ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

13-08-12

Famous in a small town

L'an dernier, au printemps, j'avais subitement entamé un marathon Gilmore Girls. Je ne me souviens pas trop comment j'en étais arrivée là (les voies de la téléphagie sont impénétrables...) mais je sais que je m'étais arrêtée à la fin de la saison 3, tout simplement parce que je n'avais pas les DVD pour aller plus loin. J'ai acheté la saison 4, et le temps que je mette la main dessus, c'était fini, j'étais passée à autre chose, comme ça m'arrive si souvent. Si vous en doutez, matez donc les posts où je parle de mon intégrale de Jack & Bobby, tiens.

Mais là, pas d'internet, un nouveau boulot assez prenant (euphémisme), et l'été, étaient trois facteurs favorisant un marathon lorgnant vers l'intégrale pour une série pas trop chiante, pas trop exigeante, mais quand même attachante. Le choix a été vite fait. C'est là que j'ai réalisé que je n'avais jamais achevé mon parcours avec Gilmore Girls, qui avait pourtant commencé lors de la diffusion de la première saison par France2. Il y a dix ans...
L'erreur est à présent réparée, donc, et voici à présent mon bilan de la série. Ce qui implique, vous l'aurez compris, que malgré tous mes efforts, des spoilers vont forcément s'y trouver. Surtout que vous vous apprêtez probablement à lire le post le plus long de l'histoire de ce blog (mais peut-être m'apporterez-vous la preuve du contraire !).

FamousinaSmallTown

L'histoire de Gilmore Girls, tout téléphage la connait (ou devrait la connaitre) : celle de Lorelai Gilmore, une femme qui a eu à l'âge de 16 ans une fille surnommée Rory, et qui est très proche d'elle. La série commence, et ce ne peut être un hasard, précisément quand Rory atteint l'âge fatidique qu'avait sa mère quand elle l'a eue. Et alors que Rory s'apprête à intégrer Chilton, un lycée privé prestigieux qui lui ouvre les portes d'études supérieures brillantes auxquelles elle aspire, Lorelai se voit contrainte d'aller demander de l'aide financière à ses riches parents, qu'elle a jusque là tenus à une plus que respectable distance.

Dés les premiers épisodes, l'esprit de la série est clair, et consiste en deux niveaux.
Il s'agit de travailler à la fois sur le tandem Lorelai/Rory et de montrer combien la mère et la fille sont copines comme cochon, en dépit du passé houleux qui a présidé à la naissance de Rory (chose que souligneront les grands-parents Gilmore régulièrement), que de dessiner le contour d'un ensemble show gigantesque situé dans une "petite bourgade" (un panneau nous apprend que Stars Hollow compte en fait 9000 et quelques habitants, mais la série se comportera pendant presque toute sa durée comme si ce chiffre se mesurait en quelques centaines à peine). Les destins des différents visages familiers de Stars Hollow se mêleront, parfois avec insistance, à l'évolution du couple Lorelai/Rory.

Cette dynamique double va se révéler fort utile, parce qu'il s'avère que Gilmore Girls est une série sans enjeu ni objectif. On peut le vivre comme un défaut mais c'est un choix qui est pleinement assumé, après tout, alors autant prendre les choses du bon côté.
Gilmore Girls ne fonctionne pas, jamais, avec un horizon précis.
Quand une saison commence, par exemple, elle ne pose jamais d'objectif à long terme pour ses protagonistes. La série ne les mettra jamais dans une situation indélicate à résoudre avant la fin de la saison, par exemple, ou ne posera jamais un axe qui nécessite de se développer dans un but affiché. Tout dans Gilmore Girls respire au même rythme que vit Stars Hollow ; il n'y a pas de pression, pas d'impératif ; la vie se déroule et on est invités à la suivre, tranquillement, mais on ne regarde pas cette série-là pour autre chose, et surtout pas pour les sensations fortes. Les cliffhangers sont réservés aux fins de saisons (quoique toutes ne soient pas égales devant ce procédé), et encore, pas vraiment avec des retournements de situation trop importants, seulement avec des points de suspension et/ou d'interrogation. Il peut se passer énormément de temps dans une saison sans que rien de précis ne se passe, mais sans que l'on s'ennuie pour autant : on suit juste le quotidien des personnages, sans pour autant les soumettre à mille tourments.
La vie, quoi. Pas vraiment ennuyeuse, seulement normale. On en oublierait presque, de nos jours, ce que c'est que de suivre ce genre de chronique, tant les spectateurs sont habitués à la recherche du frisson à travers des séries sensationnelles, ou ambitionnant de nous mettre la tête à l'envers avec des énigmes et des effets spéciaux et des surprises.
Et il s'avère qu'il n'est pas si difficile d'arrêter de presser le pas, et d'apprendre à apprécier de prendre le temps de vivre à Stars Hollow.

Ce rythme des intrigues est d'autant plus saisissant qu'il oppose un contraste total avec le rythme des épisodes.
Gilmore Girls est en effet célèbre pour ses dialogues échevelés, débités à 100 à l'heure par des actrices qui semblent le plus souvent en apnée totale. Les dialogues qui ont fait sa réputation et son succès offrent le parfait antidote à toute sensation potentielle d'ennui ; même quand il ne se passe rien, il se dit tant !
Et il ne se dit pas du vide, non plus. Gilmore Girls ne cherche pas à brasser de l'air ; la série passe énormément de ce temps bavard à explorer ses thèmes principaux. Simplement, évoquer ces thèmes ne signifie pas, dans le cas de cette série, bâtir des intrigues complexes ou développées, mais simplement creuser le sujet avec tendresse.

Alors ces deux grands thèmes principaux, quels sont-ils ?

GilmoreGirlsDinner

Eh bien d'abord, Gilmore Girls s'intéresse de toute évidence à la famille. Ce n'est pas pour rien que la série a vu le jour grâce au Family Friendly Programming Forum (aujourd'hui devenu Alliance for Family Entertainment), car il s'agit ici d'observer le sujet sous tous les angles, grâce au traumatisme familial qu'a été la conception un rien trop rapide de la petite Rory. L'évènement date d'il y a près de 16 ans quand commence le pilote, et pourtant, il n'a toujours pas cicatrisé, et provoque des regrets et des rancoeurs, tous ravivés par la requête financière de Lorelai.
Le pilote va ainsi semer la graine des fameux "dîners du vendredi soir", une manne de scénarios futurs qui sera exploitée pendant la quasi-totalité des 7 saisons sous une forme ou une autre : en échange du prêt de la somme nécessaire à faire entrer Rory au lycée Chilton, la mère de Lorelai, Emily, impose un dîner hebdomadaire obligatoire. Sauf que ce dîner est avant tout un enjeu de pouvoir, l'aboutissement d'un bras de fer qui a duré 16 années, et que les deux parties (Lorelai et Rory d'un côté, Emily et Richard de l'autre) ne sont pas proches du tout. L'occasion de nombreuses situations gênées, mais aussi et surtout de clash copieux. Les évènements d'il y a 16 ans n'ont jamais été résolus, si tant est qu'ils puissent l'être, et chacun porte en lui, à sa façon, le poids qui en résulte. De fait, au ressentiment d'Emily et Richard, qui ont l'impression (justifiée) de ne pas connaître leur petite-fille, et qui ont gardé le goût amer de l'affront infligé par Lorelai, s'oppose la rancune de cette dernière qui n'a jamais vraiment digéré la façon dont ses parents l'ont traitée alors qu'elle était enfant, puis adolescente, puis adolescente enceinte. Et bien souvent, au milieu de tout ça, lors de ces rendez-vous hebdomadaires inévitables, c'est Rory qui, du haut de ses 16 ans, est contrainte d'arbitrer.

