ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

30-12-11

Dodging the bullet

L'autre jour, je ne sais plus où je flânais précisément, mais il s'agissait en gros de la page IMDb d'une série qui n'avait finalement jamais été retenue. Dans les commentaires, quelqu'un posait LA question qui me hante depuis bien longtemps maintenant, à savoir : qu'advient-il du pilote de cette série une fois que le couperet est tombé, et un autre contributeur répondait... attention, les âmes sensibles vont avoir un choc : rien. L'épisode est détruit.
Faisons une pause pour que tout le monde reprenne possession de lui-même.
Moi-même ça m'a demandé quelques minutes, je ne vous le cache pas. J'ai été prise d'un vertige renversant en pensant à tous ces pilotes détruits, introuvables, à jamais disparus, inaccessibles. Du travail pour rien. Jamais de postérité. C'est d'une brutalité qui me donnerait quasiment envie de pleurer, et par quasiment je veux dire que c'est sûr et certain et que je ne refuse pas qu'on me passe un mouchoir, merci.

Dans ces colonnes, les pilotes de type "unsold" ont souvent eu droit à une jolie place, parce que, eh bien, j'aime les pilotes, j'aime les découvertes, et que je ressens un sentiment de perte même quand une série que je ne regardais qu'en dilettante est annulée au bout de 15 ans alors, bon, coeur brisé pour coeur brisé, autant tenter des séries qui n'auront jamais dépassé le stade du pilote. Ainsi, des séries ont été évoquées ici, et je vais les mentionner à nouveau pour que vous puissiez tirer partie des tags : Pretty Handsome, Faceless, Nikki & Nora, Babylon Fields, Prodigy... J'en oublie sans doute. Et j'aimerais pouvoir mettre The Miraculous Year dans cette liste (ah c'était ptet sur cette fiche IMDb que j'étais, tiens, puisqu'on en parle).
La plupart du temps, je regarde ces pilotes invendus parce que, bon, déjà c'est pas poli de refuser un pilote, vous connaissez ma ligne de conduite à ce sujet, ensuite parce que toute découverte est toujours bonne à prendre, qu'il y a toujours quelque chose d'intéressant à trouver dans un pilote et ce même (surtout ?) s'il n'y a pas eu suite, mais aussi parce qu'il faut quand même bien admettre que ça fait toujours plaisir de faire une belle prise, et les pilotes que nous ne sommes pas supposés voir, c'est un de ces trésors cachés qui font aussi du bien à l'ego du téléphage. Soyons honnêtes, hein, il y a une part de "moi je fais partie de la minorité qui a vu" qui fait plaisir ; je ne sais d'ailleurs pas pourquoi je me gâche ce plaisir en venant ensuite vous en faire des posts et vous inciter à regarder aussi, héhé...! Je ne suis sans doute pas assez élitiste à mon goût.

Enfin voilà, tout ça pour dire que le pilote de série non-commandée, c'est un plaisir sur lequel je ne crache pas, jamais. Aussi quelle n'était pas ma surprise de voir la "publicité" autour de 17th Precinct, y compris sur The Hollywood Reporter. La façon dont ce pilote a mystérieusement échappé à la destruction puis, encore plus mystérieusement, trouvé le chemin du streaming puis, mystérieusement toujours, été évoqué par des sites qui d'ordinaires sont suffisamment "sérieux" pour ne pas parler d'épisodes leakés à tous bouts de champs, ça m'a surprise. Je trouve ça intrigant. Comprenez que j'ai de sérieux soupçons quant à la finalité de cette étrange apparition sur internet, dans la joie et l'allégresse de tous, y compris ceux qui d'ordinaire font mine de ne pas avoir remarqué que des videos de ce genre se promènent sur internet. En un mot comme en cent, il me semble que, quelque part, quelqu'un vient de nous donner une opportunité. Petite, fragile, intangible, sans doute. Mais une opportunité. A nous d'être nombreux à nous en servir.

...Si toutefois cela en vaut la peine. On en vient donc à l'objet de mon post : que vaut le pilote de 17th Precinct ?

17thPrecinct
Si vous êtes un lecteur régulier de ce blog, vous n'ignorez pas que j'ai pris les séries poulardières en grippe il y a plusieurs saisons maintenant. Depuis Les Experts, on a eu le temps de faire trois fois le tour de la question à cloche-pied. Chaque année on a droit à une, deux, trois séries policières procédurales où le héros est un enquêteur-pas-comme-les-autres-qui-a-une-faculté-particulière-pour-résoudre-les-enquêtes, ce qui fait que finalement, ils deviennent tous des enquêteurs comme les autres. On a parfois des pitches plus originaux, ponctuellement, et même de temps à autres des séries policières non-procédurales genre Southland, mais l'impression d'overdose est bel et bien présente et je ne pardonne plus rien depuis environ 5 ans dans le domaine.
Qui plus est, même si j'ai énormément apprécié Battlestar Galactica (je devrais me faire un marathon, tiens, ça me permettrait d'enfin voir la fin), je n'ai pas de tendresse particulière envers ses acteurs. Je suis contente quand je les vois, mais je ne les suis pas absolument. Idem pour Ron D. Moore que je n'en suis pas à considérer comme un Dieu vivant. David E. Kelley, là, d'accord, mais Moore...

Ce qu'il y a de bien quand on ne part pas avec un a priori positif, c'est que ça laisse plein de place aux bonnes surprises.

Le pilote de 17th Precinct commence pourtant assez mollement. Un crime, du sang, l'impression d'avoir mis les pieds dans un procedural comme tant d'autres. Arrivent alors nos deux enquêteurs (James Callis et Jamie Bamber), et la série s'amuse alors avec ses effets spéciaux. Un sourcil levé, l'autre froncé, on attend sans trop savoir sur quel pied danser comment cette histoire de magie ne va pas complètement tout gâcher. Il faut quand même voir que les mecs peuvent reconstituer le déroulement du crime dés les premières minutes du pilote, donc ça laisse circonspect dans un premier temps. La chose n'est pas facile à gérer, mais elle est brillante en réalité. Car quand arrive l'équivalent du coroner dans le monde de 17th Precinct, et que Tricia Helfer se la joue mi-Charmed, mi-Pushing Daisies (croisement contre nature s'il en est, pourtant), on découvre que la richesse de l'univers de cette série va justement lui permettre de respirer vis-à-vis des codes du procedural, tout en profitant de la popularité du genre.
Par-dessus le marché, outre les trois transfuges de Battlestar Galactica, on va retrouver Eamonn Walker (Oz !) dans la peau d'un commissaire de police doté d'un don de vision, Stockard Channing (évidemment restée dans les mémoires téléphagiques pour A la Maison Blanche) dans le rôle d'une vétérante qui va devoir prendre en charge une jeune recrue particulièrement prometteuse incarnée par Matt Long (The Deep End)... Le casting est précieux, les idées excellentes se succèdent. Elles parviennent à mêler à la fois des éléments conventionnels de la série policière telle qu'on en a bouffé ces dernières années, tout en apportant définitivement d'excellents twists. Mais attendez, n'allons pas trop vite. Il va se passer plusieurs minutes pendant lesquelles le pilote va lentement établir chaque personnage, sans trop en dire toutefois. C'est un passage un peu lassant car on va vite comprendre que l'intérêt de la série ne réside que très partiellement dans ses personnages.

C'est une fois tous ces personnages introduits que la bascule s'opère véritablement. On entre alors dans ce monde étrange grâce à l'instauration simple, rapide, mais nette, d'une véritable mythologie, tout en donnant l'opportunité à "l'enquête du jour", ainsi qu'à "l'enquête secondaire" (toutes deux des classiques de la structure d'une série procédurale), de dévoiler les étrangetés de l'univers de 17th Precinct. Les deux affaires utilisent, sans être trop tape-à-l'oeil, les propriétés de ce monde où toute chose est régie par la magie.
On comprend que le fonctionnement de la vie de chacun, au quotidien, est différente, à Excelsior (c'est le nom de la ville, ç'aurait donné un bien meilleur titre de série d'ailleurs). Il y a quelque chose d'assez mystique, d'ailleurs, dans la façon dont la magie est perçue à la fois comme utile et sacrée ; c'est presque animiste et cela se ressent sans être trop explicité, avec énormément de subtilité. Petit-à-petit, on commence à prendre la mesure des rouages de cet univers où la magie est à la fois quelque chose en quoi l'on croit, et que l'on utilise. Et on comprend que les valeurs de cette société s'en trouvent modifiées (comme l'indique les verdicts des procès montrés ou mentionnés dans l'épisode). Ce n'est pas juste une façon de dire, "ah ouais, pour changer on va faire de la magie", il y a réellement une sorte d'éco-système qui se construit pendant ce pilote.

