, ou Ashley se fait violer pendant une prise de vue, ou Ashley meurt et Jade doit prendre sa place, ou j'en sais rien !!! Mais quelque chose de gros, quoi. C'est triste à dire : je suis encore trop formatée par les séries américaines ! Mais progressivement, j'ai compris que ce n'était pas ce dont parlait Drop Dead Gorgeous, et qu'on n'était pas sur la CW ou même ABC Family. Et ça m'a plu, quand je l'ai compris.

Bon alors, cette histoire de poursuivre la série, donc, que j'évoquais plus haut. Oui, je vous l'accorde, c'est pas exactement le moment, avec le marathon Jack & Bobby, les reviews entamées qu'il faut que je finalise, et tout et tout... plus le fait que j'ai décidé de refaire un challenge ciné en 2013. C'est clair, ça tombe mal. Mais pour ma défense, les deux saisons de Drop Dead Gorgeous durent respectivement 4 et 6 épisodes... donc je devrais m'en sortir. Et pour être tout-à-fait franche avec vous, j'adore quand ce genre de coup de coeur me tombe dessus, donc je râle surtout pour la forme. Qu'est-ce qu'on fait, on se retrouve pour un bilan de la série quand j'ai fini ?

Voilà et maintenant, un vote à main levée : combien de fois, en lisant le titre de Drop Dead Gorgeous, avez-vous pensé à Drop Dead Diva ? Soyez pas timides, dites-le moi franchement ; en ce qui me concerne, au cours de la rédaction de ce post, mon clavier a fourché trois fois.

Posté par ladyteruki à 21:36 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

27-12-12

[DL] Fjällbackamorden

Courage, bientôt les vacances ! Pour moi en tous cas. Enfin, à moitié. Mais quand même. En attendant, les journées sont longues, donc je vous propose aujourd'hui encore un générique. "Encore ?!". Oui, encore.
Mais cette fois, c'est pas du réchauffé comme hier où je vous ai reparlé d'une série sur laquelle j'ai déjà écrit. Ce soir, je vous propose le générique de Fjällbackamorden, dont le premier épisode a été diffusé tout juste hier soir par SVT. Ben ouais, j'ai pas l'air depuis quelques semaines, mais je suis quand même encore un peu l'actu, l'air de rien, et je continue d'essayer de vous en faire profiter dans les meilleurs délais !
Arrêtez de vous moquer, je ne sais que trop bien à quoi ressemble mon Pilot Watch... *sniff*

FJallbackamorden
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Côté musique, franchement j'adore. C'est une ambiance parfaite. Ce n'est sans doute pas super orginal vu le genre, mais ça remplit parfaitement son office, et c'est tout ce qu'on demande à un thème musical : servir à placer l'ambiance, aider le spectateur à plonger dans l'univers de la série d'emblée. Eh bien c'est réussi. Et après la scène d'ouverture étrange du pilote, ça n'a que plus d'effet, d'ailleurs (mais j'ai pas eu le temps de regarder tout l'épisode, ça se trouve tout est sur ce mode).

Visuellement, c'est un peu différent. Pour autant que je comprenne une partie des intentions assez clairement (il y est explicitement question d'enquête et de situer l'ambiance de la petite bourgade de FJällbacka), le reste semble un peu brouillon. Ce générique m'a donné l'impression d'un immense fourre-tout, où on trouverait, du moins pourrait-on le présumer, des éléments relatifs à l'histoire (il est vrai que c'est difficile d'en être certain en n'ayant vu que quelques minutes du premier épisode), mais aussi des plans et des impressions relevant plus, eux aussi, de l'ambiance, comme ce crabe mort. Et puis, là-dessus, viennent encore s'ajouter quelques apparitions très fugaces des personnages, via une photo de famille par exemple. C'est assez dérangeant, mais pas dans le sens où j'aimerais être dérangée ; ce qui en sort est surtout un brassage immense et assez peu organisé mais esthétique. C'est déjà ça, je vous l'accorde. Je vais même écrire quelque chose que je ne pensais pas formuler un jour, mais je me demande si dans le fond, il n'est pas trop long, ce générique...
Reste qu'à cause de son "défaut", je ne peux pas dire que je sois tombée sous le charme de ce générique. Et pourtant, je suis dans une période à génériques ! C'est dire si celui de Fjällbackamorden a peu de chances d'entrer dans mon panthéon personnel.

Voilà, et si le monde veut bien arrêter deux secondes de tourner, je vais ptet trouver deux minutes pour écrire mon bilan de A Moody Christmas, avancer mon marathon Jack & Bobby, et regarder le Christmas Special de Doctor Who. On recause de tout ça très vite, promis.

Posté par ladyteruki à 22:43 - Médicament générique - Permalien [#]

21-12-12

On verra si on est devenu des grands hommes

Cette fois, c'est la bonne !!!
Ca fait bientôt trois années que je me promets d'entamer un marathon Jack & Bobby. Ce n'est pas comme si la série était longue ; ce n'est pas comme si je ne savais pas où la trouver, mais il y avait toujours quelque chose pour m'arrêter. Il faut dire que je fonctionne essentiellement au coup de tête et à l'envie, et que, pour des raisons idiotes, je peux mettre en pause certains visionnages au profits d'autres, sans être capable de le justifier même auprès de moi. Je n'ai aucune excuse, simplement Jack & Bobby n'est jamais prioritaire. Et j'ai passé près de trois années à me répéter combien c'était dommage.
Alors que j'étais en train de me tâter pour voir si je ferais le désormais célèbre Challenge Séries 2013 de Hellody (je ne me suis pas encore décidée à ce sujet, d'ailleurs, pour de multiples raisons), j'ai en tous cas pensé que ce challenge serait idéal pour finalement me mettre le coup de pied à l'arrière-train qui m'a manqué depuis trois ans.

Alors ce soir, puisque j'y étais, j'ai revu le pilote de Jack & Bobby.

JackandBobby

Surtout qu'une fois qu'on se retrouve devant le pilote, c'est tellement évident que cette série est faite pour moi.

Il me faut à ce stade préciser que je suis extrêmement friande d'autobiographies (quand il me reste quelque chose que mon budget DVD n'a pas encore aspiré, ça passe dans le budget autobiographies ; d'ailleurs ma lecture de la semaine prochaine devrait en être une sauf revirement de situation). J'aime qu'une personnalité plonge dans ses souvenirs et, plus encore, soit capable de prendre du recul sur ce qui l'a mené(e) à être la célébrité que nous connaissons tous aujourd'hui ; à ce titre, Lucky Man: A Memoir de Michael J. Fox est certainement le plus abouti que j'aie lu jusqu'à présent, et je le recommande donc plus que chaudement.
Plus que connaître les bêtises qui faisaient enrager leurs parents ou l'âge à laquelle ils ont perdu leur virginité, ce qui m'intéresse, c'est que ces personnages (plutôt) importants soient capables de refaire le chemin à l'envers et de dire que, oui, sans tel évènement, ils ne seraient pas la même personne. Quand dans Bossypants, Tina Fey raconte son expérience dans le théâtre d'improvisation, elle le fait avec énormément de sincérité et de franchise (ce qui tranche dans un ouvrage essentiellement humoristique et d'une immense pudeur) parce qu'elle est consciente, et veut l'expliciter pour ses lecteurs, que ce qu'elle a appris pendant ces années formatrices à bien des égards a modelé sa personnalité et sa vision du monde. Et c'est merveilleux d'avoir l'opportunité d'explorer cela, de comprendre comment quelqu'un est devenu cette personne, et comment cette personne est devenue, à sa façon, extraordinaire.
Du fait de mon goût pour les autobiographies (ou peut-être que ce goût en est en réalité la cause), quand j'admire quelque chose, surtout dans le domaine artistique me vient immédiatement la brûlante question : comment on devient la personne capable de créer cette chose ? L'éducation est évidemment une immense part de cela ; mais aussi les rapports qu'on entretient avec sa famille, ses amis, et ainsi de suite. Devenir quelqu'un est le résultat d'une multitude de facteurs qui ne sont pas tous identifiables ; il suffit d'un détail pour que le destin d'un enfant change pour devenir un adulte différent...
Hélas, David E. Kelley se refusant pour le moment à écrire son auto-biographie, nous ne savons pas avec précision comment est né l'un des plus grands esprits de la télévision américaine contemporaine, mais on se consolera en se disant que, fort heureusement, Snooki en a écrit un ! Oui, le monde est injuste, je suis navrée que vous le découvriez de cette façon.

Jack & Bobby se propose précisément de répondre à cette question. La série n'a évidemment pas de valeur autobiographique, car les personnages de Jack et Bobby McCallister sont fictifs (bien que s'inspirant apparemment, comme je l'ai appris récemment, je crois via Twitter, de Jack et Bobby Kennedy). Elle n'a pas non plus valeur de narration à la première personne, car elle est tournée à la fois comme une fiction et comme un documentaire rassemblant des images d'archives et des interviews des proches du Président McCallister.
Oui, le Président. Car Jack & Bobby est également une série politique. Mais une série politique telle qu'on l'a rêvée au cours de certains épisodes d'A la Maison Blanche, comme dans Two Cathedrals, quand on essayait de comprendre comment Bartlet était devenu Bartlet ; une série politique qui essaye de plonger dans ce qui a façonné l'homme politique, et non dans ses décisions du présent.

Le Président McCallister est donc encore jeune quand commence la série ; le pilote va à vrai dire maintenir le mystère pendant presque toute sa durée quant à l'identité du Président : s'agit-il de Jack, ou s'agit-il de Bobby ?
Chacun a ses forces et ses faiblesses. Jack est un adolescent mature, mais qui s'est endurci, sans aucun doute, plus que nécessaire. Il refuse de s'occuper de son petit frère qui vient d'entrer au lycée, parce qu'il a une image plutôt cool et que le petit frère est justement tout sauf cool. Il commence également à s'intéresser aux filles, et dans le pilote, il n'aura d'yeux que pour l'une d'entre elles. Bobby est plutôt un pré-ado, avec de grands yeux naïfs et des réflexes encore enfantins, un peu geek sur les bords, et qui plus est atteint d'asthme ce qui n'aide pas. Mais c'est aussi un garçon très intelligent, et armé d'une volonté de fer.
Alors, lequel deviendra Président des Etats-Unis d'Amérique ? Eh bien... il vous faudra à votre tour regarder le pilote pour le savoir. Sachez simplement que dans l'épisode, on rapporte que le Président McCallister aurait dit que ce n'était pas le bon frère qui avait été élu... tout un programme.

