ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

04-12-12

Gros blanc

Dans la vie on a les petites fiertés inutiles qu'on peut : ça fait du bien à l'ego et ça ne coûte pas grand'chose.
Parmi les miennes, il y a par exemple la petite fierté de savoir que je suis capable de dire, pour n'importe quelle série qu'on me cite, ce que j'en pense, et de participer à la discussion. Parfois, ce que j'en pense inclut les termes "je n'ai jamais vu mais..." (comme dans : "The Vampire Diaries, je n'ai jamais vu mais ça a l'air de ressembler beaucoup à Twilight", à partir de là, l'interlocuteur contredit ou pas, hein), mais je suis toujours capable d'en dire deux mots.
Dans le cas de Covert Affairs, comme un interlocuteur me l'a fait réaliser aujourd'hui, je suis uniquement capable de dire : "ah oui, c'est la série...". Grosse pause embarrassée. "Oui, la série, bien-sûr... euh... avec une affiche blanche". Ok donc la porte c'est par là, c'est ça ?

C'est comme ça que j'ai réalisé que je n'avais jamais vu Covert Affairs de toute ma vie. Jamais. Pas une fois. Même pas les premières minutes et après je ferme la fenêtre en me disant que ça m'ennuie trop et que j'y reviendrai plus tard (et qu'évidemment, je n'y reviens jamais plus tard ; ça me l'a fait récemment avec Elementary). Et c'est même pas que je ne le voulais pas, ou que ma religion me l'interdit (ce qui est le cas de The Vampire Diaries, par exemple), non, ça ne m'avait simplement jamais traversé l'esprit. A un point tel que j'ai réussi à oublier son existence ! Ah oui parce qu'une autre de mes petites fiertés inutiles, c'est de savoir précisément quels pilotes j'ai déjà vus, et d'avoir une petite liste mentale des pilotes dont je sais très bien que je ne les ai pas regardés, mais qui ne perdent rien pour attendre quand j'aurai un moment et/ou l'envie. A titre d'exemple, le pilote de The Newsroom est sur cette liste ; je ne l'ai pas vu, je sais pertinemment pourquoi, mais un jour j'y viendrai. Sauf que là, je ne me souvenais même pas que je n'avais pas vu Covert Affairs.
Le problème des petites fiertés inutiles, c'est qu'elles froissent l'ego pour pas grand'chose.
Donc le premier truc que j'ai fait ce soir en rentrant, c'est m'assurer que je récupérais le pilote de Covert Affairs (la meilleure preuve qu'effectivement je l'avais zappé, c'est que je ne l'avais jamais cagoulé, ce qui est un signe chez moi !), puis je l'ai lancé et, quand au bout d'une minute environ, il a été absolument clair que je n'avais jamais, jamais, jamais... jamais vu ce pilote, je vous avoue que je me suis sentie verdir de honte. Une série américaine qui va bientôt entamer sa 4e saison, quand même, hein. Voilà voilà. Et pendant ce temps, je me cherche des séries à tester en mandarin, nan mais sans déconner...

Donc ce soir on va parler d'une série qu'à vue de nez une bonne moitié de l'univers a regardée avant moi, et je le vis très bien.

CovertAffairs
N'empêche. Elle est blanche.

Covert Affairs, c'est l'histoire de... oui enfin vous le savez, c'est moi qui ai un train de retard, donc on passe sur le résumé de cette série d'espionnage.
Ma plus grosse peur pendant les premières minutes du pilote, c'était de me retrouver avec un ersatz d'ALIAS.