Quand on pensait avoir plutôt bien pris ses repères dans l'univers de 17th Precinct, c'est là qu'on est frappé par un ultime retournement de situation, fou, incroyable, puissant, et terriblement cohérent avec ce que nous dit le pilote depuis ses premières images, pourtant. La mythologie, lentement mise en place par le truchement du personnage d'Eamonn Walker, commence à prendre un sens différent, déjà. On regarde Matt Long avec des étoiles dans les yeux (et pas uniquement en raison de la couleur de ses pupilles) et on attend de grandes choses de Stockard Channing.

Soudain, là, à cet instant, le souffle coupé, on se rappelle que 17th Precinct est un pilote "unsold".
Je ne nierai pas qu'il y a une part de frustration à l'issue du visionnage de ce pilote. Mais il y a une part de satisfaction intense à l'idée d'avoir vu un pilote plus que solide. Pas génial, mais carrément bon, quand même.

On ne m'ôtera pas de l'idée, pas avant un bon moment en tous cas (le temps me donnera tort, ou raison, ou tort), que la sortie de ce pilote, à un moment où plein de monde peut le voir, sur des sites de streaming où il pourrait être retiré et où il ne l'est pas, repris par des sites d'information sur le milieu de l'audiovisuel sans la moindre protestation des ayant-droit, a une raison d'être.
Peut-être que 17th Precinct a encore une chance d'éviter la mise à mort. Peut-être que nous pouvons nous aussi exercer un petit tour de magie. Peut-être que cette fois, nous avons ce pouvoir. Juste peut-être.
Pour certains pilotes "unsold", l'effort n'en vaut pas la peine. L'espoir n'a pas lieu d'être entretenu. Mais j'ai aimé le pilote de 17th Precinct et je ne pense pas être la seule. Et si vous le regardez, il ya de grandes chances pour que vous l'aimiez. Pour que vous en parliez. Pour que vous twittiez quelque chose à l'intention de @nbc. Pour que... Qui peut dire ? Un monde où la magie existe... ça en fait, des possibilités.

Et pour ceux qui... Eh bah non. Du coup.

Posté par ladyteruki à 19:55 - Review vers le futur - Permalien [#]

31-07-11

La fille prodigue

Peut-être que dans 7 ans, quelqu'un postera dans un endroit à l'abris des regards le pilote de The Miraculous Year. Peut-être que je comprendrai enfin pourquoi la série n'a pas vu le jour. Parce qu'il y a des pilotes dont on ne saisit pas bien, au juste, ce qu'on peut leur reprocher ; Pretty Handsome ou Faceless étaient de ceux-là. Mon admiration pour ces deux pilotes est abondamment documentée dans ces colonnes, d'ailleurs.
Et puis il y a les pilotes qui n'ont jamais accouché d'une commande, et quand on les voit, on comprend pourquoi. Non, je ne vais pas vous parler du remake de Wonder Woman, il est vrai que je n'en ai pas entendu beaucoup de bien jusqu'à présent parmi les bribes qui me sont parvenues, mais je ne me suis pas (encore) fendue d'un cagoulage pour le vérifier. Non, dans les tréfonds d'internet, c'est le pilote de Prodigy que j'ai déniché.

Vu que ma pratique du net était encore assez sporadique en 2004, je n'ai pas été étonnée de ne jamais en avoir entendu parler avant de mettre la souris dessus. Alors comme je suppute que vous devez être dans un cas similaire, permettez que je comble rapidement vos lacunes, qui étaient les miennes voilà encore quelques heures.
Prodigy était un projet pour la WB (ça ne nous rajeunit pas) mettant en scène une famille d'intellectuels de San Francisco dont le deuxième enfant était un prodige surprenant de 10 ans. L'histoire est racontée par l'aînée, une ado de 16 ans qui entre au lycée la même année que son frère, ce qui, on l'imagine, n'est pas exactement un modèle de normalité. Au générique, Kate Mara dans le rôle de l'ado, Cody Arens dans la peau de son frère Nathan, Stacy Edwards et David Newsorm pour les rôles des parents. Pas vraiment de pointure incontournable, vous le voyez. Dans un rôle très secondaire, on a aussi Justin Chatwin, pré-Shameless (US), mais ça ne va guère plus loin.
Vu l'état d'avancement du projet et les chances pour que vous regardiez le pilote, rapport au fait qu'il n'y a personne au générique pour vous en donner envie, que le sujet n'est pas spécialement sexy et que vous avez certainement bien d'autres choses à regarder en ce moment et qu'après vous aurez oublié, je me permettrai donc d'y aller plein pot avec les spoilers, une fois n'est pas coutume, parce que j'ai trouvé certaines idées intéressantes dans ce pilote et qu'il me faut dire certaines choses pour pouvoir les aborder.

Prodigy

La majeure partie du pilote consiste à nous vanter les prouesses de Nate, racontées du point de vue de sa soeur Callie. Avec une profusion d'yeux levés au ciel, elle assiste au comportement admiratif de ses parents qui encouragent Nate au maximum et n'ont de cesse de le placer sur un piédestal dés qu'il accomplit quelque chose, ce qui ne manque pas d'arriver. Tout cela est ponctué d'anecdotes sur la petite enfance de Nathan, dont le très bien senti monologue d'intro : "When I was six years old, my brother said his first word. He said it to me. Beatrice says that maybe if I hadn't told my parents, maybe he'd just shut up and gone back to being a normal kid. Maybe. He was 10 months old. The word... was chaos". Cependant, ces anecdotes ne sont pas là juste pour nous épater mais simplement pour nous aider à prendre la mesure du don de Nate, et comprendre l'impact que la découverte de son génie a eu sur les parents et la grande soeur.
On sent tout de suite que Callie prend un immense recul vis-à-vis de tout cela, probablement aidée par le fait qu'elle ne participe pas à l'euphorie ambiante autour des dons de son frère, mais aussi parce que c'est un phénomène en soi. Lorsque Nate fait sa rentrée au lycée, le monologue de Callie en voix-off consiste à dresser une comparaison avec Shakespeare (un auteur que Nathan aime passionnément depuis qu'il est petit), en expliquant que nul ne sait comment Shakespeare est devenue Shakespeare, puisque son enfance, et donc son éducation, n'a jamais été documentée (au passage, l'auteur britannique a été évoqué dans un bon millier de séries, mais jamais sous cet angle si humain se rapportant à son enfance et sa scolarité, je dis donc bon point). Mais que s'il avait été à l'école comme tout le monde, on l'aurait certainement pris pour un être bizarre... ce que Nate est justement aux yeux des lycéens normaux. Au lieu de simplement se plaindre du fait que son petit frère entre au lycée en même temps qu'elle, Callie dépasse immédiatement ce stade pour nous donner une vraie réflexion sur le choc des cultures entre la normalité, et l'anormalité, lorsqu'elles cohabitent dans un milieu comme le lycée.

Et c'est bien de normalité qu'il est pleinement question. Callie ne pourrait pas être une adolescente plus passe-partout. Elle veut s'habiller à la mode pour faire comme tout le monde, elle veut pouvoir larguer son petit copain Spence (pas de bol, il la devance) pour faire comme les copines (et notamment Beatrice, qui subit un changement radical pendant les vacances d'été et passe de copine asiatique geek à pure bombe au désespoir de Callie), etc, etc, etc... C'est de toute évidence une obsession pour la jeune fille, et chaque fois qu'elle est en présence de ses parents avec son frère, on sent qu'elle est l'étalon de la normalité qui rend, en quelque sorte, ses parents encore plus attentifs aux prodiges de Nathan. Et que ça la fait drôlement enrager de voir comment ils traitent le petit.

