ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

05-09-13

8 raisons de regarder The Slap

Parce qu'une fois de temps en temps, quelques bons dramas australiens nous parviennent sur arte (elle nous avait déjà comblés avec la première saison d'East West 101), ce soir sera l'une de ces occasions de se rappeler qu'il n'y a pas que la Scandinavie dans la vie avec The Slap, alias La Gifle sous nos lattitudes, qui débute à 20h50.

Cette diffusion est pour moi l'occasion de vous annoncer que j'en profiterai pour publier en temps voulu les 2 dernières reviews épisode-par-épisode de The Slap, qui étaient restées à l'état infâmant de brouillon depuis que j'avais regardé la série lors de sa diffusion australienne (une claque pour... lady !). Les 6 premières reviews sont cependant déjà en ligne depuis un bail, donc n'hésitez pas à remonter le tag pour y jeter un oeil.
Mais surtout, cette diffusion est pour moi l'occasion de vous dire qu'il FAUT regarder The Slap ce soir... après tout, House of Cards peut se binge-watcher une autre fois, The Slap, not so much.

Et si vous vous demandez encore si c'est vraiment nécessaire de regarder The Slap (et que vous n'avez pas encore été jeter un oeil à la première de mes reviews sur la série), eh bien voici mes 8 raisons de le faire. Urgemment, en fait.

TheSlap_Diffusion_Hector

The Slap, c'est au premier regard une narration rare ; bien que la série soit profondément feuilletonnante, sa structure, directement calquée sur celle du roman original, lorgne plutôt du côté de l'anthologie, en associant à chaque épisode un personnage bien spécifique. C'est ainsi l'occasion de véritablement rentrer dans l'univers, la psychologie et le quotidien du personnage en question, de vivre les évènements à travers son regard, sans aucune forme de biais... mais grâce à l'éclairage des épisodes précédents qui introduisaient à d'autres points de vue.

Car c'est bien cela, l'essence de The Slap : montrer une diversité de points de vue et d'opinions ; The Kaleidoscope aurait été un titre tout-à-fait valide pour notre histoire, mais c'était à la fois moins facile à prononcer et moins... frappant.

The Slap nous invite donc à passer une journée avec un personnage, à tenter de comprendre non seulement sa réaction vis-à-vis de la fameuse gifle, mais aussi, voire surtout, de nous faire pénétrer son monde, avec ce que cela inclut de valeurs et de vécu. Car il ne s'agit pas simplement d'exposer l'opinion de chacun sur la gifle : cette dernière n'est qu'un évènement déclencheur. Chaque épisode a la lourde responsabilité d'essayer de nous faire saisir l'essence d'une personne en moins d'une heure ; dés, son visage aura déjà été déformé par la perception des autres.

TheSlap_Diffusion_Anouk

Des portraits sincères d'hommes et de femmes. The Slap ne reculant jamais devant la perspective de décrire la complexité des gens, et donc du monde (à moins que ce ne soit l'inverse), chaque personnage (et en particulier les 8 qui sont mis en avant pendant la série) bénéficie d'une écriture honnête qui permet de revenir sur les rapports hommes-femmes, mais aussi, sur les rôles genrés de chacun dans la société.

Ainsi, Manolis et sa femme Koula vivent selon un modèle traditionnel dans lequel l'homme et la femme jouent un rôle bien précis (dont généralement ils se plaignent ensuite tout en n'aspirant pas vraiment au changement), Harry incarne un certain idéal de virilité, Anouk est résolument une féministe bien qu'enfermée dans certains paradoxes, et ainsi de suite. Ces positions ne sont pas souvent le résultat d'un choix conscient, mais elles aboutissent à des interrogations intimes et des contradictions que The Slap détaille à la perfection, car aucune évidence n'est tolérée dans The Slap.

Qu'il s'agisse de sexe (il va s'agir de sexe à de nombreuses reprises, d'ailleurs) ou de relations platoniques, les interactions se détaillent dans une palette magnifique de nuances. A travers les rapports hommes-femmes, c'est aussi le fonctionnement de la cellule familiale que The Slap interroge, car évidemment les choix éducatifs sont au coeur de la problématique de la gifle.

