ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

05-09-13

8 raisons de regarder The Slap

Parce qu'une fois de temps en temps, quelques bons dramas australiens nous parviennent sur arte (elle nous avait déjà comblés avec la première saison d'East West 101), ce soir sera l'une de ces occasions de se rappeler qu'il n'y a pas que la Scandinavie dans la vie avec The Slap, alias La Gifle sous nos lattitudes, qui débute à 20h50.

Cette diffusion est pour moi l'occasion de vous annoncer que j'en profiterai pour publier en temps voulu les 2 dernières reviews épisode-par-épisode de The Slap, qui étaient restées à l'état infâmant de brouillon depuis que j'avais regardé la série lors de sa diffusion australienne (une claque pour... lady !). Les 6 premières reviews sont cependant déjà en ligne depuis un bail, donc n'hésitez pas à remonter le tag pour y jeter un oeil.
Mais surtout, cette diffusion est pour moi l'occasion de vous dire qu'il FAUT regarder The Slap ce soir... après tout, House of Cards peut se binge-watcher une autre fois, The Slap, not so much.

Et si vous vous demandez encore si c'est vraiment nécessaire de regarder The Slap (et que vous n'avez pas encore été jeter un oeil à la première de mes reviews sur la série), eh bien voici mes 8 raisons de le faire. Urgemment, en fait.

TheSlap_Diffusion_Hector

The Slap, c'est au premier regard une narration rare ; bien que la série soit profondément feuilletonnante, sa structure, directement calquée sur celle du roman original, lorgne plutôt du côté de l'anthologie, en associant à chaque épisode un personnage bien spécifique. C'est ainsi l'occasion de véritablement rentrer dans l'univers, la psychologie et le quotidien du personnage en question, de vivre les évènements à travers son regard, sans aucune forme de biais... mais grâce à l'éclairage des épisodes précédents qui introduisaient à d'autres points de vue.

Car c'est bien cela, l'essence de The Slap : montrer une diversité de points de vue et d'opinions ; The Kaleidoscope aurait été un titre tout-à-fait valide pour notre histoire, mais c'était à la fois moins facile à prononcer et moins... frappant.

The Slap nous invite donc à passer une journée avec un personnage, à tenter de comprendre non seulement sa réaction vis-à-vis de la fameuse gifle, mais aussi, voire surtout, de nous faire pénétrer son monde, avec ce que cela inclut de valeurs et de vécu. Car il ne s'agit pas simplement d'exposer l'opinion de chacun sur la gifle : cette dernière n'est qu'un évènement déclencheur. Chaque épisode a la lourde responsabilité d'essayer de nous faire saisir l'essence d'une personne en moins d'une heure ; dés, son visage aura déjà été déformé par la perception des autres.

TheSlap_Diffusion_Anouk

Des portraits sincères d'hommes et de femmes. The Slap ne reculant jamais devant la perspective de décrire la complexité des gens, et donc du monde (à moins que ce ne soit l'inverse), chaque personnage (et en particulier les 8 qui sont mis en avant pendant la série) bénéficie d'une écriture honnête qui permet de revenir sur les rapports hommes-femmes, mais aussi, sur les rôles genrés de chacun dans la société.

Ainsi, Manolis et sa femme Koula vivent selon un modèle traditionnel dans lequel l'homme et la femme jouent un rôle bien précis (dont généralement ils se plaignent ensuite tout en n'aspirant pas vraiment au changement), Harry incarne un certain idéal de virilité, Anouk est résolument une féministe bien qu'enfermée dans certains paradoxes, et ainsi de suite. Ces positions ne sont pas souvent le résultat d'un choix conscient, mais elles aboutissent à des interrogations intimes et des contradictions que The Slap détaille à la perfection, car aucune évidence n'est tolérée dans The Slap.

Qu'il s'agisse de sexe (il va s'agir de sexe à de nombreuses reprises, d'ailleurs) ou de relations platoniques, les interactions se détaillent dans une palette magnifique de nuances. A travers les rapports hommes-femmes, c'est aussi le fonctionnement de la cellule familiale que The Slap interroge, car évidemment les choix éducatifs sont au coeur de la problématique de la gifle.