Est-ce de la jalousie ? Callie a une très intéressante anecdote à ce sujet : "My dad loves to tell people that when Nate was 6 months old, I almost drowned him in a flower bed by watering him with a water hose. It's a good story, and it definitely sets up the whole Callie-hates-her-brother-for-being-a-genius thing. But then my dad tells them that when pressed for motive, little Callie answered "I was just trying to make him grow up", which they think is cute and sort of stupid, but not so evil. I guess that what they forget is : there's nothing worse than growing up". En renvoyant à la normalité et aux généralités, et en balayant toute notion selon laquelle elle serait jalouse de son frère, Callie devrait piquer notre curiosité, au lieu de ça on se dit qu'elle est juste décidément fadasse et nettement moins intéressante que Nathan.

Le petit garçon en question est effectivement brillant. Pendant une bonne moitié du pilote, il semble être simplement un petit être apathique uniquement capable de sauter dans un cerceau. Son intelligence n'a pas l'air de beaucoup le servir. Il ne sourit jamais. Il ne montre pas de signe ni de peur, ni d'agacement, ni de quelque émotion que ce soit. Un gamin derrière une immense carapace intellectuelle. Les choses s'éclaircissent au fur et à mesure, heureusement, alors que le gamin se prend visiblement d'affection pour tout ce qui ressemble à un modèle masculin, ou encore avec, vers la fin de l'épisode, la visite du directeur d'une école spécialisée, lequel lève le voile sur une partie de la personnalité de Nate qu'on avait éventuellement sentie, mais certainement pas définie avec autant de clarté : le gamin est peut-être brillant, mais il ne trouve son confort que dans le passé. Langues anciennes, inventions de jadis, il est allergique aux ordinateurs et même aux stylos-bille... il refuse d'aller de l'avant, parce qu'il est angoissé par l'avenir. C'est une jolie révélation parce que ça craque bien mieux la carapace que l'anecdote sur les difficultés de sommeil que Callie mentionne à un moment (et qui est plutôt un éclairage parmi quelques autres sur la fascination de Nate pour Shakespeare).

Dans tout ça, les parents font figure de chouettes bobos sans intérêt. Le père, prof d'anglais, n'est pas exactement un génie, mais il a l'amour des livres et a le plaisir de partager ça avec son fils, au sujet duquel il a tendance à être un peu aveugle, enfermant Nathan dans le rôle du gamin doué sans jamais rien remettre en question. A l'inverse, la mère, violoniste, n'a jamais fait d'études, mais a été repérée très jeune dans le monde de la musique et, comme le veut la caricature artiste=âme sensible, elle est beaucoup plus attentive à l'état d'esprit de chacun, bien qu'elle ait un mal fou à comprendre Callie et communiquer avec elle (c'est l'âge, me direz-vous).

A un certain moment du pilote, on pourrait se dire que les portraits étant dressés, tout est dit. Ce n'est pas le cas, grâce aux analyses très fines de Callie, qui se montre peut-être très normale, mais pose un regard très méticuleux sur ce qui se passe autour de son frère. Elle dit et/ou montre plusieurs fois qu'il s'agit de veiller sur lui, mais on a l'impression d'une certaine fascination pour la popularité de son frère.
On n'en trouve l'éclairage réel qu'à la toute fin du pilote. Une fois les parents sortis, Nate s'installe au piano dont personne ne se sert, rejoint par sa soeur qui entame un magistral solo, et confesse en voix-off que cette histoire de prodige, c'est une affaire de famille.

La normalité de Callie est feinte, et son obsession pour elle n'est que la preuve de son attachement à dissimuler son don. Ce qu'elle a observé chez son frère, elle a le talent de trouver un moyen de ne pas le vivre. C'est ça, le véritable sujet de Prodigy. Pas le don de Nathan et la prétendue jalousie de Callie, mais bien la conséquence des dons de chacun des enfants, aucun des deux ne le vivant de la même façon.

Alors pourquoi ai-je dit, avec cette intrigue si originale et ce propos si intéressant, que je comprenait pourquoi Prodigy n'avait jamais vu le jour en tant que série ?

Parce que déjà, c'est incroyablement bravard, limite branlette intellectuelle... imaginez-vous : dans un projet pour la WB ! Bon alors je sais, 2004 c'était aussi l'année de Jack & Bobby, mais quand même, ça le faisait pas trop.
Et puis, on passe le pilote à se demander "ouais, et alors ?", jusqu'à ce que le twist de fin, au piano, nous mette le nez dedans, et encore on sait pas vraiment quelle genre d'intrigues on pourrait tirer de là. Toute une saison là-dessus, je veux bien qu'on me montre les papiers qui vont bien pour comprendre où l'équipe voulait en venir et quel genre de péripéties pouvait bien intervenir dans les épisodes suivants.

Mais le vrai problème, c'est surtout qu'il ne se passe rien, pas d'action, même pas une petite engueulade digne de ce nom, on dirait que quelqu'un a voulu écrire Angela, 15 ans, mais sous tranquillisants (et c'était déjà pas la série la plus péchue au monde). Je félicite Prodigy pour son pitch, son twist, ses personnages (enfin surtout les enfants), et son thème franchement intéressant et pas vraiment exploité jusque là, puisqu'en général quand il y a un génie quelconque à la télé, il finit par résoudre des enquêtes. Mais on s'emmerde ferme. On se fait même chier GRAVE. Ca manque douloureusement de rythme, d'émotion, bref, l'électrocardiogramme est plat, et je n'ai aucune peine à imaginer les retours de test sur le pilote, ça ne pouvait pas marcher en l'état.
En gros, l'idée était bonne, mais dés le scénario lui-même il y avait un problème, avant même de s'en prendre à la réalisation. Par contre en prose, ça doit être excellent à lire. Mais là, vraiment, tout un pilote comme ça, c'était juste pas possible.
Quand on sait qu'avant d'être tourné, un scripte de pilote a tendance à faire des aller-retours entre le scénariste et la chaîne, et qu'il peut y avoir plusieurs réécritures pour tout ou partie du scénar, on comprend que plus rien ne pouvait être fait en l'état pour sauver Prodigy. Probablement même que la première version du script était épatante, j'en sais rien, mais là, avec la touche adolescente omniprésente (était-il nécessaire d'insister autant sur cette connerie de rupture dont franchement on n'a rien à battre ?), ça rajoute des longueurs plus qu'autre chose juste pour détailler le personnage. Nan mais, bon, ça va quoi, on est peut-être pas des petits prodiges, mais on a pigé. C'est un épisode d'exposition mais il n'est pas interdit d'approfondir les personnages ensuite, non plus.

Donc en dépit du pilote appréciable, et de l'excellentissime idée qui en est à l'origine, il faut dire ce qui est, Prodigy est un ratage. Pas une grosse bouse merdique dont on rira encore dans des années pourvu d'avoir accepté de perdre quelques minutes pour le regarder (ce serait plutôt Ice, un autre pilote unaired que j'ai cagoulé récemment), mais il n'y a pas de quoi regretter amèrement le rendez-vous manqué de la série avec les grilles de la WB.

Reste que des séries originales comme ça, quelques fois, on voudrait en voir une (plus aboutie et moins molle, si possible) arriver dans les grilles une fois de temps en temps. Parce que je jure que si je dois écrire ne serait-ce qu'une fois de plus dans un résumé que le personnage est un "détective de génie" ou qu'il a un "don d'observation hors du commun", je ne réponds plus de moi.

Posté par ladyteruki à 19:38 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

13-09-10

Restes

Certains jours, surtout quand on est en congés, on a envie de faire un peu de rangement. Ce lundi était l'un de ces jours-là, où soudain, on sait pas ce qui se passe, mais soudain je me suis dit que ce serait peut-être une bonne idée de ranger ma collection de cagoule. Une collection que j'ai récemment mise à jour dans une frénésie de tricotage, mais ça, c'était la semaine dernière, on n'en a pas parlé à ce moment-là et c'est maintenant trop tard. Une semaine, en téléphagie, ça passe vite, et si on avait le temps de parler de tout ça se saurait. Donc me voilà, armée de mes range-cagoules et de bonnes intentions, en train de me dire que ce serait bien si la cagoule "Pur Angora - 1x01" pouvait être rangée à côté de "Pur Angora - 1x02", voire même, soyons fous, exigeons l'impossible, si elle pouvait se placer juste avant dans le range-cagoules.

