ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

10-06-13

Goûtu onirisme

Hey, franchement, quand vous décidez de passer près de 15 heures dans un gigantesque #pilotmarathon (oui, ça a commencé à 10h du matin...), comment vous vous voyez finir la journée ? En apothéose, non ? Alors quel autre choix pouvais-je faire que de me diriger vers LA série qui met tous les téléphages de ma timeline d'accord sur Twitter ? Cap sur le pilote de Hannibal, donc, pour conclure cette journée forte en émotions.
...Pauvre whisperintherain qui va maintenant devoir passer sur le grill à son tour !

Hannibal

Le "buzz". Un petit mot qui circule à la vitesse de la lumière, comme, prétendûment, le concept sur lequel il porte. Le buzz, c'est le bouche-à-oreilles, non, plus discret encore, c'est ce petit bourdonnement dans le fond de votre tête qui semble souffler en permanence le titre d'une série qu'il faut absolument que vous regardiez. Mais qui vous a dit cela ? Tout le monde et personne à la fois.
C'est comme ça qu'un dimanche soir, on se met devant Hannibal. En jetant, sans même avoir vu les premières images du pilote, des coups d'oeil derrière soi (il faut vraiment que j'installe des rétroviseurs à mon bureau !). Pas rassurée. Je suis une chochotte, Bryan Fuller ne va faire qu'une bouchée de moi, c'est sûr !

Et puis finalement, non, ça va. Je m'attendais à pire. Le pire est peut-être à venir, c'est possible aussi. C'est très possible aussi. Mais, anesthésiée par le buzz, je serais presqu'un peu déçue de n'avoir pas plus été mise au défi. De n'avoir pas senti une petite remontée acide, quelque chose...

Attendez, non, stop. On arrête tout. QUOI ?!
Depuis quand est-ce que l'on recherche dans une série : le dégoût ? A quel jeu terriblement malade et dangereux joue-t-on quand on guette le moment où Hannibal, ou n'importe quelle autre série, va devenir vraiment écoeurante ? Je ne vous parle pas des litres de sang, ou des éventuelles scènes un peu choquantes, non, le spectateur qui se met devant Hannibal attend vraiment qu'on lui sorte le grand jeu. On ne s'attable pas devant une fiction sur un cannibal à l'intelligence perverse pour regarder des flaques de sang ! On veut des hauts le coeur, on veut détourner sincèrement les yeux, on veut pouvoir dire qu'on a quand même regardé une scène particulièrement atroce. Se met-on réellement devant Hannibal pour se faire peur, ou plutôt pour guetter quand le pire va se produire ?
Le pilote de Hannibal se joue de ces attentes. Avec un délice qui n'est pas moins pervers, on nous conduit à attendre, avec le même état d'esprit malsain que celui des deux protagonistes principaux, le moment où OH MON DIEU NON, le moment où le tabou va être franchi. Et ces séquences-là, Hannibal rechigne à les servir tout de suite, pour les servir sous forme de scènes de cuisine ou de gastronomie raffinées. Vous avez voulu être révulsés ? Pas de chance, Hannibal a sorti l'argenterie.
C'est qu'on est taquin, dans le cerveau de Fuller... Joueur, c'est sûr. Un peu mauvais aussi, dans le fond.

Au milieu de tout ça, Hannibal délivre dans un tout autre registre. Un registre qui n'a que peu à voir avec la dégustation d'organes humains. C'est, une fois de plus, dans le monde de l'imaginaire que Bryan Fuller va chercher ses délires, et non dans l'ostensible.
Curieusement, c'est le "gentil" qui se révèle le plus ignoble à suivre au quotidien pour le spectateur, en la personne de Will Graham. Torturé, mais surtout doté d'un cerveau fonctionnant de façon un peu atypique (il se décrit comme proche de l'autisme et d'Asperger), Will est capable de penser comme des sociopathes... comprendre qu'il est capable de partager une partie de leur fonctionnement, et même de leurs fantasmes. L'aspect cauchemardesque de Hannibal se loge là-dedans. Dans ces séquences qui échappent au contrôle de Will, et où il ressent la pulsion de destruction (mais de destruction animée de sentiments, et avide d'une certaine beauté, en un sens) de ceux qu'il traque.

Le pilote va passer beaucoup plus de temps à nous effrayer au sujet de Will, et des images proches de l'hallucination qui lui apparaissent, qu'à nous rappeler que Lecter représente un danger. Après tout, le second sait se tenir et se contrôler, quand le premier est totalement victime de ses visions, de ses pulsions, de ses envies, et même de son propre corps, comme ses suées le prouvent. C'est assez brave d'en avoir fait le "gentil", celui sur lequel le spectateur fait mine de compter pour rétablir la vérité et peut-être même la Justice, quand il apparait comme plutôt évident qu'il ne fait pas le poids face à un Dr Lecter méticuleux, attentif, pesant le moindre de ses mots, et au regard scrutateur.