Techniquement je n'ai rien contre ALIAS. J'ai regardé la première saison en intégralité sur M6, à l'époque, c'était un signe qui ne trompait pas (c'était de ma part un effort parce que, il y a 10 ans de ça, j'étais très rarement capable de suivre une série régulièrement en soirée à la télévision ; c'est d'ailleurs comme ça que j'ai décroché de beaucoup de séries, genre 24. Ensuite j'ai découvert internet et j'ai appris que plus rien ne m'y forçait, et ça a tout changé). Le problème d'ALIAS c'est qu'avec le temps, j'ai fini par trouver que les missions de Sydney Bristow avaient un côté répétitif, mais que je ne me passionnais pas du tout pour ses problèmes avec Michael ou avec son père. Et puis sa mère qui est morte, puis qui est pas morte, puis qui est remorte... bon. Donc j'en ai logiquement été conduite à me demander pourquoi je regardais, la réponse s'appelait Ron Rifkin, ça ne suffisait pas, et j'ai progressivement lâché, pour finir par totalement abandonner l'affaire quelque part après le bond de deux ans en avant.
Ensuite, je l'avais un peu prise en grippe, je le reconnais.
En somme, les romances insupportables sur fond d'espionnage, ça m'ennuyait, mais l'espionnage pour l'espionnage ne me tenait pas vraiment sur le rebord de mon fauteuil non plus (enfin, à l'époque j'habitais un appart si petit qu'il n'y avait pas la place pour un fauteuil, mais vous saisissez l'idée), notamment parce que ça impliquait toujours, à un moment de chaque épisode, des scènes d'action sans aucun enjeu (comme si on croyait vraiment que Sydney va se faire prendre et être tuée...!), et qu'au final ça n'avait plus aucun effet sur moi au bout de quelques épisodes.
Parfois je me dis que je retenterai le coup un jour, et découvrir qu'il y a sans doute des épisodes de qualité que j'ai loupés ; mais, dans le fond, je suis assez consciente d'avoir brûlé toutes mes cartouches de patience avec ALIAS. C'est le genre de séries que je ne voudrais pas vraiment regarder, juste être capable de lire des résumés, avoir l'impression de combler les trous, et décider que je ne suis ni totalement passée à côté ni que j'ai perdu mon temps à regarder l'horloge au-dessus de la télé pendant que je me forçais à me faire une intégrale. Ne serait-ce pas formidable si, pour certaines séries qui ne nous affolent pas mais dont on pense qu'il y a deux-trois épisodes qui doivent sûrement valoir le coup, on pouvait télécharger les épisodes dans notre tête, et pouvoir dire "ouais, je sais de quoi chaque épisode parle, mais j'ai pas non plus gaspillé 4000 heures de ma vie à regarder ce truc" ? Moi parfois ça me fait rêver. Ca laisserait du temps pour une intégrale d'une série qui compte vraiment. Battlestar Galactica, par exemple ; tiens c'est vrai, je me ferais bien une intégrale de Battlestar Galactica... Pardon, j'ai dévié.

Donc l'idée qui m'a motivée dans mon visionnage, c'était qu'on éviterait peut-être le truc à la ALIAS, où le personnel se mêle immanquablement au professionnel. Mais où le professionnel est capable de me surprendre. Et surtout, oh surtout, où tout le monde ne finit pas par travailler dans l'espionnage, comme par hasard, selon le bon adage "l'agent appelle l'agent".
Une bonne partie du pilote de Covert Affairs semblait relativement bien s'en sortir de ce côté-là, mais j'ai rageusement hurlé à la fin de l'épisode. J'aurais dû le sentir dés le début du pilote, mais je refusais d'y croire.

Alors, en-dehors de ça ? Bah Covert Affairs n'est pas mauvaise, pas fondamentalement. C'est sympathique d'assister aux premiers pas d'Annie Walker, de la voir faire des bourdes (même si j'aurais préféré qu'elle ne se tire pas tout de suite elle-même de son bourbier au point d'obtenir une récompense dés le premier épisode), de vivre les expériences un peu désorientantes à ses côtés. Sur ce plan-là, Covert Affairs installe très bien son personnage central, le rend tout de suite sympathique, il n'y a pas à dire. Fait rare pour un pilote presqu'uniquement focalisé sur un seul personnage, Annie est attachante, et pas du tout irritante, son omniprésence permettant au spectateur de vraiment s'identifier facilement à ses réactions, qu'il s'agisse de peur et de panique pendant une fusillade, de sang-froid et d'énervement pendant une course-poursuite, ou tout simplement de solitude lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle ne peut pas parler de sa vie professionnelle à sa propre soeur (qui en plus cherche désespérément à la maquer avec des mecs qui ont une tête à tourner dans un porno hongrois des années 80).