A travers cette confrontation de deux générations se dessine, en réalité, l'exploration de deux façons d'être parents, et notamment d'être mère. Emily et Richard Gilmore sont des gens très aisés, éduqués avec une certaine vision des choses, et qui ont fait preuve d'une grande fermeté avec Lorelai qu'elle n'a jamais bien tolérée. A côté de ça, Lorelai et Rory sont incroyablement complices, se comportant régulièrement plus comme des amies voire des colocataires, que comme une mère et sa fille. Le propos de Gilmore Girls n'est à aucun moment de tenter de donner raison à l'un plus qu'à l'autre ; dans l'ensemble, l'équilibre est bien respecté, montrant les carences comme les avantages des deux modes d'éducation.
Ainsi, Lorelai est la confidente, la comparse de sa fille. Mais elle est aussi tellement convaincue d'être la meilleure amie de sa fille qu'il lui est parfois difficile d'imposer son autorité de mère ; elle est également dans une relation plus fusionnelle qui parfois l'empêche d'être très objective dans beaucoup de ses réactions. A côté de ça, Emily est une mère au regard critique et acerbe, considérant qu'elle agit pour le bien de sa progéniture, que cela plaise à cette dernière ou non. Mais cette façon de faire parfois brusque, pour ne pas dire castratrice, s'accompagne d'une immense générosité qui ne demande souvent qu'à s'exprimer, et d'un enthousiasme sans borne pour toute mondanité qui puisse permettre de se créer un réseau propice à l'élévation sociale. Emily n'est peut-être pas chaleureuse ou marrante comme Lorelai, mais on peut compter sur elle pour progresser dans la vie. Pourvu de suivre ses règles du jeu...
Les blessures jamais cicatrisées, dues aux circonstances entourant la naissance de Rory, sont exacerbées par le fait que non seulement Lorelai a refusé d'épouser le père de sa fille, mais en plus, elle s'est enfuie et a décidé de se débrouiller toute seule. C'est de toute évidence un acte qui a été perçu par Emily et Richard comme une rébellion contre leurs principes, mais aussi comme un désaveu de leurs choix éducatifs, et de tout leur mode de vie. Lorelai, se sentant étouffée par une vie faste qui ne correspondait pas à son caractère farfelu, a brisé ses chaînes, et, par la même occasion, le coeur de ses parents. Un épisode plutôt réussi nous offrira l'incontournable série de flashbacks permettant de revenir au moment précis où Emily et Richard d'un côté, et Lorelai de l'autre, ont vécu une cassure que rien ne pourra jamais réparer, alors que la jeune fille laissait un mot à ses parents expliquant qu'elle et son bébé avaient quitté la maison. Cet acte fondateur montre bien comment la mère et la fille ont définitivement perdu quelque chose à ce moment-là, qu'elles passeront toute leur vie à reprocher à l'autre.

A leur façon, les quatre Gilmore sont donc, à cause de cette histoire de dîners hebdomadaires, une famille recomposée. De leur façon de s'accrocher en quasi-permanence à leurs expérimentations de rapprochement, Gilmore Girls va rester attentive pendant une grande partie de son parcours à la façon dont cette "famille malgré elle" fonctionne tant bien que mal, avec quelques jours avec et beaucoup de jours sans, mais quand même. Lorelai Gilmore va notamment réaliser que, ses parents, elle ne peut vraiment pas vivre avec, mais elle ne peut pas tout-à-fait vivre sans, d'autant que Rory s'entend à merveille avec eux. Un rapport qu'occasionnellement Lorelai jalouse, en partie parce qu'elle voudrait se réserver l'affection exclusive de sa fille, en partie parce qu'elle n'aura jamais cette relation-là avec eux.

Mais bien que passant, presque littéralement, chaque semaine dans la salle à manger d'Emily et Richard Gilmore, la série s'attache à aborder son sujet de la famille sous bien d'autres angles. Ainsi sa plus grande réussite à mes yeux est la relation mère-fille (encore une) de la famille Kim. En effet, Lane Kim est la meilleure amie de Rory, et sa relation à sa mère ("Madame Kim", qui semble être née sans prénom et uniquement avec un titre) est totalement différente de celles que nous voyons à l'écran. Lane et Madame Kim ont quelque chose qui s'approche de ce qu'on imagine que la relation Lorelai/Emily a pu être il y a de cela 16 années. Lane, passionnée de rock et amatrice de junk food, est obligée de cacher à sa mère, protestante fervente et obsédée par la nourriture "saine" (en fait une végétarienne dans la VO), ses véritables penchants. Une bonne et large moitié de la série nous offrira l'opportunité de voir Lane bâtir son univers personnel en cachette, que ce soit au sens propre (elle cache ses CD sous le plancher de sa chambre) comme au figuré (Lane échaffaudant souvent un scénario improbable pour échapper à la vigilance de sa mère et grapiller quelques miettes de liberté). Longtemps incapable de s'affirmer, brimée autant par sa mère ultra-sévère et austère, que par elle-même, par crainte de se trahir et se faire engueuler, Lane est l'incarnation de tout ce que Lorelai reproche à sa propre enfance, de la sensation d'étouffement à la négation de sa personnalité réelle. Mais, chose que Lorelai n'a jamais réellement accomplie, Lane va finir par se prendre en main. Après quelques tentatives d'affirmation ratées (comme une épique coloration de cheveux violette qui n'aura duré que 5mn), Lane finira par jouer cartes sur table avec Madame Kim, dans ce qui reste certainement comme l'une des plus belles confrontations mère-fille de cette série qui en comporte pourtant quelques unes. Mais en montrant son attachement à un certain nombre de valeurs maternelles, et avec énormément de patience, Lane finira par se tailler une mère sur mesure, et Madame Kim finira par lâcher un peu la bride au fruit de ses entrailles. Si bien que c'est cette même Madame Kim qui finira par organiser une tournée pour le groupe de rock de sa fille, par exemple ! On apprendra même que Madame Kim elle-même était une sacrée rebelle en son temps...

Le tandem Lane/Madame Kim est de façon constante un rendez-vous plein d'émotion, très honnête, sur les relations mère-fille ; parfois c'est un même rendez-vous qui est raté pour Lorelai/Emily, tant leurs interactions semblent abuser des prises de bec, et trop rarement faire progresser leur relation ; il est sans doute trop tard pour elles, dans le fond. Mais sur un même sujet, ces deux développements différents forment une grande richesse.