TheSlap_Diffusion_Harry

Une mini-série qui se suffit à elle-même : il n'est pas nécessaire d'avoir lu The Slap pour apprécier la série The Slap. C'est évidemment un plus : du fait de la narration particulière, le lecteur aura un avantage certain sur le spectateur, car il aura pu entrer bien plus en détail dans le psychisme des personnages. Le choix fait par la série a d'ailleurs été de ne pas opter pour la voix-off comme matière première pour dépeindre les protagonistes ; peut-être que la série aurait été l'un des rares cas où ç'aurait été sûrement une bonne chose d'utiliser un peu plus ce procédé cependant. Ce choix osé nous prive d'un certain nombre de détails apportant plus de nuances encore aux personnalités en présence, mais pour autant, la série est parfaitement autosuffisante.

The Slap est tout-à-fait appréciable sans avoir lu le roman qui lui a donné naissance, bien que celui-ci, un véritable phénomène littéraire, gagne à être connu. Si vous n'avez encore jamais lu de roman australien (comment, pas même avec la diffusion de Puberty Blues ?!), The Slap gagnerait à être le premier. Quoique ça rendra sûrement très décevante la lecture du second...!

TheSlap_Diffusion_Connie

Matthew Saville.
Ce nom ne vous dit rien mais si vous avez vu Please Like Me, et surtout Cloudstreet, vous allez sûrement vite comprendre : Saville est le réalisateur de génie qui se cache derrière la camera de ces deux séries. En réalisant deux épisodes de The Slap, il parvient à insuffler sa touche particulière, une sensibilité qui doit énormément au sens du détail, à une photographie mettant en valeur les 5 sens avec luminosité.

Si les autres réalisateurs de la série ne déméritent pas, il n'aurait vraiment pas été un mal que Saville dirige tous les épisodes (et celui de Richie, en particulier), tant son doigté aurait énormément apporté aux portraits. Les épisodes réalisés par Saville comptent parmi les plus grandes réussites de la mini-série, en particulier celui de Connie qui est dans la droite ligne de ce que le réalisateur a accompli par le passé. Une véritable petite merveille comme on aime à en voir à la télévision.

TheSlap_Diffusion_Rosie

Un cast absolument parfait ! Si la carrière internationale de certains acteurs de la série attirera sûrement l'oeil du téléphage averti plus que la trajectoire anonyme d'autres membres de l'équipe (ou au moins, la diffusion de séries "cultes" sur nos écrans ; hello Alex Dimitriades !), il n'y a pas une seule fausse note dans la distribution de The Slap.

En particulier, Melissa George, qui incarne un rôle central dans l'intrigue, est en très grande forme, il faut bien le reconnaître. Il ne fait aucun doute qu'en tous cas, elle est celle qui colle au plus près du personnage tel qu'écrit dans le roman ; elle possède totalement Rosie, jusque dans le moindre bruissement d'émotion. Hormis, sûrement, dans In Treatment, l'actrice n'aura jamais été éblouissante à la télévision. C'est le genre de choses qui arrive quand on a un matériau d'origine impeccable, et une actrice qu'on parvient à diriger tout en sachant lui lâcher la bride sur le cou.

Mais je le répète, pas un acteur de The Slap n'est pris à défaut ; les rôles secondaires non plus, qu'il ne faut pas oublier de mentionner et qui sont d'autant plus nombreux qu'à mesure que le fil de la série se déroule, des visages vont venir compléter la constellation de points de vue sur la gifle, ou plus largement la crise que traverse le microcosme du barbecue.

TheSlap_Diffusion_Manolis

Un questionnement de la société cosmopolitaine : The Slap démarre lors d'un barbecue qui réunit des convives de toutes origines. Parce qu'ils sont réunis lors de ce barbecue, il est permis de penser que ces gens se connaissent et vivent la diversité comme une évidence. Mais c'est justement l'une des choses que la claque va remettre en question.

Car derrière la vie sociale multiéthnique que mènent en apparence les personnages, il va devenir plus que palpable que leurs différences de culture et de valeurs n'en sont pas gommées pour autant ; à vrai dire, la gifle va exacerber ces mêmes différences. The Slap interroge la façon dont la société peut composer avec les contradictions. Sans aller jusqu'à apporter une réponse définitive aux questions de mixité culturelle (ou plus simplement sociale, d'ailleurs), la série évite tout angélisme : oui, ce barbecue est organisé dans le jardin d'un couple interracial, oui, différents styles de vie trinquent les uns avec les autres, mais dans le fond, nous ne sommes pas compatibles sur tout. Mais puisque la grande leçon de The Slap est que personne n'a fondamentalement tort ou raison, le mieux est d'apprendre à reconnaître nos différences, plutôt que de prétendre qu'elles n'existent pas au nom du mieux vivre ensemble.
En cela, The Slap est d'une acuité précieuse, et ce, en France comme en Australie.