Mais sur le reste, je dois dire que je suis moins positive. Le tandem formé avec Christopher "Jinx" Gorham fonctionne relativement, mais n'offre pas vraiment de surprises. La boss froide incarnée par la merveilleuse Kari Matchett (à laquelle j'ai juré une fidélité éternelle depuis qu'elle m'a ravie dans Invasion Planète Terre et qui ne m'a jamais déçue depuis lors, même pas dans Invasion) est peut-être un personnage sympa, mais il ne fait aucune promesse au spectateur. Quant à la frangine transparente qui n'est là que parce qu'on ne peut rien lui dire et qui va peut-être découvrir la vérité à n'importe quel moment, franchement, c'est du déjà vu.

Je sais, je sais bien : les séries d'USA Network n'ont pas la réputation d'être des perles en matière d'innovation télévisuelle (quoique franchement, Suits est vraiment excellente, et largement au-dessus du panier par rapport au reste de la grille de la chaîne), mais j'espérais quand même qu'une recette avait été trouvée pour résoudre cette difficile équation de la prévisibilité des séries d'espionnage.
Peut-être que l'une des solutions serait tout simplement de ne pas prendre une héroïne pour personnage central, ce qui semble être une autorisation implicite donnée aux scénaristes pour forcément la fourrer dans des tenues sexys et de lier son histoire amoureuse à ses enquêtes (et le "it's been ages since you've had a real relationship... it's weird !" a fait hurler la féministe en moi, je ne vous le cache pas ; on ne dirait jamais ça à un personnage masculin !).
Peut-être qu'une des solutions serait de ne pas chercher à nous vendre les espions comme des superhéros modernes, les temps ont changé. J'aimais bien ce que PanAm disait de l'espionnage, par exemple, en filigrane : que c'étaient les petites choses qui pouvaient en changer de grandes, et que parfois, faire voyager un objet en apparence quelconque, pouvait être tout aussi décisif (et compliqué) qu'une action où il faut se faire passer pour une call girl dans un hôtel de luxe. Là, les personnages ont beau répéter à Annie que, ça alors c'est fou ce qui t'arrive quand même, statistiquement il y a des agents qui passent toute leur carrière sans voir de coup de feu, on ne se fait pas d'illusion et on sent bien qu'Annie fera partie de ces agents dont la vie implique des tas de choses totalement irréalistes. Et qu'elle rentrera quand même chez elle le soir pour raconter des bobards à sa frangine.

Naturellement, la toute fin du pilote nous donne une explication pour cela : Annie a été engagée pour une raison bien précise, et son sort ne sera définitivement pas celui du commun des agents de la CIA. Pas seulement parce qu'elle est super douée en langues étrangères et qu'elle a l'esprit d'initiative, mais parce qu'elle est (comme c'est la tradition dans les séries d'espionnage), un pion sur un échiquier qui la dépasse.
Sans doute que Covert Affairs se laisse suivre à ce titre, parce que derrière chaque série d'espionnage se cache désormais une thèse conspirationniste de plus ou moins grande envergure. Et peut-être que je vais profiter que maintenant je lui ai donné sa chance pour voir ce qui arrive à Annie Walker, qui sait ? Mais ce ne sera jamais un coup de coeur, hélas.
Par contre j'ai pas arrêté de me demander si Piper Perabo et Emilia Clarke ont été séparées à la naissance, vous aussi, ça vous le fait ?

Au moins, maintenant, si on me demande, je suis capable de dire deux mots sur Covert Affairs. Allez-y, allez-y : demandez-moi !

Posté par ladyteruki à 23:31 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

25-06-12

Merci d'avoir ruiné ça pour moi

Depuis quelques années, j'essaye de faire de mon mieux pour laisser à toutes les séries que je découvre une chance de me séduire aussi équitable que possible. C'est d'autant plus intéressant qu'avec, entre autres, mes excursions dans diverses contrées du monde, je découvre de plus en plus de séries, et que ma façon de les découvrir a évolué.

