ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

13-09-13

Bay watch

Pour le deuxième été consécutif, TV2 en Nouvelle-Zélande a décider d'égayer sa grille avec une comédie adolescente locale... ou plutôt, un "romantic whodunit", selon le badge que s'est attribué Girl vs. Boy ! Après avoir craqué l'an dernier devant l'ambiance farfelue de cette série pour la jeunesse pas comme les autres, il allait de soi que j'allais regarder la deuxième saison également, et c'est un bilan de cette nouvelle fournée que je vous propose ce soir.

GirlVSBoy-season2

La saison 2 de Girl vs. Boy reprend quelques semaines à peine après la fin de la première saison. Désormais, tout est à nouveau calme à The Bay, élue troisième banlieue la plus agréable de Nouvelle-Zélande : Tim et Hailey se sont rabibochés, les habitants ont fait la paix, et même Maxine parvient à goûter au calme grâce à sa romance naissante avec Jake.
Vous vous doutez bien que ça ne va pas durer.

Car justement, l'élection de la ville la plus agréable de Nouvelle-Zélande approche, et cette fois, les habitants de The Bay sont bien décidés à être les premiers !
La compétition va rapidement prendre des proportion énormes, mettre le bazar dans l'équilibre fragile de la vie de chacun, et, très vite, faire de The Bay la ville la plus bordélique de Nouvelle-Zélande ! Le comité de la ville est animé d'un esprit de compétition qui va causer bien des dommages, que Maxine, fidèle à elle-même, va tenter de réparer... pour au final les agraver le plus souvent. Elle doit surmonter des obstacles personnels : les deux étranges étudiants norvégiens, Kjesten la peste et Olaf le muet, emménagent chez elle pour l'été. Tout ça avec la bénédiction de sa psy de mère qui ne comprend décidément jamais rien à rien.

Mais ce n'est que pécadille comparé au plus grand défi qui attend notre héroïne, car elle et Jake ont été choisis par le comité de The Bay pour être les deux héros de la campagne publicitaire pour la ville, mettant leur romance au coeur de la nouvelle identité de The Bay pour les touristes, désormais devenue ville de l'amour ; or, entre Maxine et Jake, les choses sont loin d'être idéales. Tous les deux sont d'une timidité et d'une maladresse maladives, et sont incapables de se parler normalement. Alors que Maxine essaye d'arranger les choses, sur les conseils de sa mère qui lui affirme que partager des secrets intimes renforcera leur couple, elle confesse un secret qu'elle a inventé de toute pièce dans la panique, pendant que Jake lui confie, lui, un vrai secret embarrassant ! Pire encore, ce secret, sur lequel Jake lui a fait jurer le secret, se retrouve bientôt posté sur Facebook sur le compte de Maxine, où tout The Bay peut le voir ! Trahison ! En plein milieu de la campagne promotionnelle, les deux jeunes tourtereaux se séparent !
Mais qui peut bien avoir posté ce statut Facebook en se faisant passer pour Maxine ?

Comme pendant la première saison, Maxine va donc devoir essayer de percer le mystère de l'embrouille privée qui menace de semer la zizanie dans toute la ville... et tenter de se tirer d'une situation très inconfortable pour elle. Ce qui n'arrange rien à ses affaires, c'est que cette fois, un nouveau garçon vient d'emménager juste en face de chez elle, Thomas Crooze, et qu'elle en pince aussi un peu pour lui. Comme si elle avait besoin de ça !

Ce qui frappe dans cette nouvelle saison, c'est que les créateurs de Girl vs. Boy ont légèrement changé de ton. Certes, on est toujours dans une comédie, et certainement pas dans une série policière ou une romance se prenant au sérieux. Mais désormais, il n'y a plus de séquence fantasmée totalement hallucinée ponctuant chaque épisode d'au moins un moment complètement délirant et improbable ; on part sur quelque chose d'un tantinet plus réaliste, et sur un humour plus classique. Le rythme s'en ressent un peu, car désormais l'humour repose exclusivement sur les dialogues, et plus rarement sur les situations ou les références cinématographiques explicites, rendant les épisodes légèrement plus bavards.
Mais qu'importe : Girl vs. Boy respire toujours autant la bonne humeur. Et surtout, la série repose toujours sur les mêmes recettes : un mystère impossible à dénouer sans avoir vu la fin, des personnages secondaires toujours aussi farfelus (qui d'ailleurs permettent d'accumuler les fausses pistes en cours de route), et une héroïne gaffeuse qui a un don sans pareil pour empirer les choses chaque fois qu'elle tente de les arranger.

Girl vs. Boy tient plutôt bien la route, pendant cette nouvelle saison, même si j'ai un peu moins ri que l'été dernier. J'apprécie toujours autant sa démarche d'essayer de faire un divertissement frais et familial sans jamais tenter de s'adresser au plus petit dénominateur commun. On sent que les acteurs prennent un plaisir visible à se lâcher (je suis sûr que l'interprète d'Olaf explose de rire à la fin de chacune de ses prises !) et c'est très communicatif. L'ambition de la série n'est pas ailleurs !

D'ailleurs les jeunes spectateurs de TV2 ne s'y sont pas trompés : là où la saison 2 de Girl vs. Boy avait démarré, les dimanches en fin d'après-midi, devant 90 000 spectateurs, le final en deux parties a été suivi par plus de 128 000 Néo-Zélandais désireux de connaître la clé de l'énigme (et d'assister à une chanson what-the-fuck à faire rougir Glee de honte). Ce succès confirme que Girl vs. Boy est un petit ovni apprécié à sa juste valeur, et j'attends maintenant de savoir si nous aurons droit à un troisième volet des mésaventures de Maxine, la Jessica Fletcher néo-zélandaise de 16 ans.
Oui, là je triche, mais c'est pour la bonne cause.
En tous cas, les 5 heures qui ont été diffusées en l'espace de 2 saisons valent vraiment le coup d'oeil si vous avez envie de passer un moment sans prise de tête devant une comédie pour la jeunesse qui n'a rien d'insupportable pour des adultes.

Enfin bref, quelle que soit votre raison, regardez Girl vs. Boy, voilà tout.

Posté par ladyteruki à 21:21 - Review vers le futur - Permalien [#]

13-07-13

Ciel, mon amant philippin !

Quand on essaye de s'intéresser à la télévision philippine, une chose apparait comme évidente : la fiction philippine a beaucoup de boulot à faire.
Tout saute aux yeux dés la première minute de visionnage, quelle que soit la série tentée : il n'y a pas de budget, la direction d'acteurs laisse à désirer, les acteurs eux-mêmes sont très souvent plus beaux que bons, le scénario ne brille pas par sa finesse... La plupart de ces séries sont tournées au kilomètre et dans des conditions marathoniennes, ce qui n'arrange rien à ces problèmes. Ou, selon votre point de vue, les exploite sans se soucier des conséquences.
Et pourtant, la télévision philippine, si j'ai du mal à la regarder pour les raisons évoquées plus haut, en plus de la barrière de la langue (DES langues !), j'ai en revanche une tendresse toute particulière pour elle, et j'aime garder un oeil sur son actualité. Aujourd'hui, je vais vous donner un exemple du pourquoi...

Quelques rappels sur la télévision philippine, d'abord.
La "Pinoy TV", c'est avant tout le règne de la teleserye, un format qui emprunte plutôt aux codes de la telenovela (d'ailleurs lors des récompenses internationales, ce sont systématiquement dans cette catégorie que concourent les séries philippines). Ainsi, la teleserye est profondément feuilletonnante, diffusée généralement en quotidienne (en journée, ou en primetime c'est-à-dire entre 19h et 21h30), et à destination d'un public essentiellement féminin (et/ou jeune). Elle fonctionne aussi généralement sur le principe d'une saison unique, sauf inévitables exceptions qui confirment la règle. La différence essentielle avec la telenovela réside dans le fait que la teleserye ne fonctionne pas sur le principe d'un nombre d'épisodes rigidement prévus à l'avance ; un peu comme les soaps indiens, il s'agit plus de raconter une histoire aussi longtemps qu'on le souhaite et que les audiences le permettent ; une teleserye peut ainsi avoir quelques dizaines d'épisodes... ou plus d'un millier. Les annulations ne sont d'ailleurs pas rares, et les networks ne se privent pas, au besoin, de supprimer une série après quelques semaines de diffusion.
La télévision philippine, pour ces raisons, ne connaît pas de "saisons" : les séries commencent quand la précédente a fini dans la case horaire, et puis c'est tout ; un peu comme cela se passe en Corée du Sud, par exemple.

Ce sont deux grands networks privés qui se taillent la part du lion dans le panorama de la fiction philippine : ABS-CBN d'une part, et son concurrent direct d'autre part, GMA Network. Historiquement, c'est ABS-CBN qui est le premier network a avoir lancé une teleserye : il s'agissait de Hiwaga sa Bahay na Bato en 1963 ; à l'époque, cependant, on n'utilisait pas encore le terme de teleserye, qui est apparu au début des années 2000 mais est utilisé rétroactivement pour toutes les séries du genre.
Les deux networks sont très chers au coeur des spectateurs philippins, au point que chacun a son petit surnom affectueux : ABS-CBN est le "Kapamilya network" (le network de la famille), et GMA est le "Kapuso network" (le network du coeur) ; le matériel promotionnel des deux networks utilise très régulièrement ces surnoms pour parler des programmes ou de l'actualité des networks, et lesdits surnoms ont été totalement adoptés par la population.
Les colosses se livrent une bataille sans merci, qui passe par quelques stratégies assez uniques au monde de nos jours. ABS-CBN et GMA fonctionnent par exemple essentiellement sur le principe de blocs ; un peu comme la Trilogie du samedi pour M6 (je vous parle d'un temps...), il s'agit de créer une marque : les séries passeront dans cette case se suivront, mais la marque restera. Quasiment tous les blocs dédié aux teleserye sont concernés par ce phénomène ; on peut par exemple citer Telebabad, sur GMA, qui est le bloc fermant le primetime en semaine.

Mais l'exemple le plus frappant des méthodes philippines un peu à part, est la façon dont les deux networks recrutent leurs talents : il y a d'une part les acteurs Kapamilya, et d'autre part les acteurs Kapuso, ET ON NE SE MELANGE PAS ! Un acteur signe en effet un contrat d'exclusivité avec un network, qui l'engage pour une durée donnée à être managé par la branche "agence de management" de la chaîne... c'est tellement plus facile de produire des fictions quand les personnes qui commandent les séries sont les mêmes qui prennent les décisions pour les acteurs ! Ainsi étiquetés, sinon à vie, au moins pour plusieurs années, les acteurs font partie de l'identité du network ; leur visage est déjà une façon de promouvoir la chaîne, et d'ailleurs le network ne s'en prive pas, faisant aussi de ses cohortes de jeunes acteurs des égéries publicitaires, des présentateurs d'émissions, des ambassadeurs à des évènements, et ainsi de suite. La conséquence, c'est qu'évidemment, les échanges entre networks sont rarissimes : un acteur peut changer de network à la fin de son contrat, mais c'est la seule façon pour un acteur de figurer dans une série de la concurrence, car pendant la durée du contrat, c'est absolument hors de question. Les séries des deux networks recyclent donc indéfiniment les mêmes visages...
Enfin, "indéfiniment", c'est une façon de parler, car si les acteurs les plus populaires n'ont aucun mal à être castés dans le prochain projet de la chaîne (pourquoi tuer la poule aux oeufs d'or ?), les autres disparaissent, remplacés par les arrivages fréquents de chair fraîche. Qui plus est, la télévision philippine étant friande de gens très beaux et très jeunes (...et très refaits, diront les mauvaises langues), la popularité d'un acteur est forcément assez éphémère. Les networks fabriquent donc régulièrement de nouvelles stars, histoire d'entretenir le système.
Une mécanique bien rôdée qui se double d'une industrie privilégiant la production in-house (même s'il existe également des sociétés de production indépendantes des networks), rendant les choses encore plus faciles à gérer pour les networks.