TheSlap_Diffusion_Aisha

Une invitation à l'ouverture. Tout comme le roman original, bien que dans une moindre mesure, The Slap fourmille de références culturelles, d'invitations à sortir du microcosme de la "société du barbecue". Car cette petite communauté ne vit pas repliée sur elle-même, et c'est ce qui permet de la prendre au sérieux.

A la question : "ces gens ne sont-ils pas tous en train de se rendre fous pour un acte mineur ?", la série répond qu'il existe une foule de réponses, par le prisme de la culture des uns et des autres, mais aussi à travers leur vécu. Ce vécu évolue avec les rencontres et les voyages, en se confrontant au monde. The Slap nous invite justement à nous confronter aux nuances de la société en nous montrant des personnages qui eux-mêmes le font. Le parcours de plusieurs d'entre eux sera à ce titre assez symbolique de la façon dont un point de vue sur un problème peut évoluer, si ce n'est changer, en portant son regard sur des choses nouvelles.

TheSlap_Diffusion_Richie

L'émotion n'est pas absente. Si The Slap est, évidemment, une mini-série poussant à la réflexion sur nos choix, nos modes de vie et nos opinions, elle n'en reste pas moins une oeuvre de fiction capable d'atteindre le spectateur. Certains épisodes, il est vrai, s'avèrent plus émouvants que d'autres ; difficile de rester de marbre, par exemple, devant ce qui ronge Richie.

Nous ne passons vraiment qu'une heure avec chaque personnage, mais ce temps est plus que suffisant pour nous glisser à leurs côtés et vivre avec eux leurs doutes, leurs souffrances et leurs moments de grâce. Ce sera mon message final : oui, The Slap est fascinante, intelligente et unique dans sa façon d'aborder une problématique sociale pour radiographier toute la société. Mais c'est aussi, voire avant tout, une série dramatique puissante. Une expérience à vivre, en somme. Ou huit.


Alors, The Slap, à voir ce soir sur arte : que ce soit dit et répété.

TheSlap_arte

Posté par ladyteruki à 12:30 - Love Actuality - Permalien [#]

19-04-12

Identité, s'il-vous-plaît

Il ne vous aura pas échappé qu'arte est en train de devenir LA chaîne des téléphages curieux. Ce qui la rend encore plus riche à mes yeux, c'est que même si les séries scandinaves sont en train de connaître un buzz certain (et la diffusion de Borgen l'a bien montré), et qu'elle en a bien profité ces derniers mois, la chaîne ne se contente pas de suivre la "mode" de la fiction scandinave. Elle continue de piocher des séries de qualité un peu partout dans le monde.
Outre la diffusion de la mini-série britannique The Promise, qui commence demain (et que je n'ai pas vue mais dont j'ai entendu grand bien... et grand mal, d'ailleurs, la série ayant été qualifiée de propagande anti-Israël dans plusieurs de mes lectures), arte s'est ainsi décidée à diffuser la première saison d'une série australienne, East West 101.

EastWest

"You're either an Arab or a cop".
C'est la problématique centrale que pose East West 101, alors que le pilote que vous allez découvrir dans un peu plus de deux heures (parce que vous allez me faire le plaisir de ne pas louper ça, hein, évidemment) va s'ouvrir sur un plan assez parlant d'un jeune garçon arabe écrivant consciencieusement le mot "identité" sur un cahier d'écolier.

La série repose énormément sur son personnage central, Zane Malik, un flic qui est entré dans la police pour toutes les raisons classiques que vous imaginez, à savoir un traumatisme et un désir de vengeance, et quelques unes que vous n'imaginiez pas : il pense mettre son double-héritage culturel au service de son métier. Le problème c'est que, derrière le colosse au regard sombre, se cache en réalité un idéaliste qui n'a pas compris que dans le monde actuel, à plus forte raison après le 11 Septembre (intéressant d'ailleurs d'aborder les problématiques typiquement post-11 Septembre dans une série qui n'est pas américaine), ce qu'il voit comme un avantage est perçu par nombre de ses contemporains, à commencer par son supérieur, comme un gros désavantage. Voire une menace.