Quand on se "contente" de la télévision américaine, finalement, on peut assez facilement échapper à un certain nombre d'idées préconçues. Il me suffit personnellement d'éviter au maximum les news, les trailers et les reviews, et en général ça se passe plutôt bien. Il arrive même que je lance un pilote sans avoir la moindre idée de qui sera au générique, mais ça, c'est vraiment les jours de grâce ; la moyenne c'est en général que je connais à peu près de quoi ça va causer et qui est devant et/ou derrière la camera, et je m'arrange comme ça. Eviter les reviews est d'ailleurs assez facile, étrangement. Parfois ça m'étonne encore, pour tout vous dire.
Mais quand il s'agit de télévision non-américaine, autant jouer carte sur table tout de suite : n'espérez pas de surprise. Comme l'accès à l'information est loin d'être aussi pléthorique qu'en matière de séries US, le simple fait de tenter de connaitre l'existence d'une série étrangère s'accompagne généralement de la réception de tous un tas d'informations qui font que vous ne pouvez plus être ignorant de grand'chose une fois que le pilote est à portée de mimine. Aussi paradoxal que ça puisse sembler être, la surinformation sur les séries américaines protège.

Cependant, quel que soit mon degré d'accès à des informations sur une série, je tiens à essayer de commencer chaque pilote avec l'esprit le plus ouvert possible. Ca ne veut pas dire que j'embrasse toutes les séries avec amour dans l'harmonie et les chants d'oiseaux ; lancez-moi sur Whitney, mettons, et vous allez voir ce que la série va prendre. Mais ça signifie que j'essaye de commencer chaque pilote avec aussi peu d'idées arrêtées que possible sur ce que l'épisode va m'offrir. Je l'écorche vif seulement ensuite.
C'est par exemple comme ça que je ne ressens pas le plus petit embryon d'hostilité envers Elementary alors que j'ai ressentis quelques uns de mes plus gros orgasmes téléphagiques de 2012 devant Sherlock (et pourtant Dieu sait que j'ai pris un pied monstrueux pendant le premier semestre 2012 !). Rien à faire, j'arrive pas à être dans un autre état d'esprit que "on verra bien ce que ça donne, attendons avant de juger". En fait j'en suis à un tel stade d'attitude zen sur ce genre de choses, que je me surprends à ne pas sautiller d'impatience à l'idée que Last Resort arrive à la rentrée. Ce pitch est fait pour moi, je devrais trépigner d'impatience au point que c'en deviendrait ridicule, et pourtant, je m'en tamponne méchamment le coquillard actuellement. Du jour où un preair se baladera dans les profondeurs d'internet, soyez sûrs que je vais me jeter dessus comme une crève-la-faim, mais je fais ça pour tous les pilotes, alors ça n'est pas un critère. Non, pas d'anticipation enthousiaste ni d'attente au tournant, je ne suis que paix et sérénité. J'attends les pilotes.

Mais parfois, cette jolie position de hippie est quand même un peu difficile à maintenir, soyons honnêtes. Quand vous avez connu quelques uns de vos premiers émois téléphagiques devant A la Maison Blanche (et c'est le cas pour nombre de ma génération de téléphages), la perspective d'une nouvelle série d'Aaron Sorkin, à plus forte raison sur HBO, fait quand même un peu frétiller de la télécommande (une télécommande métaphorique, qui utilise encore ces engins de nos jours ?!). La découverte d'A la Maison Blanche sur France 2 a coïncidé pour moi la pleine période où, libérée des contraintes qui me séparaient d'un accès décent à la télévision (comprenez : je n'avais plus à partager ma télévision avec mes parents), je pouvais enfin faire des centaines de découvertes, et la série s'est tellement insérée dans mon existence alors que mon critère pour garder un mec était de tester sa réaction devant le pilote d'A la Maison Blanche. J'exagère, mais pas de beaucoup.
Bon alors sur la fin, bon, j'ai un peu fauté et j'ai jamais vu les deux dernières saisons (sue me), mais vous voyez ce que je veux dire.

Donc, The Newsroom semblait être une raison de faire entorse à la règle et de me sentir toute émoustillée à l'idée de commencer une nouvelle série de Sorkin.
Le plan pendant longtemps a été d'essayer de temporiser cet enthousiasme en évitant comme toujours tout ce qui pouvait ressembler aux trailers, aux news et aux reviews. Je ne suis actuellement pas capable de vous dire s'il y a eu des trailers, qui est au générique de The Newsroom en-dehors de Sorkin ou même en guest, et...

TheNewsroom

...Et échec total sur les reviews. Je pratique pourtant Twitter depuis plus de 3 ans mais rien à faire, en dépit d'une technique jusque là irréprochable pour éviter les influences extérieures, impossible d'échapper au raz-de-marée de retours négatifs, pour ne pas dire incendiaires. L'échec critique (ou supposé tel) est absolument partout.

