ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

24-02-13

Industrie de l'hypocrisie

Ce soir, ce sont les Oscars. On en apprend des choses sur ce blog.
Pendant 712 heures environ, tout le gratin du cinéma américain va se relayer sur scène pour remercier à chaudes larmes ceux sans lesquels ils ne seraient rien ; pour beaucoup, c'est la performance de l'année ! Ca fait 60 ans cette année que l'exercice est méticuleusement filmé, avec toute l'inventivité d'un devoir de CM2, de façon à ce que dans chaque foyer, chacun s'émeuve devant les joies larmoyantes de la grande famille du cinéma. Ah, que c'est beau.

C'est beau... mais c'est un peu du pipeau.
C'est du pipeau parce que ces émotions, si je veux bien croire que sur le moment elles soient sincères (allez, on va dire, hein), ne reflètent pas la réalité de ce milieu, les 364 autres jours de l'année.
Et à vrai dire, d'aucun milieu ! Dans quel métier, d'ailleurs, vous qui me lisez et avez déjà une vie professionnelle, avez-vous envie de remercier la planète entière ou, à tout le moins, les trouze têtes de pipe qui vous sont les plus familières, pour vos succès professionnels, pleurant à chaudes larmes en pensant à tous les moments passés à apprendre côte-à-côte ? Est-ce que quand vous obtenez une promotion, vous faites le tour des bureaux pour pleurer votre éternelle reconnaissance dans le giron de tous les collègues sans lesquels rien n'aurait jamais été possible ? Non. Mais on est à Hollywood, l'industrie qui a fait de l'émotion un business, alors les règles sont un peu différentes. Pas nécessairement les réalités.
En fait c'est même pire que ça. Hollywood est sûrement l'un des pires milieux professionnels où faire carrière, parce que c'est le paradis de l'hypocrisie.

Je ne parle pas seulement de l'hypocrisie qui vous conduit à remercier Harvey Weinstein pour avoir un job l'année suivante (professionnellement, vous croyez que Weinstein plus que Dieu peut vous mettre au chômage), mais de celle d'avoir tout simplement fait ce boulot.

Par exemple : d'après mes savants calculs pifométriques, environ 97,12% des films sortant à Hollywood comportent au moins une histoire d'amour, quand ils n'en font pas, tout simplement, l'alpha et l'omega de leur intrigue.
Tout cela est fort charmant, mais combien des gens bossant à Hollywood savent ce qu'est l'amour ? Il y en a sûrement quelques uns, je suppose, quelques exceptions qui confirment la règle, mais l'immense majorité se contente de savoir surtout ce que sont les coucheries ; outre le casting couch sur lequel sont passées à peu près toutes les stars au moins une fois (ainsi que celles qui ne sont pas devenues des stars, mais le soir des Oscars, qui s'intéresse à celles-là ?), et ce depuis pas loin d'un siècle, ayons aussi une pensée pour tous ces membres de la grande et belle famille du cinéma qui, même mariés jusqu'au cou, se trompent allègrement les uns les autres... un problème en partie évité grâce à la durée moyenne des mariages (les mariages ont un taux de réussite de 35%), et de toute façon, contrairement à la croyance populaire qui aime à penser que ces pratiques ont disparu en même temps que le XXe siècle, il existe encore tellement de mariages arrangés entre stars que l'amour, la plupart n'en a jamais vu l'ombre d'un faux-cil.
Par contre, pour en tartiner des pages et des pages de script, pour en saisir des heures et des heures de rushes, pour en vendre des tonnes et des tonnes de tickets, là par contre il y a du monde. Write about what you know, mon oeil...!

