ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

21-02-13

God complex

Tenir un blog a de multiples avantages ; l'un d'entre eux est qu'il sert ultérieurement d'aide-mémoire pour les séries qu'on a regardées mais qui n'ont pas marqué le téléphage.

...Evidemment, cette technique a ses défauts, la principale étant qu'il faut encore écrire le post après avoir vu la série en question. Quand même. Or, pour plein de séries, je ne le fais pas ; Seed est un excellent exemple, quoique récent. Monroe en est un autre. Je me rappelle avoir vu les deux premiers épisodes, puis m'être lassée, mais je n'ai pas écrit à ce sujet ; le temps a passé et désormais je suis incapable de me souvenir pourquoi la série m'a lassée, beau boulot. Même à raison d'un post par jour on arrive à ce résultat, c'est désespérant.
Alors qu'arte diffuse la première saison de Monroe ce soir et jeudi prochain, je me suis dit que c'était une bonne opportunité pour, cette fois, laisser une trace de mon visionnage, for future reference. Mais comme je serai occupée quand commencera la diffusion (le #SmashEnsemble se réunit, et je ne changerais pour rien au monde), il a fallu ruser et j'ai donc revisionné le pilote de mon côté. Ceci est donc, une bonne fois pour toutes, mon post sur le premier épisode de Monroe. Nan mais.

Monroe-Aureole

Il faut dire que Monroe n'est pas la série la plus originale qu'on puisse imaginer : on y suit Gabriel Monroe, un neurochirurgien particulièrement arrogant, (et pourtant, l'arrogance fait partie de la fiche de poste d'un chirurgien !) dont on va suivre dans le pilote deux opérations ainsi qu'un petit bout de vie privée. L'idée directrice de ce pilote est de nous montrer un personnage d'une confidence pour le moins débordante en des capacités sans défauts, puis de nous faire toucher les limites de sa toute-puissance.
Difficile, et pourtant un peu capilotracté, de ne pas rapprocher Monroe de Dr House. La comparaison est injuste, je vous l'accorde, mais il émane de Monroe (toujours envoûtant James Nesbitt ; faudrait que je me refasse Jekyll un de ces quatre) un tel charisme, une telle énergie, et aussi, quelque chose de sombre bien que de difficilement palpable, qu'on en revient toujours à l'associer un peu à l'éclopé de service. Il faut dire que le Dr Monroe a la fâcheuse manie d'avoir une repartie irréprochable, un grand sens de la formule, et une certaine désinvolture vis-à-vis des cas rencontrés, qui évoquent pas mal son cousin "américain", même si, dans ce premier épisode, Gabriel est très loin des excès de Gregory, et n'atteint pas les mêmes abimes.

Cette assurance, cette arrogance dont Gabriel Monroe fait preuve aurait même de quoi agacer. A une époque où un héros de série se doit d'être un anti-héros profondément faillible voire détestable, il est même assez destabilisant de voir 95% de l'épisode dédié à nous démontrer combien le chirurgien est talentueux ; il traine par exemple dans son sillage une paire d'internes devant lesquels de toute évidence il est ravi de faire étalage de son expérience, son savoir-faire et sa verve, joue le paon paternaliste devant une patiente pour laquelle immédiatement il se prend d'affection, donne des conseils au mari de celle-ci, et ainsi de suite. C'est très irritant. Mais en même temps, très divertissant ! On ne peut pas vraiment lui en vouloir, parce qu'effectivement, il est bon, le bougre. Et puis drôle. Et franchement sympa.
Je me souviens vaguement que lors de mon premier visionnage, je trouvais ça finalement assez rafraîchissant d'avoir une série qui ne tente pas de nous démontrer par a+b que le personnage cache une âme noire sous des dehors sympathiques ; une impression d'ailleurs renforcée par le rythme entraînant de l'épisode, sa réalisation truffée de filtres et de lense flares, et sa petite musique comme sortie tout droit d'un dorama. Sérieusement, si la musique de Monroe ne vous casse pas les pieds, vous êtes prêts pour une série japonaise grand public. Mais lors de mon revisionnage, c'était le contraire ; il faut dire que Monday Mornings et, dans une moindre mesure, Brain, sont passées par là, et que, comparativement, Gabriel Monroe semble manquer de profondeur ou, au moins, d'aspérités. Il ne remet jamais en doute ni sa pratique, ni ses rapports avec ses collègues ou subordonnés, ni évidemment sa relation avec sa famille proche.

C'est là que va se produire la rupture, précisément. Le pimpant Dr Monroe va manquer à ses obligations de père, on découvre qu'il a aussi manqué à ses obligations de mari, et que jusque là, il ne s'en était pas vraiment formalisé. En fait, à mesure qu'on en apprend plus sur le background de son couple, on découvre que le Dr Monroe est aussi arrogant dans sa vie privée qu'il l'est dans sa vie professionnelle, ce qui à la réflexion ne devrait pas nous étonner autant, mais ça le fait quand même ! Difficile de déterminer, sur la seule base du pilote, si Gabriel Monroe est très résilient, ou si tout simplement c'est un inconséquent devant l'Eternel ; en tous cas, il a présumé que sa femme était elle aussi passée à autre chose, et il a eu tort.
Quand vient le moment pour lui de faire face aux conséquences d'actions datant d'il y a plusieurs années, on découvre avec surprise qu'il continue de faire la bravache. Alors d'un côté, certes, c'est bien que l'homme s'efface derrière le médecin, et qu'en parfait professionnel, il ne laisse pas sa situation personelle l'empêcher de faire parfaitement (bien-sûr, parfaitement) son travail voire même un peu plus. Mais là encore, il manque la faillibilité totalement humaine qui fait quand même tout l'intérêt d'une série médicale.
En-dehors d'une scène de cloture ponctuant l'épisode sur une note moins guillerette, rien, donc, n'indiquera que Monroe a été touché par la déconvenue personnelle qu'il a rencontrée dans l'épisode.

Paradoxalement, ça devrait agacer énormément, être décourageant... et pourtant non. Peut-être qu'avec un autre acteur, on n'aurait pas cette impression, mais Nesbitt parvient à éviter de rendre ce personnage sur lequel les drames glissent pour nous laisser imaginer qu'il y aura quelque chose à voir plus tard, qu'à un moment, Monroe va se fissurer. A tort ou à raison, c'est un autre débat.

On pourrait imaginer que, dans le fond, ce n'est pas l'objet de Monroe que de s'intéresser aux failles du personnage. J'ai comme un doute : les petites affaires des internes se cantonnent, au stade du pilote, à de petites anecdotes négligeamment glissées dans des scènes de façon à inciter Gabriel Monroe à être plus piquant, plus drôle, plus charismatique. Si jamais c'était possible. On sent que l'un de ces personnages pourrait donner quelque chose de bien, mais difficile de miser sur cette intuition. Les bisbilles de Monroe avec la chirurgienne cardiaque qui est la seule à ne pas lui vouer un culte restent badines, même si on soupçonne qu'elles pourraient conduire à une relation moins monochrome. Quant au meilleur ami de Monroe, il est d'une transparence assez affligeante.
L'attention du spectateur est-elle dirigée vers les actes de chirurgie et les cas rencontrés ? Pas beaucoup plus. La facilité déconcertante avec laquelle Monroe (en dépit de son speech en début d'épisode sur les risques encourrus) accomplira ses deux opérations démontre bien que là encore, la série ne voit pas d'enjeux. En fait, la neurochirurgie, c'est tellement simple, que notre super-médecin prendra même le temps de jouer l'assistante sociale et/ou le confident pour ses patients !
Non, clairement, Monroe ne s'appelle pas ainsi par facilité, mais bel et bien parce que son objet est le Dr Monroe, à prendre ou à laisser.

J'avoue n'avoir pas un souvenir très clair du deuxième épisode (ça date), mais évidemment, la session de rattrapage est toute trouvée avec la diffusion en France, et du coup je ne me fais pas de soucis, je vais rapidement me rafraîchir la mémoire.
Donc : Monroe, trois épisodes, ce soir sur arte... si je ne me lasse pas avant.

Monroe-Promo

Posté par ladyteruki à 12:13 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-11-12

X-posé

Il est extrêmement rare que je parle des livres que je lis ou des films que je regarde, et, quand je le fais, il est encore plus rare que je fasse un follow-up. Mais après avoir parlé de la franchise cinématographique X-Men (pour ceux qui l'auraient loupé, ce post est ici), j'ai acheté le seul ouvrage que j'avais trouvé sur le sujet, et je voulais vous en toucher deux mots.

Ce livre, c'est "X-Men and Philosophy : astonishing insight and uncanny argument in the mutant X-verse" (I see what you did there...), et c'était ma lecture de la semaine.

Et meeerde, on est jeudi soir, qu'est-ce que je vais lire demain, ça va fausser toute ma belle organisation de lecture hebdomadaire ?!

XMenandPhilosophy

Vu que mes interrogations au début du mois portaient sur l'absence de littérature permettant au néophyte d'entrer dans le monde très touffu de l'univers X-Men, où un glouton ne retrouverait pas ses petits. Quand on n'a pas la chance de lire les comics depuis les années 60 et qu'on veut aller plus loin que les films, comment procéder, sachant que tout le monde n'a pas le temps (ni le budget) de s'envoyer plus de 500 tomes de comic books ? Voyons cela en quelques questions.

- A quoi ressemble ce bouquin ?
A un recueil d'essais. Comme apparemment tous les ouvrages de la collection "...and Philosophy", (oyez, oyez téléphages, il y en a sur Lost, Mad Men, 30 Rock, Dr House ou encore Arrested Development apparemment ; pour ma part je pense m'envoyer celui sur Battlestar Galactica dans un avenir proche), ces ouvrages sont avant tout une compilation de réflexions par des auteurs variés, chacun sur un sujet différent (les sujets sont regroupés par chapitres thématiques plus globaux), et avec un ton qui lui est propre. L'avantage c'est que ce ne sont pas 230 pages de monologue philosophique pompeux, mais que, chacun se sachant limité en espace, et les thèmes étant très diversifiés, on peut sans peine lire un texte, puis un autre un chapitre plus loin, revenir en arrière, etc... Aucune chronologie ni interdépendance entre les essais (tout au plus quelques rares renvois pour creuser une question rapidement soulevée pendant un paragraphe), entre 10 à 15 pages pour chaque texte, sont des ingrédients qui permettent potentiellement une grande liberté de lecture. Je l'ai pris dans l'ordre sans chercher à pinailler, mais je pense que c'est bon de savoir qu'il existe une autre option.

- Est-il malin de lire X-Men and Philosophy quand justement on ne connaît pas grand'chose de l'univers ?
C'est une question que je me suis posée avant l'achat. Le fait qu'il y ait plusieurs textes, de plusieurs auteurs, sur différents thèmes, répond à la question à la normande : parfois oui, parfois non. Mais en-dehors d'un auteur qui se croit suffisamment malin pour fanfaronner, en substance,"et si vous ne connaissez pas cette intrigue, eh bah allez la lire et revenez me voir", tous font preuve d'assez de pédagogie pour nous donner les éléments nécessaires à la compréhension de leur texte, quand bien même des références sur le support d'origine serait manquantes au lecture.