Enfin, Gilmore Girls met également un point d'honneur à parler de parents "atypiques". Pour une série conçue comme était familiale, les parents célibataires (Lorelai bien-sûr, mais aussi Madame Kim, Luke...) ou sur lesquels on ne miserait pas forcément sa chemise (la tête-en-l'air Sookie, Liz...) sont légion. Plus tard, même Lane et son petit-ami, pourtant peu destinés dans l'imaginaire collectif à pouponner, de par leur jeune âge ou leur appartenance à un groupe de rock, se verront mis au pied du mur et interrogeront une fois de plus le statut de parent. Quand aux parents dont on entend plus parler que l'on ne les voit, ils n'ont pas tellement plus le beau rôle, qu'il s'agisse des parents de Paris Geller (qui semblent passer leur temps soit à divorcer, soit à avoir des problèmes avec le fisc) ou du père de Logan Huntzberger, tyrannique, manipulateur et égocentrique. Emily et Richard Gilmore sont à vrai dire les seuls parents "normaux" de la série, répondant parfaitement aux critères promus dans la société ou les médias, mais ils ne sont jamais posés comme le modèle à suivre pour autant par la série.
Rarement une série aura passé autant de temps à chercher la formule "parfaite" de la parentalité. Elle n'existe pas, bien-sûr. Mais Gilmore Girls l'aura vraiment cherchée dans tous les recoins. L'éducation et les rapports parents-enfants sont donc l'un des centres névralgiques de nombre de ses épisodes.

GilmoreGirlsGraduation

Mais dans Gilmore Girls, l'éducation est aussi à prendre au sens plus large. Et la série se fait un devoir d'émailler ses dialogues de références nombreuses et denses. Musique, cinéma, télévision mais aussi littérature, tout y passe. La série requiert une attention de chaque instant, non seulement pendant ses épisodes, mais aussi au-dehors, pour comprendre les dialogues. Si vous ne connaissez aucun nom d'auteur classique russe, que vous n'avez vu aucun film en noir et blanc, et que vous n'êtes pas incollable sur les bacs des disquaires spécialisés dans le rock, Gilmore Girls va nécessiter plusieurs heures de rattrapage sur Google et/ou Wikipedia.

On peut s'interroger sur la façon dont Lorelai, justement, a acquis cette popculture dont elle orne en moyenne une phrase sur dix. Elevée dans un milieu strict (et où il n'est pas certain que son accès à la télévision ou à la musique ait été encouragé !), il ne fait aucun doute que Lorelai a entamé sa découverte culturelle du monde après son départ de chez ses parents. Sa tradition des soirées cinéma avec sa fille, par exemple, montre combien elle a besoin de rattraper le temps perdu ; dans ces instants-là, elle redevient adolescente, non seulement parce que ça lui permet de faire la fofolle avec Rory, mais aussi, voire surtout, parce qu'elle récupère un peu des découvertes culturelles qu'elle aurait aimé faire alors. Mais cela implique que le rattrapage culturel de Lorelai a participé, en partie, à l'éducation culturelle de Rory, lui ouvrant l'esprit et lui donnant l'esprit curieux qui la caractérise. Un mal pour un bien, donc.
Plus largement, Gilmore Girls est l'une des rares séries à mettre autant d'importance sur la notion d'éducation intellectuelle. La série pourrait se contenter d'utiliser l'entrée de Rory à Chilton (et, plus tard, à l'université) comme un prétexte pour sa radiographie familiale, mais elle exploite au contraire ce contexte pour montrer comment l'esprit de Rory se nourrit de ses études, de ses lectures, de ses visionnages, pour s'enrichir. En cela, avec ses 7 saisons, Gilmore Girls a accompli ce que Jack & Bobby n'a pas eu le temps de faire, à savoir montrer comment un enfant se transforme en adulte (très) intelligent, curieux du monde, et capable d'accomplir de grandes choses intellectuellement.

L'obsession de tout le clan Gilmore, toutes générations confondues, pour les études, et notamment les études universitaires, montre combien la série met un point d'honneur à présenter cette progression comme une chance de se développer. La fac n'est pas juste traitée comme une expérience à vivre (GREEK), un rite de passage nécessaire pour accéder à l'âge adulte (Felicity), ou simplement une passerelle vers la vie professionnelle (Friday Night Lights), c'est une période clairement dépeinte comme un enrichissement personnel, une chance, une opportunité de progresser en tant que personne, pour soi-même. Certes on y prépare un avenir, mais Gilmore Girls n'en fait son objectif ultime que dans sa toute dernière ligne droite, quand Rory se demande (sans doute pour la première fois), à l'issue de son diplôme, ce qu'il va advenir d'elle après avoir suivi le parcours qu'elle s'était tracé. En-dehors de ça, l'université n'est pas un moyen, c'est longtemps un but, et noble, par-dessus le marché. Lorsque dans la saison 2, Lorelai et Rory s'embarquent dans un road trip qui les conduit à visiter Harvard, ce qui frappe, c'est que non seulement elles rêvent toutes les deux d'une vie d'étudiante un peu fantasmée pour Rory plus que de toute autre chose, mais surtout qu'elles y favorisent avant tout l'éveil culturel qui pourra alors être vécu ; la bibliothèque, les cours en amphi, sont ce qui fascine le plus Rory (Lorelai étant plus impressionnée par le côté social et festif).

La série mettra également un point d'honneur à rappeler en de nombreuses occasions l'importance des études même pour les adultes. Ainsi, Lorelai, qui a quitté le lycée de façon anticipée, reprend 16 ans plus tard ses études dans le commerce, afin d'ouvrir avec Sookie sa propre auberge. Cet élément, rappelé plusieurs fois au cours des premières saisons, atteint son point culminant avec la remise de diplômes de Lorelai, un grand moment d'émotion mais aussi de fierté. A l'inverse, Emily confiera vers la fin de la série qu'elle n'a suivi ses études d'histoires que par acquis de conscience social, mais qu'elle s'est toujours destinée à la vie de femme au foyer, et que cette existence a ses limites. Au long des 7 saisons, Emily aura en effet souvent exprimé, de façon fugace mais non moins tangible, ses regrets de n'être qu'une "épouse de", de vivre au rythme de la carrière de son mari, et de n'avoir rien accompli par elle-même (sous-entendu "professionnellement").
Gilmore Girls rappelle ainsi en permanence l'importance qu'elle voue à l'éducation, à tous les âges de la vie.

GilmoreGirlsLorelai

Autour de ces deux grands thèmes viennent se greffer tout un tas de petites histoires destinées à faire s'animer ces problématiques. Aux confrontations familiales et découvertes intellectuelles viennent donc s'ajouter les tracas de la vie quotidienne, les problèmes d'argent, et, surtout, les histoires d'amour.
Et là je m'apprête à devenir un tantinet désagréable.
D'abord parce que Gilmore Girls nous sert en plusieurs occasions une soupe assez détestable lorsqu'il s'agit des amours de ses deux héroïnes. Si Rory parvient encore à nous faire vivre ses tribulations sans trop nous agacer (bien que ça se produise, mais j'ai mis ça sur le compte de mon allergie aux histoires de romance), Lorelai est parfaitement incapable de nous donner satisfaction dans ce domaine.