Mais je crois que le pire, c'est que ça s'apparente presque à du bashing à ce stade. Parce que je ne lis même pas vraiment que The Newsroom est mauvais.

Ce weekend j'ai craqué. Deux fois.
Quand j'ai appris que le pilote avait leaké avec quelques heures d'avance, j'ai supplié l'ami Doctor Bluth de me fournir ma dope. Je n'y tenais plus. Mais qu'est-ce qu'ils avaient donc tous à se lâcher comme ça sur The Newsroom ? Avec la bonne prescription, je me suis donc ruée sur le preair... que j'ai aussitôt effacé. Non, non lady, tu peux attendre quelques heures que le pilote soit diffusé. Si tu te précipites dessus, tu ne seras pas objective. Essaye de comprende ce qui se passe autour de cette série pour que tout le monde unanimement joue à la piñata avec. Merci quand même, Docteur, mais finalement, ça va passer tout seul.
Quelques heures plus tard, j'ai cédé et lu un papier sur la série, paru sur The Globe and Mail. Une interview de Sorkin par Sarah Nicole Prickett. Enfin, pas vraiment : l'entrevue avec Sorkin était soit brève, soit étonnamment silencieuse, car Prickett se contente de taper à bâtons rompus sur l'homme, en ne rapportant presqu'aucun de ses propos et en ne parlant presque pas du pilote. Du coup à part faire un procès d'intention à Sorkin, on n'en saura pas plus. The Newsroom est-elle une mauvaise série ? On ne le saura pas. On n'en a pas l'impression. On sait juste que le simple fait de se passionner pour un personnage masculin dans un contexte de media mainstream est sexiste, paternaliste et rétrograde. Vlan dans les dents.

Ces deux mésaventures de ce weekend ont eu énormément de conséquences sur moi et mon espoir de prendre les choses avec distance et, autant que faire se peut, objectivité.

Mais d'objectivité il ne peut plus être question. Comment faire preuve d'objectivité en lisant le flot de commentaires à la limite du haineux ? Soit on se laisse influencer par eux et on aborde le pilote de The Newsroom avec méfiance, en cherchant la preuve que ces commentaires sont exacts et fondés ; soit au contraire on se laisse influencer par eux et on regarde le pilote de The Newsroom en y cherchant la preuve que la série est bonne en dépit de ce qu'en disent les critiques (qui ont souvent l'air de fonder leur réprobation sur autre chose que la qualité intrinsèque du pilote). Comment dompter mon esprit pour échapper à cette polarisation, dans pareil contexte ?

Est-ce que Sorkin est vraiment un enfoiré sexiste, paternaliste et rétrograde ? Peut-être, qu'est-ce que j'en sais... Est-ce que son succès commence à faire un peu chier ? J'en sais rien, je suppose, mais il y a des envieux partout et tout le temps, alors pourquoi maintenant... Est-ce que ses séries dévoilent une façon d'envisager la société, la politique et la nature humaine qui soit légèrement teintée de conservatisme ? Possible, personne n'a jamais dit que c'était incompatible avec la pensée libérale...
Mais Sorkin écrit aussi des choses absolument brillantes, quand même, bordel.

Et le problème majeur de la plupart des séries fortement conservatrices à la télévisions, c'est qu'elles puent du script.
Vous prenez les Anges du Bonheur ou The Secret Life of the American Teenager et vous avez tout compris. Elles ne sont pas les seules (au contraire, c'est vraiment de la caricature de série conservatiste, j'en suis bien consciente), parfois certaines sont un peu moins pires, mais grosso-modo, on en est là. Les idées y sont simplifiées, les rôles des sexes dans la société, la totale. Les séries conservatrices n'ont même pas besoin que les reviews écrites par des libéraux les écorchent, elles se font du tort à elles-mêmes parce que la majeure partie du temps, les scénaristes conservateurs veulent véhiculer leurs idées de la façon la plus simpliste possible, pensant visiblement s'adresser à des cons.
Alors si un type comme Aaron Sorkin arrive à faire de la grande télévision en employant certaines idées un peu passéistes des conservateurs, mais grand bien lui fasse, on en a besoin, de comme lui !
Parce qu'en réalité, des mecs capables d'écrire d'aussi bonnes choses (fussent-ils un peu trop contents d'en être capables ; la télévision intelligente, c'est redevenu un gros mot, ou quoi ?), même du côté des gens totalement modernes sur toutes les idées de société, on n'en a pas non plus des millions. On peut avoir des idées modernes et ne toujours pas savoir écrire une série. Qu'est-ce qui est préférable ?