- Les auteurs ont-ils lu les comics ou juste vu les films ?
Là encore ça dépend des auteurs. Certains touchent vraisemblablement leur bille, et maîtrisent les tenants et aboutissants d'intrigues uniquement éditées au format papier pour le moment (je dis pour le moment car Bryan Singer bosse sur une adaptation de Days of the Future Past, d'ailleurs j'ai encore plus envie de voir ce film de la franchise maintenant !), d'autres se sont visiblement contentés de regarder les films, voire, parfois, je le suspecte, juste un ou deux, et pour autant cela fonctionne très bien. Selon votre degré de connaissance de l'univers X-Men, vous vous sentirez probablement plus d'affinités avec certains auteurs que d'autres. C'est tout-à-fait normal, mais avec les autres, l'intérêt de votre lecture n'en sera pas diminué, rapport à l'aspect pédagogique évoqué plus haut notamment.

- Cet ouvrage a-t-il pour objectif de disséquer la philosophie évoquée dans la franchise, ou prend-il le prétexte de parler d'un phénomène de popculture pour en réalité fournir un ouvrage à vocation uniquement philosophique ?
On se rappelle qu'effectivement c'est extrêmement rédhibitoire pour moi que de prendre un support pour prétexte juste pour pouvoir justifier de vendre un ouvrage sur la philosophie. Eh bien, là encore, devinez quoi : ça dépend. Un nombre très restreint d'essais montrent, de par le faible niveau d'implication de l'auteur dans la franchise, les rares références à de vrais éléments (par opposition à un simple name-dropping), et même, une fois, le ton du texte, prouvent que les auteurs sont là pour parler de concepts philosophiques et certainement pas de X-Men. Mais en règle générale, même si c'est à un degré variable, les auteurs se donnent quand même du mal pour tirer leurs questionnements de l'univers, au lieu de simplement utiliser l'univers comme exemple pour leur cheminement de pensée. Et dans ce cas-là, c'est intéressant, mais c'est pas du tout ce que je viens chercher, je l'admet.

- Et euh, je veux pas avoir l'air tout-à-fait intellectuellement paresseux mais... c'est chiant à lire à quel point ?
Ouais, je sais bien ; moi non plus les cours magistraux de philo, c'était pas ma tasse de thé. Et j'ai fait L, alors on en avait pour 8h par semaine à tirer. Je comprends. Bon, je vous rassure, globalement c'est un bouquin fascinant. Alors après, je vais vous refaire une réponse à la normande : parfois, notamment quand les auteurs ne font que semblant de s'intéresser aux X-Men (je donnerai pas de noms, mais yen a un qui vraiment n'y met pas du sien), et qu'il s'agit juste d'écrire un essai prise de tête et complexe sans même faire totalement l'effort de vulgariser les concepts, eh bien, bon, parfois, c'est un peu chaud.
Mais en grande et large majorité, les textes sont intéressants, bien écrits, et pour certains, même, truffés d'humour (il y a deux-trois auteurs qui peuvent légitimement se reconvertir dans le stand-up), rendant la lecture très sympathique. Qui plus est, la variété des auteurs apporte aussi quelque chose de plus inattendu : le sujet choisi. L'un d'entre eux choisit de parler de la façon dont Deadpool a conscience de sa propre existence en tant que héros de comics, et au final, non seulement on a droit à une explication de texte extensive des BD, mais en plus, on a tout simplement un cours sur la narration en matière de bande-dessinée ! Pour un autre, on aura droit à un suivi très linéaire des deux intrigues principales de Layla Miller, avec en fait une explication de texte poussée. Pour un troisième, c'est un renvoi constant entre les problématiques posées par Mister Sinister et ses expérimentations génétiques qui permettra de dresser une sorte d'inventaire des problématiques dans ce domaine. Une autre auteur picorera au contraire des dizaines d'exemples pour parler de la condition féminine dans X-Men. Et ainsi de suite. Chacun son sujet, son angle, son point de vue. Ca donne une lecture toujours pleine de surprise, où la routine ne s'installe jamais, et qui dépasse, surtout, le simple principe de parler de philosophie.
Mais pour ce qui est des concepts eux-mêmes, tels qu'abordés dans le bouquin, bon, c'est sûr que ça change de la lecture de Voici/Voilà/Voilou dans le métro, hein, on va pas se mentir. Pourtant, c'est tellement souvent bien troussé qu'on se laisse facilement embarquer dans des sujets parfois complexes et denses. Certains essais méritent, je vous le dis tout net, de préférer lire un paragraphe ou deux au calme. Mais globalement, je lisais dans le métro et ma compréhension des idées avancées et disséquées n'en était pas altérée (pourtant j'ai la capacité de concentration d'un enfant de 2 ans quand je suis dans le métro, j'entends même les gens mâcher du chewing gum de l'autre côté du wagon).
Et puis, allez, on est entre nous, hein : si un chapitre vous donne mal au crâne, je suppose que vous pouvez le zapper (enfin, euh : y revenir plus tard, bien-sûr, héhé), personne ne le saura ! Pour ma part je n'en ai eu envie qu'une fois, et quand j'ai décidé de ne pas le faire, je ne m'en suis pas portée plus mal.

- Bon mais alors, surtout : peut-on apprendre des choses sur l'univers X-Men en lisant X-Men and Philosophy ?
Oui. Oui, oui, oui et oui. J'ai appris plein de choses sur certaines storylines, comme House of M qui me fascine, ou Days of the Future Past justement. Bon, ça n'a pas l'air non plus d'être les intrigues les plus obscures de l'univers X-Men, mais n'empêche, c'est déjà ça. Ponctuellement, les chapitres les plus ambitieux sur cet angle sont aussi capables d'aborder des personnages absents, ou au mieux totalement secondaires, dans les films, tels qu'Apocalypse, Madrox, Layla Miller, Kitty Pryde, Angel, ou encore Deadpool (bon, pas forcément sur l'angle qui me fascinait le plus, mais c'est pas une raison). Toutefois, ce n'est pas la vocation de ce livre que de vous permettre de parfaire votre connaissance du sujet, c'est plus à prendre comme un copieux bonus non-négligeable.

Alors évidemment, il manque toujours un immense ouvrage qui ne ferait que de l'explication de texte, par exemple. Qui synthétise la timeline des intrigues principales de la série. Qui décide de tout simplement proposer une intrigue inédite sous forme de roman (apparemment ça a été le cas dans les années 90 mais d'une part, c'était une période si faste pour la franchise que je doute qu'un néophyte puisse commencer par là, et puis d'autre part, bonne chance pour mettre la main dessus, ça doit être méchamment collector). Je n'ai pas encore trouvé l'encyclopédie qui me permettrait de feuilleter quelques pages de temps à autres pour m'impregner de l'univers, ou le recueil de citations qui me servirait à prendre la mesure de certaines profondeurs atteintes au détour d'un comics, comme j'ai pu le faire pour Star Trek (ma façon de découvrir cette franchise reste mon idéal pour appréhender un univers popculturel complexe, je dois dire).

Mais pour autant, si le monde des X-Men vous intéresse, et que vous aimez bien une lecture intelligente en prime, je recommande cet ouvrage. Testé et approuvé.

Voilà et maintenant j'ai rien à lire pour demain, je vais être d'une humeur de chien. Je pourrais le prendre avec philosophie... mais bizarrement, non.

Posté par ladyteruki à 23:25 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

08-11-12

C'est tout dans la tête

Mes tentatives pour me réconcilier avec la télévision sud-coréennes sont assez aléatoires. Pour un White Christmas, combien de Kkotminam Ramyeongage ?
Mais alors que je faisais des fouilles en matière de séries venues de Singapour et de Hong Kong (des fictions asiatiques susceptibles de parler anglais, donc... j'ai notamment mes vues sur The Kitchen Musical qui finira bien par sortir en DVD un jour vu son succès), je suis tombée sur le DVD de Brain, une série sud-coréenne dont j'avais entendu du bien, et dont le pitch tendait à indiquer que de romance il n'y aurait point ! Or la romance systématique, c'est ma pomme de discorde avec la Corée du Sud ! Pire : ma kryptonite ! Ni une ni deux, j'ai commandé le DVD, à plus forte raison parce qu'il comportait des sous-titres anglais.

Brain

Brain se déroule dans l'hôpital universitaire de Chunha, qui forme [évidemment] la crème de la crème des médecins de demain ; en particulier, son service de neurochirurgie est très prisé par les étudiants en médecine souhaitant se spécialiser. L'épisode commence un peu comme les plus grands procedurals de la planète, avec une très classique entrée en matière qui nous permet d'assister à une exceptionnelle performance d'un nageur dans une piscine de la ville ; tandis que l'athlète fait l'admiration des simples péons venus faire trois brasses dans le grand bain, sur le côté, un homme un peu rondouillet s'effondre : il sera notre patient, naturellement, et nous l'accompagnons alors qu'il est emmené de toute urgence à Chunha, où sa rupture d'anévrisme doit être traitée dans les meilleurs délais.
Jusque là rien que de très classique, mais quand c'est le jeune résident Dr Ganghun Lee qui décide de l'opérer au lieu d'appeler un senior, une partie du personnel médical tique un peu.

Sûr de lui, Ganghun Lee va donc se dépêcher de faire libérer une salle d'opération, se préparer consciencieusement, et opérer accompagné de ses internes, lesquels sont ébahis par son assurance, son audace et son sang-froid même quand les choses commencent à mal tourner.
Car elles tournent mal. Subitement, une hémorragie l'empêche de finir d'oblitérer l'anévrisme ; alors que le patient se vide de son sang, le Dr Lee semble incapable de trouver la source de ce saignement, inquiétant tout les jeunes internes et les résidents massivement agglutinés dans la salle d'observation. Bien qu'il poursuive son opération sans ciller, un autre résident, le Dr Seo, décide de discrètement avertir le professeur Kim, un expert mondialement renommé qui consacre une grande partie de son temps à la recherche sur les tumeurs. Pendant que les internes, les résidents, et désormais le professeur, assistent avec angoisse à la tournure de l'opération, le Dr Lee a fait appeler le chef du service, le Dr Go ; quand ce dernier arrive, Lee a quasiment tout réglé : il ne reste plus qu'à installer la petite pièce métallique finale qui achèvera de fermer l'anévrisme.

Pendant toute cette scène, il est clair que le spectateur, qui s'est aussitôt rangé du côté du Dr Seo (l'attitude hautaine et arrogante de Lee empêchant toute affectivité), est convaincu que cette enflure de Dr Lee va avoir la monnaie de la pièce. Pour avoir été trop sûr de lui, trop empressé à conduire sans supervision une opération minutieuse et sensible, il va tout perdre, c'est certain. C'est dans l'ordre des choses : il faut être humble, travailler dur, et attendre d'être prêt ; Ganghun Lee a voulu aller trop vite, il va récolter ce qu'il a semé.
Mais le Dr Lee a une longueur d'avance sur nous. Sur tout le monde. Et non seulement il est sûr de lui, et d'un sang-froid hallucinant, mais en plus, il a raison ! Quand le Dr Go débarque, le patient se porte comme un charme, il ne reste plus qu'à faire une petite manipulation minable, indigne d'un chef de service. La réaction ne se fait pas attendre : le Dr Go décrète à voix haute que pareille tâche n'est pas digne de lui, que Lee est suffisamment compétent pour s'en charger vu qu'il a parfaitement mené l'opération jusque là (il ignore que quelques minutes avant son entrée dans la salle d'opération, le patient pissait le sang...), et que désormais, Lee pourra faire ses opérations sans supervision : il a sa bénédiction.
Et devant le service tout entier, excusez du peu.