Car il ne s'agit pas tant de mettre les deux frères en concurrence. Il s'agit aussi de voir comment le Président est façonné par son entourage pour devenir un grand homme. Par son frère, d'abord, qui visiblement l'inspire, et puis, par sa mère.
Grace McCallister est, de l'avis de tous, une force de la nature. Femme d'une intelligence aigue, cultivée et fière de l'être, elle est professeur d'université et ne perd pas une occasion d'essayer de stimuler intellectuellement ses garçons, ou plutôt, l'un d'entre eux précisément. On sent d'ailleurs confusément, dés l'introduction de la série, qu'il existe un fils préféré, ou au moins un sur lequel plus d'espoirs reposent que sur l'autre. L'épisode commence en effet alors que c'est l'anniversaire d'un des garçons, et que celui-ci veut une télévision ("Of course, the idea that we're stupid because we sit around watching TV all the time is just as simplistic as the idea that kids shoot other kids because they witness violence in the medias", explique Grace dans sa toute première réplique qui sonne comme du Sorkin, "but what is clear, is that the majority of television caters to the majority of Americans, and is, as a result... garbage"). Mais au moment de laisser son fils choisir son cadeau, Grace s'enthousiasme pour un synthétiseur sur lequel, prétend-elle dans une vague d'excitation, il pourrait composer toute une symphonie ! Cédant devant la fièvre d'ambition de sa mère qui le voit déjà grand pianiste, alors qu'elle s'est toujours estimée trop vieille pour apprendre le piano, le garçon accepte donc à contre-coeur d'échanger la télévision contre le synthé. Clairement, Grace est en train de fabriquer de toutes pièces le génie dont elle rêve (le génie qu'elle aurait probablement aimé être), et conçoit toute son éducation en ce sens ; un peu comme le fera d'ailleurs GOLD. Mais ce n'est évidemment pas si simple, d'abord parce que c'est lourd de connotation pour son autre fils (il le lui fera d'ailleurs remarquer pendant l'épisode), et ensuite parce qu'on ne peut pas vraiment façonner de A à Z un être humain pour qu'il devienne un idéal.

Entre son frère et sa mère, entre son désir de faire ce qui le passionne et son envie dévorante d'être aimé (et d'être aimé par tous, le rejet le meurtrissant plus que tout), le futur Président McCallister va avoir sur sa route bien des obstacles avant de devenir un grand homme. C'est son parcours que Jack & Bobby se propose de suivre, en étudiant la complexité de son milieu familial (dans lequel il n'y a pas de figure paternelle, notamment, mais aussi alors que Grace fume de la marijuana pour se détendre quand sa vie devient trop stressante), en renvoyant en permanence l'idée de ce que deviendra le Président McCallister, au travers de flashforwards détournés, à savoir les interviews de ses proches dans les années 2040, face camera.
Le procédé relève d'ailleurs du génie, parce qu'au lieu de simplement nous dire : ce jeune deviendra un homme immensément respecté (il sera plus tard surnommé "The Great Believer"), et nous montrer son présent, on a un renvoi constant entre sa croissance de nos jours, et ce que l'on dira dans plus de 40 ans d'un des grands hommes de la nation, sur un plan politique mais aussi et surtout humain.
Quelle immense promesse !

Maintenant que j'ai commencé à re-voir la série, je me souviens à quel point il était important qu'elle reste sur ma liste des revisionnages et que je ne l'oublie pas ; à la différence qu'elle n'aurait pas dû y rester trois ans !
Alors cette fois, c'est la bonne : je me fais un marathon. Notez bien ce que je vous dis : avant la fin de l'année 2012, j'aurai vu l'intégralité de la série !

Posté par ladyteruki à 23:42 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

13-08-12

Famous in a small town

L'an dernier, au printemps, j'avais subitement entamé un marathon Gilmore Girls. Je ne me souviens pas trop comment j'en étais arrivée là (les voies de la téléphagie sont impénétrables...) mais je sais que je m'étais arrêtée à la fin de la saison 3, tout simplement parce que je n'avais pas les DVD pour aller plus loin. J'ai acheté la saison 4, et le temps que je mette la main dessus, c'était fini, j'étais passée à autre chose, comme ça m'arrive si souvent. Si vous en doutez, matez donc les posts où je parle de mon intégrale de Jack & Bobby, tiens.

Mais là, pas d'internet, un nouveau boulot assez prenant (euphémisme), et l'été, étaient trois facteurs favorisant un marathon lorgnant vers l'intégrale pour une série pas trop chiante, pas trop exigeante, mais quand même attachante. Le choix a été vite fait. C'est là que j'ai réalisé que je n'avais jamais achevé mon parcours avec Gilmore Girls, qui avait pourtant commencé lors de la diffusion de la première saison par France2. Il y a dix ans...
L'erreur est à présent réparée, donc, et voici à présent mon bilan de la série. Ce qui implique, vous l'aurez compris, que malgré tous mes efforts, des spoilers vont forcément s'y trouver. Surtout que vous vous apprêtez probablement à lire le post le plus long de l'histoire de ce blog (mais peut-être m'apporterez-vous la preuve du contraire !).

FamousinaSmallTown

L'histoire de Gilmore Girls, tout téléphage la connait (ou devrait la connaitre) : celle de Lorelai Gilmore, une femme qui a eu à l'âge de 16 ans une fille surnommée Rory, et qui est très proche d'elle. La série commence, et ce ne peut être un hasard, précisément quand Rory atteint l'âge fatidique qu'avait sa mère quand elle l'a eue. Et alors que Rory s'apprête à intégrer Chilton, un lycée privé prestigieux qui lui ouvre les portes d'études supérieures brillantes auxquelles elle aspire, Lorelai se voit contrainte d'aller demander de l'aide financière à ses riches parents, qu'elle a jusque là tenus à une plus que respectable distance.

Dés les premiers épisodes, l'esprit de la série est clair, et consiste en deux niveaux.
Il s'agit de travailler à la fois sur le tandem Lorelai/Rory et de montrer combien la mère et la fille sont copines comme cochon, en dépit du passé houleux qui a présidé à la naissance de Rory (chose que souligneront les grands-parents Gilmore régulièrement), que de dessiner le contour d'un ensemble show gigantesque situé dans une "petite bourgade" (un panneau nous apprend que Stars Hollow compte en fait 9000 et quelques habitants, mais la série se comportera pendant presque toute sa durée comme si ce chiffre se mesurait en quelques centaines à peine). Les destins des différents visages familiers de Stars Hollow se mêleront, parfois avec insistance, à l'évolution du couple Lorelai/Rory.

Cette dynamique double va se révéler fort utile, parce qu'il s'avère que Gilmore Girls est une série sans enjeu ni objectif. On peut le vivre comme un défaut mais c'est un choix qui est pleinement assumé, après tout, alors autant prendre les choses du bon côté.
Gilmore Girls ne fonctionne pas, jamais, avec un horizon précis.
Quand une saison commence, par exemple, elle ne pose jamais d'objectif à long terme pour ses protagonistes. La série ne les mettra jamais dans une situation indélicate à résoudre avant la fin de la saison, par exemple, ou ne posera jamais un axe qui nécessite de se développer dans un but affiché. Tout dans Gilmore Girls respire au même rythme que vit Stars Hollow ; il n'y a pas de pression, pas d'impératif ; la vie se déroule et on est invités à la suivre, tranquillement, mais on ne regarde pas cette série-là pour autre chose, et surtout pas pour les sensations fortes. Les cliffhangers sont réservés aux fins de saisons (quoique toutes ne soient pas égales devant ce procédé), et encore, pas vraiment avec des retournements de situation trop importants, seulement avec des points de suspension et/ou d'interrogation. Il peut se passer énormément de temps dans une saison sans que rien de précis ne se passe, mais sans que l'on s'ennuie pour autant : on suit juste le quotidien des personnages, sans pour autant les soumettre à mille tourments.
La vie, quoi. Pas vraiment ennuyeuse, seulement normale. On en oublierait presque, de nos jours, ce que c'est que de suivre ce genre de chronique, tant les spectateurs sont habitués à la recherche du frisson à travers des séries sensationnelles, ou ambitionnant de nous mettre la tête à l'envers avec des énigmes et des effets spéciaux et des surprises.
Et il s'avère qu'il n'est pas si difficile d'arrêter de presser le pas, et d'apprendre à apprécier de prendre le temps de vivre à Stars Hollow.

Ce rythme des intrigues est d'autant plus saisissant qu'il oppose un contraste total avec le rythme des épisodes.
Gilmore Girls est en effet célèbre pour ses dialogues échevelés, débités à 100 à l'heure par des actrices qui semblent le plus souvent en apnée totale. Les dialogues qui ont fait sa réputation et son succès offrent le parfait antidote à toute sensation potentielle d'ennui ; même quand il ne se passe rien, il se dit tant !
Et il ne se dit pas du vide, non plus. Gilmore Girls ne cherche pas à brasser de l'air ; la série passe énormément de ce temps bavard à explorer ses thèmes principaux. Simplement, évoquer ces thèmes ne signifie pas, dans le cas de cette série, bâtir des intrigues complexes ou développées, mais simplement creuser le sujet avec tendresse.

Alors ces deux grands thèmes principaux, quels sont-ils ?

