ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-06-13

Down Under Abbey

Changement de registre, et accessoirement de continent, avec un nouveau pilote qui nous vient cette fois d'Australie : A Place to Call Home, dont vous vous souvenez peut-être que nous l'évoquions depuis plusieurs mois parmi les projets australiens. Alors que la série était initialement prévue pour la fin 2012, la voilà qui a finalement commencé en avril. Avec un peu de chance, voilà qui remontera le niveau du #pilotmarathon...

APlacetoCallHome

Parfois on a l'impression de pouvoir deviner ce qui s'est dit dans les bureaux des exécutifs d'un network. C'est tellement évident.
Par exemple, chez Seven Network, en Australie, on a regardé les ventes des droits de Downton Abbey, les récompenses ramassées un peu partout, bref, on a regardé le phénomène Downton Abbey, et on s'est dit : "hey, pourquoi yen a toujours que pour les Britanniques ? Nous aussi on pourrait faire ce genre de série !". Un petit coup de fil à Bevan Lee, créateur des succès Packed to the Rafters et Winners & Losers, et voilà, l'affaire était entendue. Par un curieux hasard, car ce ne peut être qu'un hasard, la série a été lancée dans la case précédemment occupée par... Downton Abbey.

Cela ne signifie pas que le résultat, A Place to Call Home, soit une vulgaire copie. De la même façon que de nombreuses séries japonaises savent s'inspirer du meilleur de la télévision étrangère sans pour autant perdre de vue leur identité ou leur tradition télévisuelle, A Place to Call Home s'inspire profondément des recettes de Downton Abbey, mais ne la copie pas ; en piochant quelques idées ailleurs (un côté "médecine de proximité" vu dans Call the Midwife, par exemple), mais surtout en trouvant un contexte et un esprit ancrés dans l'identité australienne, A Place to Call Home trouve un parfait juste milieu. La seule chose qui semble lui manquer, vous l'aurez compris, est le goût du risque, mais la prise de risque est loin d'être un prérequis pour une série.

Mais au fait, de quoi parle cette série ? D'une infirmière, Sarah Adams, qui revient en Australie après 20 ans d'absence. Ces deux décennies sont assez brumeuses pour le spectateur au début du pilote (le voile est levé progressivement sur le passé de Sarah, mais de façon, reconnaissons-le, un peu brouillonne et confuse, cherchant à créer du mystère de façon peut-être un peu trop visible), mais visiblement, le personnage est blessé, et il devient rapidement clair que Sarah se dédie toute entière à sa profession dans l'espoir de penser le moins possible à son passé. Sarah fait la connaissance, dans le bateau de croisière qui l'amène chez elle, et où elle officie comme infirmière (étant entendu qu'elle ne pourrait s'offrir la croisière par ses propres moyens), de la famille Bligh, plus qu'aisée, qui rejoint sa cossue demeure en Nouvelles Galles du Sud.
Elizabeth, la matriarche de la famille Bligh ayant la santé un peu fragile, et le caractère robuste de façon inversement proportionnelle, Sarah a l'occasion de se distinguer par sa capacité à tenir tête à la têtue vieille femme, ce qui rend Sarah immédiatement sympathique aux yeux de George Bligh, son fils aîné. Lorsqu'à son retour à Sydney, auprès de sa mère, Sarah ne rencontre pas le succès escompté, elle contacte George qui lui offre donc de venir travailler dans l'hôpital que sa famille a fait construire, et qui est gérée par le docteur Duncan. Voilà donc Sarah plongée dans la vie des Bligh, espérant pouvoir commencer la sienne et ainsi tourner une nouvelle page.

Ce qui donne énormément d'intérêt à A Place to Call Home, c'est l'apparente légèreté de beaucoup de scènes, pas seulement au niveau du ton mais aussi de la narration, offrant un rude contraste avec la densité des personnages. Au stade du pilote, on ne connaît que rarement les vraies raisons de leurs tourments, mais ces personnages sont tous rongés par quelque chose, leur complexité est palpable en dépit des dialogues badins. Cela donne immédiatement l'impression non pas vraiment qu'ils cachent de lourds secrets, mais qu'il s'offrent tous, plutôt, un visage plaisant, gardant leurs souffrances pour eux-mêmes. C'est une façon intéressante et fine d'écrire les personnages d'une série qui, sans ce genre de nuances, virerait au primetime soap raté à la Deception.
Sarah, par exemple, se présente d'abord comme une infirmière, puis une nonne, puis une ex-nonne. On apprend au cours du pilote qu'elle a abandonné la religion catholique toute entière pour se convertir au judaïsme (une problématique intéressante, et à ma connaissance inédite dans une série dramatique ; contredisez-moi en commentaires). Il manque plusieurs années de sa vie sur son CV, également. Pour autant, elle ne semble pas avoir quelque chose à cacher, elle le cache plus à elle-même qu'aux autres ; la nuance est de taille. D'autres personnages, tel l'autre fils d'Elizabeth, le torturé James, vivent une situation similaire, par exemple. Ils veulent aller de l'avant mais ne le peuvent pas, parce que ce qui encombre leur âme les retient ; pour une série qui se suit de façon plutôt légère, A Place to Call Home fait donc un brillant travail pour ne pas vider ses héros de leur substance.