Même sans parler de romances, dont vous savez qu'effectivement je suis peu friande, il y a toutes ces histoires dans lesquelles le message est qu'il faut croire en ses rêves, rester soi-même dans l'adversité comme la réussite, ou encore, le fameux cliché selon lequel l'underdog finit par triompher... qui à Hollywood croit sincèrement en tout cela, quand on sait les sacrifices et les concessions faites sur les idéaux de chacun pour réussir et/ou persister dans l'écosystème ? Mais d'un autre côté, c'est salvateur pour ce même écosystème, puisque ces histoires laissent croire à des milliers d'aspirants acteurs, auteurs et réalisateurs aux yeux de Bambi, qu'ils ont une chance de ne pas être serveur toute leur vie s'ils tentent leur chance ; une jolie façon de s'assurer une cargaison fraîche et régulière de chair à canon parmi lesquelles on trouvera un ou deux talent jugé digne de s'exprimer et continuer d'entretenir le rêve.
Hier soir, je me suis infligé Transformers (jamais plus jamais) et je n'arrêtais pas de penser aux déclarations de Megan Fox sur la façon dont elle a obtenu le rôle... quand dans le même temps, Michael Bay est capable de prétendre que ce qui va vraiment faire la différence pour son héros, quand celui-ci va tomber amoureux, ce n'est pas la plastique de la belle, mais le fait qu'elle a une âme, des blessures passées, et du tempérament. Qui y croit ? Je ne veux pas prétendre être dans le secret des Dieux et affirmer que Michael Bay est un gros cochon sexiste, mon Dieu, non, ça se saurait si les producteurs avaient ce genre de tendances à Los Angeles, mais soyons sincères deux secondes : la raison essentielle pour laquelle Michael Bay est célèbre, c'est justement parce que ses films sont là pour faire de l'argent, pas du sentiment. Avec tous les efforts du monde, jamais un film de Michael Bay n'apparaitra comme sincère quant au message qu'il tente, de toute façon sans grande conviction, de véhiculer (pun not intended).

Cela ne signifie évidemment pas qu'à Hollywood, tout le monde est comme cela ; il y a de vrais artistes, et de vrais artisans d'ailleurs, des gens qui font ce qu'ils font honnêtement. Je ne suis simplement pas convaincue qu'on en observe beaucoup ce soir sur le tapis rouge.

Mais derrière le monde glamour, il y a des réalités que, dans le fond, nous connaissons, mais auxquelles nous ne voulons pas croire. Nous nous raccrochons au bon sens populaire de Greg Garcia, ou à l'idéal de rigueur de David E. Kelley, comme s'ils étaient autre chose que des séries qui ont fait l'objet de négociations, de contrats, de network notes et de toutes sortes de petites vilénies que nous ignorons autant que possible. Il n'y a pas que les lois et les saucisses dont nous préférons ignorer la fabrication...

GardeningAh oui donc tu seras pas au Dolby Theater ce soir, quoi.

A noter que ma mauvaise humeur coïncide avec les Academy Awards, mais les Emmys, les Grammys, et toutes les autres statuettes de la planète soulignent la même hypocrisie ; simplement, et on peut parfaitement décider de mettre ça sur le compte de ma gastro, ça tombe aujourd'hui. Ca se trouve, ça sera passé demain, et je recommencerai à avoir des étoiles dans les yeux en regardant les émouvants messages passés grâce à Enlightened et compagnie, acceptant, presque sans arrière-pensée, de croire que ceux qui ont écrit ces histoires y croient autant que ceux qui les regardent.
Cependant, si dans 6 mois, à l'approche des Emmy Awards, je suis toujours aussi désabusée, promettez-moi que vous me priverez du droit de blogger.

Posté par ladyteruki à 16:04 - Point Unpleasant - Permalien [#]

16-11-11

Rev-eries

Du plus loin que je me souvienne, je crois que j'ai toujours aimé les comédies en single camera.
Je n'ai strictement rien contre le sitcom, comme le prouveront les nombreux tags de ce blog rappelant les intégrales de Will & Grace, Roseanne, Reba, Les Craquantes, ou encore Three's company, ainsi que, naturellement, le culte que je voue au sol que foule Fran Drescher depuis bientôt 20 ans (mais en années-Fran ça n'en fait que 5).