Ecoutez, c'est bien simple : on dit parfois qu'il faudrait délivrer un permis à certaines personnes pour décider de leur capacité à avoir des enfants. Eh bien dans le cas de Lorelai Gilmore, il faudrait qu'il existe un permis de pratiquer les relations amoureuses. Et il faudrait le lui retirer. Elle est insupportable. Inconstante. Immature. C'est très pénible.
Emotionnellement, Lorelai est restée bloquée à l'âge de 16 ans. C'est parfait pour se faire des soirées pyjama avec Rory, mais quand il s'agit d'hommes, c'est la Bérézina. On peut comprendre que sur le plan affectif, Lorelai n'ait jamais vraiment mûri : elle a dû se prendre en charge à 16 ans, avec un bébé qui plus est, et de toute façon on ne peut pas dire que ses parents aient été très affectueux. Son immaturité s'explique, donc, par le fait qu'elle avait franchement autre chose à penser que de mûrir sur ce point, mais elle n'en reste pas moins détestable dans ses relations amoureuses. Elle va ainsi passer le plus clair de son temps à appeler de tous ses voeux quelque chose qui, lorsqu'il va se concrétiser, va la faire fuir en courant. On doit ses oscillations des trois dernières saison à ce phénomène, notamment, et très sincèrement, on voit mal comment cela pourrait ne pas se poursuivre au-delà du series finale. Egocentrique au possible, elle va ainsi plusieurs fois infliger de sérieuses déceptions à son entourage masculin, qu'elle attire sournoisement, avant de les décevoir brutalement une fois qu'elle s'est bien assurée d'avoir leur entière dévotion. Qu'une femme comme Lorelai n'ait jusque là reçu aucun coup de couteau par un homme excédé est pour moi une source infinie d'étonnement.
C'est d'ailleurs assez fou parce que, si en tant que mère, Lorelai ferait rêver plus d'un spectateur adolescent, passant aisément pour une mère idéale (bien qu'imparfaite), dés qu'il s'agit du sexe fort, elle devient le parfait exemple à ne pas suivre.

La première saison passait encore : les hésitations de Lorelai à sortir avec un prof de Rory se comprenaient assez facilement, et on pouvait y attribuer son instinct maternel surdéveloppé; dû à la relation fusionnelle qu'elle entretient avec sa fille. C'est quand elle plaque ce pauvre Max devant l'autel, au début de la saison 2, qu'on commence à comprendre qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond chez elle. On n'a encore rien vu. La pauvre est d'une indécision qui confine au pathologique. C'est aussi une femme très exigeante affectivement (elle a, après tout, un lourd manque à combler), mais qui en parallèle est éprise de liberté et d'indépendance ; qui plus est, elle souffre d'une peur panique de l'engagement, un paradoxe terrible qui la plonge dans de multiples situations pénibles pour tout le monde.
Qu'il s'agisse de Max, de Jason, de son jeu du chat et de la souris avec Luke, ou de sa longue histoire on/off avec Christopher (le père de Rory)... Lorelai est une mante religieuse d'un genre un peu à part, qui a l'originalité de se blesser elle-même lorsqu'elle arrache la tête de sa proie. Vraiment, il faut lui retirer son permis de séduire, à cette femme ! Elle fait du tort à tout le monde, y compris souvent sa fille (que naturellement elle ne parvient, en dépit de ses efforts, jamais totalement à protéger d'elle-même), ce qui est une contradiction supplémentaire qui aura parfois de difficiles conséquences.

Le problème de Lorelai réside peut-être dans le fait que sa conception des relations hommes/femmes soit assez confuse, fruit de deux modes de pensée contradictoires. Comme beaucoup de femmes indépendantes, elle a été éduquée dans une certaine idée du rôle de chacun dans un couple, et considère de surcroit le mariage comme une fin en soi ; mais en même temps, elle n'hésite pas en plusieurs occasions à rappeler combien elle est satisfaite de la façon dont elle mène sa vie, et ses velléités d'autonomie ne se bornent évidemment pas à ses rapports avec ses parents. Du coup, et c'est symptômatique de bien des femmes dans son cas, elle se retrouve à la fois avec un idéal de conte de fées dans la tête, et la conviction de très bien vivre en solo, ce qui ne fait que compliquer l'évolution de ses rapports avec les hommes. On verra d'ailleurs combien son insistance à épouser Luke sera immédiatement contredite par la façon dont elle gère son mariage avec Christopher : pressée d'avoir la bague au doigt, mais incapable de faire de la place à un homme sur le plan des décisions.
Alors, lorsque Lorelai Gilmore nous fait une fois de plus le coup du "un pas en avant, deux pas en arrière", dans les deux dernières saisons (mais de façon accélérée), il parait difficile de rester optimiste pour elle. Lorelai s'enflamme aussi vite qu'elle s'enfuit ; elle voudrait croire à une passion dévorante mais il lui suffit souvent d'un rien pour se détourner d'un homme (cela se verra également avec Max, pour lequel elle cesse, du jour au lendemain, d'avoir des sentiments, simplement parce qu'elle apprend que Rory approuve). C'est à se demander comment Rory peut mener une vie amoureuse si stable quand son modèle est d'une folle inconstance permanente.

Du coup, plus la série progresse, plus les questionnements amoureux de Lorelai exaspèrent, d'autant qu'ils se répètent toujours sur les bases d'un même schéma.
Mais cela souligne l'un des plus grands défauts de la série : la quasi-absence de character development. C'est une constante pour tous les personnages (bizarrement, c'est Madame Kim qui apparait comme la plus frappante exception à cette règle), mais hélas pour ceux dont les défauts agacent, à l'instar de Lorelai, cela devient un véritable handicap.

Et puis, il y a autre chose. L'inconvénient du système narratif "pépère" de Gilmore Girls que j'évoquais plus haut (car il fallait bien qu'il y en ait un), outre qu'il exige du spectateur de ne pas attendre de montagnes russes ni d'intrigues aussi raffinées que peuvent l'être les dialogues, est qu'il renvoie bien souvent l'impression que les histoires des épisodes sont jouées au dés.
Comme il n'y a clairement pas de plans sur le long terme (genre "avant la fin de la saison, Lorelai devra ouvrir sa propre auberge", mettons), les choses peuvent être parfois très très longues à évoluer, parce que, bah, si le chiffre n'est pas sorti, on ne traitera pas l'intrigue pendant plusieurs épisodes de suite, voire même toute une saison. Je prends cet exemple d'auberge parce que c'est certainement l'exemple le plus agaçant : au début de la saison 2, Lorelai et Sookie s'empressent de remettre ce projet sur la table (il est évoqué dés les premières heures de la série), mais il n'aboutira pas de toute la saison parce que, eh bien... les Palladino n'étaient pas d'humeur, probablement.

Eh oui, l'aspect chronique a ses bons côtés, mais il vaut mieux parfois ne pas en abuser, et quand même se fixer un ou deux points sur l'horizon pour garder le cap, même si ce ne sont pas de grands évènements et qu'on préserve un semblant de statu quo.

GilmoreGirlsCorneroftheWorld

Comme Lorelai, Gilmore Girls est le pur produit de son époque. Une époque de transition, le tournant des années 2000...

