ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-06-13

Désignée coupable

Comme promis aujourd'hui je me lance dans un gigantesque #pilotmarathon, histoire de me goinfrer de pilotes jusqu'à atteindre le point où je supplierai ma saison 6 du Cosby Show de cagouler plus vite. On commence donc tranquillement avec quelque chose de pas trop compliqué, histoire de ne pas solliciter le cerveau dés 10h du matin, et tout naturellement, j'ai décidé de lancer une série de Tyler Perry.
C'est triste quand un téléphage en arrive à avoir ce genre de réflexes. Mais peut-être allais-je être détrompée ? Dans le fond, la première saison de For Better or Worse n'était pas si pire...

TheHavesandtheHaveNots

Les reviews de pilotes de soaps sont rares dans les parages ; il faut dire que d'une part, il n'en commence pas non plus tous les matins (un peu par définition !), et d'autre part, je ne parle pas l'espagnol et ne me rue donc pas sur les pilotes de telenovela, ce qui autrement aurait été une option. Mais quand le network flambant neuf de nulle autre qu'Oprah lance des séries, il semble important d'être au rendez-vous et de voir de quelle façon la chaîne commence ses affaires. Voilà donc The Haves and the Have Nots, qui... ah ? On me dit dans l'oreillette que The Haves and the Have Nots est techniquement un primetime soap, diffusé de façon hebdomadaire. Could have fooled me.

Pour moi qui me plains régulièrement que les Américains ne font pas assez attention à ce qui se passe à l'étranger pour renouveler leur propre paysage télévisuel, nul doute que Tyler Perry me met à l'amende avec The Haves and the Have Nots, qui pioche une grande partie de son inspiration dans les telenovelas. Ou quand un producteur célèbre pour avoir trouvé le succès auprès d'une minorité utilise les recettes populaires auprès d'une seconde minorité...
L'histoire est simpliste : une famille riche (blanche) et une famille pauvre (noire) voient leurs vie s'entremêler lorsque la mère de la famille noire commence à travailler comme bonne pour la famille blanche, parce qu'évidemment. L'autre employée de maison est une latina, pour aller plus loin dans les stéréotypes. Mais, histoire de sortir un peu des clichés (mais vraiment brièvement), la famille blanche a des amis noirs riches également, parce qu'on n'est pas racistes, quand même !
Avec ses faux-airs de Downton Abbey ou Upstairs Downstairs modernes, soulignés d'ailleurs par le "générique" un bien grand mot pour un truc de 5 secondes), The Haves and Have Nots va toutefois faire preuve d'assez peu d'originalité à partir de là, les personnages se conformant tous à la caricature dans laquelle ils ont été enfermés dés leur première seconde d'apparition. Cela permet de désigner rapidement une "méchante" qu'on va passer tout l'épisode à faire passer pour la pire des râclures, quand bien même c'est cette même attitude qui la pousse dans ses retranchements (et alors que finalement, beaucoup de choses, sur le papier, auraient plutôt tendance à en faire la victime) : les personnages de Tyler Perry semblent supplier en silence de ne pas se commettre dans des séquences prévisibles au possible, mais on imagine Perry, une main chargée de biftons, l'autre en train de faire danser les fils de ses marionnettes, s'esclaffer de rire et en remettre une couche dans la nullite et le stéréotype.

Non pas que les acteurs soient spécialement vibrants dans leur interprétation des personnages, ne me faites pas dire des choses pareilles ! Déjà parce que le cast fourmille de personnes dont c'est l'un des rares rôles notables (ceux qui ont un semblant de carrière viennent de soaps comme One Life to Live ou Passion, ça impressionne mon chat), hormis John Schneider qui trouve ici une reconversion après l'annulation de Smallville. Donc comme vous le voyez, il y a du niveau. Et ensuite, parce que la réalisation ne leur en donne vraiment pas l'occasion de briller par leur génie dramatique, avec des plans grossiers du style : "attends, on va filmer un plan où tu fais un clin d'oeil à la personne hors-champs, mais on va le faire durer 5 secondes parce que faut que l'épisode dure 40 minutes". Tout dans la subtilité, on vous dit.
Faut-il noter qu'outre la production et l'écriture, Perry est aussi le réalisateur ? J'hésite à mettre tous ces titres entre guillemets.

Le résultat, c'est un pilote qui a de quoi faire se sentir mieux la production de Plus belle la vie. C'est vous dire si on touche le fond.

