ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

21-08-12

Exporting Ducon

SemaineRusse

En matière de documentaires, je ne me réclame d'aucune expertise. J'en ai vu quelques uns, bien-sûr, mais de là à dire que je peux en disserter aussi librement que de séries, ou même de films, mettons, il y a un pas que je ne peux pas franchir. Qu'est-ce qui fait un bon documentaire, par exemple ? Je ne suis pas certaine de savoir le dire.
Par contre, je suis capable de pointer du doigt avec précision ce qui fait un mauvais documentaire : l'absence d'honnêteté intellectuelle.
Et dans le cas du documentaire Exporting Raymond, cela ne fait en tous cas aucun doute, l'honnêteté intellectuelle est aux abonnés absents.

Pourtant, le principe d'Exporting Raymond était hautement intéressant, voire même éminemment informatif pour nous autres téléphages qui nous intéressons à la fois à la machine américaine qui produit des sitcoms depuis que le monde est monde (ou au moins depuis I Love Lucy), et qui aimons comprendre la façon dont les autres pays font fonctionner leur propre industrie. L'idée était de suivre Philip Rosenthal lorsqu'il part pour la Russie afin de travailler sur une adaptation locale de Tout le monde aime Raymond.
Le documentaire commence alors que Rosenthal, créateur de la série originale et qui l'a accompagnée tout le temps de sa diffusion, est invité à apporter son savoir-faire à l'équipe russe ; le projet d'adaptation de Tout le monde aime Raymond est, nous explique-t-on, à l'étude depuis 2 ans déjà, et on aborde alors la partie "concrète".

Aussi commence-t-il par se rendre dans la maison familiale de ses parents (celle qui a inspiré plusieurs scénarios de la série américaine), afin non seulement de nous présenter ceux à qui on doit indirectement la série (on n'est pas dans un documentaire sur les origines de Tout le monde aime Raymond, mais pourquoi pas), mais aussi de poser immédiatement plusieurs thèmes qu'il va faire revenir cycliquement dans son commentaire : l'état politique et social de la Russie aujourd'hui. Sont donc très vite brandis de bon gros clichés, dés les premières minutes du documentaire et avant même d'avoir posé un pied à Moscou, fleurant bon les restes avariés de Guerre Froide ; ou alors les Rosenthal ne regardent que Fox News, au choix. Voilà une bien mauvaise façon de commencer cette expérience.
Les préjugés négatifs ne quitteront ni Philip Rosenthal, ni, par extension, Exporting Raymond, et ce défaut entâchera l'ensemble du film, à divers degrés. Convaincu (ou faisant mine de l'être) qu'il peut être enlevé à tout moment par la mafia russe, qu'être empoisonné au polonium comme Alexandre Litvinenko lui pend au nez, ou tout simplement que la Russie vit encore à l'ère soviétique, il apportera un regard extrêmement peu complaisant, et c'est un euphémisme, sur l'endroit où il est supposé emmener son public pour suivre une aventure qu'on aurait pu supposer être positive pour lui (les Russes auraient pu ne pas faire appel au créateur original, après tout, et se contenter d'acheter les droits et/ou les scripts).

Qui plus est, après avoir sans doute un peu trop regardé de télé réalité, Rosenthal (qui est également le réalisateur de ce documentaire) décide de tout mettre en scène afin de créer des péripéties artificielles. Ainsi, dés son arrivée à l'aéroport, il a décidé que son chauffeur et garde du corps était un homme bizarre et mystérieux ; lorsque ce dernier presse le pas pour aller à la voiture, Rosenthal se fige sur place et, musique à l'appui, se met en situation de désespoir comme s'il avait été abandonné. Ou encore, le chauffeur sort de la voiture pour payer le parking ; Rosenthal commente alors qu'il pourrait être enlevé là, maintenant, pendant qu'il est seul dans la voiture. Il a juste le cameraman et le perchiste à ses côtés, et la caméra tourne... effectivement, le moment est idéal pour l'enlèvement d'un scénariste de sitcom. Tout sera à l'avenant.