Zane est capable de parler arabe et de s'attirer le témoignage ou l'aide de témoins et de familles ? D'accord, mais cela ne compense pas, jamais vraiment, la méfiance qui subsiste à son égard, comme s'il était un sous-flic simplement parce qu'il est arabe. Dans un pays multiculturel comme l'Australie dont, à l'instar des Etats-Unis, la genèse repose sur l'immigration, le propos est d'une cruelle lucidité sur l'ambiance de peur et de repli qui domine de nombreuses nations du monde.
A travers les personnages que rencontre Malik, c'est aussi un portrait en creux de l'Australie qui se dessine : ses lois sur l'immigration, mais aussi le quotidien des immigrés dans la société australienne. Le pays d'accueil vu par ceux qui tentent d'y trouver une place : c'est ce qui se dit en filigrane, et ça ne fera pas plaisir à entendre. Mais il faut l'entendre. Et le propos n'a rien d'exotique vu de chez nous : East West 101 pourrait aussi bien se passer dans un autre pays occidental tant ce qui y est décrit n'a rien d'original. Hélas.

Ainsi on verra (brièvement) dans le pilote de ce soir des scènes de violence qu'on a déjà vues cent fois dans les journaux et magazines d'information, qui vous évoqueront sans doute les émeutes de 2005 par exemple. Cette non-originalité, le fait de créer pour la fiction des images vues et revues dans les médias lorsqu'elles se sont véritablement produites, pourrait sembler être un défaut, mais est au contraire nécessaire pour les besoins de la démonstration. Après tout, la fiction est supposée aussi avoir le don de prendre du recul... et de nous en faire prendre par la même occasion. A mon avis, on a bien besoin de regarder une série comme celle-là quand les débats sur l'immigration ont été si récurrents dans les récents débats électoraux, notamment.

Et tant que j'en suis à parler réalisation, au niveau du rythme, autant Kommissarie Winter vous offrait jusqu'à la semaine dernière une pause contemplative et poétique du jeudi soir, autant là, attendez-vous à une réalisation plus nerveuse et quelques scènes stimulant votre adrénaline.
East West 101 nous parle de la réalité, un monde où on ne sait jamais trop comment une intervention va finir parce que les esprits sont aussi chaotiques que les situations... et cela se ressent à travers des séquences électriques et étouffantes. Entre Erik Winter et Zane Malik, il y a un monde, au propre comme au figuré.

Donc voilà : East West 101, ce soir sur arte. Ne loupez pas ça. On y parle énormément de nous tous.

EastWest101

Posté par ladyteruki à 18:13 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

12-04-12

Plaisirs d'hiver

ErikWinter_DefinitiondeCool

Quatre jeudis s'approchant de la perfection téléphagique viennent de passer. Kommissarie Winter vient d'achever sa diffusion sur arte, et, je l'ai dit et je le répète, cette chaîne mérite à elle seule le montant de ma redevance en ce moment. Qu'il s'agisse de Borgen, ou d'East West 101 (mais on va forcément en reparler), de The Slap ou encore d'Äkta Människor, acquises par la chaîne en ce début d'année, arte est LA chaîne de la découverte téléphagique par excellence. Ce serait moi qui déciderais de ses achats que je ne choisirais pas autrement. Mon Dieu qu'on se régale. Nan mais je dis pas souvent du bien de la télévision française, alors il fallait que ma déclaration d'amour à cette chaîne soit claire nette et précise. Cette déclaration n'a rien de nouveau mais souffrez que je me répète, d'autant que la chaîne bosse vraiment dur pour nous surprendre tout en saissisant l'air du temps.

Avec Kommissarie Winter, qui clairement n'avait pas bénéficié du même plan de communication que Borgen (et qui, à l'approche des élections, n'avait pas vraiment d'argument d'actualité pour attirer du monde), arte n'a pas forcément emporté l'adhésion massive du public, mais pour le téléphage exigeant, ce que nous espérons être dans les parages, il y avait de quoi être comblé. C'était de la qualité, indéniablement.
Eh oui, une nouvelle fois, je m'apprête à jeter des fleurs à Kommissarie Winter, l'une des rares séries policières pour lesquelles j'en redemande (fait quasiment unique, en réalité), mais la série le mérite. En huit épisodes racontant seulement quatre enquêtes, on a eu l'occasion de méchamment prendre notre pied. Je m'apprête à vous expliquer pourquoi parce que je sens bien que vous n'étiez pas religieusement positionné devant votre écran le jeudi soir. Et je vous en veux presque pas pour ça.