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Eh bien d'abord, Gilmore Girls s'intéresse de toute évidence à la famille. Ce n'est pas pour rien que la série a vu le jour grâce au Family Friendly Programming Forum (aujourd'hui devenu Alliance for Family Entertainment), car il s'agit ici d'observer le sujet sous tous les angles, grâce au traumatisme familial qu'a été la conception un rien trop rapide de la petite Rory. L'évènement date d'il y a près de 16 ans quand commence le pilote, et pourtant, il n'a toujours pas cicatrisé, et provoque des regrets et des rancoeurs, tous ravivés par la requête financière de Lorelai.
Le pilote va ainsi semer la graine des fameux "dîners du vendredi soir", une manne de scénarios futurs qui sera exploitée pendant la quasi-totalité des 7 saisons sous une forme ou une autre : en échange du prêt de la somme nécessaire à faire entrer Rory au lycée Chilton, la mère de Lorelai, Emily, impose un dîner hebdomadaire obligatoire. Sauf que ce dîner est avant tout un enjeu de pouvoir, l'aboutissement d'un bras de fer qui a duré 16 années, et que les deux parties (Lorelai et Rory d'un côté, Emily et Richard de l'autre) ne sont pas proches du tout. L'occasion de nombreuses situations gênées, mais aussi et surtout de clash copieux. Les évènements d'il y a 16 ans n'ont jamais été résolus, si tant est qu'ils puissent l'être, et chacun porte en lui, à sa façon, le poids qui en résulte. De fait, au ressentiment d'Emily et Richard, qui ont l'impression (justifiée) de ne pas connaître leur petite-fille, et qui ont gardé le goût amer de l'affront infligé par Lorelai, s'oppose la rancune de cette dernière qui n'a jamais vraiment digéré la façon dont ses parents l'ont traitée alors qu'elle était enfant, puis adolescente, puis adolescente enceinte. Et bien souvent, au milieu de tout ça, lors de ces rendez-vous hebdomadaires inévitables, c'est Rory qui, du haut de ses 16 ans, est contrainte d'arbitrer.

A travers cette confrontation de deux générations se dessine, en réalité, l'exploration de deux façons d'être parents, et notamment d'être mère. Emily et Richard Gilmore sont des gens très aisés, éduqués avec une certaine vision des choses, et qui ont fait preuve d'une grande fermeté avec Lorelai qu'elle n'a jamais bien tolérée. A côté de ça, Lorelai et Rory sont incroyablement complices, se comportant régulièrement plus comme des amies voire des colocataires, que comme une mère et sa fille. Le propos de Gilmore Girls n'est à aucun moment de tenter de donner raison à l'un plus qu'à l'autre ; dans l'ensemble, l'équilibre est bien respecté, montrant les carences comme les avantages des deux modes d'éducation.
Ainsi, Lorelai est la confidente, la comparse de sa fille. Mais elle est aussi tellement convaincue d'être la meilleure amie de sa fille qu'il lui est parfois difficile d'imposer son autorité de mère ; elle est également dans une relation plus fusionnelle qui parfois l'empêche d'être très objective dans beaucoup de ses réactions. A côté de ça, Emily est une mère au regard critique et acerbe, considérant qu'elle agit pour le bien de sa progéniture, que cela plaise à cette dernière ou non. Mais cette façon de faire parfois brusque, pour ne pas dire castratrice, s'accompagne d'une immense générosité qui ne demande souvent qu'à s'exprimer, et d'un enthousiasme sans borne pour toute mondanité qui puisse permettre de se créer un réseau propice à l'élévation sociale. Emily n'est peut-être pas chaleureuse ou marrante comme Lorelai, mais on peut compter sur elle pour progresser dans la vie. Pourvu de suivre ses règles du jeu...
Les blessures jamais cicatrisées, dues aux circonstances entourant la naissance de Rory, sont exacerbées par le fait que non seulement Lorelai a refusé d'épouser le père de sa fille, mais en plus, elle s'est enfuie et a décidé de se débrouiller toute seule. C'est de toute évidence un acte qui a été perçu par Emily et Richard comme une rébellion contre leurs principes, mais aussi comme un désaveu de leurs choix éducatifs, et de tout leur mode de vie. Lorelai, se sentant étouffée par une vie faste qui ne correspondait pas à son caractère farfelu, a brisé ses chaînes, et, par la même occasion, le coeur de ses parents. Un épisode plutôt réussi nous offrira l'incontournable série de flashbacks permettant de revenir au moment précis où Emily et Richard d'un côté, et Lorelai de l'autre, ont vécu une cassure que rien ne pourra jamais réparer, alors que la jeune fille laissait un mot à ses parents expliquant qu'elle et son bébé avaient quitté la maison. Cet acte fondateur montre bien comment la mère et la fille ont définitivement perdu quelque chose à ce moment-là, qu'elles passeront toute leur vie à reprocher à l'autre.

A leur façon, les quatre Gilmore sont donc, à cause de cette histoire de dîners hebdomadaires, une famille recomposée. De leur façon de s'accrocher en quasi-permanence à leurs expérimentations de rapprochement, Gilmore Girls va rester attentive pendant une grande partie de son parcours à la façon dont cette "famille malgré elle" fonctionne tant bien que mal, avec quelques jours avec et beaucoup de jours sans, mais quand même. Lorelai Gilmore va notamment réaliser que, ses parents, elle ne peut vraiment pas vivre avec, mais elle ne peut pas tout-à-fait vivre sans, d'autant que Rory s'entend à merveille avec eux. Un rapport qu'occasionnellement Lorelai jalouse, en partie parce qu'elle voudrait se réserver l'affection exclusive de sa fille, en partie parce qu'elle n'aura jamais cette relation-là avec eux.

Mais bien que passant, presque littéralement, chaque semaine dans la salle à manger d'Emily et Richard Gilmore, la série s'attache à aborder son sujet de la famille sous bien d'autres angles. Ainsi sa plus grande réussite à mes yeux est la relation mère-fille (encore une) de la famille Kim. En effet, Lane Kim est la meilleure amie de Rory, et sa relation à sa mère ("Madame Kim", qui semble être née sans prénom et uniquement avec un titre) est totalement différente de celles que nous voyons à l'écran. Lane et Madame Kim ont quelque chose qui s'approche de ce qu'on imagine que la relation Lorelai/Emily a pu être il y a de cela 16 années. Lane, passionnée de rock et amatrice de junk food, est obligée de cacher à sa mère, protestante fervente et obsédée par la nourriture "saine" (en fait une végétarienne dans la VO), ses véritables penchants. Une bonne et large moitié de la série nous offrira l'opportunité de voir Lane bâtir son univers personnel en cachette, que ce soit au sens propre (elle cache ses CD sous le plancher de sa chambre) comme au figuré (Lane échaffaudant souvent un scénario improbable pour échapper à la vigilance de sa mère et grapiller quelques miettes de liberté). Longtemps incapable de s'affirmer, brimée autant par sa mère ultra-sévère et austère, que par elle-même, par crainte de se trahir et se faire engueuler, Lane est l'incarnation de tout ce que Lorelai reproche à sa propre enfance, de la sensation d'étouffement à la négation de sa personnalité réelle. Mais, chose que Lorelai n'a jamais réellement accomplie, Lane va finir par se prendre en main. Après quelques tentatives d'affirmation ratées (comme une épique coloration de cheveux violette qui n'aura duré que 5mn), Lane finira par jouer cartes sur table avec Madame Kim, dans ce qui reste certainement comme l'une des plus belles confrontations mère-fille de cette série qui en comporte pourtant quelques unes. Mais en montrant son attachement à un certain nombre de valeurs maternelles, et avec énormément de patience, Lane finira par se tailler une mère sur mesure, et Madame Kim finira par lâcher un peu la bride au fruit de ses entrailles. Si bien que c'est cette même Madame Kim qui finira par organiser une tournée pour le groupe de rock de sa fille, par exemple ! On apprendra même que Madame Kim elle-même était une sacrée rebelle en son temps...

Le tandem Lane/Madame Kim est de façon constante un rendez-vous plein d'émotion, très honnête, sur les relations mère-fille ; parfois c'est un même rendez-vous qui est raté pour Lorelai/Emily, tant leurs interactions semblent abuser des prises de bec, et trop rarement faire progresser leur relation ; il est sans doute trop tard pour elles, dans le fond. Mais sur un même sujet, ces deux développements différents forment une grande richesse.

Enfin, Gilmore Girls met également un point d'honneur à parler de parents "atypiques". Pour une série conçue comme était familiale, les parents célibataires (Lorelai bien-sûr, mais aussi Madame Kim, Luke...) ou sur lesquels on ne miserait pas forcément sa chemise (la tête-en-l'air Sookie, Liz...) sont légion. Plus tard, même Lane et son petit-ami, pourtant peu destinés dans l'imaginaire collectif à pouponner, de par leur jeune âge ou leur appartenance à un groupe de rock, se verront mis au pied du mur et interrogeront une fois de plus le statut de parent. Quand aux parents dont on entend plus parler que l'on ne les voit, ils n'ont pas tellement plus le beau rôle, qu'il s'agisse des parents de Paris Geller (qui semblent passer leur temps soit à divorcer, soit à avoir des problèmes avec le fisc) ou du père de Logan Huntzberger, tyrannique, manipulateur et égocentrique. Emily et Richard Gilmore sont à vrai dire les seuls parents "normaux" de la série, répondant parfaitement aux critères promus dans la société ou les médias, mais ils ne sont jamais posés comme le modèle à suivre pour autant par la série.
Rarement une série aura passé autant de temps à chercher la formule "parfaite" de la parentalité. Elle n'existe pas, bien-sûr. Mais Gilmore Girls l'aura vraiment cherchée dans tous les recoins. L'éducation et les rapports parents-enfants sont donc l'un des centres névralgiques de nombre de ses épisodes.

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Mais dans Gilmore Girls, l'éducation est aussi à prendre au sens plus large. Et la série se fait un devoir d'émailler ses dialogues de références nombreuses et denses. Musique, cinéma, télévision mais aussi littérature, tout y passe. La série requiert une attention de chaque instant, non seulement pendant ses épisodes, mais aussi au-dehors, pour comprendre les dialogues. Si vous ne connaissez aucun nom d'auteur classique russe, que vous n'avez vu aucun film en noir et blanc, et que vous n'êtes pas incollable sur les bacs des disquaires spécialisés dans le rock, Gilmore Girls va nécessiter plusieurs heures de rattrapage sur Google et/ou Wikipedia.