TheSlap_Diffusion_Harry

Une mini-série qui se suffit à elle-même : il n'est pas nécessaire d'avoir lu The Slap pour apprécier la série The Slap. C'est évidemment un plus : du fait de la narration particulière, le lecteur aura un avantage certain sur le spectateur, car il aura pu entrer bien plus en détail dans le psychisme des personnages. Le choix fait par la série a d'ailleurs été de ne pas opter pour la voix-off comme matière première pour dépeindre les protagonistes ; peut-être que la série aurait été l'un des rares cas où ç'aurait été sûrement une bonne chose d'utiliser un peu plus ce procédé cependant. Ce choix osé nous prive d'un certain nombre de détails apportant plus de nuances encore aux personnalités en présence, mais pour autant, la série est parfaitement autosuffisante.

The Slap est tout-à-fait appréciable sans avoir lu le roman qui lui a donné naissance, bien que celui-ci, un véritable phénomène littéraire, gagne à être connu. Si vous n'avez encore jamais lu de roman australien (comment, pas même avec la diffusion de Puberty Blues ?!), The Slap gagnerait à être le premier. Quoique ça rendra sûrement très décevante la lecture du second...!

TheSlap_Diffusion_Connie

Matthew Saville.
Ce nom ne vous dit rien mais si vous avez vu Please Like Me, et surtout Cloudstreet, vous allez sûrement vite comprendre : Saville est le réalisateur de génie qui se cache derrière la camera de ces deux séries. En réalisant deux épisodes de The Slap, il parvient à insuffler sa touche particulière, une sensibilité qui doit énormément au sens du détail, à une photographie mettant en valeur les 5 sens avec luminosité.

Si les autres réalisateurs de la série ne déméritent pas, il n'aurait vraiment pas été un mal que Saville dirige tous les épisodes (et celui de Richie, en particulier), tant son doigté aurait énormément apporté aux portraits. Les épisodes réalisés par Saville comptent parmi les plus grandes réussites de la mini-série, en particulier celui de Connie qui est dans la droite ligne de ce que le réalisateur a accompli par le passé. Une véritable petite merveille comme on aime à en voir à la télévision.

TheSlap_Diffusion_Rosie

Un cast absolument parfait ! Si la carrière internationale de certains acteurs de la série attirera sûrement l'oeil du téléphage averti plus que la trajectoire anonyme d'autres membres de l'équipe (ou au moins, la diffusion de séries "cultes" sur nos écrans ; hello Alex Dimitriades !), il n'y a pas une seule fausse note dans la distribution de The Slap.

En particulier, Melissa George, qui incarne un rôle central dans l'intrigue, est en très grande forme, il faut bien le reconnaître. Il ne fait aucun doute qu'en tous cas, elle est celle qui colle au plus près du personnage tel qu'écrit dans le roman ; elle possède totalement Rosie, jusque dans le moindre bruissement d'émotion. Hormis, sûrement, dans In Treatment, l'actrice n'aura jamais été éblouissante à la télévision. C'est le genre de choses qui arrive quand on a un matériau d'origine impeccable, et une actrice qu'on parvient à diriger tout en sachant lui lâcher la bride sur le cou.

Mais je le répète, pas un acteur de The Slap n'est pris à défaut ; les rôles secondaires non plus, qu'il ne faut pas oublier de mentionner et qui sont d'autant plus nombreux qu'à mesure que le fil de la série se déroule, des visages vont venir compléter la constellation de points de vue sur la gifle, ou plus largement la crise que traverse le microcosme du barbecue.

TheSlap_Diffusion_Manolis

Un questionnement de la société cosmopolitaine : The Slap démarre lors d'un barbecue qui réunit des convives de toutes origines. Parce qu'ils sont réunis lors de ce barbecue, il est permis de penser que ces gens se connaissent et vivent la diversité comme une évidence. Mais c'est justement l'une des choses que la claque va remettre en question.