Parce que Kommissarie Winter n'est pas facile d'accès. Quand, le mois dernier, la série s'est ouverte sur un enchaînement de séquences quasiment dénuées du moindre dialogue pendant plus de 5 minutes consécutives (c'est long en télévision), forcément, on sentait qu'on n'était pas dans Les Experts Göteborg. L'efficacité était hors de question depuis le départ : les silences, les plans contemplatifs appuyés, tout ça n'est pas vraiment la manifestation d'une série grand public. Mais même si cela peut paraitre un peu surprenant quand on est habitués à ce qui est devenu le cahier des charges de la plupart des séries policières populaires de ces dernières années, il est bon d'insister. De se laisser porter. D'accepter de monter avec Winter dans sa bagnole et de le suivre le long de ce pont qui est le début d'une grande aventure...

Tout l'art de la série, au travers de 4 enquêtes, sera de se montrer d'un esthétisme parfait sans jamais sacrifier son contenu. La série joue sur la lumière plus que la couleur, souligne des sens improbables comme le toucher, reste d'une immense modération en matière de musique (le thème principal de la série sert également d'insert song, et en dehors de celui-ci, toute utilisation perceptible de la musique a forcément du sens)... bref, on expérimente la série au plus près, au lieu de simplement lui donner l'apparence d'un produit bien pensé. L'idée motrice qui est à l'origine de ce délicat résultat, c'est la volonté de toujours tout voir avec les yeux d'Erik Winter (énorme travail sur les yeux de Magnus Krepper pour nous faire adopter son regard), et de nous inviter à ressentir également les choses avec lui : la musique qui va l'obséder, la pluie qui va le tremper, le relief d'un papier-peint qui va l'intriguer...
Cela donne un résultat à la fois d'une grande poésie, parfois même morbide au besoin, ainsi que quelque chose de très intime aussi bien dans le partage des émotions du héros que dans l'expérience qu'on fait de la série, mais aussi un outil formidable pour suivre l'enquête. D'ailleurs, quand des collègues de Winter prennent le relai d'une partie d'une affaire donnée (Fredrik dans le premier cycle, Lars dans l'avant-dernier), le principe sera réutilisé afin de personnifier au maximum le travail exécuté par les policiers (ou leur vie privée, le cas échéant).

La vie privée de Winter tient d'ailleurs un grand rôle dans la série. En à peine 4 enquête, ça a même de quoi surprendre. On entre dans son intimité avec l'impression que son monde (son épouse, leurs deux filles) devrait être un refuge, mais est aussi très vulnérable au "dehors". Il y a un véritable contraste, souligné par le fait qu'aucune scène en famille n'est totalement abandonnée à l'innocence ; je vous l'avais assez bien retranscrit lorsque je vous avais parlé du pilote. Et ça s'exprime ensuite de façon variée, mais avec toujours l'impression qu'il y a la famille d'une part, et la menace de l'autre.
En fait, en l'espace de 8 épisodes, Kommissarie Winter va même s'amuser à jouer de ce principe. On prend vite l'habitude de voir Winter lui-même lier sa vie personnelle et/ou son passé à son enquête (quitte à être proprement imbuvable chez lui ou mettre méchamment en danger sa santé mentale, comme lorsqu'il fait des efforts désespérés pour se rappeler d'une enquête sur laquelle il a travaillé lorsqu'il débutait sa carrière). Si bien qu'à un moment, excédé, le spectateur regarde la troisième enquête en se disant "nom d'un chien, mais c'est encore lié à Winter ?!" et pas du tout. Comment ces gens, en 4 enquêtes, ont réussi à créer des fausses pistes de ce genre, en exploitant les traits de son personnage pour nous conduire à tirer des conclusions hâtives, relève du génie.

ErikWinter_Nuit
Mais ce qui est encore plus impressionnant, c'est la subtilité que Kommissarie Winter déploie lorsqu'il s'agit du sujet-même de ses enquêtes. Ainsi, la première affaire soulèvera des questions relatives à l'immigration, la place de la femme, l'extrêmisme, la vie dans les quartiers défavorisés, etc... mais la série se contente juste d'attirer notre attention sur un sujet. Elle ne le traite pas. Elle n'en disserte pas. Pour se faire un avis, aucun personnage ne va commencer à porter de jugement sur ci ou sur ça ; Winter se contente de poursuivre son obsédante quête de l'explication (pas vraiment la vérité, d'ailleurs, juste l'explication qui lui permet de comprendre pourquoi le crime a eu lieu), ouvrant des portes pour le spectateur qui peut décider soit d'y jeter un oeil et d'y découvrir des tas de choses intéressantes, ou d'en faire l'abstraction pour se contenter de l'enquête. Pas de leçon de morale.
Quand un personnage a été violé, on ne parle pas de viol, on montre le crime (avec une retenue la plus digne possible sans sacrifier l'émotion). On ne cherche pas ensuite à appuyer en disant que le viol c'est mal. On espère que les spectateurs, s'ils n'en étaient pas arrivés à la conclusion eux-mêmes, ont au moins su lire dans les yeux de Winter tout le mal qu'il pensait de cette sordide affaire.
C'est certainement ce qu'il y a de plus reposant dans Kommissarie Winter : cette façon de nous donner l'impression de faire l'expérience des enquêtes sans jamais en expliciter les tenants et les aboutissants. Et c'est sans doute aussi ce qui explique que Kommissarie Winter ne deviendra jamais un succès d'audiences international. La série ne peut s'apprécier entre deux portes, et n'offre sans doute pas le même niveau de moralisation de la plupart des séries policières. Il faut savoir lire les silences. Tous les publics n'ont pas envie de cela, et ça se conçoit.

Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série

Mais pour les spectateurs qui feront l'effort de se plonger sans peur dans les silences, et les plans montrant un Winter dubitatif tentant de mettre de l'ordre dans ses pensées, la récompense est sans égale. Kommissarie Winter est un véritable bijou, plein d'émotions, plein de pistes de réflexion, plein de simples merveilles dont on se régale entre deux scènes sans concession, parfois violentes, parfois stressantes, parfois très graphiques, parfois choquantes par leur pouvoir de suggestion.
Car la capacité de Kommissarie Winter à vous donner l'impression d'être Erik Winter est à double tranchant...

Posté par ladyteruki à 23:54 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

24-02-12

lady's world tour - Escale n°4

Si vous vous demandiez pourquoi yavait pas eu de wold tour ce mardi, c'est parce que les world tours n'ont pas nécessairement lieu le mardi. Pis j'ai eu fort à faire. Pis j'ai euh... bah... vous avez même pas commenté partout alors vous pouvez difficilement la ramener de toute façon !
Bon, plus sérieusement, revoilà le world tour, qui va faire des heureux, je l'espère, et des déçus, je le pressens, parce que cette fois j'ai rien trouvé en Irlande alors que je sais que ça fait partie de vos chouchous. Mais on va aller juste à côté, promis, puisqu'on parlera entre autres de l'Ecosse.

Allez, prêts ? Décollage immédiat !

LaCertosadiParma

- ITALIE :
Avis aux amateurs de classiques... les 3 et 4 mars, Rai Uno diffusera la mini-série La Certosa di Parma, autrement dit La Chartreuse de Parme. Au menu, un casting international : le Français Hippolyte Girardot, la Québécoise Marie-Josée Croze, l'Argentin Rodrigo Guirao, et l'Italienne Alessandra Mastronardi. Si vous me lisiez à l'époque sur SeriesLive, il ne vous aura pas échappé que la mini-série a été tournée de mai à juillet dernier, il était donc grand temps de la diffuser ! Pour mémoire, la Rai Uno avait déjà proposé une fiction du même nom en 1982. Sur les sites italiens (dont celui de la réalisatrice Cinzia Th. Torrini), on précise que la fiction est co-financée par France 2, mais aucune source en Français sur le sujet. Cela signifie-t-il qu'on ne verra pas la série en France ? Du coup, si vous connaissez un peu le roman de Stendhal et/ou que vous parlez l'Italien, la diffusion peut vous intéresser...

- AUSTRALIE : famille orpheline
On le disait ce matin, la mesure d'audiences a repris en Australie. Et pour ce premier mois de la saison télévisuelle, Seven avait décidé de frapper très fort en ramenant Packed to the Rafters, sa série phare, dans les grilles, avec deux épisodes consécutifs afin de consacrer cette diffusion attendue (la saison 4 était en effet en pause depuis octobre). Pas de chance pour le network, la série dramatique familiale a raté son retour : les épisodes ont été regardés respectivement par 1,45 et 1,25 million de spectateurs ; ce mardi, le troisième épisode, diffusé seul, en a attiré 1,48 million, ce qui permet de faire une moyenne. Pour une autre série australienne, il n'y aurait là pas de quoi se plaindre, ce sont même des chiffres dont on pourrait rêver. Mais pour Packed to the Rafters, cela signifie une perte d'environ 25% de ses spectateurs par rapport à son début de saison en février 2011. Et c'est très préoccupant, évidemment, même si la réponse est dans l'énoncé : en diffusant la saison en plusieurs morceaux, Seven n'a évidemment pas rendu service à sa série, peut-être un peu trop réputée insubmersible. Preuve est faite que ce n'est plus le cas : la télé réalité en a eu raison, et My Kitchen Rules a dominé la soirée ces deux dernières semaines.