A noter que la télévision philippine n'est pas uniquement constituée de teleserye ; il existe également des séries diffusées de façon hebdomadaire, les serials, au nombre d'épisodes prévus à l'avance et dépassant rarement une saison, ainsi que des formats anthologiques, très appréciés. La structure des anthologies est in fine à rapprocher des "créneaux-marques" que j'évoquais plus tôt, permettant de mettre l'accent sur l'identité du bloc (et à travers lui, du network) plutôt que sur la série elle-même.
L'une des séries anthologiques les plus populaires des Philippines est ainsi Wansapanataym (lisez-le à voix haute ; félicitations, vous parlez le Philippine English), créée en 1997, annulée et ressucitée plusieurs fois selon les besoins du network, et permettant de diffuser des histoires fantastiques le weekend en primetime ; les épisodes durent 45 minutes chacun, ne présentent par définition aucune forme de continuité, et permettent à ABS-CBN qui diffuse l'anthologie de tester des concepts et/ou des acteurs. En cas de flemmingite aigüe, pas de problème : Wansapanataym se propose aussi de diffuser des épisodes qui sont, tenez-vous bien, des remakes d'épisodes plus anciens ; on reprend les mêmes scénarios, et on recommence avec de nouveaux acteurs à quelques années d'écart !
Mon Dieu, les networks ont vraiment la belle vie aux Philippines...

Cependant, qu'on ne s'y trompe pas : le produit-phare de la Pinoy TV est, et reste, la teleserye, son format le plus populaire... et donc le plus lucratif.
D'autant plus lucratif que, comme je le disais en introduction, les exigences de production, d'écriture ou de jeu sont minimes. Mais, et c'est ce dont je voulais vous parler aujourd'hui, ce que la télévision philippine n'a pas nécessairement (ou pas du tout, selon votre niveau de tolérance) dans ces domaines, elle le compense en ayant des idées. Plein d'idées. Farfelues, parfois ! Bon ok, très souvent. Mais c'est précisément ce qui fait son charme.

Ainsi, la teleserye a vu naître un sous-genre, la fantaserye et la telefantasya. Aaah, oui : c'est un seul sous-genre, mais il y a deux noms ; vous commencez à comprendre que les deux networks dominants ne partagent RIEN aux Philippines, même pas les noms des genres de leurs fictions ! Fantaserye et telefantasya désignent la même chose, mais selon qu'on parle respectivement d'ABS-CBS ou de GMA, on emploiera l'un ou l'autre.
Vous l'aurez deviné, les deux termes désignent des séries fantastiques... un domaine dans lequel les networks se sont montrés particulièrement prolifiques ces derniers temps ! ABS-CBN a une fois de plus lancé les hostilités, en février 2004, avec Marina, suivie de près par GMA en août de la même année, avec Mulawin.
Ces deux séries posent les bases de ce que seront bien souvent les séries fantastiques philippines ; ainsi, Marina est l'histoire d'une sirène née de parents parfaitement humains, mais maudite pour une raison obscure dont elle n'est absolument pas reponsable, et qui se retrouve donc avec la poids d'une différence avec le reste de ses proches... écailleuse, dirons-nous. Mulawin de son côté s'intéresse à des êtres dotés de pouvoirs surnaturels (et d'ailes) qui s'opposent dans un combat épique dont les mortels sont l'enjeu, avec d'un côté, les "gentils", de l'autre, les "méchants", et au milieu, des romances impossibles ou des trahisons par des membres de la famille histoire de rendre le tout plus tragique.
Depuis lors, plusieurs dizaines de "telefantaserye", si vous me pardonnez ce mot-valise, ont vu le jour en moins d'une décennie, sur des sujets toujours plus étranges, avec toutes sortes de créatures mythologiques improbables, mais reprenant soit la structure de la créature surnaturelle qui doit surmonter sa différence, soit celle de l'affrontement du bien contre le mal pour protéger les humains. Vous vous rappelez peut-être que je vous ai parlé de la série Mutya il y a quelques temps, eh bien voilà, vous avez tout compris. Sinon il y a toujours les tags... Et à l'opposé du spectre, il y avait Ilumina, que j'avais évoquée sur Twitter. Voilà pour la télévision fantastique aux Philippines.

A cela faut-il encore ajouter un courant plus récent, les epicserye, qui sont des séries d'action héroïques (parfois mêlées de fantastique) se déroulant dans un passé réel ou fantasmé, un peu dans le genre de ce qu'on a pu connaître avec Hercule ou Xena. On y suit un héros ou une héroïne qui va devoir traverser de nombreuses embûches, livrer de nombreuses batailles, et se lancer dans un parcours initiatique. Le genre a permis aux séries fantastiques de prendre un nouveau souffle, car contrairement à la majorité des pays de la planète, les Philippines n'avaient quasiment pas de fictions en costumes.

La chose est entendue : ce que les séries philippines n'ont pas en... en tout à vrai dire, eh bien, elles compensent avec des idées.
Par exemple vous vous rappelez peut-être de cette news que j'avais écrite à l'époque où je travaillais sur SeriesLive, mentionnant le lancement de Budoy!, une série mettant en scène un handicapé mental abandonné par sa famille honteuse de son handicap ? Tout ça dans un bloc ultra-populaire de l'access primetime... Eh bien voilà, Mesdames et Messieurs, ce qu'est la télévision philippine : le goût de faire des choses atypiques et de tenter des concepts étranges ou risqués. Et de ne pas le faire en cachette, quelque part en septième partie de soirée ou en crypté, mais bien dans les blocs les plus populaires de deux plus gros networks.
On les applaudit sans retenue : les séries Pinoy méritent des points pour l'effort.

...Ce qui m'amène à mon sujet du jour. J'ai parfois des sujets du jour qui font poupée russe, que voulez-vous.
Car aujourd'hui, je voulais vous parler de la dernière idée pas piquée des hannetons trouvée par la télévision philippine, plus précisément par GMA Network. Le mois dernier, le Kapuso network a en effet lancé My Husband's Lover, une teleserye qui repose sur un postulat osé : raconter l'histoire d'une femme, de son mari... et de l'amant de celui-ci. Dans un pays où, par exemple, l'Islam est la religion monothéiste la plus ancrée historiquement, et où plus généralement, les moeurs sont encore très conservateurs, il fallait le faire.

MyHusbandsLover

My Husband's Lover commence son pilote, diffusé le 10 juin dernier, sur un mariage pluvieux se déroulant en 2003. Ce n'est pas vraiment un mariage heureux : Lally, la promise, n'est pas extatique, elle traverse l'allée le regard triste (voire craintif quand il croise celui de sa future belle-mère) et le pas hésitant. Tout cela s'explique par bien des flashbacks sur son enfance malheureuse, forcément malheureuse (dont je vous épargne les détails), remontant jusqu'en 1992, mais trouvant une conclusion heureuse lorsque Lally fait la connaissance en 2002, pendant ses études, du charmant Vincent, fils de bonne famille, drôle, charmant, ai-je mentionné charmant ? Bref, le bout du tunnel. Sauf qu'avant même d'avoir rencontré la famille du charmant Vincent, Lally et lui passent une folle nuit de passion, elle tombe enceinte, et Vincent décide de l'épouser. Du coup forcément, les noces manquent un peu d'enthousiasme...
Tout cela semblerait tristement classique comme série, sauf que Vincent est bisexuel, et que l'amour de sa vie, Eric, reparaît dans sa vie 10 ans après son mariage avec Lally.

Le pilote de My Husband's Lover ne va, à vrai dire, même pas aussi loin : en 49 minutes, nous allons surtout nous faire expliquer le background de Lally, ses rapports difficiles avec sa mère et sa petite soeur, sa rencontre en apparence idyllique avec Vincent, les premiers signes de la mésentente avec sa belle-mère... procédant à de nombreux voyages dans le passé, comme vous avez pu le constater (mais clairement datés, heureusement pour le spectateur !).
Dans tout cela, Vincent apparait comme un homme mystérieux et providentiel, un prince idéal, guère plus. Ce n'est que dans les épisodes suivants, dans lesquels Lally (mariée et, avec les années, mère de deux enfants) va découvrir que Vincent a renoué avec Eric, et que les choses vont devenir plus explicites, toutes proportions gardées évidemment.

My Husband's Lover aborde donc plusieurs sujets : les relations sexuelles avant le mariage (Lally se prenant dans le pilote une soufflante par sa mère parce qu'elle est tombée enceinte hors-mariage) ; les mariages contractés pour de mauvaises raisons et/ou dans la précipitation, qui font qu'on ne sait pas forcément avec qui on convole ; la vie "dans le placard" des homosexuels comme Vincent ; la vie "out" comme celle que mène Eric ; la trahison évidemment (classique du soap quel que soit le pays, admettons-le)... mais aussi, et c'est au moins aussi important, la bisexualité.
Car Vincent ne s'est pas marié avec Lally contre sa volonté, ou pour faire plaisir à qui que ce soit : il l'a mise enceinte. En fait, l'enjeu de la série repose précisément sur le fait que Vincent aime sincèrement Lally... Et la nuance est de taille, permettant d'apporter une certaine subtilité à l'intrigue et la position de chacun dans ce triangle amoureux atypique.

Dés le début, les spectateurs philippins ont accroché avec My Husband's Lover. Pour sa première soirée de diffusion, la série a pris la tête des audiences (devançant de TRES loin la série d'ABS-CBN diffusée en face, Apoy Sa Dagat, un drama beaucoup plus classique sur une femme amnésique qui se dédie entièrement à l'homme dont elle est tombée amoureuse après avoir perdu la mémoire), et à vrai dire, elle ne l'a plus lâchée depuis. My Husband's Lover est également devenu un trending topic sur Twitter aux Philippines pendant cette première soirée, et régulièrement depuis. Le 24e épisode de My Husband's Lover lui a même permis de devenir un trending topic mondial cette semaine, ce qui est une première pour une série Pinoy.

MyHusbandsLover-LoveHate

Pour My Husband's Lover, le défi n'est pourtant pas totalement surmonté. Ce serait trop facile. Au bout d'un mois de diffusion, la teleserye n'a toujours pas montré de baiser entre Vincent et Eric (c'est à ce prix qu'elle peut continuer à être diffusée en fin de primetime par GMA, à 21h30), par exemple. Elle est étroitement surveillée par certaines institutions, dont la Conférence des évêques catholiques des Philippines qui a encouragé les membres de ses paroisses à déposer des plaintes s'ils venaient à noter le moindre manquement aux règles de la Movie and Television Review and Classification Board (MTRCB), l'équivalent du CSA. Ce à quoi la MTRCB a répondu que si on lui indiquait une scène fautive en particulier, et uniquement à ce moment-là, elle entrerait en action.
Ce baiser qui ne vient pas est un vrai sujet qui fâche : quasiment chaque épisode voit Vincent et Eric en tête à tête, mais incapables de se donner une preuve d'affection. GMA, qui produit la série en in-house, a promis de ne pas franchir la ligne ; mais le réalisateur de la série, Dominic Zapata, a quant à lui affirmé que la MTRCB avait été sollicitée afin d'obternir une levée exceptionnelle et très officielle de l'interdiction, et indiqué que pour le moment, l'équipe de la série tentait de gagner la confiance de la MTRCB en faisant preuve de bonne volonté et de retenue. GMA comme Zapata sont en tous cas d'accord sur une chose : ils ne veulent ni fâcher ni les conservateurs, ni les associations LGBT ; ils ont donc une marge de manoeuvre très étroite.

My Husband's Lover a en tous cas le mérite, à travers son histoire (et ses mésaventures administratives), d'avoir soulevé des questions jusque là peu discutées dans les médias grand public aux Philippines ; la dernière occasion a été le coming-out de la chanteuse et actrice Charice Pempengco (vue dans Glee) en mai dernier, qui a annoncé publiquement être lesbienne. Le tournage de My Husband's Lover venait alors à peine de commencer.
Et en-dehors de la Conférence des évêques catholiques et de quelques autres groupes (généralement religieux), la conversation est finalement intelligente, et bien menée, ce qui a de quoi surprendre quand on est une spectatrice française qui a assisté aux débats sur l'ouverture du mariage aux couples homosexuels. Je vous mets au défi de googler My Husband's Lover et de trouver un seul article négatif, hors citation de la Conférence des évêques (et vous pouvez faire le test, beaucoup de sites Pinoy sont pour tout ou partie rédigés en anglais).