Le mélange n'aboutit pas au résultat anticipé, c'est certain. Mais c'est tant mieux. Le raffinement de la réalisation parachève l'impression de se faire trimbaler par un showrunner qui prend un plaisir morbide à nous donner envie du pire, tout en nous permettant d'attraper, du bout des lèvres, quelques morceaux de cauchemar esthétisé : "vous voulez de l'horreur ? Vous voulez vous écoeurer un peu vous-mêmes de regarder Hannibal ? Eh bien soit, mais même ça, vous ne l'aurez pas de la façon attendue".
On s'en délecte, on s'en lèche les babines à l'idée d'en déguster une nouvelle bouchée. Mais de vous à moi, je n'aime pas trop la téléphage que Hannibal révèle. Il n'y a pas de rétroviseurs pour garder un oeil sur celle-là...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 00:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-06-13

Même pas peur

Il est de notoriété "publique" que je suis facilement impressionnable. Les quelques posts dans lesquels j'ai évoqué The Walking Dead le confirment, en cas de doute. Et du coup, c'était pas trop mon année, entre The Following, Hannibal, Hemlock Grove et autres Bates Motel, sans parler de la nouvelle saison d'American Horror Story, j'avais de grandes chances pour dormir lumières allumées pendant une bonne partie de la saison. Jusque là, en-dehors de The Following (dans laquelle le plus atroce était sûrement le scénario), je ne m'étais pas trop risquée à aller regarder ce qui s'était fait dans le domaine du gore et/ou de l'horreur. Mais à la faveur du #pilotmarathon, j'ai décidé de me prendre en main, et me voilà à toquer à la porte du Bates Motel...

BatesMotel

C'EST TOUT CE QUE T'AS, NORMAN BATES ?
Evidemment, je m'attendais à bien pire : c'est le propre des petites natures. On commence à nous dire que quelque chose est malsain, on nous le vend comme sûrement un peu choquant, et on nous rappelle que c'est prequel d'un célèbre film d'épouvante (que je ne me suis, pour les mêmes raisons, pas amusée à regarder ; déjà pas courageuse, alors téméraire...), et tout de suite on se fait des idées. On prend des précautions. On programme une touche d'appel rapide pour les urgences. On pose des miroirs autour du bureau pour garder un oeil sur la porte d'entrée. On camoufle un ours en peluche près de l'écran de l'ordinateur. Ce genre de menus détails auxquels on reconnaît les chochottes comme moi, quoi.
...Et finalement, en-dehors, attention au spoiler après la virgule, d'une scène de viol insoutenable (j'aime à penser que c'est le propre d'une scène de viol, à la rigueur), vraiment ça s'est très bien passé.
Fin du spoiler.

Ah, je ne dis pas qu'on s'éclate, dans Bates Motel. Faut ptet quand même pas pousser. Mais enfin, même la relation mère-fils malsaine, finalement, on s'y fait. C'est atroce à dire, mais une fois qu'on a compris la dynamique entre les deux personnages, on ne voit même plus qu'à moitié le problème.
D'ailleurs, maintenant qu'on en parle, je crois que ma tolérance aux familles profondément dysfonctionnelles est inversement proportionnelle à ma tolérance aux scènes de violence, à la réflexion. Pas encore décidé de ce qui était pire...

Mais enfin, voilà, finalement, en-dehors d'une scène un peu difficile (et je doute qu'il s'en passe une comme ça à chaque épisode, en plus), j'avoue mal comprendre l'intérêt de Bates Motel. Encore une fois, je n'ai pas vu le film, et ça m'aiderait sans doute à saisir des enjeux que je ne vois pas pour l'instant (sans même parler des références qui apparemment pullulent dans ce premier épisode, d'après ce que j'ai cru lire çà et là), mais sans avoir vu le film, je me dis que je ne comprends pas le soucis.
Peut-être que le soucis devrait venir d'une séparation entre Norman et Norma, d'une fissure, d'une rupture brutale. Mais comme ceux-ci passent leur temps à se réaffirmer leur tendre romance mère-fils, bon, non, je les trouve finalement plutôt pépères.

Ah ah ah, c'est tout ce que t'as, Norman Bates ? Si c'est comme ça, je commence Hannibal !
...Arrêtez-moi, je vais me faire du mal.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 16:44 - Review vers le futur - Permalien [#]

23-04-13

Les séries sont-elles toujours aussi créatives ?

BlogFestivalSeriesMania
Hier, les festivités de la 4e édition de Séries Mania débutaient avec une table ronde au sujet légèrement polémique : "les séries américaines sont-elles toujours créatives ?". Anne-Sophie Dobetzky (réalisatrice de documentaires), Pierre Langlais (Le Mag Séries), Alexandre Letren (Season One), Dominique Montay (Daily Mars) et Léo Soesanto (Les Inrocks) étaient réunis autour de Thomas Destouches (Allociné) pour répondre à cette épineuse question, et quelques autres.
Voici l'essentiel à retenir sur cette discussion d'un peu plus d'une heure trente.
Note : survolez les illustrations de cet article pour plus de détails sur les exemples évoqués par les intervenants.

- Introduction : c'est quoi la créativité ?


Pour Anne-Sophie Dobetzky, "on ne peut pas toujours révolutionner le genre", mais elle estime qu'il existe des fictions bien produites, donc créatives. Léo Soesanto objecte que la télévision est le genre-même du déjà vu : "on a besoin de choses familières à la TV" ; pour lui, aujourd'hui, la créativité se loge dans la déconstruction et les limites qu'on peut repousser, par exemple dans la représentation du sexe ou de la violence. Cependant, "il ne faut pas confrondre la créativité à tout prix et la qualité", c'est l'originalité et l'intelligence du ton qui font la différence. Alexandre Letren approuve et précise que la créativité ne se loge pas nécessairement dans l'inédit : "ce n'est pas ce qui a été déjà fait, mais comment on le fait". Dominique Montay et Pierre Langlais s'accordent à souligner que la qualité n'est pas forcément synonyme de créativité : "ne pas confondre créativité, originalité à tout prix et qualité de ce qu'on nous propose !". Au contraire, "Plus les concepts de séries sont précis, tel que le high concept, plus il est difficile d'être créatif à l'intérieur de celui-ci".