Car derrière la vie sociale multiéthnique que mènent en apparence les personnages, il va devenir plus que palpable que leurs différences de culture et de valeurs n'en sont pas gommées pour autant ; à vrai dire, la gifle va exacerber ces mêmes différences. The Slap interroge la façon dont la société peut composer avec les contradictions. Sans aller jusqu'à apporter une réponse définitive aux questions de mixité culturelle (ou plus simplement sociale, d'ailleurs), la série évite tout angélisme : oui, ce barbecue est organisé dans le jardin d'un couple interracial, oui, différents styles de vie trinquent les uns avec les autres, mais dans le fond, nous ne sommes pas compatibles sur tout. Mais puisque la grande leçon de The Slap est que personne n'a fondamentalement tort ou raison, le mieux est d'apprendre à reconnaître nos différences, plutôt que de prétendre qu'elles n'existent pas au nom du mieux vivre ensemble.
En cela, The Slap est d'une acuité précieuse, et ce, en France comme en Australie.

TheSlap_Diffusion_Aisha

Une invitation à l'ouverture. Tout comme le roman original, bien que dans une moindre mesure, The Slap fourmille de références culturelles, d'invitations à sortir du microcosme de la "société du barbecue". Car cette petite communauté ne vit pas repliée sur elle-même, et c'est ce qui permet de la prendre au sérieux.

A la question : "ces gens ne sont-ils pas tous en train de se rendre fous pour un acte mineur ?", la série répond qu'il existe une foule de réponses, par le prisme de la culture des uns et des autres, mais aussi à travers leur vécu. Ce vécu évolue avec les rencontres et les voyages, en se confrontant au monde. The Slap nous invite justement à nous confronter aux nuances de la société en nous montrant des personnages qui eux-mêmes le font. Le parcours de plusieurs d'entre eux sera à ce titre assez symbolique de la façon dont un point de vue sur un problème peut évoluer, si ce n'est changer, en portant son regard sur des choses nouvelles.

TheSlap_Diffusion_Richie

L'émotion n'est pas absente. Si The Slap est, évidemment, une mini-série poussant à la réflexion sur nos choix, nos modes de vie et nos opinions, elle n'en reste pas moins une oeuvre de fiction capable d'atteindre le spectateur. Certains épisodes, il est vrai, s'avèrent plus émouvants que d'autres ; difficile de rester de marbre, par exemple, devant ce qui ronge Richie.

Nous ne passons vraiment qu'une heure avec chaque personnage, mais ce temps est plus que suffisant pour nous glisser à leurs côtés et vivre avec eux leurs doutes, leurs souffrances et leurs moments de grâce. Ce sera mon message final : oui, The Slap est fascinante, intelligente et unique dans sa façon d'aborder une problématique sociale pour radiographier toute la société. Mais c'est aussi, voire avant tout, une série dramatique puissante. Une expérience à vivre, en somme. Ou huit.


Alors, The Slap, à voir ce soir sur arte : que ce soit dit et répété.

TheSlap_arte

Posté par ladyteruki à 12:30 - Love Actuality - Permalien [#]

29-08-13

Carnassier

Tout le monde parle un peu de la même chose aujourd'hui ; j'aimerais vous faire penser que je suis au-dessus de la mêlée, que je vais vous parler d'une série togolaise ou péruvienne. En plus je n'ai jamais testé ni l'une ni l'autre, donc effectivement ça semble alléchant à en parler comme ça. Mais non. Comme absolument tout les journalistes média aujourd'hui, je vais vous parler de House of Cards.
Et comme beaucoup de ces personnes, et une grande partie des spectateurs de Canal+ ce soir, je n'ai pas non plus vu le House of Cards britannique. Comme ça c'est assorti.

HouseofCards-US

Vous souvient-il des années 2000 ? Une époque où c'était A la Maison Blanche qui dominait les quelques séries politiques américaines. Sorkin tentait d'y décrire comment une équipe d'idéalistes, menée par un Président éduqué et droit comme un "i", se confrontait aux réalités de la vie politique à Washington... tout en triomphant, le plus souvent, de l'adversité. Qui croirait que l'une des séries les plus optimistes du genre politique date des années Bush, hein ? On l'avait pas vue venir celle-là.