Stars Hollow est par exemple un petit bled sans histoire, comme issu d'une carte postale, à un tel point qu'il semble sorti tout droit d'une version idyllique des années 50.
Les plus grosses contrariétés qu'on y connait correspondent à l'apparition du feu rouge devant chez Luke (oui, au singulier) ou au fait que la buvette de la fête du printemps a été remplacée par un labyrinthe de paille. Que des vraies préoccupations, donc. Typique de l'esprit "small town", la ville est un endroit où en apparence tout le monde se connait, où l'on fréquente la brasserie du coin tous les jours parce que les prix sont ridiculement accessibles, où tout le monde fait partie de la middle-class (même si pour cela, à l'instar de Kirk, il faut cumuler une trentaine de petits jobs) et où l'esprit de communauté règne en maître. Accessoirement, on notera qu'à Stars Hollow, la plupart des visages sont blancs, que les blagues sexistes et/ou homophobes n'offensent jamais personne, et que peindre une silhouette sur le trottoir et voler un nain de jardin provoquent des soulèvements de foule indignée par la délinquance.
Typique de l'esprit "small town", donc. Et c'est après tout une part de la réalité américaine.

Mais à Stars Hollow, on est aussi globalement réfractaire au progrès. Celui qui personnifie le plus le progrès est Taylor Doose, qui cherche toujours à apporter à la ville une innovation ou une autre (un évènement, un gadget pour la voirie, etc.), mais en parallèle, c'est certainement l'un des personnages les plus ouvertement conservateurs de la série, n'hésitant pas à afficher très clairement et de façon cinglante sa désapprobation de certains comportements de ses concitoyens, et se posant en grand juge de la moralité à Stars Hollow, notamment grâce au code de la ville qu'il connait à la virgule près.
Ironiquement, c'est grâce à ce personnage plein de paradoxe que l'on peut observer les manifestations de conservatisme de beaucoup des habitants de la ville, dont l'état d'esprit en règle générale est "if it ain't broke, don't fix it", et qui accueillent avec un enthousiasme pour le moins modéré les idées de Taylor, devenu objet de moquerie. Plus encore, c'est à cause de ces mêmes idées que le plus grand allergique au progrès, Luke Danes, se dévoile dans toute sa splendeur.
Luke n'aime pas les travaux. Luke n'aime pas les magasins. Luke n'aime pas le tourisme. Luke n'aime pas les clients. Luke n'aime pas les téléphones portables. Luke n'aime pas se servir de son téléphone fixe. Luke n'aime pas les évènements organisés à Stars Hollow. Luke est un Schtroumpf Grognon.

Plus important, Lorelai elle-même se montre souvent assez peu intéressée par le progrès, notamment technologique. Elle ne se rend aux réunions de la ville que pour se moquer de Taylor Doose, par exemple. Plus inquiétant, elle refuse l'installation de l'ADSL que veut lui offrir sa mère pour aider Rory dans ses études, au prétexte qu'une connexion lente est plus propice à se détendre ou prendre un snack pendant une recherche ce qui semble un peu borné pour quelqu'un qui attache tant d'importance au cursus de sa progéniture. Au début de la série, Lorelai n'a d'abord pas de portable, puis un vieux truc tout moche qu'elle réserve aux urgences, avant de finir par se mettre au portable à peu près en même temps que Rory. Pour un personnage présenté comme étant épris d'indépendance, Lorelai est bigrement de l'arrière-garde. Elle a peut-être une conception féministe de son existence (du moins le prétend-elle quand Rory ambitionne de cuisiner pour son petit ami, mais elle n'a aucun problème avec la perspective de lui inculquer qu'une fille aime forcément le rose), mais c'est un féminisme adapté au milieu provincial de Stars Hollow, où l'on chérit quand même avec passion l'absence de changement visible.

Gilmore Girls est à l'image de cet état d'esprit. Tout en voulant nous montrer une nouvelle vision de la famille, libérée des schémas traditionnels, et capable de réussir aussi bien (sinon mieux) à former des adultes sains et capables d'apporter leur contribution au monde, la série s'enferme dans un esprit un peu réactionnaire à bien des égards, véhiculant parfois l'idée que le changement n'est bon que pour les personnes, et pas pour la communauté (et donc la société). Dans son refus de s'ouvrir sur le monde extérieur, comme en témoignent encore les difficultés de Christopher à se faire aimer des habitants de Stars Hollow pendant la dernière saison, Gilmore Girls dépeint un monde qui oppose une grande force de résistance au changement, au progrès et à la moindre intervention extérieure, où l'entre soi est la règle. Lorsque des changements viennent à se produire, on les accepte, on les adopte, bien-sûr, mais enfin, pas sans râler un peu dans le studio de Miss Patty ou au comptoir de Chez Luke.

La seule à embrasser le changement, à aller vers les autres et à toujours tenter d'aller plus loin, c'est Rory.

GilmoreGirlsRory

Pour toutes ces raisons, la vraie héroïne de Gilmore Girls est Rory.

Elle n'est pas parfaite, mais elle est certainement ce qui s'en approche le plus, et cela, tout en comptant probablement parmi les personnages les plus adorables de l'histoire, aimée par tous, quel que soit le contexte. A Stars Hollow, évidemment, dont elle est l'enfant chérie et, comme le résume assez bien Lorelai (même si son monologue à Dean est teinté d'une fierté maternelle un rien exacerbée), un peu la protégée de tout un chacun ; à Hartford, où ses grands-parents la tiennent en très haute opinion quand bien même ils ne la connaissent pas très bien (ils vont vite former d'elle une image un rien idéalisée) ; à Chilton, où même sa pire ennemie devient sa plus grande copine et où les ennemies deviennent des camarades ; dans la haute-société du Connecticut où elle fera une entrée couverte d'éloges ; à la fac où elle n'a que des expériences positives, y compris en tant que rédactrice en chef ferme et implacable du Daily News ; et même lors de ses expériences professionnelles ! Existe-t-il un univers quelque part où Rory n'est pas aimée ? Une dimension parallèle, quelque chose ? Ca semble inconcevable. Mieux que Raymond : tout le monde aime Rory.

Même le spectateur est incapable de ne pas s'absorber dans la contemplation de ses immenses pupilles, qui feraient passer un chiot pour une créature de l'Enfer. On pardonne tout à Rory, même le moins glorieux, comme les derniers rebondissements de son histoire avec Dean.
Tout en étant le pur produit de son éducation, partagée en frivolité et passion pour les stimulations intellectuelles, Rory dépasse tout ce que peuvent représenter les deux ou trois générations de Gilmore avant elle. A ce stade c'est presque de l'eugénisme tant elle semble avoir pris uniquement le meilleur de ses parents et grands-parents. Eduquée, encadrée, surveillée afin d'être la meilleure personne possible, sensée (bien plus que sa mère), spirituelle, cultivée, drôle, élégante, parfaite lorsqu'il s'agit des bonnes manières, toujours d'humeur égale, et pour finir gentille avec absolument tout le monde, Rory est l'aboutissement du travail de sa famille, d'efforts conjoints (bien que pas forcément concertés) pour obtenir le meilleur d'elle-même, une promesse tenue.La charmante créature pourrait aussi bien devenir terroriste qu'on continuerait de lui attacher des rubans dans les cheveux et qu'on lui offrirait les clés de Stars Hollow sans sourciller.
Même dans ses pires heures (à l'instar de sa volonté d'arrêter les études), Rory reste une personne qui ne peut que susciter l'admiration, pour elle-même et pour le travail accompli par chacun pour polir ce diamant brut.

