ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

15-11-12

Tous au bestiaire

Il existe des concepts de séries totalement débiles. Plein. Et plus on fait du kilométrage téléphagique, plus on en a de preuves potentielles.
Mais je crois que le type de concepts qui emporte la palme, ce sont les animaux qui parlent. Depuis les années 90, ce n'est plus acceptable que des séries prétendent pouvoir utiliser un argument comme l'animal qui parle (chien, chat, cheval...) tout en conservant un minimum de dignité. Non qu'avant, cela ait donné d'extraordinairement bons résultats, mais à un moment, on ne peut plus admettre que pareilles choses se produisent.
Adieu Mr. Ed, adieu Darwin, adieu Salem ; cette pratique appartient à un autre âge.

Bon, en toute franchise, les séries avec des animaux, c'est rarement une idée qui fonctionne de toute façon à l'heure actuelle, même quand l'animal n'a aucun vocabulaire. Et je vous dis ça avec toute la tendresse du monde sachant que quand j'étais enfant, je regardais Skippy, Flipper (la version avec Jessica Alba), L'étalon noir et Rintintin Jr.. Mais à un moment, il faut arrêter les dégâts.
L'utilisation d'un animal est issue de la grande tradition des séries "familiales" (au sens péjoratif du terme) dans lesquelles on choisit un animal généralement pelucheux (mais pas toujours), en tous cas mignon, qui est capable de venir en aide aux humains d'une façon ou d'une autre, soit parce que l'animal exerce un métier touchant au secourisme (je me demande toujours où est Wally la baleine-pompier, pourtant), soit simplement parce que sa présence est thérapeutique.
Les séries avec les animaux s'accompagnent systématiquement d'un héros jeune (enfant et/ou adolescent) qui puisse enfouir son nez dans la fourrure/crinière de l'animal (voire nageoire si on n'a pas mieux sous la main) et y déverser ses larmes ainsi que les problèmes qu'il a sur le coeur. C'est ce qu'on prétendra être des moments "d'émotion", quand le spectateur, lui-même jeune, peut imaginer avoir un ami au pelage soyeux (ou la nageoire dorsale lisse) qui représente le confident dont il a toujours rêvé. Même si l'animal ne capte rien, rapport au fait qu'il ne parle pas plus humain que l'enfant parle la moufette rayée, voire pis encore si en plus la bestiole est affublée d'un travers débilitant supplémentaire, genre strabisme léonin.
Sous un autre angle, c'est un peu pathétique ; mais faisons mine de trouver le concept émouvant tout de même... Il arrive que parfois ce soit relativement bien fait, comme avec Caitlin Montana, mais enfin, bon, ça fait un peu pitié quand même que l'unique chose qui soit écrite pour faire rêver le spectateur, c'est que la seule créature à même de comprendre le héros (= l'avatar du spectateur dans la série) soit une bestiole incapable de résoudre une simple équation à deux inconnues, passer un appel longue distance, ou se retenir de se lécher le derrière en public.

Le problème c'est que ces séries ont systématiquement un travers : elles sont répétitives au plus haut point. Quand Timmy est tombé dix semaines d'affilées dans un puits, et que cette bonne vieille Lassie a une fois de plus, bravement et patiemment, amené les secours pour le tirer de là alors que très franchement il suffirait de condamner l'accès au puits une bonne fois pour toutes, on commence un peu à s'ennuyer ferme.
Seul La Double Vie d'Eddie McDowd avait tenté de contourner le problème avec un pseudo-fil rouge. D'ailleurs on en revient à cette histoire de bestiau bavard.

Il faut bien l'admettre, à l'heure où les séries s'éloignent de ces pitches simplistes, y compris pour les séries "familiales" où de toute façon la série d'aventure n'a plus beaucoup de succès, on n'a plus trop l'occasion de constater l'ampleur des dégâts. On serait même tentés de s'en réjouir, si ce n'était pour une vague trace de nostalgie.

Et pourtant, il y a encore des gens pour créer une série qui s'appelle Dog with a Blog, dans laquelle un chien parle... et tient un blog. Si-si.
Oui mais le chien est-il sur Instagram, voilà la vraie question ?

DogwithaBlog

N'écoutant que mon courage, un mal de crâne carabiné, et la prescription de marijuana à laquelle j'ai eu recours pour me mettre dans l'ambiance de Malibu Country, j'ai donc décidé de ce soir de cagouler le pilote de cette série Disney. Que je n'ai pas encore regardé parce que rien que son existence me laisse pantoise.
Comment un courant télévisuel disparu depuis belle lurette, ou ayant réussi à en donner l'illusion en tous cas (la fin de La Double Vie d'Eddie McDowd n'a que 10 ans) peut-il trouver le moyen revenir sur les écrans sans provoquer l'hilarité générale, en particulier chez les décideurs des chaînes ?

D'ailleurs, en parlant de ça, à quoi peut ressembler une séance de pitch à laquelle des exécutifs prêtent sérieusement l'oreille à une série dont le sujet tient de façon extensive dans son titre... à moins que ce ne soit l'inverse.
Et songez : il a fallu pas moins de DEUX créateurs pour cette série ! Le premier coupable, Philip Stark, ayant comme plus haut fait de guerre l'écriture de moins d'une vingtaine d'épisodes de That 70s Show, l'autre ayant derrière lui une carrière de plusieurs décennies couvrant des sitcoms aussi divers que Roseanne, Girlfriends ou I'm with the band (déjà Disney). Donc ces deux types, pas franchement tombés de la dernière pluie, réunis très sérieusement devant des types en costards qui hochent la tête : "hm, oui, intéressant, et pourquoi c'est drôle ?"... et qui finissent par acheter le truc ! Ca semble surréaliste.

Mais surtout, qu'est-ce que ça dit du monde de la télévision, dans une industrie qui semble en perpétuelle mutation et qui s'en enorgueillit tant, que nos chères têtes blondes (enfin les vôtres, en fait, moi je me suis bien gardée d'en faire !) regardent des séries qui, à peu de choses près, reposent sur les mêmes principes que des séries qu'on a progressivement arrêté de faire il y a 20 ans ?
Vous le savez, je ne suis pas fan des séries musicales pour (pré)ados, qui ont fait les beaux jours de la décennie précédente et ont participé à la pression sociale sur la célébrité à portée de tous, si ce n'est obligatoire pour tous. Mais au minimum, ces séries apportaient quelque chose de nouveau dans le panorama télévisuel, à défaut que ce soit quelque chose de forcément impressionnant. Là j'ai l'impression d'un retour en arrière : "Hannah Montana va se marier, on se replie, on se replie, infirmieeeeeer !".

C'est inquiétant au sens où les spectateurs qui regardent ces séries paresseuses sont les spectateurs de demain. Bien-sûr une bonne proportion d'entre eux regardera en priorité les futurs équivalents de Gossip Girl, et ceux-là on ne pourra pas les sauver, ils sont perdus.
Mais quel goût téléphagique donnons-nous à la génération qui vient si nous leur montrons des séries pour la jeunesse qui reprennent des vieilles recettes, alors que beaucoup des séries pour les jeunes adultes et les adultes tentent au contraire d'aller de l'avant et de repousser les horizons ? Il parait paradoxal que les séries pour les futurs spectateurs soient aussi peu imaginatives, et que celles adressées à la génération juste après le soient énormément, au niveau du contenu, du concept, ou simplement du format, comme on peut le voir avec le renouveau du soap, totalement rénové par l'inspiration des telenovelas, ouvrant la voie à des séries qui n'ont peut-être rien de nouveau à dire, mais tentent au moins de le dire différemment.
Or rien de tout cela ne semble se produire quand on tombe sur le pitch de Dog with a Bog.

Alors je sais pas... est-ce qu'à votre avis il y a une chance que Dog with a Blog fasse quelque chose d'un tantinet original, sur le fond, la forme ou le format ? Rien qu'une toute toute petite ?
Ouais, hein. C'est bien ce que je me disais. Bon, je me lance. Espérons que j'en sorte vivante. Si je ne suis pas de retour dans 48h, envoyez-moi une tortue de secours.