Ce sont toutes les questions sur l'homosexualité dans la société philippine qui semblent sortir d'un coup. My Husband's Lover est, dans ce contexte, félicitée pour la façon dont elle montre des personnages homosexuels éloignés de toute caricature (ni Vincent ni Eric ne sont efféminés, par exemple ; Vincent est notablement bisexuel, il a même fait un second enfant à sa femme après leurs noces, etc.), ce qui est unanimement reconnu comme étant une première à la télévision Pinoy. Qui plus est, le jeu y est plus nuancé que dans beaucoup d'autres teleserye ; un soin particulier a vraisemblablement été apporté par GMA à ce projet, développé pourtant seulement depuis janvier par sa créatrice Suzette Doctolero.
La diffusion de la série a donné l'occasion à un couple d'hommes, June Lana et Perci Intalan, d'annoncer publiquement leur intention de se marier lors d'un prochain séjour à New York, lançant ainsi, en toile de fond, la question de la reconnaissance des couples homosexuels ; June Lana est le directeur créatif de My Husband's Lover. Dans la presse, les rares célébrités ayant fait leur coming out s'expriment sur la série, affichent leur soutien, mais aussi discutent des thèmes abordés, du regard des proches, de la violence de l'homophobie (dans un épisode, un flashback explique comment Eric a dû surmonter une aggression homophobe dont il a été la victime), et ainsi de suite. Des tribunes sont publiées dans la presse par des spectateurs gay. Le dialogue s'engage dans les églises, les écoles, les entreprises, peut-on lire un peu partout. Dans tout cela, My Husband's Lover est une initiative qui a su soulever un sujet de société avec tact et intelligence. Et à faire des audiences du feu de Dieu dans la foulée.

En ce moment, la télévision philippine célèbre "60 ans de soap opera" depuis la diffusion de Hiwaga sa Bahay na Bato. GMA ne fait pas les choses à moitié avec ce projet ambitieux, qui soulève des questions inédites, mais le fait sans tomber dans la facilité de la polémique ; My Husband's Lover est la preuve que même si la fiction philippine a beaucoup de boulot à faire... elle a pourtant d'énormes qualités.

Et juste comme ça, j'éprouve encore un peu plus de tendresse pour cette télévision philippine qui, en dépit de ses problèmes de budget, d'écriture ou de jeu des acteurs, se donne vraiment du mal pour repousser les limites à sa façon. J'aurais presque envie d'en tirer des conclusions sur la fiction française, mais je n'aime pas tirer sur l'ambulance. Pas aujourd'hui en tous cas.
Le mot de la fin, je le laisse à l'acteur Gardo Verzosa, actuellement au générique de Mga Basang Sisiw, une autre série Kapuso diffusée à l'occasion des "60 ans du soap opera" Pinoy, et qui a déclaré dans une interview : "le network ne diffuserait pas la série s'il ne pensait pas que les spectateurs ont des choses à en apprendre".
Je crois qu'on a tous quelque chose à en apprendre.

Posté par ladyteruki à 08:03 - Love Actuality - Permalien [#]

19-04-13

What happens in Paradise, stays in Paradise

La première saison de Bunheads écoulée, je n'avais pas encore écrit de review sur celle-ci, parce que, bon, bref, passons. Mais à la faveur d'une intégrale cette semaine, je me suis dit qu'il était grand temps d'en dire quelques mots. Et je préfère vous préparer psychologiquement : ils seront dythirambiques.
Majoritairement.

Bunheads avait vraiment été un coup de coeur pour moi l'été dernier ; le preair du pilote figure facilement dans le Top3 des épisodes que j'ai le plus regardés en 2012, et je ne parle même pas des extraits que je me suis gardés pour pouvoir rire un bon coup de temps en temps. L'énergie de ses épisodes était très communicative, et ce, en dépit de son pitch pas forcément très excitant pour une trentenaire telle que moi. Mais voilà : lorsque l'on parle de Bunheads, il est difficile de ne pas mentionner Gilmore Girls, les deux alliant une efficacité redoutable à une ambiance chaleureuse et tendre, faisant qu'il est difficile de résister à l'une comme à l'autre. C'est d'ailleurs, indirectement, comme ça que j'en étais arrivée au Grand Marathon Gilmore Girls De 2012.

WhathappensinParadise

Il y a quelques mois, dans mon post sur ce marathon justement, je vous disais : "'il s'avère que Gilmore Girls est une série sans enjeu ni objectif. On peut le vivre comme un défaut mais c'est un choix qui est pleinement assumé, après tout, alors autant prendre les choses du bon côté. Gilmore Girls ne fonctionne pas, jamais, avec un horizon précis. Quand une saison commence, par exemple, elle ne pose jamais d'objectif à long terme pour ses protagonistes. La série ne les mettra jamais dans une situation indélicate à résoudre avant la fin de la saison, par exemple, ou ne posera jamais un axe qui nécessite de se développer dans un but affiché. Tout dans Gilmore Girls respire au même rythme que vit Stars Hollow ; il n'y a pas de pression, pas d'impératif ; la vie se déroule et on est invités à la suivre, tranquillement, mais on ne regarde pas cette série-là pour autre chose, et surtout pas pour les sensations fortes". C'est sensiblement la même chose pour Bunheads. Choix qui est d'autant plus étonnant que son pilote pose les bases d'une intrigue plus complexe, puisque, attention il va y avoir un spoiler jusqu'au prochain paragraphe : un personnage meurt à la fin du premier épisode. Comment notre héroïne, Michelle, mais aussi sa belle-mère Fanny, vont-elles gérer le deuil ? Comment s'adapter à la nouvelle situation qui naît de cette tragédie ? On pourrait s'attendre à ce que la problématique de Bunheads, par voie de conséquence, soit le deuil, mais absolument pas : c'est un sujet qu'elle cantonnera, en essence, à une poignée des premiers épisodes de sa saison, ne souhaitant ni s'embourber dans le drame-dramatique-qui-fait-pleurer, ni dans une situation qui risquerait de tourner en rond.
En conséquence de quoi, Bunheads peut sembler, comme sa grande soeur de la CW, un rien volage, et ses personnages peut-être un poil trop résilients. S'il y a clairement des enseignements qui ont été tirés des aventures à Stars Hollow par Amy Sherman-Palladino, la rigueur n'en est pas un, et le ballet des intrigues, des sentiments, mais aussi des personnages secondaires, va être légèrement inconsistant.

Qu'importe. Bunheads réussit sa mission essentielle, et ce que vous venez de lire est la seule chose vaguement négative que j'aie à en dire... et elle est toute relative, comme vous l'aurez compris.
Cette mission essentielle n'est d'ailleurs pas, contrairement à ce qu'on pourrait craindre, de créer des vocations de ballerines à travers le pays, mais bien de suivre des personnages attachants, positifs, et passionnants. Le défi est de ce côté-là remporté.

Ce qui frappe d'ailleurs dans Bunheads, plus encore que dans son ancêtre qui déjà n'était pas à plaindre en la matière, c'est avec quelle ferveur la série s'attache à brosser des portraits féminins complexes et foisonnants. Une fois de plus, les hommes occupent au mieux le fauteuil du passager, au pire disparaissent presque totalement de certains épisodes.
Comptons-les ensemble : il y a Michelle, évidemment, danseuse au potentiel gâché par son absence de focus dans la vie ; sa belle-mère Fanny Flowers, prof de danse qui n'est pas aussi psychorigide qu'elle ne le paraît ; Sasha, l'étoile de l'académie de danse au tempérament insupportable ; Bettina alias Boo, la petite rondelette pleine de doutes mais aux pieds bien sur terre ; Virginia aka Ginny, la petite pile d'énergie ; et enfin Melanie, la grande perche à l'assurance à toute épreuve. A cela encore faut-il ajouter des personnages moins présents sur le plan des intrigues, mais faisant totalement partie de l'univers de la série, telles Truly, l'ex du mari de Michelle, totalement dérangée ; Sam, l'une de ses amies et habitante de Paradise n'ayant pas sa langue dans sa poche ; Milly, soeur de Truly et véritable Margaret Thatcher en puissance ; ou encore Talia, meilleure amie de Michelle et danseuse à la bonne humeur chevillée au corps. Après on peut rentrer dans les détails et évoquer les danseuses de la compagnie qui s'invitent dans les dialogues (la petite Matisse, l'élégante Cozette...) ou les personnages hauts en couleur qui jalonnent la ville bien que ne faisant que de brèves apparitions (l'exubérante meilleure amie de Fanny, la femme du patron du surf bar...), mais dans tous les cas, la majorité des meilleurs rôles reviennent aux femmes, c'est indéniable. Fidèle à elle-même, Amy Sherman-Palladino nous offre, qui plus est, des personnages de femmes à la fois totalement décalés et réalistes ; en dépit de l'épidémie de dinguerie loufoque qui sévit à Paradise, les personnages parviennent tous à s'imposer comme des humains et pas seulement des ressorts comiques. Et dans combien de séries ce genre de choses est-il possible ?

Dans tout ça, qu'en est-il de la danse ? Plus qu'aucune série à vocation musicale du moment (oui-oui, j'ai bien dit aucune, et en adressant un regard en coin à Glee, Nashville et Smash encore), Bunheads se fait forte de toujours employé ses séquences dansées de façon raisonnable et intégrée à l'histoire : les auditions, les spectacles, s'ils ont évidemment une grande fréquence qui ne saurait être un hasard, ne sont jamais des prétextes. On assiste d'ailleurs plus souvent aux entraînements qu'aux répétitions, ce qui implique un point de vue plus technique qu'esthétique sur le fait de danser. Tout glamour étant définitivement abandonné dés que les petites recrues de la Paradise Dance Academy se photographient les ampoules aux pieds !
Quant aux quelques rares scènes qui montrent des passages dansés hors de toute intrigue, ils ne sont pas non plus des prétextes mais de véritables expressions du ressenti d'un personnage donné. Ces numéros, évidemment irréprochables du point de vue technique, peuvent surprendre d'un point de vue narratif, d'autant qu'ils ne sont pas présents d'entrée de jeu dans la saison et qu'ils ont tendance à clore les épisodes, et non à être insérés dans leur déroulement ; cependant leur valeur artistique, et la façon dont ils mettent en lumière les sentiments d'un personnage donné, est incontestable, ajoutant à Bunheads une profondeur qui lui va à ravir.

C'est que, derrière ses personnages fou-fous, sa petite ville balnéaire pleine de petits détails incongrus, et ses répliques-TGV (mais ça allait sans dire), Bunheads est une série autrement plus sombre que ne l'était Gilmore Girls. Le choix d'avoir pour personnages centraux, la majeure partie du temps, des adultes (les 4 jeunes danseuses n'occupant le devant de la scène que sporadiquement, ou alors pour mettre en valeur l'intrigue de Michelle, comme sur la fin du season finale), et a fortiori des adultes au tempérament foncièrement indépendant, offre une série au goût étrange. Là encore, il est tellement rare qu'une série ait pareille démarche : Bunheads s'adresse de toute évidence au premier chef à des adolescentes, mais ne leur offre pas exactement une vision édulcorée du monde adulte ; dans la série, Michelle et Fanny sont des personnages dont les regrets sont fondateurs de la personnalité, et qui passent, en outre, par des problèmes d'adultes (deuil évidemment, mais aussi problèmes d'argent, un fil rouge peut-être pas toujours très bien employé, mais omniprésent). Il est vrai que ce n'est pas forcément très excitant pour le public-cible d'ABC Family, mais enfin, reconnaissons à la série cette qualité : elle n'offre pas une vision idéalisée de l'âge adulte.
Ni de l'adolescence, d'ailleurs, puisque Sasha (résolument le personnage adolescent-clé de la série) est un petit être tourmenté, colérique, déchiré, et pourtant si vivant, si impressionnant. Sa fin de saison, même si elle sera légèrement bâclée (changer le focus pour braquer les projecteurs sur une autre bunhead semble brutal), sera la preuve d'une jolie évolution vers l'âge adulte.

Le mot-clé est évidemment "si". Car le pire, c'est que les pontes d'ABC Family vont nous ressorir un Huge sur ce coup-là, si on les laisse faire...
Bunhead est pourtant une petite perle à part dans le paysage télévisuel américain, capable à la fois d'avoir ce goût authentique typiques des petites villes (qu'avait déjà Gilmore Girls) et de montrer un pays qui, même perdu dans un coin d'Amérique où on ne met pas de panneau d'avertissement devant les routes privées, peut se montrer progressiste et ouvert. L'Amérique d'Amy Sherman-Palladino a toujours "the best of both worlds" à proposer, et on voudrait qu'elle le propose plus longtemps, et tant pis si la showrunner et l'héroïne principale ont comme point commun de manquer de rigueur et de focus : la balade est si belle.