C'est précisément parce qu'elle allie toute ces qualités, qu'elle personnifie le meilleur de la lignée Gilmore, qu'elle s'attire la sympathie de quiconque la rencontre (même si parfois cela requiert de la patience de son côté), et qu'elle incarne un parfait mélange entre popculture et éducation raffinée, que Rory est une héroïne si appropriée. Les scénaristes successifs s'en rendent bien compte à mesure que le personnage grandit, laissant les questionnements amoureux stériles aux intrigues de Lorelai, et se captivant pour les tribulations de Rory, toujours mise en lumière pour être à son avantage, sans jamais se montrer prétentieusement supérieure. Et dans une série qui fait si peu de cas du character development, il est saisissant de constater que le personnage de Rory n'évolue quasiment pas, mais que c'est certainement celui pour lequel cela pose le moins de problèmes ; constamment cohérente avec elle-même, Rory grandit sous nos yeux même si elle ne change pas, et s'attache notre dévotion quoi qu'elle fasse. Peu de séries parviennent à un tel résultat, à plus forte raison parce qu'une si grande partie de la série est dédiée à sa croissance et son entrée dans le monde adulte.

Mais il faut dire que Rory a sans doute toujours été adulte, en tous cas plus que Lorelai ne l'est bien souvent. Combien de fois arrive-t-il à la jeune fille de gronder sa mère pour ses bêtises et ses mauvais choix ? Combien de fois soutiendra-t-elle sa mère lors d'un moment difficile ? Nul doute que la relation fusionnelle avec cette femme-enfant qu'est Lorelai a poussé Rory à adopter un point de vue mature sur pas mal de choses. D'ailleurs, sur les 7 saisons de la série, c'est l'adolescente puis la jeune femme qui saura entretenir des relations amoureuses à plus long terme, s'adapter le mieux aux contraintes successivement imposées par Emily et Richard Gilmore, ou encore se faire la voix de la raison. Les rôles sont quasiment inversés dans Gilmore Girls : la fille a plus de plomb dans la cervelle que la mère, même quand elle a la moitié de son âge.

Alors forcément, la conclusion de la série laisse un peu sur sa faim. Même si l'on ne se fait pas de soucis pour le futur de Rory, qu'on la soupçonne d'être à même de réussir sa carrière et, à terme, sa vie amoureuse, on aimerait bien avoir une fin un peu moins ouverte la concernant. Mais il est significatif que Gilmore Girls ait décidé de se conclure si différemment pour la mère et la fille. Là où Lorelai continue son cycle absurde avec Luke (laissant assez peu de place au suspense quant à l'avenir de cette lumineuse idée de revenir dans sa vie), Rory se voit séparée de Logan, et peut toute entière aller de l'avant dans tous les domaines. Là où Lorelai n'est que stagnation, Rory, une fois de plus, est élancée vers l'avenir.
Comme souvent, des rumeurs de film existent au sujet de Gilmore Girls. Si cela pouvait se faire, et que Lauren Graham était trop prise, que la production ne s'inquiète pas : je soupçonne que la plupart des spectateurs s'intéressent bien plus au grandiose avenir de Rory Gilmore qu'aux éternels tâtonnements romantiques de sa mère. C'est du moins mon cas, et je vous avoue qu'avoir, pour la première fois, une vision d'ensemble de la série, a changé mon point de vue sur ces deux personnages pourtant indissociables ; lorsque j'avais la découvert la série avec la saison 1, j'avais vingt ans et regardais Lorelai avec des étoiles dans les yeux...

C'était chouette de passer l'été avec les Gilmore, malgré tout.
Même avec ses défauts, Gilmore Girls est une série paisible et tendre, amusante sans jamais être inconséquente, et suffisamment riche de ses multiples personnages, pour offrir une expérience complète, loin des clichés sur les séries familiales simplistes et bêtifiantes. Ce ne sera jamais la série qui a révolutionné la télévision, mais elle ne lui fait pas honte, loin de là. Et je ne suis pas fâchée désormais de posséder l'intégrale... d'autant que la semaine dernière, j'ai fait découvrir le pilote à ma frangine, qui m'a derechef emprunté la première saison... la légende continue.

Posté par ladyteruki à 13:39 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

21-02-10

[DL] The Jake Effect

Autant il y a des séries qu'on s'évertue à chercher, et sur lesquelles on ne parvient jamais à mettre la main (je vous fais pas une liste...), autant il y en a qu'on ne cherche pas et qu'on trouve à cagouler très facilement.
Mais on conviendra tous que c'est pas poli de refuser.

Je suis tombée sur The Jake Effect sans même y penser. Vraiment, un pur hasard si ça s'est produit peu après avoir parlé de pilotes tombés au combat, et d'ailleurs en pratiquant un peu de lecture, on apprend que cette série n'a pas connu le destin tragique d'un Pretty Handsome puisque, 4 années après avoir été commandée puis annulée sans la moindre diffusion, ses 7 épisodes ont trouvé la résurrection sur une chaîne du câble, Bravo. Ce qui explique la présence de ce gros logo tout gris sur une série pourtant commandée par un network coloré, NBC.

TheJakeEffect
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Reste que le générique de The Jake Effect, à défaut d'être mémorable, donne quand même bien l'eau à la bouche : Jason Bateman (Arrested Development, d'ailleurs il parait que si j'ai aimé Better Off Ted ya pas de raison que je n'aime pas cette série, quelqu'un peut me confirmer ça ?), Greg Grunberg (Felicity, ALIAS, Heroes...), Nikki Cox (Las Vegas, Unhappily Ever After), non ya pas à dire, ya du beau linge.

Après, ayant regardé le pilote (toujours par pure politesse) de The Jake Effect, je vous garantis qu'on n'a pas raté grand'chose sur le contenu. L'histoire est relativement simple : un avocat décide de changer de vie, et devient enseignant. Quelques gags corrects, mais rien d'ébouriffant. Une amourette avec Nikki Cox qui fait une fois de plus ce qu'elle faisait de mieux avant de ressembler à la créature de Frankenstein : être rousse et jolie.
Cela dit, pour le téléphage désireux de se cultiver, ça reste quand même une curiosité...

Et pour ceux qui... Euh, je sais pas si la série est éligible pour une fiche sur SeriesLive, j'vais me renseigner.

Posté par ladyteruki à 23:32 - Médicament générique - Permalien [#]

19-01-10

Trop attendue

Ce post s'adresse à vous tous qui, comme moi, avez été adolescents pendant la seconde moitié des années 90... vous vous souvenez ? Ce qu'on a pu ressentir devant Felicity, Dawson et/ou Young Americans ? Pour ma part, je gardais beaucoup de distance avec ces séries pour adolescents (et TF1 ne m'a pas permis d'approfondir la question Felicity qui aurait pu être la seule exception), mais même moi je l'ai perçu à un moment. Oui, le fait est qu'on l'a tous ressenti, à un moment ou à un autre, devant l'une de ces séries ou leurs équivalents, à des degrés divers.
Cette impression de proximité. Quelque chose nous parlait. Quelque chose s'adressait à nous sans (trop) nous prendre pour des crétins. Ne simplifiait pas le monde exagérément. Ne se contentait pas de nous divertir. Ces séries n'étaient pas juste écrites pour que nous les regardions, elles étaient écrites pour que nous y trouvions un petit quelque chose. Peut-être même un peu de nous.