Posté par ladyteruki à 23:11 - Série de valeurs - Permalien [#]

28-09-12

Murder, she texted

Girl vs. Boy, je ne connaissais pas il y a encore 24h. Mais à quoi servent les world tours, si ce n'est faire des découvertes ? Il ne sera pas dit dans les parages que les cordonniers sont les plus mal chaussés...
Le pitch de Girl vs. Boy a piqué ma curiosité lorsque je suis tombée dessus hier, et j'ai donc décidé de faire des recherches pour tester cette fiction qui s'autoproclamait "premier whodunit romantique de Nouvelle-Zélande". De quoi ? Premier whodunit romantique ? Jamais entendu ce terme avant. Et ça implique qu'il y en a eu ailleurs...? Que cache ce terme étrange ? Oh, ça sent l'arnaque...

22 minutes plus tard, je suis en mesure de vous confirmer, pouces levés, que cette série néo-zélandaise pour la jeunesse change réellement de l'ordinaire. C'est le genre de série qui ne vous fait pas regretter un instant de tenter des séries hors de votre groupe démographique. J'ai le double de la cible et j'ai trouvé l'idée fraîche, amusante et très divertissante ! Bon, d'accord, j'ai regardé le pilote à 6h du matin, mais quand même.

Attendez, on rembobine ; je suis allée trop vite. Expliquons un peu de quoi parle Girl vs. Boy, et voyons ensuite si l'appellation de "whodunit romantique" se justifie...

GirlvsBoy-Cap

Diffusée cette été par TV2, Girl vs. Boy est une tentative que l'on doit à KHF, déjà à l'origine de la webserie Reservoir Hill, une initiative interactive récompensée par un International Digital Emmy Award en 2010.

Tout commence à The Bay, une petite bourgade fictive de Nouvelle-Zélande, élue 3e banlieue la plus agréable à vivre du pays. The Bay est un petit coin de paradis typique des séries inoffensives : il y a la mer, la campagne, des rangées de maisons, et des gens adorables partout. Eh oui, à The Bay, comme nous l'explique l'héroïne d'entrée de jeu, tout le monde se connait, se salue en se croisant, et les enfants des voisins grandissent côte-à-côte, se marient et continuent de faire prospérer cette charmante petite ville. Très franchement, ça ressemble presque à l'univers des Stepford Wives, la mer en plus.
Et pourtant, à cause de Maxine, l'héroïne, tout cela va être mis en danger.
Lors d'une fête célébrant les fiançailles d'un des jeunes couples de la ville, tout va basculer. Maxine est en effet supposée porter un toast aux fiancés, mais au dernier moment, elle égare ses notes et doit improviser. Son discours maladroit va finir par causer une rupture terrible : Hailey et Tim, les amoureux les plus populaires de The Bay, présents à la fête, se séparent avec toute la ville comme témoin.

Comment ? Pourquoi ? C'est ce que va tenter de découvrir Maxine qui, avec sa queue de cheval rousse et ses grands yeux innocents, n'en est pas moins une Jessica Fletcher pleine d'énergie et d'entêtement. Elle va tenter de comprendre comment une parole malheureuse de sa part a déclenché une réaction en chaîne aussi dramatique. C'est que, progressivement, toute la ville prend partie dans cette rupture, les filles contre les garçons, et The Bay, autrefois troisième banlieue la plus agréable à vivre du pays, devient un véritable champs de bataille...

Alors, qu'est-ce qui fait que Girl vs. Boy change résolument de l'ordinaire ? Déjà parce qu'il n'y est absolument pas question de reprendre les clichés de la série pour ado/préado avec une héroïne qui chante ou qui a des pouvoirs, et ça c'est le bien. Ensuite parce que, quand bien même il y est question d'une histoire d'amour qui tourne mal, l'intrigue ne tourne absolument pas au soap dissimulé sous un artifice quelconque, comme on aurait pu le craindre (et comme Pretty Little Liars, dont Girl vs. Boy a été le lead-in cet été sur TV2, le fait). Enfin, et surtout, parce que le ton de Girl vs. Boy est réellement une comédie déjantée, tirant partie de ses dialogues, ses gags et ses situations rocambolesques pour emmener ses jeunes spectateurs dans une enquête pas comme les autres, avec comme décor une ville un peu toquée derrière ses apparences proprettes.
La série est, de surcroît, menée par un personnage principal à la fois gauche et naturel, incarné avec beaucoup d'énergie par une jeune comédie absolument charmante, avec laquelle il est très facilement possible de se laisser emporter dans le tourbillon des évènements. C'est d'autant plus important que, comme un nombre grandissant de  séries, Girl vs. Boy est encadrée par une voix-off quasi-permanente, alors autant faire le chemin avec une héroïne sympathique.

Toutefois, revenons sur cette histoire de "romantic whodunit", voulez-vous ? Le propre d'un whodunit est que l'on n'est pas supposés connaître l'auteur du crime initial. Dans le cas présent, ce "crime" est la rupture de Hailey et Tim... et la criminelle s'autoidentifie dés le début de l'épisode : c'est la narratrice, Maxine ! Bon, vous le voyez, l'étiquette que se colle Girl vs. Boy est légèrement à côté de la plaque, mais tellement moins que je le craignais en lançant l'épisode...

Ça fait vraiment du bien de voir qu'il y a encore des idées originales en matière de séries pour la jeunesse. Je suis affreusement blasée, sans doute (et avoir la trentaine n'arrange sûrement rien à l'affaire), mais j'ai toujours la crainte que ces séries soient en première ligne vers l'uniformisation ; c'est la faute de Disney, évidemment, qui nous inonde de produits bien souvent (pas toujours) copiés les uns sur les autres.
A l'heure où les pays passent leur temps à se refiler des formats, comme on l'évoquait il y a quelques mois, il y a encore de la place pour l'innovation, et ça c'est bien chouette. Parce que les remakes et les adaptations et les copies officieuses, bon... c'est génial à regarder de loin, parce que c'est fascinant de voir comment les marchés sont perméables les uns aux autres en dépit des distances géographiques ou culturelles, mais à regarder, de façon concrète, ça donne quand même rarement des séries épatantes. Dans le cas présent (et ça ne m'arrive pas souvent) j'ai été amusée (gentillement amusée, hein, c'est pas la révélation de l'année évidemment) par une série qui ne m'était pas destinée, et je me suis dit qu'elle était regardable par tout le monde. Typiquement le genre de série que KD2A diffusait volontiers au bon vieux temps, et que je recommanderais aujourd'hui sans problème à la jeune génération, sans craindre de la voir s'abrutir ou, pire, de se mettre des idées tordues en tête.

En tout, la première saison de Girl vs. Boy ne compte que 8 épisodes d'une vingtaine de minutes chacun. C'est peu, mais ça permet de ne pas étirer l'enquête de Maxine en longueur, je suppose. A l'heure actuelle, je n'ai trouvé aucune trace d'un renouvellement.
Mais si j'avais un message à faire passer à TV2, ce serait, pour le bien de tous les jeunes téléphages en herbe abrutis depuis des années par les Hannah Montana et autres cavaliers chantants de l'apocalypse, de renouveler cette petite série pleine d'énergie. Allez, quoi, elle est nommée pour les New Zealand Television Awards, ça doit bien vouloir dire quelque chose !

Allez, histoire de finir sur une note positive, je vous propose la bande-annonce de la série, comme ça vous vous ferez une idée par vous-mêmes...

Posté par ladyteruki à 07:11 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

08-06-12

Une époque formidable

On vit une époque formidable, non ? Bon alors évidemment, la musique est pourrie (du moins c'est ce que vous répètent vos parents et quelques autres aigris), la mode est moins exubérante, ce genre de choses, bon. N'y revenons pas, ça plus les histoires de crises économiques mondiales, c'est clair, il y a des inconvénients. Mais à part ça ?
A part ça c'est formidable ! On vit à une époque où téléphagiquement, les télévisions de la planète échangent comme jamais ! Outre les co-productions qui font florès, outre les séries qui se font, se défont et surtout se refont d'un pays à l'autre... on a surtout la possibilité de vivre dans un monde de perméabilité totale. Et ça c'est une chance !