Aujourd'hui les choses sont différentes. Comme l'a par exemple montré Boss, ce que nous cherchons aujourd'hui dans nos séries, c'est la preuve que nos élus sont corrompus et cyniques. Ere de l'anti-héros oblige, nous voulons à la fois nous identifier à lui et à ses imperfections ; mais en même temps, nous voulons aussi nous conforter dans l'idée que "tous pourris". Ils sont hypocrites, menteurs, désabusés ; ce sont des arrivistes qui ne pensent qu'à leur statut, leur pouvoir personnel et leur progression dans la pyramide alimentaire. Ils ne sont qu'ego. Comme beaucoup de séries dramatiques de toutes sortes actuellement, les fictions politiques du moment nous confortent dans notre vision noire du monde et de ses dynamiques ; à vrai dire, même les comédies peignent ce portrait, comme Veep (ou ce qu'on a pu voir d'Alpha House, commandée par Amazon).
Le temps des idéalistes est révolu ; il a disparu quand le Président providentiel s'est avéré être un Président comme les autres, imparfaits. Notre seule façon de gérer la déception est de tous les mépriser.

House of Cards s'inscrit parfaitement dans cette optique, et c'est tangible dés le pilote. En montrant un Président qui ne prendra pas la parole devant les spectateurs, dans des scènes qui sont réservées à leurs seuls yeux, mais uniquement dans un discours vidé de toute substance, l'épisode dépossède l'homme qui est au sommet de l'Etat du moindre pouvoir. Ce qu'il veut importe peu, puisque c'est quelqu'un d'autre qui s'exprime à sa place, en l'occurrence la Cheffe de cabinet Vasquez.
Et de toute façon, ce ne sont pas les gens au pouvoir les héros de House of Cards, mais Frank Underwood, un élu de la Chambre des Représentants qui fait figure, dans le contexte particulier de la politique au niveau fédéral, d'un outsider. Car en dépit de son ambition dévorante et de son intelligence aigue, de sa connaissance parfaite du fonctionnement officiel comme officieux des institutions, Frank ne va pas être promu Secrétaire d'Etat comme il l'espérait. D'ailleurs il ne l'espérait pas : c'était pour lui acquis, et la nouvelle, dans ce premier épisode, que le poste lui a échappé (pour atterrir entre les mains de Kevin Kilner - c'est l'instant fangirl pour la spectatrice d'Invasion Planète Terre) va avoir pour conséquence d'enclencher les rouages de sa vengeance. Un processus qui sera long, nous en sommes conscients dés ce premier épisode, parce qu'il implique de détruire un par un ceux qui l'ont floué.

Le paradoxe de House of Cards est là : dans le fait que des intriguants de toutes sortes sont sur le point, à n'en pas douter, d'être exposés (face aux spectateurs au moins) pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des gens corrompus de diverses façons par le pouvoir... par un homme qui lui-même est tout aussi corrompu qu'eux. Nous le célébrons parce qu'au moins, il va leur donner ce qu'ils méritent. Si pour cela il faut qu'il accède à d'encore plus hautes responsabilités, eh bien, c'est un dommage collatéral qu'en tant que spectateurs, nous acceptons d'assumer.
D'ailleurs, quand il aura le pouvoir, Frank Underwood, qu'en fera-t-il ? Quelle importance, répond le pilote de House of Cards : l'essentiel est qu'il obtienne sa vengeance par tous les moyens possibles. C'est à ça que tient la politique aujourd'hui.

Ecoutez, c'est pas moi qui vais contredire : des pourris en politique, ce n'est pas ça qui manque. Même pas forcément besoin d'aller au plus haut pour en trouver, il en grouille plein dans les couloirs des cabinets. Mais là où parfois A la Maison Blanche péchait par excès de candeur sur le monde politique, des séries comme House of Cards donnent dans l'excès inverse. Il manque encore un peu de nuance à la plupart des séries du genre, plus encore actuellement. Elles montrent soit les "gentils" qui font ce qu'ils peuvent contre vents et marées, pour essayer au moins un peu de faire progresser les choses ; soit des méchants qui font ce qu'ils peuvent pour avoir le champ libre pour atteindre le sommet (ou au mieux, des idiots pas forcément impressionnants qui continueront de faire ce qu'ils peuvent pour rester à peu près dans le jeu, quand bien même ils n'en ont pas la carrure). La politique est plus complexe et nuancée que cela, et on s'attendrait à ce que l'art de la nuance, la télévision, prenne le temps d'en tester les nuances de bleu-blanc-rouge ; ce n'est pas avec House of Cards qu'on verra cette expérience se produire sous nos yeux.

