ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

21-10-10

Manifeste politique

Quand je suis arrivée au cinéma Victoria, il bruinait un peu et j'étais à la bourre. Pourtant, les portes n'étaient pas encore ouvertes et quelques personnes attendaient sur le trottoir, notamment deux hommes qui ne se parlaient pas mais semblaient être venus ensemble. Salutations d'usage ; "vous attendez aussi ?" ; celui qui portait un chapeau m'a répondu en anglais. Mes yeux s'allument et je comprends à qui j'ai affaire... "je peux en profiter pour vous poser quelques questions ?". Quand j'ai actionné discrètement mon dictaphone, cela faisait déjà deux minutes que je discutais avec le directeur de la fiction de DR. Retenant derrière mes dents l'envie de l'interroger sur les finances de la chaîne (je ne suis pas là pour ça, après tout), je me suis lancée dans quelques petites questions anodines, espérant que le jeune homme qui l'accompagne bavarderait plus. Il avait une bonne tête de scénariste, lui, avec ses lunettes rondes...
Posant ma déjà habituelle question d'ouverture d'interview ("comment êtes-vous venu à ce projet ?"), j'entends soudain la phrase qui va totalement changer ma journée : "On avait beaucoup aimé A la Maison Blanche, alors on a voulu faire une série politique danoise". La belle démarche intellectuelle que voilà. Il n'en fallait guère plus pour que je tombe amoureuse. Ce n'est qu'assise face à l'écran de cinéma que j'ai compris à quel point...

L'équipe de Borgen n'a fait aucun mystère de l'inspiration qui a été la sienne, mais le plus incroyable c'est que cette parenté ne se sent pas beaucoup quand on regarde l'épisode. A la grande rigueur pourrait-on éventuellement faire des parallèles avec Commander in Chief, mais plus sur le plan du pitch que sur celui du traitement.

Borgen

D'ailleurs, si ce n'est l'idée de départ ("faire une série sur la politique"), et son personnage qui est une femme, Borgen n'a pas grand'chose de commun avec les deux séries que je viens de citer. Elle a choisi sa propre voie, celle de la politique vue par le prisme des médias, un regard qui a tendance à créer des cloisonnement plus que des rapprochements. Ainsi, c'est aussi la vie professionnelle et personnelle d'une journaliste, et l'activité de la rédaction d'une chaîne de télévision, qui servent à asseoir un certain nombre d'intrigues de ce pilote foisonnant qui explore, excusez du peu, rien moins que la trajectoire de 3 partis différents.

C'est vrai, son personnage central est un peu monochrome, mais la galerie de portraits qui l'entourent donne une variété incroyable de nuances, du Premier Ministre qui veut se faire réélire à tout prix à l'arrogant homme de droite aux idées puantes, en passant par les spin doctors et même la vie amoureuse ou familiale de plusieurs des personnages.

Je vous disais que le personnage principal, la chef du parti centriste Birgitte Nyborg Christensen, manquait un peu de nuances, mais elle incarne un certain idéal politique qui finalement s'inscrit bien dans le propos de Borgen. Montrant par contraste que tout le monde intrigue plus ou moins, Birgitte fait figure d'outsider parce qu'elle n'accepte pas/plus le compromis. D'abord un peu pâlichonne, la politicienne va progressivement prendre de l'assurance, allant jusqu'au lâchage complet, probablement convaincue qu'elle n'a plus rien à perdre de toute façon maintenant qu'elle est grillée. Et justement, c'est ce qui va attirer l'attention de l'électorat. On en arrive à une scène jubilatoire (et captivante) de débat télévisé, au cours duquel tous les chefs de partis politiques se réunissent pour lancer un dernier message aux citoyens, et où notre politicienne se lance dans un discours désarmant de sincérité (écorchant son image sans y réfléchir à deux fois). Les électeurs accueillent avec enthousiasme sa spontanéité gauche, parce que c'est, dans le fond, ce qu'on voudrait voir en politique.
En tant que spectatrice, j'étais ravie par cette scène, en tant qu'électrice, je l'étais aussi finalement...

Dans un monde politique plus individualiste que celui d'A la Maison Blanche, et bien plus pressé par les médias, Borgen dresse le tableau d'une politique idéale. Comme une revendication. Et pourtant, sans manichéisme.

Borgen, c'est un peu L'Etat de Grace qui aurait réussit : le projet d'une série européenne voulant prendre exemple sur une série américaine, mais trouvant son propre ton, sa propre personnalité, sa propre trajectoire. Borgen, c'était l'un de mes deux pilotes coups de cœur de Scénaristes en Séries.
Maintenant, vous savez ce que je fais depuis mon retour.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Borgen de SeriesLive.
PS : la série a commencé à être diffusée fin septembre et je ne le sais que maintenant. Il y a vraiment quelque chose de pourri au Royaume du Danemark...

Posté par ladyteruki à 17:16 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-03-07

Super naturel

Où est passée cette sacrée fichue recommandation du CSA demandant aux chaînes de télé de franciser le nom de ses séries étrangères ? Il y a deux ans environ, on ne parlait plus que de ça. Tout le monde frissonnait à l'idée d'un "Perdus", d'un "L'anatomie de Grey" (les Espagnols, par exemple, n'y ont pas coupé) ou d'un "Ménagères désespérées". Et on se disait tous "putain, ce truc, c'est vraiment débile, ils nous font chier avec des conneries alors que pendant ce temps certaines diffusions sont toujours aussi calamiteuses". Oui on était très vulgaires, mais il faut dire qu'on était fâchés.