Soudain il apparait que l'intention de Brain n'est pas de parler de médecine, mais de l'ambition des médecins.

Ganghun Lee a parfaitement joué son coup (certes avec un max de culot et peut-être une petite part de chance) pour être désormais reconnu comme un médecin accompli par la hiérarchie.
Avec cette entrée en matière un peu longue, en apparence un peu scolaire dans le déroulement des séquences (on pensait assister à une opération comme une autre, ensuite on se dit que ça se trouve on est là pour assister à un rappel à l'humilité d'un chirurgien...), et dont on ne nous passe pas le moindre détail médical explicite puisque la camera observe plus l'opération que les médecins (en cela, cela m'a un peu rappelé le début de Before and After Seonghyeongoekwa, ne s'embarrassant pas de montrer les manipulations dans toute leur crudité), Brain établit en fait les bases d'un système politique interne à l'hôpital, où l'arrivisme compte autant que les compétences.

La suite du pilote sera consacrée à insister en ce sens, en montrant non seulement comment désormais Ganghun Lee va se considérer arrivé, et va user de son pouvoir avec les jeunes médecins placés sous son autorité, mais aussi comment le Dr Seo va progressivement se placer sur sa route, comment le Dr Ko va au contraire encourager son poulain, et comment, dans tout ça, le très compétent et très humain Pr Kim va se montrer être un exemple de praticien dévoué.

Cela ne veut pas dire, à aucun moment, que le Dr Lee ne compte que sur ses dents longues pour progresser professionnellement. Derrière son ambition se cache également beaucoup de travail et de renoncement.
Même s'il n'est pas le "gentil" de notre histoire, Ganghun Lee est notre héros, ou plutôt évidemment un anti-héros. Ce n'est pas un monstre comme le Dr Kelso (oui je me suis jeté quelques épisodes de Scrubs derrière la cravate, récemment), ce n'est pas un homme profondément blessé comme la figure emblématique de Dr House (même si évidemment, le point de départ de sa volonté de faire de la médecine s'explique par son background, on ne peut pas y échapper). Et j'ai apprécié que Brain prenne vraiment un parti original et personnel dans sa façon d'aborder un personnage qui, clairement, n'attire pas la sympathie ni de son entourage (mais il s'en fiche), ni des spectateurs (et ça c'est plus compliqué, déjà).
Sa mère et sa soeur, par exemple, sont devenues des étrangères pour lui ; ce n'est pas vraiment qu'il les méprise, simplement il ne veut pas avoir de connexion ni de temps pour elles. Il n'a tissé de lien avec personne à l'hôpital, si ce n'est le Dr Ko, mais c'est évidemment à dessein ; cela ne se traduit même pas par une quelconque forme d'obséquiosité, car Ganghun Lee veut essentiellement se faire remarquer pour ses compétences, il est simplement très habile lorsqu'il s'agit de les mettre en avant, on l'a vu. Et puis, alors qu'il semble n'avoir pas cligné de l'oeil une seule fois depuis des heures et des heures, il est clairement impliqué dans une amélioration constante de ses capacités, un entretien régulier de sa résistance physique, et une mise à niveau permanente de ses connaissances médicales. Ganghun Lee n'est pas un surhomme, mais c'est un homme tout entier dédié à son but. Il est peut-être insupportable pour ses internes ou les autres résidents, mais il se veut irréprochable et travaille de façon acharnée à atteindre une certaine sorte de perfection.
En décidant de tout sacrifier, de tout occulter au nom de son ambition, Ganghun s'ampute d'une part d'humanité pourtant inhérente à son rôle de soignant. C'est aussi ce que cherche à dire Brain, qui nous rappelle, via la présence du Dr Seo et du Pr Kim, que le contact avec les patients est important aussi ; à défaut de faire toute la différence dans la guérison d'un patient, cela fait en tous cas toute la différence dans la relation qu'a le malade avec celui qui le soigne.

Naturellement, ce n'est pas un simple boulevard qui s'ouvre au Dr Lee dans ce premier épisode. Des rappels à la réalité lui seront, à coup sûr, assénés, à bien des égards.
D'abord parce que la situation financière du service de neurochirurgie va inciter la hiérarchie à braquer les projecteurs sur le Pr Kim, afin de s'assurer que ses recherches font de lui le centre d'attention de l'hôpital, attirant ainsi une certaine réputation et donc une certaine clientèle. En volant ainsi, sans le vouloir, la vedette à Lee, Kim va forcément réveiller la bête qui sommeille, mais d'un oeil seulement, derrière l'apparence maîtrisée de Ganghun Lee.
Et puis, le vernis est voué à se craqueler, nécessairement. La faute n'a pas été commise au début du pilote par Lee : ça n'est que partie remise. Il suffira d'une fois, d'une seule, d'une seule petite faute, même mineure : être un peu trop arrogant, trop sûr de sa supériorité, ne lui sera jamais pardonné maintenant qu'il a tout fait pour s'élever si haut et si vite.

Brain-Promo

Comme la plupart des séries sud-coréennes, Brain ne peut pas s'empêcher, outre la problématique posée par le comportement de Ganghun Lee, d'être un ensemble show : c'est dans son ADN. On trouve donc, dés ce pilote, et avec la certitude qu'ils vont se développer, d'autres axes narratifs et d'autres pistes de réflexion.

Il y a d'abord l'incontournable personnage féminin. Ah oui, au singulier ! Mais l'avantage c'est qu'elle est multifonctions, puisque la jolie Dr Jihye Yun va à la fois servir d'enjeu romantique (je vous laisse deviner l'expression sur mon visage), de personnage un peu plus humain et naturel (limite chouineuse de mon point de vue, mais je me sais assez réfractaire au surjeu de certaines actrices asiatiques) et d'argument sur, justement, la place des femmes dans un monde très masculin.
Jihye (que tout le monde appelle par son prénom, au passage) est à la fois en formation dans le service de neurochirurgie, et assistante du Pr Kim, qu'elle respecte et qui, apparemment, la respecte également ; ils partagent une relation de connivence, bâtie autour des recherches qu'elle l'aide à effectuer et qui sont en net progrès. Malheureusement, Jihye est aussi une femme au tempérament assez peu rangé, qui n'hésite pas à toujours dire ce qu'elle pense et laisser s'exprimer ses émotions, qu'il s'agisse d'instinct, d'inquiétude... ou de colère. Clairement, on est dans un classique des personnages féminins de Corée du Sud ces dernières années, dans lesquelles bien-sûr la jeune femme n'a pas la langue dans sa poche et ne comprend pas toujours le sens du mot diplomatie. Une personnalité qui ne pouvait que faire des prodiges face au self-control entretenu par le Dr Lee, qui tente de la remettre à sa place !

On assistera donc à une scène assez glaciale pendant laquelle, une fois de plus, elle a protesté ouvertement contre sa façon de traiter ses subalternes, et Lee lui assène une cinglante vérité : "Vous venez à une réunion de spécialistes sur deux ou trois, et vous n'êtes jamais là quand je viens pour observer. Alors vous êtes occupée, bien. Mais si vous faites l'impasse sur les réunions, vous devriez travailler encore plus dur. Est-ce que vous le faites ? Non. Vous êtes une résidente de troisième année, et pourtant vous faites des erreurs sur les dossiers des patients. Vous donnez les mauvais ordres, et vous ne répondez jamais à mes questions. Les femmes comme vous, je les connais. Vous vous arrangez pour vous glisser dans un domaine principalement masculin simplement grâce à l'agressivité et la chance. Et vous demandez des droits, et l'égalité, prenant tout ce que vous pouvez, mais fuyant les responsabilités, en faisant faire aux autres ce que VOUS êtes supposée faire". Allez, mange. Cette critique aux relents un peu sexistes semble d'abord déplacée ; mais venant du Dr Lee sans coeur, faut-il être surpris ? D'autant que très vite, le Dr Yun s'est positionnée comme un personnage sympathique, avec lequel l'identification est, comparativement, beaucoup plus facile.
Mais à mesure que l'épisode progresse, les propos du Dr Lee prennent un sens nouveau. Même si ce n'est pas conscient, le Dr Yun profite des bonnes prédispositions de certains médecins à son égard, qui lui accordent plus d'attention : le Pr Kim, qui visiblement la considère comme un atout dans ses recherches, et qu'elle accompagne également pendant ses rondes ; et le Dr Seo, qui visiblement a un faible pour elle et qui est prêt à croire tout ce qu'elle dit sans la remettre en question. Et finalement, c'est vrai : en tant que femme, Jihye tire partie d'une certaine part de privilèges, quand bien même elle ne fait rien tout spécialement pour se les attirer.
Derrière la question amoureuse ainsi effleurée se cache donc une problématique intéressante... OUF !

Il faut aussi ajouter à ces deux personnages toute une galerie d'internes (généralement d'une docilité à toute épreuve face au panache de Ganghun Lee), de résidents, et d'infirmières, esquissant les relations professionnelles de tout un hôpital.
Dans cette série médicale, l'enjeu n'est justement pas le volet médical : il est acquis, parce que l'hôpital de Chunha est l'alpha et l'omega de la formation médicale, que tout le monde ici a un niveau minimum. Nous ne nous intéressons pas, ou si peu, aux patients : leur sort nous importe uniquement lorsqu'en dépendent les influences fluctuantes des médecins. L'enjeu n'est pas de souffrir avec eux, ni même d'espérer qu'ils guérissent ; d'ailleurs, lorsqu'on suppose (qu'on espère ?) secrètement que Ganghun Lee va tout foirer pendant l'hémorragie, on en viendrait presque à vouloir que le patient claque sur la table d'opération.

La question que pose Brain, c'est : qu'est-ce qui fait un bon médecin ? Tout est, vraisemblablement, dans l'équilibre.
Le Dr Ganghun Lee a, c'est évident, bien des qualités pour être l'un des meilleurs, et l'une d'entre elles, non des moindres, est qu'il ne souhaite rien plus au monde. Mais même l'excellence de sa technique, son sang-froid incomparable et son sens aiguisé de la hiérarchie hospitalière ne suffisent pas vraiment. A contrario, constamment dans l'émotionnel, le Dr Jihye Yun ne peut prétendre aux honneurs tant qu'elle n'apprend pas le contrôle, justement. Les recherches pointues et prometteuses du Pr Kim avancent, certes, mais en se détournant en partie des opérations, il n'est pas assez ostensiblement brillant, alors que le Dr Go cherche clairement des "stars" à mettre en avant auprès des VIP...
A travers son regard sur la politique interne des hôpitaux, Brain veut poser la question d'un idéal qui semble impossible à atteindre précisément si on s'y dédie. Que faire de tout cela quand il faut aussi s'auto-former, se perfectionner, entretenir un semblant de vie sociale et/ou familiale, et, chose non-négligeable, dormir ? Cette dernière question sera soulevée en filigrane par de mini-scènes insistant sur un interne qui passe son temps à s'endormir sur son travail... pour l'instant il n'a mis personne en danger, mais qui sait ?

