ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

05-09-13

8 raisons de regarder The Slap

Parce qu'une fois de temps en temps, quelques bons dramas australiens nous parviennent sur arte (elle nous avait déjà comblés avec la première saison d'East West 101), ce soir sera l'une de ces occasions de se rappeler qu'il n'y a pas que la Scandinavie dans la vie avec The Slap, alias La Gifle sous nos lattitudes, qui débute à 20h50.

Cette diffusion est pour moi l'occasion de vous annoncer que j'en profiterai pour publier en temps voulu les 2 dernières reviews épisode-par-épisode de The Slap, qui étaient restées à l'état infâmant de brouillon depuis que j'avais regardé la série lors de sa diffusion australienne (une claque pour... lady !). Les 6 premières reviews sont cependant déjà en ligne depuis un bail, donc n'hésitez pas à remonter le tag pour y jeter un oeil.
Mais surtout, cette diffusion est pour moi l'occasion de vous dire qu'il FAUT regarder The Slap ce soir... après tout, House of Cards peut se binge-watcher une autre fois, The Slap, not so much.

Et si vous vous demandez encore si c'est vraiment nécessaire de regarder The Slap (et que vous n'avez pas encore été jeter un oeil à la première de mes reviews sur la série), eh bien voici mes 8 raisons de le faire. Urgemment, en fait.

TheSlap_Diffusion_Hector

The Slap, c'est au premier regard une narration rare ; bien que la série soit profondément feuilletonnante, sa structure, directement calquée sur celle du roman original, lorgne plutôt du côté de l'anthologie, en associant à chaque épisode un personnage bien spécifique. C'est ainsi l'occasion de véritablement rentrer dans l'univers, la psychologie et le quotidien du personnage en question, de vivre les évènements à travers son regard, sans aucune forme de biais... mais grâce à l'éclairage des épisodes précédents qui introduisaient à d'autres points de vue.

Car c'est bien cela, l'essence de The Slap : montrer une diversité de points de vue et d'opinions ; The Kaleidoscope aurait été un titre tout-à-fait valide pour notre histoire, mais c'était à la fois moins facile à prononcer et moins... frappant.

The Slap nous invite donc à passer une journée avec un personnage, à tenter de comprendre non seulement sa réaction vis-à-vis de la fameuse gifle, mais aussi, voire surtout, de nous faire pénétrer son monde, avec ce que cela inclut de valeurs et de vécu. Car il ne s'agit pas simplement d'exposer l'opinion de chacun sur la gifle : cette dernière n'est qu'un évènement déclencheur. Chaque épisode a la lourde responsabilité d'essayer de nous faire saisir l'essence d'une personne en moins d'une heure ; dés, son visage aura déjà été déformé par la perception des autres.

TheSlap_Diffusion_Anouk

Des portraits sincères d'hommes et de femmes. The Slap ne reculant jamais devant la perspective de décrire la complexité des gens, et donc du monde (à moins que ce ne soit l'inverse), chaque personnage (et en particulier les 8 qui sont mis en avant pendant la série) bénéficie d'une écriture honnête qui permet de revenir sur les rapports hommes-femmes, mais aussi, sur les rôles genrés de chacun dans la société.

Ainsi, Manolis et sa femme Koula vivent selon un modèle traditionnel dans lequel l'homme et la femme jouent un rôle bien précis (dont généralement ils se plaignent ensuite tout en n'aspirant pas vraiment au changement), Harry incarne un certain idéal de virilité, Anouk est résolument une féministe bien qu'enfermée dans certains paradoxes, et ainsi de suite. Ces positions ne sont pas souvent le résultat d'un choix conscient, mais elles aboutissent à des interrogations intimes et des contradictions que The Slap détaille à la perfection, car aucune évidence n'est tolérée dans The Slap.

Qu'il s'agisse de sexe (il va s'agir de sexe à de nombreuses reprises, d'ailleurs) ou de relations platoniques, les interactions se détaillent dans une palette magnifique de nuances. A travers les rapports hommes-femmes, c'est aussi le fonctionnement de la cellule familiale que The Slap interroge, car évidemment les choix éducatifs sont au coeur de la problématique de la gifle.