ExportingRaymond

Heureusement, Exporting Raymond n'est pas qu'une illustration de l'esprit de certains touristes en territoire étranger, il s'agit aussi de télévision, et c'est bien la raison pour laquelle nous sommes ici.

Mais comme je vous disais, cette mentalité s'infiltre dans les questions télévisuelles. Ainsi, la première réunion avec l'équipe de la série russe (dont le nom de projet est, selon Rosenthal, Everybody loves Kostya) se fera dans le même état d'esprit, et c'est très représentatif de la quasi-intégralité des rapports que l'Américain entretiendra avec les professionnels russes. Invité à dresser dans les grandes lignes, devant les différents responsables, l'esprit de la série (dont on aurait pu penser que l'équipe déjà recrutée pour le projet russe serait un brin informée en amont), Rosenthal se trouve une victime toute désignée en la personne de la styliste : surmaquillée, habillée de façon voyante, et visiblement dérangée par l'idée qu'on veut faire une série au look réaliste, il décide de mettre en scène leurs quelques interactions comme un conflit grave. De cette façon, Rosenthal peut se faire passer pour un grand incompris. Il est aidé en cela par le fait qu'on a rarement droit à des traductions extensives de ce que disent ses interlocuteurs (il y a une interprète mais elle est souvent inaudible), et du coup, les arguments de la styliste se perdent dans le brouhaha ambiant. Ce sera mis en scène (à grand renfort de gros plans sur le visage surmaquillé) de façon à montrer que Rosenthal n'obtient aucune réponse de son interlocutrice, mais juste une obstination qu'il ressent comme un rejet de son expertise.

La victimisation est en effet le ressort principal d'Exporting Raymond. Chaque fois qu'il sera contredit, Rosenthal se mettra dans la position de celui qui veut bien faire et qui bute face à un mur, contre des interlocuteurs successifs qui veulent tout faire en dépit du bon sens.

Philip Rosenthal voit son arrivée au sein de l'équipe de la série russe comme une sorte de mission d'évangélisation : il veut leur apprendre leur boulot, il est celui qui sait. Il ne fait nul doute, évidemment, que Rosenthal sait de quoi il parle ; Tout le monde aime Raymond est une série qui a prouvé son succès aux USA comme à l'international, et l'homme lui-même connait son job et possède son sujet sur le bout des doigts. Mais il oublie un petit détail : il s'agit d'une adaptation, pas d'une suite de sa série.
A son arrivée dans les bureaux de STS, on lui présente immédiatement, et avec fierté, une affiche de Maia Prekrasnaia Niania : le premier sitcom russe, et un succès immense qui a ouvert la porte, lui dit-on, aux autres adaptations internationales. Ce qu'on ne lui précise pas à ce moment-là, c'est que c'est aussi grâce au succès de ce remake que la Russie en a vu germer plusieurs autres, comme Sсhastlivy Vmiestie (adaptation de Mariés, Deux Enfants) ; ces sitcoms russes seront évoqués plus tard, uniquement quand Rosenthal veut montrer que Tout le monde aime Raymond est une série nécessitant de la subtilité et du réalisme, absents dans le travail d'adaptation auquel il assiste, et, en filigrane, inexistants dans les adaptations déjà réalisées. Il est donc bien conscient que les Russes (notamment chez STS) n'en sont pas à leur premier remake de sitcom, mais ne prend pas ce fait en compte, et traite ses collègues locaux comme des gens à qui il faudrait tout apprendre.
Plusieurs fois au cours de son aventure russe, Rosenthal fera passer l'équipe de STS pour une bande d'incompétents voire d'abrutis bornés.