Une parenthèse, comme c'est la coutume, sur mon fournisseur du jour. Il s'agit de HMV Hong Kong, choisi sans grande raison particulière si ce n'est tester le service en vue d'achats futurs (il y a aussi des séries nippones qui trainent sur le site, et toujours avec des sous-titres anglais, je ne vous dis que ça). En dépit de son impraticabilité, puisqu'il faut apparemment parcourir la rubrique séries sans possibilité de trier les résultats ni même un système de classement alphabétique (seule solution si vous savez ce pour quoi vous venez : la fonction recherche), et qu'en plus les séries de plusieurs pays sont mélangées dans cette même catégorie, on y trouve un grand choix qui a de quoi mettre l'eau à la bouche.
Sur le volet financier, le coffret de Brain a coûté 42,27€, frais de port compris. La commande a été livrée en très exactement 8 jours, ce qui est pas mal vu le kilométrage effectué. L'objet majeur de mon admiration ira cependant à l'emballage : le coffret était dans du papier à bulle, fermement arrimé dans un carton à la Amazon, avec en plus une enveloppe renforcée pour faire le transport par-dessus le marché. Mieux, on peut pas.
Si le coffret en lui-même est un bel objet (boîte cartonnée et dépliable avec une fermeture aimantée, très belles illustrations reprenant la plupart des posters promotionnels de la série, il me faut quand même préciser l'encodage un peu pourri, mais aussi l'image au 4/3, qui d'après ce que j'ai lu est la façon dont ça a été diffusé à Hong Kong donc passe pour cette fois (quand on achète à l'étranger, c'est le jeu ma pov'lady !). M'enfin au moins, vous êtes prévenus.
Mais en mettant de côté ce léger soucis (et puis ça se verrait ptet moins sur ma télé que sur mon ordi, j'ai pas encore essayé), ça valait quand même le coup de faire cet achat, ne serait-ce que pour les sous-titres anglais d'excellentes facture. Je confesse avoir eu peur de tomber sur des fastsubs, j'avais du mal à croire qu'il s'agisse d'un DVD "officiel" (fut-il édité dans un autre pays que celui qui a vu naître la série), mais force est de reconnaître que c'est un investissement relativement fiable ; il faut dire que je suis relativement peu regardante sur la qualité d'image. Donc banco, je recommande.

L'univers de Brain s'avère foisonnant, passionnant, et complexe. Les quelques facilités sont facilement excusées par la volonté claire de poursuivre une discussion sur l'exercice de la médecine. On dit souvent de cette discipline, et en particulier la chirurgie, est soumise à une rude compétition... c'est ce que veut aussi nous raconter Brain, et grâce à cette course à la réussite, l'excellence et la reconnaissance, le pilote promet d'aborder des questions sensibles.
C'est une belle promesse, et je n'ai, au stade de ce premier épisode, aucune raison de douter qu'elle ne sera pas tenue. On en reparle dés que j'ai fait un sort aux 19 épisodes suivants.

Posté par ladyteruki à 22:26 - Dorama Chick - Permalien [#]

05-10-12

It's not who you've slept with...

A peu près chaque semaine, des DVD débarquent dans ma boîte aux lettres. Je fais mes commandes en général au même moment du mois (coups de tête non inclus), et ensuite, ce sont les délais de livraison qui font le reste, et jouent au Père Noël. J'avoue que je ne me lasse pas de la sensation de découvrir chaque semaine minimum un nouveau paquet dans ma boîte, à plus forte raison quand il s'agit de deviner d'où il vient sans regarder les cachets de la poste (sinon c'est tricher). "C'est peut-être Intersexions... ou Capadocia ? Non, c'est trop tôt pour Capadocia... quoique ?".

Aujourd'hui, la surprise était de taille : ma première série sud-africaine ! Une série dont j'avais entendu parler depuis bien longtemps, qui me rendait curieuse, et qui semblait être un véritable phénomène dans son pays d'origine : Intersexions. Vous pensez bien que ce n'est pas un DVD qui a eu le temps de prendre la poussière, et j'ai donc regardé le pilote presque le soir-même !

Intersexions

En préambule de ce visionnage du pilote d'Intersexions, plein de questions, pourtant.

D'abord, il s'agit bel et bien de ma toute première série sud-africaine. J'ai lu énormément de choses, consulté des sites et des bases de données à n'en plus finir, écumé le web à la recherche d'un petit épisode de soapie égaré par mégarde... depuis maintenant deux ans, je suis attirée par plein de séries sud-africaines, et je n'avais réussi à mettre la main sur aucune ! Quelle frustration ! Le problème, j'ai remarqué, quand je découvre ma première fiction d'un pays donné, c'est que grosso-modo, elle donne le ton pour la suite. J'aurais commencé le Brésil sur une telenovela, j'aurais peut-être fui, mais j'ai été déflorée par Capitu et l'empreinte est là à vie, avec un biais favorable à peu près quoi qu'il arrive. Le danger était donc d'être non seulement écoeurée de mon acquisition faite à l'aveugle, qui pouvait potentiellement me déplaire, mais aussi de toute la fiction sud-africaine dans son ensemble, parce que la première impression compte énormément. Ce qui aurait été gênant parce qu'il y a plein de choses qui piquent ma curiosité ! C'est donc, de façon injuste mais inévitable, toute la fiction sud-africaine que je m'apprêtais à jauger ainsi.
Autre problème : en-dehors de son pitch et quelques news, je n'avais aucune idée du niveau de production de la série en particulier, de la qualité du jeu des acteurs, et même pas... de la langue ! Rappelons que l'Afrique du Sud reconnait (j'ai vérifié) 11 langues officielles, dont l'Afrikaans sur lequel je vous avoue que je suis pas trop-trop au point, et que je n'ai trouvé nulle part l'information me permettant de savoir dans quelle langue la série était tournée. Il était à peu près évident qu'il s'y trouverait soit une piste, soit des sous-titres anglais (ce sur quoi je vais revenir), mais la langue de tournage était une grosse inconnue. Et quand il faut aussi apprivoiser une nouvelle langue (vous en avez fait l'expérience avec Srugim), on ajoute encore un niveau de difficulté.
En corollaire du problème de la langue, il y avait tout bonnement les questions culturelles. L'ex-élève française que je suis n'a été préparée à rien ou si peu en matière de culture africaine ; bon, quelques rudiments d'Histoire (Nelson Mandela essentiellement), mais à part ça ? L'Afrique du Sud, un pays plutôt conservateur en matière de moeurs, ou au contraire plus libéré ? Dans une série sur les relations amoureuses et a fortiori sexuelles, quels sont les rôles accordés à chacun dans un couple, par exemple ? Puisque je n'en savais rien, il allait falloir s'adapter...
Mais ce n'est pas tout : ensuite, je ne connaissais la série que de réputation, mais justement, qui dit qu'une série produite par une chaîne publique, en partie avec l'argent de l'institut John Hopkins, et afin de parler du HIV et du SIDA, allait me plaire ? C'est un sujet quasi-pédagogique, j'aurais pu m'ennuyer comme un rat mort. J'étais donc attentive mes réactions, me demandant si le sujet n'était pas trop aride, ou si, au contraire, il n'allait pas me rebuter. Pas de méprise : je suis toujours amatrice de drama, mais il y a drama et message-d'information-et-de-prévention-déguisé-en-drama, si vous voyez ce que je veux dire...
Bon et puis, enfin, venait la qualité de la série elle-même. Outre tout ce que je viens de citer, il y avait tout simplement la question de regarder ce pilote comme un pilote, pas comme un échantillon... Et concilier tous ces points n'était pas forcément une évidence a priori !
Cela faisait donc bien des défis à relever.

Résultat ? Eh bien ce pilote m'a très agréablement surprise.
Apparemment conçue comme une anthologie, Intersexions commence lorsque Mandisa se prépare à épouser Kabelo, lequel est un homme d'une générosité qui n'a d'égale que la profondeur de son porte-monnaie, et la traite comme une princesse. Mais alors que Mandi et sa meilleure amie Cherise se réjouissent de cette journée parfaite (surtout que leur firme de relations publiques a également décroché un gros contrat), elles entendent à la radio que DJ Mo, un animateur de radio très populaire, annonce publiquement avoir le SIDA et être sur son lit de mort. Le visage décomposé de Mandisa dit tout : elle a vraisemblablement eu une histoire avec lui.
Comme en deux minutes, l'exposition est rondement menée (Mandisa et Cherise discutent du mariage à venir, puis Mandisa parle brièvement à Kabelo au téléphone), on sait pas mal de choses : que Kabelo est donc riche, qu'il adore sa future épouse, que celle-ci mène une vie professionnelle bien remplie avec Cherise, mais aussi que Mandi n'est plus vierge (elle promet des choses coquines à son fiancé au téléphone avec un air entendu). On ne trouve donc pas déplacé qu'elle ait connu d'autres hommes avant son futur mari dans ce contexte, on y est même très bien préparés, de sorte qu'on tombe quasi-immédiatement des nues lorsqu'on apprend, là, avant même la 3e minute (générique compris), que l'ex de Mandisa est sur le point de mourir du SIDA.

Là où notre héroïne va nous surprendre, c'est que, contre l'avis de Cherise, elle ne dit rien à son promis (lequel va mal interpréter son émotion pendant la cérémonie, forcément), même alors qu'elle n'est pas sûre d'être elle-même en bonne santé. Les jours qui suivent le mariage, celui-ci n'est absolument pas consommé, Mandisa ayant toujours une bonne excuse.
La façon dont la culpabilité la ronge peut paraitre un peu longue par moments, mais elle est aussi assez bien vue. Bloquée dans une situation où elle ne cesse de s'angoisser, mais où elle est incapable de dire ou faire quoi que ce soit, Mandisa n'a ainsi absolument pas pris rendez-vous pour se faire tester. Il y a une sorte de cocktail déni/dépression qui me semble assez compréhensible ; on sent bien l'horreur que la jeune femme ressent, et en même temps son impossibilité à prendre le risque qu'on lui confirme qu'elle a raison d'avoir peur. C'est un passage de l'épisode qui nous donne l'occasion de nous attarder énormément sur le visage de l'héroïne (qu'elle a fort joli mais c'est pas le sujet), déchiffrant toutes les nuances de l'angoisse, tandis qu'elle camoufle tant bien que mal sa terreur à son époux. Quand elle réalise qu'elle est peut-être enceinte, évidemment, ça ne s'arrange pas... et la réaction ravie du mari sera de courte durée, vous vous en doutez.

Intersexions-Mariage
La mariée est extatique.

A la fin de 24 minutes de torture, Mandisa se prend finalement par la main et va faire les tests. J'avoue que cette scène a été un peu baclée puisque l'infirmière qu'elle rencontre lui explique, en gros, le concept de la série, mais que toute l'attention de la camera est focalisée sur les réactions de Mandi. Difficile de compatir et d'apprécier le message en même temps. Pourtant le dialogue est bon, c'est la réalisation qui ne le met pas en valeur :
"Doctor, I don't sleep around. All the men I've slept with can be counted in one hand.
- It's not only about who you have slept with. What is important is : do you know who your previous lovers have slept with ?".
L'épisode se conclut sur cette interrogation effrayante (qui peut vraiment être certain de savoir y répondre ?), un tremplin vers ce qui sera, si mes sources sur la série ne m'ont pas trompée, le maillon suivant de la chaîne. Après tout, le générique n'énonce-t-il pas brutalement cette réalité moderne : "In sex, there are no strangers" ?

Ah oui, parce que finalement, je ne vous ai pas dit : Intersexions est en anglais. Souvent. Disons, pendant un mot sur trois ? Les dialogues sont en effet un panachage de langues que je ne prétendrai pas avoir reconnus.
Fort heureusement, les épisodes sont d'office sous-titrés en anglais (ouf !). Je suis donc d'autant plus ravie d'être certaine d'absolument tout comprendre...