Des milliers de mouvement de poignet plus tard, à force d'ouvrir et fermer des fermetures éclair et de déplacer... des cagoules bien-sûr  (oh, vous voyez comme vous êtes, tout de suite...), me voici, éreintée, considérant la pile de cagoules à mon côté.
Une énorme pile de cagoules, soyons précis, qui, jetée comme ça à même le sol, ressemble plutôt à un tas d'épluchures. Hm. Intéressant.

Epluchures

Si toutes ces cagoules sont isolées... c'est parce qu'elles sont en double. Oui, en double. Non seulement je risque les foudres hadopiennes chaque jour que le Dieu de la Téléphagie fait, mais en plus, je les risque une à deux fois de trop pour certaines cagoules !!! C'est quand même fou !

Et vous savez à qui la faute ? Vous savez qui je vais blâmer pour ça ?
Ma mémoire défaillante ? Non. Mon processus de rangement ? Non. L'organisation de mon indexation ? Certainement pas. Les producteurs de cagoules ? OUI. Car si tout ce petit monde ne passait pas son temps à dire et répéter que je suis une criminelle et qu'on va me tomber dessus pour avoir eu l'audace de vouloir voir des choses qui m'auraient été, sans cela, inaccessibles, je ne me dirais pas "ouh, ça, je vais le cagouler avant que HADOPI ne me tombe dessus, et le tricoter vite fait sur une cagoule pour faire de la place".
C'est votre faute si j'ai deux fois Faceless, et vous n'y pouvez sans doute pas grand'chose, mais aussi et surtout, c'est votre faute si j'ai deux fois les premiers épisodes de Jonny Zero, de Committed ou de Living with Fran.

Je ne parle pas des séries que j'ai d'abord cagoulées pour ensuite acheter les coffrets DVD, bien, bien plus tard. Ça, c'est pour moi, ok ? Vous avez bien voulu me les rendre accessibles, à un tarif qui m'a semblé psychologiquement raisonnable (prions le Messie CDischound pour sa participation à ce miracle), donc c'est normal, j'ai payé deux fois, une fois votre petite taxe mesquine et l'achat de cagoules vierges, une deuxième fois de vrais DVD flambants neufs (je suis pas une fan de l'occasion, j'avoue), donc ok, d'accord, c'est pour moi. Mais le reste... le reste, si vous n'étiez pas si désireux de nous sauter sur le poil simplement parce que vous refusez de changer vos méthodes... le reste, c'est pour vous. Imaginez-vous la perte que ça représente pour moi, mais aussi pour vous ! Vous auriez dû commercialiser toutes ces bonnes choses à un prix raisonnable, vous avez refusé, je vous ai filoutés deux fois.

Et nous nous retrouvons tous les deux avec des déchets. Je ne peux rien en faire sinon les jeter (les vendre agraverait mon cas !), vous ne pouvez plus me les vendre puisque je les ai. Vous avez loupé votre coup et j'ai un peu mal négocié le mien. C'est une histoire qui aurait pu bien se finir, mais au lieu de ça, il ne reste qu'une pile d'épluchures sur le côté, et tout-à-l'heure je descendrai la poubelle en me disant que c'est du gâchis. Vous ne saurez jamais à quel point.

Avertissement : ce post n'engage l'avis que de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Posté par ladyteruki à 16:12 - Opération COLLECTION - Permalien [#]

04-04-10

Have you tried turning it off and on again ?

Imaginez que vous passez deux heures et demies à trier des fichiers qui vous semblaient "en bordel" sur votre ordinateur. Et maintenant imaginez que pendant ce rangement, vous tombiez sur une série qui parle de geeks. Bonjour la mise en abyme.

Pour une raison qui m'a échappé avec le temps, je n'ai jamais regardé le pilote de The IT Crowd dans sa version américaine. Bon, en fait je n'ai jamais regardé la version britannique non plus, mais ça c'est normal, c'est à cause de ma phobie de l'accent british. Je me rappelle vaguement m'être dit, quand on a commencé à parler du remake américain, que j'allais enfin pouvoir découvrir par moi-même ce dont tout le monde parlait, même si j'avais pleinement conscience qu'un remake américain d'une série britannique perd énormément lors de la traversée de l'Atlantique. Mais enfin, il fallait bien que je comprenne les dialogues, non ?

Alors puisque j'avais remis la main dessus et que j'avais 20 minutes devant moi, je me suis lancée dans ce pilote qui a ensuite rejoint celui de Pretty Handsome, Faceless et autres Nikki & Nora au cimetière des pilotes disparus. Je sais que je vous les cite à chaque fois, c'est à dessein, pour lutter contre l'oubli.

ITCrowd

Et au rayon des bons pilotes que le grand public ne verra jamais, il faut bien admettre que The IT Crowd est en bonne place. Même en étant assez peu réceptive à l'humour dit "geek" que les networks ont tenté d'exploiter à une époque (en général en recyclant des stéréotypes éculés et en brandissant fièrement un peu de popculture supposée geek ; voir aussi : The Big Bang Theory), j'ai ri de bon cœur, voire bruyamment, à plusieurs reprises.

Peut-être justement parce que The IT Crowd (au moins la version US) ne cherche pas tellement à jouer sur la complicité du spectateur geek avec le personnage geek, en multipliant les clins d'œil. C'est justement quelque chose qui m'énerve et ici, on a évité de donner de grands coups d'épaule pleins de connivence, pour juste dresser le portrait de deux personnages qui s'avèrent bosser au service informatique, mais qui sont avant tout de bons vieux losers, et qui l'auraient tout autant été au service comptabilité. Cette façon de ne pas chercher à m'en mettre plein la vue a eu beaucoup de charme pour moi.

Ce pilote démontre aussi à plusieurs reprises sa fantaisie. Loin du sus-nommé The Big Bang Theory, on a l'impression d'assister à une vraie démonstration d'humour déjanté, et pas juste à une comédie remplissant impeccablement un cahier des charges. J'étais par exemple hilare quand Moss tente d'expliquer à Jen ce sur quoi il travaille, et qu'on entend à la place un effet de brouillage puis "algorithme" à la fin de la phrase. J'étais pliée de rire, notamment parce que j'adore qu'on compte aussi sur ce genre de petits gadgets pour amuser, et pas juste sur les dialogues.

Il y a un côté moins superficiel dans ce pilote que dans The Big Bang Theory, qui me fait presque regretter de n'avoir jamais regardé la série britannique qui a donné naissance à cette version. Oh, de toutes façons je suis quasiment sûre que vous allez tous me dire que c'est un copier-coller de la série d'origine, en moins drôle !
Mais tous mes regrets s'envolent quand je m'imagine regarder une série où tout le monde parlerait comme Moss... problème réglé.

Et pour ceux qui manquent cruellement de 110101011100100110010100001010 : la fiche The IT Crowd (US) de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 11:04 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

17-02-10

Anatomy of Despair

"Maman, où on va après qu'on est mort ?
- On va au ciel mon chéri.
- C'est là où mamie est allée ?
- Exactement, c'est là où mamie est allée.
- Et où est-ce que Mistigri il ira quand il sera mort ?
- Eh bien, il ira au ciel aussi.
- ...Maman ?
- Oui ?
- Et les pilotes, ils vont où après leur mort ?"
On n'a pas toujours toutes les cartes en main, dans la vie, pour répondre aux interrogations les plus importantes, mais les mamans répondent à beaucoup de ces questions, avec patience, il faut le dire.
Mais il faudrait avoir une maman qui travaille à Hollywood, je suppose, pour obtenir la réponse à cette question précise.