Le fait est qu'à aucun moment je ne conteste que les remakes russes de sitcom américains soient ratés. J'ai même eu l'occasion plusieurs fois d'aborder le sujet dans ces colonnes. Si vous aimez avec passion un sitcom américain et que vous en regardez l'adaptation russe, vous pourriez bien en perdre le goût de vivre, ou au moins une bonne partie de votre foi en l'humanité. J'ai fait cette expérience moi-même avec Maia Prekrasnaia Niania et je ne la recommande pas même à... tenez, même pas à Whitney Cummings ! Oui c'est à ce point...
Donc évidemment, pour nous qui sommes habitués à voir énormément de sitcoms américains (même quand ils sont doublés), les remakes russes relèvent du sacrilège ou de l'incitation à la violence. Il n'empêche : ces sitcoms fonctionnent dans leur pays d'origine, quoi que nous en pensions sur un plan qualitatif. Ainsi, Maia Prekrasnaia Niania, en singeant la version originale, a duré plus longtemps qu'Une Nounou d'Enfer, et a été un énorme succès d'audience. Quoi qu'on pense du jeu de son interprète principale, mettons, des personnages caricaturaux ou des vêtements criards (oui, plus criards que dans la série américaine des années 90 !), le résultat est là.

Le véritable intérêt d'Exporting Raymond, car il y en a un et à plus forte raison dans le cadre de notre semaine russe, est d'avoir un bref aperçu de la façon dont les séries sont fabriquées en Russie, ou tout du moins dans le cas des sitcoms.

Ainsi, on assiste à la façon dont est organisé le casting. Ca m'a semblé assez significatif qu'on semble commencer à s'intéresser à la distrubution alors que le décor commence également à être monté, renforçant l'impression que l'aspect créatif des choses se passait de façon assez expéditive. Les acteurs auditionnent, fait intéressant, avec le costume et maquillage qui sera celui de leur personnage s'ils viennent à décrocher le rôle. On comprend bien que la pensée sous-jacente est de passer par un minimum de travail de conception et d'obtenir un produit clé en main : l'acteur est déjà prêt, on l'a embauché parce qu'il avait littéralement la tête de l'emploi, il n'a rien à travailler, pas de réflexion autour d'un éventuel relookage. C'est un détail assez parlant.
Je ne suis qu'à moitié convaincue par les péripéties narrées par le documentaire sur la façon dont on impose à Rosenthal des acteurs ne ressemblant absolument pas aux originaux, quand c'est, au contraire, très souvent, la première chose qu'on peut noter dans de nombreuses adaptations de sitcoms US. Mais admettons.
Que cet élément soit, comme d'autres, exagéré (et la démarche de Rosenthal porte du discrédit, par ricochet, sur d'autres éléments de ce documentaire), ou qu'au contraire il soit réaliste, souligne néanmoins combien la chaîne russe est peu intéressée par l'aventure télévisuelle, et ne cherche qu'à répliquer des recettes. Les recettes de STS diffèrent peut-être de celles qu'a connues Philip Rosenthal aux USA, mais l'essence est bien la même : faire en sorte que les choses fonctionnent rapidement. N'est-ce pas là, finalement, la motivation première derrière un remake ? Exporting Raymond dépeint finalement assez bien cet état d'esprit. Il n'apporte pas forcément l'éclairage le plus positif qui soit sur la télévision internationale, et russe en particulier, mais le documentaire explicite bien les mécanismes derrière la volonté d'adapter une série comme Tout le monde aime Raymond. Il s'agit d'être efficace et rentable, parce que c'est la définition d'un projet de remake.
On s'en doute un peu, mais ce n'est pas plus mal d'y assister par nous-mêmes.

En revanche les quelques éléments qu'on obtient sur les scénaristes eux-mêmes ont de quoi faire rouler les yeux sur la table. Non seulement les scénaristes du projet n'ont jamais vu la série originale (ils la découvrent, circonspects, avec Reosenthal qui tente de leur expliquer des gags... oui, cette idée aura le succès que vous imaginez), mais en plus ils travaillent sur plusieurs séries en même temps, et par en même temps, je veux dire le même jour (ou plutôt, la même nuit), comme d'autres cumulent un job au fast food et leurs études. D'ailleurs tous sont très jeunes (à vue de nez pendant la séquence dans la writer's room, personne n'a plus de 30 ans), et, problème supplémentaire que va découvrir Philip Rosenthal, ils sont célibataires ; alors forcément, pour écrire l'adaptation d'une série comme Tout le monde aime Raymond...
Qui plus est, ces scénaristes ne sont pas rompus aux sitcoms : ils viennent bien souvent des soaps et telenovelas, et sont recrutés parce que c'est le même format d'une demi-heure, et que la chaîne pioche dans son pool d'auteurs sans trop regarder les détails.