Justement, passons si vous le voulez bien à la "review" de mon dealer en DVD du jour. N'ayant pas trop d'inspiration, j'ai opté pour à peu près la première solution que me proposait Google lorsque je faisais la recherche pour les DVD de la série, et c'est tombé sur kalahari.com. Parfois je vous avoue avoir l'impression de vivre dangereusement, mais bon, c'était un coup à tenter, il faut bien une première fois à tout, même quand personne ne peut vous recommander un service pour l'avoir utilisé. Eh bien dorénavant, chers amis, je suis cette personne qui vous recommande kalahari. Le choix n'est pas très vaste, les DVD pas toujours bien rangés (par exemple on ne trouve pas Intersexions parmi le listing des séries locales... whoops !), les descriptions techniques très épurées, mais au final, ça fonctionne. Commandé le 8 septembre dernier, les délais annoncés étaient un rien optimistes (9 jours... soit les délais prévus pour la livraison sur le territoire sud-africain). J'ai donc commencé à compter les jours, et le DVD est arrivé aujourd'hui. Niveau délai c'est pas tellement ça, donc, mais ça ne veut pas dire que ça vienne de kalahari. Niveau emballage, rien à redire : Amazon ne ferait pas mieux. Carton ultra épais, DVD parfaitement arimé, rien à redire (d'ailleurs l'éditeur lui-même est d'une intéressante prévenance, glissant une rondelle de papier entre le DVD et le boîtier afin de minimiser encore le risque que le DVD tourne sur lui-même pendant le transport et/ou se raye contre le boîtier). Alors au final, en-dehors du presque mois de délai, franchement, ça va.
Bon, côté prix maintenant, parce que je sais ce que c'est. Le DVD d'Intersexions était en promo ce jour-là : 165,75 rands, au lieu de 188,95 rands en ce moment (environ 3€ de différence... il n'y a pas de petit profit !). Ironie du sort, les frais de port à l'international étaient plus cher que le DVD lui-même (ce sont les risques du métier), soit 180 rands tout rond. J'ai donc payé au total 345,75 rands, soit 33,04€ euros ; étant donné que je considère qu'une saison en-dessous de 35€, frais de port compris, est une affaire, vous me voyez donc comblée. Kalahari, je ne viendrai plus chez eux par hasard !

Encore une belle aventure téléphagique en perspective, donc, j'ai hâte de remonter les maillons de cette chaîne et comprendre comment chaque personnage, est relié, souvent sans le savoir, aux autres, même si c'est à cause d'une terrible maladie. Le SIDA est, comme chacun sait, un fléau qui fait particulièrement rage en Afrique, mais il ne fait aucun doute que la thématique de la transmission du virus, du passé sexuel de chacun, et des précautions à prendre ou des vérités à annoncer, n'a rien de typiquement local, bien au contraire. On connait tous quelqu'un. Ou quelqu'un qui connait quelqu'un. Ou on a tous eu au moins une frayeur.
Le sujet, sans être traité avec pathos pour le moment (on est loin des derniers épisodes de Corky et de [dit-elle en sanglotant rien qu'à cette pensée] la mort de Jesse, car Intersexions fait le choix d'être plus mesuré et de prendre de la distance), est on ne peut plus actuel et universel. Peut-être même vais-je réaliser au cours de ce visionnage qu'il y a des évidences qu'à force d'être inondés de messages de prévention, on a mis de côté avec les années (ce serait ironique si ça se produisait) !
Après tout, combien de fois les séries nous parlent-elles du VIH ou du SIDA sur la durée, toutes nationalités confondues ? Il y a eu des intrigues d'Urgences, je suppose quelques unes dans Dr House, ça semble inévitable, et évidemment Kamisama, Mou Sukoshi Dake, mais le pari d'Intersexions est d'explorer un terrain sur laquelle peu de séries s'aventurent, et donc, d'exploiter un sujet sur lequel les téléphages ne sont pas incités à réfléchir ou même ressentir des choses très souvent. Pour quelqu'un qui aime les séries dramatiques, l'occasion de trouver de nouveaux sujets est donc parfaite, car le potentiel effleuré dans le pilote peut conduire à énormément d'histoires intéressantes autant que touchantes. Et puis, peut-être qu'un peu de pédagogie ne serait pas plus mal, pour une petite remise à niveau...!

Le format particulier d'Intersexions (il ne s'agit certainement pas d'une comédie, et même pas d'une dramédie, mais le pilote dure 24mn montre en main) s'adaptera en plus très bien à un visionnage "bouche-trou", par exemple lorsqu'il ne reste que quelques minutes à épisode US pour terminer de cagouler et que je ne veux pas me lancer dans quelque chose de trop long en attendant. Que des avantages que je n'avais même pas prévus !

Du coup, pour un coup d'essai...! Je recommande de tenter Intersexions (méfiez-vous des videos mises en ligne par SABC sur Youtube... c'est la toute fin de la saison 1 !), et pour vous prouver ma bonne volonté, je vais même vous dire : si au moins 5 personnes disent en commentaire ci-dessous être intéressées par le pilote... j'exaucerai leur voeu. Vous avez toutes les cartes en main pour vous décider...

Posté par ladyteruki à 01:43 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

04-10-12

Copy/Paste ?

CopyPaste

A l'heure actuelle, l'acquisition des droits de diffusion d'une série est devenue presque aussi important que les droits d'adaptation. Désormais le business du "format" est une composante vitale du marché télévisuel, alors qu'il y a encore une à deux décennies, on se contentait en général de diffuser des séries étrangères (dans beaucoup de cas, cette série étrangère avait tendance à être américaine). Le format qui pose sa valise à l'autre bout du monde était l'exception, non la règle.
Aujourd'hui, les flux des fictions sont plus massifs et complexes, et d'ailleurs le maillage entre pays est également plus dense et varié que jadis.

Les formats d'émissions unscripted (ou prétendues telles) comme les jeux télévisés ou la télé réalité tiennent, en la matière, le haut du pavé, mais plus les années passent, plus les séries s'y mettent.
On le sait bien : non seulement ce procédé est supposé minimiser la prise de risques (...insistance sur "supposé"), mais ça coûte infiniment moins cher quand les scénarios sont déjà écrits, prêts à traduire (si on l'a acheté dans un pays de langue différente, problème que n'ont même pas les pays d'Amérique latine, par exemple), et même souvent livrés avec un responsable quelconque de la série originale qui intervient en soutien sur le développement du remake (souvenez-vous de l'ami Philip Rosenthal).
Alors, dans un contexte financier qui n'a cessé de devenir plus austère (le pivot de la crise ayant été marqué par la grève des scénaristes américains de 2007, à partir de laquelle l'une des plus grosses industries télévisuelles du monde a resserré les cordons de la bourse pour ne plus jamais les relâcher), ce ne sont pas des détails, loin de là. Mais évidemment, il y a aussi le fait qu'à l'heure de la mondialisation, d'internet et de tous les clichés sur le village global que je vous épargne, les marchés soient devenus totalement perméables entre eux. Impossible de ne pas remarquer quand une série trouve un succès retentissant dans son pays natal, puis chez les voisins, et que le phénomène s'étend progressivement ; et dans ce cas-là il faut savoir attraper le train en marche.

Bon, sur la théorie je crois qu'on sera tous globalement d'accord : une série a de plus en plus de chances de connaître différentes formes sur la planète. Mais toutes les séries peuvent-elles être adaptées ? C'est ce qui m'intéresse aujourd'hui.

Que peut-on adapter ? Eh bien, naturellement, il n'y a pas de solution miracle : si l'équation magique existait, ça se saurait ! Certains succès énormes dans leur pays d'origine, ou même à l'étranger lors de la diffusion sur une chaîne locale, se transforment en vautrage de toute beauté dés que l'adaptation pointe son nez (comme Las Chicas de Oro ou Cheers l'ont douloureusement rappelé en Espagne, par exemple). Il n'y a pas de règle pour assurer le succès d'une adaptation dans un autre pays.
Le pire, c'est que même pour les idées à ne pas suivre, il n'y a pas de règle non plus ! On pourrait cependant lancer quelques pistes sur les messages d'alerte signalant une adaptation partant d'un très mauvais pied ; il est recommandé de :
- ne pas ressuciter les séries américaines qui ont déjà plus de 10 ans, probablement parce que les spectateurs ont eu trop de temps pour s'attacher à l'original, qui a fait le tour du monde 10 fois dans l'intervalle. Ce conseil ne vaut pas systématiquement, par contre, si le remake reste sur le sol des USA (des séries comme 90210 ou Dallas s'en sont tirées, par exemple, Wonder Woman et autres Charlie's Angels n'ont pas eu cette chance) ;
- ne pas adapter une série présentant de trop lourdes ressemblances avec des séries locales ayant du succès. Par exemple, on se doute qu'adapter RIS aux USA relèverait du masochisme le plus certain ! Dans une moindre mesure, on peut se demander comment une série qui, sur le papier au moins, ressemble à une version legal drama de Dr House, saura attirer le public a priori ; l'adaptation de Réttur, si elle aboutit, sera intéressante à observer à cet égard ;
- ne pas miser sur un cast "copycat", en particulier pour les comédies et dramédies, qui nécessitent du talent et pas juste de ressembler à l'original (ne riez pas dans le fond, ça s'est vu plus d'une fois !) ;
- prendre en compte les différences culturelles, au lieu de transposer bêtement d'une terre à l'autre en changeant les noms propres.

Le dernier point est le plus difficile à déterminer, forcément. Et c'est évidemment le plus vital, sinon c'est pas drôle.
Les différences culturelles peuvent parfois être difficilement perceptibles. Un remake Asie/Amérique ? Les différences seraient évidentes (mais l'expérience serait intéressante à observer ; pour l'instant, elle s'est limitée à des films de genre cependant). Mais un remake Australie/Amérique ? Oh, allez, les deux parlent anglais (enfin, bon, parfois j'en suis seulement à moitié sûre...), c'est la même culture, allez hop, emballé c'est pesé. Sauf que non, évidemment : c'est plus compliqué que ça.

Mais surtout c'est un point totalement incompris par beaucoup de remakes, notamment dans le domaine de la comédie ou la dramédie : il ne s'agit pas seulement d'être capable de constater les différences culturelles et d'adapter le matériau à la culture d'arrivée. Il faut aussi réfléchir calmement à la question : si on procède à l'ablation de cette particularité culturelle, ou à la greffe de nouveaux éléments... peut-être que la série ne fonctionnera plus. Et ce n'est pas parce qu'une série est capable d'aborder un sujet universel qu'elle peut être adaptée de façon universelle...