Frank Underwood est, c'est entendu, un carnivore de la pire espèce, qui n'est finalement là que pour le jeu politique et sa place sur l'échéquier. Le problème c'est qu'à ses côtés, beaucoup de personnages de ce premier épisode manquent d'épaisseur.

On l'a dit et répété dans 102% des articles publiés aujourd'hui sur le sujet : oui, c'est Netflix qui a originellement "diffusé" la série, et il était plus qu'encouragé de regarder les épisodes à la suite, en enfilade. De ce fait, les personnages n'ont pas l'obligation de se présenter à nous de façon claire et ordonnée, de s'exposer d'entrée de jeu pour que nous sachions d'emblée qui est qui. Cela peut très bien se produire plus tard, ou même pas du tout, dans le fond ; pour ma part, j'écris toujours mes reviews de pilote sans avoir vu la suite, donc à ce stade, vous n'en saurez rien...!
Le strict minimum est opéré dans ce premier épisode, mais je ne suis pas totalement convaincue que ce soit entièrement dû à la diffusion sur la plateforme. Claire Underwood, Zoe Barnes et les autres restent assez unidimensionnels face à un Frank Underwood habile et malsain dont la duplicité s'affiche rapidement, et cela peut aussi être dû, tout simplement, au parti-pris de la série.
Le binge watching fortement suggéré par la politique de "diffusion" de Netflix semble, au passage, plus difficile à faire dans le cas d'une série comme House of Cards que pour Orange is the new black, au ton largement plus versatile, et qui ne donne pas l'impression d'assomer le spectateur avec la brutalité sombre de son univers comme c'est le cas pour la série de Fincher. Personnellement j'ai essayé mais pas trouvé la force d'enfiler les épisodes à la suite. Se résoudre à ne pas tout regarder d'un coup, quelle qu'en soit la raison (choix, manque de temps, etc.), c'est accepter d'avoir, à la fin de chaque épisode, une vision un peu plus morcellaire que prévu, peut-être ; ce qui inclut de trouver les personnages secondaires simplistes dans ce premier épisode. Cependant, on n'aura pas attendu Netflix pour que soient écrites d'un seul tenant des séries ou des mini-séries, et cela ne nous a pas pour autant poussés à nous infliger un univers étouffant pendant 13h d'affilées si on ne le sentait pas. Juste parce que l'on peut, ne signifie pas que l'on doit (ni que l'on a).

Pour en revenir aux personnages secondaires, contrairement à Boss (encore), House of Cards ne semble pas très décidée sur la façon dont elle veut employer les personnages de son axe journalistique. Dans Boss, c'était le reporter Sam Miller qui faisait figure d'idéaliste, poursuivant la "vérité" avec autant d'acharnement qu'il soupçonnait assez vite que des vies étaient en jeu ; ici, on ne sait pas trop si c'est du lard où du cochon. Certes, Zoe Barnes est elle aussi une ambitieuse, assombrissant encore plus le portrait fait du microcosme de Washington, mais c'est aussi une débutante profondément anxieuse et à la précipitation de mauvaise augure. On comprend mal le rôle qu'elle joue dans le discours de la série, en particulier au sujet des médias et de la collusion avec le pouvoir.
Mais ma plus grande déception concerne Claire Underwood ; si en apparence elle rappelle énormément Meredith Kane, de Boss, y compris dans son incarnation à la fois élégante et terrifiante de sang-froid par Robin Wright, elle semble dans ce premier épisode manquer de répondant. J'ai apprécié en revanche la déclaration d'amour incroyable que Frank nous a faite suite à leur altercation.

Et de ces déclarations, parlons-en. Je m'étonne que tout le monde semble unanimement chanter les louanges de House of Cards, quand sa façon de faire tomber le quatrième mur est la même que House of Lies, dont le procédé avait pourtant été largement décrié. J'ai même trouvé le procédé assez grossier dans sa première manifestation ("comment pourrais-je commencer ma série par un monologue puissant sans avoir l'air grandiloquent ? ...Ah, je sais ! On va casser le quatrième mur !"), quand bien même son utilisation, à force, finit par devenir relativement naturelle. Mais peut-être que, d'une série livrée en un seul bloc, on a aussi tendance à attendre la perfection dés le premier épisode, et ce n'est pas très juste.