Posté par ladyteruki à 23:03 - Review vers le futur - Permalien [#]

12-10-12

Countrypolitan

Pour certains pilotes de notre challenge de la saison, il faut bien l'admettre, whisperintherain et moi trainons un peu la patte. "De quoi ? The Neighbors ? Oui, euh, plus tard, la review, hein, ya plus urgent". Et puis pour d'autres, il n'y a pas besoin de nous le dire deux fois. C'est en tous cas vrai pour moi ce soir, avec le pilote de Nashville.
Comme toujours, sitôt que whisper aura posté sa review, vous trouverez au bas de ce post un lien pour comparer nos deux points de vue... je serais surprise que sur cette série, il soit le même, d'ailleurs.

Nashville

Il manquait résolument une série sur l'industrie musicale à la télévision. Si cette série existe et que je l'ai loupée, n'hésitez pas à me le dire, mais là où il y avait des Action! et des Entourage pour le monde du cinéma, des Episodes ou des The Comeback pour la télévision, il nous manquait une fiction se déroulant dans le monde des labels et des concerts, de la même façon qu'un peu plus tôt cette année, Smash nous avait permis de pénétrer dans les coulisses de Broadway.
Oh, je ne dis pas que le sujet n'a jamais été abordé à la télévision, mais seulement au milieu d'une foule d'autres choses, je pense par exemple aux cas vus dans The L.A. Complex (plutôt dans le monde du rap) ou Single Ladies (dans l'univers du hip hop). Mais c'était en passant, au milieu de plein d'autres choses, et jamais avec l'idée de radiographier le milieu, mais surtout de suivre l'évolution d'un personnage, si possible au bas de l'échelle, et tentant de percer dans le milieu... mais entre autres choses, sa vie sentimentale prenant généralement le dessus, et l'aspect chorale des séries sus-mentionnées se faisant un devoir de noyer cette intrigue sous mille autres.

Alors imaginez ma surprise quand il s'est avéré qu'une telle série était en préparation, et qu'elle avait l'intention de se dérouler dans le milieu du seul genre musical que j'écoute en provenance des USA : la country ! On voudrait me séduire qu'on ne s'y prendrait pas mieux.

Et effectivement, Nashville est une véritable plongée, d'entrée de jeu, non seulement dans la vie des artistes qu'elle dépeint, mais aussi dans les bureaux du label inventé pour la série. Et c'est tout-à-fait le genre de choses que je voulais qu'une série fasse ! Dépasser la création de stars fictives pour réellement passer le milieu au crible, ne pas juste balancer des chansons mais vraiment nous dire comment on fait un album, ou comment on organise un concert. Le fait que ce soit dans le milieu de la country était un plus-produit évident pour moi, mais ça ne faisait pas tout. Je ne voulais pas simplement faire le plein de chansons à la fin d'un épisode, je voulais que le contexte soit exploité autant que possible. Nashville réussit très bien ce passage au microscope, à plus forte raison dés le pilote où il aurait été facile de ne pas tout de suite entrer dans les coulisses pas franchement sexy de la vie de son héroïne principale Rayna James, et de rester en surface.
Paradoxalement, là où Nashville me ravit le plus, c'est dans son utilisation de la musique. On l'entend, en définitive, assez peu : Nashville se fait un devoir d'être une série sur la musique et non une série musicale, c'est clair dans ses intentions d'entrée de jeu, et j'apprécie cette profession de foi qui consiste à ne pas tomber dans la facilité. Sur une échelle de Glee à Smash, je vais vous dire : Nashville, dans l'utilisation de la musique qui pourtant est son sujet, se situe à Smash+2, si vous me suivez. L'épisode se fait une règle de ne montrer aucune chanson entière, car on n'est pas là pour ça ; les chansons utilisées comme soundtrack pour les scènes relèvent plus du jingle que du product placement ; et quand on entend pour la première fois une chanson dans son intégralité, cela sert le scénario avant tout.
Nashville est comme les gens du Sud : elle ne triche pas, elle ne nous embobine pas. Elle ne veut pas que nous passions la journée à fredonner des chansons originales ou des reprises. Elle ne veut pas que, dans nos coeurs et/ou dans les bacs, Rayna remplace Reba, ou que Juliette remplace Taylor. Elle ne veut pas nous vendre des CD. Fair and square.

Evidemment, la tentation est grande, justement, pendant ce pilote, de chercher des ressemblances ; le jeu est un peu d'essayer de deviner si untel (ou plutôt unetelle) a été passé au vitriol à travers le portrait d'un personnage. C'est tout-à-fait volontaire et la séquence d'ouverture du pilote n'en fait absolument aucun mystère, dans le look de ses personnages (notamment celui de Juliette) comme dans la façon de présenter leur personnalité. Parfois, je soupçonne que connaître un peu la scène country me pousse même à lire un peu trop certaines correspondances (Deacon Claybourne, cette ressemblance avec Brad Paisley, c'est voulu ou...?), ce qui nuit finalement au plaisir de regarder de la fiction : il ne s'agirait pas de la réduire à une simple parodie. C'est un peu le danger... mais je crois que peu de spectateurs français courent ce risque !

La seule chose qui m'agace, c'est cette façon, déjà vue dans Smash, de miser sur l'opposition de deux femmes. En pratique, ça fonctionne parce que la rivalité n'est pas au sens le plus strict, et se double d'un conflit de générations. Sur le principe, ce côté catfight (magistralement illustré par leur première rencontre ; disons-le sans rougir : l'échange était très bon) me chiffonne un peu. Evidemment, comme dans la plupart des milieux musicaux, ce sont les femmes qui dominent la scène, et sont depuis des décennies sont des ambassadrices de leur courant musical, de leur maison de disques, d'une industrie ; il était donc quelque part assez évident de mettre deux femmes dos à dos. Mais les opposer systématiquement, même si cela a du sens dans le contexte, me semble un peu facile quand même. J'espère que Rayna et Juliette sauront évoluer à partir de cette position initiale par la suite, et nous offrir un peu plus que des jalousies féminines légèrement cliché.
Mais ces deux personnages sont si hauts en couleurs que c'en est tout de même un spectacle divertissant, à plus forte raison parce que les positions de chacune sont moins stéréotypées au départ que dans Smash : aucune n'est une ingénue naïve, aucune n'est une amère revancharde. D'ailleurs personne n'a de rêve de gloire, dans Nashville : seulement une carrière.
Et ainsi, chacune arrive avec sa personnalité explosive, et une idée bien arrêtée sur ce qu'elle vaut et ce qu'elle veut, et même si elle ne prend pas un départ, dans ce pilote, absolument mirobolant, Rayna ne se positionne ni comme une victime, ni même vraiment comme un underdog. Gloire en revient d'ailleurs à Connie Britton qui, même quand elle en fait un chouilla trop, parvient à insuffler énormément de dignité et de force à son personnage, et ne pas basculer dans la caricature. A l'inverse, Hayden Panettiere attendra la toute fin de l'épisode pour se décrisper un peu et offrir un peu de nuance, parce que le scénario l'y pousse (mais à l'impossible nul n'est tenu) ; la palette de réactions du personnage dépendra vraisemblablement de l'écriture et non de l'actrice, mais j'ai bon espoir d'arriver à un personnage un peu moins plaqué qu'à première vue.
De fait, mon agacement quant aux jalousies féminines a de grandes chances de s'estomper si les choses tournent bien.

En revanche, ce qui ne suscite chez moi aucune réaction d'hostilité, mais juste une vaste et tiède indifférence, c'est l'aspect politique. La mairie de Nashville, euh, bon, on s'excuse hein, mais à une époque où on a la mairie de Chicago sur une autre chaîne, on a un peu du mal à se passionner pour tout cela. Nashville ne tient pas du tout la comparaison avec les tractations de Boss et du coup je ne vois même pas pourquoi elle se frotte à pareils thèmes.
Ce qui en revanche pique mon intérêt, c'est le parallèle que cette situation politique crée entre Rayna et Juliette, qui finalement, toutes les deux, aimeraient couper les ponts avec un parent mais sont privées de cette possibilité, entre autres de par leur célébrité. C'est une idée intéressante, à plus forte raison parce qu'il est très rare qu'une femme de l'âge de Rayna soit, dans une série, placée dans une situation de ce genre avec ses parents (en général, les séries estiment qu'autour de 30 ans, ces choses sont réglées), et comme c'est un sujet qui me touche en partie (oui, enfin, vous savez, sans l'histoire de la célébrité !), je suis prête à m'accomoder des questions politiques flasques, si elles nous permettent d'étayer le côté familial de la question, qui recèle de mon point de vue un potentiel dramatique prometteur.

Au final, Nashville est à l'image de ce que j'aime dans la country : il ne s'agit pas que des mélodies (au fond, en-dehors de quelques hits mémorables, beaucoup de ballades se ressemblent un peu, notamment chez les artistes mineurs), ce sont les paroles qui font tout. Et c'est finalement ce que ce pilote accomplit, qui démontre que la forme n'est là que pour enjoliver le fond, mais pas le reléguer au second plan. Je place énormément d'espoirs dans les paroles de Nashville, et me délecterai donc des aléas de sa mélodie parfois peu originale, car j'ai l'impression qu'elle a plein de choses à dire. Il manquait simplement à ce pilote, très complet et chargé d'éléments d'exposition, de prendre le temps pour l'émotion, qui n'a pointé son nez mutin qu'en deux passages furtifs de l'épisode.
Mais si Nashville parvient à faire battre mon coeur au rythme des tourments de ses personnages, la série s'attachera mon indéfectible soutien.

Et d'ici la semaine prochaine, je sais déjà quoi écouter...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:37 - Review vers le futur - Permalien [#]

29-08-12

La fin justifie l'absence de moyen

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons un petit défi, blah blah blah, tester tous les pilotes et les reviewer, etc., bon. Vous commencez à connaître le refrain. En tous cas le coup d'envoi de la rentrée est bel et bien donné, car entre les pilotes qui commencent à être diffusés, et ceux qui commencent à leaker, on a tout juste pied. Alors tâchons de tenir le rythme, et passons si vous le voulez bien à une autre série de NBC, The New Normal.
Et évidemment, en lien à la fin du post, je mettrai dés qu'elle sera postée un lien vers la review de whisper, pour que vous puissiez continuer de lire et comparer nos deux avis.

TheNewNormal-Promo

Ah, c'est très, très malin ce qu'a fait Ryan Murphy avec The New Normal. Très, très malin. Non vraiment, chapeau.
Prendre un sujet de société ultra-polémique, et en faire une comédie extrêmement militante, ça permettait de ne pas du tout se poser la question de la qualité : si on critique les personnages clichés, les situations convenues ou les dialogues franchement légers, il est facile de se voir opposer une réaction navrée du type, "t'as pas d'humour", ou, en version plus outrée, "je pensais pas que tu étais homophobe". Après tout, c'est écrit par un gay, il doit connaître son sujet, non ?!
Et c'est là que c'est particulièrement bien joué. Il n'y a pas de débat possible. Non pas autour du thème de la série (bien que celle-ci, entre autres de par son titre, réduise toute possibilité de questionnement à zéro), mais autour de sa qualité, justement de par le sujet et la façon de le poser. Parce que, si vous n'avez pas été réceptif, c'est tout simplement que vous êtes un bigot en puissance et puis c'est tout.