TheSlap_Diffusion_Harry

Une mini-série qui se suffit à elle-même : il n'est pas nécessaire d'avoir lu The Slap pour apprécier la série The Slap. C'est évidemment un plus : du fait de la narration particulière, le lecteur aura un avantage certain sur le spectateur, car il aura pu entrer bien plus en détail dans le psychisme des personnages. Le choix fait par la série a d'ailleurs été de ne pas opter pour la voix-off comme matière première pour dépeindre les protagonistes ; peut-être que la série aurait été l'un des rares cas où ç'aurait été sûrement une bonne chose d'utiliser un peu plus ce procédé cependant. Ce choix osé nous prive d'un certain nombre de détails apportant plus de nuances encore aux personnalités en présence, mais pour autant, la série est parfaitement autosuffisante.

The Slap est tout-à-fait appréciable sans avoir lu le roman qui lui a donné naissance, bien que celui-ci, un véritable phénomène littéraire, gagne à être connu. Si vous n'avez encore jamais lu de roman australien (comment, pas même avec la diffusion de Puberty Blues ?!), The Slap gagnerait à être le premier. Quoique ça rendra sûrement très décevante la lecture du second...!

TheSlap_Diffusion_Connie

Matthew Saville.
Ce nom ne vous dit rien mais si vous avez vu Please Like Me, et surtout Cloudstreet, vous allez sûrement vite comprendre : Saville est le réalisateur de génie qui se cache derrière la camera de ces deux séries. En réalisant deux épisodes de The Slap, il parvient à insuffler sa touche particulière, une sensibilité qui doit énormément au sens du détail, à une photographie mettant en valeur les 5 sens avec luminosité.

Si les autres réalisateurs de la série ne déméritent pas, il n'aurait vraiment pas été un mal que Saville dirige tous les épisodes (et celui de Richie, en particulier), tant son doigté aurait énormément apporté aux portraits. Les épisodes réalisés par Saville comptent parmi les plus grandes réussites de la mini-série, en particulier celui de Connie qui est dans la droite ligne de ce que le réalisateur a accompli par le passé. Une véritable petite merveille comme on aime à en voir à la télévision.

TheSlap_Diffusion_Rosie

Un cast absolument parfait ! Si la carrière internationale de certains acteurs de la série attirera sûrement l'oeil du téléphage averti plus que la trajectoire anonyme d'autres membres de l'équipe (ou au moins, la diffusion de séries "cultes" sur nos écrans ; hello Alex Dimitriades !), il n'y a pas une seule fausse note dans la distribution de The Slap.

En particulier, Melissa George, qui incarne un rôle central dans l'intrigue, est en très grande forme, il faut bien le reconnaître. Il ne fait aucun doute qu'en tous cas, elle est celle qui colle au plus près du personnage tel qu'écrit dans le roman ; elle possède totalement Rosie, jusque dans le moindre bruissement d'émotion. Hormis, sûrement, dans In Treatment, l'actrice n'aura jamais été éblouissante à la télévision. C'est le genre de choses qui arrive quand on a un matériau d'origine impeccable, et une actrice qu'on parvient à diriger tout en sachant lui lâcher la bride sur le cou.

Mais je le répète, pas un acteur de The Slap n'est pris à défaut ; les rôles secondaires non plus, qu'il ne faut pas oublier de mentionner et qui sont d'autant plus nombreux qu'à mesure que le fil de la série se déroule, des visages vont venir compléter la constellation de points de vue sur la gifle, ou plus largement la crise que traverse le microcosme du barbecue.

TheSlap_Diffusion_Manolis

Un questionnement de la société cosmopolitaine : The Slap démarre lors d'un barbecue qui réunit des convives de toutes origines. Parce qu'ils sont réunis lors de ce barbecue, il est permis de penser que ces gens se connaissent et vivent la diversité comme une évidence. Mais c'est justement l'une des choses que la claque va remettre en question.

Car derrière la vie sociale multiéthnique que mènent en apparence les personnages, il va devenir plus que palpable que leurs différences de culture et de valeurs n'en sont pas gommées pour autant ; à vrai dire, la gifle va exacerber ces mêmes différences. The Slap interroge la façon dont la société peut composer avec les contradictions. Sans aller jusqu'à apporter une réponse définitive aux questions de mixité culturelle (ou plus simplement sociale, d'ailleurs), la série évite tout angélisme : oui, ce barbecue est organisé dans le jardin d'un couple interracial, oui, différents styles de vie trinquent les uns avec les autres, mais dans le fond, nous ne sommes pas compatibles sur tout. Mais puisque la grande leçon de The Slap est que personne n'a fondamentalement tort ou raison, le mieux est d'apprendre à reconnaître nos différences, plutôt que de prétendre qu'elles n'existent pas au nom du mieux vivre ensemble.
En cela, The Slap est d'une acuité précieuse, et ce, en France comme en Australie.