Le problème qu'on rencontre de façon croissante depuis quelques années, c'est qu'entre une comédie en single camera et une dramédie, on ne fait plus trop la différence. C'est le reproche qui est adressé chaque fois qu'une série comme Nurse Jackie se pique d'être nommée/récompensée dans la catégorie comédies ; en réalité l'explication est historique (la dramédie est un genre qui n'a que 15 ou 20 ans maximum, et qui tire sa forme de la comédie en single camera). Et pour le coup, moi, ça ne me dérange pas, principalement parce que les histoires de genres sont quand même faites pour couper les cheveux en quatre. Qu'une série soit une dramédie, ou une comédie en single camera un peu trop sérieuse par moments, l'essentiel est le plaisir du visionnage qu'on en tire.
Je crois que c'est vraiment le genre télévisuel qui peut me réconcilier avec absolument tout.

...Même avec la Grande-Bretagne, dont vous n'êtes pas sans savoir que les accents me rebutent depuis de nombreuses années (mais depuis Threesome, je commence à trouver un certain charme aux particularités écossaises ou irlandaises, et j'ai un faible pour le parler de Christopher Eccleston, version Accused par exemple, alors qui sait, un jour peut-être je guérirai). Cet après-midi, j'ai tenté Rev., tout simplement parce que j'avais remarqué que la fiche manquait sur SeriesLive et que dans la foulée, j'ai regardé le pilote, ça ne mange pas de pain.
Vu la longueur des saisons, je me tâte un peu pour la suite, maintenant, pour tout vous dire.

Rev-eries
Rev., alors qu'elle est vendue comme une comédie, est pourtant assez sérieuse, et relève plus de la dramédie. Entre les déboires financiers et les doutes, le personnage principal ne se marre pas et nous, pas tellement non plus, mais il en émane une certaine légèreté tout de même. Plus incroyable, les personnages les plus outranciers, comme Mrs. Onyeka, sont les moins appréciables alors qu'ils sont résolument les plus orientés vers la comédie.

Mais en réalité, l'idée n'est pas de rire.

Le plus surprenant c'est que, quand on regarde une dramédie comme celle-ci, ou comme Nurse Jackie, The Big C, Wilfred ou Enlightened, on ressent un côté extrêmement "positif". On ne rit peut-être pas en réalité, mais à l'intérieur... comment vous dire ? Moi par exemple, j'ai l'impression d'avoir le cerveau qui sourit. Je ne le manifeste pas extérieurement mais je sens bien que ce n'est pas un drame que je regarde. Peut-être parce que c'est une façon farfelue de parler d'un thème qui ne ferait pas rire à la base, peut-être parce que le ton des personnages est détaché ou sarcastique, peut-être parce que les intrigues ne sont pas réalistes, peut-être parce que l'attachement émotionnel est provoqué plus ouvertement... je ne saurais pas l'expliciter précisément, mais en tous cas, il n'y a aucune chance pour que je confonde une dramédie avec un drama, même si elle ne me fait pas rire.

Du coup, peut-être que les reproches adressées aux dramédies-qui-ressemblent-trop-à-des-dramas viennent de ce que les spectateurs qui les formulent sont dans une logique de tout ou rien : si je n'ai pas ri, c'est que ce n'était pas une comédie. Donc que c'était un drama.
Rev. n'était pas une comédie, clairement pas. Mais ce n'était pas non plus un drama. Dans cette zone vraiment très très grise de la dramédie, elle avait simplement tout ce qu'il fallait pour être une bonne dramédie.
On va être honnêtes, je disais un peu plus haut que j'hésitais à regarder la suite. Bon, le choix me semble déjà fait, en réalité...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Rev. de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:15 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

09-11-11

Nauseated

Pas de méprise. J'apprécie toujours autant Enlightened. Le trajet d'Amy est long, fastidieux, et je l'apprécie justement pour ça, ainsi que pour la contradiction entre ce qu'Amy voudrait accomplir, le discours qu'elle tient, et les résultats concrets. C'est une quête intérieure qui ne se résoud pas comme par miracle et j'apprécie de voir ça.