On peut s'interroger sur la façon dont Lorelai, justement, a acquis cette popculture dont elle orne en moyenne une phrase sur dix. Elevée dans un milieu strict (et où il n'est pas certain que son accès à la télévision ou à la musique ait été encouragé !), il ne fait aucun doute que Lorelai a entamé sa découverte culturelle du monde après son départ de chez ses parents. Sa tradition des soirées cinéma avec sa fille, par exemple, montre combien elle a besoin de rattraper le temps perdu ; dans ces instants-là, elle redevient adolescente, non seulement parce que ça lui permet de faire la fofolle avec Rory, mais aussi, voire surtout, parce qu'elle récupère un peu des découvertes culturelles qu'elle aurait aimé faire alors. Mais cela implique que le rattrapage culturel de Lorelai a participé, en partie, à l'éducation culturelle de Rory, lui ouvrant l'esprit et lui donnant l'esprit curieux qui la caractérise. Un mal pour un bien, donc.
Plus largement, Gilmore Girls est l'une des rares séries à mettre autant d'importance sur la notion d'éducation intellectuelle. La série pourrait se contenter d'utiliser l'entrée de Rory à Chilton (et, plus tard, à l'université) comme un prétexte pour sa radiographie familiale, mais elle exploite au contraire ce contexte pour montrer comment l'esprit de Rory se nourrit de ses études, de ses lectures, de ses visionnages, pour s'enrichir. En cela, avec ses 7 saisons, Gilmore Girls a accompli ce que Jack & Bobby n'a pas eu le temps de faire, à savoir montrer comment un enfant se transforme en adulte (très) intelligent, curieux du monde, et capable d'accomplir de grandes choses intellectuellement.

L'obsession de tout le clan Gilmore, toutes générations confondues, pour les études, et notamment les études universitaires, montre combien la série met un point d'honneur à présenter cette progression comme une chance de se développer. La fac n'est pas juste traitée comme une expérience à vivre (GREEK), un rite de passage nécessaire pour accéder à l'âge adulte (Felicity), ou simplement une passerelle vers la vie professionnelle (Friday Night Lights), c'est une période clairement dépeinte comme un enrichissement personnel, une chance, une opportunité de progresser en tant que personne, pour soi-même. Certes on y prépare un avenir, mais Gilmore Girls n'en fait son objectif ultime que dans sa toute dernière ligne droite, quand Rory se demande (sans doute pour la première fois), à l'issue de son diplôme, ce qu'il va advenir d'elle après avoir suivi le parcours qu'elle s'était tracé. En-dehors de ça, l'université n'est pas un moyen, c'est longtemps un but, et noble, par-dessus le marché. Lorsque dans la saison 2, Lorelai et Rory s'embarquent dans un road trip qui les conduit à visiter Harvard, ce qui frappe, c'est que non seulement elles rêvent toutes les deux d'une vie d'étudiante un peu fantasmée pour Rory plus que de toute autre chose, mais surtout qu'elles y favorisent avant tout l'éveil culturel qui pourra alors être vécu ; la bibliothèque, les cours en amphi, sont ce qui fascine le plus Rory (Lorelai étant plus impressionnée par le côté social et festif).

La série mettra également un point d'honneur à rappeler en de nombreuses occasions l'importance des études même pour les adultes. Ainsi, Lorelai, qui a quitté le lycée de façon anticipée, reprend 16 ans plus tard ses études dans le commerce, afin d'ouvrir avec Sookie sa propre auberge. Cet élément, rappelé plusieurs fois au cours des premières saisons, atteint son point culminant avec la remise de diplômes de Lorelai, un grand moment d'émotion mais aussi de fierté. A l'inverse, Emily confiera vers la fin de la série qu'elle n'a suivi ses études d'histoires que par acquis de conscience social, mais qu'elle s'est toujours destinée à la vie de femme au foyer, et que cette existence a ses limites. Au long des 7 saisons, Emily aura en effet souvent exprimé, de façon fugace mais non moins tangible, ses regrets de n'être qu'une "épouse de", de vivre au rythme de la carrière de son mari, et de n'avoir rien accompli par elle-même (sous-entendu "professionnellement").
Gilmore Girls rappelle ainsi en permanence l'importance qu'elle voue à l'éducation, à tous les âges de la vie.

GilmoreGirlsLorelai

Autour de ces deux grands thèmes viennent se greffer tout un tas de petites histoires destinées à faire s'animer ces problématiques. Aux confrontations familiales et découvertes intellectuelles viennent donc s'ajouter les tracas de la vie quotidienne, les problèmes d'argent, et, surtout, les histoires d'amour.
Et là je m'apprête à devenir un tantinet désagréable.
D'abord parce que Gilmore Girls nous sert en plusieurs occasions une soupe assez détestable lorsqu'il s'agit des amours de ses deux héroïnes. Si Rory parvient encore à nous faire vivre ses tribulations sans trop nous agacer (bien que ça se produise, mais j'ai mis ça sur le compte de mon allergie aux histoires de romance), Lorelai est parfaitement incapable de nous donner satisfaction dans ce domaine.

Ecoutez, c'est bien simple : on dit parfois qu'il faudrait délivrer un permis à certaines personnes pour décider de leur capacité à avoir des enfants. Eh bien dans le cas de Lorelai Gilmore, il faudrait qu'il existe un permis de pratiquer les relations amoureuses. Et il faudrait le lui retirer. Elle est insupportable. Inconstante. Immature. C'est très pénible.
Emotionnellement, Lorelai est restée bloquée à l'âge de 16 ans. C'est parfait pour se faire des soirées pyjama avec Rory, mais quand il s'agit d'hommes, c'est la Bérézina. On peut comprendre que sur le plan affectif, Lorelai n'ait jamais vraiment mûri : elle a dû se prendre en charge à 16 ans, avec un bébé qui plus est, et de toute façon on ne peut pas dire que ses parents aient été très affectueux. Son immaturité s'explique, donc, par le fait qu'elle avait franchement autre chose à penser que de mûrir sur ce point, mais elle n'en reste pas moins détestable dans ses relations amoureuses. Elle va ainsi passer le plus clair de son temps à appeler de tous ses voeux quelque chose qui, lorsqu'il va se concrétiser, va la faire fuir en courant. On doit ses oscillations des trois dernières saison à ce phénomène, notamment, et très sincèrement, on voit mal comment cela pourrait ne pas se poursuivre au-delà du series finale. Egocentrique au possible, elle va ainsi plusieurs fois infliger de sérieuses déceptions à son entourage masculin, qu'elle attire sournoisement, avant de les décevoir brutalement une fois qu'elle s'est bien assurée d'avoir leur entière dévotion. Qu'une femme comme Lorelai n'ait jusque là reçu aucun coup de couteau par un homme excédé est pour moi une source infinie d'étonnement.
C'est d'ailleurs assez fou parce que, si en tant que mère, Lorelai ferait rêver plus d'un spectateur adolescent, passant aisément pour une mère idéale (bien qu'imparfaite), dés qu'il s'agit du sexe fort, elle devient le parfait exemple à ne pas suivre.

La première saison passait encore : les hésitations de Lorelai à sortir avec un prof de Rory se comprenaient assez facilement, et on pouvait y attribuer son instinct maternel surdéveloppé; dû à la relation fusionnelle qu'elle entretient avec sa fille. C'est quand elle plaque ce pauvre Max devant l'autel, au début de la saison 2, qu'on commence à comprendre qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond chez elle. On n'a encore rien vu. La pauvre est d'une indécision qui confine au pathologique. C'est aussi une femme très exigeante affectivement (elle a, après tout, un lourd manque à combler), mais qui en parallèle est éprise de liberté et d'indépendance ; qui plus est, elle souffre d'une peur panique de l'engagement, un paradoxe terrible qui la plonge dans de multiples situations pénibles pour tout le monde.
Qu'il s'agisse de Max, de Jason, de son jeu du chat et de la souris avec Luke, ou de sa longue histoire on/off avec Christopher (le père de Rory)... Lorelai est une mante religieuse d'un genre un peu à part, qui a l'originalité de se blesser elle-même lorsqu'elle arrache la tête de sa proie. Vraiment, il faut lui retirer son permis de séduire, à cette femme ! Elle fait du tort à tout le monde, y compris souvent sa fille (que naturellement elle ne parvient, en dépit de ses efforts, jamais totalement à protéger d'elle-même), ce qui est une contradiction supplémentaire qui aura parfois de difficiles conséquences.

Le problème de Lorelai réside peut-être dans le fait que sa conception des relations hommes/femmes soit assez confuse, fruit de deux modes de pensée contradictoires. Comme beaucoup de femmes indépendantes, elle a été éduquée dans une certaine idée du rôle de chacun dans un couple, et considère de surcroit le mariage comme une fin en soi ; mais en même temps, elle n'hésite pas en plusieurs occasions à rappeler combien elle est satisfaite de la façon dont elle mène sa vie, et ses velléités d'autonomie ne se bornent évidemment pas à ses rapports avec ses parents. Du coup, et c'est symptômatique de bien des femmes dans son cas, elle se retrouve à la fois avec un idéal de conte de fées dans la tête, et la conviction de très bien vivre en solo, ce qui ne fait que compliquer l'évolution de ses rapports avec les hommes. On verra d'ailleurs combien son insistance à épouser Luke sera immédiatement contredite par la façon dont elle gère son mariage avec Christopher : pressée d'avoir la bague au doigt, mais incapable de faire de la place à un homme sur le plan des décisions.
Alors, lorsque Lorelai Gilmore nous fait une fois de plus le coup du "un pas en avant, deux pas en arrière", dans les deux dernières saisons (mais de façon accélérée), il parait difficile de rester optimiste pour elle. Lorelai s'enflamme aussi vite qu'elle s'enfuit ; elle voudrait croire à une passion dévorante mais il lui suffit souvent d'un rien pour se détourner d'un homme (cela se verra également avec Max, pour lequel elle cesse, du jour au lendemain, d'avoir des sentiments, simplement parce qu'elle apprend que Rory approuve). C'est à se demander comment Rory peut mener une vie amoureuse si stable quand son modèle est d'une folle inconstance permanente.

Du coup, plus la série progresse, plus les questionnements amoureux de Lorelai exaspèrent, d'autant qu'ils se répètent toujours sur les bases d'un même schéma.
Mais cela souligne l'un des plus grands défauts de la série : la quasi-absence de character development. C'est une constante pour tous les personnages (bizarrement, c'est Madame Kim qui apparait comme la plus frappante exception à cette règle), mais hélas pour ceux dont les défauts agacent, à l'instar de Lorelai, cela devient un véritable handicap.