Le pilote de A Place to Call Home, à mesure qu'il progresse, tire de plus en plus partie des grands espaces, sortant de l'asphyxie claustrophobe qui est parfois celle de Downton Abbey pour nous montrer une Australie à la fois domptée et encore un peu sauvage, parfaite métaphore des transitions que vivent les personnages. La comparaison peut sembler redondante, mais il est visible (et c'est ce qui participe à l'identité propre de la série) qu'un effort a été fait non seulement pour jouer sur le côté historique, les toilettes, les beaux décors, mais aussi un côté plus naturel, plus libérateur. A Place to Call Home montre des personnages qui se libèrent, lentement, parfois malgré eux, de l'étau des conventions, et avoir choisi pour cela les années 50 est absolument parfait. J'ajoute que musicalement, ça fait aussi énormément de bien !

Bref, sans se consummer d'ambition, A Place to Call Home offre un spectacle peu osé, mais certain d'avoir à offrir plus, bien plus, qu'une pâle copie d'un succès international, avec de l'émotion peut-être rare, car dissimulée sous des échanges polis et des conversations parfois peu profondes, mais authentique.
C'est pour ça que le #pilotmarathon existe, voyez-vous. Pour rattraper mon retard sur des perles que j'ai laissé échapper ces derniers mois.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 12:36 - Review vers le futur - Permalien [#]

01-03-13

Bouche à oreille

Amis téléphages, l'heure est venue pour moi de solliciter à nouveau vos lumières.
Eh oui, grand retour aujourd'hui des posts La une est à VOUS, dans lesquels, pour changer un peu (pas toujours les mêmes !), c'est votre responsabilité que de me convaincre de regarder une série. Ou pas, d'ailleurs. Enfin, tout est expliqué .

En ce moment, je traverse une période de léger flottement téléphagique. En-dehors de quelques absolus favoris (The Americans, Monday Mornings, et les visionnages de Smash avec le #SmashEnsemble), je ne regarde plus aucune série américaine dramatique de façon régulière (et plus qu'une japonaise : dinner, bien que l'enthousiasme se soit tassé). J'ai laissé tomber, même si ce n'est que temporairement, des séries comme The Good Wife, Unité 9 ou encore Nashville. Je n'ai tout simplement pas le jus. Evidemment, il y a toujours les pilotes que je regarde, mais en matière de suivi hebdomadaire, nan, j'ai goût à rien. Et ça fait depuis janvier comme ça ! En fait, comme j'ai abandonné mes visionnages en décembre lors du marathon Scrubs, c'est même pire que ça... Après avoir laissé passer plusieurs semaines de la sorte, me disant que ça allait revenir, que je n'avais qu'à passer à autre chose en attendant (l'occasion de rattraper des séries comme Raw, retenter le visionnage de Monroe, picorer des épisodes de Brain et bien-sûr regarder des films), mais je commence un peu à m'alarmer.
J'ai un peu tout tenté. C'est que, vous comprenez, des comédies que je suis en hebdomadaire, j'en ai plein, niveau dramédie je suis évidemment comblée par House of Lies (et ce, de multiples façons et dans toutes les positions), mais mon planning hebdomadaire manque cruellement de séries dramatiques. Ca me manque, en somme. Mais je n'ai pas le goût, pourtant, à reprendre ces séries abandonnées ; je pense que je suis rebutée par un effet "loin des yeux, loin du coeur", moins je les regarde, moins j'ai envie de les regarder, mais il en faudrait peu pour que la flamme qui m'animait il y a encore peu se ravive, sauf que le premier pas coûte.

En toute franchise, entre les plutôt bonnes raisons ("The Good Wife me plait plus en marathons ou mini-marathons", expérience avérée pendant les saisons précédentes ou je finissais toujours par préférer ce mode) et les excuses carrément piteuses ("ouais mais en ce moment j'ai envie d'engloutir des épisodes par 10 pour toutes mes séries dramatiques", mensonge éhonté comme le prouve le suivi régulier des séries sus-mentionnées), je ne peux plus laisser faire.