Ce qui me dérange juste un peu, au bout de 5 épisodes soit à mi-parcours, c'est l'habitude qu'ont pris les épisodes de montrer au moins une fois Amy se faire humilier, quel qu'en soit son degré de conscience. Ca arrive à chaque épisode. Et ça me plonge à chaque fois dans un énorme inconfort.
Cette sensation de malaise n'est pas sans me rappeler ce que j'ai pu ressentir devant The Comeback, une "comédie" de triste mémoire en ces lieux. Outre le fait que la forme du mockumentary ne me fait quasiment jamais rire, je me rappelle très nettement m'être sentie nauséeuse après que chaque, absolument chaque épisode nous plonge Valerie dans une situation non seulement embarrassante, mais humiliante, le mockumentary accentuant la sensation désagréable de voyeurisme. J'ai pourtant donné sa chance à cette série en regardant sept ou peut-être huit épisodes (ça commence à dater), ce qui pour moi est un absolu record du nombre de "secondes chances" que je puisse donner à une série qui dés le pilote m'avait plongée dans l'embarras. J'ai essayé de m'intéresser à Valerie, j'avais envie de pouvoir penser qu'une série avec Lisa Kudrow me plairait, j'étais contente de retrouver ce bon vieux Damian Young que j'aimerai jusqu'à la fin de ma vie uniquement pour son rôle dans The War Next Door, mais pas une fois je n'ai réussi à trouver The Comeback drôle. Quand j'ai finalement lâché la série, écoeurée au dernier degré, je ressentais physiquement un malaise devant l'obstination maladive du personnage à se lancer tête baissée dans une situation qui allait forcément l'humilier.
C'est, l'air de rien et sans exagérer, l'une de mes pires expériences de téléphagies et l'un de mes plus mauvais souvenirs devant une série (et pourtant j'ai regardé le pilote du Siqueur).

Et plus jamais je n'ai réussi à trouver Kudrow drôle, c'était fini ; j'ai commencé à voir Valerie Cherish systématiquement à sa place.

Si je développe autant sur The Comeback, et mon mini-traumatisme sur cette série, c'est avant tout pour vous expliquer combien l'humiliation d'un personnage, à plus forte raison si elle est répétée d'un épisode à l'autre, m'indispose terriblement. Ca me plonge dans un dégoût à la fois du personnage, de la série, et de moi-même, pour accepter de regarder ne serait-ce qu'une seconde de plus. C'est certainement la raison pour laquelle je n'arrive pas à regarder de la télé réalité en le prenant comme un guilty pleasure scripté, je vois l'humiliation avant tout et ça me dégoûte instantanément.
Et du coup, voir le personnage d'Amy dans Enlightened passer par des situations similaires, c'est une expérience affreuse.

Fort heureusement, si The Comeback reposait essentiellement sur ces situations d'humiliation, Enlightened n'en fait pas une fin en soi. C'est ce qui me permet de continuer d'apprécier la série, même quand je sens arriver la scène où inexorablement mon estomac va se retourner et où je vais avoir furieusement envie de tout arrêter. On sent que ça fait partie du parcours d'Amy, quand ces scènes ETAIENT le parcours de Valerie. Je suis contente de la nuance, elle me convient.

Humiliating
Car bien-sûr, la rédemption que cherche Amy ne peut pas se faire facilement. Elle est obligée d'apprendre "the hard way", et ce ne sont pas des leçons qu'on apprend vite. Cette partie-là est sensée et je m'y accroche.
Mais je pense que les douleurs pourraient s'exprimer autrement. Plutôt que de s'engueuler avec son ex devant un public médusé, Amy pourrait se prendre la même claque en privé, et revenir sur terre quant à sa relation avec Levi tout aussi durement. Mais systématiquement, la scène revient, et vraiment c'est peu dire que de qualifier d'inconfortable l'état dans lequel je me trouve quand je vois qu'encore une fois, le sourire de Laura Dern va se faner en un rictus ignoble sous le coup de la surprise et la mortification.
Je pourrais littéralement supplier Mike White de ne plus me faire des coups comme ça à chaque fois.