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - les networks

Tout le monde autour de la table ronde s'accorde à dire que les cinq grandes chaînes américaines (ABC, CBS, Fox, NBC et The CW) ne sont pas dans une recherche active de l'innovation. Pour Dominique Montay, "les networks se rassurent", comme le font les grands studios de cinéma, en déclinant des recettes dont ils pensent tirer un succès facile et immédiat. Léo Soesanto précise que les networks sont dans le suivisme, et suivent des modes nées sur le câble. C'est le marche-ou-crève qui règne selon Alexandre Letren : "on cherche des formules efficaces tout de suite". Pierre Langlais avance qu'un peu plus de latitude est peut-être accordée aux comédies. Un sondage lancé par Allociné a demandé quelles étaient les séries les plus créatives ; sont mentionnées Community, Fringe, Lost, Last Resort ou encore Chuck : des séries qui, en grande majorité, n'ont justement pas trouvé leur audience, ou ont échappé plusieurs fois à l'annulation.

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - le câble

Tout le monde s'accorde sur une chose : le câble va plus loin. Mais pour Dominique Montay, même le câble américain ne prend pas de risque dans ce qu'il montre, il s'adapte. Pierre Langlais précise que le câble a la quasi-exclusivité du feuilletonnant, délaissé par les séries de network, le format feuilletonnant étant un rempart ; Alexandre Letren acquiesce : "si le feuilletonnant n'est pas le seul critère de la créativité, c'est la raison d'être des séries", et ajoute que le câble s'empare de sujets complexes. Pierre Langlais poursuit : c'est aussi là qu'on trouve non pas seulement de la violence ou du sexe, mais aussi simplement des concepts dérangeants, comme le font plus volontiers les séries britanniques. Anne-Sophie Dobetzky objecte que le câble ne doit pas non plus se lancer dans une course au "trash", il faut raconter, pas simplement choquer. "Le câble US est devenu le refuge des genres dédaignés au cinéma, du musical au péplum en passant par le gore", explique Léo Soesanto, mentionnant plusieurs séries de genre qui y ont trouvé le succès, comme Game of Thrones.

   

- Le "syndrome de la photocopie" est-il incompatible avec l'ambition ?

Le "syndrome de la photocopie" (un terme de Thomas Destouches) regroupe toutes sortes de cas dans lesquels les séries ne sont pas basées sur une idée originale. Il en existe plusieurs types, chacun ayant ses spécificités...

...Le remake

Ce sont souvent des séries nées à l'étranger, et reprises aux USA, car leur version d'origine n'y sera jamais diffusée. Pierre Langlais précise que tout l'intérêt est justement de voir comment une histoire sera repris et modifiée. Anne-Sophie Dobetzky évoque le procédé adopté pour reprendre au contraire une vieille série et la remettre au goût du jour : la communication joue notamment un grand rôle, notamment via le transmédia, qui permet aux spectateurs de se réapproprier une série au succès passé. Léo Soesanto précise que ce n'est pas toujours possible : certaines séries appartiennent à une époque et ne peuvent pas en sortir ; beaucoup s'y sont essayées, peu ont réussi à trouver leur public. Mais il faut faire la différence entre une adaptation et un remake, insiste Pierre Langlais ; cependant, dans les deux cas, il est possible de faire quelque chose de réussi.

   

...Le spin-off

Il naît bien souvent d'un personnage qui apparait dans une série, et qui devient le héros de sa propre fiction. Mais cela pose le problème de la qualité : le spin-off peut-il être meilleur que la série qui lui a donné naissance ? Pour les intervenants, cela se juge essentiellement au coup par coup. Léo Soesanto précise que tout dépend du personnage sur lequel repose la série.

   

...Le prequel

Le prequel revient sur la genèse d'une série, et en raconte les origines ; Thomas Destouches précise que les limites sont que, bien-sûr, le spectateur en connaît le dénouement. Mais c'est le cheminement qui a de la valeur, indique Léo Soesanto : "c'est une relecture intéressante, un moyen de revisiter un personnage culte" ; quant à Alexandre Letren, il estime qu'on fait confiance au spectateur pour s'amuser avec la série des références employées.

   

...Le "formatage"

Il s'agit ici de reprendre une recette qui a fait ses preuves, et de la décliner en une nouvelle série. La formule peut même être particulièrement rigide, aussi bien dans la structure de l'épisode lui-même que dans les codes visuels et musicaux, à l'instar de la franchise Law & Order.

   

...L'adaptation

Lorsqu'il existe un matériau d'origine (roman, comic book, etc.), le défi de l'adaptation est à la fois d'utiliser le support initial tout en développant un univers compatible avec les attentes des spectateurs.