Vous vous rendez compte ? D'après ce qui se disait à ce moment-là, seuls les noms propres et noms de lieux ne seraient pas touchés par la francisation des titres de séries. On était à deux doigts de subir l'affront fait aux séries d'animation japonaise. Certains d'entre nous en étaient déjà à imaginer des prénoms de personnages francisés également. C'était la panique.

Et puis en fait, en ce moment, je n'en finis pas de me laisser encore surprendre par la programmation en France de Desperate Housewives (dont la seule prononciation est l'une des rares justifications de la francisation des noms de séries), LOST (sous-titré Les Disparus mais personne ne l'appelle jamais comme ça, évidemment), Grey's Anatomy, Commander in Chief ou encore Supernatural, plus près de nous. Il me plaît à penser que ça énervait les chaînes autant que nous.

Il faut dire qu'à l'heure où les séries sont célèbres avant même d'arriver sur notre territoire national, sous des appellations anglophones faisant 15 fois le tour du net avant que les chaînes ne pensent à leur prêter attention, il est un bien meilleur calcul de préserver cette appellation d'origine (et trajectoire) contrôlée plutôt que de la rebaptiser et recommencer la promo à zéro.

Mais alors, quid de ladite recommandation ? A-t-elle été mise à la corbeille par le CSA ? Nenni, elle est toujours , mes amis, là et bien là, les chaînes télé doivent franciser leurs noms de programmes... mais l'alinéa IV de la chose nous explique simplement que "trois dérogations sont toutefois prévues par la loi : les titres d'émissions dont ces sociétés ont acquis les droits de diffusion et dont la conception leur échappe ; les titres constitués d'un terme étranger dont il n'existe aucun équivalent en français ; les titres qui ont été déposés à titre de marque avant le 7 août 1994". Concrètement. Ouais, donc en fait, on fait ce qu'on veut niveau séries. Et donc tout le monde a tremblé pour rien, TF1 a sous-titré le titre de LOST pour le plaisir ou quasiment, etc...

Mais en y réfléchissant, pourquoi sommes-nous si accrochés à ces titres, pour la plupart d'entre nous ? Qu'une chaîne tente de préserver le travail de communication déjà effectué outre-Atlantique (et ailleurs) autour de cette série, ça se comprend, mais quelles sont nos raisons, à nous téléphages, pour espérer que les titres seront traduits seulement si des vies doivent en dépendre ?

Est-ce parce que sur les sites, les forums et les blogs, nous parlons actuellement de Dirt, The Riches et autres Ugly Betty (et non pas d'Ordure, Les Richards et Betty la Laideron) et que nous n'avons pas envie de changer nos habitudes ? Ca se tient.
Est-ce parce que nous nous voulons puristes en appelant une série par son nom original ? Après tout, pourquoi traiter les séries différemment, par exemple, d'une "oeuvre" musicale ? Personne ne songerait à appeler la chanson de Nelly Furtado "Mangeuse d'homme", ni parler du premier album des ridicules Tokyo Hotel en le nommant "Crie (aussi fort que tu peux)". Ca se tient.
Est-ce par sentimentalisme, parce que nous nous sommes appropriés la série (et son univers) sous ce nom ? Ca se tient.

Par curiosité, pour la beauté de l'étude scientifique rigoureuse pourrait-on dire, j'ai fait une enquête sur 1 téléphage, et je me suis sondée pour savoir comment j'appelais les séries que je regarde. Et je penche pour la 3e possibilité (bien que je persiste à penser que les deux premières sont toutes aussi valables) :
- lorsque je découvre une série lors de sa diffusion française, je l'appelle par son titre local (ex : New York Unité Spéciale, Les Experts...). Même en apprenant rapidement le nom original, je ne change pas mes habitudes.
- exception à la règle ci-dessus : lorsque vraiment j'ai développé un certain niveau d'addiction et/ou d'affection (ex : Fran pour Une Nounou d'Enfer, Corky pour Corky, un enfant pas comme les autres
...).
- lorsque je découvre une série lors de sa diffusion américaine, je l'appelle par son titre original (ex : bah, il suffit de voir ce blog !). Même lorsque je finis par regarder la série en France (car il est rare que je m'en empêche) je ne m'adapte pas au nom choisi par la chaîne en France.
C'est ainsi que je finis par mélanger les titres originaux aux titres adoptés par le diffuseur français dans mes posts divers et variés, comme l'un d'entre vous ne s'est pas gêné pour me le faire remarquer. Comme vous, non ?

Les chaînes françaises (qui décidement sont meilleures en marketing qu'en diffusion) l'ont bien compris et ne suivent donc pas la directive, ou alors seulement si vraiment, elles ont un peu trop châtouillé le CSA ce mois-ci et que ce n'est pas le moment de s'attirer un blâme pour une connerie pareille, ma foi, si ça peut aider à faire passer les écarts sur d'autres sujets, on peut bien sacrifier un titre de série à l'occasion.

Du coup, même quand ce serait super facile de franciser un titre, on ne s'en donne plus la peine. Inutile de dire que la directive, le CSA peut s'en faire un sandwich et se la manger.

Où j'essaye d'en venir ?
Nulle part. C'était juste une petite réflexion, comme ça, le dimanche soir. Faut dire qu'il n'y a rien d'intéressant, côté séries, à cette heure-ci.

Posté par ladyteruki à 20:12 - Point Unpleasant - Permalien [#]
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