On n'apprend pas ses leçons uniquement par l'humiliation, mais aussi par la souffrance, la colère et l'abandon. Des choses qu'on trouve dans Enlightened, en plus, c'est le plus fou. Mais certains spectateurs parmi nous, même si je suis consciente que nous sommes probablement moins nombreux qu'il y a une décennie, ne veut pas voir son personnage se faire humilier chaque semaine.

Maintenant si vous le permettez, il faut vraiment que j'aille m'allonger, parce que ça y est, j'ai l'estomac qui se retourne.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Enlightened de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:49 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

04-11-11

Time and again

S'il est communément admis, bien qu'avec plus ou moins de mal selon les interlocuteurs parfois bornés, que tout le monde ne perçoit pas une même série de la même façon (ce qui rend instantanément l'usage des commentaires d'un blog plus passionnant), on sous-estime un peu d'autres sensations à géométrie variable en téléphagie.
La perception du temps en est une. Pas simplement parce que nous nous nourrissons uniquement d'images qui sont la photographie d'instants appartenant forcément au passé, mais simplement parce que, de par notre passion, nous modifions juste un peu la façon dont nous pensons notre rapport au temps.

AlaRecherche


Le degré de distortion temporelle que nous expérimentons tous, c'est celui qui apparait quand on découvre un épisode pour la première fois (mais vous pouvez l'avoir ressenti avec un film, un clip ou une publicité, également).
Lorsqu'on découvre les images pour la première fois, on a tendance à avoir l'impression que la video est plus longue, alors que si on la regarde une seconde fois peu de temps après, on trouve qu'elle passe plus vite. Mais il est vrai que je n'ai jamais fait le test avec un épisode de Derrick... Il y a probablement un phénomène cognitif derrière tout cela, d'ailleurs, venant du fait, je présume, que nous analysons avec plus d'intérêt une scène que nous découvrons pour la première fois, alors que si nous la connaissons déjà, notre cerveau s'économise sûrement la peine de l'étudier en détail (c'est probablement la même raison que celle qui fait que lorsque vous relisez une dissertation ou un post pour la 10e fois, vous ne voyez plus les fautes d'oretographe).
Cette perception faussée du temps n'a toutefois pas de conséquence grave, au contraire, c'est un petit arrangement avec le réel pour mieux profiter d'une intrigue donnée.

Cependant, il y a plus vicieux : la façon dont nous concevons le temps à cause des diffusions. Et c'est là que notre cerveau finit par nous jouer des tours.
Déjà, rien que les minutes précédant la diffusion d'un épisodes semblent tordues : elles sont à la fois plus lentes en raison de la publicité qui nous fait attendre, et en même temps, rien n'est jamais prêt : on n'est pas encore en face de l'écran, le téléphone a sonné ou on nous a appelé dans une autre pièce, on a oublié le jus d'orange pulpé à la cuisine, on a froid aux pieds et le plaid est au lavage, le chien réclame ses croquettes, enfin ya toujours quelque chose, quoi, et du coup c'est la précipitation de peur de manquer l'épisode, comme si le temps s'était accéléré juste pour nous narguer.
Outre l'effet de ralentissement du temps évoqué ci-dessus, on rappellera également que pendant l'épisode, le monde est supposé se mettre en pause, et ne reprendre la marche de son (à peu près) bon fonctionnement que 45 minutes plus tard.