J'avais dit sur Twitter que si je ne trouvais rien de positif à dire sur The Haves and the Have Nots, j'aurais pour gage de regarder un deuxième épisode. Mais je vous rassure, j'en ai trouvé un : le seul point positif de ce pilote, c'est que j'en suis venue à bout. Ca compte, hein, dites ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 11:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

13-07-12

To be continued... For Better or Worse

Pour être totalement sincère avec vous, l'évocation du nom de Tyler Perry, en particulier quand il s'agit de sitcoms, a tendance à me donner la chair de poule. C'est que, j'ai vu les pilotes de Meet the Browns et House of Payne, et que ces blessures-là ne cicatrisent jamais totalement.

Aussi quand, en novembre dernier, notre homme a lancé un nouveau sitcom sur TBS afin de préparer le remplacement de Meet the Browns, j'ai eu quelques sueurs froides. Mais j'ai été assez surprise de trouver en For Better or Worse des ingrédients rendant la série légèrement différente de celles qui l'avaient précédée, et des canons du genre. For Better or Worse a une première originalité : pas de rires. Ni enregistrés, ni venant d'un public. Dans une série tournée comme un sitcom multicamera, cela a de quoi surprendre.
Mais plus surprenant encore, For Better or Worse est totalement feuilletonnant, finalement un peu sur le principe d'un soap ... mais d'un soap avec des gags. Parfois. Mais aussi avec une certaine violence, et ça c'était nouveau.

Cette façon d'essayer de créer quelque chose de nouveau avec le genre pourtant si classique des sitcoms "blacks" m'a intriguée, et j'ai fini par regarder les 10 épisodes constituant sa première saison ; souvenez-vous, je vous en avais fait un copieux bilan en mai dernier. Si du point de vue des dialogues ou du jeu des acteurs, je n'ai pas vraiment été foudroyée sur place, j'ai cependant apprécié cette volonté visible de ne pas juste recycler des recettes qui ont fait leurs preuves, et à un certain moment, j'ai été sincèrement impressionnée.

For Better or Worse revient ce soir aux Etats-Unis, et si vous voulez tenter le coup et rattraper ces premiers épisodes, voici, dans la pure tradition des posts To be continued..., de quoi vous mettre au fait des intrigues de la première saison.

ForBetterorWorse - 1x01
1x01 - Ce qu'on ne vous dit pas, quand vous signez pour le meilleur et pour le pire, c'est que le pire inclut les ex-femmes.

ForBetterorWorse - 1x02
1x02 - Le bon côté des choses, c'est que Marcus arrive encore à s'entendre avec son ex-femme, non ?

ForBetterorWorse - 1x03
1x03 - Ce sont toujours les derniers au courant...

ForBetterorWorse - 1x04
1x04 - Une si charmante petite fête autour de la piscine ne pouvait pas rater... ah bon, vous croyez ?

ForBetterorWorse - 1x05
1x05 - Ah oui, ça commence à être difficile à expliquer, à ce stade.

ForBetterorWorse - 1x06
1x06 - Les filles se mettent en tête de vérifier si Leslie est naïve...

ForBetterorWorse - 1x07
1x07 - Ca devient un peu La Guerre des Rose...

ForBetterorWorse - 1x08
1x08 - Contrairement à ce que l'épisode précédent vous avait fait croire, le point de non-retour, c'est maintenant.

ForBetterorWorse - 1x09
1x09 - Coup pour coup, mais (presque) avec classe.

ForBetterorWorse - 1x10
1x10 - Contrairement aux apparences, ce n'est pas du tout la déclaration que Val espérait...

Pour ma part je n'ai pas encore décidé si j'allais regarder la deuxième saison : 35 nouveaux épisodes, c'est un investissement. Mais je suis quand même convaincue par l'expérience de la première salve d'épisodes, et qui sait ? Cela vous convaincra peut-être de tenter le coup...

AVERTISSEMENT : c'était l'un de mes rares posts prêts à l'avance, et vu les conditions techniques dans lequelles je suis plongée depuis hier, je ne sais pas quand sera publié le post suivant. Priez pour moi. Et pis vous pouvez commenter les messages précédents, si vous le voulez bien ; ça me fera chaud au coeur. Pendant ce temps, j'ai toujours accès à Twitter, donc on se voit là-bas !

Posté par ladyteruki à 15:47 - To be continued... - Permalien [#]

29-06-12

Thérapie par le rire

Ce post aurait aussi pu s'intituler : pourquoi j'ai comme l'impression que je vais regarder Anger Management cet été, et comment je le vis presque bien.

AngerManagement

Parfois il y a des pilotes qu'on regarde en étant plutôt certain du sort qu'on réservera à la série... même en étant totalement ouverte en les commençant.
Dans le cas d'un procedural par exemple, je ne vais que très, très rarement me risquer à aller au-delà du pilote, car même s'il est bon, je sais que la formule va vite m'écoeurer. Et les rares fois où le pilote est effectivement bon et où je me dis que je vais faire une exception et quand même continuer, eh bien ça ne loupe pas, deux à trois épisodes plus tard, je décroche. Le procedural, j'en ai trop soupé. Même un bon n'est plus capable de me tenir très longtemps. J'ai plus la patience.