C'est une idée intéressante qui mériterait d'ailleurs d'être développée. Comme les productions telles que celle-ci se font en in-house (d'après ce que je sais, il existe des sociétés de production indépendantes en Russie ; le système in-house touche essentiellement les soaps, telenovelas et sitcoms), et que le projet n'a pas été pitché, mais simplement acheté à l'étranger, tout compte fait, la question du recrutement de scénaristes revêt forcément un visage différent du fonctionnement à l'américaine que nous connaissons mieux.
Rosenthal est effaré : pour lui, écrire un soap et un sitcom, ce n'est pas du tout la même chose ; le fait que les deux durent une demi-heure ne devrait pas être un critère. Je le rejoins : l'humour, c'est un métier. On n'écrit pas de la comédie au hasard. Et cela explique sans doute l'esprit un peu "fonctionnaire" des scénaristes qui écrivent des blagues à la chaîne mais dans lequelles ils ne cherchent pas l'humour, juste le mécanisme (on le voit dans Exporting Raymond, les scénaristes écrivent des scènes qu'eux-mêmes ne trouvent pas drôles !).
Mais je ne peux pas m'empêcher de me demander comment un pays qui jusque là n'avait pas d'auteurs de télévision humoristique (rapport au fait qu'avant Maia Prekrasnaia Niania en 2004, il n'y avait pas de sitcom) peut faire pour trouver ses auteurs de comédie, à plus forte raison dans un système in-house. Il faut bien commencer quelque part. Et ce, dans des conditions qui laissent assez peu de place à l'initiative et aux projets personnels, ce qui est le propre du in-house.

D'une façon générale, qu'il s'agisse des auteurs ou des acteurs, l'investissement en temps est minime, on le voit bien, et c'est symptômatique d'un système : les épisodes sont peu voire pas lus par le cast en amont du tournage, et on limite le nombre de prises autant que possible.

Lorsque le pilote est tourné, au prix de bien des sacrifices de Rosenthal et après son insistance à introduire un public pendant l'enregistrement, les acteurs font une prise 9 fois, ce qui semble peu courant. Ca explique bien des choses et je le crois volontiers.
Notons au passage que le public présent ne rit pas, et qu'il n'est d'ailleurs pas encouragé à le faire : "ça perturberait le son", explique-t-on à Rosenthal, avec lequel pour une fois on peut compatir ! La requête d'avoir un public n'a pas du tout été comprise par l'équipe russe, vraisemblablement habituée au son "pur" et "parfait" des rires enregistrés ajoutés en post-synchro.

Si le documentaire laisse assez peu de place au questionnement, on peut, en tant que téléphages curieux, se demander si ces automatismes acquis en moins d'une décennie sont forcément mauvais. Non seulement parce que, de toute évidence, le public russe y trouve visiblement son compte, on l'a dit, mais aussi, tout simplement, parce qu'il est permis d'interroger la formule du sitcom.
En Russie où le sitcom est jeune, pourquoi devrait-on le "corriger" pour y inclure des rires "réels" du public ? Le problème de l'adaptation russe d'un sitcom vient-il de cet artifice ? Pourquoi le sitcom russe n'évoluerait-il pas, alors que la série pour ado, elle, le peut ? Il n'y a rien de sacré, et surtout, rien d'immuable. Peut-être que les rires enregistrés nous rebutent parce que nous avons appris à y être allergiques, mais qu'ils ont aussi leurs mérites.
Ce ne sont que des pistes de réflexion, bien-sûr, et ce sera à chacun de placer son curseur. N'hésitez pas à contribuer au débat en commentaire, d'ailleurs.