AnatomyofDespair

Il y a environ une dizaine d'années, quand ma téléphagie s'est déclarée et que tous les médecins ont admis qu'on ne pourrait rien faire pour m'en guérir, j'ai commencé à me prendre de passion pour les pilotes. Je voulais avoir vu, autant que possible, au moins un épisode de chaque série. Et si cet épisode pouvait être le pilote, c'était encore mieux. C'est comme ça que j'ai commencé, avec mes magnétoscopes de l'époque, à enregistrer tous les pilotes que je pouvais. Ce n'était jamais assez. J'ai mis à contribution le magnétoscope de mes parents, celui de mes amis. Ce n'était pas assez. Il y avait toujours des pilotes qu'on loupait et des chaînes qu'on n'avait pas. L'abomination absolue. Louper un pilote. Alors que c'est pourtant pas compliqué de programmer un putain de magnétoscope et que si tu m'avais laissé venir le programmer ce matin à 5h00 avant d'aller en cours, on n'en serait pas là.

Alors il a fallu apprendre à admettre que, non, je ne verrai jamais le pilote de toutes les séries du monde (et songez qu'à l'époque, je ne savais même pas qu'il existait des dorama !).
Ce qui ne devait pas être une raison pour ne pas voracement me jeter sur les Screenings (à une époque où les Screenings de SerieClub proposaient des pilotes que je n'avais pas eu trois fois le temps de cagouler déjà, et à supposer que quelqu'un dans mon entourage ait SerieClub).

Mais c'est quelque chose que j'ai appris à gérer ; plus ou moins.
Et quand je ne le peux pas, je lance Google et je cherche assidûment un pilote que je n'ai jamais pu voir et qui me fait envie, et parfois je tombe dessus, et souvent non, je me dis que je réessayerai dans quelques mois. Mais globalement, cette façon d'accepter qu'on ne peut pas tout regarder est le fruit d'un long travail sur moi ainsi que de la fréquentation assidue des AA (les Appeurs Anonymes), où j'ai appris la prière du Téléphage dont j'ai déjà parlé et que, j'en suis sûre, vous connaissez tous par cœur.

La seule chose que j'ai encore du mal à admettre, ce sont des pilotes comme ceux de Pretty Handsome ou Faceless qui m'y ont conduite : il existe, là-dehors, des pilotes qui existent sans qu'il n'y ait jamais eu de second épisode.

Maintenant, soyons clairs. Ce qui me pose question, ce n'est pas vraiment de savoir pourquoi ces pilotes n'ont pas réussi à aboutir sur une série. Je me doute qu'il y a des raisons à cela, d'ordre économique principalement, et même si elles sont regrettables, je les admets, je trouve cette force.
Ma question est d'un autre ordre, mais je dois dire que cycliquement, ça me torture franchement.
Je n'ai jamais rien lu à ce sujet. Pas la moindre ligne. Je suis peut-être passée au travers, cela dit, mais reste que, sur toutes les choses qu'on sait sur l'industrie télévisuelle, celle-là reste une grande et douloureuse énigme.

Où vont les pilotes après leur mort ?

Revoyons l'action au ralenti : un mec écrit un script pour un pilote (plus vraisemblablement plusieurs mecs). Une chaîne donne le feu vert pour tourner un pilote à partir de ce script. On procède à un casting. On construit des décors. On fait signer des contrats. On embauche du personnel technique. On tourne une scène, puis une autre, et encore une autre. Et au final on aboutit à un épisode complet.
Complètement complet, j'insiste.
Le pilote est regardé par plusieurs intervenants : le showrunner, des représentants de la chaîne, et peut-être aussi un panel de test ? Toujours est-il que ce pilote existe. Et que ce n'est qu'après l'avoir vu qu'il est décidé de ne pas poursuivre l'aventure.

Alors, où va ce pilote après sa mort ? Quelques hypothèses :
Est-ce qu'il y a une sorte d'INA qui récupère le corps, l'embaume et le conserve dans une urne quelque part ?
Est-ce que chaque mec qui a participé à l'écriture du script a droit à sa petite copie post mortem, pour se rappeler pourquoi il a bossé pendant plusieurs mois pour peau de balles ?
Est-ce que la chaîne récupère le cadavre et planque l'enregistrement là où personne ne viendra copier la bonne idée qui se cache peut-être là-dedans ?
Est-ce que ça se revend ? Est-ce qu'il y a des collectionneurs de pilotes morts et empaillés ?

Chaque saison, 1% des pilotes écrits sont tournés. Et parmi les pilotes qui sont réellement filmés, une poignée à peine trouve le chemin de nos écrans. Vous vous rendez compte du nombre de pilotes qui se baladent dans la nature ?!

Parfois, au milieu de la nuit, je me réveille en sueur, à l'idée que quelque part, il existe un enregistrement du pilote d'Anatomy of Hope. Et je reste là, haletante dans le noir, les yeux arrondis par l'horreur, incapable de trouver le sommeil. Il y a un putain de pilote pour Anatomy of Hope ! Là, dehors ! Et pour des dizaines d'autres séries ! Et impossible de mettre la main dessus ! On ne saura jamais ce que ça vaut ! On n'en verra jamais la moindre image ! JAMAIS !!!

J'ai demandé à ma maman. Elle ne sait pas où vont les pilotes après leur mort.
Mais moi, je n'en dors pas.
Quelqu'un a une maman mieux informée que la mienne ?

Posté par ladyteruki à 00:37 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]


12-02-10

Métempsycose

Oh dites donc, vous tombez à pic. J'étais justement sur le point de parler de la nouvelle série de CBS, Past Life.

PastLife

Comment ça, "ça ne passe pas sur CBS" ? Mais si. Ah mais j'insiste. Vous voulez des preuves ? OK, passons donc en revue les critères pour qu'une série de 45mn soit diffusée sur CBS :

Intrigues policières  
Check
Postulat étayé de façon plus ou moins scientifique  
Check
Équipe d'enquêteurs avec le quota de jeune, vieux, belle blonde...
Check
Absence de scénario au profit d'un pitch déclinable à l'envi  
Check

Après ça, ceux qui insisteront pour dire que Past Life est une série de la FOX seront de mauvaise foi.
Quoique, je vous le concède, avec ses Bones, ses Fringe et ses Lie to Me, on a bien compris que la FOX, à l'exception de Glee, n'est capable que de diffuser des ersatz de CBS.

Il faut le reconnaître, Past Life est d'une banalité navrante dans le contexte actuel. Inutile d'espérer. La série se conforme à tous les codes du genre policier en vogue en ce moment : les deux personnages antagonistes comme partenaires, le truc qui fait qu'ils ne résolvent pas les enquêtes comme tout le monde (pour certains c'est un don d'observation, pour d'autres la capacité à déceler le mensonge... bah eux, c'est la réincarnation), les flashbacks (très important les flashbacks, surtout à l'ère de Lost, c'est devenu un passage obligé), etc.
Il y a 10 ans, Past Life aurait peut-être eu une chance de plaire, mais aujourd'hui on n'en a plus rien à carrer d'une telle série ; on vomit le pitch, on régurgite les personnages, on gerbe la dynamique générale.

Alors parlons-en, de réincarnation, parce que c'est vraiment de ça dont il est question ici.
C'est comme si aujourd'hui, les séries n'étaient achetées par les chaînes que lorsqu'elles parviennent à mélanger le plus possible d'éléments familiers au spectateur : alors, on revisiterait des évènements du passé, comme dans Cold Case, il y aurait deux enquêteurs principaux qui n'ont pas du tout le même avis sur la réincarnation, comme dans X-Files, et ils enquêteraient, comme dans toutes les autres séries qu'on sort depuis 10 ans, merci encore Les Experts, merci beaucoup.
C'est plus un pitch, c'est une recette de cuisine.
Et comme toute recette de cuisine, même en suivant à la lettre, le résultat n'est pas garanti. Ni sur le plan qualitatif, où le manque d'âme se ressent cruellement (ironique dans le cas d'une série sur la réincarnation...), ni sur le plan quantitatif, puisque les audiences, d'après ce que je vois, ont été désastreuses. Eh bah c'est bien fait. Continuez à nous sortir de séries de ce genre, et je continuerai de militer pour la déculottée. C'est du foutage de gueule et rien d'autre.

J'ai failli m'étrangler quand le personnage sceptique (bah oui, qui d'autre ?) commence à envisager que la réincarnation ne soit pas pure foutaise (mais que reste-t-il pour les autres épisodes ?), et sort cette phrase : "It's like you spend your whole life playing this game and suddenly someone changes the rules" (merci à LiveDash qui fournit d'ailleurs des transcripts, ça m'a évité de devoir regarder à nouveau l'épisode pour écrire cette phrase moi-même). Prise dans le contexte de la télévision, cette sortie fait rire jaune.
Il serait temps que quelqu'un change les règles du jeu, au contraire.