Anger Management n'a donc jamais été sur mon planning de l'été, si tant est que j'aie un planning, et j'ai regardé le pilote par curiosité plus qu'autre chose, histoire de jauger la bête. Et puis finalement, eh bah, on dirait bien que je suis partie pour regarder un peu...

Et pourtant je me fiche de Charlie Sheen comme de ma première télécommande. Autant son père est un demi-dieu, autant lui, franchement, il m'indiffère énormément. L'affaire qui a entouré son éviction de Two and a Half Men, par exemple, ne m'a pas émue, ni fait rire (même pas de façon moqueuse). D'un autre côté je n'ai jamais dépassé le pilote de cette série-là non plus, et tout bien réfléchi, je n'ai même jamais trouvé la force de regarder le pilote en entier.
En fait à mes yeux, le gros argument de la série, c'était Brett Butler. Allons, mais si, vous la connaissez Brett Butler, ne serait-ce que parce que ça fait des années que je vous parle d'Une Maman Formidable. D'ailleurs, qu'elle ait rejoint la série avait quelque chose d'éminemment symbolique puisqu'elle-même a une réputation de terreur des plateaux. Mais en même temps, comment en vouloir à cette femme si drôle ? Moi j'ai jamais pu. Et j'embrasserais le sol foulé par ses pieds si j'habitais pas si loin (mais c'est parce que je lis son autobiographie en moyenne une fois par an, peut-être). Bref, je pensais que Brett Butler serait MA raison de regarder ce pilote jusqu'au bout, ce qui dans ma tête était déjà une belle performance.

Car n'oublions pas qu'Anger Management est la tentative de FX de s'offrir un sitcom à moindre frais pour la plus longue période possible : à l'instar des séries de Tyler Perry comme House of Payne, Meet the Browns et For Better or Worse, l'idée est de prendre la température avec 10 premiers épisodes avant d'en commander après plusieurs dizaines. Qualitativement, on a déjà discuté des implications fâcheuses de ce genre de procédé (du genre à faire passer les comédies de TV Land pour des chefs d'oeuvre d'humour), et savoir qu'en plus un mec aussi peu captivant à mes yeux que Charlie Sheen allait être au centre de la série n'était pas spécialement fait pour me motiver. Qui veut se cogner pas loin de 100 épisodes avec ce type ? Heu, bon, les 13 millions de spectateurs qui étaient devant la centième de Two and a Half Men, il faut croire... mais vous voyez ce que je veux dire.

Et pourtant, Anger Management n'est pas SI mauvais. Pas tant que ça. Le démarrage du pilote est insoutenable de banalité, ça c'est vrai. Et c'est vrai aussi que les seconds rôles du groupe de parole dont le personnage de Charlie Sheen (qui, comme par hasard, s'appelle lui aussi Charlie) est le psy ne sont pas du tout intéressants. Fort heureusement, contrairement à ce que cette première partie de l'épisode va vous faire croire, la série ne s'intéresse pas du tout à eux !
Ils font quasiment de la figuration, et c'est d'ailleurs très bien comme ça, surtout quand, après la situation professionnelle du héros, le pilote se préoccupe de montrer sa situation personnelle. Là non plus ce n'est pas captivant, mais on s'occupe, notamment grâce à une apparition relativement réussie de Brian Austin Green qui fait très bien le gros connard.
C'est en fait que notre thérapeute, qui rappelons-le est spécialisé dans la gestion de la colère, pique lui-même une colère, que les choses s'excitent un peu. Déjà parce que cela met en lumière une relation avec son ex-femme qui n'est pas mal du tout (d'ailleurs c'est l'un deux personnages qui a les meilleures répliques dans cet épisode). Ensuite parce que la réaction en chaîne est intéressante à observer. Enfin parce qu'elle conduit à une très bonne scène de fin.

Car il est temps pour moi de faire mon coming out : j'ai ri devant la scène finale du pilote d'Anger Management. On me l'aurait dit 20 minutes plus tôt (et même 10 minutes plus tôt), je n'y aurais pas cru. Mais j'aime énormément le renversement qui a lieu pendant cette scène, qui doit beaucoup au scénario bien-sûr, pas si prévisible que je l'aurais pensé, et surtout à la présence de Selma Blair, qui fait vraiment des étincelles.