Du coup, avoir du succès (public et/ou critique) lors de la diffusion originale n'est pas du tout une garantie d'adaptabilité ; en fait, j'aurais tendance à dire le plus souvent : au contraire.
Prenons un exemple évident, tiens. En dépit des immenses qualités de Srugim, on est tous d'accord pour dire qu'une telle série rencontrerait de trop lourds changements si elle devait débarquer sous une nouvelle forme dans un autre pays. Srugim est le genre de série condamnée soit à l'acquisition en vue d'une diffusion, soit à ne jamais traverser les frontières de son pays d'origine qui pourtant lui a prêté une grande attention pendant 3 saisons. Un grand nombre de séries sont dans son cas, et parfois ce serait bon que les projets soient mis en développement en gardant ce rappel à l'esprit...
De la même façon, j'aimerais pouvoir dire que 30° i Februari est une série tellement formidable et universelle qu'elle est entièrement adaptable par tout le monde... mais non. Oui, ce qu'elle inspire est totalement universel ; non, à part peut-être quelques voisins scandinaves, personne ne peut adapter la série. Et c'est tentant, forcément, parce que c'est un immense succès : c'est la fiction qui a fait les meilleures audiences de 2012 en Suède à ce jour, les critiques ont été dythirambiques (à raison si vous voulez mon avis), les récompenses ont souligné la qualité du travail effectué... et pourtant, ça ne fonctionnerait pas, pas du tout. Imaginez par exemple mal l'Espagne commander une version locale d'une série dans laquelle le froid (entre autres) chasse plusieurs personnages vers un pays ensoleillé comme la Thaïlande ! Clairement, le succès de l'original n'est pas un critère...

Il est évident qu'on ne vit pas dans un monde où les diffuseurs (ou les producteurs, d'ailleurs, ne mettons pas toujours tout sur le dos des exécutifs des chaînes) valorisent uniquement la création originale. Celle-ci a encore sa place, mais composer avec le catalogue existant, en perpétuelle expansion, des autres pays, est au moins aussi important.
Evidemment on peut considérer qu'il s'agit d'un échec créatif, peut-être même que c'est un mauvais signe pour la télévision (ne dit-on pas la même chose des remakes et des franchises au cinéma ?), mais il y a aussi du bon à en tirer. Certaines adaptations trouvent une vie bien à elles, comme c'est le cas de Wilfred qui a su partir du même postulat de base que l'original australien, pour arriver à un résultat "personnel" (souvenez-vous). Si la série est renouvelée pour une troisième saison, elle sera même forcée, ayant dépassé l'espérance de vie de son ancêtre, de se débrouiller totalement toute seule.
Mais même en admettant totalement qu'une adaptation n'est pas un aveu d'échec, et qu'un remake n'est pas mauvais par principe (un préjugé qu'il peut être difficile de surmonter quand on voit certaines horreurs engendrées par la pratique en question, je l'admets), toutes les séries ne peuvent pas voyager. Et beaucoup ne devraient tout simplement jamais devenir des formats.

Alors, tout ça pour dire : bonne chance au projet de remake américaine de Rake. Il en aura bieeen besoin.
Ah et euh, j'oubliais, le MIPCOM c'est dans 4 jours, et j'accepte les dons. Mais c'est bien-sûr sans rapport avec le post qui précède, ahem.

Posté par ladyteruki à 18:10 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

22-05-12

Le Diable en costume

Depuis un bout de temps maintenant, je vous parle de plusieurs pays scandinaves. Reviennent en général la Suède, le Danemark et la Norvège ; en revanche, la Finlande et l'Islande sont un peu les grands oubliés. Il faut dire qu'en-dehors de la série finlandaise Alamaailma Trilogia, découverte à l'occasion de Scénaristes en Séries (qui hélas ne possède pas de sous-titres anglais dans sa version DVD, et qui n'a pas semblé impressionner arte pourtant en pleine fringale scandinave, ce qui fait que je vais devoir me contenter du souvenir du pilote), il y a assez peu de séries qui me passionnent dans ces deux pays.
A côté de ça, j'avoue avoir encore du mal à trouver mes marques pour trouver des infos de façon aussi abondante que dans le triangle Suède/Danemark/Norvège, ce qui n'aide pas. Mais c'est aussi une question d'intérêt personnel, je ne vais pas vous mentir.

En Islande, en particulier, la trilogie dramédique Næturvaktin-Dagvaktin-Fangavaktin a fait plus que ne pas m'attirer : c'est un vrai souvenir traumatique. Le pilote de Næturvaktin était très pénible, j'ai carrément laissé tombé la trilogie après ça. Pourquoi se forcer après tout ? Ensuite, le récent Heimsendir, sur lequel j'ai un oeil depuis que j'en ai parlé sur SeriesLive, respire tellement l'hystérie que franchement, j'ai préféré purement et simplement passer mon tour. On comprendra que c'était toujours un peu la faute des mêmes, vu que la même équipe créative a commis les 4 séries ; mais comme ce sont les séries islandaises les plus "connues", forcément, ça l'aide pas.
A cause de quelques petites expériences malheureuses comme celles-là, je n'avais pas, comme ça pu être le cas pour Livia (avec Pressa, puis plus récemment Tími Nornarinnar) ressenti une forte attraction envers ce petit pays, en dépit des choses qui peuvent titiller ma curiosité chez la fiction islandaise... Du coup c'était une histoire qui était vouée à trouver une issue favorable un jour ou l'autre, ma curiosité n'attendant qu'une occasion de se déclarer, à la faveur d'une série qui attirerait réellement mon attention.

C'est grâce au site Shopicelandic que les choses se sont finalement décantées. La plupart des DVD de séries vendus par le site sont en effet disponibles avec des sous-titres anglais, et je n'ai plus eu qu'à faire mon marché. La bande-annonce de Réttur m'a convaincue il y a plusieurs mois de cela, j'ai passé commande dés que ma banque m'a enfin fait parvenir ma toute première carte bancaire fin avril, et hop, l'aventure islandaise pouvait enfin commencer aujourd'hui !

Lancée en janvier 2009, Réttur, écrit par Sigurjón Kjartansson (Livia vous a déjà parlé d'une autre de ses séries, Pressa), a la particularité d'être le tout premier legal drama d'Islande, avec la promesse d'un univers sombre qui ne pouvait que me régaler. Et c'est donc au terme de bien des tourments que je vais vous parler de la première saison de Réttur, qui est aussi la toute première série islandaise à m'avoir convaincue.
Eh bah voilà, à force de patience, on a fini par s'entendre, chère Islande !

Réttur

Il est évident d'entrée de jeu que le héros de Réttur, c'est Logi Traustason (mais entre nous on pourrait aussi bien l'appeler Gregory House ou Tom Jackman, parce que c'est un peu la même famille de psychopathes, tout ça). Le pilote commence d'ailleurs sur les chapeaux de roue, nous le présentant immédiatement comme une personnalité centrale de la série ; cela s'atténuera ensuite pour éviter de virer au one man show. Il faut dire que la tentation est forte, tant le personnage de Logi est riche, et vous allez le voir, je ne taris pas d'éloges à son propos.

Homme à l'intelligence aiguisée, il n'a aucun problème avec la perspective de se mettre à dos tout le monde et n'importe qui, en vérité le plus fou, c'est qu'il donne l'impression d'être parfaitement ravi d'être considéré comme le Diable en personne. Cela lui donne l'opportunité de pouvoir fermer le clapet de quiconque lui barre ne serait-ce qu'un peu le passage, sans ressentir la moindre culpabilité, et il en joue, l'animal.
Il faut dire que Logi se traine une réputation sordide : condamné pour meurtre il y a 25 années, il a purgé sa peine avant de devenir... avocat. Dans le genre, pour donner mauvaise réputation à une profession qui n'avait pas besoin de ça, on a rarement vu pire. Avec une verve cinglante que n'aurait pas renié le héros Dr House, Logi s'impose donc, où qu'il aille, puisque de toute façon on n'aurait pas manqué de lui adresser des regards en biais voire même des attaques à peine voilées. Il a décidé de tirer partie de sa morbide notoriété, et n'est pas ébranlé, d'ailleurs, quand elle se retourne contre lui. C'est assez finement joué, cette façon que la série a d'établir à la fois de façon progressive (le noeud du problème, à savoir la condamnation pour meurtre, n'est pas évoqué avant un bon tiers du pilote) tout en rendant évidente l'arrogance sans méchanceté de son héros. C'est simplement un ambitieux, en fait... mais les ambitieux avec une mauvaise réputation ne sont jamais vraiment aimés. Ajoutez à cela que notre ami est un alcoolique repenti mais pas trop, et vous obtenez là un personnage divin. Ou diabolique, c'est selon.
Notre homme a en plus la particularité d'être bon dans ce qu'il fait, et c'est donc encore plus dérangeant. Il gagne tous ses procès, les accusés se l'arrachent (il est tout-à-fait conscient que les coupables ont tendance à le croire de leur côté), et en deux ans, il s'est taillé la part du lion dans l'univers de la Justice. Sauf que... il n'est pas partenaire dans son cabinet actuel. Et ça, ça l'emmerde puissamment, le Logi, surtout que quand il le fait remarquer à sa hiérarchie, on l'envoie bouler au prétexte que lorsqu'il était à son compte il y a encore deux ans de ça, Logi a mis son propre cabinet en banqueroute (ah oui, ya ça aussi). Mais pas gêné pour deux sous, notre avocat terrible décide d'aller frapper chez la concurrence pour proposer ses services (surtout qu'il est convaincu d'être sur le point de décrocher la plus grosse affaire de meurtre du moment), et sans même attendre la réponse, prend ses quartiers dans les bureaux. Il est comme ça, Logi. Et donc il est forcément épatant.

Et c'est comme ça qu'on se retrouve dans le cabinet Lög & Réttur ("loi et droit"), qui comporte deux partenaires : Brynhildur, une avocate à l'apparence froide, et Hörður (là j'avoue avoir été bien contente du copier/coller), un petit bonhomme pas forcément très confiant. Vous vous doutez bien que Logi s'imagine n'en faire qu'une bouchée, lui si assuré, et d'ailleurs il passe très vite avec eux un savoureux contrat qui ne manque pas d'exsuder l'arrogance qui est si caractéristique de notre héros.
A partir de cette succulente installation, inutile de préciser qu'à ce stade vous êtes prêts à suivre les aventures du cabinet jusqu'au bout de l'Enfer (après tout c'est probablement l'adresse de Logi).

Juste après Allan Kriegman de The War Next Door, voilà un personnage dont on se ferait volontiers tatouer le nom à même la peau. Pardon d'insister, mais de toute façon, avec pareilles caractéristiques, Logi Traustason ne pouvait qu'attirer les femmes... et mes amis, je ne suis qu'une faible femme.
Ou bien qu'une faible téléphage, car les richesses de ce personnage sont tout simplement inépuisables, et quand je vois un épisode aborder le problème de la relation de Logi à la famille de l'homme qui l'a tué, je ne peux qu'applaudir la façon dont le drame est si bien réintroduit dans un personnage qu'on aurait failli, dans un moment d'égarement, prendre pour un inconséquent.

Alors forcément, comparativement au génie du personnage central, il faut assurer en face avec les autres personnages. Fort heureusement, l'équilibre très vite trouvé du côté de Brynhildur, qui s'avère rapidement être un personnage capable aussi bien de soutenir les coups d'éclat de Logi, que de lui lâcher la bride quand c'est pas la peine de nous le brusquer. Du côté de ce pauvre Hörður (prononcer "heurdur"), c'est plus aléatoire, le personnage ayant quelques bons moments, mais le character development restant désespérément plat.