On en a marre. Moi en tous cas j'en ai marre, pas vous ? C'est juste honteux de continuer à ressuciter les scripts et nous fourguer ça quand des perles ne voient jamais le jour, ou se font annuler. Hein, Faceless, hein ? Où est passée la commande de Faceless pendant ce temps, par exemple ?

Alors une fois, juste une fois, est-ce qu'on peut arrêter d'invoquer les esprits des pitches complètement morts, et essayer de faire quelque chose d'un peu nouveau ? Pas étonnant que finalement, je me contente en ce moment de séries comme The Deep End. Toute étincelle de vie scénaristique, la plus petite soit-elle, est bonne à prendre en comparaison de ces pâles zombies de séries policières.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Past Life de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 15:36 - Review vers le futur - Permalien [#]

23-05-09

Gleetter

On a parlé l'an dernier, à l'occasion de True Blood principalement, de ces séries qui sont retravaillées avant leur diffusion alors qu'une version (plus ou moins) aboutie du pilote existait déjà. La raison en est évidemment que des tests sont réalisés en amont de la diffusion (c'est aussi "grâce" à eux que des séries comme Pretty Handsome ou Faceless ne voient pas le jour) et que des recalibrages sont effectués de façon à obtenir les résultats maximum une fois à l'antenne. Les périgrinations de Dollhouse sont aussi là pour nous rappeler que ce que l'on voit n'est pas nécessairement ce qui a voulu être fait.

Dans le cas de True Blood, je persiste à dire que le pilote valait cent sous de plus dans sa première version, avec les scènes coupées et tout. Je trouve en revanche très dommage que certaines scènes qui se trouvaient à l'origine dans le pilote de Glee n'y aient finalement pas trouvé leur place... et comme je suis tombée dessus et que je suis pas un rat, c'est cadeau.

- La scène d'ouverture :
Glee_coupee1
On a vu avec l'affaire Brothers & Sisters sur TF1 qu'une scène d'ouverture, même en apparence anodine, se doit d'atteindre rapidement et facilement son but, et que sa disparition entraîne des conséquences parfois non-négligeables. Sauf que sans la comparaison, il est impossible de déterminer que la faiblesse provient de ladite scène d'ouverture. Pour Glee, c'est à présent chose faite. L'introduction nous met tout de suite dans le contexte des glee clubs, auxquels en France, il faut le dire, nous sommes peu familiarisés, si ce n'est par des découvertes télévisuelles ou cinématographiques antérieures. L'ambiance est immédiatement là, avec en prime une explicitation du rôle de Mrs Adler, dont on entrevoit la photo dans le pilote diffusé cette semaine sur la FOX ; de ce côté c'est une grande perte car dans le pilote "officiel", son influence est diminuée, alors qu'elle est fondamentale dans la quête du prof qui tient le rôle principal. Ajoutons que quand on voit cette scène, même si elle ne dure qu'une minute et demie, on trouve moins chaotique l'entrée pétéradante du petit prof dans la cour d'école, qui est devenue par la force des choses la scène d'ouverture définitive.

- Les attermoiments du prof :
Glee_coupee2
Où l'on s'aperçoit qu'il manque un autre passages, et pas des moindres : un numéro musical ! Vraisemblablement abandonné afin de séparer les passages musicaux de l'intrigue (voir mon post au sujet du pilote, hier), il n'a pas grande valeur si ce n'est de symboliser le tourment du personnage principal (dont mon cerveau refuse, à ce stade et malgré deux visionnages, de mémoriser le nom). Par contre il a une incidence sur la "bible" de la série dans le sens où du coup, la petite prof Monk-esque n'apprend pas que l'épouse est enceinte. Cette ignorance est-elle choisie ou sera-t-elle réexplicitée ensuite ? Trop tôt pour le dire évidemment. Mais c'est assez dommage de se dire que du coup ce personnage perd en profondeur dans la version définitive, puisqu'elle en reste alors à croire que le prof et son épouse ont des soucis de couple, et donc de l'espoir. Il faut croire que son rôle a été diminué dans l'intervalle...

Les deux versions du pilote diffèrent également au niveau du montage (un rôle plus mineur étant donné dans la version définitive à l'ex-dirigeant du glee club, nous privant alors d'une excellente reprise de A Chorus Line... réutilisable plus tard elle aussi, mais dans ce cas où serait l'intérêt ?), qui donne au pilote diffusé une chronologie plus fluide (les auditions ont lieu avant les répétitions, et non après comme dans la version de test, qui employait apparemment trop les flashbacks pour être claire).

L'un dans l'autre on peut comprendre certains choix dans l'ordre des scènes, mais la coupure de l'intro est vraiment dommage ; cela dit c'est justement la scène qui est la moins susceptible d'être définitivement perdue. Ouvrons les paris pour voir si elle sera réemployée !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Glee de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:20 - Review vers le futur - Permalien [#]

18-05-09

Pitch Story

Il y a des pitchs dont on a l'impression de les lire partout. Les projets s'accumulent, mais très peu sortent de l'ordinaire. Et même parmi ceux qui se montrent un tantinet originaux, la plupart ne verra de toutes façons jamais le jour. Un bête exemple : regardez les projets annoncés au compte de la FOX en 2009, et regardez la grille qui vient d'être annoncée pour la prochaine saison : 6 nouveautés, pas une de plus. C'est dans l'ordre des choses, certes, m'enfin.

A la faveur d'une insomnie, cette nuit, je faisais tout justement le tour des différents projets pour 2009, tels que fichés sur SeriesLive. C'était plus pour le fun que pour réellement m'attacher à l'un ou l'autre ; ne parlons même pas de pronostics. Mais durant ce petit voyage dans le monde de l'improbablement visible, j'ai été frappée par les ressemblances entre un grand nombre d'histoires présentées sur lesdites fiches-projet.

Alors là, stop, non, je vous arrête tout de suite : on ne va pas entrer dans le débat "un pitch est par définition réducteur, il ne faut pas s'y fier" ; je le sais pour être la première à le dire et notamment lorsque le pitch fait référence à d'autres séries (sur l'air de "la série serait un croisement en Desperate Housewives et Alerte à Malibu", mettons... ça ne veut tellement rien dire que c'était même pas la peine de le lire). Non, vraiment, je parle d'une question de fond. Le nombre de séries en milieu policier, si on prend l'exemple des séries dramatiques, est absolument hallucinant. J'ai vu passer tant d'annonces de projets (sur SL et ailleurs) commençant par les mots "la série s'intéressera à une équipe d'enquêteurs/policiers/agents" que je suis infoutue d'en avoir retenu un seul, en définitive. Côté comédie, c'est l'increvable pitch avec une famille loufoque et/ou difficile à vivre qui a de quoi sidérer.

Ca m'a ramenée à ce post ô combien et comme toujours instructif de Seriocity qui m'avait pour ainsi dire foudroyée sur place, lorsque son auteur, une scénariste confirmée (cf. fiche IMDb), relevait comme tenant de l'exception que certains pitchs ne l'avaient pas effleurée dans la première cuvée de l'année. Et surtout, la démonstration que chaque année, des équipes différentes de scénaristes proposent les mêmes idées les unes après les autres ("We pitch this show every year, and we're not the only ones") m'a paru absolument ahurissante. Ceci impliquant d'autre qu'un pitch n'est jamais vraiment nouveau. Voilà qui remet quand même pas mal de choses en perspective.

Vous vous rendez compte de ça ? Quelle que soit l'histoire que vous portiez en vous, elle a déjà été proposée à un moment ou à un autre à une autre chaîne ! C'est juste qu'elle a été refusée, mais ça, le public l'ignore. Et quand débarque Heroes, tout le monde a l'impression que c'est nouveau, alors que Kay et son staff y ont déjà pensé. Parfois, à force d'insistance, en frappant à diverses portes saison après saison, une série finit par voir le jour, et cela peut être lié à des facteurs ô combien divers : la popularité du scénariste a augmenté (dans l'intervalle, pour vivre, il a en effet pu se faire remarquer sur d'autres shows), la mode est plus propice au genre choisi (pitcher CSI dans les années 90, est-ce que ç'aurait pris ? c'était pas forcément le moment), la réécriture parfois en compagnie de nouveaux collaborateurs a porté ses fruits et le nouveau calibrage contente plus facilement la chaîne, etc...
Je trouve à la fois angoissant et terriblement fascinant de songer qu'aussi loin qu'on réfléchisse (ou presque), l'idée aura déjà existé, été pitchée, écrite, peut-être même qu'elle aura eu un feu vert pour un pilote... et tout ça sans même que le public ne le sache.