En plus, d'une façon générale, le pilote d'Anger Management n'est vraiment pas un épisode claustro : en montrant aussi bien la thérapie de groupe que Charlie organise à son domicile, que la chambre de sa fille, sa cuisine, la maison de son ex-femme, le bar, le groupe de thérapie en prison, et le cabinet de sa propre thérapeute, cet épisode prouve qu'il a de nombreux centres d'intérêt. C'est tellement souvent dans une série que les choses se passent toujours dans le même living, avec une ou deux scène dans une autre pièce ou au boulot si on a de la chance... ça fait un bien fou de voyager autant pendant ce pilote et de se dire que la série ne va pas sans arrêt tourner autour de la même structure. Il y a plein de choses à faire, le personnage a vraiment l'air d'évoluer dans un vrai monde, et pas juste d'être limité par la superficie du studio, vraiment ça fait du bien. Je regarde bien volontiers Happily Divorced, par exemple, mais franchement, c'est très fermé comme série de ce point de vue (quand une scène se passe dans la serre où Fran conduit son activité de fleuriste, une fois tous les cinq épisodes en moyenne, on a l'impression de voir du pays !).
Ca parait ridicule mais de voir tous ces contextes dans lesquels Charlie évolue, ça m'a donné une sorte d'espoir, ça m'a paru prometteur pour plein d'intrigues différentes. Pardon mais, tant qu'à signer pour 100 épisodes, autant être sûr qu'on sera à l'aise.

Enfin j'en sais rien. Je dis ça mais peut-être que le soulagement de ne pas avoir eu à subir un pilote totalement insupportable (juste très inégal) me pousse à penser que je vais suivre la série, et en fait je décrocherai peut-être au bout de deux ou trois épisodes. On verra. Mais si je devais choisir entre Anger Management et Whitney... non, bon j'avoue, c'est de la triche, trop facile.
En tous cas, ce premier épisode n'a pas été le total désastre annoncé, et pour une comédie dont je ne trouve pas l'acteur principal drôle ni sympathique, on pourrait presque parler de performance.

Posté par ladyteruki à 23:50 - Review vers le futur - Permalien [#]

30-05-12

Le meilleur du pire

Dans mon post d'hier, j'ai mentionné une série dont je n'avais vu que le pilote : For Better or Worse. Mais il ne vous aura pas échappé qu'on est un peu en rupture de sitcoms en ce moment, et suite à cette mention, je me suis dit : bon, allez, la première saison fait 10 épisodes, qu'est-ce que ça me coûte ?
Non seulement ça ne m'a rien coûté mais j'ai été très surprise de suivre la série sur la globalité de sa saison, et d'y trouver quelque chose de très différent de ce à quoi je m'attendais, même alors que j'avais vu le pilote.

ForBetterorWorse

Difficile pourtant pour un sitcom d'avoir un aussi mauvais karma que For Better or Worse.
Déjà, la diffusion sur TBS devrait vous mettre la puce à l'oreille. Je suis prête à parier que vous êtes incapable de nommer UNE série originale de TBS qui vous ait fait rire... en partant du principe que vous en ayez vu quelques unes, bien-sûr. C'est mon cas, à peu près depuis que la chaîne a décrété qu'elle était "very funny", et le problème c'est que la chaîne et moi ne partageons pas du tout la même opinion à son sujet... ou le même humour.
Mais bien évidemment, la plus grande force jouant dans l'attrait (ou absence de) pour For Better or Worse, c'est Tyler Perry. Vraiment, si vous ne le connaissez pas, ouvrez votre moteur de recherche favori et consacrez-lui quinze petites minutes, c'est édifiant. Mais tout aussi incroyable que soit son succès, ses recettes pour la télévision méritent notre attention, à nous téléphages, parce qu'elles sont totalement à contre-courant de ce qui se fait dans l'industrie télévisuelle classique, mais fonctionnent si bien que c'est devenu un nouveau modèle (qui sera d'ailleurs celui d'Anger Management dans quelques jours). Tyler Perry est capable de produire des épisodes quasiment au kilo ; j'étais plus entrée dans le détail de ses méthodes il y a deux ans, et son système ultra-rentable s'est affiné avec le temps.
For Better or Worse appartenait donc à cet univers-là à sa naissance, un monde où les épisodes sont tournés dans des temps record, pour un prix ridicule, et à destination d'un public "black" réputé (à tort ou à raison) peu exigeant.

C'est peut-être d'ailleurs la raison qui a fait que j'ai regardé le pilote de For Better or Worse d'un oeil détaché, pour ne pas dire désabusé, lorsque les 10 épisodes de la commande initiale ont commencé à être diffusés en novembre dernier, avec comme perspective que 90 autres seraient achetés par TBS si la série faisait ses preuves.