Mais dans tout cela, on peut se demander à quel point la présence de Rosenthal trouble le travail d'appropriation. Et il est nécessaire, car l'adaptation sans l'appropriation conduit à un produit dont les spectateurs non plus ne vont pas s'emparer. Quand bien même Rosenthal a, à lui seul, autant d'expérience en matière de sitcom que l'industrie télévisuelle russe toute entière, il faut prendre cette question en compte.
Comment espérer que Everybody loves Kostya soit la copie confirme de Tout le monde aime Raymond ? On n'est pas dans le même pays, les différences s'expliquent pour des tas de raisons. Doivent-elles forcément toutes s'estomper ? Le combat que mène Philip Rosenthal (bien que de façon caricaturale) s'explique de son point de vue d'Américain travaillant dans un contexte américain, mais en Russie, tout ce qu'il voit comme une amélioration n'en est pas forcément une ; parfois, une différence n'est pas connotée qualitativement, c'est juste une différence.

Hélas, plutôt que de mettre le doigt sur ces différences et de les interroger, quitte à préférer tout de même, au bout du compte, le modèle qu'il connait, Philip Rosenthal aura pourtant fait le choix de mettre en scène un choc des cultures n'ayant pas grand'chose à voir avec le monde de la télévision, comme le montre son obstination à vouloir pourchasser son ancien chauffeur lors de sa seconde visite en Russie.

En revanche, sa conclusion est, au vu du contenu d'Exporting Raymond, assez bien sentie sur l'expérience d'adaptation de remake. Je n'en dis pas plus et vous laisse découvrir son mot de la fin, peut-être aurez-vous envie de tester vous-même ce documentaire, en dépit de ses défauts. On se demande simplement comment il en arrive à cette conclusion.
Il faut, probablement, prendre du recul sur le spectacle que tente de fournir Rosenthal, pour apprécier les qualités logées dans Exporting Raymond.

Voroniny_Promo

Et, au fait... finalement, qu'a donné ce projet ?
Eh bien, sur STS, Voroniny (puisque c'est finalement le titre qu'a pris la série) en est actuellement à 10 saisons, soit plus de 200 épisodes depuis son lancement en novembre 2009. Le tournage de la 11e saison, démarré début août, devrait aboutir à une diffusion avant la fin 2012. Rappelons aussi que, plus tôt cette année, l'acteur Boris Klyuiev (qui interprète le grand-père) a remporté un prix lors des TEFI 2011.

D'ailleurs, demain, toujours dans l'esprit de notre semaine russe, je vous proposerai justement une review du pilote de Voroniny, histoire de juger par nous-mêmes...

Posté par ladyteruki à 00:12 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

27-04-12

La reine Elizabeth

Ma dernière acquisition en date est un couple de DVD que j'ai trouvé à un prix dérisoire sur Amazon.fr. En dépit de ces éléments pourtant a priori attirants, j'ai un peu hésité avant de les acheter : le coffret ne contient ni pilote ni intégrale. Pour autant que je sache, les épisodes n'ont même pas de nom. Pour moi qui me fais une règle de ne jamais acheter le coffret de la 3e saison avant d'avoir acheté la 2e, c'était un peu perturbant, je suis psychorigide comme ça.

Mais il fallait bien faire une exception pour Life with Elizabeth, puisque cette série ne semble avoir aucun guide d'épisodes complet. Difficile donc de savoir si les 16 épisodes, répartis en deux DVD, sur lesquels j'ai fait main basse à peu de frais, se suivent, ou même appartiennent à la même saison. C'est assez criant quand on se promène dans le guide d'épisodes d'IMDb, par exemple.

Je viens donc d'acheter un DVD pour une série qui n'a, en pratique, pas de pilote. En tous cas, pas qui nous soit parvenu.
En fait, vous imaginez bien que c'est ce dernier argument a été le déclencheur de mon achat. Une série sans pilote, pensez.