Et puis surtout, à côté de ça, forcément les intrigues paraissent moins complexes. Mais elles sont simples, pas simplistes, et ça fait toute la différence.
Dans Réttur, l'essentiel n'est pas tant de trouver des enquêtes très difficiles à résoudre, que de suivre lentement le procédé qui permet de mettre en évidence toutes les parties en présence dans le cas rencontré, puis de comprendre comment chaque protagoniste fonctionne. L'intrigue principale du pilote, en particulier, est vite résolue par le spectateur (voire un peu trop), probablement parce que l'exposition prend déjà pas mal de temps dans l'épisode. Ca s'intensifie dans les épisodes suivants, mais sans jamais verser dans une vision policière des procès en cours ; lesquels, d'ailleurs, n'occupent en définitive qu'une petite partie de l'épisode, sur la fin. En fait, les séquences de conciliation tiennent exactement la même place dans les épisodes que les procès eux-mêmes, ce qui est assez parlant.
On n'est donc pas du tout dans la même vision que des séries américaines équivalentes, même si la structure est tout de même assez proche, et le spectateur est plutôt supposé venir trouver du drama que du legal à proprement parler.

Réttur a aussi la particularité d'introduire dés le pilote une intrigue criminelle en fil rouge dont on ne suspecte pas tout de suite l'importance. C'est d'ailleurs très puissant ce qui se passe de ce côté-là, car d'affaire lointaine, et médiatique, on va progressivement basculer dans quelque chose de beaucoup plus sombre.

La récurrence, d'ailleurs, des médias, est traitée avec beaucoup d'intelligence. Ce n'est pas un thème majeur de la série mais il souligne quand il le faut les intrigues, en mettant les avocats et/ou la partie civile face aux cameras, en utilisant des couvertures de magazines, en relatant un fait divers à la façon d'un reportage, ou en filmant une interview. Du coup, de temps à autres, c'est l'opinion publique qui est ramenée implicitement dans les débats, d'une part pour nous rappeler que la vision que le citoyen lambda a de l'affaire est limitée, mais aussi pour nous impliquer, puisque tous les procès auxquels nous assistons sont tranchés par des juges et non des jurés.
Cela permet, l'espace d'un instant, de changer l'angle sous lequel nous considérons les affaires ainsi exposées, et c'est finement joué.

Cela ne veut pas dire que Réttur est une série totalement sombre, dramatique ou déprimante. Certains épisodes sont plus légers et permettent d'aérer cette saison, ce qui est franchement bienvenu, sans pour autant que la série s'offre des épisodes humoristiques (même si un procureur rencontré par Brynhildur au cours d'une affaire est franchement barré, mais bien, quoi, limite du niveau d'un personnage de Kelley !). Mais en tous cas, des pauses sont ménagées dans certains épisodes afin de nous laisser souffler avec des choses moins étouffantes. Il faut dire aussi que l'ambiance du cabinet L&R évolue en cours de saison, et les échanges entre les différents avocats trahissent aussi une évolution plus subtile, qui se traduit par des discussions plus enlevées.
Je soupçonne même que cela fasse partie de la stratégie de la série que de nous faire croire que l'ambiance s'éclaircit à un moment donné, pour mieux nous impacter à certains moments ; c'est notamment le cas avec les évolutions de ce satané Logi qui semble parfois se ramollir, et qui en fait n'a pas du tout surmonté ses démons, mais a simplement décidé de pactiser avec eux pour ne pas les laisser le déstabiliser. C'est d'ailleurs fascinant de voir un tel personnage être à la fois aussi terrifiant, et être en même temps sincèrement sympathique, non parce qu'on le prend en pitié ou qu'il a des failles qui le rendent attendrissant, mais parce qu'il n'est pas foncièrement mauvais, juste monstrueux. Ca n'a pas l'air clair dit comme ça, mais ça a du sens devant Réttur, promis. Et je me rends bien compte que je parle beaucoup de Logi, mais c'est vraiment un personnage saisissant...

Les bureaux de Lög & Réttur De temps à autres, de beaux tableaux pour nous surprendre Lentement, les avocats s'apprivoisent Tout le monde aime Logi Un oeil sur la lucarne

Du côté de la réalisation, pour changer un peu de sujet, il faut dire que si Réttur est une lointaine cousine de la franchise Law & Order (notamment dans sa façon d'annoncer visuellement et musicalement les séquences juridiques clé de l'épisode), elle se trouve très vite une identité propre. D'un point de vue esthétique, c'est relativement classique : les plans sont propres (un peu froids, mais à dessein), et la camera, si elle aime bien adopter un angle original pour une prise de vue ou une autre (ce qui aboutit parfois à de beaux tableaux, j'en conviens), ne s'aventure pas trop à exécuter des prouesses. Ce n'est tout simplement pas son objectif. On se retrouve avec une série qui n'a pas une apparence scolaire du tout, mais qui tient quand même énormément à sa simplicité sobre, et s'y attache autant que faire se peut.

Côté musical c'est un peu la même chose. Le "thème" de la série, très simple, se révèle vite très prenant. En quelques notes, il installe très bien l'ambiance froide, un peu étouffante, nécessaire, et sa récurrence au cours des épisodes, pour ponctuer une scène ou simplement servir de marqueur pour attirer notre attention sur le fait que la procédure suit son cours, se fait en douceur, sans virer à l'obsession. Mais c'est pour ainsi dire le seul moment où on remarque seulement qu'il y avait de la musique dans l'épisode, tant le reste est transparent.

Ce cocktail confère à Réttur une atmsophère feutrée, sobre, mais qui au besoin peut faire son petit effet, sans jamais paraitre pingre. C'est, il faut le dire, très réussi. Comme quoi, le mieux est vraiment l'ennemi du bien...

Comme il est désormais la coutume quand j'achète des séries en import (ailleurs que sur un quelconque Amazon de la planète), je voulais vous toucher deux mots sur Shopicelandic, vu que, s'il est souvent nécessaire de cagouler pour découvrir une série (et je n'hésite pas à vous expliquer comment opérer), on peut aussi acheter, et en l'occurrence c'est dommage de se priver d'un accès légal quand pour une fois il existe. C'est pas comme s'il y avait une chance que Réttur soit un jour achetée par une chaîne française, si ?
Alors voilà le deal : Shopicelandic, je suis plutôt satisfaite. Certes, l'emballage est un peu minimaliste comparé aux cartons épais d'Amazon (ici, une simple enveloppe à petites bulles), mais il n'y a aucune raison de se plaindre. Commandé le 11 mai dernier, mon colis a pris l'avion en prioritaire le lendemain, pour arriver en ce début de semaine (j'ai pas ouvert ma boîte, c'était peut-être hier, peu importe) sans une égratignure. Tout ça pour la modique somme de 33,34€ (le DVD en coûtait 27,73). D'après mes standards, voilà qui reste raisonnable, même si je reconnais qu'en terme de quantité d'épisodes/prix, ça reste un peu juste, puisque rappelez-vous, chaque saison comporte 6 épisodes. Après c'est vous qui voyez, évidemment... Moi, comme d'habitude, je vous contente de vous expliquer ce qui est possible ou pas.

J'ai peine à croire que tout ce que je vous raconte ici se déroule en seulement 6 épisodes ! Et pourtant, c'est bien vrai : tout ça, et bien plus encore, est à découvrir dans Réttur.

En tous cas de mon côté, c'est dit : le temps de laisser cicatriser mon compte bancaire, et je m'attaque à la seconde saison. Surtout après un cliffhanger comme celui-là...

Posté par ladyteruki à 22:11 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

25-09-11

Doué d'intelligence

Gifted

Juste quand je commençais à me dire que la saison manquait de vrai dramas, A Gifted Man est apparu. A point nommé parce qu'en plus j'avais besoin de regarder quelque chose d'un peu touchant.
Pour l'instant, on n'a pas encore atteint le point où je me dis que j'ai trouvé ma série de l'année, celle sur laquelle je pourrai compter pour m'émouvoir et me permettre de verser une obole salée à chaque épisode (car ne nous mentons pas, c'est ce que je cherchais en lançant le pilote), mais A Gifted Man connait un bon début avec cet épisode inaugural, assez conventionnel étant donné le sujet.

Il faut dire que Patrick Wilson parvient dés ses premières scènes à rendre son personnage à la fois antipathique et extrêmement touchant. Ce n'est pas simplement un connard caractériel du genre de Dr House, avec un petit côté faillible pour le rendre appréciable par les spectateurs et les membres de son entourage les plus patients, mais un personnage réellement humain. J'ai apprécié sa lucidité (explicitée par un échange avec sa patiente, une jeune tenniswoman) quant à la raison pour laquelle il est relativement fermé au contact humain ; mais dans le même temps, savoir qu'il a un ami, et surtout le voir aussi joyeux avec son ex, le rendent moins caricatural qu'un House, justement. Le personnage a une carapace, mais ce n'est pas une forteresse inviolable, et surtout pas quelque chose qu'il feint en dissimulant la moindre émotion derrière le sarcasme ou des insultes. C'est plus facile de se lier à lui qu'à tous ces types antipathiques qu'on a vu fleurir dans les séries il y a quelques années parce qu'ils étaient totalement déconnectés de leurs émotions 80% du temps, et qu'on était supposés les aimer pour les rares 20% restants.

Et justement, c'est une jolie relation que Michael entretient avec son ex-femme Anna. Ils ne se sont pas parlé depuis 10 ans mais son affection est sincère et tangible et leurs retrouvailles sont réellement joyeuses et touchantes. La douceur d'Anna peut sembler un tout petit peu exagérée, mais leurs premières scènes ensemble sont vraiment bonnes, ils ont une bonne énergie ensemble. Cela augure de bonnes scènes par la suite.

A Gifted Man fait aussi un bon travail en mettant en avant aussi bien le côté rationnel que l'inévitable côté surnaturel de son sujet, le personnage de Michael Holt tentant de trouver un équilibre entre les deux, et ce n'est probablement qu'un début. Il cherche une explication scientifique mais il accepte aussi l'autre explication, au lieu d'être borné et passer tout le pilote à refuser l'évidence. Ca nous le rend sympathique, et c'est plus facile de le suivre que s'il s'obstinait bêtement à camper sur ses positions, ou s'il se convertissait tout de suite à l'idée qu'un fantôme est en train de le visiter. Sa résistance à cette étrange nouvelle donnée dans sa vie est naturelle, mais elle ne fait pas obstacle à l'évolution des choses, notamment avec la scène "d'extraction" qui m'a semblée intéressante parce que, cette fois, il y a résiste pour une autre raison que son envie de rester rationnel.

Tout le principe d'A Gifted Man est, naturellement, de nous monter le Dr Holt commençant à travailler pour d'autres patients que ceux qui peuvent payer ses honoraires exorbibants, mais là encore, on n'a pas affaire à un médecin au coeur de pierre qui va refuser d'aider obstinément et à qui il faudra forcer la main pour lui apprendre à être généreux. Il ne fait pas vraiment d'histoires quand Anna lui suggère que la clinique va prendre en charge gratuitement les patients qu'il a ramenés, sans vraiment y réfléchir, de la clinique gratuite. En gros j'ai l'impression que sa leçon n'est pas celle du riche médecin qui va s'ouvrir aux problèmes du monde, que peut-être il méconnait mais qu'il n'insiste pas pour ignorer. C'est plutôt une aventure humaine qui l'attend, qu'une aventure sociale. Même si je serai contente de regarder cette aventure humaine se dérouler au fil des intrigues sociales qui ne vont pas manquer d'apparaitre dés qu'il devra se repointer dans la clinique gratuite.