L'épisode n'est pas franchement épatant. On a l'impression d'y retrouver les recettes éternelles des sitcoms "blacks", à plus forte raison si on a vu Let's stay together qui semblait reposer quasiment sur la même formule : parler des relations amoureuses à travers des couples (et dans le cas de Let's stay together, une célibataire), sans explorer la question de la rencontre mais plutôt de l'après.
Mais il avait, en même temps, quelque chose que les autres séries dans son genre n'avaient pas. Ou plutôt non, je le formule mal : il n'avait pas quelque chose que toutes les autres ont : des rires. Les séries de Tyler Perry sont, d'après ce que j'en lis, tournées sans public, et les rires sont donc artificiels. C'est à mon sens un soulagement de s'en débarrasser dans un sitcom déjà assez dépourvu en subtilités ; je me fais souvent la réflexion que certains sitcoms y gagneraient, sans pour autant devenir des single cameras, mais c'est la première fois que je vois quelqu'un réellement passer à l'acte. Tyler Perry l'a donc fait, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait du bien.

L'expérience du pilote se poursuit donc avec ce soulagement de voir que les gags ne sont pas soulignés à l'excès par des rires en boîte. Car les gags existent, aucun doute là-dessus.

Mais avant de vous parler de l'histoire de For Better or Worse, laissez-moi vous présenter les personnages. Concentrez-vous une minute, il va falloir suivre, c'est un peu Dallas.
Un couple, Marcus et Angela, est marié depuis 13 ans ; ce sont eux le couple central de la série. Ils ont un fils de 12 ans appelé MJ, et Marcus a, de son premier mariage, un fille appelée Dominique qui en a 14. La mère de Dominique, qui est donc l'ex-femme de Marcus, s'appelle Keisha, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'entre Angela et Keisha, ce n'est pas forcément le grand amour.
Angela est directrice d'un salon de beauté ("Lady Angie"), qui emploie Jennifer, une mère célibataire au tempérament explosif. Angela, elle, coiffe régulièrement dans son salon sa meilleure amie Leslie, une charmante créature belle et douce qui vit avec Joseph depuis plusieurs années, sans qu'ils soient mariés.
Joseph est, de son côté, le co-présentateur de Marcus dans l'émission sportive qu'ils dirigent ensemble.
C'est bon ? Vous y êtes ? ...Je vous avais prévenus. Mais vous allez voir que c'est important pour la suite.

Voilà donc ce que raconte ce premier épisode : tout commence quand, alors qu'ils prennent leur petit-déjeuner, Dominique et MJ commencent à se disputer. Dominique vient en effet de traiter Angela de pétasse (des propos qu'elle tient vraisemblablement de la bouche de Keisha), et MJ a défendu sa mère. Ce petit évènement va faire boule de neige, mettant en exergue l'opposition larvée entre les deux femmes dans la vie de Marcus. Le pilote construit donc lentement mais sûrement leur affrontement, qui ne saurait tarder.
Dans l'intervalle, l'émission de Marcus et Joseph prend de l'ampleur et Richard, un producteur, rejoint leur équipe. Pour lui faire bon accueil, Joseph et Leslie ont décidé d'inviter Marcus et Angela, ainsi que Richard et sa petite amie, à dîner chez eux. Ils ignorent que Richard... sort avec Keisha.
Forcément, Angela et Keisha finissent par se foutre sur la gueule. Et je ne dis pas qu'elle vont simplement s'invectiver, mais qu'elles vont bel et bien en venir aux mains. De ce pugilat, contre toute attente, naitra une sorte de trève entre l'ex-femme et la femme actuelle de Marcus.

A l'issue du pilote, tout cela semble bien risible et disproportionné, et peut-être vous en rendez-vous compte à la lecture de ce résumé qui n'a rien de sexy. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'avais pas continué : le "drama" prend des proportions épiques, qui font finalement plus rire que les gags de l'épisode.

Lorsque j'ai donc repris la saison hier, je n'attendais pas grand'chose des épisodes suivants. Mais j'ai été très surprise par plusieurs ingrédients :
- d'abord, le fait que For Better or Worse est totalement feuilletonnant ; je n'ai jamais vu aucun sitcom traiter ses intrigues de cette façon, et les séries dramatiques le font de moins en moins. Ici on est presque dans une vision soapesque des intrigues, au sens où ce qui commence dans le pilote ne trouve pas de (semi) conclusion avant le season finale,
- ensuite, le fait que, bien que tourné comme un sitcom (à l'exception d'une seule scène hors-studio), formaté comme un sitcom, et résolument ponctué de séquences drôles (il y a même un personnage dont la seule occupation est d'être le comic relief), For Better or Worse emprunte des axes très, très sombres. L'absence de rires enregistrés, on le réalise en avançant dans l'intrigue, n'est pas tant voulue pour changer la donne, mais pour s'autoriser une plus grande marge de manoeuvre au niveau du ton,
- et pour finir, le fait que plusieurs personnages et intrigues vont basculer au second plan, voire carrément disparaitre, accompagnant le changement de ton par un changement visible des orientations narratives de la saison.