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Lancée en 1953, Life with Elizabeth était, selon Betty White, tournée en direct. Sauf qu'à l'époque, le "sitcom" n'existait pas encore avec ses codes techniques ou sa structure narrative actuels ; certes I Love Lucy était à l'antenne depuis 2 ans, mais ça n'était apparemment pas devenu le modèle de toutes les comédies. Sans être un sitcom à proprement parler, Life with Elizabeth est pourtant bel et bien une comédie de 20mn, mais elle est filmée avec une seule caméra, dans un théâtre, et en direct donc.
Comme le fait remarquer White pendant le monologue de son épisode de Saturday Night Live : "à l'époque, on ne voulait pas le faire en direct ; on ne savait simplement pas comment enregistrer les choses".

L'idée d'enregistrer les épisodes devant un public venu dans un théâtre et non un studio de télévision a quelque chose de délicieusement désuet, non ? C'est samedi soir, on est dans les années 50, et à New York, on s'habille pour aller dans un théâtre assister à l'enregistrement d'un épisode de Life with Elizabeth... Vous pouvez essayer de vous imaginer ce que c'était, ou bien écouter Betty White en parler pour essayer de vous remettre dans le contexte.

Mais revenons à l'épisode lui-même. C'est certainement la structure de l'épisode qui est la plus fascinante.
Au lieu d'être formé d'une seule histoire, éventuellement décomposée en trois axes, ce qui est sensiblement la norme aujourd'hui, l'épisode est divisé en trois "incidents" totalement indépendants. Chacun est introduit et conclu par un narrateur qui est présent devant la caméra ou en voix-off, et qui force Elizabeth, le personnage de Betty White, à briser le quatrième mur à plusieurs reprises. On est loin de la formule qui deviendra celle des sitcoms, qui prétendent justement ignorer le public pourtant présent lors de l'enregistrement ; cela ne manque pas d'ironie.
C'était une époque d'expérimentations, quoi. Dit-elle avec une pointe d'admiration nostalgique dans la voix.

Dans cette comédie dont le thème est assez classique pour l'époque, puisqu'Elizabeth est une épouse qui tient plutôt de la femme-enfant : elle est gaffeuse, elle aime les plaisanteries... mais elle aime aussi son gentil mari, on note cependant qu'en dépit d'histoires simplistes et de gags parfois un peu caricaturaux (parfois seulement), le jeu des deux acteurs, Betty White et Del Moore, est d'une étonnante sobriété, bien loin des frasques de Lucille Ball et Desi Arnaz qui sont pourtant leurs contemporains.
Il y a quelque chose de très spontané dans les échanges de ce couple ; le comique des échanges s'en trouve renforcé par l'impression qu'on ne cherche pas à nous abrutir, même si on nous amuse avec un scénario moyennement original. D'ailleurs on en oublie rapidement les rires du public car Life with Elizabeth a toute la retenue requise pour une bonne comédie en single camera. Et en parlant de retenue, aucun gag n'est appuyé, ce qui est en partie dû à la quasi-absence de musique (celle-ci n'étant fournie que par une harpiste, pas vraiment de la musique de comédie grosses tatannes, donc).
Il s'avère que devant ce premier épisode, que je ne peux décemment pas qualifier de pilote, j'ai ri à plusieurs reprises, certains passages étant tout bonnement intemporels dans leur façon de présenter les personnages et leur rapport de force. Mais aussi, tout simplement parce qu'il y a de vrais bons gags.

Le fait que cette série ait presque 60 ans n'est qu'un détail, à la limite, tant elle fonctionne bien encore aujourd'hui. Vous savez quoi ? Une fois de temps en temps, je vais m'en regarder un ptit, tiens.

Et voilà. Je pensais acquérir un morceau d'histoire télévisuelle, un classique, un DVD à bas prix pour mes archives... et je me retrouve avec une série sympa. Comme quoi.

Posté par ladyteruki à 23:29 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

15-03-12

Hold your horses

BlackMarch

Un petit mot sur l'annulation de Luck parce que je suis encore debout et que je vois les annonces tomber.
Et que demain j'aurai oublié, rapport au fait que je n'ai jamais spécialement accroché sur la série.