Mais le plus fou, c'est que notre perception de la semaine dans sa totalité peut se trouver affectée par les diffusions. Même quand on ne les suit pas à la télé, d'ailleurs, on n'est pas totalement affranchis de l'emprise du temps : le simple fait de suivre la diffusion US nous asservit tout de même au calendrier, puisque vous n'avez pas le choix et êtes obligés d'attendre que l'épisode suivant soit diffusé. Mais ce calendrier est détendu comme un pull trop porté : aux coudes, par exemple, il est plus lâche ; et ainsi on se retrouve dans la situation absurde où la semaine revêt un caractère totalement déformé.
A titre personnel, par exemple, ma semaine commence très fort avec l'attente des séries du dimanche (PanAm, Homeland, The Walking Dead parce que ça va pas bien dans ma tête, The Good Wife que j'ai reprise, peut-être bientôt Hell on Wheels ?), suivie d'un lundi tout aussi fort en émotions (avec Enlightened, Threesome même s'il n'y en a plus pour long, Death Valley, et 2 Broke Girls). Ces deux jours sont des jours où les épisodes semblent se précipiter, où il n'y a jamais assez de temps pour rien. Et puis, vient la suite de la semaine. Un vaste désert d'ennui où les seules oasis sont Suburgatory, Reed between the Lines (avec, Dieu merci, DEUX épisodes), et maintenant Boss. Ces 5 jours-là, les jours ne passent pas, c'est interminable, je me rabats sur des vieux pilotes, des intégrales, du rattrapage, et le temps passe incroyablement plus lentement, c'en est désespérant. Pour le weekend, je me réserve en général également The Slap, histoire de meubler. Et la semaine suivante, ça recommence (enfin presque, tenant compte des fins de saisons et des hiatus, d'ailleurs Threesome va incroyablement me manquer).

Mais là où la distortion est flagrante, et où on sent bien toute la subjectivité de la chose, c'est que ma semaine ne ressemble qu'à ma semaine, selon la sélection de séries que je regarde. Un téléphage ne regardant que des comédies verrait probablement la semaine avec un regard totalement différent. En fait, personne n'a la même sensation de la semaine qui passe, car personne n'a exactement le même programme hebdomadaire que moi. Nous passons le même temps à respirer pendant ces 7 jours, et pourtant, aucun de nous ne vit la durée de cette semaine de la même façon.

Et ainsi, chaque téléphage forge lui-même son temps sur mesure, souvent sans même y penser. Tout cela... simplement parce que nous regardons des séries. N'y a-t-il pas là quelque chose de prodigieux ?

Alors j'avais juste envie, curieuse comme je suis, de vous demander : à quoi ressemble votre semaine téléphagique ?

Posté par ladyteruki à 17:40 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

03-11-11

Désenchantée

Desenchantee

Il y a eu une période pendant laquelle on a connu une crise du générique. Il m'arrive d'en discuter parfois avec d'autres téléphages et de les entendre en parler au passé, comme si c'était résolu. Je n'en suis pas si convaincue. Cette saison nous a apporté très peu de nouveaux génériques, en particulier sur les networks, qui semblent avoir totalement abandonné.
Les rares à être apparus n'ont pourtant rien à envier à leurs aînés. Suburgatory (qui entre parenthèses est la preuve qu'on peut faire quelque chose de sympathique en 9 secondes), Homeland, Boss... autant de séries qui ont su, chacune à sa façon, tirer un avantage de leur générique pour apporter une nouvelle dimension à leurs épisodes, Homeland portant même cela au rang d'art puisque le générique vient même compléter l'exploration de l'un de ses personnages principaux, au lieu de simplement présenter la série ou lui apporter une signature.

Mais je crois que ce qui me fâche plus encore, c'est quand une série reposant en grande partie sur des effets spéciaux ne se donne pas la peine de fournir un générique. C'est la seule chose que je n'ai jamais vraiment pardonnée à Pushing Daisies, bien qu'appréciant les deux petits écrans que la série a proposé pendant sa brève existence. Et c'est ce que je n'arrive pas à tolérer chez Once Upon a Time, Terra Nova... on verra bien ce que décide Grimm.