House of Cards n'est peut-être pas LA plus grande série de tous les temps ; elle pâtit de certaines comparaisons (notamment avec Boss, à laquelle elle doit beaucoup mais qui, de pilote à pilote au moins, lui dame sévèrement le pion) et peut-être aussi de l'aura naissante des séries Netflix. Mais dans un panorama où les limites de nos exigences sont sans cesse repoussées par l'arrivée de nouveaux acteurs, de la chaîne câblée AMC aux pure players comme Netflix, clairement, on est devenus difficiles et pointilleux ! House of Cards se situe, c'est sûr, dans le haut du panier des séries américaines du moment (il faut dire qu'elle fait tout pour), et même si elle souffre de petits défauts, il faut garder à l'esprit que des séries de cette trempe, il n'en sort tout de même pas tous les jours : en téléphagie, il faut rester ouvert.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 21:54 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

23-04-13

Les séries sont-elles toujours aussi créatives ?

BlogFestivalSeriesMania
Hier, les festivités de la 4e édition de Séries Mania débutaient avec une table ronde au sujet légèrement polémique : "les séries américaines sont-elles toujours créatives ?". Anne-Sophie Dobetzky (réalisatrice de documentaires), Pierre Langlais (Le Mag Séries), Alexandre Letren (Season One), Dominique Montay (Daily Mars) et Léo Soesanto (Les Inrocks) étaient réunis autour de Thomas Destouches (Allociné) pour répondre à cette épineuse question, et quelques autres.
Voici l'essentiel à retenir sur cette discussion d'un peu plus d'une heure trente.
Note : survolez les illustrations de cet article pour plus de détails sur les exemples évoqués par les intervenants.

- Introduction : c'est quoi la créativité ?


Pour Anne-Sophie Dobetzky, "on ne peut pas toujours révolutionner le genre", mais elle estime qu'il existe des fictions bien produites, donc créatives. Léo Soesanto objecte que la télévision est le genre-même du déjà vu : "on a besoin de choses familières à la TV" ; pour lui, aujourd'hui, la créativité se loge dans la déconstruction et les limites qu'on peut repousser, par exemple dans la représentation du sexe ou de la violence. Cependant, "il ne faut pas confrondre la créativité à tout prix et la qualité", c'est l'originalité et l'intelligence du ton qui font la différence. Alexandre Letren approuve et précise que la créativité ne se loge pas nécessairement dans l'inédit : "ce n'est pas ce qui a été déjà fait, mais comment on le fait". Dominique Montay et Pierre Langlais s'accordent à souligner que la qualité n'est pas forcément synonyme de créativité : "ne pas confondre créativité, originalité à tout prix et qualité de ce qu'on nous propose !". Au contraire, "Plus les concepts de séries sont précis, tel que le high concept, plus il est difficile d'être créatif à l'intérieur de celui-ci".

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - les networks

Tout le monde autour de la table ronde s'accorde à dire que les cinq grandes chaînes américaines (ABC, CBS, Fox, NBC et The CW) ne sont pas dans une recherche active de l'innovation. Pour Dominique Montay, "les networks se rassurent", comme le font les grands studios de cinéma, en déclinant des recettes dont ils pensent tirer un succès facile et immédiat. Léo Soesanto précise que les networks sont dans le suivisme, et suivent des modes nées sur le câble. C'est le marche-ou-crève qui règne selon Alexandre Letren : "on cherche des formules efficaces tout de suite". Pierre Langlais avance qu'un peu plus de latitude est peut-être accordée aux comédies. Un sondage lancé par Allociné a demandé quelles étaient les séries les plus créatives ; sont mentionnées Community, Fringe, Lost, Last Resort ou encore Chuck : des séries qui, en grande majorité, n'ont justement pas trouvé leur audience, ou ont échappé plusieurs fois à l'annulation.