C'est là que je me suis dit : plutôt que de revenir à tout crin aux séries que je suivais cet automne, on va procéder par étapes et simplement trouver une série toujours en cours de diffusion, qui me soit nouvelle mais que je puisse, après rattrapage en mini-marathon, je serais d'humeur d'en faire autant pour d'autres. Une fois que j'aurai fait ça pour une série qui aura le goût de la nouveauté, ce sera plus facile de le faire pour d'autres abandonnées voilà trois mois !
Telle est ma logique ; on est d'accord que c'est boiteux mais c'est tout ce que je vois comme option, à part m'enfermer dans mon living, m'attacher à mon fauteuil et me forcer à regarder un épisode d'Unité 9 en me menaçant d'un flingue. Ce qui serait d'une part un peu ironique, et d'autre part vraiment dommage.

J'ai donc cherché quelle série pourrait bien correspondre à mon objectif, et l'une de celles qui revient régulièrement est Scandal.
Une partie de ma timeline Twitter semble en dire du bien, mais j'avoue que je ne saisis pas comment elle en arrive à cette conclusion après l'expérience désastreuse qu'a été le pilote pour moi. Et pourtant. S'il y a bien une chose qui ressort des réactions extatiques sur Scandal, c'est que la série a muté depuis le début de son existence, et qu'elle est arrivée à quelque chose qui a l'air plus abouti que sa formule ne le laissait initialement imaginer. Amis téléphages, l'heure est venue pour vous de me le confirmer (ou pas).

Dois-je (re)regarder Scandal ?

BoucheaOreille

Les pour :
- J'avais vaguement senti que Scandal se voulait un peu politique, et j'ai bien envie de ça en ce moment
- D'après les échos que j'en ai, Olivia Pope devient un personnage franchement intéressant, et la perspective d'assister à une telle évolution m'intéresse parce qu'assez peu de personnages, en ce moment, sont des héros en aussi évidente mutation

Les contre :
- Bah, déjà, je vois 10 raisons. Libre à vous d'en ajouter, étant bien entendu qu'il n'y en a aucune à retirer.
- Parce qu'on ne peut pas dire que je sois une fan de Shonda Rhimes (mais ça s'est ptet vu via le lien précédent)
- Parce qu'en ce moment, c'est la mode du "tout-soapesque" et que je n'ai pas envie de me lancer dans un truc qui me rappelle la qualité piteuse d'un Revenge ou Deception, avec une touche de thriller pour faire genre, mais quand même beaucoup de vide

Vu que plusieurs d'entre vous êtes pourtant convaincus que Scandal est en train de tourner au petit bijou, je ne doute pas que vous allez démonter mes arguments comme rien. Comme toujours dans cette rubrique, l'idée n'est pas forcément de me faire regarder absolument une série, mais d'être aussi bien capables de donner, vous aussi, des arguments pour et des arguments contre, de citer des qualités qui m'ont échappées comme des défauts qui hélas existent bien, histoire que je me fasse une idée.
Je compte sur vos bons conseils, amis téléphages, vous qui me connaissez bien : peut-être que Scandal n'est vraiment pas faite pour moi, c'est possible... mais y a-t-il une chance pour que je sois passée à côté d'une série qui me ravirait ?
Et dans ce cas... c'est à VOUS de m'en convaincre.

Posté par ladyteruki à 12:26 - La une est à VOUS - Permalien [#]

22-12-12

Impossible de trouver un titre sans faire de jeu de mots

whisperintherain et moi-même, vous le savez, nous sommes lancé pour défi de regarder absolument chaque pilote de la saison, et d'ensuite écrire une review sur absolument chacun des pilotes vus. Je vous avoue qu'il y en a pour lesquels c'est plus facile et plus motivant que pour d'autres... Deception, par exemple, ne me fascinait pas vraiment. Mais puisque le preair est sorti, je me suis dit : bon, une fois que c'est fait, c'est plus à faire. Si vous aussi vous hésitez à regarder le pilote, voilà qui pourrait bien vous aider à prendre, à votre tour, une décision...

Deception

Ah, ces riches ! Qui détesterait-on s'ils n'étaient pas si riches ?
Qui d'autre pourrait bien avoir des secrets de famille, des luttes internes et une incroyable faculté commune à lever le coude ? C'est, après Revenge, ce que Deception s'apprête une fois de plus à explorer (Deception, la série américaine de NBC qui commencera le 7 janvier, à ne pas confondre avec Deception, la série irlandaise de TV3 qui commencera... le 7 janvier !).