Et puis, il y a autre chose. L'inconvénient du système narratif "pépère" de Gilmore Girls que j'évoquais plus haut (car il fallait bien qu'il y en ait un), outre qu'il exige du spectateur de ne pas attendre de montagnes russes ni d'intrigues aussi raffinées que peuvent l'être les dialogues, est qu'il renvoie bien souvent l'impression que les histoires des épisodes sont jouées au dés.
Comme il n'y a clairement pas de plans sur le long terme (genre "avant la fin de la saison, Lorelai devra ouvrir sa propre auberge", mettons), les choses peuvent être parfois très très longues à évoluer, parce que, bah, si le chiffre n'est pas sorti, on ne traitera pas l'intrigue pendant plusieurs épisodes de suite, voire même toute une saison. Je prends cet exemple d'auberge parce que c'est certainement l'exemple le plus agaçant : au début de la saison 2, Lorelai et Sookie s'empressent de remettre ce projet sur la table (il est évoqué dés les premières heures de la série), mais il n'aboutira pas de toute la saison parce que, eh bien... les Palladino n'étaient pas d'humeur, probablement.

Eh oui, l'aspect chronique a ses bons côtés, mais il vaut mieux parfois ne pas en abuser, et quand même se fixer un ou deux points sur l'horizon pour garder le cap, même si ce ne sont pas de grands évènements et qu'on préserve un semblant de statu quo.

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Comme Lorelai, Gilmore Girls est le pur produit de son époque. Une époque de transition, le tournant des années 2000...

Stars Hollow est par exemple un petit bled sans histoire, comme issu d'une carte postale, à un tel point qu'il semble sorti tout droit d'une version idyllique des années 50.
Les plus grosses contrariétés qu'on y connait correspondent à l'apparition du feu rouge devant chez Luke (oui, au singulier) ou au fait que la buvette de la fête du printemps a été remplacée par un labyrinthe de paille. Que des vraies préoccupations, donc. Typique de l'esprit "small town", la ville est un endroit où en apparence tout le monde se connait, où l'on fréquente la brasserie du coin tous les jours parce que les prix sont ridiculement accessibles, où tout le monde fait partie de la middle-class (même si pour cela, à l'instar de Kirk, il faut cumuler une trentaine de petits jobs) et où l'esprit de communauté règne en maître. Accessoirement, on notera qu'à Stars Hollow, la plupart des visages sont blancs, que les blagues sexistes et/ou homophobes n'offensent jamais personne, et que peindre une silhouette sur le trottoir et voler un nain de jardin provoquent des soulèvements de foule indignée par la délinquance.
Typique de l'esprit "small town", donc. Et c'est après tout une part de la réalité américaine.

Mais à Stars Hollow, on est aussi globalement réfractaire au progrès. Celui qui personnifie le plus le progrès est Taylor Doose, qui cherche toujours à apporter à la ville une innovation ou une autre (un évènement, un gadget pour la voirie, etc.), mais en parallèle, c'est certainement l'un des personnages les plus ouvertement conservateurs de la série, n'hésitant pas à afficher très clairement et de façon cinglante sa désapprobation de certains comportements de ses concitoyens, et se posant en grand juge de la moralité à Stars Hollow, notamment grâce au code de la ville qu'il connait à la virgule près.
Ironiquement, c'est grâce à ce personnage plein de paradoxe que l'on peut observer les manifestations de conservatisme de beaucoup des habitants de la ville, dont l'état d'esprit en règle générale est "if it ain't broke, don't fix it", et qui accueillent avec un enthousiasme pour le moins modéré les idées de Taylor, devenu objet de moquerie. Plus encore, c'est à cause de ces mêmes idées que le plus grand allergique au progrès, Luke Danes, se dévoile dans toute sa splendeur.
Luke n'aime pas les travaux. Luke n'aime pas les magasins. Luke n'aime pas le tourisme. Luke n'aime pas les clients. Luke n'aime pas les téléphones portables. Luke n'aime pas se servir de son téléphone fixe. Luke n'aime pas les évènements organisés à Stars Hollow. Luke est un Schtroumpf Grognon.

Plus important, Lorelai elle-même se montre souvent assez peu intéressée par le progrès, notamment technologique. Elle ne se rend aux réunions de la ville que pour se moquer de Taylor Doose, par exemple. Plus inquiétant, elle refuse l'installation de l'ADSL que veut lui offrir sa mère pour aider Rory dans ses études, au prétexte qu'une connexion lente est plus propice à se détendre ou prendre un snack pendant une recherche ce qui semble un peu borné pour quelqu'un qui attache tant d'importance au cursus de sa progéniture. Au début de la série, Lorelai n'a d'abord pas de portable, puis un vieux truc tout moche qu'elle réserve aux urgences, avant de finir par se mettre au portable à peu près en même temps que Rory. Pour un personnage présenté comme étant épris d'indépendance, Lorelai est bigrement de l'arrière-garde. Elle a peut-être une conception féministe de son existence (du moins le prétend-elle quand Rory ambitionne de cuisiner pour son petit ami, mais elle n'a aucun problème avec la perspective de lui inculquer qu'une fille aime forcément le rose), mais c'est un féminisme adapté au milieu provincial de Stars Hollow, où l'on chérit quand même avec passion l'absence de changement visible.

Gilmore Girls est à l'image de cet état d'esprit. Tout en voulant nous montrer une nouvelle vision de la famille, libérée des schémas traditionnels, et capable de réussir aussi bien (sinon mieux) à former des adultes sains et capables d'apporter leur contribution au monde, la série s'enferme dans un esprit un peu réactionnaire à bien des égards, véhiculant parfois l'idée que le changement n'est bon que pour les personnes, et pas pour la communauté (et donc la société). Dans son refus de s'ouvrir sur le monde extérieur, comme en témoignent encore les difficultés de Christopher à se faire aimer des habitants de Stars Hollow pendant la dernière saison, Gilmore Girls dépeint un monde qui oppose une grande force de résistance au changement, au progrès et à la moindre intervention extérieure, où l'entre soi est la règle. Lorsque des changements viennent à se produire, on les accepte, on les adopte, bien-sûr, mais enfin, pas sans râler un peu dans le studio de Miss Patty ou au comptoir de Chez Luke.

La seule à embrasser le changement, à aller vers les autres et à toujours tenter d'aller plus loin, c'est Rory.

GilmoreGirlsRory

Pour toutes ces raisons, la vraie héroïne de Gilmore Girls est Rory.

Elle n'est pas parfaite, mais elle est certainement ce qui s'en approche le plus, et cela, tout en comptant probablement parmi les personnages les plus adorables de l'histoire, aimée par tous, quel que soit le contexte. A Stars Hollow, évidemment, dont elle est l'enfant chérie et, comme le résume assez bien Lorelai (même si son monologue à Dean est teinté d'une fierté maternelle un rien exacerbée), un peu la protégée de tout un chacun ; à Hartford, où ses grands-parents la tiennent en très haute opinion quand bien même ils ne la connaissent pas très bien (ils vont vite former d'elle une image un rien idéalisée) ; à Chilton, où même sa pire ennemie devient sa plus grande copine et où les ennemies deviennent des camarades ; dans la haute-société du Connecticut où elle fera une entrée couverte d'éloges ; à la fac où elle n'a que des expériences positives, y compris en tant que rédactrice en chef ferme et implacable du Daily News ; et même lors de ses expériences professionnelles ! Existe-t-il un univers quelque part où Rory n'est pas aimée ? Une dimension parallèle, quelque chose ? Ca semble inconcevable. Mieux que Raymond : tout le monde aime Rory.

Même le spectateur est incapable de ne pas s'absorber dans la contemplation de ses immenses pupilles, qui feraient passer un chiot pour une créature de l'Enfer. On pardonne tout à Rory, même le moins glorieux, comme les derniers rebondissements de son histoire avec Dean.
Tout en étant le pur produit de son éducation, partagée en frivolité et passion pour les stimulations intellectuelles, Rory dépasse tout ce que peuvent représenter les deux ou trois générations de Gilmore avant elle. A ce stade c'est presque de l'eugénisme tant elle semble avoir pris uniquement le meilleur de ses parents et grands-parents. Eduquée, encadrée, surveillée afin d'être la meilleure personne possible, sensée (bien plus que sa mère), spirituelle, cultivée, drôle, élégante, parfaite lorsqu'il s'agit des bonnes manières, toujours d'humeur égale, et pour finir gentille avec absolument tout le monde, Rory est l'aboutissement du travail de sa famille, d'efforts conjoints (bien que pas forcément concertés) pour obtenir le meilleur d'elle-même, une promesse tenue.La charmante créature pourrait aussi bien devenir terroriste qu'on continuerait de lui attacher des rubans dans les cheveux et qu'on lui offrirait les clés de Stars Hollow sans sourciller.
Même dans ses pires heures (à l'instar de sa volonté d'arrêter les études), Rory reste une personne qui ne peut que susciter l'admiration, pour elle-même et pour le travail accompli par chacun pour polir ce diamant brut.

C'est précisément parce qu'elle allie toute ces qualités, qu'elle personnifie le meilleur de la lignée Gilmore, qu'elle s'attire la sympathie de quiconque la rencontre (même si parfois cela requiert de la patience de son côté), et qu'elle incarne un parfait mélange entre popculture et éducation raffinée, que Rory est une héroïne si appropriée. Les scénaristes successifs s'en rendent bien compte à mesure que le personnage grandit, laissant les questionnements amoureux stériles aux intrigues de Lorelai, et se captivant pour les tribulations de Rory, toujours mise en lumière pour être à son avantage, sans jamais se montrer prétentieusement supérieure. Et dans une série qui fait si peu de cas du character development, il est saisissant de constater que le personnage de Rory n'évolue quasiment pas, mais que c'est certainement celui pour lequel cela pose le moins de problèmes ; constamment cohérente avec elle-même, Rory grandit sous nos yeux même si elle ne change pas, et s'attache notre dévotion quoi qu'elle fasse. Peu de séries parviennent à un tel résultat, à plus forte raison parce qu'une si grande partie de la série est dédiée à sa croissance et son entrée dans le monde adulte.

Mais il faut dire que Rory a sans doute toujours été adulte, en tous cas plus que Lorelai ne l'est bien souvent. Combien de fois arrive-t-il à la jeune fille de gronder sa mère pour ses bêtises et ses mauvais choix ? Combien de fois soutiendra-t-elle sa mère lors d'un moment difficile ? Nul doute que la relation fusionnelle avec cette femme-enfant qu'est Lorelai a poussé Rory à adopter un point de vue mature sur pas mal de choses. D'ailleurs, sur les 7 saisons de la série, c'est l'adolescente puis la jeune femme qui saura entretenir des relations amoureuses à plus long terme, s'adapter le mieux aux contraintes successivement imposées par Emily et Richard Gilmore, ou encore se faire la voix de la raison. Les rôles sont quasiment inversés dans Gilmore Girls : la fille a plus de plomb dans la cervelle que la mère, même quand elle a la moitié de son âge.