On en regarde pas Once Upon a Time pour sa mythologie complexe, ses dialogues au cordeau et ses prestations d'acteur impressionnantes. On le regarde, comme un gentil divertissement qu'elle est, comme une série qui a pour avantage premier de faire rêver. Ne serait-ce qu'un peu. Et je vous le demande, où est le rêve dans un malheureux panneau de quelques secondes ? Je serais même prête à mieux accepter un diaporama des différents posters promotionnels plutôt que ce bête écran sans saveur.
Encore moins que les autres, les séries fantastiques ou de science-fiction n'ont pas le droit de se priver de générique. Déjà à titre symbolique, mais aussi parce qu'elles ont un univers à générer et que cela passe par un générique, aussi absurde que ça puisse paraitre au premier abord. On a besoin de se remettre dans le contexte irréel de ce genre de séries. On a besoin de lancer notre imaginaire, qui a vagabondé et s'est même bien souvent mis en veille entre deux épisodes qu'une semaine sépare, parfois plus. C'est encore moins pardonnable à une série de genre.

Alors, cause ou conséquence, je l'ignore, mais mes séries préférées de la rentrée ont quasiment toutes un générique (PanAm et Enlightened faisant exception, mais curieusement, mon attrait pour ces séries est plus fragile en cas d'épisode plus faible, alors que j'ai tendance à pardonner très facilement à Suburgatory, par exemple).
Oh et au fait je confirme : Once Upon a Time ne m'a vraiment pas accrochée au terme de son deuxième épisode. Rapport ou coïncidence, à votre avis ? Ce qui est certain, c'est que ne pas voir de générique m'a mise dans de mauvaises dispositions pour les minutes suivantes. D'ailleurs, cette semaine, Raising Hope m'a semblé plus drôle, et je me demande si le retour du générique (uniquement le temps d'introduire une modification de statut, à tous les couos) n'y est pas pour quelque chose. Voyez ? C'est fou l'influence que peut avoir un générique.

Posté par ladyteruki à 23:09 - Médicament générique - Permalien [#]

11-10-11

A new start

On peut très bien regarder un épisode et l'aimer à la folie, tout en étant parfaitement conscient de ce que d'autres pourraient en dire. Je me rappelle m'être fait cette réflexion devant The Big C, par exemple ; série à laquelle il m'est impossible de ne pas faire référence aujourd'hui. C'est un cas typique de "si on n'est pas dedans, ça semble too much". Et quelque part ça me rend triste pour ceux qui n'ont pas pu se laisser faire par l'émotion et qui jugent de façon purement cérébrale.
Parce que dit comme ça, oui, une femme qui apprend qu'elle a un cancer et qui décide de changer les choses, et notamment elle-même, pour vivre mieux, ça peut paraitre ridiculement niais comme idée, genre téléfilm de l'après-midi. Mais en réalité, et ceux qui regardent The Big C le savent, ça va bien plus loin.

Alors de la même façon, Enlightened, je peux concevoir qu'on se dise que c'est un peu niais. Que cette bonne femme qui veut du changement dans sa vie, qui tout d'un coup veut être zen, et heureuse, et intérieurement bio, c'est trop gros, ou trop Bisounours, ou trop ridicule, ou que sais-je.
Et ça me rend triste pour ceux qui jugent Enlightened de façon purement cérébrale.

C'est peut-être parce que dans la vie, je crois qu'il y a deux sortes de personnes, et qu'à l'échelle téléphagique, oui, il y a deux sortes de spectateurs : ceux qui reconnaissent un élan dans Enlightened, fut-il porté à l'écran de façon outrancière pour des raisons dramatiques et comiques, et ceux qui n'y voient qu'une histoire parmi tant d'autres. Il y a ceux qui croient au changement, et il y a les autres.
J'avais un ex qui ne croyait pas qu'on ait une âme (j'ignore s'il le pense toujours), tout était chimique et mécanique. C'est en parlant de ça avec lui que j'ai compris qu'il y a des êtres que certaines choses ne toucheront jamais. C'était contraire à tout ce à quoi je croyais, et ça l'est en fait encore, et pourtant quelqu'un était convaincu que l'âme n'existe pas. Enlightened suscite le même genre de réaction chez moi : il y a ceux qui comprennent parce que ça touche à leur façon de voir la vie, et ceux qui sont extérieurs à ça. Ceux-là me trouvent sans doute stupide quand je pleure en souriant devant le pilote d'Enlightened. Moi j'ai l'impression qu'une de mes larmes est pour eux parce que je trouve triste que ça ne les touche pas. On ne se comprendra jamais, sur ce sujet, je présume. ils ne veulent pas vraiment me comprendre parce que ça leur semble trop ridicule. Je n'ai pas envie de les comprendre parce que j'aurais peur de me vider d'une certaine forme de sève. Le fossé est infranchissable parce que chacun de notre côté, nous regardons l'autre bord en hochant la tête...