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - le câble

Tout le monde s'accorde sur une chose : le câble va plus loin. Mais pour Dominique Montay, même le câble américain ne prend pas de risque dans ce qu'il montre, il s'adapte. Pierre Langlais précise que le câble a la quasi-exclusivité du feuilletonnant, délaissé par les séries de network, le format feuilletonnant étant un rempart ; Alexandre Letren acquiesce : "si le feuilletonnant n'est pas le seul critère de la créativité, c'est la raison d'être des séries", et ajoute que le câble s'empare de sujets complexes. Pierre Langlais poursuit : c'est aussi là qu'on trouve non pas seulement de la violence ou du sexe, mais aussi simplement des concepts dérangeants, comme le font plus volontiers les séries britanniques. Anne-Sophie Dobetzky objecte que le câble ne doit pas non plus se lancer dans une course au "trash", il faut raconter, pas simplement choquer. "Le câble US est devenu le refuge des genres dédaignés au cinéma, du musical au péplum en passant par le gore", explique Léo Soesanto, mentionnant plusieurs séries de genre qui y ont trouvé le succès, comme Game of Thrones.

   

- Le "syndrome de la photocopie" est-il incompatible avec l'ambition ?

Le "syndrome de la photocopie" (un terme de Thomas Destouches) regroupe toutes sortes de cas dans lesquels les séries ne sont pas basées sur une idée originale. Il en existe plusieurs types, chacun ayant ses spécificités...

...Le remake

Ce sont souvent des séries nées à l'étranger, et reprises aux USA, car leur version d'origine n'y sera jamais diffusée. Pierre Langlais précise que tout l'intérêt est justement de voir comment une histoire sera repris et modifiée. Anne-Sophie Dobetzky évoque le procédé adopté pour reprendre au contraire une vieille série et la remettre au goût du jour : la communication joue notamment un grand rôle, notamment via le transmédia, qui permet aux spectateurs de se réapproprier une série au succès passé. Léo Soesanto précise que ce n'est pas toujours possible : certaines séries appartiennent à une époque et ne peuvent pas en sortir ; beaucoup s'y sont essayées, peu ont réussi à trouver leur public. Mais il faut faire la différence entre une adaptation et un remake, insiste Pierre Langlais ; cependant, dans les deux cas, il est possible de faire quelque chose de réussi.

   

...Le spin-off

Il naît bien souvent d'un personnage qui apparait dans une série, et qui devient le héros de sa propre fiction. Mais cela pose le problème de la qualité : le spin-off peut-il être meilleur que la série qui lui a donné naissance ? Pour les intervenants, cela se juge essentiellement au coup par coup. Léo Soesanto précise que tout dépend du personnage sur lequel repose la série.

   

...Le prequel

Le prequel revient sur la genèse d'une série, et en raconte les origines ; Thomas Destouches précise que les limites sont que, bien-sûr, le spectateur en connaît le dénouement. Mais c'est le cheminement qui a de la valeur, indique Léo Soesanto : "c'est une relecture intéressante, un moyen de revisiter un personnage culte" ; quant à Alexandre Letren, il estime qu'on fait confiance au spectateur pour s'amuser avec la série des références employées.

   

...Le "formatage"

Il s'agit ici de reprendre une recette qui a fait ses preuves, et de la décliner en une nouvelle série. La formule peut même être particulièrement rigide, aussi bien dans la structure de l'épisode lui-même que dans les codes visuels et musicaux, à l'instar de la franchise Law & Order.

   

...L'adaptation

Lorsqu'il existe un matériau d'origine (roman, comic book, etc.), le défi de l'adaptation est à la fois d'utiliser le support initial tout en développant un univers compatible avec les attentes des spectateurs.

   

Le "syndrome de la photocopie" et le monde

...La domination des Etats-Unis

Pourquoi les séries américaines semblent-elles dominer ? Dominique Montay insiste sur les moyens et la présence historique du marché américain dans le panorama ; la quantité de séries permet l'équilibre, ainsi, précise-t'il, parce que les chaînes sont elles aussi nombreuses, et n'hésitent pas à s'adresser à une niche. Pour Anne-Sophie Dobetzky, il faut aussi prendre ne compte les budgets conséquents ; elle mentionne aussi le modèle de fabrication lui-même, notamment le "pool d'auteurs", repris par d'autres pays. Sur une note moins technique, Alexandre Letren s'exclame : "les séries, ils aiment les faire, tout simplement !", et compare avec la France, où l'on estime que la télévision est un art mineur. La situation américaine tend un miroir aux télévisions européennes : Pierre Langlais précise que le nombre d'épisodes inférieur des britanniques, par exemple, ne tente pas les chaînes françaises, ce qui explique que les séries d'outre-Manche investissent moins les écrans français. Alexandre Letren conclut que les Etats-Unis ont su donner au monde l'illusion d'une universalité dans leurs séries.