Alors forcément, la conclusion de la série laisse un peu sur sa faim. Même si l'on ne se fait pas de soucis pour le futur de Rory, qu'on la soupçonne d'être à même de réussir sa carrière et, à terme, sa vie amoureuse, on aimerait bien avoir une fin un peu moins ouverte la concernant. Mais il est significatif que Gilmore Girls ait décidé de se conclure si différemment pour la mère et la fille. Là où Lorelai continue son cycle absurde avec Luke (laissant assez peu de place au suspense quant à l'avenir de cette lumineuse idée de revenir dans sa vie), Rory se voit séparée de Logan, et peut toute entière aller de l'avant dans tous les domaines. Là où Lorelai n'est que stagnation, Rory, une fois de plus, est élancée vers l'avenir.
Comme souvent, des rumeurs de film existent au sujet de Gilmore Girls. Si cela pouvait se faire, et que Lauren Graham était trop prise, que la production ne s'inquiète pas : je soupçonne que la plupart des spectateurs s'intéressent bien plus au grandiose avenir de Rory Gilmore qu'aux éternels tâtonnements romantiques de sa mère. C'est du moins mon cas, et je vous avoue qu'avoir, pour la première fois, une vision d'ensemble de la série, a changé mon point de vue sur ces deux personnages pourtant indissociables ; lorsque j'avais la découvert la série avec la saison 1, j'avais vingt ans et regardais Lorelai avec des étoiles dans les yeux...

C'était chouette de passer l'été avec les Gilmore, malgré tout.
Même avec ses défauts, Gilmore Girls est une série paisible et tendre, amusante sans jamais être inconséquente, et suffisamment riche de ses multiples personnages, pour offrir une expérience complète, loin des clichés sur les séries familiales simplistes et bêtifiantes. Ce ne sera jamais la série qui a révolutionné la télévision, mais elle ne lui fait pas honte, loin de là. Et je ne suis pas fâchée désormais de posséder l'intégrale... d'autant que la semaine dernière, j'ai fait découvrir le pilote à ma frangine, qui m'a derechef emprunté la première saison... la légende continue.

Posté par ladyteruki à 13:39 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

16-03-12

Ascèse

BlackMarch

Le Black March, arrivé à mi-parcours, n'est pas vraiment difficile. Cela me surprend, mais seulement à moitié, à dire vrai ; j'avais déjà la conviction que ce ne serait pas si difficile de me "retenir" d'acquérir de nouveaux produits culturels, vu que je m'étais déjà lancé le défi de ne rien cagouler pendant une semaine.
Ici, certes il s'agit de "tenir" un mois entier, mais c'est par conviction et pas juste par jeu. Et puis, finalement, savoir que cette diète ne durera qu'un mois et qu'il ne s'agit pas vraiment de privation, juste d'attendre un peu, permet de mettre les choses en perspective. Le principe n'est pas tant (comme au moment de mon défi d'une semaine) de me dire que je ne dois pas céder au caprice de l'immédiateté, mais d'envoyer un message pendant ce mois.

Il ya eu des instants de tentation, bien-sûr, pendant cette première quinzaine. J'ai lu deux livres qui étaient plus ou moins en attente (Bossypants de Tina Fey, et le roman éponyme qui va donner lieu à la série australienne Puberty Blues) et quand j'ai réalisé que j'avais déjà brûlé toutes mes cartouches, je confesse avoir cliqué instinctivement sur Amazon pour commander Génériques!, avant de me raviser au dernier moment. Inutile de préciser que j'ai envisagé déjà à trois reprises de faire une entorse à mes principes au nom du coffre de Game of Thrones, c'est l'évidence-même. Il y aussi eu ce moment de faiblesse lorsque toutes les reviews sur GCB ont commencé à affluer, mais là encore ça ne s'est pas concrétisé.
Globalement, l'intégrale Wonderfalls puis le Piemarathon permettent de passer un mois plus qu'agréable téléphagiquement, sans être limité à ces deux seuls titres (ainsi que le démontre ce blog depuis 15 jours).
Je n'ai failli qu'une seule fois à mon voeu de ne rien cagouler : quand j'ai fait main basse, un peu plus tôt cette semaine, sur l'émission du Saturday Night Live avec Lindsay Lohan, n'y tenant plus (et étant proprement incapable de trouver en streaming le sketch "The Real Housewives of Disney"). Je suis faible et je ne le conteste pas. Sur le reste, je me suis parfaitement comportée. Et je n'ai pas pris ce petit manquement à ma ligne de conduite comme une autorisation pour laisser tomber le Black March, soit dit en passant, et j'en tire une fierté qui me permet de résister à l'envie de cagouler tout et n'importe quoi.

Finalement, ce mois de retenue a aussi ses avantages. Prendre le temps de regarder les marathons que j'avais mis en attente (au moins quelques uns, disons, puisque j'ai toujours dans un coin de tête de me refaire Jack & Bobby, par exemple) n'en est qu'un parmis tant d'autres.
Lorsque je m'étais lancé le défi d'une semaine, j'avais réalisé au "retour" que plusieurs séries avaient naturellement été éliminées de ma liste. Ainsi The Defenders avait fait les frais de ce recentrage, et je ne l'ai même pas arrêtée volontairement, mais simplement parce qu'à l'issue de mon régime forcé, elle ne comptait pas suffisamment pour que je songe seulement à m'y remettre.

J'ai ouvert récemment un compte sur Pinterest, dans l'idée de tester ce nouveau "réseau social" ; à l'instar de Google+ que j'ai vite déserté, je me réserve le droit, si je ne suis pas convaincue, de finir par plier bagage, mais pour l'instant, le peu d'exigence de la plateforme fait que je m'en sers à peu près régulièrement. Outre une "board" dédiée à toutes les articles sur les séries que je scanne jour après jour (ce que je nomme sur Twitter ma revue de presse), et qui est très honnêtement ma board préférée pour le moment, j'en ai créé deux autres consacrées à l'affichage de mon planning téléphagique du moment :
- les séries que je regarde en ce moment
- les séries que j'ai arrêtées
Comme je suis d'une légendaire fainéantise, je n'y mets évidemment pas TOUTES les séries que j'ai arrêtées au cours de ma vie de  téléphage, mais celles que j'arrête depuis l'ouverture de mon compte Pinterest (c'est en plus très pratique de faire passer une image d'une board à l'autre). Wonderfalls, une fois achevée, s'y est tout naturellement retrouvée, par exemple.
Aujourd'hui, j'ai décidé d'y faire passer 2 Broke Girls.

2LostGirls
Tout simplement parce que, en 15 jours de Black March, pas une seule fois elle ne m'a manqué.
En temps normal, je la regarde souvent avec une à deux semaines de retard sur sa diffusion, genre un soir où j'ai mal à la tête mais où je ne veux quand même pas me coucher à peine rentrée du boulot, là il faut dire ce qui est, je n'ai vraiment pas la moindre envie de m'y remettre. Comme si un fil s'était détaché, et que c'était le dernier qui me liait à la série.

Alors, ce Black March a aussi des bons côtés insoupçonnés. Il me permet de mettre certaines choses à plat et de faire le tri. Ai-je vraiment besoin de regarder 2 Broke Girls ? Pas vraiment. Ce sont 20mn que je peux employer à autre chose. De la même façon qu'à une époque je regardais The Big Bang Theory puis Mike & Molly histoire de regarder des comédies un peu populaires mais sans grande conviction, j'ai réalisé qu'il ne servait à rien d'insister et de regarder une série "juste comme ça". Pas en me plaignant d'autre part de toujours manquer de temps pour d'autres choses. Comme le marathon Jack & Bobby, tiens.

Eh, vous allez voir qu'avec un peu de chance et en éliminant d'autres séries de mon planning, depuis près de 2 ans que je le reporte, je vais finir par me le faire, ce marathon-là !
D'ailleurs, essayez de remonter le tag Jack & Bobby et de voir ce que je dis de cette série à chaque fois que je la mentionne, c'est absolument hilarant.

Posté par ladyteruki à 16:17 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

18-10-11

Addiction à la nouveauté

TheBadTelephage

Même en essayant de reconstituer le fil des évènements, il m'est difficile de dire quand, et surtout comment, j'en suis arrivée là, mais ce sont les faits : j'ai arrêté de regarder The Good Wife quelque part pendant la 2e saison. Je suis pas fière, si ça peut vous rassurer.
Ce qui m'intrigue c'est que je n'ai aucun grief particulier contre cette série, bien au contraire ; en fait elle fait partie de ma courte liste des séries que j'aime passionnément et qui ont survécu à deux saisons tout en étant encore en cours de diffusion. Réflexion faite je ne suis pas convaincue qu'il y ait plus de 3 titres sur cette liste.

Alors comment cela s'est-il produit ?

L'accident con, comme souvent, je pense. Ne pas regarder un épisode par manque de temps, voir qu'un autre sort, décider de reporter au prochain weekend, aux prochaines vacances, au prochain trou dans l'emploi du temps téléphagique, découvrir pour la centième fois que le trou dans l'emploi du temps téléphagique est un mythe urbain.
Penser régulièrement à la série, fêter la moindre bonne nouvelle, se réjouir de ses récompenses, mais toujours reporter, encore.
Le fait n'a rien de nouveau chez moi : ça fait depuis l'été 2010 que je dis que je veux me refaire une intégrale Jack & Bobby. A côté de ça je regarde voire re-regarde des pilotes sans arrêt (une intégrale d'Action! en septembre, aussi), alors que je pourrais utiliser ce temps pour continuer The Good Wife.
Ca n'a simplement pas de sens, c'est le problème quand on marche à l'envie et au coup de coeur.

Mais voilà, c'est un système (ou plutôt, non-système) qui fait des victimes, crée des abandons, entame un cercle vicieux.
L'autre jour, je ne sais pas plus comment, sans doute en rangeant mes vieilles cagoules, je suis retombée sur l'épisode de la fin de la 1e saison, et ce cliffhanger était tellement magnifique ! C'est là que j'ai réalisé que The Good Wife avait repris depuis... que sa TROISIEME saison avait repris. Et que je n'avais aucune idée de la façon dont la saison 2 s'était terminée.
J'ai eu atrocement honte de moi. Alors j'ai repris la saison 2, parmi les mille autre choses que j'ai envie de tester, de voir, de revoir, ou de m'envoyer en intégrale. J'adore toujours autant cette série quand je la regarde ; mais la vérité c'est que, quand j'ai du temps devant moi, je suis obligée de me botter les fesses pour m'y mettre même si je passe un excellentissime moment ensuite.