C'est quand même incroyable cette histoire. C'est le genre d'annulation qu'on se racontera dans 10 ans en ricanant dans un podcast (ou ce qui aura remplacé les podcasts), parmi une liste d'annulations improbables évoquant vaguement l'esprit des Darwin Awards : "oh, dites, hey, et la série qui s'est annulée toute seule parce qu'il y avait des canassons qui mourraient, vous vous en rappelez ?". On rira un brin et on passera à l'annulation bizarroïde suivante.

UnLucky
Je comprends tout-à-fait que la mort de chevaux soit un soucis pour Luck. D'abord parce qu'il y a une question d'image, comme en a témoigné la réaction de PETA (sans vouloir discuter de la palette de réactions plus ou moins bien fondées de PETA ici). Ensuite parce que ça coûte cher, de racheter des chevaux toutes les semaines, je suppose, d'autant qu'on ne peut probablement pas prendre le premier équidé venu pour faire la course plusieurs fois devant une caméra pour faire toutes les prises dont on a besoin. C'est de la logistique, de prendre des bêtes un peu entraînées, j'imagine. Et enfin parce que j'ai envie de me dire que si on a envie de faire un drama sur les courses hippiques, c'est qu'on aime un peu ça, et qu'on n'a pas vraiment du baume au coeur quand un cheval doit être achevé juste parce qu'on a voulu faire une bonne série sur les courses hippiques ; ça doit sembler un peu dérisoire dans le fond.

Ce que je ne comprends pas, c'est : comment en arrive-t-on à purement et simplement annuler la série ?
Dans les secondes qui ont suivi l'annonce officielle de HBO, les sarcasmes ont fusé, mettant la tournure des évènements plutôt en corrélation avec les audiences qu'autre chose, et c'est sûr, ça a probablement joué. Mais enfin, je suis un peu ébahie.

Comment est-il possible qu'une série sur les courses hippiques n'ait pas songé sur la façon dont elle pourrait survivre sans tourner ses propres courses de chevaux ? Pourquoi n'y avait-il pas de plan B en matière d'effets spéciaux ? Pourquoi personne ne s'est dit : "ok bah si ça marche pas, on filmera de vraies courses et on jouera avec le montage et la post-prod pour que ça colle à nos besoins" ? Pourquoi ne pas pouvoir éliminer les scènes mettant les chevaux en danger pour ne les garder que dans des scènes où les chevaux sont paisiblement dans leur stalles et bricoler le reste autour ? Je n'ai vu que le pilote, je sais bien, mais ça ne semblait pas complètement impossible.
C'était un sacrifice, certes, pour une production qui était vraisemblablement puriste, et qui faisait de ce purisme à la fois sa force (c'était un témoignage de son exigence de qualité) et sa faiblesse (le néophyte s'en sentait exclu).
Mais plein de séries font des sacrifices. Parfois ça fait même de jolies histoires de télévision, comme I Love Lucy qui a inventé le sitcom tel que nous le connaissons aujourd'hui parce que c'était plus pratique, pas parce que c'était innovant. Il fallait jouer autour des impératifs de l'équipe, jongler avec les contigences, et ça a donné une vraie belle histoire de télévision, par accident et par contrainte. La contrainte préside aux choix de nombreuses productions qui ne ferment pas boutique pour autant...

Pourquoi la production de Luck n'a pas pu réfléchir à tout cela dés la mort du premier cheval sur le tournage ?

On parle d'une série qui avait quand même un cast de folie (et après pareille expérience, je ne suis pas sûre qu'un gars comme Dustin Hoffman revienne à la télé de si tôt), une bonne équipe à la réputation solide tant à l'écriture qu'à la réalisation... Et justement, comment se fait-il que personne ne se soit posé les bonnes questions plus tôt ? Des mecs si professionnels... ils se sont incroyablement documentés sur les courses de chevaux, sans savoir que des chevaux meurent tous les jours dans ces mêmes courses et que la question allait peut-être se poser ?
Comment en arrive-t-on à un tel gâchis ?