Sur Allociné, un sondage a montré que 63% des internautes estimait que les séries américaines étaient toujours créatives : un bon chiffre ! Encore heureux, explique Pierre Langlais : si on ne le pense pas, il vaut mieux éteindre la télévision. Lorsque Thomas Destouches qui demande si la télévision américaine vit un âge d'or, les intervenants ont du mal à s'entendre. Certes, explique Léo Soesanto, il y a eu de grandes séries récentes comme Lost ou 24 heures chrono, mais elles n'ont pas trouvé leur successeur, sauf à considérer Revolution ou Once Upon a Time qui en reprennent les codes. Pour Dominique Montay, au contraire, tout n'est qu'évolution ; après tout il faut remonter dans les années 80 pour comprendre comment la télévision américaine est parvenue à un âge d'or.

"Ce n'est plus l'âge d'or, c'est l'âge des pépites", tranche Pierre Langlais qui explique que les records absolus d'audiences ne seront plus réitérés, et que désormais, c'est la façon de découvrir les séries qui a changé. A l'origine, "la télévision est la communion d'un public", objecte Léo Soesanto : quand pour un film, on partage l'expérience pendant 1h30 avec une salle, pour une série, on la partage avec des millions de personnes pendant des semaines. Mais désormais, "les contenus innovent moins, mais les contenants évoluent", ajoute-t'il.

   

...Internet renouvelle-t'il la créativité ?

Les webséries sont-elles l'avenir de l'innovation "télévisuelle" ? Léo Soesanto observe que pour le moment, l'innovation n'est pas vraiment au rendez-vous dans les synergies, entre les séries diffusées à la télévision et leur webisodes sur internet. D'un autre côté, l'avantage d'internet, pour Pierre Langlais, est que la websérie permet à des gens qui n'ont pas de moyens ou de réseau d'exposer leur travail.

...La créativité en France

Dans l'Hexagone, les intervenants sont plutôt d'accord : ce sont Canal+ et arte qui proposent des séries les plus créatives ; Léo Soesanto précise que Canal+ a calqué son modèle sur celui des chaînes du câble US, et que le budget est plus conséquent que sur les autres chaînes françaises. Alexandre Letren souligne qu'OCS est une chaîne à surveiller, mentionnant des séries telles que Lazy Company ou QI, et quelques projets à venir intéressants ; il ne faut pas oublier non plus France 3 avec Un Village français. Il souligne aussi que la mission du service public ne devrait pas être, contrairement à ce qui peut être dit, de contenter tout le monde ; l'exemple de la BBC au Royaume-Uni le démontre bien. Pierre Langlais déplore que TF1, qui en aurait pourtant les moyens comme l'impact auprès du public, n'affiche ni ambition, ni ligne éditoriale claire dans le domaine des séries.

   

...Et ailleurs ? L'exemple de la Scandinavie

L'innovation à la scandinave ? Dominique Montay relativise : le sujet de ces séries n'est pas toujours original, c'est en revanche tout le traitement qui fait la différence. Ces séries reprennent des codes qui ne sont pas révolutionnaires, complète Pierre Langlais, en revanche, les auteurs y ont une grande liberté de ton. On s'y appuie sur un savoir-faire issu du cinéma, explique Léo Soesanto, et on exploite les spécificités locales. Pierre Langlais conclut que ces séries sont excitantes pour le spectateur français, elles ont une forme d'exotisme, nous font voir des choses différentes... et on regarde bien les séries pour ça !
Et la prochaine vague de séries étrangères ? Pourquoi pas en Espagne, par exemple, suggère Léo Soesanto.

...Evidemment, il s'est dit bien d'autres choses ! Mais vous avez là l'essentiel des discussions. Sachez que, si vous avez manqué cette table-ronde, ou si vous souhaitez simplement la revoir, Allociné mettra en ligne sur son site une version montée de sa captation ce vendredi 26 avril.

Posté par ladyteruki à 12:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]