C'est vraiment une facette de mon comportement téléphagique qui s'est aggravée depuis quelques saisons, et qui m'horripile. L'envie de découvertes est si forte qu'elle se fait parfois au détriment d'excellentes séries que je ne suis plus au rythme hebdomadaire alors que je les adore. La même chose est arrivée à Nurse Jackie, entre nous soit dit. J'arrive même pas à me rappeler quand ni comment non plus.
Parfois j'en viendrais à souhaiter que ces séries soient finies (mais avec dans leurs manches une petite demi-douzaine de saisons, mettons) et que je puisse me les enfiler plutôt en intégrale.

Et pendant ce temps je n'ai absolument aucun problème à cagouler chaque semaine, et regarder dans les 24h qui suivent, les épisodes de PanAm ou Death Valley, je ne me prends jamais à défaut sur celles-là. Des séries auxquelles en théorie je devrais être moins attachée, parce que je les regarde depuis moins longtemps et que le propre des séries, normalement, c'est de fonctionner sur l'attachement sur le long terme !
Qu'est-ce qui cloche chez moi ?

Posté par ladyteruki à 22:22 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

31-07-11

La fille prodigue

Peut-être que dans 7 ans, quelqu'un postera dans un endroit à l'abris des regards le pilote de The Miraculous Year. Peut-être que je comprendrai enfin pourquoi la série n'a pas vu le jour. Parce qu'il y a des pilotes dont on ne saisit pas bien, au juste, ce qu'on peut leur reprocher ; Pretty Handsome ou Faceless étaient de ceux-là. Mon admiration pour ces deux pilotes est abondamment documentée dans ces colonnes, d'ailleurs.
Et puis il y a les pilotes qui n'ont jamais accouché d'une commande, et quand on les voit, on comprend pourquoi. Non, je ne vais pas vous parler du remake de Wonder Woman, il est vrai que je n'en ai pas entendu beaucoup de bien jusqu'à présent parmi les bribes qui me sont parvenues, mais je ne me suis pas (encore) fendue d'un cagoulage pour le vérifier. Non, dans les tréfonds d'internet, c'est le pilote de Prodigy que j'ai déniché.

Vu que ma pratique du net était encore assez sporadique en 2004, je n'ai pas été étonnée de ne jamais en avoir entendu parler avant de mettre la souris dessus. Alors comme je suppute que vous devez être dans un cas similaire, permettez que je comble rapidement vos lacunes, qui étaient les miennes voilà encore quelques heures.
Prodigy était un projet pour la WB (ça ne nous rajeunit pas) mettant en scène une famille d'intellectuels de San Francisco dont le deuxième enfant était un prodige surprenant de 10 ans. L'histoire est racontée par l'aînée, une ado de 16 ans qui entre au lycée la même année que son frère, ce qui, on l'imagine, n'est pas exactement un modèle de normalité. Au générique, Kate Mara dans le rôle de l'ado, Cody Arens dans la peau de son frère Nathan, Stacy Edwards et David Newsorm pour les rôles des parents. Pas vraiment de pointure incontournable, vous le voyez. Dans un rôle très secondaire, on a aussi Justin Chatwin, pré-Shameless (US), mais ça ne va guère plus loin.
Vu l'état d'avancement du projet et les chances pour que vous regardiez le pilote, rapport au fait qu'il n'y a personne au générique pour vous en donner envie, que le sujet n'est pas spécialement sexy et que vous avez certainement bien d'autres choses à regarder en ce moment et qu'après vous aurez oublié, je me permettrai donc d'y aller plein pot avec les spoilers, une fois n'est pas coutume, parce que j'ai trouvé certaines idées intéressantes dans ce pilote et qu'il me faut dire certaines choses pour pouvoir les aborder.

Prodigy

La majeure partie du pilote consiste à nous vanter les prouesses de Nate, racontées du point de vue de sa soeur Callie. Avec une profusion d'yeux levés au ciel, elle assiste au comportement admiratif de ses parents qui encouragent Nate au maximum et n'ont de cesse de le placer sur un piédestal dés qu'il accomplit quelque chose, ce qui ne manque pas d'arriver. Tout cela est ponctué d'anecdotes sur la petite enfance de Nathan, dont le très bien senti monologue d'intro : "When I was six years old, my brother said his first word. He said it to me. Beatrice says that maybe if I hadn't told my parents, maybe he'd just shut up and gone back to being a normal kid. Maybe. He was 10 months old. The word... was chaos". Cependant, ces anecdotes ne sont pas là juste pour nous épater mais simplement pour nous aider à prendre la mesure du don de Nate, et comprendre l'impact que la découverte de son génie a eu sur les parents et la grande soeur.
On sent tout de suite que Callie prend un immense recul vis-à-vis de tout cela, probablement aidée par le fait qu'elle ne participe pas à l'euphorie ambiante autour des dons de son frère, mais aussi parce que c'est un phénomène en soi. Lorsque Nate fait sa rentrée au lycée, le monologue de Callie en voix-off consiste à dresser une comparaison avec Shakespeare (un auteur que Nathan aime passionnément depuis qu'il est petit), en expliquant que nul ne sait comment Shakespeare est devenue Shakespeare, puisque son enfance, et donc son éducation, n'a jamais été documentée (au passage, l'auteur britannique a été évoqué dans un bon millier de séries, mais jamais sous cet angle si humain se rapportant à son enfance et sa scolarité, je dis donc bon point). Mais que s'il avait été à l'école comme tout le monde, on l'aurait certainement pris pour un être bizarre... ce que Nate est justement aux yeux des lycéens normaux. Au lieu de simplement se plaindre du fait que son petit frère entre au lycée en même temps qu'elle, Callie dépasse immédiatement ce stade pour nous donner une vraie réflexion sur le choc des cultures entre la normalité, et l'anormalité, lorsqu'elles cohabitent dans un milieu comme le lycée.

Et c'est bien de normalité qu'il est pleinement question. Callie ne pourrait pas être une adolescente plus passe-partout. Elle veut s'habiller à la mode pour faire comme tout le monde, elle veut pouvoir larguer son petit copain Spence (pas de bol, il la devance) pour faire comme les copines (et notamment Beatrice, qui subit un changement radical pendant les vacances d'été et passe de copine asiatique geek à pure bombe au désespoir de Callie), etc, etc, etc... C'est de toute évidence une obsession pour la jeune fille, et chaque fois qu'elle est en présence de ses parents avec son frère, on sent qu'elle est l'étalon de la normalité qui rend, en quelque sorte, ses parents encore plus attentifs aux prodiges de Nathan. Et que ça la fait drôlement enrager de voir comment ils traitent le petit.

Est-ce de la jalousie ? Callie a une très intéressante anecdote à ce sujet : "My dad loves to tell people that when Nate was 6 months old, I almost drowned him in a flower bed by watering him with a water hose. It's a good story, and it definitely sets up the whole Callie-hates-her-brother-for-being-a-genius thing. But then my dad tells them that when pressed for motive, little Callie answered "I was just trying to make him grow up", which they think is cute and sort of stupid, but not so evil. I guess that what they forget is : there's nothing worse than growing up". En renvoyant à la normalité et aux généralités, et en balayant toute notion selon laquelle elle serait jalouse de son frère, Callie devrait piquer notre curiosité, au lieu de ça on se dit qu'elle est juste décidément fadasse et nettement moins intéressante que Nathan.

Le petit garçon en question est effectivement brillant. Pendant une bonne moitié du pilote, il semble être simplement un petit être apathique uniquement capable de sauter dans un cerceau. Son intelligence n'a pas l'air de beaucoup le servir. Il ne sourit jamais. Il ne montre pas de signe ni de peur, ni d'agacement, ni de quelque émotion que ce soit. Un gamin derrière une immense carapace intellectuelle. Les choses s'éclaircissent au fur et à mesure, heureusement, alors que le gamin se prend visiblement d'affection pour tout ce qui ressemble à un modèle masculin, ou encore avec, vers la fin de l'épisode, la visite du directeur d'une école spécialisée, lequel lève le voile sur une partie de la personnalité de Nate qu'on avait éventuellement sentie, mais certainement pas définie avec autant de clarté : le gamin est peut-être brillant, mais il ne trouve son confort que dans le passé. Langues anciennes, inventions de jadis, il est allergique aux ordinateurs et même aux stylos-bille... il refuse d'aller de l'avant, parce qu'il est angoissé par l'avenir. C'est une jolie révélation parce que ça craque bien mieux la carapace que l'anecdote sur les difficultés de sommeil que Callie mentionne à un moment (et qui est plutôt un éclairage parmi quelques autres sur la fascination de Nate pour Shakespeare).

Dans tout ça, les parents font figure de chouettes bobos sans intérêt. Le père, prof d'anglais, n'est pas exactement un génie, mais il a l'amour des livres et a le plaisir de partager ça avec son fils, au sujet duquel il a tendance à être un peu aveugle, enfermant Nathan dans le rôle du gamin doué sans jamais rien remettre en question. A l'inverse, la mère, violoniste, n'a jamais fait d'études, mais a été repérée très jeune dans le monde de la musique et, comme le veut la caricature artiste=âme sensible, elle est beaucoup plus attentive à l'état d'esprit de chacun, bien qu'elle ait un mal fou à comprendre Callie et communiquer avec elle (c'est l'âge, me direz-vous).

A un certain moment du pilote, on pourrait se dire que les portraits étant dressés, tout est dit. Ce n'est pas le cas, grâce aux analyses très fines de Callie, qui se montre peut-être très normale, mais pose un regard très méticuleux sur ce qui se passe autour de son frère. Elle dit et/ou montre plusieurs fois qu'il s'agit de veiller sur lui, mais on a l'impression d'une certaine fascination pour la popularité de son frère.
On n'en trouve l'éclairage réel qu'à la toute fin du pilote. Une fois les parents sortis, Nate s'installe au piano dont personne ne se sert, rejoint par sa soeur qui entame un magistral solo, et confesse en voix-off que cette histoire de prodige, c'est une affaire de famille.