Le plus impressionnant, c'est probablement que les annulations de ce genre, brutales, radicales, on est plutôt habitués à les voir sur des networks que sur des chaînes du câble. Il est évident que la série avait été renouvelée trop tôt par HBO, un peu trop sûre d'elle sur ce coup, mais c'est devenu une pratique courante chez les chaînes du câble (peut-être parce qu'elles pensent que ça va entraîner un cercle vertueux, je ne sais pas). Boss n'a-t-elle pas été renouvelée avant même le début de sa diffusion ? Clairement on est dans une logique de tout l'un ou tout l'autre.
Cela fait quelques années maintenant, et c'est un euphémisme, que je m'intéresse à l'industrie de la télévision, et j'avoue qu'il y a encore des éléments qui m'échappent totalement dans la façon dont certaines décisions sont prises.
Je n'aimais pas vraiment Luck, mais j'ai l'impression qu'on vient quand même d'assister à un truc vraiment absurde.

Posté par ladyteruki à 00:04 - Point Unpleasant - Permalien [#]

08-06-10

[DL] The Mary Tyler Moore Show

Si je devais faire une liste des séries que j'ai le plus souvent vues citées comme références, The Mary Tyler Moore Show serait sans aucun doute dans le tiercé de tête (sans doute juste derrière I Love Lucy). Malgré cela, en France, rares sont les opportunités de combler ses lacunes, aussi ai-je pris le taureau par la cagoule et décidé de m'y mettre.

Alors que j'aborde tristement la 5e saison des Craquantes, consciente qu'une fois la 7e passée, c'est fini, je me mets doucement à la recherche d'une autre comédie datée pour prendre le relai, et la perspective de retrouver Betty White à partir de la saison 4 n'est peut-être pas totalement étrangère à cette décision. Pour toutes ces raisons et quelques autres (je trouve que Mary Tyler Moore a un air de ressemblance fou avec quelqu'un que j'ai connu...), me voilà devant le pilote.
Si vous vous montrez motivés, je me mettrai peut-être un coup de pied dans l'arrière-train pour en faire un La preuve par trois, tiens.

TheMaryTylerMooreShow
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Je ne sais pas pour vous, mais ce générique, je le connaissais depuis longtemps... ou plutôt je connaissais la chanson, elle aussi souvent réemployée, une référence à elle seule. Mais là je dois avouer que c'est finalement très touchant. Je vous l'ai dit et répété, les personnages qui tentent de changer de vie, ça me touche, et le générique capture à la perfection cette impression.

Et maintenant : Persons Unknown. Anxiété. Curiosité.
..Conclusions demain !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Mary Tyler Moore Show de SeriesLive.
PS : utiliser cette police pour le logo du site, et n'avoir pas de fiche pour cette série, c'était vraiment un comble...

Posté par ladyteruki à 21:39 - Médicament générique - Permalien [#]

08-06-09

[DL] Dream On

J'avais promis ce générique il y a une éternité, et le pire c'est qu'il était dans mon chez moi informatique depuis au moins tout ce temps, mais voilà, j'avais complètement oublié de vous le filer. Et puis évidemment, vous ne me le rappelleriez pas, vous ?! L'oubli est désormais réparé.

DreamOn
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Bien malin celui qui parviendra à citer tous les titres des fictions qui défilent à l'écran... à moins évidemment de trouver une antisèche quelque part sur internet. Personnellement, à part I Love Lucy... N'empêche que le générique de Dream On, c'est un de ces rares génériques télé qui font l'éloge de la téléphagie (bien que la série emploie en réalité plus d'extraits de films qu'autre chose), et à ce titre : respect. Quelques années plus tard, un autre petit garçon de télévision devait grandir avec les yeux braqués sur le petit écran, et ça ne donnait pas un résultat aussi tendre...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Dream On de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:16 - Médicament générique - Permalien [#]


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