Le problème, c'est qu'en abordant le pilote de The New Normal, on ne devrait même pas avoir à se demander quelle opinion on a sur le sujet (et en écrivant une review, on ne devrait pas non plus avoir à clarifier sa position).
On ne devrait pas se dire "enfin une série qui fait un peu avancer les mentalités !", car faire avancer la société ne repose pas sur une seule série (mais sur plusieurs, si possible pas toutes produites par la même personne), et surtout, émane rarement d'une volonté aussi évidente de vouloir imposer un discours.
On ne devrait pas se poser la question, qui plus est, tout simplement parce que ce n'est pas le thème de la série qui détermine sa réussite, mais la façon dont on peut se lier avec les personnages. La parentalité, c'est universel. Envisager de devenir parent, et ce faisant, se demander quel sera le poids de l'hérédité et des conditions dans lesquelles l'enfant va grandir, c'est universel. Bien-sûr, les mères porteuses, les parents gays super-riches, et toute cette sorte de chose, ça n'a rien d'universel. Mais si The New Normal fait bien son boulot, ça ne devrait pas entrer en ligne de compte. C'est justement comme ça qu'on fait avancer les mentalités.
Mais à la vue de The New Normal, comment ne pas concéder un peu de crédit à ceux qui parlent de gay agenda ? Et, par ricochets, comment contredire ceux qui prétendent que Hollywood veut à tout prix imposer une certaine vision de l'homosexualité ? Comment peut-on ensuite leur opposer qu'il ne s'agit pas de forcer les choses, mais simplement d'obtenir l'égalité... quand, à côté, on a The New Normal ? C'est comme un adolescent qui promet qu'il sera sage pendant le weekend où il reste seul à la maison... pendant qu'un de ses copains décapsule une bière sur le canapé ! Difficile de conserver un semblant de sérieux quand Ryan Murphy, qui a intégralement bâti sa carrière sur la provoc' et le je-m'en-foutisme, est à côté en train d'allumer un spiff d'une main pendant qu'il écrit un épisode de Glee de l'autre, alors que juste à côté, toi, tu promets aux neo-cons avec ta plus belle tête de premier de la classe que, juré, c'est une question d'égalité.

Dans le fond, ce n'est pas de cela qu'il devrait s'agir en commençant le pilote de The New Normal, mais simplement de télévision. Comme chaque fois qu'une série avec un sujet à polémique démarre, ce sont ses qualités et uniquement elles qui feront la différence.
Et à plus forte raison pour nous, téléphages, qui devrions être capable de regarder une série pour celle qu'elle est et pas seulement pour ce qu'elle essaye de signifier en période d'élections présidentielles. Du moins faut-il espérer que nous avons acquis, avec l'expérience et le nombre de séries que nous avons vues, le recul nécessaire pour ne pas tomber dans le panneau.

Alors, tentons d'éviter l'écueil du débat facile, qui ne manque(ra) pas d'entourer The New Normal, et concentrons-nous sur les qualités intrisèques de son épisode pilote.
Ce ne sera pas aisé, car il n'y en a pas beaucoup.

En fait, tout bien pesé, je n'ai relevé qu'une seule bonne scène : celle pendant laquelle Bryan et David sont ensemble, dans leur lit, et parlent de leur paternité à venir à coeur ouvert. Les grimaces sont loin, les personnages sont honnêtes, et il émane de cette scène une tendresse pétillante qui est, à mon sens, ce qu'on vient trouver dans une comédie dont le slogan a le culot d'être "a post-Modern Family" (pun obviously intended). Les personnages sortent, en cet instant, de la caricature dans laquelle ils ont été fourrés avant cette scène (et hélas, après), et nous offrent pour la première fois la possibilité de nous attacher à eux. Car nous avons besoin de ça pour les suivre dans leurs délires.
Mais je réalise en écrivant cette phrase que je n'ai aucune idée de quels délires il s'agit. En fait, tout bien réfléchi, je suis incapable de citer un seul passage qui me soit apparu comme voulant être drôle (sans même envisager de déterminer s'il y a réussi). Outre les personnages caricaturaux (l'un des deux gays, son assistante, la grand'mère de la mère porteuse), il n'y a aucune scène d'humour. Il y a une engueulade sur la fin, mais elle ne cherche pas tant à être drôle qu'à surprendre. A part ça, non, rien. Et ça me fait un choc parce que tout le long de l'épisode, je me suis dit "ils traitent vraiment ça à la légère", et je pensais que je parlais d'humour mais à présent je réalise que non, ce qu'ils ont traité à la légère dans le pilote de The New Normal, c'est à la fois les personnages, les rebondissements... et le genre-même. Ce n'est pas une comédie. Il n'y a aucune forme d'humour : ni slapstick, ni répliques piquantes, ni comique de situation, non, aucun mécanisme de tout le pilote qui puisse faire penser qu'on a affaire à une comédie. On pourrait imaginer qu'étant une comédie en single camera, The New Normal a décidé d'employer une forme d'humour plus discrète, comme l'ironie, mettons, mais rien n'apparait non plus sur le radar. Pourtant, de par son format et l'absence totale de profondeur de ses personnages, on ne peut certainement pas dire que le pilote de The New Normal puisse prétendre au titre de drama. Alors que diable viens-je de regarder ?!

Mais calmons-nous et essayons de trouver d'autres qualités. Pour avoir réussi à passer le cap du développement, The New Normal a forcément réussi quelque chose.
L'exposition des personnages, peut-être ? Et pourtant... En-dehors des longues minutes de souffrance autour du personnage d'Ellen Barkin, aucun personnage n'a vraiment bénéficié d'une introduction détaillée, et à vrai dire, surtout pas les deux papas, qui s'enferment immédiatement dans leur rôle hétéronormé pour n'en jamais sortir. A vrai dire, la mise en situation de Goldie (qui deviendra la future maman, et contrairement à ce que voudrait vous faire croire la chute de l'épisode, ce n'est pas un spoiler parce que c'est le pitch de la série et qu'on y trouve une référence sur toutes les promos) m'a même semblé horriblement confuse, en cela que la réalisation m'a fait croire à un flashback pendant une scène clé, et ce n'en était pas un. Je n'avais même pas percuté que ça se déroulait au présent lorsqu'elle a surpris son mari la main dans le pot de confiture (pardon pour l'image). Et pour finir, le cliché de la gamine plus mature que tout le monde est ici utilisé de façon insupportablement peu inventive.
Non, attendez, on a peut-être un espoir avec la façon d'amener le sujet. Au sens où quels que soient les personnages, l'essentiel est d'amener la question sur la table de façon intelligente... comme avec... euh, un faux micro-trottoir ? Car il faut l'admettre, le passage au cours duuel les parents gays essayent de comparer leur situation à celle d'autres parents dans un jardin d'enfants avait autant d'honnêteté intellectuelle que Philip Rosenthal. Donc ce n'est pas là non plus que le pilote de The New Normal a réussi.
C'est forcément autre chose. Quelque chose qui justifierait l'investissement par une chaîne (déjà à la traine) dans un projet... Le montage ? Ou, non, pas le montage : la musique ! Oui, c'est ça, la musique est... Euh, non, je sais pas, euh, il y a forcément un truc qui vaut la peine d'être vu dans ce pilote, non ? ...Les fringues ?

Dans son élan pamphlétique, l'épisode inaugural de The New Normal s'avère en fin de compte être d'une pauvreté affligeante, tout simplement parce qu'il a oublié l'essentiel. Et je crains que ça ne lui porte bien plus préjudice que le boycott par quelques conservateurs...

Malheureusement pour nous, il arrive assez souvent que produire une série sans grande qualité, simplement parce qu'elle est produite par quelqu'un qui a du succès et/ou dans l'espoir de faire le buzz, soit également devenu the new normal. Et ça, faut pas s'en faire, c'est bien entré dans les mentalités.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 20:36 - Review vers le futur - Permalien [#]

04-07-12

Not a joke

Il est peu de circonstances dans lesquelles j'apprécie de partager un visionnage d'inédit avec de la compagnie (par contre, revoir quelque chose que j'ai déjà vu, pas de problème). Votre voisin de canapé a toujours tendance, quel qu'il soit, à faire toute sortes de choses horripilantes, comme grignoter, parler, voire même, dans les moments les plus critiques, respirer, ce qui convenons-en est du plus haut agaçant, et anti-immersif au possible.
Mais en compagnie d'amis téléphages, sur Twitter, l'expérience s'avère au contraire délicieuse : les réactions, envoyées par écrit, sont parfaitement silencieuses, et si une scène devient particulièrement captivante et requiert votre indivisible attention, il suffit de mettre la video en plein écran pour être totalement à l'aise, et le tour est joué.
C'est ce système qui, précisément, a fait du visionnage de la première saison de Smash à la fois un moment de communion collective vécue dans la bonne humeur, et en même temps, une expérience propice à une découverte au calme, comme je les aime.
Bonus non-négligeable, tweeter en temps réel et réagir aux tweets des autres permet aussi bien de prendre un recul salvateur en cours de route que d'entretenir l'enthousiasme à l'issue d'un épisode.
Aurais-je aimé Smash sans l'effet de groupe ? Il est permis de se poser la question, et la réponse est : oui. Mais probablement pas au même degré, tant l'excitation renvoyée par notre petit groupe a permis à plusieurs reprises d'entretenir la motivation même pendant les quelques faiblesses de cette première saison, afin de pleinement profiter de ses qualités.

Pour toutes ces raisons, je tiens à remercier le #SmashEnsemble pour les soirées passées devant Smash. Ex aequo avec l'équipe du Ozmarathon, ces initiatives donnent tout leur sens aux possibilités de la social TV (et ce, sans s'encombrer d'impératifs horaires imposés par une chaîne, ce qui à mes yeux est un immense plus).

Alors que ce soir, les spectateurs de TFHein peuvent découvrir les débuts de la série, permettez-moi donc de chaleureusement remercier ceux avec lequels j'ai découvert la première saison de Smash, et avec lesquels j'ai hâte de découvrir la deuxième, et qui ont permis de faire de ces quelques mois une expérience téléphagiques à part, et inoubliables.
And now, on with the show.
Par contre évidemment, attention, quelques spoilers se baladent après l'image ; en matière de bilan de saison c'est un peu inévitable.

Smash-5678

La première saison de Smash nous permet donc d'assister à la façon dont une comédie musicale retraçant la vie de Marilyn Monroe voit le jour. Le sujet est, d'emblée, traité avec sérieux : il ne s'agit pas pour les créateurs de la comédie musicale de se ruer sur cette idée parce qu'elle semble juteuse, mais avant tout parce que le personnage les fascine.
Ces créateurs sont Julia et Tom, deux amis qui ont une longue histoire de collaboration derrière eux, et qui à la base, sont supposés faire une pause dans leur travail commun, le temps que Julia et son mari adoptent un enfant. Mais quand le nouvel assistant de Tom, Ellis, leur soumet l'idée, tout de suite, le cortège de mythes et de fantasmes autour de la blonde créature pique leur créativité, et les voilà lancés dans le projet.

Les premiers épisodes, s'ils mettent en place la quasi-totalité des personnages de la saison, vont ainsi faire la part belle au duo. Tom, le compositeur, et Julia, l'auteur, forment en effet un duo qui connait le métier, et qui donc sait très bien quel est le processus qui les attend avant que le spectacle n'aboutisse, et qui en même temps, de part cette histoire commune, permet de conserver énormément de fraîcheur. Ainsi en position de force pendant une bonne partie du processus de décision autour de la comédie musicale, Tom et Julia vont s'imposer comme des personnages fondamentaux de Smash, alors que bien souvent les scénaristes de la série font de leur mieux pour attirer notre attention ailleurs...

Smash-JustEmailedIttomyMother

Et notamment sur les deux chanteuses en lice pour le rôle principal de la comédie musicale, Karen et Ivy. Au lieu, comme pour le tandem précédent, de nous offrir une dynamique basée sur l'entente entre les personnages (et où l'on finit par les préférer ensemble que séparément), ici l'idée est de les mettre en concurrence au maximum, et se diviser les spectateurs en team Karen ou team Ivy, ce qui pendant la majeure partie de la saison va être totalement justifié (et donne d'ailleurs du piment aux échanges de tweets ; d'après mon expérience, les deux "teams" ont d'ailleurs pris la concurrence avec plus de bonne humeur que de véritable mauvais esprit, échappant au clivage trop profond qu'on peut avoir dans certaines fictions opposant deux personnages et donc deux catégories de spectateurs, et ici, Smash a toujours su fédérer ceux-ci autour de la série même quand ils n'étaient pas d'accord sur la chanteuse à retenir, ce qui me semble être un témoignage de son sens de l'équilibre).
Karen et Ivy sont naturellement le jour et la nuit. Ca a tendance à jouer à l'extrême en défaveur de l'une ou de l'autre, selon vos préférences. Ainsi, Karen est la provinciale typique, fraîchement débarquée à NYC et qui n'a jamais vraiment eu de travail à Broadway ; naïve, innocente, et limite parfois sainte-nitouche, elle a un gentil petit-ami avec qui elle vit dans un coquet appartement où tout va bien dans le meilleur des mondes. A l'inverse, Ivy est une chanteuse et danseuse qui depuis 10 ans use son fond de culotte sur les chaises des salles d'attente de casting, et qui n'a jamais eu son moment de gloire (si tant est qu'une telle chose soit amenée à se produire, ce qui n'est évidemment pas garanti) ; seule dans la grande ville, elle vit dans un petit studio d'où elle appelle sa mère qui a un don bien à elle pour la rabaisser sans s'en apercevoir. Pas étonnant que dans cette compétition où elle a probablement le plus à gagner, Ivy passe parfois pour une arriviste ; mais dans toute industrie du spectacle, cela semblerait plutôt être une qualité, si le spectateur n'était pas conditionné depuis toujours pour préférer les jeunes premières virginales.