Tenez, prenez un exemple. Les séries pour ados, mettons.
Totalement au hasard.

Le boom est né aux USA, où Disney lancé un modèle de produits basés sur un concept, l'ado qui chante. Résultat : Hannah Montana en 2006. Ah on en a bouffé. Mais n'empêche ! Le sitcom pour la jeunesse faisait ainsi son grand retour sur le devant de la scène, après avoir été un peu relégué au second rang par les primetime soaps hebdomadaires et assimilés qui avaient été si populaires depuis Beverly Hills.
Mais de par la perméabilité des écrans internationaux, qu'est-ce qui s'est passé ? Plein de séries vaguement musicales d'une demi-heure sont nées un peu partout ! Pourquoi ? Parce que le business c'est le business, et que la cupidité n'a pas de nationalité. Et c'est comme ça qu'en Argentine, la société de production Ideas del Sur d'est dit : ah tiens, si je lançais moi aussi une héroïne avec des penchants vaguements musicaux ? Et c'est ainsi qu'est née Patito Feo un an plus tard. Sauf qu'on était en Argentine et que du coup cette série a été diffusée au format telenovela ; en quotidienne, donc, et sur un format de 45mn. D'ailleurs la branche latino-américaine de Disney ne s'y est pas trompée, et a ensuite fait main basse sur cette série pour la diffuser sur tout le continent sud-américain. Mission accomplie.
Il y en a eu plein d'autres qui ont suivi, comme les vénézuéliennes Isa TKM ou plus récemment Grachi, chez la concurrence, Nickelodeon Latinamerica. Et ça a fait un carton. De son côté, MTV Latinamerica a flairé le truc et a lancé également des telenovelas pour ados, genre Niñas Mal.

Tout ça commençait à tellement bien marcher, en fait, qu'au lieu de garder les histoires de chansons, mettons, qui avaient permis à la recette de s'exporter et d'inspirer de nouvelles tendances, c'est le format qui a commencé à voyager, plutôt que le pitch. Et c'est comme ça qu'à peu près à l'autre bout de la planète, la série fantastique Het Huis Anubis voyait le jour sur les écrans de Nickelodeon en Belgique et aux Pays-Bas, également au format telenovela.
Et là encore ça a bien marché. Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Pas bête, Nickelodeon a repris son format et l'a adapté pour son marché allemand, et puis pour son marché nord-américain tant qu'on y était, et ça a donné notamment House of Anubis. Et ça a plutôt bien marché.

Mais mieux encore, vous savez ce qui s'est passé ensuite ? D'autres diffuseurs américains ont commencé à être intéressés par le format telenovela pour la jeunesse. Ma foi, si ça marche pour Nickelodeon, pourquoi pas moi ?
Et puis des telenovelas pour les ados, après tout, il fallait y penser ! C'est tellement moins risqué que des telenovelas pour le public adulte, qui est moins ouvert aux changements de format et qui a ses petites habitudes... sans compter les exigences en termes de narration et de production value (tandis qu'une telenovela pour ados, ça coûte pas très cher à faire). Alors plusieurs chaînes à destination du public adolescent ont commencé à faire leur marché parmi les telenovelas de la planète : ABC Family a acheté les droits de La Pecera de Eva (bon pour l'instant on n'a pas des masses de nouvelles), Telemundo a décidé d'adapter Fisica o Quimica... et même des séries préexistantes se sont adaptées, comme Degrassi.

Alors, que ce mois-ci, nick@nite décide de lancer son propre primetime soap, intitulé Hollywood Heights (elle-même une adaptation d'une telenovela de Televisa), avec l'espoir de le diffuser en quotidienne les soirs de semaine, ce n'est pas très étonnant. Je vous le disais, on vit une époque formidable. Bah si. Vous êtes bien obligés de le reconnaitre.
Si les épidémies se transmettaient et mutaient aussi facilement que les séries, on serait dans la merde, par contre, ça je le reconnais.

HollywoodHeights

Hollywood Heights ne démarrera que dans une dizaine de jours sur la chaîne, mais nick@nite propose déjà le premier épisode via iTunes depuis lundi, et évidemment il n'a pas fallu attendre longtemps avant de pouvoir trouver ce pilote un peu partout.

Et effectivement, sans aucune équivoque, on est en présence ici d'une série tournée exactement dans les conditions d'une telenovela. La réalisation est à ce titre parlante ; la vraie chance qu'on a dans le cas de Hollywood Heights, c'est qu'il n'y a pas de doublage pourri.
Pour le reste, tout est similaire, ce qui veut dire qu'on est quand même dans quelque chose de plus haut de gamme qu'un sitcom pour ados en classique multi-camera. Ici il donc est clair que la production est dans la tranche haute de ce qu'on propose aux ados sur une chaîne comme Nickelodeon (avec laquelle teen@nite partage son antenne), avec un budget forcément serré qui ne permet pas d'atteindre le niveau de "raffinement" d'une production hebdomadaire (visible par exemple sur The CW ou ABC Family), mais sans avoir à rougir du résultat final.
Si ce n'était pour quelques acteurs franchement médiocres (essentiellement dans des rôles secondaires, genre les parents), l'épisode pourrait même faire illusion la majeure partie du temps.

Ce n'est d'ailleurs pas très étonnant. Derrière Hollywood Heights, il y a un véritable savoir-faire : la série est co-produite par Televisa (qui abritait la série d'origine), et des habitués du soaps à l'américaine sont aux commandes de la série : Jill Farren Phelps (dont la carrière recouvre près de 30 années d'expérience dans divers soaps de Santa Barbara à General Hospital, en passant par One Life to Live), titulaire de pas moins de 6 Emmy Awards, est présente en tant que productrice, et Josh Griffith comme head writer (outre la co-création de perles comme Sunset Beach, il peut justifier de 25 ans d'expérience dans diverses équipes de soaps). Plus intéressant encore, on trouve également à la co-production Hisham Abed, qui a travaillé sur de la télé réalité comme The Hills et son spin-off The City.
Ce mélange est une excellente idée, puisque cela permet de ne pas perdre de vue tant le format d'origine que le public de destination, a priori peu habitué aux telenovelas. A ce titre, la quête d'un produit plutôt actuel, sans trop vouloir faire djeunz, mais ne trahissant pas les recettes du succès qui ont présidé au choix du format telenovela, est palpable en permanence pendant l'épisode.

L'histoire est plutôt classique, et en l'occurrence la production a vraiment mis toutes les chances de son côté, sur le fond comme la forme : ici non seulement le format telenovela a été conservé, mais l'aspect musical a aussi été incorporé à l'intrigue qui, comme beaucoup avant elle (et pour cause !), semble plutôt être la réalisation d'un fantasme d'adolescente qu'un scénario à proprement parler. On me dirait que c'est adapté d'une fanfiction écrite par une ado en fleur de 14 ans que ça ne m'arracherait pas le moindre soubresaut de sourcil.
La petite adolescente qui chante timidement dans son coin et est folle amoureuse du chanteur du moment va se retrouver à son concert et le rencontrer pour de vrai, tandis que fort opportunément la petite amie dudit chanteur est écartée lentement... Il y a assez peu de suspense. On n'est pas venus pour ça, en même temps.

Car quand on lance le pilote de Hollywood Heights, on sait pour quoi on signe. Il ne s'agit pas d'innover, c'est d'ailleurs rarement le cas en matière de télévision pour adolescents de toute manière, mais bien de trouver une nouvelle façon de raconter des histoires qui sont, de toute évidence, universelles. La marge de manoeuvre est offerte par le format et non l'histoire.
Ne reste plus qu'à voir si le public ciblé accrochera à l'idée de se rendre tous les jours à 21h devant son soap qui ne dit pas son nom trop fort.