Je pensais sincèrement cette époque totalement révolue. Elle s'est éteinte avec Joan of Arcadia et Everwood, pensais-je. Et pour être sincère, ça ne me faisait ni chaud ni froid, j'avais déjà amplement passé l'âge de me sentir touchée de plein fouet par ces séries, et même quand j'en avais l'âge, elles étaient loin d'avoir sur moi l'impact qu'elles avaient sur mes ami(e)s.

Sont apparues, graduellement, par ordre croissant d'indigence, The OC, One Tree Hill, Gossip Girl, 90210 et autres Hidden Palms, et je me disais : je suis bien contente de ne pas être une ado. Bien contente de ne pas chercher dans le paysage télévisuel quelque chose qui me parlerait, parce que, punaise, qu'est-ce que je serais déçue ! Les années semblaient ne passer que pour apporter moins de sens aux séries pour ados. Qu'est-ce que je les plains, les ados. C'est déjà pas facile d'être ado, mais quand on voit en plus les séries qu'ils se coltinent... pas gâtés, les pauvres. Au mieux, ils devraient être aussi furieux que je le suis de ce qu'on leur fourgue.
Et d'ailleurs, un peu plus tôt cette saison, je m'en étais émue à nouveau avec l'arrivée de The Beautiful Life, qui ne remontait toujours pas le niveau.

Et puis, tout le monde a commencé à parler de Life Unexpected. Et de vous à moi j'ai évité du mieux que j'ai pu ce qu'on en a dit, ce qu'on en a vu, ce qu'on en a espéré. Car de toute évidence, tout le monde en espérait beaucoup. Quand les trailers sont apparus, wow ! Je lisais les réactions et j'avais l'impression que tout le monde attendait l'arrivée de cette série comme celle du Messie. The WB redescendue sur Terre... On pouvait presque entendre les larmes d'émotion et d'espoir rouler sur les joues des gens.
C'est dangereux de trop en attendre d'une série. C'est déjà pas très sain d'attendre grand'chose de la CW, alors...

MuchExpected

Et pourtant, après avoir, ce soir, regardé le pilote de Life Unexpected, je dois reconnaître que je comprends sur quoi repose cet espoir, et qu'a priori il est relativement fondé. Mais que ce poids qui pèse sur les épaules de la série est peut-être trop lourd à porter quoi qu'il arrive. Life Unexpected parvient à avoir ce petit quelque chose de "vrai" qui semblait s'être évaporé mystérieusement des teenageries modernes. Certainement parce que dans le fond, Life Unexpected n'est pas conçu comme une teenagerie. Son personnage principal est une adolescente, certes, mais son discours est plutôt adulte, et surtout c'est à la génération de ses jeunes parents que la série s'adresse (la présence de Kerr Smith, transfuge de Dawson, et de Shiri Appleby, venue de Roswell, sont deux choix de casting assez révélateurs de la véritable cible de la série). Des adultes pas trop adultes, mais résolument plus des ados. D'ailleurs, on comprend avec ce pilote que ce n'est pas l'adolescence de Lux qu'on va suivre, mais bien la façon dont les deux parents vont grandir, enfin, et totalement. Et pourtant quelque chose dans le ton de cette série fait que, si j'étais adolescente aujourd'hui, je ressentirais ce que j'ai ressenti jadis devant Felicity.

Mais voilà le cœur du problème : je ne suis plus adolescente. Et vous, mes camarades qui avez été adolescents au cours de la seconde moitié des années 90, non plus. Et c'est là que le problème se pose finalement. C'est que nous avons passé l'âge. Ça ne nous appartient plus vraiment, cet univers. Les moins téléphages d'entre nous ont gardé Dawson dans un coin de leur cœur et sont passés à autre chose. Les plus téléphages d'entre nous, bien qu'éventuellement passés par des Skins et consorts, ont depuis grandi aussi, et ont découvert des Experts, des Dexter, des Mad Men même, et j'en passe. Nous vivons dans un autre monde et nous aimerions que Life Unexpected nous ramène à notre prime jeunesse, alors que nous ne guettions pas encore nos premiers cheveux blancs et que nous ne payions pas encore d'impôts. Mais c'est un miracle que Life Unexpected, malgré son pilote plutôt solide, ne peut accomplir. C'est trop lui demander.
D'autant que Life Unexpected n'est pas une série épatante. Elle est juste correcte. Quelque part ce devrait être le minimum syndical, mais nous avons tellement baissé le niveau de nos attentes !

Il faudrait pouvoir prendre cette série pour ce qu'elle est : une série divertissante mais pas abrutissante. C'est déjà bien. Mais je crains qu'après les semaines, voire les mois passés, cela ne lui soit refusé. Tout le monde attendait Life Unexpected comme la série qu'elle ne pouvait être. Celle qui nous rappellerait ce que nous avons ressenti il y a une dizaine d'années de ça. Mais même la meilleure des séries ne le peut pas. Alors, une série correcte...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Life Unexpected de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:01 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-07-09

[DL] Grosse Pointe

C'est assez amusant de voir où remontent les tags de la plupart des séries de notre jeu des génériques actuel. Pour une majorité de ces séries, j'ai annoncé très clairement la couleur dés les premiers émois de ce blog. Et quand on sait que Grosse Pointe est une série amenée à vitrioler la production de Beverly Hills, et surtout, que la série a été créée par Darren Star qui lui-même s'est compromis dans Beverly Hills, on se rend compte qu'on ne PEUT PAS louper ça.

GrossePointe
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Je tiens d'ailleurs à tirer mon chapeau à France Télévisions qui, à une époque, a vraiment eu quelque chose dans le caleçon en diffusant tard des séries humoristiques comme That 70s Show, The Brian Benben Show, The Closer (l'autre), Trois hommes sur le green ou justement Grosse Pointe. Je me suis payée les plus riantes insomnies de ma vie avec cette programmation !!!
Pour vous donner le ton, juste avant le générique, on entend le dialogue suivant entre les deux producteurs de la série :
"Le patron de la chaîne est au téléphone, il veut vous parler.
- Ca doit être à cause de la nouvelle qu'on a engagée. On aurait jamais dû le faire sans avoir leur aval !
- Du calme... je te rappelle que tu as devant toi le génie qui a dit que Felicity devait se couper les cheveux."

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Grosse Pointe de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:06 - Médicament générique - Permalien [#]

11-04-09

Life support

Il y a des choses qui ont changé dans ma vie, récemment. C'est pas que le rythme de cette nouvelle existence me tue, mais il faut le temps de s'habituer, quoi. Du coup, ces derniers temps j'ai pris une mauvaise habitude c'est que quand je suis rentrée à la maison, j'ouvre la porte et je tombe directement sur mon lit (avec un rebond contre le mur parce que le lit n'est pas pile face à la porte d'entrée, mais vous saisissez l'idée, quoi) après quoi je m'endors comme une masse. Dans le meilleur des cas je tiens le coup un ou deux soirs de semaine, mais ce ne sont jamais les jours que je voudrais.
J'ai donc pitoyablement raté Life le 25 mars, et puis du coup bah j'ai pas regardé le 1er avril parce que je ne voulais pas sauter des épisodes, et là j'ai compris que j'étais à nouveau entrée dans la spirale infernale.

Mais si, vous savez : la spirale infernale. La spirale infernale qui commence par "j'ai raté un épisode cette semaine" et finit par "du coup j'ai arrêté de regarder et ah bah, tiens, la deuxième saison commence ce soir". Cette spirale infernale.