La saison va énormément jouer sur cette opposition. A la clé, il y a le personnage de Marilyn, un rôle qui à n'en pas douter façonnera leur carrière, et l'enjeu est forcément immense.
Le premier problème de la série est peut-être justement de se focaliser autant sur cette compétition, toute significative qu'elle puisse être. Intéressante dans les premiers temps, elle prend une tournure un poil répétitive ; il y a des moments pendant lesquels on a envie de trancher et d'en finir, même si les façons de trancher sont potentiellement multiples (soit Karen a le rôle, soit Ivy a le rôle, soit elles ont toutes les deux le rôle et incarnent chacune une période de la vie de Marilyn différente...). Pire encore, une autre concurrente est introduite ensuite : la production décide de plutôt engager une star, Rebecca, pour ce rôle. Est-elle à la hauteur ? On se pose les mêmes questions, à nouveau, qu'au début de la compétition entre Karen et Ivy. L'une d'entre elles va d'ailleurs lui servir de doublure, dans ce cas laquelle ? On ne s'en sort pas. Et tout ça pour en arriver au stade où finalement, attention ultime spoiler, Rebecca va quitter la production, et le rôle de Monroe va revenir à l'une de nos deux chanteuses, et il faut à nouveau décider laquelle. Mais argh, quoi !
Cette façon de systématiquement tout ramener à la lutte pour l'obtention du rôle de Marilyn a tendance à court-circuiter la majeure partie du processus créatif autour de la comédie musicale. J'ai pris un pied insensé à voir comment Julia et Tom concevaient leur spectacle (de façon non-linéaire, ils conçoivent d'abord les numéros et décident ensuite de l'histoire ; parfois des numéros se rajoutent et semblent composer un patchwork de chansons étrange sans fil rouge, c'est impressionnant parce qu'on se doute qu'au final, puisqu'il s'agit d'un biopic, tout prendra du sens), j'ai aimé certains détails, sur les répétitions, la conception de la mise en scène ou des décors. Mais au final, on a l'impression que ces parties-là sont plus faciles que d'embaucher le personnage central. Difficile de nier l'importance de cette décision de casting, naturellement, mais peut-être que cela simplifie à l'excès les problématiques d'une production aussi complexe et colossale quand même.

Smash-ChooseMe

Il faut pourtant admettre que, même quand cette tendance à se focaliser sur l'opposition Karen/Ivy a tendance à se faire longuette, elle n'est jamais mauvaise. C'est presque un miracle, et d'autres séries s'y seraient cassé les dents à n'en pas douter.
Le mérite en revient principalement à l'excellente écriture des personnages de la série, et leur toute aussi formidable interprétation. Smash bénéficie d'un cast pléthorique, et pourtant chaque personnage se montre sympathique et agréable (à deux exceptions près, Ellis et le fils de Julia, mais sur la quantité de personnages, c'est presque négligeable). Tom, Julia, Karen, Ivy, mais aussi Eileen leur productrice, Derek le metteur en scène, les stars potentielles du show, les danseurs du chorus (dont j'aurais bien aimé voir le recrutement, mais c'est une déformation), les amis des uns, les conjoints des autres, les guests de passage et le cousin de la boulangère, on aime tout le monde. Impossible de faire autrement. C'en est même fascinant parce que les personnages intégrés à la série pour jouer les "méchants", les insupportables, dans le genre de Derek par exemple, finissent toujours par se montrer profondément attachant.
C'est un luxe incroyable de voir tous ces personnages s'attirer votre affection. Certains parce qu'ils sont profondément humains, à l'instar de Julia qu'il est impossible de détester (même quand elle trompe son mari), et d'autres parce qu'ils sont incroyablement complexes, telle Eileen qui, derrière sa poigne de fer, cache une femme qui ne se cherche pas d'excuse mais qui ne cache pas non plus systématiquement ses fragilités. Et le plus appréciables est probablement que les personnages féminins autant que les personnages masculins sont tous denses de la même façon, tous très riches.

A certains moments, c'est ce qui fait la différence entre une série bêtement soapesque, et parfois Smash court un peu ce risque en se focalisant, outre la compétition entre ses deux héroïnes, sur les histoires personnelles des uns et des autres à l'excès, se mettant parfois en terrain gleessant, et une excellente série dramatique pleine de coeur, un peu comme ce que peut offrir une série comme Parenthood, mettons ; l'ornière est savamment évitée, bien que frôlée de justesse à plusieurs reprise, parce que Smash possède parfaitement ses personnages et refuse d'en faire des prétextes ou des caricatures.
Et c'est sans doute le deuxième problème de Smash. Alors que les textes des chansons de la comédie musicale sont un trésor de finesse et de références intelligentes et bien tournées, parfois, les intrigues sont un peu simplistes. On se prend à rêver que les scénaristes de Smash aient la plume de Julia, le talent pour capturer de nombreuses informations enrichissantes sur les personnages sans pour autant y passer des heures, le sens de la formule qui permette d'éviter des situations un peu cliché, et le coeur nécessaire pour ne pas les juger quand il est parfois un peu trop évident qu'on veut nous faire penser quelque chose de négatif d'un personnage qui s'est "mal comporté". Que le livret de la comédie musicale (qui n'est pas encore Bombshell) soit infiniment plus abouti que le scénario de la série me laisse penser que ce n'est pas la même personne qui s'en est chargé, ou bien que c'est le plus incroyable travail de character development que j'ai jamais vu (en l'occurrence en faveur uniquement de Julia).

Smash-BrokenMirror

Alors évidemment, difficile de parler de Smash sans parler de ses numéros musicaux, qu'ils soient liés à la création de Bombshell ou non.

Ce sera d'ailleurs mon troisième et dernier reproche : un peu trop souvent, Smash décrète que, pour remplir ses obligations de série musicale, elle va sortir du contexte de la comédie musicale dont elle est supposée suivre la formation, et nous sort de son chapeau des chansons non-inédites (bon, encore...) dans un contexte n'ayant rien à voir. En dépit de l'excellence de ces numéros, et certains sont absolument inoubliables à l'instar de Cheers (Drink to that) par exemple, leur arrivée totalement impromptue dans les épisodes leur donne plus les apparences d'un prétexte, quand il faudrait leur conférer une aura bien différente pour leur rendre la gloire qu'ils méritent.
Le cas le plus WTF de la saison sera probablement le numéro bollywoodien, parfaitement mené, doté d'une ambiance généreuse, mettant en scène des personnages de la série peu habitués à être dans une séquence chantée à l'ordinaire, mais dans une séquence sans queue ni tête, n'apportant rien ni à la scène qui la précède, ni à aucune de celles qui suit. C'est vraiment dommage car le numéro est réussi, mais impossible de s'ôter de la tête l'impression très désagréable que les scénaristes l'ont un peu balancée là sans trop se creuser. Encore une fois, la writers' room de Smash aurait bien besoin d'une Julia.

Reste qu'au fur et à mesure de la saison, Smash révèle des chansons inédites de toute beauté.
Bombshell s'annonce, c'est certain, comme un immense spectacle, au point de faire regretter au spectateur de ne pas pouvoir y assister, la série nous présentant les numéros dans le désordre, parfois dans le cadre de répétitions, parfois avec une mise en scène aboutie, et mon plus grand souhait à ce jour concernant la production de Smash est qu'on nous fournisse, à un moment, une version intégrale de Bombshell, tant tout y est alléchant. Un DVD complémentaire ne serait pas du luxe et j'espère vraiment que les têtes pensantes chez NBC ne laisseront pas passer cette extraordinaire opportunité (la captation est malheureusement loin d'être systématique à Broadway...).
Quel que soit leur degré de raffinement au moment de nous les dévoiler, ces numéros sont toujours géniaux, donc. Qu'il s'agisse de la tendresse du duo entre Marilyn et Joe DiMaggio ("Mr. & Mrs Smith"), de la charismatique transformation de Norma Jean en Marilyn ("20th Century Fox Mambo"), de l'hilarant moment de légèreté ("Don't say yes until I'm finished"), de la puissance d'un solo de DiMaggio ("On Lexington and 52nd Street"), de l'emblématique thème d'ouverture de Bombshell ("Let me be your star") ou du grandiose final ("Don't forget me"), Smash réussit son coup à chaque fois.

Capable de mettre en scène de façon sublime comme drôle l'histoire de son héroïne, la comédie musicale sur Marilyn Monroe regorge de détails passionnants. Quiconque lit ne serait-ce que la biographie de la belle blonde sur Wikipedia découvrira dans les paroles de la plupart de ces numéros une foule de références, montrant bien que chez Smash, on n'a pas pris l'histoire de Marilyn comme un simple prétexte, mais bien qu'on possède le sujet jusqu'au bout des ongles.

Mais outre les lyrics des chansons, et leur effet imparable pour retourner dans les années 50, au coeur de l'existence de Monroe, les numéros de Smash ont aussi énormément de mérite parce qu'ils tirent parfaitement partie des talents en présence, et en premier lieu Megan Hilty, impressionnante à chaque seconde, et Katharine McPhee, qui prouve qu'on peut venir de la télé réalité et avoir de l'avenir. Ensemble ou séparément, elles sont impeccables, et trouvent le moyen d'apporter un angle différent sur l'histoire racontée, mais jamais moindre que la voisine. Si version DVD il y a, idéalement, elle propose une version Karen et une version Ivy pour la version intégrale de Bombshell... musicalement, il est trop difficile de choisir entre les deux. Je crois d'ailleurs que les spectateurs divisés entre la team Karen et la team Ivy tomberont d'accord sur le fait que toutes les deux ont un grand talent, et que ce n'est pas à ce niveau que se passe la compétition.

Smash-AngeDechu

Au terme de ses 15 premiers épisodes, Smash a, c'est certain, quelques défauts (trois d'après mon compteur) mais une foule de qualités, allant de la sincérité de ses personnages à son talent pour capturer les réalités de l'univers de Broadway (rendant incroyablement bien l'univers si particulier de la fameuse avenue), en passant par un don incroyable pour créer une oeuvre musicale dans l'oeuvre musicale dont les qualités n'ont rien d'imaginaire.
Dotée, qui plus est, d'un cast irréprochable (personne n'a ici volé sa place, et il n'y a pas le moindre flagrant délit de belle gueule incapable), avec des interprétations parfaites comme celles d'Anjelica Huston, Debra Messing ou encore Megan Hilty, la série a peut-être une marge de progression devant elle, mais elle a tous les éléments pour offrir un résultat déjà bien solide en cette première saison.

Corriger les quelques errances de cette première quinzaine d'épisodes peut la conduire à rien moins que l'excellence, j'en suis convaincue.
Alors, je serai au rendez-vous l'an prochain pour la deuxième saison avec le plus grand des plaisirs. #SmashEnsemble, j'espère.

Posté par ladyteruki à 23:43 - Review vers le futur - Permalien [#]

10-05-12

Angleecismes

Rha, la déceptiooooooooooon ! J'espérais trouver dans la saison japonaise du printemps une série parfaite, mêlant comédie musicale et Yuuki Amami (si, absolument, Yuuki Amami est un genre à elle seule, parfaitement), et je me retrouve avec... une version japonaise de Glee.
Mais avec Yuuki Amami. Hm. Bon. Tout n'est pas perdu.

KaerunoOujosama

Et d'ailleurs Kaeru no Oujosama n'essaie même pas de maquiller le crime : on va y parler d'un choeur en pleine déchéance, avec très peu de membres qui tous sont des losers en puissance, et qui tentent tant bien que mal de former un ensemble solide.

La nuance qu'apporte Kaeru no Oujosama, qui reste une dramédie nippone avant toute chose, c'est qu'on ajoute un enjeu supplémentaire, plus social : le choeur de losers n'est pas là pour reporter une bête compétition, ce serait trop simple ; non, il a pour tâche de prouver que la salle de concert de Yume ("rêve", admirez la subtilité), une petite ville à l'abandon, ne devrait pas être détruit afin de construire une station de traitement des déchets à la place. Oui, c'est un tout petit peu ridicule, mais pas plus que Glee, hein.