Et puis, de façon plus générale, cela rend d'autant plus amusant à observer la prochaine transformation des séries pour ados, d'ici une demi-douzaine d'années, et par où elle va passer ! On vit une époque formidable, faite de métissage télévisuel constant... on n'est juste pas obligés de tout aimer, mais ça n'en est pas moins fascinant.

Posté par ladyteruki à 06:22 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-05-12

Expérience concluante

Quand je n'ai rien de mieux à faire, je teste des pilotes de séries Disney. Parce que je n'ai pas encore totalement perdu espoir, peut-être. Plus vraisemblablement parce que je ne vois pas pourquoi, simplement parce que la série est destinée à une autre tranche d'âge que la mienne, je devrais snober une fiction.
Bon en vrai c'est parce que j'ai une consommation d'une demi-douzaine de pilotes par semaine en moyenne et qu'à un moment on tombe nécessairement sur des séries Disney. Sue me.

C'est comme ça que je me suis retrouvée devant le premier épisode de Lab Rats, et euh... bah... Zut alors, ils chantent pas, ya un problème dans mon fichier, ou...?

LabRats

Eh non, ya pas d'erreur.
C'est pour ça que, toute proportions gardées, Lab Rats, après des années de Hannah Montana, JONAS, Sonny with a Chance, et j'en passe, avec en prime les variations pour les marchés locaux genre Patito Feo, et sans compter les séries de la concurrence genre Victorious ou Ruby and the Rockits ...ça soulage. A l'instar de Jessie, qui avait vraisemblablement montré la voie (mais pas la voix), aucun des héros de Lab Rats ne pousse la chansonnette, et ça, c'est le BIEN.

Mais mieux encore que Jessie, qui une fois de plus présente une héroïne sortie de l'usine Disney, Lab Rats propose quelque chose d'un peu original, si bien qu'on se demande presque si ça vient de Disney ; on n'était plus habitués.

Ce qui entretien l'effet de désorientation, c'est que le pilote s'ouvre sur une scène... avec deux adultes. Comprenez-moi bien : traditionnellement, dans les pilotes de séries Disney, pour bien vendre l'héroïne, on se dépêchait de la montrer, jolie, pimpante, tout bien quoi, histoire que les petites filles ne se trompent pas et enregistrent bien quel est le nom qu'elles scanderont pendant les années à venir, notamment au rayon jouets/CD/whatever. Ici pas du tout : les Davenport viennent de se marier et roucoulent à l'écran pendant 10 interminables secondes. Ca parait court, comme ça ; mais 10 secondes lorsqu'on regarde un pilote pour la première fois, ça peut paraitre siginificatif.
Quand Leo, le fils de la nouvelle Madame Davenport issu vraisemblablement d'un premier mariage, fait son entrée, il n'a même pas l'air d'être le héros, en dépit de quelques blagues (certaines bonnes) ; il faut dire que la série se dépêche de dresser également le contexte de Lab Rats. En moins d'une minute, le pilote va donc expliquer quelle est la profession de Monsieur Davenport, pourquoi il est riche, et surtout, pourquoi la maison regorge de high tech ; ça aura une importance pour la suite. En effet, le nouveau beau-père de Leo est un inventeur de génie qui se spécialise non pas dans les jouets, comme dans Ricky ou la Belle Vie, mais dans la technologie de pointe. Les effets spéciaux, la domotique poussée (il y a un personnage entièrement virtuel légèrement inutile... dont la voix est celle de Will Forte, oh hi !), tout ça semble un peu être une démonstration superflue et superficielle, mais cela joue malgré tout un rôle vital pour installer très vite l'intrigue. Eh oui on peut dire ce qu'on veut de l'usine à séries Disney, mais les mecs savent y faire un produit efficace, ça c'est clair.

Ce n'est qu'une fois que la série nous introduit les trois autres personnages adolescents que le pilote de Lab Rats commence réellement, au bout de 5mn ; c'est la preuve qu'on a ici affaire à un véritable ensemble show, et pas une série où les autres personnages servent de faire-valoir à une star en préfabriqué. Le génial Davenport compte en effet parmi ses multiples projets scientifiques délirants... des adolescents avec des super-pouvoirs. Il n'a simplement pas l'air d'ailleurs de réaliser que ce sont des adolescents avant d'être des projets scientifiques, et c'est justement ce que le pilote va se charger d'exploiter à partir de là.

Leo se lie donc d'amitié avec Adam, Bree et Chase, les trois rats de laboratoire de Davenport, que ce dernier garde enfermés dans sa cave (c'est moins glauque que ça n'en a l'air dit comme ça, promis), et va finir par les emmener au lycée, qui a l'air d'être toujours le même lycée dans tous les séries Disney depuis au moins Phénomène Raven.
Evidemment cela cause des problèmes... et pas simplement parce que le lycée est mis sens dessus dessous, mais bien parce qu'à ce moment, l'épisode tourne à la farce. Ce n'était pas forcément le passage le plus intéressant de l'épisode, mais force est de constater qu'il ne représente pas la majorité de l'épisode. Peut-être que les suivants, avec un peu de bol, ne considèreront pas qu'il s'agit du milieu dans lequel les personnages sont forcés d'évoluer ; je n'irai pas vérifier, mais en tous cas à ce stade, ça parait possible.
En tous cas, on a ici un univers qui propose bien plus que des chansons ou le thème du don que personne ne doit découvrir, et là encore c'est vraiment un angle plutôt frais.

Et puis, très franchement, il y a des passages que j'ai trouvés drôles.
Les dialogues comportent d'ailleurs des gags auquels je ne m'attendais pas tellement, peut-être par excès de scepticisme, peut-être pas : un léger tâcle aux comédies musicales adolescentes genre High School Musical, une blague à base de masturbation (si-si), et pas mal de sorties assez bien vue de la part de notre inventeur fou, qui peut nous sortir des petites répliques bien sympas telles que : "ça ? Nooon, ce ne sont pas des machines à remonter le temps... elles sont en réparation". Il faut dire que Hal Sparks (dont on a du mal à ne pas trouver décalé qu'il ait joué dans Queer As Folk) est très en forme pendant ce pilote, et donne énormément d'énergie à ce savant fou.
Qui plus est, même s'il n'y a parmi ces 4 ados aucun acteur qui mérite un Emmy (bien que l'interprète de Leo se défende plutôt bien), leur dynamique marche parfaitement, et permet aux scènes de conserver leur rythme et leur légèreté (que seuls les habituels rires enregistrés viennent alourdir). Comme Adam, Bree et Chase sont supposés être frères et soeur, les querelles sont par exemple plutôt bien rendues, sans compter que leur nombre permet des petits effets pour certaines répliques, comme celle-ci, qui n'est pas originale, mais qui fonctionne très bien :

Eh bah n'empêche, j'ai souriCliquer pour agrandir

Alors évidemment, Lab Rats n'est pas la meilleure série de tous les temps, mais elle remplit son office, et elle le remplit bien. Au lieu de farcir la tête des préados avec des histoires de célébrité, de musique et de machin, on a ici une petite comédie un peu SF qui n'a pas moins de mérite, en définitive, qu'une série comme Les Incroyables pouvoirs d'Alex, mettons. Avec un peu de bol, Lab Rats pourrait même être moins répétitive ; il ya du potentiel pour des trucs très sympas, en fait, notamment en développant la mythologie ou, dans l'éventualité où Disney aurait un peu d'ambition, des histoires de missions avec nos trois rats de laboratoire (et pourquoi pas, avec Leo dans le rôle de leur boss ; sérieux, Disney, ya du matos pour des films, là).
Mais même sans ça, et en dépit des travers de son "genre" disneyien, il semblerait que Lab Rats tienne quelque chose.

En tous cas ça m'a fait plaisir de voir une série Disney qui ne me donne pas envie de me jeter par la fenêtre, et que je n'aurais pas envie de déconseiller à des parents de préado. C'est peut-être d'ailleurs ce qui explique que la série ait été renouvelée pour une nouvelle saison un peu plus tôt ce mois-ci. Evidemment, je n'ai vu que le pilote, mais j'ai l'impression que ce n'est pas immérité...