Ca m'a fait le coup pour plusieurs séries déjà, comme par exemple Veronica Mars ou surtout LOST : j'ai arrêté pour des raisons techniques, et je n'ai jamais réussi à retrouver l'envie de m'y remettre ensuite. C'est un peu comme 24 : dés qu'on sort de l'univers, on ne parvient plus à s'y replonger, parce qu'on a eu l'occasion de prendre du recul et de se dire que, finalement, c'est pas si intéressant.
Il est hors de question que je laisse ça se produire avec Life. HOOOOORS DE QUESTION. Nan mais vous ne vous rendez pas compte, on parle de Life, là ! La série qui insuffle de l'air dans mes poumons depuis que je suis privée de tartes. Donc c'est même pas la peine d'y penser.
Mais j'ai la solution.

Encore une fois, je vais faire mon Cylon, mais j'ai un plan ; et il est le suivant :
- j'ai acheté un petit cochon
- chaque fois que je passe devant une FNUC et que j'ai envie d'y entrer, je m'auto-punis
- l'amende versée à moi-même est de 1€ à chaque fois
- je mets donc 1€ dans le petit cochon
- et en juin, sans effort (vu le nombre de fois où la tentation me prend), je m'offre une première vie

De toutes façons, avec les DVD que j'ai été acheter l'autre jour en occas' (Felicity, Dharma & Greg...), j'ai largement de quoi faire dans l'intervalle, sans compter que j'ai du Big Love à faire avancer, et un coup de pied dans l'arrière-train à me filer pour Deadwood et Rome. Donc je peux tenir sans piller une FNUC d'ici-là, c'est faisable.

Je ne tiens pas vraiment à cette série. Je ne tiens pas vraiment à cette série.
Bon d'accord, peut-être que j'aime bien cette série.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Life de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 14:53 - Opération COLLECTION - Permalien [#]

28-03-07

[DL] Felicity

Ah je vous avais prévenus, ce générique est formidable. Simple. Sobre. Mais formidable. Les photos en noir et blanc. La musique mélancolique...

Felicity_generique
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Euh, ahem, oui. Et Scott Foley, aussi. Je plaide coupable.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (nan mais ça va bien maintenant, vous avez jamais allumé une télé ou quoi ?!) : la fiche Felicity de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 17:09 - Médicament générique - Permalien [#]

Suprême félicité

Parfois on tombe sur un pilote par le plus grand des hasards. Il y a moins de 24h, je ne savais même pas que j'aurais sous la main le pilote de Felicity, que j'avais loupé à l'époque de la diffusion sur TF1, prennant le train en cours de marche la semaine suivante.

Pour moi, jusqu'à il y a donc quelques heures encore, Felicity représentait avant tout la découverte du très consommable Scott Foley (je suis toujours contente de le retrouver depuis, ailleurs... même dans le daubesque The Unit, si-si, il a le droit de se nourrir ce petit !), celle dans une moindre mesure de Jennifer Garner (dont je me rappelle, lors de l'épisode où elle est apparue pour la première fois, celui de Thanksgiving pour autant que je me souvienne, avoir pensé "eh c'est pas la petite inconnue qui était fan de billard dans Le Caméléon ?!"... le temps a passé !), et enfin un générique que j'affectionne toujours, de par sa simplicité et son élégance. C'était aussi, bien-sûr, cette série estropiée par TF1 qui un beau soir, nous a brutalement balancé, à la fin d'un épisode, sans prévenir : "la semaine prochaine, découvrez Dawson, la série qui a réveillé l'Amérique" (pour l'Amérique, je sais pas trop, mais sur moi cette série a plutôt eu l'effet inverse ; 'comprendrai jamais)... et sur TF1, plus jamais on n'a revu notre petite frisée. Vous voyez, il m'en restait un petit quelque chose. Mais pas l'essentiel.

Car oui, Felicity, c'est bien-sûr aussi des intrigues amoureuses : Ben ou Noel ?
Eh oui mais Ben n'est pas vraiment open. Et Noel est bien gentil, mais il est pris.

Mais fort heureusement et surtout, c'est l'histoire d'une jeune fille qui devient une jeune femme, parce que sans le savoir elle a fait le choix d'avancer dans la vie, en partant ainsi à l'autre bout du pays pour suivre un garçon auquel elle n'a parlé qu'une fois pendant tout le lycée. La décision la plus dingue qu'elle ait pris de toute sa vie (la seule, d'ailleurs, selon elle) est certainement la meilleure qu'elle pouvait prendre. Sauf que, oui, la route est dure, la route est longue, mais vu là où elle mène, c'est sans conteste le meilleur choix.

Là où nombre de saisons ou séries finissent sur une cérémonie de remise de diplômes, Felicity, au contraire, s'ouvre sur cet évènement. Là où dans chaque série passée par ce moment de la vie des ados (c'est dire si elles sont nombreuses) nous promet que ce n'est le début alors qu'on sait pertinemment qu'on sera séparés des personnages pendant minimum trois mois (ou carrément définitivement), Felicity tient cette promesse : les choses ne font réellement que commencer. Non seulement la série commence, mais l'éveil de Felicity est là, au bout de cette cérémonie qui la laisse de marbre, il est dans quelques mots que Ben, l'obsession amoureuse de sa vie d'adolescente, va écrire dans son livre-souvenir,  et il la conduira jusqu'à New York pour qu'elle se révèle à elle-même.

Oscillant entre teenageries (rappelez-vous, c'était ça qui alimentait le budget des chaînes à l'époque !) et moments de grâce, Felicity est un peu comme nous tous lorsque nous avons commencé à grandir : une quête un peu malgré nous, un peu à cause de nous, un peu parce que nous y aspirions.

Notre Felicity a fait quelques milliers de kilomètres mais elle est déjà très loin de celle qu'elle était quelques mois plus tôt : la fin du pilote montre le dîner avec ses parents, sûrs que ce n'était qu'une phase et que leur fille va comprendre qu'ils avaient raison. Leur condescendance (tu as fait une bêtise, nous allons tout régler et ça rentrera dans l'ordre) n'est pas armée de mauvaises intentions, mais elle met la jeune fille face à elle-même : c'est risqué de prendre une telle décision, elle a sans doute été prise sur le vif et sans trop réfléchir, mais c'est la bonne, et surtout, c'est la sienne et tout ce qu'elle fera à présent sera bien à elle.

Notre héroïne au beau regard limpide est encore réservée, mais quelque chose dans son regard s'allume au moment où elle comprend que sa vie ne peut lui appartenir que si elle fait ce choix un peu étrange, un peu risqué, et un peu inquiétant, de changer du tout au tout et de se faire à sa nouvelle vie d'étudiante à New York.

On a beau ne plus être ado, et ne plus en passer par là, on ne peut tout de même qu'être touché par les possibilités d'un tel parcours. Et touché par la douceur, la gentillesse, la pureté de Felicity. Et on ne peut qu'avoir envie de suivre un peu de son chemin.

C'est quand même vachement ironique que je tombe sur le pilote de Felicity et en apprécie ces qualités précises, après avoir vu le si négligeable October Road pas plus tard qu'hier. Ou bien il y a un Dieu des séries télé qui veille sur nous, quelque part ?

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Felicity de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 17:06 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]


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