Pour cela, l'ancienne directrice musicale de l'endroit appelle Mio Kurasaka à la rescousse... ou plutôt l'attire sous un faux prétexte. Mio, qui parce qu'elle a fait partie de l'ensemble dans une représentation d'A Chorus Line, s'imagine qu'elle est une star de Broadway, se prend pour une personne importante ; alors qu'en réalité son agent l'a envoyée à Yume pour s'en débarrasser, car à 40 ans et alors qu'elle n'a jamais vraiment connu la gloire, elle est devenue impossible à caster à Broadway. Mais ça, Mio n'en a pas vraiment conscience.
Yuuki Amami campe donc avec Mio une pseudo-célébrité excessivement sûre d'elle-même, un peu méprisante pour ce petit patelin bien éloigné de ses ambitions américaines, mais qui cependant est bien obligée de prêter main forte à son ancienne directrice parce que celle-ci lui a prêté de l'argent lorsqu'elle a démarré sa carrière. Le problème c'est que, comme Mio n'a pas vraiment d'autre boulot à l'horizon, elle ne peut rembourser cet argent dans l'immédiat ; la perspective de coacher la chorale de Yume à l'oeil pendant un mois lui permettrait donc d'éponger sa dette sans perdre la face. Une façon élégante de mener Mio par le bout du nez, donc, et ça marche : Mio commence à prendre en charge la chorale, non sans constater que celle-ci, même en recrutant un peu, n'est qu'une belle brochette de femmes aux foyers et autres reliquats d'une société provinciale qu'elle tient déjà assez peu en estime.

Comme presque toujours dans une série japonaise ayant ce genre de configuration, les membres de la chorale sont interprétées de façon caricaturale par une pléiade d'actrices (et un acteur) manquant dramatiquement de subtilité, de charisme et même de sympathie tant le jeu du cast est épouvantable. Celle qui va s'opposer le plus souvent à Mio, Chuuko (qui est accessoirement fille du maire le plus sexiste et rétrograde de l'histoire de la télévision), a un profil de première de la classe, austère et jamais contente, qui lui aussi relève de la caricature, mais qui au moins ne dépend pas de ressorts comiques pitoyables comme certaines autres membres de la chorale. On peut également mentionner Mahiru, une jeune fille timide (elle est incarnée par une idol, Yuuko Ooshima, déjà vue dans Majisuka Gakuen) qui évidemment est très optimiste, positive et travailleuse, et qui naturellement va se révéler grâce à l'expérience au sein de la chorale. Bref, rien que l'on n'ait déjà vu cent fois en pareilles circonstances dans une dizaine de dorama passés.
Dans tout ça, Yuuki Amami, avec un personnage éminemment antipathique (même quand elle est supposée faire preuve de bons sentiments !), a bien du mal à sauver les meubles. Elle a plus de subtilité que toutes les autres actrices de la distribution réunies, mais son personnage est insupportable quoi qu'elle fasse. Les dialogues l'ont en plus affublée d'anglicismes permanents, l'habituel cliché supposé prouver qu'elle a vécu aux States, qui lui font émailler son discours de termes qui, bien que prononcés correctement (c'est déjà ça), n'apportent rien.

A l'instar de Glee, la chorale dirigée tant bien que mal par Mio (plutôt mal que bien pour être honnête, on se demande d'où lui viennent ses techniques d'apprentissage !) va décider de s'éloigner des chansons typiques de chorales, pour mieux adopter des chansons plus populaires. Le pilote nous propose une interprétation d'une chanson de folk, mais d'après le trailer, il faut s'attendre à des titres plus pop par la suite, sans pour autant être de haut profil comme ça peut l'être pour Glee. Le principe ici n'est pas d'essayer de faire une série à buzz comme la consoeur américaine de Kaeru no Oujosama, mais simplement de faire une divertissement grand public. Peut-être que dans le fond il aurait mieux valu, en fait. Une comédie musicale pourrie avec un cast miteux qui interprète des hits de Jmusic, c'est toujours mieux qu'une comédie musicale pourrie avec un cast miteux qui chante des chansons méconnues, non ? Mais pas de beaucoup, je vous l'accorde.

Alors au final, il n'y a pas grand'chose pour donner de la valeur à Kaeru no Oujosama, où la pauvre Yuuki Amami ne peut pas accomplir de miracle. Mais au moins elle essaye, c'est déjà bien gentil de sa part, de donner un peu de coeur à l'ouvrage bien maladroit qui, parti d'une idée de copie officieuse, et en s'appuyant sur une structure usée jusqu'à la corde à la télévision japonaise, ne parvient à rien apporter, même pas sur un plan humain.

Ah, et si vous voulez une dernière preuve de l'inspiration américaine de Kaeru no Oujosama... La série a son propre Kurt Hummel !

Kuruto Humeru

Le problème, c'est que si j'ai arrêté Glee, il y a une bonne raison. Certes, Glee n'a pas Yuuki Amami au générique. C'est LE gros atout de la série japonaise sur son modèle américain. Mais sur le reste ? Euh, difficile de trouver des raisons de regarder Kaeru no Oujosama. Et la meilleure preuve, c'est que ce post n'en contient pas une seule.

Posté par ladyteruki à 11:32 - Dorama Chick - Permalien [#]

01-04-12

In good faith

GCB

Imaginez un monde où on retrouve des accents du Sud de l'Amérique, de la musique country et une actrice de Pushing Daisies. Ca fait beaucoup d'arguments en faveur de GCB !
Pour autant, il ne faut pas croire que j'étais d'emblée acquise à la série. Le thème soapesque proche de Desperate Housewives, avec toutes ces femmes riches, belles sous condition d'avoir le bon éclairage, et ayant bien trop de temps libre pour rester honnêtes bien longtemps, avait tout pour me repousser. J'ai d'ailleurs lâché Desperate Housewives assez vite, parce que je trouvais ça stérile et que j'étais proprement incapable de m'intéresser longtemps aux retournements de situation factices. Sans parler des personnages légèrement hystériques.

Après tout, on trouve des accents du Sud en bien d'autres endroits y compris dans des séries (mon préféré est et reste celui de Reba, le plus prononcé que j'aie jamais entendu à la télévision), j'ai de la musique country à ma disposition sans m'infliger une mauvaise fiction, et quant à l'actrice de Pushing Daisies eh bien, comme le prouve mon Piemarathon, je peux la retrouver dans Pushing Daisies quand je veux.
Ok GCB, il va donc falloir faire mieux que ça.

Hélas les choses se sont bien mal engagées lorsque Leslie Bibb a commencé à... je ne sais pas trop ce qu'elle faisait, mais je n'oserais pas appeler ça jouer la comédie. Donc juste pour être sûre, euh, petite vérification : confirmez-moi un truc, elle est actrice, pas vrai ? Elle était mauvaise comme ça, dans Urgences ? Dans Popular ? Chais pas, c'est la doubleuse qui lui sauvait la mise ou bien ? En tous cas ça pose question.
Et c'est d'autant plus embarrassant qu'elle est supposée être l'héroïne de la série et qu'elle occupe l'écran une grande, très grande partie du temps. Vraiment j'en étais gênée pour elle.

GCBiches

Heureusement, pour compenser la vacuité de la prestation de Bibb, elle a face à elle des gens qui font tout le charme de la série. C'est par cette panoplie de personnages d'importance variable, mais toujours savoureux, que GCB remplit son contrat de divertissement qui fonctionne plutôt que de punition collective.
Évidemment, Kristin Chenoweth est en grande forme. Elle l'est toujours plus ou moins mais la place qu'on lui laisse pour s'épanouir est variable (dans Glee par exemple, elle pouvait chanter mais pas vraiment donner le meilleur d'elle-même dans d'autres domaines). Ici elle est en TRES grande forme, et elle est, en réalité, la force motrice de ce pilote. Carlene me rappelle un peu Dallas, dans Suburgatory, mais en version peste patentée... et pourtant diablement attachante, parce que même insupportable, la Cheno est une crème, c'est dans son ADN.

Le mérite ne lui en revient pas exclusivement, pourtant. Très vite, la venimeuse Cricket, l'embarrassante Sharon (interprétée par dont j'admire déjà l'accent depuis Rodney ; ce qui admettons-le est certainement la seule chose à admirer dans cette comédie pathétique) et Heather la fausse-peste, vont prouver qu'elle sont plus que des faire-valoir pour Carlene, et vont apporter chacune des scènes très sympathiques à ce pilote, même si elles sont moins en verve. Mais au-delà de ça, même les petits rôles fonctionnent pour le moment très bien : Blake le mari qui mène une double-vie, Ripp, celui qui forme un fantastique tandem avec Carlene, ou encore, dans une moindre mesure certes, la mère d'Amanda (j'avoue que je m'attendais à ce qu'elle soit plus haute en couleur, mais ce n'est que le pilote).
On a la vraie sensation de découvrir toute une société, un microcosme gangrené par les apparences, et c'était nécessaire ; il faut vraiment que ça continue comme ça. Comme Suburgatory a essayé d'en décortiquer les mécanismes, il est d'ailleurs très futé de la part de GCB de ne pas trop chercher à expliciter de côté-là des choses et de nous laisser l'observer sans appuyer dessus ; la réalisation et les stylistes se chargent de ce boulot sans que le scénario ne s'apesantisse sur la démonstration de force, et c'est bien joué, cela évite l'impression de déjà vu.

D'ailleurs, plutôt que de parler uniquement de riches oisifs comme peuvent le faire Desperate Housewives et Suburgatory, GCB a l'excellente idée, bien qu'évidemment elle lui ait causé pas mal de tort aux États-Unis (c'est d'ailleurs surprenant d'apprendre que la Pologne, pays chrétien s'il en est, fait par exemple partie des premiers pays à en avoir acheté les droits ; la série y est diffusée depuis la mi-mars !), d'orienter sa critique vers la contradiction entre les valeurs chrétiennes et leur non-application par les horribles pestes de la clique de Carlene.
Le sujet est abordé au travers de tout un champs lexical très efficace, et de nombreuses références bibliques utilisées avec malice parsèment l'épisode. Je n'ai pas eu l'impression que c'était très offensant, mais c'est vrai que d'une part, je suis athée, et que d'autre part, le simple fait de montrer des teignes en indiquant clairement quelle est leur religion peut, je le comprends, défriser ceux qui voudraient renvoyer une image immaculée de leur communauté. Ce ne sera pas pour cette fois, mais je crois que les égratignures sont suffisamment superficielles pour que cela ne porte pas préjudice à la série sur le long terme, on se rend vite compte que c'est fait en toute bonne foi, sans méchanceté, mais quand même pour souligner une certaine hypocrisie qui existe, il faut l'admettre. Et puis, le personnage le plus explicite quant à cette thématique, Carlene, est interprété par une Chenoweth que je crois foncièrement incapable de blasphème. A l'instar de Suburgatory qui veut rire sans cruauté, je pense que GCB a su trouver le ton qu'il fallait pour servir son propos sans tomber dans la caricature agressive.

GCBack

Plusieurs scènes de cet épisode inaugural sont plutôt sympathiques, surtout à mesure qu'Amanda commence à se rebiffer (du coup sur la fin, même si son jeu n'est pas franchement génial, au moins elle a de la répartie), ce qui laisse augurer du meilleur pour la suite.
Là où GCB pèche encore un peu, c'est sur ses dialogues, qui manquent encore un peu de mordant sur la longueur, se concentrant sur quelques passages-clés (en général en présence de Kristin Chenoweth mais pas uniquement). Il faudra vraiment que la série accentue la causticité de ses répliques, et pousse son concept le plus loin possible. Il s'agit de mettre tout en oeuvre pour montrer des personnages aussi malveillants que possible : c'est sa planche de salut. Sans cela, la série aura l'air de faire dans la provoc en toc.

Car vous l'aurez compris, je me suis quand même bien amusée devant le pilote de GCB, avec, en bonus, des accents géniaux (pour une native de Chicago, Marisol Nichols se débrouille d'ailleurs plutôt bien !), de la musique country en pagaille, et une actrice de Pushing Daisies.
C'est bizarre, parce que c'est pas du tout mon anniversaire.