Posté par ladyteruki à 02:34 - Review vers le futur - Permalien [#]

12-02-12

Audition (Time 2 Rock)

Permettez que je revienne un peu sur notre SeriesLive Show de vendredi consacré aux séries qui parlent de célébrité, parce que c'est un thème qui revêt énormément d'intérêt à mes yeux.

C'est l'une de mes marottes, depuis quelques années, que de lire des autobiographies de personnes célèbres ; quand je réussis à avoir un peu de budget hors-achats DVD, je suis toujours contente de m'en offrir une, et à vrai dire s'il n'y avait pas la question des finances, je ne serais même pas vraiment regardante sur son auteur (genre je serais même capable d'acheter celle de Sela Ward qui a l'air plus niaise qu'un épisode de 7 à la Maison) (et j'ai regardé 5 saisons de 7 à la Maison).

Si je veux être honnête, je me dois de préciser que les biographies m'importent peu, je les vois plus comme des fictions et je n'aime pas (plus) lire de fiction ; ce que je recherche entre autres dans l'autobiographie, c'est la façon dont la personne va se dépeindre, souvent involontairement, et prendre du recul (ou pas) sur son parcours. La façon dont la personne se dépeint est alors aussi importante que ce qu'elle cherche à exprimer, on est dans un magnifique mariage entre l'être et le paraitre ; il me semble avoir lu le terme de "personal storytelling" pour désigner ce phénomène, si je ne m'abuse.
En prime, j'éprouve une vraie fascination pour un certain nombre de thèmes qui sont alors soulevés, dont notamment la façon dont les gens se construisent hors et dans la célébrité.
Mais comme mon adoration pour A Chorus Line a pu aussi le démontrer, je ne dédaigne pas non plus les chroniques un peu misérabilistes d'années de vaches maigres, et les sempiternelles errances professionnelles quand on commence au bas de l'échelle. Ca fait partie du package que de lire Brett Butler nous raconter comment elle vivait sans argent en passant de comedy club en comedy club, car même si on trouve rarement dans ces passages des observations originales, ils permettent de mieux saisir la réalité des choses.

Du coup, on était vraiment dans un thème qui a toute mon attention, cette semaine ; on nous permet d'explorer plein de choses et qu'avec The L.A. Complex et Smash, on a deux séries en ce moment qui se chargent plutôt bien de nous parler d'un certain nombre de sujets relatifs à ces trajectoires.

AuditionTime2Rock

Dans ce contexte, jusque là, j'avais tenu mes distances avec les blogs de personnes travaillant dans le show business. Principalement parce que, ignorance is bliss, j'en connaissais assez peu (en gros je garde un oeil sur celui de Sherilyn Fenn et ça s'arrête là) mais je n'avais jamais spécialement fait la démarche d'en chercher même si j'ai évidemment eu vent du Masked Scheduler (suite à l'annulation de Lone Star) et que j'avais lu un post d'un showrunner de The Sarah Connor Chronicles qui se rapportait à la fameuse "bulle". Mais disons que spontanément, voilà quoi.
Même sur Twitter, je suis finalement assez peu de célébrités, les parquant en général dans une liste que je consulte une fois l'an.

Mais quelque part entre le hasard de mes préparations de l'émission et des recherches dans le cadre d'un world tour à venir, je suis tombée sur quelques blogs qui ont piqué mon intérêt, et qui cristallisent tout ce qui m'intéresse dans les autobiographies.

Si vous vous intéressez aux VRAIES coulisses de la célébrité, et pas juste aux gossips, je vous recommande notamment The Working Actress. Une fois qu'on a dépassé l'envie de décrypter qui elle est (elle a un rôle secondaire dans un show qui est un hit cette saison), on découvre une chronique globalement honnête, l'anonymat aidant, du quotidien d'une actrice pas super connue, mais qui commence à se défendre.
Plus gaie sur la forme mais incroyablement plus triste sur le fond, il y a The Actor's Diet, où le quotidien d'une actrice américano-asiatique qui ne travaille pas beaucoup et qui explique chaque jour tout ce qu'elle mange, ça vire à l'obsession, même quand elle interview d'autres acteurs (genre Keiko Agena, Daniel Dae Kim...) il y est question de bouffe, de régime... Mais je crois que ça dit quelque chose de très important aussi, tout en évitant le ton de tragédie grecque qu'on pourrait imaginer dans pareil cas.
Un peu plus artificiel (parce que tenu à plusieurs mains, notamment) mais pas moins intéressant : Backtage Unscripted est écrit par des acteurs pour des acteurs et a ses vertus.
Voilà pour mes découvertes récentes.

Cependant, parmi les blogs plus connus, je voudrais attirer votre attention sur ce post de Ken Levine, qui dit aussi quelque chose qu'on a sans doute besoin de savoir sur la pilot season, même si le post lui-même date un tantinet.

C'est sûr, il n'y a pas encore de série qui dise ces choses-là, mais on s'en approche quand même plus avec The L.A. Complex et Smash qu'avec les Hannah Montana et consorts, qui ont fait croire à toute une génération de préados que la célébrité, ce n'était que de l'amusement.

Et si vous avez des recommandations, n'hésitez pas.

Posté par ladyteruki à 20:35 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

05-10-11

Un monde où une série de Disney est presque regardable est possible

Vous savez quoi ? Les séries Disney et moi, on va ptet finir par se rabibocher. D'ici 10 à 15 ans, et pourvu de continuer comme ça, disons que c'est envisageable.
Ces dernières années, chaque fois que je me tapais un de leurs pilotes, j'avais envie de m'immoler par le feu. C'était devenu insupportable mais pourtant toutes les séries pour ados se dépêchaient de copier l'odieux modèle Hannah Montana, parce que si ça chante, ça va forcément vendre et quelques paquets de millions de dollars, ça ne se refuse pas, c'est pas poli. Et c'était chaque fois pire. Si j'avais des enfants et que je les détestais, c'est exactement ce que je leur ferais regarder.
Sans compter qu'à la longue, le message envoyé devenait même carrément inquiétant.

Je ne suis pas en train de vous dire que Jessie (attention, à ne pas confondre avec Jesse, la comédie avec Christina Applegate) vaut le coup d'être vue. Même pas que la série est décente : c'est caricatural, exagéré, mal joué, effrontément coloré, et plein d'autres choses pénibles encore. Mais je vous apporte une bonne nouvelle : dans le pilote, PERSONNE ne chante.

Aaaaaaaaah quel bonheur ! Aaaaaaaaah quelle joie ! Aaaaaaaaah quel soulagement !

JessieDisney

Jessie s'efforce (à grand'peine, vu la machine à produire des séries à la chaîne qui l'a enfantée) d'être originale.
Les références plus ou moins subtiles à Brangelina (plutôt moins que plus, mais l'effort est là) sont par exemple amusantes, avec cette panoplie d'enfants adoptés dans différents pays, ce couple de parents stars, et cet appart new-yorkais certes très surchargé, mais franchement différent de la plupart des décors de sitcoms pour préados, dans un style art-déco rococo (si-si, c'est possible) franchement impressionnant la première fois qu'on le voit ; les yeux saignent, mais ils apprécient le côté nouveau de ce décor répondant à la fois aux impératifs du genre, et visiblement pensé pour être réellement différent. Il en ressortirait presque une impression de nouveauté, pour un peu. Les personnages sont certes caricaturaux, l'héroïne est le portrait craché de Demi Lovato (pré-internement) et joue au moins aussi bien, si vous avez vu Sonny with a Chance, ce que je ne souhaite pas même à Whitney Cummings. C'est plutôt hystérique, c'est du grand n'importe quoi (je pense notamment à l'histoire avec le lézard géant apprivoisé...), et ça finit avec plein de bons sentiments, mais j'ai l'impression que les mecs tiennent le bon bout, quand même, en un sens.