Je crois au changement, parce que je n'ai appelé que ça de toute mon âme pendant 3 décennies. Et c'est un sacré hasard que le changement et Enlightened se produisent au même moment, mais cette étrange alignement d'étoiles ne fait que renforcer mon émotion devant la série, bien-sûr.

Dans une certaine mesure, depuis environ deux mois, je suis dans une phase où je suis comme Amy, avec un regard différent sur les choses ; une envie de me comporter différemment pour que mon regard neuf ne se ternisse pas ; la conscience aigüe que ce n'est qu'une question de point de vue, que les choses ne sont pas parfaites juste parce que j'ai décidé que je le voulais ; l'abrupte réalisation que ce n'est pas parce que je veux pousser le changement aussi loin que possible, que le monde autour est réellement différent.
C'est juste moi, juste mon regard, juste la façon dont j'ai soudain des lunettes qui me font voir le monde avec un filtre différent, mais c'est le même. Ce ne sont jamais que des lunettes qui changent mon regard, et jamais mon regard qui change le monde...
Ainsi, je regardais Amy se débattre avec sa nouvelle paire de lunettes, et je ressentais tout ce qui devait se passer en elle, comment les gens ne changent pas juste parce qu'elle a changé elle, comment on ne peut pas reprendre certaines choses à zéro et espérer que les autres étaient capables d'oublier aussi facilement qu'elle veut se convaincre d'avoir oublié. Comment les lunettes ne changent pas, pas vraiment, ce qui est à l'intérieur.

La lutte d'Amy contre elle-même, contre son entourage et contre le monde me touche, tout simplement parce que je crois au changement mais que j'ai aussi appris qu'il y a des limites à ce qu'on peut changer.
Depuis quelques semaines, j'ai chaussé mes propres lunettes, et je m'efforce moi aussi, de toute mon âme, de continuer à voir les choses avec ce regard-là, parce que comme Amy, j'ai aussi besoin d'y croire.

C'est un joli combat que va mener ce personnage, même si on peut penser qu'il est perdu d'avance. Et quand en plus on a l'impression de marcher au même pas que le héros, c'est une expérience inouïe.

Jamais auparavant je ne m'étais "identifiée" à un personnage. Ici, je ne m'identifie pas tant à Amy (j'ai réglé la majeure partie de mes probkèmes de gestion de la colère il y a plusieurs années maintenant) qu'à son parcours, et rien que ça, c'est déjà nouveau pour moi.

J'ai de la peine pour ceux qui ne croient pas à l'existence de l'âme, qui ne croient pas au changement, qui ne croient pas aux beautés d'un voyage comme celui que dépeint Enlightened. Mais plus encore, j'ai de la peine pour mon petit coeur quand je réaliserai avec Amy que ce ne sont que des lunettes. Pourtant je suis contente qu'une série m'offre de prendre ce chemin, et me propose de grandir avec moi pendant une période charnière de ma vie.

Parfois une série est bonne, et je vous recommande tout simplement de la regarder pour ce qu'elle est. Parfois j'ai conscience que tout le monde n'est pas moi, et que tout le monde n'aimera pas Enlightened, parce qu'une série n'est pas toujours qu'une série et que ce qui se passe à l'écran est au moins aussi important que ce qui se passe dans le téléphage. Aujourd'hui est l'un de ces posts. Enlightened n'est pas pour tout le monde.
Mais jamais aucune série n'a été autant pour moi.

OperationNewStart
Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Enlightened de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 18:28 - Review vers le futur - Permalien [#]


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