   

Le "syndrome de la photocopie" et le monde

...La domination des Etats-Unis

Pourquoi les séries américaines semblent-elles dominer ? Dominique Montay insiste sur les moyens et la présence historique du marché américain dans le panorama ; la quantité de séries permet l'équilibre, ainsi, précise-t'il, parce que les chaînes sont elles aussi nombreuses, et n'hésitent pas à s'adresser à une niche. Pour Anne-Sophie Dobetzky, il faut aussi prendre ne compte les budgets conséquents ; elle mentionne aussi le modèle de fabrication lui-même, notamment le "pool d'auteurs", repris par d'autres pays. Sur une note moins technique, Alexandre Letren s'exclame : "les séries, ils aiment les faire, tout simplement !", et compare avec la France, où l'on estime que la télévision est un art mineur. La situation américaine tend un miroir aux télévisions européennes : Pierre Langlais précise que le nombre d'épisodes inférieur des britanniques, par exemple, ne tente pas les chaînes françaises, ce qui explique que les séries d'outre-Manche investissent moins les écrans français. Alexandre Letren conclut que les Etats-Unis ont su donner au monde l'illusion d'une universalité dans leurs séries.

Sur Allociné, un sondage a montré que 63% des internautes estimait que les séries américaines étaient toujours créatives : un bon chiffre ! Encore heureux, explique Pierre Langlais : si on ne le pense pas, il vaut mieux éteindre la télévision. Lorsque Thomas Destouches qui demande si la télévision américaine vit un âge d'or, les intervenants ont du mal à s'entendre. Certes, explique Léo Soesanto, il y a eu de grandes séries récentes comme Lost ou 24 heures chrono, mais elles n'ont pas trouvé leur successeur, sauf à considérer Revolution ou Once Upon a Time qui en reprennent les codes. Pour Dominique Montay, au contraire, tout n'est qu'évolution ; après tout il faut remonter dans les années 80 pour comprendre comment la télévision américaine est parvenue à un âge d'or.

"Ce n'est plus l'âge d'or, c'est l'âge des pépites", tranche Pierre Langlais qui explique que les records absolus d'audiences ne seront plus réitérés, et que désormais, c'est la façon de découvrir les séries qui a changé. A l'origine, "la télévision est la communion d'un public", objecte Léo Soesanto : quand pour un film, on partage l'expérience pendant 1h30 avec une salle, pour une série, on la partage avec des millions de personnes pendant des semaines. Mais désormais, "les contenus innovent moins, mais les contenants évoluent", ajoute-t'il.

   

...Internet renouvelle-t'il la créativité ?

Les webséries sont-elles l'avenir de l'innovation "télévisuelle" ? Léo Soesanto observe que pour le moment, l'innovation n'est pas vraiment au rendez-vous dans les synergies, entre les séries diffusées à la télévision et leur webisodes sur internet. D'un autre côté, l'avantage d'internet, pour Pierre Langlais, est que la websérie permet à des gens qui n'ont pas de moyens ou de réseau d'exposer leur travail.

...La créativité en France

Dans l'Hexagone, les intervenants sont plutôt d'accord : ce sont Canal+ et arte qui proposent des séries les plus créatives ; Léo Soesanto précise que Canal+ a calqué son modèle sur celui des chaînes du câble US, et que le budget est plus conséquent que sur les autres chaînes françaises. Alexandre Letren souligne qu'OCS est une chaîne à surveiller, mentionnant des séries telles que Lazy Company ou QI, et quelques projets à venir intéressants ; il ne faut pas oublier non plus France 3 avec Un Village français. Il souligne aussi que la mission du service public ne devrait pas être, contrairement à ce qui peut être dit, de contenter tout le monde ; l'exemple de la BBC au Royaume-Uni le démontre bien. Pierre Langlais déplore que TF1, qui en aurait pourtant les moyens comme l'impact auprès du public, n'affiche ni ambition, ni ligne éditoriale claire dans le domaine des séries.

   

...Et ailleurs ? L'exemple de la Scandinavie

L'innovation à la scandinave ? Dominique Montay relativise : le sujet de ces séries n'est pas toujours original, c'est en revanche tout le traitement qui fait la différence. Ces séries reprennent des codes qui ne sont pas révolutionnaires, complète Pierre Langlais, en revanche, les auteurs y ont une grande liberté de ton. On s'y appuie sur un savoir-faire issu du cinéma, explique Léo Soesanto, et on exploite les spécificités locales. Pierre Langlais conclut que ces séries sont excitantes pour le spectateur français, elles ont une forme d'exotisme, nous font voir des choses différentes... et on regarde bien les séries pour ça !
Et la prochaine vague de séries étrangères ? Pourquoi pas en Espagne, par exemple, suggère Léo Soesanto.

...Evidemment, il s'est dit bien d'autres choses ! Mais vous avez là l'essentiel des discussions. Sachez que, si vous avez manqué cette table-ronde, ou si vous souhaitez simplement la revoir, Allociné mettra en ligne sur son site une version montée de sa captation ce vendredi 26 avril.

Posté par ladyteruki à 12:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

15-03-13

Communiqué officiel de l'Union Intersyndicale des Psychopathes de Télévision

IUPT-LOGO

Los Angeles, 15 mars 2013

Une avancée qui marquera les esprits


L'Union Intersyndicale des Psychopathes de Télévision (UIPT) se félicite du lancement lundi de Bates Motel, et adresse ses remerciements les plus vifs à A&E pour son implication dans notre lutte. Cette initiative ne peut que contribuer à améliorer la visibilité d'une minorité sur le petit écran.