Et si je mentionne Revenge, c'est parce que la parenté saute aux yeux. Rien que les plans sur la cossue demeure des Bowers donne bien le contexte, dans tous les sens du terme, de Deception, qui a trouvé le moyen d'avoir, elle aussi, pour héroïne, une jeune femme extérieure à une famille puissante.  Joanna, c'est son nom, va s'insérer l'air de rien dans le quotidien de ces gens, qui cachent, à n'en pas douter, un lourd secret ; les souvenirs et les émotions passées vont évidemment s'en mêler.
Cette fois, au lieu de vraiment accomplir une revanche, il s'agit de trouver l'explication de la mort d'un des membres de la famille, Vivian, qui était à l'adolescence la meilleure amie de Joanna et dont la mort semble peu accidentelle ; par rapport à Revenge, ici on est du "bon" côté de la barrière puisque Joanna est également détective pour la police, et qu'elle est envoyée sur les lieux par un agent du FBI qui veut utiliser ses liens avec les Bowers. Il n'y a donc aucune sorte d'ambiguité morale (non que Revenge ait beaucoup exploré celle d'Emily, il est vrai), rendant instantanément suspect à peu près n'importe quel membre de la famille d'entrée de jeu. Je ne suis pas certaine qu'ajouter un contexte d'enquête policière soit une trouvaille intéressante, sans même parler du fait que je suis fatiguée de tous ces flics qui ont envahi mon écran depuis douze ans, mais au moins ça permet quelques petites variation par rapport à Revenge, notamment le fait que Joanna est épaulée par une équipe et non plongée seule dans les mystères de la somptueuse villa Bowers.

Sortis de ça, on n'a pas tellement affaire à une série d'une folle originalité. Les riches sont, comme toujours, des gens qui n'ont que des problèmes, quand Joanna est une fille gentille et adorable, et c'est normal, puisqu'elle est moins riche (sa mère travaillait pour les Bowers). Ils boivent beaucoup, abusent de substances variées, ils se détestent les uns les autres au point de se sauter à la gorge le soir-même de l'enterrement de Vivian, n'attendant même pas que le corps soit froid pour s'envoyer les pires horreurs à la tronche, et évidemment ils gèrent un empire (pharmaceutique, cette fois) qui n'est pas non plus tout blanc. Vous savez : comme font les riches.
Ainsi, Deception tente d'insérer des intrigues par-dessus l'enquête de Joanna mettant en scène les différents membres de la famille ; ces intrigues secondaires, en toute logique, devraient densifier les épisodes afin de rendre plus compliquée l'investigation sur la mort de Vivian. Mais pas du tout. Le coix de Deception, même si ça semble plus une marque d'incompétence qu'un choix, est d'évoquer toutes sortes d'intrigues qui sont incroyablement évidentes, au moins pour le spectateur, et qui empêchent de vraiment se poser de vraie question. Il n'y a, en réalité, pas grand suspense sur les origines de Mia, et ce sont environ deux bons tiers du pilote qui vont faire semblant de maintenir le mystère autour de la question en vain, parce que Joanna est, voyez-vous, beaucoup plus stupide que les spectateurs, ce qui augure d'énormément de choses pour la suite ! Même la question de la mort de Vivian est à moitié résolue à l'issue de cet épisode inaugural !
Alors, évidemment, il est possible qu'il y ait plein de retournements de situation (celui qui s'est débarrassé de l'arme du crime en pleurant n'est pas forcément celui qui a tué Vivian, admettons) ou de suspense qui vienne se greffer là-dessus (le père de Mia va peut-être débarquer et réclamer sa garde), mais pour l'instant, en n'ayant vu que le pilote, ça donne plutôt l'impression que les spectateurs vont en savoir systématiquement plus long que l'héroïne sur ce qui se passe dans la vie des Bowers, et ça fait un peu peur. Où le suspense quand la moitié des secrets de la maisonnée ont été percés en 45 minutes ?

A l'issue de ce premier épisode, c'est à se demander pourquoi quelqu'un pourrait choisir de regarder Deception quand tout est déjà fait dans Revenge ...en mieux !
Bon, d'accord, pas tout : Deception fait un peu moins cheap... mais comme sa distribution est aussi bien moins haute en couleur (moins de très mauvais élèves, pas vraiment de premier de la classe), ça revient à dire qu'à choisir, autant regarder Revenge avec ses défauts, que Deception avec son soucis de ne prendre absolument aucun risque.
Et pour que je recommande de regarder Revenge, il en faut.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:59 - Review vers le futur - Permalien [#]