Dix épisodes plus tard, grâce à toutes ces surprises, For Better or Worse est certainement l'une des radiographies de la vie d'un couple en crise les plus osées que j'aie jamais vues.
Et par la même occasion, la série sort complètement de toute grille de classification existante. Sitcom ? Soap ? Série dramatique ? Difficile à déterminer, cela change d'une scène à l'autre.
Ce que la bande-annonce nous vend n'a du coup plus aucune espèce de réalité. Après deux ou trois épisodes, c'est même totalement mensonger.

ForBetterorWorse-Liars

La série se recentre donc totalement sur le couple Marcus et Angela, sans donner l'impression de faire un virage à 180°C.
En fait, les premiers épisodes, qui s'appuisent sur l'hostilité entre Angela et Keisha, permettent au contraire, non sans une certaine dose de subtilité, de nous dévoiler des informations absolument essentielles.
Vous me connaissez, je ne dis pas ça souvent, mais si vous dépassez le 4e épisode, vous avez l'opportunité d'entrer dans un univers radicalement différent.

Ces informations essentielles contenant les clés de la compréhension des évènements, je vais vous les livrer puisqu'elles ne nuisent absolument pas aux surprises de l'intrigue. Le paragraphe qui suit est donc dénué de spoiler, allez sans crainte.

Ainsi, si Angela et Marcus sont mariés depuis 13 ans, leur mariage a connu bien des soucis. Déjà, Marcus était séparé de Keisha depuis seulement six mois lorsqu'il a épousé Angela ; de fait, Keisha était tombée enceinte et c'est ce qui explique que les deux enfants de Marcus ont quasiment le même âge. Cela a causé un premier clash dans le couple encore jeune de Marcus et Angela, mais ils se sont mariés et tout s'en est trouvé, tant bien que mal, résolu.
Mais au bout de dix ans de mariage environ, Marcus a trompé sa nouvelle épouse. Après encore une fois bien des turbulences, et une thérapie qui les a conduits à confier absolument tous leurs secrets l'un à l'autre, ils ont renouvelé leurs voeux voilà 3 ans.

Le couple porte pourtant, malgré les apparences heureuses, cette histoire comme une véritable blessure, n'attendant que d'être rouverte. Le tempérament de Keisha n'arrange rien, et les premiers épisodes de la saison soulignent à quel point le climat entre Marcus et Angela, loin de prouver que désormais ils ont tout mis derrière eux, dépend uniquement de la confiance qu'ils ont décidé d'investir l'un dans l'autre, sans la ressentir totalement. Si Angela est prête à sauter à la gorge de Keisha, c'est parce qu'elle n'est pas tout-à-fait certaine d'avoir raison de croire en Marcus.
Cette phase d'introduction étant passée, la saison s'oriente donc vers sa véritable intrigue, quand Marcus reçoit une lettre lui réclamant une pension pour un enfant dont il dit ignorer l'existence.

C'est là que les choses explosent. D'autant qu'Angela est une vraie excessive, et que les choses vont très, très loin. On dépasse le stade des engueulades, et de loin. Je ne veux pas trop vous en dire (c'est vraiment là que la série fait tout son effet), mais For Better or Worse écrase avec une violence non feinte toute idée préconçue qu'on pourrait avoir sur l'inoffensivité des sitcoms (a fortiori "blacks").

Alors bien-sûr, il faut dépasser le jeu de certains acteurs, encore plus excessifs que ne le sont les personnages. Il faut se retenir de lever les yeux au ciel devant le milieu ultra-friqué dans lequel la série se déroule (on parle d'argent, dans For Better or Worse, et on parle de GROSSES sommes). Il faut subir des gags pas forcément drôles mais tellement, tellement nécessaires au regard de tout ce qui se passe par ailleurs. Même si vous avez déjà vu des sitcoms "blacks", il faut vous attendre à un choc culturel peut-être aussi fort que si vous regardiez une série non-américaine.

Et au final on se retrouve avec une série incroyablement incisive qui emmène ses deux personnages principaux dans une escalade dont on se demande comment elle pourrait bien finir.