En effet, en dépit des avancées successives de ces dernières années, l'UIPT tient à rappeler qu'à l'heure actuelle, la télévision américaine diffuse plus d'une quinzaine de séries dans lesquels les héros sont montrés comme étant au service de la loi et relativement stables psychologiquement, contre moins d'une demi-douzaine seulement de séries choisissant de suivre des déséquilibrés criminels, généralement sur le câble de surcroît. Parmi les quelques séries contribuant à la réhabilitation de notre communauté, mentionnons Dexter, American Horror Story, et désormais Bates Motel. Cette discrimination n'aide en rien les professionnels et simples amateurs sévissant dans le pays, et en particulier, ne facilite pas la banalisation de leur image aux yeux du grand public, contribuant ainsi à envenimer chaque année les relations de milliers de psychopathes avec leurs victimes potentielles.
Pour rappel, la surreprésentation policière à la télévision a été déclarée "grande cause nationale" par l'UIPT, qui s'engage sur ce terrain pour la 13e année consécutive, année anniversaire s'il en est.

Dans son rapport 2012, l'UIPT relevait que "la traque systématique dont nos pairs font régulièrement l'objet dans la majorité de ces fictions est le symbole de la violence d'une société envers ses propres sociopathes". Ainsi, The Following, dont nous nous réjouissions de l'apparition dans un précédent communiqué, bien que plaçant notre confrère au centre de l'intrigue, montre une fois de plus celui-ci sous un angle peu flatteur. De grands efforts peuvent, et doivent, être fournis par tous afin que ces pratiques disparaissent.
A ce titre, l'UIPT souligne la démarche positive d'A&E et de Bates Motel, qui prend le parti de s'arrêter sur la jeunesse de notre confrère, et non sur sa capture. Un progrès dont l'UIPT se réjouit, espérant qu'il inspirera d'autres fictions.

Enfin, l'UIPT réaffirme sa joie à l'idée de voir débuter prochainement Hannibal, une fiction mettant en vedette l'un de nos plus estimés confrères, dont le lancement sur un network ne pourra que permettre de poursuivre la lutte contre les inégalités que nous déplorons depuis de nombreuses années.

Inspirée par toutes ces initiatives télévisuelles, la présidence de l'UIPT achève d'organiser une "Psycho Pride" courant 2013 ; les dates de nos manifestations, ainsi qu'une liste de blanchisseries parrainant l'évènement, seront rendues publiques dans un prochain communiqué.

On vous tuera tous,
bien cordialement.

Empreinte

 

 

 

 

Red John
Président de l'UIPT

Posté par ladyteruki à 00:12 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

30-01-13

They don't have a name for what it is

Je commence un peu à désespérer de ce mois de janvier américain, je vous l'avoue. whisperintherain et moi-même avons résolu de regarder puis reviewer un maximum de pilotes cette saison, mais parfois cela ressemble à un sacerdoce. Les déceptions se multiplient et du coup, à chaque pilote, les espoirs sont plus grands encore. Le pilote de The Following sera-t-il celui qui remontera la moyenne de cette morne mid-season ? Sans plus de suspense, la réponse...

TheFollowing

Soyons réalistes : l'écriture de séries, ce n'est pas de la médecine de pointe.
On ne saurait exiger des scénaristes, comme on le fait des praticiens, qu'ils aient une obligation de formation continue afin de se tenir au courant des dernières innovations. Oh, évidemment, on peut se perdre en conjectures, et imaginer que des séminaires gigantesques seraient organisés afin de disséquer la structure narrative expérimentale d'un collègue ; que des visiteurs scénaristiques viendraient régulièrement faire le tour des writers' room avec des échantillons de scripts ultra-performants ; et que, pour finir, les spectateurs maltraités par des épisodes piteux pourraient se retourner contre les scénaristes peu scrupuleux pour négligence caractérisée.
Mais nous ne vivons pas dans ce genre de société, et jusqu'à nouvel ordre, rien n'oblige un scénariste, ou une équipe de scénaristes, à se tenir au courant des "avancées" narratives des séries de la concurrence.

Mais tout de même. Il y a des questions à se poser sur une série qui aurait pu être écrite exactement de la même façon dix années plus tôt. C'est le cas de The Following, qui fait peu de cas de tout ce que le spectateur a pu voir, sur le sujet du crime ou pas, depuis. Et Dieu sait que des criminels, on en a vu défiler quelques uns !

Il est très triste, pour ne pas dire pénible, de voir une série s'intituler "following" et, par exemple, traiter aussi mal la façon dont son personnage de psychopathe a pu se créer un réseau de "suiveurs". Et ce n'est pas un point de détail : quand un enquêteur soit-disant très qualifié prétend que Joe Carroll a trouvé des admirateurs via "dedicated web sites, over a thousand blogs, chat rooms, online forums", il y a de quoi rester sceptique... Vraiment ? Et pas les réseaux sociaux ? Comment peut-on lancer un thriller moderne, une partie d'échecs avec un esprit extrêmement intelligent et machiavélique, et l'écrire encore comme si les moyens d'accomplir un plan ou de créer un réseau terrifiant sur internet étaient les mêmes qu'il y a une décennie ?
Ce n'est pas anodin parce que ce genre de choses montre combien The Following est peu engagée dans son sujet, celui dont elle porte le nom, celui de la quasi-secte qui se crée autour de son criminel ; la série tente juste de reprendre à son compte des recettes vue des dizaines de fois, le face à face entre Carroll, le criminel à l'intelligence dangereusement fascinante, et Hardy, le justicier brisé qui ne vit que pour son enquête ; il s'agit tout juste de les rafraîchir, et encore. Je n'ai à l'heure actuelle vu que le pilote de The Following, évidemment, mais je ne suis pas totalement convaincue de l'absence de redondance entre The Following et Hannibal, par exemple, tant le face à face me semble similaire pour le moment.
Ce qui devrait faire toute l'originalité de The Following semble n'avoir pas été vue comme un véritable outil, mais plus comme un gadget scénaristique permettant de cyloniser les "bad guys" de la série : attention, ce pourrait être absolument n'importe qui, et nous nous réservons le droit à tout instant de lever le voile sur une partie du réseau tentaculaire de l'ennemi de notre héros.
Dans cette perspective, The Following ne fait pas grand'chose d'autre que de jalonner son épisode inaugural de visages dont on finit par se douter, au bout de trois quarts d'heure, qu'on ne peut leur faire confiance (ce sera notamment le cas à la toute fin du pilote, d'une fénéantise à faire peur, et prévisible au possible ; c'est emmerdant, on parle là de la scène de fin du pilote, supposée donnée des frissons partout pour revenir la semaine suivante).