Le coeur de la question, c'est en fait que le plus important n'est évidemment pas le pitch. C'est par lui que tout commence mais il ne suffit pas à lui seul. Ce qui importe, c'est le traitement qui en est fait.
Entre deux séries au pitch similaire (et c'est vrai qu'à l'approche de chaque saison, imparablement, on est frappés par les similitudes entre deux, trois voire quatre projets, même contexte, même pitch ou quasiment, on dirait qu'ils ont tous fait de l'espionnage industriel c'est pas possible autrement, eh bien visiblement même pas puisque tout le monde y a pensé avant), ce qui fait la différence, ce n'est pas la situation de départ mais l'angle par lequel la production va l'aborder.

Alors, en cette période où aux annonces de projets en tous genres (auxquels il convient de ne pas s'attacher) succèderont bientôt (ça a donc déjà commencé) les annonces de grilles, mais aussi à une époque où on parle de réduire les budgets, et de restreindre les équipes d'auteurs, il est bon de se rappeler qu'un pitch n'est, en définitive, qu'un élément très limité de la série. On ne peut pas se fier à un pitch.
Vous savez, c'est comme Anatomy of Hope, l'un des rares projets que je surveille du coin de l'oeil, tapie dans l'ombre... sur le papier, l'idée est superbe. Et puis on réalise que c'est J.J. Abrams qui serait aux commandes et paf ! On déchante.

N'oublions pas que de toutes façons, tant que toutes les grilles ne sont pas annoncées (et à plus forte raison en ce moment que les chaînes, ABC en tête mais pas seulement, font les poubelles les unes des autres), rien ne sert de prendre quoi que ce soit pour argent comptant. J'aimerais d'ailleurs bien trouver des statistiques mettant en relation le nombre de pilotes réellement écrits sur le nombre de séries réellements parvenues au bout du chemin de croix. Et ça sans parler des Nikki & Nora, Faceless et autres Pretty Handsome qui sont venues au monde mais sont mortes-nées sans aucune forme de baptême.

D'ailleurs, je sais pas si c'est une impression, mais avant cette année, je n'avais pas senti d'engouement si flagrant pour les projets. Il y a toujours eu des projets en cours, pour les saisons, les mid-seasons, les grilles d'été... mais les annonces semblaient relayées avec moins d'entrain, et suivies avec moins d'assiduité par les téléphages. On retenait quand un "grand" lançait son nouveau projet, ou quand un acteur très connu se préparait à faire son "retour", mais ça s'arrêtait souvent là. J'y vois le signe (mais je peux me tromper) que les spectateurs espèrent la nouveauté comme un ange tombé du ciel (attention à ne pas amortir la chute !), mais c'est aussi, du coup, la garantie que nombreux sont ceux qui se seront déjà attachés à ce pitchs plus ou moins prometteurs, tenant pour acquis qu'on les verra bientôt.
Parce qu'un pitch, ce n'est peut-être pas grand'chose, mais on continue de s'y attacher, à ces petites bêtes !

Posté par ladyteruki à 19:32 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

09-04-09

By the rivers of Babylon

Vous pensiez que j'avais abandonné mon espoir de faire un post A vendre, joli, pas cher sur Amber Tamblyn ? Non, point du tout. C'est juste qu'il y a des gens qui sont tellement occupés qu'on a du mal à se taper toute leur filmographie tout en ayant une vie (et des DVD de Pushing Daisies) à côté.
Cela dit, en prévision de ce post qui arrivera tout de même (dussiez-vous attendre encore un peu pour cela), voici un petit pilote qui n'est pas sans rapport avec mes recherches sur l'actrice, puisque nous allons parler de Babylon Fields.

"Mais c'est pas une série, ça, Babylon Fields ! Je n'ai jamais rien vu de tel sur les grilles !" me rétorquerez-vous vertement. Soit, je ne nie pas qu'il n'y a jamais eu de diffusion de Babylon Fields à la télé américaine (ni, à ma connaissance, ailleurs). Mais à l'instar des jours où je vous parle de Nikki & Nora, Pretty Handsome et autres Faceless, aujourd'hui, comme tout pilotovore se doit de le faire lorsqu'il en a l'occasion, je vais parler d'une série qui n'existe que par son pilote.
Les faits datent pourtant d'il n'y a pas si longtemps, mais déjà qu'on a du mal à regarder absolument tout ce qui passe bel et bien à la télévision, alors si en plus il faut guetter les pilotes de séries qui ne verront jamais la lumière du jour (enfin, dans ce contexte, qui peut dire que la résurrection ne se produira pas, hein ?), on n'en a pas fini. Eh bien l'erreur est réparée, pour vous comme pour moi, puisqu'il s'agit d'un post La preuve par trois. 'Tain vous êtes gâtés en ce moment, c'est à peine croyable.

BabylonFields___1
Babylon Fields, c'est un pitch assez simple à comprendre, et qui de prime abord pourrait sembler assez bateau, limite série Z : des morts reviennent à la vie et réinvestissent les riantes ruelles d'un bled nommé Babylon (avec un nom pareil, tout déménagement est comme une perche tendue aux coups du sort ; pourquoi pas être un loup-garou et habiter une ville qui s'appellerait Wolf Lake tant qu'on y est ?). Là où on aurait pu tomber dans la fosse septique scénaristique (bref, là où on l'a pas joué comme Cavemen), heureusement, c'est qu'on a choisi d'en faire une série un peu plus dramatique qu'il n'y parait. Au lieu d'être des aspirateurs à matière grise aux membres pendouillants, les morts se contentent d'être normaux et de n'avoir aucune velléité particulière envers les habitants de la ville... si ce n'est reprendre leur vie où ils les avaient laissées. C'est déjà pas si mal.

BabylonFields___2
Il y a un, oh, tout petit, minuscule, mais néanmoins intéressant détail, c'est que de tous ces morts... l'un d'entre eux n'est pas revenu à la vie au cimetière. Nope. Lui, il n'a pas été enterré comme les autres. Mais il est de retour. Et c'est une intrigue dont on pressent qu'elle pourrait être intéressante (même si on comprend assez vite ce dont il retourne) qui permet à Amber Tamblyn et Kathy Baker de faire équipe dans de plutôt bonnes scènes : la mère et la fille se sont débarrassées du despote violent qui les tyrannisait à la maison, sans que personne ne le sache. Sauf que là, la vérité... refait surface. Heureusement pour elles, l'ex-défunt ne sait pas comment il est mort, mais la plaie béante à l'arrière de son crâne, et l'un de ses anciens amis (également de retour en ville) qui lui confie que tout le monde croyait qu'il avait foutu le camps, sont là pour lui donner ce qu'il faut de doutes pour qu'on comprenne que la mère et la fille n'ont pas tellement envie, a contrario de certains autres personnages, de fêter avec émotion leurs retrouvailles avec leur cher disparu.

BabylonFields___3
A ce titre, l'histoire de Martha est sans doute la plus touchante, et est celle qui permet de s'éloigner le plus possible des poncifs qu'ont d'ordinaire à nous offrir les histoires de zombies. Passée la première phase, assez compréhensible, faite de surprise et de frayeur, elle accueille chez elle son mari revenu d'entre les morts, parce que, dit-elle, c'est ce pour quoi elle a prié avec tant d'ardeur toutes ces années. C'est le genre de touches (avec quelques autres) qui permettent de comprendre que Babylon Fields n'aurait pas été juste une série où on tire au bazooka sur des zombies comme une brute (merci de se référer à la saga Resident Evil pour ça), et où ces personnages ne sont pas juste un facteur de peur, mais peuvent aussi permettre des choses assez élégantes autour du travail de deuil, de l'amour, et quelques autres thèmes plus sensibles qu'il n'y paraissait de prime abord en lisant le pitch. Parce qu'on sait tous qu'un zombie, c'est pas ce qu'il y a de plus sexy, donc on a un peu fait le tour de cet aspect-là du sujet alors ça fait plaisir de voir une fiction changer un peu de disque, pour une fois, et nous parler d'autre chose que simplement des mecs qu'on a du mal à dézinguer parce qu'ils sont déjà morts. A ce titre, le pilote est prometteur, même s'il n'évite pas un ou deux clichés au passage (mais c'était perfectible à n'en pas douter). Pis ptet qu'à un moment on va se demander aussi comment et/ou pourquoi ils sont revenus à la vie tous en même temps, ça peut être intéressant aussi.