Le plus intéressant et, à la fois, le plus triste, je crois, pour For Better or Worse, c'est qu'au lieu de bénéficier de la traditionnelle commande des séries de Tyler Perry (qui après une saison initiale de 10 épisodes voient leur commande augmenter pour atteindre facilement la centaine), la série reviendra en juillet sur TBS pour une deuxième saison de "seulement" 35 épisodes. Je crois que ça en dit long sur l'inconfort que peut générer ce sitcom pas du tout comme les autres.
Et quelque part, j'ai l'impression que c'est aussi un argument qui joue en sa faveur.

En tous cas c'est une expérience intéressante, et en un peu plus de 3h20, cela remet totalement en question pas mal de certitudes, tant sur le format, en tant que téléphage, que sur la question abordée, au fond, par la série et son intrigue.
Comme je le disais, c'est l'été, il n'y a pas beaucoup de sitcoms, c'est un peu le moment ou jamais de tenter For Better or Worse...

Posté par ladyteruki à 20:56 - Review vers le futur - Permalien [#]

29-05-12

What's wrong in this picture ?

Regardez bien ces photos... Qu'ont-elles en commun ?

SingleWhiteMale

Si vous ne voyez dans ces photos que du talent... eh bien, bon, d'accord, un point pour vous, je vous concède ça, certes. Mais ces photos de showrunners américains célèbres ont un autre point commun.
Pour mettre le doigt dessus, contentons-nous de nommer ce que nous voyons défiler : homme blanc. Homme blanc. Homme blanc chauve. Homme blanc. Homme blanc...

Je crois pourtant avoir, avec ce petit pseudo-PowerPoint, ciblé la plupart des showrunners tenant le haut du pavé, sur le territoire des États-Unis comme à l'international. S'il en manque qui ne soient pas des hommes blancs mais qui aient le même statut, croyez bien que c'est moins par mauvaise foi qu'en raison d'un total oubli, parce que là tout de suite, il ne m'en vient pas vraiment.

A cette première constatation, il faut cependant ajouter une précision : on parle ici de "célébrités" parmi les showrunners. Sitôt qu'on prête attention aux showrunners, toutes séries confondues, y compris les un peu moins célèbres, on trouve effectivement des femmes. Quelqu'un de ma timeline Twitter a, hier, transmis le lien suivant : "Six Female Showrunners Talk Ratings, Their Comedy Icons, and Internet Hate" (vu que j'ai laissé l'onglet ouvert mais que je n'ai pas gardé le tweet, je ne sais plus qui a tweeté ça ; en espérant que la personne se reconnaisse, merci pour le lien !).
Il y a donc, bel et bien, des showrunners de sexe féminin.

Mon post du jour s'intéresse donc à l'autre pendant de la problématique : qu'en est-il des showrunners de couleur ?

Le souci avec cette question, c'est que quand ce sont des personnes de couleur qui la posent, tout de suite on a l'impression que les débats sur la représentativité et les quotas sont de retour, et les histoires de quota sont rarement un sujet pacifique en rapport avec la télévision (ou ailleurs), j'en ai moi-même parlé il y a quelques années. L'avantage c'est que comme je suis blanche, la question ne se pose pas de savoir si je me sens mal représentée ou non, et l'existence de showrunners de couleur ou non n'a rien de personnel. C'est simplement une interrogation purement curieuse.
Mais, parce que ça fait plusieurs années que je tente régulièrement (avec un succès variable) des séries "blacks", et parce qu'au gré de mes voyages téléphagiques j'ai appris au moins une leçon qui est que le talent n'a pas de couleur, j'ai l'impression que la question est l'aboutissement logique de plusieurs années d'observation. Même si le sujet est, par essence, un peu glissant... Tentons donc, on verra bien.

Pardonnez par avance mon ignorance, mais des showrunners de couleur rencontrant vraiment le succès, il m'en vient seulement deux à l'esprit : Shonda Rhimes et Tyler Perry. 

ShondaRhimes TylerPerry

Bon en France, je sais bien que Tyler Perry ça nous parle pas, mais aux USA, si, et son succès est même largement supérieur à celui de Shonda Rhimes (qui a cependant le privilège de cumuler et d'être une femme ; bravo à elle et ses chromosomes, donc). Naturellement en cherchant bien, il y en a d'autres tout aussi colorés, mais leur carrière est couronnée de moins de succès ; ça va que je regarde Single Ladies et Reed Between the Lines, cela dit, parce que sinon les noms ne me viendraient pas facilement.

Et pourtant, je continue de lire, très régulièrement, sur des forums ou dans des tweets, qu'on manque de séries "blacks" et de personnages "blacks".
Un exemple près de nous : regardez le débat autour de Girls ; on a eu le même sur Friends et on s'en est toujours pas sortis, or ça va faire 20 ans, quand même ! Mais en tous cas ce débat existe toujours et on entend toujours des voix pour s'élever contre les séries avec uniquement des personnages blancs.