La réplique qui m'a frappée, dans ce pilote, est celle que lance Holt après qu'Anna lui ait dit qu'elle était heureuse de le voir heureux. Sans amertume, il répond simplement : "qui a dit que j'étais heureux ?", et ce n'est même pas comme s'il le réalisait à cette instant, il en est conscient et semble décidé à s'en accomoder. C'est cette lucidité qui me donne bon espoir pour la suite parce que notre héros ne va pas se transformer contre son gré grâce à l'intervention d'Anna, il ne va pas découvrir qu'il est malheureux, il y a quelque chose d'infiniment nuancé dans la façon dont il considère sa façon de vivre, quelque chose de plus touchant que tous ces types à qui il faut absolument enfoncer dans le crâne qu'ils sont malheureux pour qu'ils le réalisent et se acceptent qu'on les change. Michael Holt semble ouvert au changement, et en même temps il est à l'aise avec son manque de bonheur. Pour moi, c'est le signe d'un parcours qui pourra être intéressant à suivre.

Je dis souvent qu'un pilote est déterminant pour moi. Que si le pilote ne me plait pas, je tourne les talons sans regret. Mais que cependant, je n'attends pas d'un pilote qu'il soit parfait, mais qu'il montre du potentiel ; je n'exige pas le coup de foudre en 45mn pour poursuivre une série.
A Gifted Man est exactement ça : un premier épisode bourré de potentiel. Le personnage central est bon, il a une bonne dynamique avec son fantôme, la série est construite de façon à éviter la caricature. Le pilote n'est pas parfait, manque peut-être un peu d'émotions là où on s'attendrait à ce qu'il y en ait, propose un personnage secondaire un peu irritant avec la frangine et son fils à problèmes (j'ai adoré le moment où elle lui dit que la seule fois où il ne s'est pas comporté en enflure, c'était quand il était avec Anna ; eh connasse, l'enflure vient de te payer ton loyer !) bien que j'aie apprécié qu'elle ne se montre pas sceptique, l'infirmière ou chais pas quoi qui surprend à deux reprises Holt en train de parler seule me semble être un futur élément perturbateur prévisible... Mais en tous cas j'ai aimé ce que j'ai vu et je serai de la partie.
On va être honnêtes, pour le moment, des séries que j'ai réellement envie de poursuivre après le pilote, il n'y en a pas non plus eu des tonnes en cette rentrée. Mais je vous l'accorde, il y a encore pas mal de séries qui doivent démarrer.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche A Gifted Man de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:34 - Review vers le futur - Permalien [#]

26-06-11

L'été meurtrier

Il ne fait pas bon être diffusée en été : toute série qui démarre à l'arrivée des beaux jours se voit systématiquement accusée d'être forcément d'une exigence inférieure. Si elle débutait à l'automne, on parlerait de ses qualités et ses défauts, mais puisqu'elle débute en été, alors ce facteur est forcément plus pris en compte que n'importe quel autre. Séries estivales, telle est votre malédiction : une série lancée en été est forcément soupçonnée de l'être parce qu'elle est indigne d'un lancement automnal (et très confortablement on oublie alors de préciser que Mad Men a été lancée par un bel été) ; au Japon, il n'y a pas de saison meilleure qu'une autre par définition, une série est commandée pour ce qu'elle est et pas pour sa date de diffusion ; en Amérique du Nord, si.

Ainsi donc, Combat Hospital démarre avec ce genre de boulet que seuls quelques Emmys font oublier. Si la série n'est pas excellente, elle sera forcément tout juste bonne à être diffusée l'été, il n'y a pas de place pour la demi-mesure.

CombatHospital
Les noms sont immédiatement lancés, avec une certaine nonchalance, souvent feinte, qui consiste à avoir l'air d'être experts. Dans le cas de Combat Hospital, ces noms sont forcément M*A*S*H et China Beach. Je vais être honnête avec vous : même si en général j'aime beaucoup (pas toujours, certes) les séries de guerre, je n'ai jamais voulu tenter M*A*S*H, peut-être à cause de sa réputation, certainement parce que l'angle de l'humour me semble incongru. Quant au pilote de China Beach, je m'y suis frottée quelque part pendant le 2e semestre 2010 et je n'arrive pas à me souvenir avec précision de la totalité, il ne m'en est resté que deux ou trois scènes, même pas forcément épatantes. Telle est mon expertise en comparaison, de pilote à pilote, dans le cas qui nous préoccupe. Je ne sais pas si je suis passée à côté de quelque chose de fondamental avec M*A*S*H, mais China Beach ne m'a, vous le voyez, laissé aucune impression impérissable. Alors je n'attendais pas de miracle de la part de Combat Hospital.

Il ne me semble pas non plus que l'héritage d'Urgences ait été balayé d'un revers de la main. D'autres séries médicales ont bien plus méprisé l'apport de cette série au genre, parmi lesquelles Trauma, Three Rivers ou Miami Medical, bien plus insultantes envers le spectateur que Combat Hospital.

Le rythme est bon, ni trop agité ni trop saccadé, les personnages attirent notre attention (pas tellement l'héroïne, le Dr Gordon, mais les Dr Treng et Marks) sans en rajouter des tartines dans le background sirupeux souvent à l'ordre du jour (le syndrome du background artificiel exposé dés le pilote sera exploré dans un prochain post, d'ailleurs), et pour finir quelques intéressantes problématiques sont effleurées, propres à l'environnement de la série.
Qu'attendre de plus de ce pilote ?

Exactement. Au juste j'aimerais vraiment qu'on me dise ce qu'il y a à attendre de plus de la part du pilote d'une série médicale. Je n'ai à vrai dire jamais vu une série médicale démarrer autrement (à moins de considérer Dr House comme autre chose qu'une série d'enquêtes médicales, et encore) qu'en présentant les particularités du contexte choisi, l'équipe de soignants et des cas médicaux. Le pilote d'Urgences n'a rien fait d'autre.

Mais Combat Hospital a démarré en été. Je soupçonne que ce soit, en fait, la seule raison pour laquelle je n'ai pas lu une seule critique positive à ce jour à son sujet.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Combat Hospital de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:00 - Review vers le futur - Permalien [#]

20-10-10

Envers et contre tout

TheBigC

Peut-on aimer une série dont le personnage principal nous énerve au plus haut point ? Attention, je ne parle pas d'un personnage volontairement irritant, genre celui de Dr House, qu'on cherche à tout crin à nous rendre antipathique (jusqu'au moment stratégique où soudain il va nous apparaitre dans toute sa vulnérabilité, évidemment), mais bien d'un personnage qu'on ne cherche pas à nous présenter comme spécialement détestable, mais avec lequel, vraiment, on a beau essayer, mais on n'accroche pas.

Balayant toutes mes certitudes, The Big C est en train de m'apprendre que, oui, j'ai beau avoir le poil qui se hérisse chaque fois que Cathy fait quelque chose, j'aime toujours énormément la série. Certes un peu moins qu'au moment du pilote, mais c'est bel et bien la faute de son personnage central.

Je ne reproche rien d'autre à la série. Ni les axes qu'elle emprunte, ni les personnages qu'elle décrit, ni le cœur-même de ses intrigues. Les épisodes sont inégaux, certes, il y en a eu des moins bons que la moyenne, je ne le nie pas mais c'est vrai pour beaucoup de séries. Mais mon problème reste Cathy (et certainement pas Laura Linney). Je ne m'attendais pas à m'identifier à elle mais j'ai en tous cas un mal fou à la comprendre. Il me semble parfois que c'est voulu. Qu'on cherche à nous dire qu'on ne peut pas comprendre parce qu'on n'a pas le cancer, nous (la preuve, seule Marlene est dans la confidence).
Des choix incompréhensibles, l'impression que le personnage a complètement arrêté d'essayer de penser avec sa tête, l'accumulation de bêtises de plus ou moins grande importance, l'entêtement à refuser d'avancer sur le parcours de la maladie...

Vraiment, j'ai un mal fou avec Cathy. Je ne comprends simplement pas. Elle a complètement pété une durite, la pauvre femme. C'est aussi pour ça que je pense que c'est voulu. Peut-être que je suis naïve, mais j'ai l'impression que c'est ça le propos. Elle a lâché la rampe, perdu tout contact avec la réalité, elle est dans une phase pendant laquelle sa maladie le lui permet. Quand elle sera rappelée à la dure réalité des choses, elle fera de nouveaux choix, et ils me sembleront certainement plus sensés. Ils manqueront peut-être un peu plus de folie, admettons-le.

Je ne croyais pas cela possible, mais en dépit de la profonde incompréhension qui préside à tout ce que je ressens vis-à-vis de ce personnage, il s'avère que je continue de trouver la série bonne, j'aime les autres personnages, j'aime la façon dont les épisodes se déroulent, j'aime les dialogues... c'est juste avec Cathy que j'ai un problème. Ce qui pourrait sembler gênant vu qu'elle est présente dans chaque scène.

Et pourtant...
J'aime The Big C.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Big C de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:53 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

28-08-10

Oui-oui, ça va, moi aussi j'ai vu Dr House

GMOdoreDoctor

TBS n'a pas réussi à obtenir les droits de Dr House (ravis par NTV) et on sent que ça frustre beaucoup la chaîne, parce qu'elle a tout simplement décidé de sortir sa propre version de la série.
Je caricature mais, oh, à peine. Vraiment, si peu.

Alors bien-sûr, il ne s'agit pas tant d'une copie conforme que d'une démarche destinée à nipponiser la série.
Jugez par vous-mêmes : la musique, la dynamique, les dialogues, les personnages... pas la peine de chercher bien loin pour trouver là la marque des dorama du même genre. Mais au final, même si l'on n'assiste pas à un diagnostic différentiel, avec liste des symptômes sur le tableau et tout, et que les personnages sont différents, on tombe quand même pas loin de ce que la fameuse série américaine peut proposer.

C'est exactement le genre de séries que j'ai envie de recommander à ceux qui ne connaissent pas les séries japonaises, et à la fois d'ardemment déconseiller.
Exactement pour les raisons évoquées ci-dessus.

Parce que si, sur un plan médical, on est effectivement dans un pur Dr House-like (avec l'apparemment inévitable structure en "j'ai le diagnostic ! / mais c'est pas le bon / ah si ça y est / mais les tests le contredisent / enfin la bonne solution !"), en revanche, le ton et le personnage principal sont des clichés ambulants de ce que la fiction japonaise ne fait pas, vraiment pas, de mieux.

Parce que figurez-vous que le Gregory House japonais est en fait... un danseur. Oui, la médecine de haut niveau, c'était son plan de secours. Donc au lieu d'avaler des comprimés, il danse. Non je déconne pas, est-ce que je me suis déjà moquée de vous ? Il danse. Et par-dessus le marché, notre danseur est entouré de bras cassés (à côté, les mecs de BOSS sont des génies), ce qui fait qu'il est en plus le seul à avoir une quelconque valeur pour faire avancer l'intrigue médicale. Comme beaucoup de personnages centraux de séries japonaises "légères" (je n'ose utiliser le terme "comique" tant il est difficile de déterminer si c'est volontaire), il est de surcroît épouvantablement surjoué, et le scénario comme la réalisation en font des tonnes.
Non, vous conseiller GM ~Odore Doctor, c'est inconcevable dans ces conditions.

D'façon ça fait des posts et des posts que j'essaye de vous parler du haut du panier nippon, de sortir des stéréotypes sur la fiction japonaise et de vous montrer qu'on y trouve des perles, alors c'est pas pour recommander cette plaisanterie.
En fait, à choisir, je ne me la recommanderais même pas à moi-même ! Mais bon, le mal est fait...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche GM ~ Odore Doctor de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 10:43 - Dorama Chick - Permalien [#]