- AUSTRALIE : ABC se penche sur le scandale de l'amiante
Pendant ce temps, ABC continue d'avancer dans ses commandes. Cette fois, c'est une mini-série en deux parties, Devil's Dust, qui commence à prendre forme et notamment à recruter ses premiers acteurs. Cette adaptation du livre "Killer Company" revient sur le scandale de l'amiante de la société James Hardie ; Anthony Hayes (qui interprétait Gary dans The Slap) incarnera un ouvrir qui après des années à travailler l'amiante, trainera la compagnie en justice ; Don Hany (que vous pourrez découvrir dans East West 101 cette année sur arte, si ce n'est déjà fait) sera un avocat qui réalisera la gravité de la situation et mettra en balance la respectabilité de la société avec ses questionnements moraux, et Ewen Leslie interprètera un journaliste qui enquêtera sur l'affaire. Le tournage débutera le 19 mars prochain à Sydney.

Penoza

- PAYS-BAS : une femme dans la mafia
C'est amusant que la nouvelle tombe aujourd'hui parce qu'on va précisément parler du succès de cette série dans le SeriesLive Show de ce soir : la série Penoza, qui met en scène l'épouse d'un mafieux qui, suite à l'assassinat de celui-ci, est déchirée entre la perspective de faire entrer ses enfants dans un programme de protection, ou entrer elle-même dans ce milieu dangereux et ne pas se laisser faire. Alors que la saison 2 de la série est en attente d'une date de diffusion, la chaîne KRO a annoncé la commande d'une troisième saison. La société de production néerlandaise, NL Film, ne manque pourtant déjà pas de travail puisqu'elle planche actuellement sur Moeder, ik wil bij de Revue, une série dramatique en 8 épisodes prévue pour une diffusion cet automne et qui sera un biopic sur Wim Sonneveld, une chanteuse de cabaret, et continue de produire deux teen soaps quotidiens : SpangaS sur NCRV, et Vrijland sur KRO, qui d'ailleurs achèvera la diffusion de sa saison 2 le mois prochain.
Ah et, amis Ozophiles, j'en profite pour signaler qu'on apprenait hier que Lee Tergesen rejoignait le pilote de l'adaptation américaine de Penoza. Juste comme ça, en passant. 

- JAPON : we're not in Wonderland anymore
Vous vous souvenez de la gamine qui jouait dans le dorama Mother ? Si vous avez vu la série, vous ne pouvez pas l'avoir oubliée. Mana Ashida, c'est son nom, 7 ans et certainement pas toutes ses dents, vient de décrocher le rôle principal dans un spin-off de LIAR GAME. Enfin, pas LIAR GAME la série, mais LIAR GAME le film, plus précisément le deuxième où la petite tenait déjà un rôle. La série, prévue pour Fuji TV ce printemps, s'appellera Alice in LIAR GAME, puisque le personnage joué par Mana Ashida portait ce nom ; le personnage en question étant responsable de superviser le fameux jeu malsain qui a fait le succès de la franchise, d'en concevoir les pièges et d'en choisir les joueurs, on changera donc un peu de point de vue, d'autant que le dorama fonctionnera comme un prequel montrant comment Alice a "grandi" pour devenir ce personnage inquiétant. Le second film de LIAR GAME sort dans les cinémas le 3 mars et la série sera diffusée du 5 au 8 ; ça devrait inciter les spectateurs à se ruer dans les salles obscures dés la sortie du film afin de tout comprendre de la série.

- JAPON encore : go, go pseudo-Power Rangers !
Si le nom du studio Gainax vous dit quelque chose, c'est probablement parce que vous touchez un peu votre bille en matière d'animation et que des titres comme Nadia le secret de l'eau bleue ou Evangelion, par exemple, ont pu faire partie de votre prime jeunesse. A compter de 2012, ce nom va désormais également être associé aux dorama, puisque le studio Gainax proposera en avril la série EA's rock, mettant en scène des sortes de Power Rangers sur le retour qui, n'ayant plus matière à sauver la planète, se retrouvent dans un bar où ils pleurent leur gloire passée, à l'exception de la force rouge qui continue de poursuivre sa carrière de superhéros. Moui, ça a l'air euh... particulier, aussi vous ne serez pas surpris d'apprendre que la série n'est pas prévue sur un grand network mais sur une ribambelle de petites chaînes, ainsi qu'au format websérie. Ce qui tombe bien parce que les épisodes ne devraient pas excéder 15 minutes. A tenter à partir d'avril sur TV Saitama, Chiba TV, TV Kanagawa, Mie TV, KBS ou SUN-TV, au choix...