Posté par ladyteruki à 13:24 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-01-12

En attendant l'attente

Aidez-moi, je ne me rends pas compte... depuis combien de temps on nous fait le coup ? J'ai l'impression que ça ne fait que quelques années (genre avec Caprica et Glee) qu'on nous file un pilote et qu'ensuite on nous laisse pourrir en attendant la suite.

Dans le cas de Luck, diffusé en avant-première par HBO en fin d'année dernière, je vous avoue que ça ne m'embête pas : je n'ai pas l'intention de poursuivre au-delà du pilote, de toute façon. HBO peut bien teaser à volonté, ça ne me touche pas. Le pilote vu, je me suis fait un avis.

Mais ça fait plusieurs semaines maintenant qu'on a vu le pilote de House of Lies, cette fois sous la forme d'un leak histoire de varier les plaisirs, et l'attente est devenue irritante au plus haut point. Parce que le pilote était vraiment sympa, en dépit d'un démarrage un peu lent, et que j'ai envie de voir ce que ça va donner sur le long terme, la façon dont les choses vont se développer : plus de cynisme sur le monde du business, ou plus d'intrigues personnelles pour le héros ?
Bref, je fais partie de ceux (apparemment pas si nombreux que ça ?) qui attendent avec impatience la suite. Et pas parce que Kristen Bell gnagnagna.

Alors je ne suis pas en train de dire que c'est une tendance à proprement parler, mais le fait est que, il y a quelques années encore, je n'avais pas l'impression que ce genre de pratiques était monnaie courante. On diffusait le pilote, la semaine d'après on diffusait la suite, point barre. Il y a forcément des contre-exemples, il y a TOUJOURS des contre-exemples, mais il ne semblait pas que c'était fait volontairement, mais plutôt parce que le backdoor pilot avait fait ses preuves et qu'il fallait tourner la suite, ce genre de choses. Les leaks organisés par les chaînes étaient plus rares, les diffusions n'étaient pas faites uniquement pour teaser, il y avait une sorte de cohérence.
Depuis quelques années, on tease à mort, on relâche la pression pendant des semaines voire des mois, et pouf, après on revient la bouche en coeur pour une "vraie" diffusion.

Et ma question est : ce genre de techniques, ça apporte réellement un plus, ou pas ? C'est une vraie question.

En tous cas j'ai comme l'impression qu'il y a un connard de consultant payé à brasser de l'air qui s'est pointé chez quelques chaînes câblées cet automne, pour leur pitcher une présentation du genre de celle-là :

HouseofLies-1

HouseofLies-2

HouseofLies-3

Le plus "drôle" ? Quand la diffusion va vraiment commencer ce soir sur Showtime... il faudra attendre une semaine de plus pour un inédit.
Enfoirés.

Posté par ladyteruki à 23:37 - Point Unpleasant - Permalien [#]

03-01-12

[#Ozmarathon] 3x02, la main tendue

Vous savez, je n'y croyais pas, je n'y ai jamais cru. Le cycle de vie présumé d'une série m'a toujours semblé être l'un de ces horribles contes qu'on raconte aux jeunes téléphages pour leur faire peur. Ou pour encourager l'habitude qu'ont pris de nombreux spectateurs de vouloir avoir une série-préférée-de-tout-l'univers différente tous les trois ans, éventuellement. This one is dedicated to you, Glee.
Mais alors que nous sommes cette fois bel et bien engagés dans la troisième saison d'Oz à l'occasion de notre Ozmarathon, je suis bien obligée de reconnaître que, globalement, bah, c'est pas l'extase.

Ozmarathon-3x02

Comprenons-nous bien. Les épisodes ne sont pas mauvais (contrairement à ce que mon post un peu déçu d'hier vous a peut-être conduit à penser) ; mais comme le dit si bien le tableau ci-dessus lié, ce n'est pas que la qualité à baissé, c'est qu'on assiste à une stabilisation dans divers domaines, du déroulement des épisodes eux-mêmes, très formulaic, jusqu'aux intrigues des divers personnages. Beaucoup de qualités sont au rendez-vous, en somme. Mais pas la surprise.
D'avance, je précise que dans ce post, je vais mettre volontairement de côté le speech d'Augustus, parce que, eh bien, en toute franchise, je ne pense pas l'avoir compris. Les anecdotes ne sont pas mauvaises en soi mais je n'ai pas saisi leur pertinence sur la longueur de l'épisode. Possible aussi que je sois fatiguée mais ça m'a juste totalement échappé. Donc, pas un mot, mais n'hésitez pas à m'éclairer sur votre perception de la chose.
Typiquement ici, plusieurs intrigues donnent vie au principe que j'énonçais ci-dessus.

On a par exemple l'intrigue Beecher, en réalité devenue ce qu'il conviendra de nommer l'intrigue Beecher/Keller (ou, pour ceux qui sont fans des contractions à la con comme c'est la mode depuis quelques années, Kelcher ou Beeller). Désormais les deux personnages sont difficilement dissociables, quand bien même leur temps d'antenne n'est pas équivalent. Keller, après s'être tripoté une saine période de temps dans la cellule de "protection" d'Oswald, est réintroduit en milieu hostile, se dépêche d'aller parader devant Beecher pour lui prouver qu'il a tenu parole et que, hein t'as vu, je sais remuer la queue. Sauf que le toutou est une fois de plus éconduit par le maîmaître désabusé. Et comme la fois précédente, c'est l'occasion pour Beecher d'avoir l'air inflexible alors que personne n'est dupe, et pour Keller de se mettre un peu plus en danger. Et en soi ce n'est pas une mauvaise intrigue, même avec des spoilers j'arrive à me poser des questions sur la finalité de la démarche de Keller, mais ça manque quand même de punch, à plus forte raison parce que pendant la saison 2, cette intrigue s'est développée avec brio et rapidité. J'ai du mal à admettre que les affaires de Beecher manquent autant de rythme à présent, quand elles avaient trouvé le bon tempo quelques épisodes plus tôt.

De la même façon, Alvarez, vous le savez, est l'un de mes chouchous, et son intrigue actuelle en confinement est atroce (et donc bien trouvée, d'après les standards masochistes de tout spectateur d'Oz), mais on tourne un petit peu en rond. Evidemment, il m'arrache des larmes de sang quand je le vois, les poings ensanglantés, agrippé à la porte de sa geôle, mais à part servir de tear jerker, je n'arrive pas à comprendre l'intérêt ultime de cette intrigue. Par-dessus le marché, on ressort l'habituel Père Mukada dans son rôle d'ange gardien attitré de Miguel, qui va encore une fois se prendre une méchante mandale dans la gueule pour revenir à la réalité, et supplier que personne ne frappe Miguel (en vain).
Vous savez, la folie, c'est répéter les mêmes actes en espérant obtenir un résultat différent. Et le ptit père Ray, je ne comprends pas qu'il n'ait pas eu une fois l'envie de se dire que cette fois, Alvarez allait se débrouiller sans lui. Pas l'abandonner totalement, mais pourquoi pas confier son sort à Sister Pete, tiens ? A chaque fois ça finit mal pour lui, pour Alvarez, pour tout le monde, et pourtant à chaque fois on y revient. Sans compter que cette même scène, on l'a vue à la fin de la saison 2 lors de la capture d'Alvarez.
Donc c'est très touchant sur le moment, mais au final c'est un peu du rebattu. Fort heureusement, si la confrontation avec sa victime permet à Miguel de sortir de l'isolation, on aura une chance de nous-mêmes nous sortir de ce bourbier. Père Mukada, c'est moins sûr, mais apparemment il est encore plus maso que nous...

Je suis également assez circonspecte devant l'histoire avec Coyle, le prisonnier qui avoue de but en blanc à Hill qu'il a tué toute une famille. D'accord, ce mec n'est pas une flèche, mais quand même, c'était un peu trop facile. Et surtout ça manque un peu de risques ; il suffit de voir comment Augustus parvient à avoir l'air totalement assuré lorsqu'il tente d'arracher des aveux au monstre, c'est ahurissant comme il en fait ce qu'il veut alors qu'un instant plus tôt il suait à grosses gouttes rien qu'à l'idée qu'il pourrait confronter son co-détenu. J'aurais bien vu une petite scène supplémentaire pendant laquelle il aurait roulé vers Coyle en se donnant du courage, ou comment il aurait répété son petit numéro au préalable. Je crois aussi que certains acteurs ne savent pas interpréter des personnages qui mentent, mais c'est un autre débat. L'avantage c'est que la reconstitution dudit crime était atroce, et renouait avec la tradition de la série en termes de malaise.

La palme de l'intrigue limite soapesque de l'épisode revient à la jalousie entre les femmes dans la vie de McManus. Par contre, côté soap, on a deux femmes pas franchement affolantes qui se tirent la bourre pour un petit chauve, je crois qu'on ne voit ça que dans Oz. A ma droite, Diane Wittlesey qui rappelle qu'elle est passée par là avant, d'un air narquois sous-entendant que l'autre a hérité des restes, et à ma gauche, la challenger Claire Howell qui a décidé que McManus était à elle et qui roule des mécaniques, sauf que dés que McManus accorde de l'attention à Diane, elle pète un câble (et pas qu'un peu).
C'était très satisfaisant de voir McManus couper une fois de plus les ponts avec l'ancien lui, et rembarrer Claire en lui rappelant que la sauter deux fois, ce n'est pas lui devoir quoi que ce soit (le même mec a fait une déclaration d'amour à Diane après UN coup désespéré pendant une exécution, rappelons-le). Mais la conclusion violente de cette passade, si elle a le mérite de divertir les prisonniers, est un peu extrême dans le sens où les histoires de coucheries semblent avoir pris une importance dérangeante. Comprenez-moi bien, je suis ravie quand Shirley Bellinger propose implicitement à son avocat de le payer en nature s'il porte son affaire devant la cour suprême, c'est le genre de relations sexuelles que j'aime voir traitées dans Oz. Mais les romances vouées à l'échec (à l'instar de celle entre O'Reily et le Dr Nathan, d'ailleurs rapidement rappelée à notre bon souvenir) me donnent une impression assez désagréable de facilité. Ce doit venir de la retombée d'adrénaline depuis le début de la saison, à n'en pas douter.

En revanche j'ai pris un véritable plaisir à regarder Saïd s'embourber dans ses affaires de coeur. C'est une intrigue qui a vraiment du charme (et je ne parle pas que de la délicate Arija Bareikis ; d'ailleurs ça fait deux jours que j'ai une méchante envie de Southland et ptet même The American Embassy) et la façon dont les suiveurs de Saïd lui font la leçon est même particulièrement intéressante parce qu'elle montre bien que la parole de Saïd n'est plus aussi sacrée, non plus que sa personne qui est indirectement ici remise en question dans sa droiture morale (à raison d'ailleurs). Cela méritait, à vrai dire, peut-être un peu plus de développement dans l'épisode, car après avoir vécu une première saison pendant laquelle le pouvoir de Saïd avait pris des proportions terrifiantes, puis l'avoir vu dans la saison suivante perdre progressivement dudit pouvoir, cette sorte de déchéance a du chien, car elle n'est pas tout-à-fait humiliante en pratique, mais tout de même un peu vis-à-vis de ses pairs et de lui-même (notamment parce que Kareem a besoin qu'on lui mette le nez dedans au lieu de reconnaître de lui-même qu'il est tenté). Nul doute qu'on ne va pas s'arrêter là à ce sujet, donc tant mieux. Explorons un peu les failles de Saïd, on ne l'en aimera que mieux.

Le vrai point commun des intrigues qui m'ont marquée dans cet épisode, c'est que beaucoup de personnages font ici de leur mieux pour faire quelque chose de positif, pour eux ou, plus souvent encore, pour les autres. Aucune bonne action ne restant impunie, évidemment... C'est sans doute ça le plus intéressant, mais ce n'est hélas pas assez poignant ni inquiétant.

Une véritable et indéniable exception reste Adebisi. Il porte une grande partie de mes espoirs, ce grand pervers. Avouez, on le savait tous, il ne pouvait pas avoir vraiment résolu de s'assagir. Son plan pour éliminer Nappa, s'il est absolument machiavélique, manque quand même d'envergure. Je ne miserais pas toute ma vengeance sur une petite éraflure ; espérons donc qu'il fasse d'autres tentatives à l'avenir. Allez Adebisi, on croit tous en toi ! Mais si tu permets, on ne te tournera pas le dos...

Posté par ladyteruki à 20:57 - Plus on est de fous - Permalien [#]