Parce qu'il n'y a pas de chanson. J'arrive pas à exprimer l'ampleur de mon soulagement devant cette découverte.
J'attendais, j'attendais, je serrais les dents quand j'avais l'impression que ça allait venir, et non, rien. Pas de chanson. Et l'espoir renaît. Si j'avais des enfants et que je ne les détestais pas, je ne les déshériterais pas pour vouloir regarder Jessie. C'est vous dire.

En cette rentrée, on a tendance à vite oublier qu'il n'y a pas que les networks qui lancent des séries, et Disney Channel ne fait pas exception, avec cette nouvelle comédie qui a, d'ailleurs, plutôt bien marché sur son public-cible dés son lancement, ce qui veut dire que Jessie est là pour rester. Ce qui signifie, et je ne saurai trop insister sur ce point, qu'au moins, cette fois, on ne devrait pas être envahis par des chansons pop atrocement polycopiées. Le reste est comme d'habitude, mais punaise, rendez-vous compte : personne qui veuille devenir superstar de la chanson ! J'en crois toujours pas mes yeux et, surtout, mes oreilles.
Note pour Scarlatiine : nous avons un deal, rappelles-toi. Un pilote est un pilote...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Jessie de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:18 - Review vers le futur - Permalien [#]

15-07-11

T'ar ta gueule à la récré

TheYard

Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu quelque chose d'autant original, impertinent et futé que The Yard, la série canadienne qui a démarré il y a peu sur le réseau de HBO Canada.

Rares sont les séries à parler des pré-ados avec intelligence, de nos jours, sans leur infliger de se plonger dans un bain de couleurs flashys ou les gaver de rêves de gloire à la chaîne. The Yard est l'exception qui confirme la règle, pour la bonne raison qu'elle ne leur est pas adressée. Mais rien ne les empêche de se ruer dessus, naturellement.

Le pilote de The Yard se présente comme une série sur les gangs, à la notable différence que son contexte n'a rien à voir avec Emerald City, mais plutôt avec la cour de récré que nous avons tous plus ou moins connue. Les personnages s'y comportent à la fois comme des racailles et comme des enfants, mais sans jamais tomber dans la caricature ni de l'un ni de l'autre. Je vous rassure, on n'a pas ici de gamin qui vendent de la coke et se comportent comme les terreurs qu'on nous dépeint occasionnellement quand on veut qu'on ait peur de la nouvelle génération de gosses, mais des gosses qui, à leur niveau, tentent de garder le contrôle de leur univers à leur façon.

Ainsi, dans ce mockumentary (qui, pour une fois, ne m'a pas semblé indigeste), le héros est Nick, une jeune garçon qui gère la cour de recré comme un chef avisé, avec sa petite bande constituée de son meilleur ami Johnny, convaincu d'être magicien, ses frères JJ l'intello et Adam le gamin, et enfin Suzi, une fille qui estime qu'il n'existe aucun problème qu'on ne puisse résoudre par la violence. Il use de son influence pour veiller à ce que tout se passe bien, sachant que les besoins fondamentaux des élèves pendant la récré sont de pouvoir jouer et manger leur goûter.
Il y a bien-sûr une bande rivale, celle de Frankie et ses balourds de frères Porkchop et Micky. Par un accord plus ou moins tacite, Frankie et les siens dirigent la cafétaria, à l'intérieur de laquelle ils peuvent faire la loi ; mais la cour de recré appartient à Nick et sa bande. Sauf que bien-sûr, cela ne va pas sans quelques luttes de territoire et d'influence.

De prime abord, The Yard dresse donc des portraits attachants de gamins qui sont à la croisée de deux mondes, quand on n'a pas encore une vision totalement réaliste des choses mais qu'on n'est quand même pas tombé de la dernière plue. Quand les choses en apparence si anodines pour les adultes commencent à prendre de l'importance. Les dialogues sont à l'avenant : ils sont truffés de grossièretés mais en même temps témoignent d'un regard encore très enfantin sur les choses qui constituent l'univers des personnages.

Mais surtout, The Yard fonctionne comme une impeccable caricature du monde adulte (au corps défendant de ses héros). Ce premier épisode nous familiarise avec l'économie de la cour de recré, basée exclusivement sur l'échange de cartes à jouer. Mais cela prend des proportions épiques lorsque les explications de Nick et sa bande sur le fonctionnement de ce système commencent étrangement à rappeler le fonctionnement du capitalisme à part entière. Tout y est : comment le système s'est installé dans la cour de recré, comment il régule la micro-société (la fille populaire sort avec l'ex-nerd devenu richissime), et on a même droit à une savoureuse liste de tarifs pour divers objets de première nécessité. Mieux encore, nos protagonistes vont, sans le comprendre ni le nommer, recréer des effets de spéculation sur le marché de la carte à jouer, qui vont prendre un tour tragi-comique avant la fin de l'épisode, taclant au passage Hannah Montana.

C'est pas que je cherche absolument à vous vendre cette série. Mais je me sens obligée d'ajouter que la B.O. est impeccablement calibrée pour apporter un peu des deux univers (enfantin et adulte) à l'ambiance de la série, et visuellement, on est dans le même genre d'équilibre.
Mais surtout, le cast est très bon. La comédie, c'est vraiment un genre difficile pour des enfants qui ont soit du mal à conserver leur sérieux (d'un autre côté, même les adultes de That 70s Show n'y sont pas souvent parvenus...), et la dramédie plus encore. Mais ici, les acteurs sont hilarants sans rien en laisser paraitre, ce qui est parfait ; même les rôles les plus secondaires deviennent un régal dans les mains de ces petits bonhommes, comme celui d'Ashok.

Qui plus est, là où le mockumentary pourrait être lourd, il donne un éclairage équilibré et hilarant sur l'intrigue. Bien-sûr, il faudra voir comment ça fonctionnera avec le temps, car c'est forcément plus appréciable dans un épisode d'exposition, mais pour le moment le résultat est sans reproche.

Alors, bon. Je ne voudrais pas insister, je m'en voudrais de me montrer trop pressante. Mais c'est excellent. Vraiment, vraiment brillant. Et je dis pas ça souvent. Bon d'accord, je l'ai dit récemment pour Roseanne mais dans un tout autre registre. Non, attendez, je ne l'ai même pas dit comme ça pour Roseanne. Donc je persiste : The Yard est absolument brillant. Si vous voulez vous targuer d'être un peu téléphagiquement cultivé, il faut au moins avoir vu le pilote.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Yard de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 02:16 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-09-10

Jardins secrets

L'enfance à la télévision. Image d'Épinal qui s'impose immédiatement à moi de l'enfant d'une dizaine d'années qui fait des conneries pas trop graves, comme aller se battre à la récré ou casser le vase de tante Hilda, et qui à la fin, va se faire à la fois gronder et câliner par ses parents. Je sais, j'ai une vision étrange de l'enfance à la télévision, elle est censée représenter un idéal d'enfance qui n'existe certainement plus que dans quelques endroits reculés de nos propres contrées...
Je pense que c'est à rapprocher de mon problème avec les séries pour adolescents : il y a un décalage entre ce que devrait être un ado à mon sens (quelque chose dans le genre de l'ado que j'ai été, mais en mieux, et élevé dans un environnement plus sain) et les ados qu'on voit en général à la télévision. Je suis une vieille peau, on l'a déjà établi, non ?

Et pourtant, des séries comme ça, il s'avère que non seulement il y en a eu (j'en regardais quand j'étais dans le public-cible, puis quand ma sœur a été dans le public-cible et qu'il n'y avait qu'une télévision à la maison), mais qu'en plus il y en a encore. Quelque part sur la planète, j'ai trouvé une série qui ne cherche pas à abrutir le public des 10-12 ans comme peut le faire avec une dextérité sans cesse surprenante une série comme Hannah Montana, mais bien une série parlant d'enfance, telle qu'elle est, ou telle qu'elle devrait encore être, avec un petit supplément d'âme et une intelligence sans se la jouer barbante.