Sur un aspect similaire, les références assez peu fines et à peine plus subtilement infusées à l'oeuvre de Poe, martelées à n'en plus finir jusqu'à ce que le spectateur, exaspéré, brûle sa bibliothèque dans un ultime accès de rage, montrent le plus souvent que la littérature cauchemardesque de l'auteur a fait l'objet de lectures soutenues de la part des scénaristes, mais qu'il n'en a été fait aucune interprétation pour la série, plaquant l'oeuvre du romancier américain comme on plaque un diagnostic psychiatrique. La fiche de lecture est assez scolaire, à plus forte raison lorsqu'elle s'applique à du profilage : Poe écrivait ci, donc Carroll veut faire cela. Le ton professoral des enquêteurs donne de surcroît plus l'impression d'assister à un cours magistral que d'entrer dans la tête du tueur.
Il aurait peut-être fallu pénétrer réellement dans l'univers de l'écrivain, provoquer une immersion quitte à créer le malaise ; mais cela aurait impliqué trop de recherche esthétique, sans doute, pour que The Following ne s'y risque. On se contentera donc de quelques tirades littéraires un peu plaquées du genre : "He cut out his victims' eyes as a nod to his favorite works of Poe, The Tell-Tale Heart and The Black Cat. See, Poe believed the eyes are our identity, windows to our soul. To classify him as a piquerist would be... too simplistic".
Que The Following ne parte pas du principe que son spectateur connait Poe sur le bout des doigts est une chose (dont je la remercie, car moi-même ne me pose pas en experte), mais qu'elle se contente de quelques poncifs strictement pédagogiques n'aide pas vraiment à se mettre dans l'ambiance. Or, l'ambiance, dans un thriller, n'est-ce pas supposé être important ?

Ce n'est pas que The Following n'ait que des défauts, cependant.
Même si ses personnages sont posés très exactement là où on les attend, avec un héros abimé et à peine fonctionnel qui va quand même reprendre du service, et un monstre poli et cultivé qui charme son prochain aussi sûrement qu'il espère le dépecer, avec une rimbambelle de seconds rôles transparents, ces personnages parviennent à se trouver quelques scènes réussies.
En particulier, Ryan Hardy, incarné par Kevin Bacon, a quelques bonnes scènes assez émouvantes que je ne m'attendais pas de trouver avec un tel degré. Ce personnage conçu pour être cassé d'emblée s'étoffe grâce à la pratique fréquente des flashbacks, parfois un peu brutaux dans la façon dont ils sont amenés sur le tapis, mais plutôt bien construits pour glisser un doigt prudent sur les craquelures du héros et sentir les aspérités de sa carcasse blessée. Ces séquences fonctionnent parce que The Following réussit en fait plutôt bien en matière de drama, rendant son personnage accessible au spectateur, ce qui compense pour l'aspect thriller sans surprise que j'évoquais plus haut. Le rapport que Hardy entretient avec plusieurs figures de la première enquête autour de Carroll, essentiellement féminines, est montré sous un angle qui parfois parvient même à être touchant. Vu le rythme enlevé de l'épisode, les flashbacks réguliers à différents moments de la timeline du héros, et le nombre de personnages introduits en général, on pourrait presque parler de prouesse tant cela n'était pas franchement garanti d'emblée. Et c'est tant mieux, car c'est la seule et unique raison pour laquelle le final de l'épisode parvient à arracher quelque émotion au spectateur.

Cependant, là encore et même là, il y a quelques bémols. En-dehors du duo central formé par les némésis Hardy/Carroll, les personnages qui gravitent autour d'eux sont creux et transparents ; chacun se conforme à son stéréotype, la fliquette dure, le jeune chien fou passionné, etc... Le problème c'est que ces personnages n'ont pas l'honneur d'un approfondissement tel que celui dont Hardy profite, et à travers lui, Carroll.
Les personnages féminins, en particuliers, sont d'une énorme lourdeur : la pseudo-partenaire mal lunée qui ne se laisse pas faire et garde le regard froid, la victime perpétuelle qu'il faut à tout prix protéger, et l'ancien amour pour lequel la passion brûle toujours. Si l'un ou l'autre de ces personnages (pourtant pas trop mal castés à vue de nez) peut offrir la moindre profondeur à l'avenir, ce sera un véritable élément de surprise (mais j'ai cru comprendre qu'au moins l'un de ces personnages n'était déjà plus présent dans l'épisode 1x02 ; on verra). Non qu'une série se juge à l'aune de ses personnages féminins, évidemment, mais l'abus de cliché nuit gravement à la santé.