Bref, Babylon Fields aurait pu être une bonne série, d'autant que le cast était équilibré entre valeurs sûres et nouvelles têtes, donc vous aussi, signez la pétition Babylon Fields... euh, ou pas. Mouais, ya que dans une série qu'on peut faire revenir les morts aussi facilement parmi nous.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche-projet Babylon Fields de SeriesLive.
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Posté par ladyteruki à 12:33 - La preuve par trois - Permalien [#]

24-01-09

J'ai pas de face

Si vous survivez aux, disons, 5 premières minutes de Faceless, vous pouvez survivre à n'importe quoi, télévisuellement parlant. Ceci est à prendre comme un compliment.

Ce qu'on aime bien dans un pilote, en général, c'est quand on nous met rapidement dans le bain. Là, vous y êtes jusqu'au cou, et une fois que ça a commencé, plus moyen de tenir la tête hors de l'eau : c'est violent visuellement, c'est violent scénaristiquement, c'est, en somme, le genre de truc que vous vous prenez en pleine tronche, un peu comme le personnage principal dans le pilote...

Ce n'est pas la première fois que je vous parle du pilote d'une série qu'on ne verra jamais se développer à l'écran : il y a eu Pretty Handsome, Nikki & Nora... Mais ma réaction devant Faceless est différente, sans doute parce que c'est le genre de série qu'on ne se contente pas d'apprécier gentillement (comme Nikki & Nora) ou pour laquelle on ne se prend pas d'affection à cause de son étrangeté culottée (à l'instar de Pretty Handsome), non, c'est juste parce que Faceless vous laisse vidé de toute force vitale à la fin des 37 minutes de son pilote, et que le niveau d'adrénaline est à un tel pic qu'on ne peut supporter l'idée qu'on n'en verra pas plus.

Tout commence quand John Robson, un procureur fédéral qui mène une enquête en eaux troubles sur un réseau mafieux, se fait démonter la gueule, et pas qu'un peu, par ce qui a tout l'air d'être un tueur à gages, lequel étant bien décidé à marquer le coup et à lui refaire le portrait dans les règles de l'art avant de l'exécuter, c'est pas sur le contrat mais ça fait toujours plaisir. Les avantages du métier, on va dire.
Quelques secondes plus tôt, John était sur le chemin de la maison, comme c'est mignon, pour être à l'heure au dîner, s'asseoir avec sa gentille femme blonde (les gentilles femmes sont toujours blondes, demandez à Boone), et ses deux adorables enfants. Et juste avant de lui mettre une balle dans le crâne et clore leur si délicieuse rencontre, le tueur confie à John que sa prochaine cible, c'est précisément sa gentille femme blonde (les gentilles femmes blondes sont toujours mortes dans le pilote, demandez à Boone).

Sauf que John, contre toute attente, ne meurt pas, en dépit du tir à bout portant qu'il s'est pris en plein milieu de la cervelle, et il survit à ses blessures. Toutes ? Non ! Car celle qui évidemment ne guérit pas, c'est d'avoir appris, à son réveil, que femme et enfants étaient morts. Avec sa gueule cassée, John n'a donc que plus de raisons de partir en guerre contre ceux qui étaient au cœur de son enquête avant que tout ne dérape, puisqu'évidemment, tout cela était commandité pour le faire taire. Eh bah ça prend pas.

Alors d'accord, c'est cliché, l'homme-seul-contre-tous-qui-a-tout-perdu-mais-qui-va-valeureusement-s'infiltrer-dans-la-mafia-pour-trouver-la-vérité-et-se-venger, mais ce qui compte, c'est la façon dont Faceless nous met le nez dedans. Et puis il faut bien dire que le personnage de Robson n'est pas du genre preux chevalier aux grands idéaux : ce mec a la rage au ventre, il n'est animé que par un sentiment de vengeance. C'est tout ce qu'il veut : trouver le fils de pute qui a tué les trois personnes qui comptaient le plus dans sa vie d'avant, et lui niquer sa race, disons-le clairement. Et il est prêt à déglinguer tous les mecs qui vont le faire suer dans l'intervalle... ouais, même s'ils n'ont rien à voir avec sa quête, pas de discrimination.

Robson est complètement endommagé, en fait. Et pas que physiquement, non, ça, ce serait presque le cadet de ses soucis s'il n'y avait pas les séquelles de la balle qui s'est logée dans son crâne. C'est devenu un animal : il tape sur tout ce qui le chatouille ne serait-ce qu'un peu, il a l'œil rivé sur le rétroviseur, il souffre physiquement et psychologiquement en permanence. Du coup forcément, plus rien ne l'empêche de traverser la ligne, et c'est pas une fiotte à la Swayze, lui : il y va franchement. Il s'est même aventuré bien au-delà depuis un sacré bout de temps, et il ne repassera plus de l'autre côté, c'est fini. La bête est lâchée.

Faceless a tout de même, en-dehors de ce seul pitch violent, quelques promesses à offrir, des promesses que la FOX ne lui a pas permis de tenir, mais qui reposaient sur quelques ressorts déjà bien mis en place. Le plus intéressant d'entre eux, c'est le mur sur lequel Robson avait établi les relations entre les différentes pièces de son puzzle. On sent bien que ces photos de criminels sont autant de maillons que Robson va remonter un à un (et démonter sauvagement, probablement aussi), et ça donne une structure intéressante à la série. Enfin, aurait donné, quoi.
Et puis, pendant ce temps, il y a sa petite collègue, enfin, ex-collègue, qui est toujours procureur fédéral, elle, et qui continue l'enquête... Sauf que leurs intérêts ne sont pas exactement les mêmes, elle n'a pas traversé la ligne, elle, elle est sage, la preuve elle porte un tailleur... et on sent bien que l'un dans l'autre, tôt ou tard, il y aura confrontation alors que, finalement, ils sont tous les deux "gentils" dans cette affaire, par opposition aux "méchants" du crime organisé. On retrouve aussi un autre ressort plus classique, le type qui joue probablement double jeu et qui en sait probablement plus long qu'on ne le croit ; ceci en la personne de Mark Feuerstein qu'on a toujours plaisir à retrouver, en plus. Je ne vous en dis pas plus mais l'air de rien, Faceless a quelques retournements de situation à proposer dés le pilote, ce qui démontre d'autant plus son potentiel.

Mais de tous les atouts de ce pilote, le plus louable est très certainement le style : il ne s'agit pas de se contenter d'éclater des mecs à longueur d'épisode, vlam dans la gueule, tiens pis prends ça pour la route, non, l'idée c'est d'essayer de faire ça en donnant une apparence léchée à tout cela. Ici, la caméra et le montage sont particulièrement brillants, il y a des idées graphiques très appréciables, bref, on a fait ça bien. On n'est pas chez les sagouins de The Beast, qui se contentent de trouver quelques décors naturels chouettes et de forcer sur les néons. On connaît le métier.

En fait, hm... pour vraiment juger du style de Faceless, il vous faudrait voir le preair, et maintenant que vous me le dites, oui, en y réfléchissant, c'est vrai que je connais quelqu'un qui connait quelqu'un qui sait faire des posts La preuve par trois, mais vu que vous m'avez demandé un post La preuve par trois sur 30 Rock et que vous ne l'avez même pas commenté, je suis un peu refroidie, pour le coup.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Faceless de SeriesLive. Ou ce qui tient lieu de, vu les circonstances.

Posté par ladyteruki à 00:48 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]


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