Je refuse une télévision qui refuserait d'aborder certains concepts, certaines postures, certains réflexes, au prétexte que c'est pas assez moderne. La bonne télévision n'est pas forcément la télévision qui partage nos idées (ou pas toutes). Et j'ai envie de croire qu'on peut apprécier la fine écriture de Sorkin sans partager toutes ses idées. On n'a pas de couteau sous la gorge, il me semble. On peut avoir adoré Bartlet et ne pas avoir été d'accord avec toutes ses décisions (rien que l'histoire de la sclérose, bon...). Pour autant, le personnage était brillamment écrit, et permettait d'articuler plein de concepts qui ont poussé des millions de télespectateurs à réfléchir sur des sujets auxquels ils n'auraient pas forcément consacré beaucoup de réflexion sans la série. Si cela nécessite un scénariste un peu paternaliste, qu'il en soit ainsi !

Voyez, déjà, je sens que d'objectivité il n'est plus question. Et c'est là que je m'aperçois que j'ai mis un doigt dans l'engrenage : désormais, si je regarde le pilote de The Newsroom, je vais en attendre plein de bonnes choses... Dans le fond, peut-être que les critiques avaient raison ? Désormais, le visionnage du pilote de The Newsroom sera forcément entaché par les avis qui l'ont précédé, par l'impression de lâchage un peu injuste qui en ressort (toute unanimité est douteuse, non ?), et par mon histoire avec A la Maison Blanche notamment. La moitié de mon plaisir à aborder ce pilote a été gâchée.
Et, oui : j'ai dit "si".

EDIT : cet article a été préparé à l'avance, because ce soir, c'est enregistrement du podcast !

Posté par ladyteruki à 23:10 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

06-05-12

The sign of the six

C'est extrêmement déplaisant, ces saisons courtes. Alors d'accord, proportionnellement parlant, ça donne l'impression de plus de génie à la minute que si la saison était plus longue, mais trois épisodes par saison, Seigneur, c'est insupportable. Bien contente d'avoir attendu un peu et de m'en être enfilé deux en une semaine parce que je ne vous raconte pas les effets de manque et de frustration sans ça. Limite j'aurais ptet encore dû attendre un peu, tiens.
Eh oui, rappelez-vous, le weekend dernier, c'était le bon temps ; je n'avais vu qu'un seul épisode de Sherlock. Et maintenant, le temps a passé, les saisons se sont écoulées, et j'ai tout rattrapé. Tout cela ne nous rajeunit pas. Je vais donc à présent me joindre en parfaite connaissance de cause au flot intarrissable de compliments sur la série, et je ne suis au juste pas certaine d'avoir quoi que ce soit à ajouter qui n'ait déjà été dit cent fois mais... comme disent les British : it bears repeating.

IntimateSherlock-1

Sherlock est, comme son nom l'indique, un hymne au célèbre détective. Le portrait n'a rien de flatteur, car sous les apparences de l'acuité et de l'intelligence se cache le profil d'un grand malade. Si ce n'était pas très grave, voire même franchement classe, d'être un homme, disons, distant, à l'époque de Sir Arthur Conan Doyle, à l'ère de la socialisation constante, c'est le plus grave des défauts, et la série se délecte de cet élément, l'incorpore aussi bien dans ses dialogues les plus légers que dans ses axes les plus dramatiques. Le final de la saison 2 tient justement au fait que Sherlock ne maîtrise aucune des normes qui lui permettraient de vivre en société, John agissant comme son interface avec le monde, son traducteur, sa zone tampon, son auxiliaire de vie... parfois au sens le plus strict du terme quand Watson en est réduit à sortir le téléphone de la poche de Sherlock à sa place. On fait ici plus que flirter avec l'idée que Holmes est totalement inadapté...