Bien plus consensuelle qu'elle ne veut bien l'admettre, The Following n'a pas beaucoup à offrir au spectateur exigeant.
Elle remplit son office, bien-sûr : c'est la moindre des choses. Le pire qui puisse lui arriver est de perdre son efficacité, toute balisée soit-elle par les codes du genre.
Mais pour le reste, on peut se brosser : aucun passage de ce pilote ne fait la moindre démonstration d'une envie de nous couper le souffle ou de nous retourner, si ce n'est à travers quelques visions cauchemardesques et souvent sanglantes qui, je suis au regret de vous le dire, ne m'ont pas émue (par contre je me suis tordue d'horreur devant Utopia, donc je pense pouvoir avancer que ça ne vient pas du fait que je sois blasée). Il n'y a pas de concept foudroyant derrière The Following, il n'y a pas non plus, pour autant qu'on puisse en juger ici, de bouleversement dans la façon de conduire l'investigation, il y a simplement l'envie de faire du neuf avec du vieux.
D'aucuns s'en satisferont, je n'en doute pas. Mais je n'en ferai pas partie.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:28 - Review vers le futur - Permalien [#]

07-03-12

No wonder

BlackMarch

Rappelez-vous, c'était jeudi dernier, j'entamais un marathon Wonderfalls, nous étions alors jeunes et innocents, c'était le bon temps. Ma dernière intégrale pour la série remontait, selon toute vraisemblance, au moment où les épisodes non-diffusés se sont montrés, hm, disponibles, et depuis je n'en avais vu que quelques uns en dilettante. Autant dire que mes souvenirs étaient flous.

Et je les aimais bien comme ça, mes souvenirs. Je sais pas, ça avait quelque chose de presque romantique de penser à cette série que j'avais bien aimée et qui reposait là, quelque part, dans les limbes où reposent les séries jadis aimées et disparues si vite, trop vite. Se lancer dans une intégrale était, sans aucun doute possible, une initiative charmante, sympathique et tout ce qu'on veut, mais c'est un peu comme rouvrir une plaie parfaitement cicatrisée : ça relève quand même un peu du masochisme. Cette intégrale Wonderfalls m'aura rappelé à quel point j'aime l'univers de Bryan Fuller. Et à quel point celui-ci est fragile face aux questions d'audiences et de renouvellements. C'est ma faute, je n'avais qu'à tomber sous le charme de l'esprit de Jerry Bruckheimer après tout.

NoWonderWhytheWonderfalls
Malgré mon enthousiasme et ma tendresse pendant ce visionnage, je suis obligée de reconnaître que j'ai vu en Wonderfalls des défauts que je n'avais pas remarqués plus tôt, ou pas mémorisés peut-être. Il faut préciser cependant qu'assez peu d'histoires m'étaient restées en tête, au profit d'une simple sélection de scènes un peu plus marquantes que les autres.

D'abord, ce qui était assez dérangeant avec ce marathon Wonderfalls était l'impression d'avoir affaire à une série à la chronologie épouvantablement floue. Je passe sur le fait que mes épisodes, sur ma cagoule personnelle, n'étaient pas numérotés dans l'ordre apparemment officiel (tel que trouvé sur IMDb par exemple), puisque je me suis bien vite aperçue de la bévue et ai suivi ce guide à la place de ma numérotation. Mais même comme ça, l'enchaînement ne faisait pas beaucoup sens. On ressent de façon assez nette la dispersion des intrigues : alors que le pilote mettait en avant la façon dont Jaye allait se rapprocher de sa soeur Sharon, cette proximité allait vite être tenue pour acquise, avant de se tourner vers une complicité un peu plaquée au premier abord, mais beaucoup plus détaillée, avec son frère Aaron. Lequel se prend de passion pour les extravagances de Jaye sans vraiment bénéficier d'une storyline très stable, puisqu'à intervalles réguliers, ses interrogations métaphysiques et/ou sur la santé mentale de sa frangine sont balayées par les intrigues amoureuses de celle-ci. N'allez pas croire pour autant que cette intrigue aura toutes les faveurs des scénaristes puisque par exemple l'avant-dernier épisode, dans la réserve indienne, en fait totalement abstraction.
Cette inconstance est certainement, en partie, due au flou qui semble ou a semblé entourer pendant longtemps l'ordre officiel des épisodes, mais quand même les résumés des épisodes précédents et les références internes dessinent une chronologie de fait, il faut bien avouer dans ce cas que le problème ne vient pas simplement de l'ordre de visionnage. Contrairement à d'autres séries, Wonderfalls ne semble pas parvenir à avancer sur tous les fronts à la fois de façon régulière, et du coup c'est un peu inconfortable de voir une intrigue supposément capitale être reléguée plus ou moins temporairement.
J'ai peine à croire ce que je vais dire, mais dans ce cas il fallait peut-être se limiter à un formula show.