MyPlace

Le premier épisode de My Place est donc l'occasion pour Laura de faire une bêtise qui n'a l'air de rien, de s'en mordre les doigts et de finir par grandir juste un tout petit peu suite à cette expérience. C'est tout. Pas de grande leçon, et pas de grand spectacle, mais un juste équilibre entre le réalisme et la fiction.

Quand j'ai découvert l'existence de My Place, je vous avoue que j'en ai presque pleuré. En tous cas les larmes me sont montées aux yeux car j'ai immédiatement aimé son concept : chaque épisode correspond à un personnage vivant près d'un figuier, chacun y vivant pendant une décennie différente. Faites le calcul : la première saison compte 13 épisodes. 130 ans !
L'occasion de faire des portraits d'enfants (car c'est avant tout ça l'idée) dans des époques différentes, et donc avec des variations dans la culture. On se doute bien que Laura, l'héroïne du premier épisode (en 2008) ne vit pas dans le même contexte, avec la même éducation, avec la même liberté que Victoria (en 1888). C'est ce qui rend ce défilé de personnages si intéressant.

Mais l'expérience n'est pas encore tout-à-fait complète tant qu'on n'a pas été faire un tour sur le site internet de la série. Les différents sites sur lesquels j'avais entendu parler de My Place le présentaient comme un outil "interactif" employé même par les parents et les professeurs. Oui, comme vous dites : aïe. Un site interactif, c'est une appellation qui regroupe tout et n'importe quoi, plus souvent n'importe quoi que tout, d'ailleurs, et on a appris à s'en méfier. J'y suis allée après avoir vu le pilote (alors que j'aurais pu procéder dans l'autre sens), relativement perplexe. Quelle n'a pas été ma surprise : on peut entrer dans l'univers de chaque enfant et donc de chaque décennie, avec un luxe de détail que j'avais rarement vu sur un site internet. Chaque enfant est l'occasion (je comprends mieux l'aspect pédagogique, du coup) de découvrir une petite anecdote sur ce que c'était de vivre à son époque : ainsi, pour Victoria, on peut découvrir l'histoire des maisons de poupées, et apprendre si on l'ignorait que ce n'étaient pas des jouets pour enfants mais des décorations pour les adultes. Ça n'a l'air de rien, mais ce genre de précisions donne une profondeur incroyable à l'univers de la série ! Plus classique, la page du figuier permet de replacer l'enfant dans son entourage ; mais l'ensemble présente une telle cohérence qu'on ne peut qu'être épaté par la portée de la chose.

Mission pleinement accomplie pour My Place : si elle voulait être une série tendre de portraits réalistes, c'est réussi, et si elle voulait se montrer pédagogique, l'objectif est parfaitement atteint sitôt qu'on le complète d'une visite du site. J'ajoute donc My Place à la liste des séries à montrer à d'éventuels rejetons sans assommer leur glorieux géniteur s'il s'aventurait à regarder aussi. Et je m'excuse humblement de ne vous en parler qu'une semaine après l'avoir découverte, quand vous auriez pu passer ce temps avec nous, sous le figuier. Si j'avais le temps, je regarderais presque la série jusqu'au bout, dites donc.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche My Place de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 17:12 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

07-09-10

Télé éducative

Aujourd'hui, un post de pure science-fiction. Non, ce n'est pas la suite de mes interrogations lasses sur les pitches de SF (qui d'ailleurs ont largement été atténuées par la découverte de District 9 sur les recommandations éclairées de Livia), mais un post qui en lui-même, relève de l'imaginaire.

Il y a eu une naissance, récemment, dans mon entourage. Fait peu courant parce que, globalement, on est en froid avec la plupart des membres de notre famille, mais surtout parce que, même en cherchant bien parmi ceux à qui on ne cause plus, on doit être 5, à tout casser, à être dans la tranche d'âge où on pourrait faire des enfants. Dont ma sœur, moyennement motivée, et ma cousine, pas tellement plus convaincue mais bon, elle vient de se marier, on en reparlera dans quelques temps ; du côté des garçons j'ai pas de nouvelles mais apparemment ce n'est pas à l'ordre du jour. Quant à moi, j'ai clairement fait savoir qu'il valait mieux porter ses espoirs sur autre chose, qu'au mieux je veux bien produire quelques textes chaque semaine, mais que c'est tout ce qu'on fera sortir de moi (et à l'approche des trente ans, mes parents commencent à réaliser que je ne déconne pas et que les chances que je change d'avis s'amenuisent). Donc, la natalité, dans ma famille, c'est pas ça qu'est ça. Obligée de me tourner vers les proches en-dehors du cercle familial.

Cette naissance a donc déclenché quelques interrogations de ma part, dont le tout naturel : "et tu vas lui faire regarder quoi, à ton gosse ?". Ce qui, nous en conviendront tous, est une question des plus évidentes lorsque l'enfant paraît. Devant l'absence de réponse de mon interlocutrice (dévoilant par là que son projet éducatif n'est pas encore bien clair), je me suis donc mise à imaginer ce que moi, je ferais voir à mon gamin, si par le plus grand des malheurs il m'en venait un.
Malheur qui, si je puis me permettre, serait probablement réciproque chez ledit bambin : "maman c'est quand qu'on mange ?"/"chut, laisse-moi finir ma saison".

Baby

En tant que téléphage, la télévision fait partie intégrante de l'arsenal que je déploierais pour éduquer un gamin. C'est tellement évident que je ne devrais même pas avoir besoin de le préciser.

Je ne dis pas qu'il serait question pour moi de me servir de la télé comme d'une nourrice, au contraire. Je ne vois pas l'intérêt de mettre un chérubin qui ne sait pas encore parler devant une télé qui blablate à longueur de temps, pour commencer. On ne regarde pas la télévision parce que ça bouge et ça fait du bruit, on la regarde parce qu'elle raconte quelque chose, de réel ou de fictif (souvent un peu des deux), et pour cela il faut que la parole soit déjà présente, ça semble logique. Certes, je ne suis pas très au fait de ce que disent les spécialistes sur la capacité de compréhension d'un bébé avant et après qu'il possède le don (ou la malédiction, ça dépend du point de vue) de parole, ça se trouve un bébé est tout-à-fait capable de piger ce qui se dit dans un programme pour jeunes enfants, je n'en sais rien, je m'en fiche. Là, tout de suite, un expert débarquerait pour me dire qu'un enfant de 6 mois peut suivre sans problème un épisode d'A la Maison Blanche, c'est le même tarif. Si le gamin ne peut pas parler, je ne vois pas pourquoi il regarderait la télé.
Évidemment, je ne le parquerais pas dans son berceau pendant que je regarde moi-même la télé, il serait éventuellement envisageable que quand je la regarde, il soit dans les parages, donc il pourrait l'entr'apercevoir, mais je ne lui ferais pas spécialement regarder.
Ce serait plutôt une façon réaliste de lui faire comprendre que dans les décennies à venir, s'il me cherche, il sait où me trouver : cherche l'écran, tu trouveras maman.

Ainsi donc, être capable de communiquer avec le gamin semble, de façon instinctive, logique. S'il ne peut pas discuter de ce qu'il voit, ça n'a pas le moindre intérêt. Ensuite, effectivement, viendraient les années les plus horripilantes, quand le gamin peut parler mais n'a rien à dire et finit par faire du bruit. Je vous avoue que ces 3, 4, ou peut-être 5 années-là sont une des grandes raisons qui m'incitent à ne pas faire d'enfant (ça, et les 15 suivantes ; en gros, je suis tout-à-fait prête à avoir un enfant s'il m'est livré majeur, par exemple). Il y a probablement des choses à faire regarder à un enfant qui est en maternelle, mais pour ma part je n'en vois aucune actuellement.