JINisback
- COREE DU SUD : docteur qui ?!
Jin, bien-sûr ! Le dorama nippon japonais que vous devriez tous avoir vu si vous prétendez vous intéresser à la fiction nippone, c'est JIN. Non, je ne me suis pas trompée de pays. Peut-être vous demandiez-vous quand une adaptation allait fleurir, après un si grand succès, dans un pays voisin, eh bien ça y est, Time Slip Doctor Jin est sur les rails, et alors qu'on pensait que la série allait finir sur une chaîne du câble, il semblerait que ce soit MBC qui en ait acquis les droits, avec Jae Jong Hero dans le rôle-titre (souvenez-vous, on a pu le voir dans Sunao ni Narenakute). L'histoire étant, si vous vous souvenez, un élément prédominant dans cette série fantastico-historico-dramatico-médicale, la série sera profondément revue et corrigée afin de coller au contexte coréen. On parle donc d'une vraie adaptation et pas d'un vulgaire remake. Pis j'en profite pour remettre la magnifique promo de la saison 2 de JIN, pour le plaisir.

- ECOSSE : où est le docteur quand on a besoin de lui ?
Cette année, BBC Scotland fêtera ses 50 ans ! La chaîne devrait fêter ça dignement, mais les plus grosses spéculations sur les célébrations se focalisent étrangement sur une série en particulier. Les spectateurs semblent en effet attendre avec impatience que la chaîne rediffuse le tout premier épisode de la série Doctor Finlay’s Casebook, une dramédie médicale lancée en 1962 et qui se déroule dans une ville fictive d'Ecosse à la fin des années 20. Au cours de son existence qui a duré 9 ans et pas moins de 191 épisodes, la série est passée d'1 million de fidèles... à 12 millions ! Elle s'était même exportée dans divers pays de langue anglaise et quelques autres. Après son arrêt, Doctor Finlay's Casebook avait poursuivi sa carrière à la radio jusqu'en 1978. Le problème, c'est qu'aucun DVD n'a jamais été édité pour la série ; une intégrale serait très difficile à sortir puisque seuls 66 épisodes ont survécu au poids des années. On imagine quand même assez facilement que ça ferait bien plaisir à tout le monde que dans le cadre de son anniversaire, BBC Scotland face le cadeau d'une petite rediff en faisant avec ce qu'elle a...
Ah pis, tant que je tiens les Whovians, sachez que, oui, notre Ecossais préféré David Tennant y est apparu à plusieurs reprises. Ca y est, je vous ai donné envie, là ?

- CANADA : Hulu perce le mystère des Guidestones
A l'heure où de plus en plus de services de VOD se lancent dans les séries, et où se préparent les premiers Digital Upfronts (pour Hulu, Youtube et quelques autres), il n'est pas anodin de garder un oeil sur les acquisitions des sites internet, qui ambitionnent visiblement de se poser comme de réelles alternatives aux networks (même si évidemment on n'y est pas [encore]). Outre les commandes originales, à l'instar de Lilyhammer pour Netflix dont on va évidemment reparler (ne serait-ce que ce soir dans le SeriesLive Show), il faut aussi noter que les achats de programmes deviennent plus fréquents. C'est le cas pour la websérie Guidestones, qui a démarré ce mois-ci et dont Hulu vient d'acquérir les droits à la fois pour les USA et le Canada ; la série apparaitra sur le service au printemps sous une forme légèrement différente de celle, "interactive", qui est actuellement en place : elle est actuellement prévue pour 50 épisodes de 3mn et passeraà 34 épisodes d'une durée équivalente. On tente d'y percer le mystère des Georgia Guidestones, l'équivalent américaine de Stonehenge dont vous ignoriez même l'existence ; la série est tournée à Toronto, aux States et en Inde, et son intrigue est prévue pour 3 saisons. Jusque là, c'étaient des marques qui sponsorisaient la production de la série (dont Coca Cola ou la franchise Pizza Pizza), dont le tournage devrait reprendre avant la fin de l'année.


J'espère n'avoir rien loupé de vital mais, au pire, vous me connaissez, je ferai un deuxième tour du monde rien que pour vous !

Posté par ladyteruki à 20:36 - Love Actuality - Permalien [#]