Mais à l'instar du docteur Watson qui s'attache à ce personnage pourtant souvent insupportable (au point de le frapper avec tout son amour dans le début de la deuxième saison), nous aussi apprenons à aimer ce grand bonhomme détestable. C'est un procédé pourtant cent fois employé, surtout ces dernières années, pour rendre l'antipathique sympathique, et pourtant cela fonctionne, grâce à la seule chose qui différencie Sherlock Holmes de tous les génies désagréables de la télévision moderne (et il y en a). Parce qu'admettons-le, tout comme Watson, nous sommes fascinés par la créature brillante qu'est Sherlock. Comment ne pas tolérer tout de ce personnage à l'esprit absolument génial ?
C'est la plus grande réussite de la série, au fond : réussir à écrire un personnage dont l'intelligence ne soit pas qu'une caractéristique, mais un véritable trait de la personnalité du protagoniste, s'exprimant constamment et de façon plausible. On réfléchit avec Sherlock et on s'attend à ce que ses fulgurances aient du sens, même quand on n'est pas capable de le devancer (une fois de temps en temps, le scénariste a pitié et nous laisse cependant prendre une scène ou deux d'avance sur lui). Contrairement à tant d'enquêteurs de sa génération télévisuelle, Sherlock réfléchit en temps réel, et ne nous met pas face à des épiphanies cosmétiques qui ne sont là que pour faire avancer la trame ; l'intelligence du personnage est réelle, et elle est humaine. C'est en choisissant de nous faire entrer dans sa tête, et non dans son coeur, que Sherlock parvient à construire un personnage réellement envoûtant, pas en lui inventant des failles ou en décrétant qu'on l'aimerait malgré tout.

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Le mérite n'en revient pas tout-à-fait exclusivement à l'écriture, bien-sûr. La prestation de Benedict Cumberbatch est à peu près tout ce qu'on vous aura dit qu'elle serait : fine, passionnante, magnétique. Tout, sauf sexy car, pardon, mais quand je vois Cumberbatch dans la peau de Sherlock Holmes, je vois un serpent. Depuis le début, mais encore plus depuis le plan ci-dessus.

Souvent extrêmement intériosé, parfois plutôt excentrique, limite outrancier, le Sherlock de Cumberbatch dont la force réside dans le regard, constamment en mouvement. Avec lui, tout se joue dans les yeux et c'est assez terrifiant, le regard de cet acteur qui suit le cours des pensées de son personnage et leur donne vie pour mieux vous aider à accompagner la progression de l'épisode. Feindre une telle intelligence avec succès, tout en assurant le show au propre comme au figuré, n'est pas à la portée de n'importe qui, et il faut admettre que je ne vois pas beaucoup d'autres acteurs britanniques capables d'apporter autant de substance à ce personnage, sans jamais tenter de le rendre un seul instant plus charmeur.

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Et après tout, le charme, c'est ailleurs qu'il se joue. C'est John Watson, alias Martin Freeman, qui en est le dépositaire. Il est l'atout coeur de la série et joue de son côté ours en peluche (ou hérisson, me dit-on) pour nous donner notre dose de soupirs attendris. John Watson est sa mine déconfite, John Watson l'homme à femmes, John Watson le pauvre laquais sous-évalué.

En dépit de cela, John Watson est cent fois plus pervers que Sherlock. C'est un fait établi dans le pilote, en tous cas, même ses manifestations sont plus variables par la suite. Watson n'a pas l'intelligence de Sherlock, il n'a pas son don d'observation, et très honnêtement, il ne sert pas à grand'chose dans le domaine médical non plus puisque les quelques rares passages en laboratoire sont toujours exécutés par le maître lui-même. Mais il se repaît de l'intelligence de son comparse. Il assiste à ses performances et s'en régale, et se faire traiter comme un larbin n'est pas cher payé. D'ailleurs Watson essaye à intervalles régulier de se faire remarquer, mais ce n'est visiblement pas pour son intellect que Sherlock le garde à son service. On est dans une superbe relation voyeuriste/exhibitionniste.

Son attachement grandissant envers son idole, bien-sûr, sera une autre raison de suivre Sherlock. C'est une jolie et tendre histoire d'amitié qui se joue ici (mais il est vrai que je n'ai jamais eu un tempérament de shipper) et qui s'exprime de multiples façons. La loyauté de Watson, parfaitement caractéristique, nous donne l'opportunité de pardonner à Sherlock les pires des excès, qu'en tant que spectateurs nous aurions pu trouver agaçants sans le regard complaisant du docteur.