En fait, je commence à avoir une idée précise des séries que je ferais regarder à un enfant vers l'âge de 6 ou 8 ans, mettons.
Instinctivement, j'ai envie de dire que beaucoup des séries que j'ai vues dans ma propre jeunesse lui seraient recommandées. Punky Brewster, par exemple, très bien. Ricky ou la Belle Vie, très bien aussi. Des séries mignonnes, tous publics (enfin, je me suis pas fait d'intégrale mais d'après mes souvenirs et les pilotes revus récemment, je pense quand même que je ne m'avance pas trop), mais pas abrutissantes. Je ne vais pas me donner la peine de donner naissance à un gamin si c'est uniquement pour qu'il aille grossir les flots de décérébrés qu'on trouve déjà en quantités un peu partout. Non, si je dois avoir un mioche, autant ne pas le trépaner. Car ces séries ont quand même le mérite de n'être pas totalement des séries de Bisounours : une orpheline qui vit dans la rue, un petit garçon qui n'a pas de maman... bon, on ne va pas se le cacher, ce que je vais donner à manger téléphagiquement à mon gamin imaginaire, c'est pas quelque chose d'idéalisé.
Hélas, je n'arrive pas à penser à un exemple de série récente qui s'inscrive dans cette démarche. Des idées ?

Mais surtout, c'est ensuite que les choses se jouent. Jusque là c'est facile : le mioche vit en circuit quasi-fermé, il n'a pas de raison de sortir du cadre scolaire ou familial sans encadrement, il est culturellement contrôlable. Mais vient l'âge honni de la pré-adolescence, et là, tout bascule. Les forces qui sont en jeu sont énormes. Il faut lutter contre la société toute entière.
Le défi ? Éloigner mon rejeton des tentations des séries Disney.

En garde, héritières hélas inévitables de Hannah Montana, remakes honteux de Phénomène Raven, surenchères de niaiseries chantées à la Sonny with a Chance ! Ce n'est pas parce que tout le monde les regarde qu'il faut que le fruit de mes entrailles en fasse autant. Et si tout le monde se jette du haut d'un pont, est-ce qu-... Hm. Passons. Non, c'est un combat à la vie à la mort pour le salut de l'âme de la Bête pré-adolescente qui vit dans la chambre dans laquelle je ne peux plus entrer. Oh, c'est sûr, je vais me faire haïr pour ça, mais de toute façon je vais me faire haïr, alors autant que ce soit pour la bonne cause.
Et avec les années, le défi va augmenter. Alors qu'inexorablement, je vais devoir laisser l'Animal sortir de la maison de plus en plus souvent, pour des motifs qui me sembleront ridicules tels qu'aller faire du lèche-vitrines, se retrouver pour jouer au foot, ou même, jusqu'où ira la débauche, des pyjama parties (et encore, Dieu nous préserve des goûters d'anniversaires, mais enfin tu l'as pas déjà fêté l'année dernière ?!), je vais perdre le peu de contrôle que j'avais sur la consommation téléphagique de la Bête, c'est sûr.

C'est pour ça qu'il faut prendre les devants avant même les 10 ans. C'est ce que préconisent tous les spécialistes de la téléphagie. Statistiquement, c'est à ce moment-là ou jamais. Il me faudra alors regarder le plus possible de bonnes séries avec mon gamin, des séries récentes, évidemment, on ne veut pas l'effrayer ce petit, mais des classiques, aussi : 10 ans, La Belle et la Bête. 11 ans, Une Nounou d'Enfer. 12 ans, V. 13 ans, Oishii Gohan.14 ans, Pushing Daisies. 15 ans, Angela, 15 ans. 16 ans, A la Maison Blanche, Boston Public, Mousou Shimai, Roseanne, Better Off Ted... Je n'aurai jamais assez de temps !
Et ne pas juste lui faire regarder, non, regarder avec lui, et discuter, discuter, discuter, et expliquer, expliquer, expliquer...

Ça m'épuise juste d'en parler.
C'était déjà tellement difficile de m'éduquer moi-même téléphagiquement ! Regardez : bientôt 30 ans, et j'en suis à peine à aborder l'Asie, l'Afrique, l'Amérique du Sud... Non, il y a trop de boulot. La tâche est énorme.
Rien que pour ça, papa, maman, désolée, mais je ne ferai jamais d'enfant.

Posté par ladyteruki à 22:08 - Contagion - Permalien [#]

07-06-10

C'est pas la taille qui compte (mais quand même des fois ça aide bien)

Qu'une bonne surprise est une douce chose ! Surtout en ces temps troublés... Certains pilotes déçoivent, d'autres sont aussi médiocres qu'attendu... et très peu sont capables de nous rendre heureux, à plus forte raison lorsqu'ils figurent sur la grille d'une chaîne comme MTV.

Les séries de MTV, on les connait mal et ça se comprend quand on voit les titres. En-dehors de Undressed dont j'avais vaguement vu le pilote (et, vu les souvenirs que j'en garde, je ne devais avoir qu'un œil sur l'écran ce jour-là), les titres me parlent assez peu. Mais avec les années, et surtout avec les émissions de real tv, MTV se traine une si mauvaise réputation que toute nouveauté est forcément suspecte.

C'est là qu'intervient The Hard Times of RJ Berger, qu'on nous présentait comme le Hung pour ados (rapport à la taille de l'engin du personnage principal), ce qui n'aide pas vraiment, vu que le contexte social et économique de Hung est tellement fort qu'on ne croit pas une seconde que MTV puisse nous servir un équivalent avec des ados.

HardTimes

Effectivement, il vaut mieux ne pas s'attendre à un équivalent de Hung. Ce serait quand même un peu trop optimiste.
Mais vu la cible, je trouve plus sain d'avoir un RJ Berger que des Gossip Girl, des Hannah Montana ou des The Secret Life of the American Teenager, toutes trois présentant un côté excessif franchement repoussant à mes yeux. Tandis que The Hard Times of RJ Berger est finalement équilibré, quasiment réaliste dans sa façon de dépeindre l'univers du lycée (si ce n'est son pitch), et finalement, on a un résultat très honnête sur l'adolescence, sans forcément virer au tragique ou au tape-à-l'œil.

Alors oui, RJ Berger en a une grosse, mais c'est avant tout un pauvre loser comme on est les aime, et comme on en a tous été à un moment ou à un autre (ne mentez pas : combien d'entre vous ont réellement été quaterbacks ou pompom girls ? C'est bien ce qu'il me semblait), dans une certaine mesure. Le contraste entre ces deux éléments permet d'osciller avec un regard assez lucide sur le réel tout en se permettant une certaine dose de fantaisie.

The Hard Times of RJ Berger ne se vautre pas dans la luxure comme les jeunes délurés de Gossip Girl, mais n'en est pas non plus à l'abstinence prônée par The Secret Life of the American Teenager. Et bien-sûr, quand on est bien monté, difficile de faire comme dans Hannah Montana et de faire semblant de ne jamais penser à la chose tout en abordant des tenues minimalistes. Ni hypocrisie, ni caricature. Ados libidineux mais encore gauches, egos encore mal assurés qui tentent de se rassurer sur le désir qu'ils provoquent ou souhaiteraient provoquer, en dépit de son pitch rocambolesque (et de sa façon assez improbable de révéler au grand jour l'unique atout de RJ Berger) la série parvient à brosser un portrait franchement convaincant du public auquel elle s'adresse, sur le sujet du sexe en tous cas.

Si le ton de la série est en général dans la gentille petite comédie, quelques scènes se montrent en plus franchement hilarantes. Par-dessus le marché, une caractéristique de RJ est employée juste ce qu'il faut pour ne pas être trop lourde, mais suffisamment pour exploiter le filon : le fait qu'en parfait binoclard, notre héros soit féru de dessin. Ce qui nous vaut la petite scène suivante...

HardTimes_manga

Alors voilà, c'est à ce genre de détails qu'on reconnait une teenagerie réussie, et c'est un fait assez rare pour être noté, alors j'insiste : The Hard Times of RJ Berger est franchement sympa. Pas indispensable, ça on est d'accord. Mais franchement sympa. En un mot comme en cent : une bonne surprise.
Mais le vrai pied, je le prendrai demain devant Persons Unknown. Enfin... j'espère.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Hard Times of RJ Berger de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:10 - Review vers le futur - Permalien [#]