La normalité de Callie est feinte, et son obsession pour elle n'est que la preuve de son attachement à dissimuler son don. Ce qu'elle a observé chez son frère, elle a le talent de trouver un moyen de ne pas le vivre. C'est ça, le véritable sujet de Prodigy. Pas le don de Nathan et la prétendue jalousie de Callie, mais bien la conséquence des dons de chacun des enfants, aucun des deux ne le vivant de la même façon.

Alors pourquoi ai-je dit, avec cette intrigue si originale et ce propos si intéressant, que je comprenait pourquoi Prodigy n'avait jamais vu le jour en tant que série ?

Parce que déjà, c'est incroyablement bravard, limite branlette intellectuelle... imaginez-vous : dans un projet pour la WB ! Bon alors je sais, 2004 c'était aussi l'année de Jack & Bobby, mais quand même, ça le faisait pas trop.
Et puis, on passe le pilote à se demander "ouais, et alors ?", jusqu'à ce que le twist de fin, au piano, nous mette le nez dedans, et encore on sait pas vraiment quelle genre d'intrigues on pourrait tirer de là. Toute une saison là-dessus, je veux bien qu'on me montre les papiers qui vont bien pour comprendre où l'équipe voulait en venir et quel genre de péripéties pouvait bien intervenir dans les épisodes suivants.

Mais le vrai problème, c'est surtout qu'il ne se passe rien, pas d'action, même pas une petite engueulade digne de ce nom, on dirait que quelqu'un a voulu écrire Angela, 15 ans, mais sous tranquillisants (et c'était déjà pas la série la plus péchue au monde). Je félicite Prodigy pour son pitch, son twist, ses personnages (enfin surtout les enfants), et son thème franchement intéressant et pas vraiment exploité jusque là, puisqu'en général quand il y a un génie quelconque à la télé, il finit par résoudre des enquêtes. Mais on s'emmerde ferme. On se fait même chier GRAVE. Ca manque douloureusement de rythme, d'émotion, bref, l'électrocardiogramme est plat, et je n'ai aucune peine à imaginer les retours de test sur le pilote, ça ne pouvait pas marcher en l'état.
En gros, l'idée était bonne, mais dés le scénario lui-même il y avait un problème, avant même de s'en prendre à la réalisation. Par contre en prose, ça doit être excellent à lire. Mais là, vraiment, tout un pilote comme ça, c'était juste pas possible.
Quand on sait qu'avant d'être tourné, un scripte de pilote a tendance à faire des aller-retours entre le scénariste et la chaîne, et qu'il peut y avoir plusieurs réécritures pour tout ou partie du scénar, on comprend que plus rien ne pouvait être fait en l'état pour sauver Prodigy. Probablement même que la première version du script était épatante, j'en sais rien, mais là, avec la touche adolescente omniprésente (était-il nécessaire d'insister autant sur cette connerie de rupture dont franchement on n'a rien à battre ?), ça rajoute des longueurs plus qu'autre chose juste pour détailler le personnage. Nan mais, bon, ça va quoi, on est peut-être pas des petits prodiges, mais on a pigé. C'est un épisode d'exposition mais il n'est pas interdit d'approfondir les personnages ensuite, non plus.

Donc en dépit du pilote appréciable, et de l'excellentissime idée qui en est à l'origine, il faut dire ce qui est, Prodigy est un ratage. Pas une grosse bouse merdique dont on rira encore dans des années pourvu d'avoir accepté de perdre quelques minutes pour le regarder (ce serait plutôt Ice, un autre pilote unaired que j'ai cagoulé récemment), mais il n'y a pas de quoi regretter amèrement le rendez-vous manqué de la série avec les grilles de la WB.

Reste que des séries originales comme ça, quelques fois, on voudrait en voir une (plus aboutie et moins molle, si possible) arriver dans les grilles une fois de temps en temps. Parce que je jure que si je dois écrire ne serait-ce qu'une fois de plus dans un résumé que le personnage est un "détective de génie" ou qu'il a un "don d'observation hors du commun", je ne réponds plus de moi.

Posté par ladyteruki à 19:38 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

17-07-11

Total ellipse of the heart (Part. 2)

En période de décompression téléphagique, c'est la même chose qu'après une relation amoureuse intense : il y a toujours un effet "rebound". Dans le cas (le mien) qui nous préoccupe (beaucoup), mon ex serait donc Roseanne, et mon rebound guy... Noah's Arc. Question 5
Ne me demandez pas, je ne sais pas d'où ça me vient. J'avais déterré les cagoules suite à mes posts sur Single Ladies (ça devient effrayant le nombre d'occurrences de ce tag sur ce blog...) et avais revu le pilote, dans le cadre d'un mini-cycle de séries blacks. Je persiste à penser que c'est une sous-culture américaine qui gagne à être approfondie, et je persiste à dire que j'ai pls de mal avec les comédies que les dramédies. Je cherche toujours mon pilote de Soul Food, d'ailleurs.
Bref.

NoahsArc
Donc voilà, j'ai passé le weekend (outre les deux excellentissimes épisodes de The Yard qui sont sortis après le pilote, outre le pilote de Crownies, outre le revisionnage de plusieurs scènes-clé de Game of Thrones, outre le pilote que je comptais vous proposer ce soir pis finalement ce sera la semaine prochaine, outre le pilote de Exes & Ohs, outre, outre, outre) devant Noah's Arc, et je dois dire que, quand on n'attend rien d'une série, celle-ci n'est pas si dégueulasse que ça. Étrangement on s'attache à certains personnages avec le temps (principalement Noah, qui en fait, malgré ses drôles de lèvres supersoniques, finit par être mignon comme un chaton ; un chaton avec de drôles de lèvres supersoniques, mais quand même), les intrigues sont indigentes mais maintenant que je regarde Single Ladies j'ai plus le droit de me plaindre de ce côté un peu Harlequin. Les mecs sont pas beaux, tout en muscles et dans des fringues pas possibles, donc je peux même pas dire que c'est parce que je me rince l'oeil. Non, c'est vraiment une pure série de transition.
Pourtant, une ou deux fois, j'ai versé une vague larmouchette (rapport au fait que Noah a des moues de chaton... avec de drôles de lèvres supersoniques, mais quand même), et il faut quand même reconnaître que la façon qu'a la série de traiter du HIV est plutôt courageuse (c'est pas le final de Corky mais ça se regarde, quoi).
C'est fou comme, quand on baisse un peu ses standards, on peut apprécier vaguement une série qu'on avait sévèrement flinguée il y a quelques années.

Mais c'est pas vraiment de Noah's Arc dont je voulais parler, mais de ce qui s'est passé au début de l'avant-dernier épisode de la saison 2. Du coup si jamais vous comptiez regarder la série, on sait pas ça peut arriver, genre si vous êtes en manque de Roseanne, je préconise de sauter ce paragraphe. Dans l'épisode précédent, Noah s'est fait attaquer dans une station-service, et méchamment abîmer because juste parce qu'il est gay (là encore, pas forcément le sujet que je pensais voir exploré en détail par une série dont le ton est de la gamme de Sex & the City), la scène clôturant l'épisode nous montrant Noah évanoui par terre. Et donc, l'épisode suivant, qui est l'avant-dernier épisode de la série, reprend... eh bien, à l'hôpital. Fin des spoilers mais restez sur vos gardes parce que je vais me servir de cette exemple dans ma démonstration.

Je vais reprendre ma diatribe anti-ellipse, parce que vraiment les ellipses m'énervent. Mais ici, ce n'est pas parce que je pense que l'ellipse rend la scène ridicule, ni lui confère un côté cliché. C'est parce que, dans notre cas, l'ellipse vient de gâcher un beau moment de téléphagie.

Est-ce que dramatiquement, ce n'était pas plus intéressant de se demander comment la suite se passait pour Noah ? Le mec est à terre, comment va-t-il s'en sortir ? Il appelle de l'aide ? Quelqu'un vient à son secours ? Combien de temps est-il resté comme ça (bon ça n'a pas besoin d'être en temps réel non plus, évidemment) ?

Même en ayant passé mon weekend avec Noah, Wade, Ricky et les autres, je me rends bien compte que le drame qui fait frémir, ce n'est pas vraiment la priorité de la série. On parle d'une dramédie avant tout. Mais si une dramédie veut explorer une intrigue sombre comme celle-ci, j'attends qu'elle le fasse avec un minimum de dramatisation.

Mais quand j'y réfléchis, combien j'ai vu de séries nous faire le coup de plonger le personnage dans une terrible situation, et après pouf, il est entouré par ses proches, à l'hôpital, ou à la maison, ou qu'importe, et on aborde directement la phase où le personnage va essayer de dépasser cette expérience traumatique. Moi je veux bien mais on ne m'a même pas vraiment montré à quel point elle était traumatique. Parce que le vrai traumatisme, on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il n'a pas eu lieu pendant, mais bien après, quand l'adrénaline et les tentatives pour échapper au pire sont derrière. Pas pendant l'agression ou l'accident. Mais les secondes qui suivent, quand la douleur débarque et qu'on comprend ce qu'il vient de se passer. Et qu'il faut maintenant se tirer de là. Là on a un personnage qui agonise par terre, je voudrais savoir ce qui se passe dans sa tête ! Comment il fait pour se retrouver dans un endroit où il est en sécurité ?

Donc je n'aime toujours pas les ellipses (certaines sont nécessaires évidemment, mais je n'en démordrai pas, beaucoup n'ont pas autant d'intérêt que les scénaristes le croient), et cette fois j'ai une nouvelle raison de m'en plaindre.

Bon, sur ce je vous laisse, le dernier épisode m'attend. J'ai pas encore décidé si j'allais cagouler le film. J'espère que dans tous les cas, le Dieu de la Téléphagie me pardonnera ce weekend de péchés contre le bon goût téléphagique, et me guidera vers une série un peu plus solide rapidement. Je voulais me refaire le pilote de Friday Night Lights depuis plusieurs mois, c'est peut-être justement le moment ? Sinon évidemment j'ai plein d'autres trucs sur ma liste, comme finir l'intégrale de Gilmore Girls, m'envoyer enfin celle de Jack & Bobby, et tout et tout, mais vous savez ce que c'est, dans ces cas-là, on n'a envie de rien.

Posté par ladyteruki à 20:19 - Série de valeurs - Permalien [#]