Il y a ainsi beaucoup à dire de la vie sexuelle de Sharon qui, même si on imagine que c'est en grande partie grâce aux exécutifs de la FOX, rompt avec sa petite amie, avant d'être mystérieusement en couple avec elle à nouveau quelques épisodes plus tard, et dont la vie amoureuse sombrera dans le chaos avant et après cela. De la même façon, difficile de comprendre comment le vol de la statuette de singe peut passer à l'as pendant autant d'épisodes avant d'être mystérieusement ramenée sur le tapis afin de consacrer un épisode au psy. Que n'a-t-elle pas été restituée entre temps par la mère de Jaye qui prétendait que le psy refusait de la recevoir tant que l'objet ne lui avait pas été rendu ? Sans parler de la femme de ménage qui surgit de nulle part dans le 5e épisode, soi-disant alors qu'elle a quasiment élevé les enfants de la famille Tyler, et qui n'a même pas la bonne grâce de réapparaitre ensuite...
A n'en pas douter, voilà des errances qui ont coûté cher à la série autant qu'elles ont probablement dû participer à sa quête pour la survie. Dans le cadre d'un marathon de moins d'une semaine, on recolle facilement les morceaux, le cerveau fait vite la gymnastique nécessaire pour réorganiser les choses à peu près chronologiquement ; pour les épisodes initialement diffusés (une minorité, il est vrai) à une semaine d'écart, c'était forcément un problème d'une toute autre ampleur.

Au milieu de ce chaos, on se prend, ou reprend, d'affection pour la plupart des personnages, même si Jaye quitte bien vite ses habits de grande sarcastique pour devenir une héroïne plus classique, notamment au cours de son intrigue amoureuse avec Eric. Son entourage est en tous cas solide, à commercer par Mahandra, parfaite en meilleure amie qui ramène les pieds sur terre mais n'existe pas qu'au travers de l'héroïne, de Sharon, grande soeur hilarante grâce au don inné de Katie Finneran pour la comédie (on ne le croirait pas aujourd'hui en la voyant se compromettre dans I hate my teenage daughter...), Aaron, le petit frère qui fouine partout mais qui n'est pas agaçant grâce à son air un peu dans la lune, inoffensif, et les parents, qui bien qu'en retrait, forment toujours un très bon tandem, efficace à merveille lorsqu'il s'agit de souligner l'absurde d'une situation.

Et l'absurde, Fuller s'y connait. Certains savent extraire l'humour de l'absurde, Fuller en tire de la magie. C'est d'ailleurs incroyable de voir à quel point Wonderfalls est le chaînon manquant entre Dead Like Me, déprimante et consacrée à un travail d'introspection jamais tout-à-fait noir (justement grâce à l'absurde), et Pushing Daisies, avec son grain de folie entièrement assumé et son univers définitivement fantasque. Ca commence à être particulièrement visible, et ce n'est probablement pas une coincidence, dans l'épisode au cours duquel Jaye tente de se porter au secours d'une nonne. On y retrouve l'envie de déconner comme la quête intérieure, qui sont des constantes dans l'univers de Fuller à ce jour (m'étonnerait un peu que Hannibal nage dans ces eaux-là ; Mockingbird Lane, si elle voit le jour, a par contre plus de chances d'être un nouveau maillon de cette chaîne), avec une véritable oscillation entre un propos ouvertement interrogateur sur la spiritualité (tendance introspective de Dead Like Me, donc) et situations rocambolesques laissant s'échapper une part indiscutable de tendresse véritable (plutôt du domaine de Pushing Daisies). Même quand c'est le bordel dans sa storyline, une série Fuller a toujours beaucoup de coeur et d'affection pour ses personnages, et c'est ce qui la sauve ; le petit truc en plus, c'est probablement qu'elle arrive à partager cette inclination avec les personnages les plus passagers, sans jamais les pousser à se prendre totalement au sérieux. C'est pour ça que ces séries marchent même quand elles sont un peu moins solides narrativement que d'autres.

Autre évolution naturelle, la réalisation elle aussi se déride avec la progression de la saison, et ça fait un bien fou. Là où au départ, le pilote de Wonderfalls s'entêtait à préserver le status quo entre les questions sur la santé mentale de son héroïne et les aspects fantastiques, la série s'autorise progressivement à se laisser gentillement interner à mesure que les intrigues se succèdent. Avec une inventivité sans cesse renouvelée, elle joue sur son principe, ses gimmicks, ses animations et ses personnages d'un jour, pour pimenter toujours un peu plus son univers. Et ça nous donne d'ailleurs droit à une palette de guests pas piquée des hannetons. Rappelons ainsi (je l'avais moi-même oublié) que l'épatante Rue McClanahan viendra par exemple y incarner une star de Niagara Falls sur le retour. D'ailleurs il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont la série tire admirablement partie de son contexte, de la richesse de son origine géographique, mais sans (et c'est ironique) donner dans la carte postale.

Cette intégrale Wonderfalls m'aura rappelé à quel point j'aime l'univers de Bryan Fuller ; sa loufoquerie sans clowneries, ses intrigues improbables, et pourtant toujours autant touchantes que perspicaces sur les tracas humains, et ses personnages attachants même si pas toujours très complexes. Ce n'est pas forcément la série que je considèrerai comme une perle, et en cela, l'émerveillement s'est parfois avéré limité, mais c'était quand même une semaine drôlement chouette dans le Fullerverse.

Chic alors, ça tombe bien, maintenant c'est une intégrale Pushing Daisies qui est au programme !!!
Dites-donc, je me tâte, je vous fais de la review au quotidien ou...?

Posté par ladyteruki à 20:52 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]


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