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Tout grand héros a besoin d'une puissante némésis.
Ma première rencontre avec Sherlock Holmes, comme, je pense, pas mal de téléphages de ma génération, a été par le biais d'un dessin animé qui mettait énormément en avant l'opposition avec Moriarty. J'attendais énormément de ce personnage, et ne vous cacherai pas que la mention de son nom, la toute première fois, a déclenché un tonnerre d'applaudissements de mon côté de l'écran (le premier d'une longue série, pas forcément en rapport avec ce génie du mal d'ailleurs).

Mes attentes ont été comblées, et bien plus encore. James Moriarty est un personnage nerveux, imprévisible, en apparence chétif, et à la drôle de voix, mais il s'avère être exactement l'opposant qu'on attend de lui. En fait, le portrait de ce criminel dérangé et dérangeant est si incroyable, qu'on en vient presque à lui en vouloir à la fin de la deuxième saison de commettre l'impardonnable.
Moriarty est le Hyde derrière le Jekyll de Holmes, l'autre facette d'une même pièce, un message d'avertissement. Rarement deux entités prévues pour être similaires mais en opposition auront été aussi bien dépeintes dans une série.
Plus incroyable encore, grâce à l'interprétation parfaite d'Andrew Scott, Moriarty vole régulièrement la vedette ; on le guette, on l'attend, on se régale de chacune de ses apparitions pourtant de mauvais augure.

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Le danger, quand on s'attaque à un individu aussi célèbre que Sherlock Holmes pour l'intégrer dans le monde moderne, c'est de vouloir faire trop daté ou trop moderne. Sherlock parvient, et c'est à la fois surprenant et naturel quand on connait le talent de son équipe créative, à trouver parfaitement le juste milieu.
Le look de ses protagonistes ou de leur garçonnière a un côté intemporel. Et pourtant, rarement une série aura utilisé avec autant d'intelligence les outils modernes, et en premier lieu les SMS. De ce côté-là, c'est la réalisation qui fait toute la différence. Le choix de rarement montrer des écrans, mais de ne pas nous priver des messages envoyés, et donc de trouver des façons d'intégrer les textes aux images de l'intrigue (ils tournent dans l'espace, s'affichent sur les murs, s'échappent de multiples façon), est parfaitement calculé pour n'être jamais ni en décalage, ni ridicule. C'est un cas particulier qui illustre en réalité la tendance générale de la série à parfaitement se montrer moderne sans jamais l'être de façon ostentatoire. Pas de démonstration de force ici, pas d'envie de prouver qu'on est moderne, juste une façon d'employer naturellement des outils. Sherlock Holmes est un homme de notre époque, même si ses goûts en matière de papier peint pourraient nous faire penser le contraire. Et chaque fois que la série emploiera le plus petit bout de technologie, ce sera toujours avec bon sens et mesure.
D'ailleurs la réalisation est impeccable en toutes circonstances. C'est fou ce qu'on arrive à faire avec la bonne équation de talent, de budget et de talent, non ?

IntimateSherlock-7

Alors forcément, seulement six épisodes comme ça, même un peu longuets (j'ai du mal avec le format 90 minutes, je ne vous le cache pas ; il y a plusieurs raisons pour lesquelles je ne suis pas cinéphile, la durée en est une), ça a quand même un sévère goût de trop peu.

Du coup, au lieu d'être indignée par le projet Elementary, je vous avoue que je n'ai qu'une hâte, c'est voir une autre série se frotter au mythe de Sherlock Holmes. Je ne sais pas si c'est parce que je n'ai pas eu envie d'ériger une statue en l'honneur de Benedict Cumberbatch, ou simplement parce que la nuance d'un Watson au féminin me laisse penser qu'on n'aura pas qu'un simple remake officieux de la série britannique, mais je suis toute disposée à être surprise par cette nouvelle vision du personnage et de ses enquêtes, sans lui faire de procès d'intention.
Hey, après tout, c'est bien ce que vous m'avez poussée à faire avec Sherlock, hein. Et je n'ai pas eu à le regretter une seule seconde.

...En tous cas, pas jusqu'à ce que je me retrouve dans l'épouvantable situation de devoir attendre les prochains épisodes.

Posté par ladyteruki à 23:48 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]