White girls are so pretty, skin as smooth as milk...

Ce qui est fou c'est que justement, il y a une sorte de boom des séries "black" actuellement, et c'est la première fois depuis le décès d'UPN qu'il y en a autant à l'antenne ; je ne vais pas les citer toutes, et j'en ai déjà mentionné quelques unes plus haut, mais on peut lister les sitcoms de Tyler Perry (deux d'entre eux actuellement à l'antenne, House of Payne, et For Better or Worse qui revient cet été et a l'originalité d'être dénuée de rires ; le troisième, Meet the Browns, vient de s'achever fin 2011 après 140 épisodes en trois ans !), The Game, et cet été, Bounce TV entrera dans la danse des séries originales avec un sitcom "black", Family Time.

Alors clairement, des séries "black", il y en a.
Mais je vais risquer une théorie : je crois que quand des gens (souvent des "blacks", puisqu'ils ressentent un défaut de représentation à la télé) disent que ça manque de séries de couleur, ils veulent dire en fait : "ça manque de série de couleur sur une chaîne qui ne nous serait pas réservée, et qui ne nous traiterait pas comme un sous-public".

Ce que ces messages me semblent dire en filigrane, c'est "pourquoi je me retrouve, au mieux, avec une série comme Grey's Anatomy, dans laquelle les personnages de couleur sont en minorité et où clairement on est dans du primetime soap ? Et pourquoi au pire je retombe sur des comédies de Tyler Perry ? Qui me touchera sincèrement avec un Parenthood black ? Pourquoi je peux pas avoir un A la Maison Blanche black ? (surtout depuis 2008) Où est mon Mad Men black ?"
Évidemment, toutes les séries ne sont pas, en toute objectivité, réalisables commercialement avec un casting à majorité ou unanimité "black". Game of Thrones "black" par exemple, pas sûre que ça ne fasse pas un puissant bide ; certains genres n'attirent pas le public "black" et ça reste une réalité du marché, mais force est de constater qu'avec le niveau de vie en nette progression, et l'accession de plus en plus fréquente depuis au moins une décennie à la middle-class et la upper-middle-class, les goûts téléphagiques évoluent, et c'est naturel (n'est-ce pas ce qui s'est passé pour le public blanc, après tout ?).
Un drama "black", ou un period drama "black", sont des possibilités qui semblent clairement sous-exploitées à l'heure actuelle à la télévision américaine... et c'est peut-être ça, le fond du problème.

Je crois que la problématique a quand même un peu changé, en dépit de l'ironie dont je faisais preuve un peu plus haut. Il ne s'agit plus simplement de permettre au public "black" de se retrouver dans les séries sur un plan purement physique. Ce stade, sans être tout-à-fait dépassé comme le prouvent les nombreuses réactions autour de Girls, n'est toutefois plus le coeur du problème. Aujourd'hui, il s'agit de se retrouver dans la qualité des séries ; pour reprendre le débat de Girls, l'autre aspect du problème il n'existe à l'heure actuelle aucune série à la télévision dans laquelle une post-ado ou jeune adulte "black" puisse retrouver ses questionnements.
Non que cela signifie une désaffection totale des sitcoms "blacks" tels que nous les connaissons, Tyler Perry peut dormir tranquille et se racheter un nouveau studio à Atlanta ; mais qu'une nouvelle forme de diversité est appelée par les spectateurs "blacks", qui ne concerne pas seulement leur représentation, mais les conditions dans lequelles cette représentation se fait.
D'ailleurs, je parle ici essentiellement de fiction "black", parce que les latinos ont tellement de choix de networks spécialisés, que du côté du marché hispanique, inutile pour les networks de livrer bataille, la guerre est déjà perdue...

Les attentes téléphagiques du public "black" sont peut-être bien en train d'évoluer, en même temps que leur place dans la société américaine au sens large.
Et le problème, c'est que la télévision américaine n'évolue pas en même temps. Le succès de films comme The Help devrait pourtant contribuer à cette progression vers une télévision de qualité pour le public "black", mais il n'en est rien. Parce que les petites chaînes qui peuvent s'offrir des sitcoms "blacks" n'ont que très rarement les moyens de subventionner mieux. Et que quoi qu'on dise, la voie vers la démocratisation passe par les networks, parce qu'historiquement ça a toujours été le cas.

...C'est peut-être le moment ou jamais pour les networks américains d'arrêter de voir la vie en monochrome.

Posté par ladyteruki à 05:28 - Série de valeurs - Permalien [#]