TheSlap_Diffusion_Aisha

Une invitation à l'ouverture. Tout comme le roman original, bien que dans une moindre mesure, The Slap fourmille de références culturelles, d'invitations à sortir du microcosme de la "société du barbecue". Car cette petite communauté ne vit pas repliée sur elle-même, et c'est ce qui permet de la prendre au sérieux.

A la question : "ces gens ne sont-ils pas tous en train de se rendre fous pour un acte mineur ?", la série répond qu'il existe une foule de réponses, par le prisme de la culture des uns et des autres, mais aussi à travers leur vécu. Ce vécu évolue avec les rencontres et les voyages, en se confrontant au monde. The Slap nous invite justement à nous confronter aux nuances de la société en nous montrant des personnages qui eux-mêmes le font. Le parcours de plusieurs d'entre eux sera à ce titre assez symbolique de la façon dont un point de vue sur un problème peut évoluer, si ce n'est changer, en portant son regard sur des choses nouvelles.

TheSlap_Diffusion_Richie

L'émotion n'est pas absente. Si The Slap est, évidemment, une mini-série poussant à la réflexion sur nos choix, nos modes de vie et nos opinions, elle n'en reste pas moins une oeuvre de fiction capable d'atteindre le spectateur. Certains épisodes, il est vrai, s'avèrent plus émouvants que d'autres ; difficile de rester de marbre, par exemple, devant ce qui ronge Richie.

Nous ne passons vraiment qu'une heure avec chaque personnage, mais ce temps est plus que suffisant pour nous glisser à leurs côtés et vivre avec eux leurs doutes, leurs souffrances et leurs moments de grâce. Ce sera mon message final : oui, The Slap est fascinante, intelligente et unique dans sa façon d'aborder une problématique sociale pour radiographier toute la société. Mais c'est aussi, voire avant tout, une série dramatique puissante. Une expérience à vivre, en somme. Ou huit.


Alors, The Slap, à voir ce soir sur arte : que ce soit dit et répété.

TheSlap_arte

Posté par ladyteruki à 12:30 - Love Actuality - Permalien [#]

10-05-13

Soyons curieux maintenant, avant qu'il ne soit trop tard

Aujourd'hui, j'avais initialement prévu de vous faire un post sur Hatufim. Ou plutôt à sa gloire. Pour féliciter arte, qui outre les excellentes séries scandinaves qu'elle ne cesse de nous proposer, s'attache à nous rendre curieux sur plein de pays, dont Israël, un formidable pays pour les séries comme j'ai eu l'occasion de vous le dire à peu près 712 fois dans ces colonnes. Mais après avoir lu les retours sur la diffusion d'hier, j'ai décidé de mettre mon post de côté, et d'aborder une autre question que souligne la diffusion de la série.
Et puis, après tout, combien de fois avez-vous déjà lu des articles comparant Hatufim à Homeland cette semaine ? Comme si vous aviez besoin du mien en plus. Mais au pire, je l'avais fait là.

Hatufim-Portraits

Quelles que soient les qualités de Hatufim (et elles sont nombreuses), quel est foncièrement l'intérêt de diffuser une série dont le remake fait déjà tant parler ? La réponse est dans l'objectif qualitatif, pour ne pas dire téléphagique, qui est clairement celui d'arte depuis quelques années : proposer de bonnes séries, à la fois en gardant un oeil sur le monde et les tendances, à la fois en faisant son affaire de son côté sans s'embarrasser de suivre le troupeau. C'est un pari, peut-être pas quotidien, mais disons, trimestriel. Parfois ça marche, comme avec Äkta Människor.
Et parfois, ça donne Hatufim, 496 000 spectateurs hier soir.

Ouch. Oui, ça fait mal. Mais ça ne fait pas simplement mal parce que moins d'un demi-million de Français aura vu les premiers épisodes de cette excellente série. Ce ne fait pas simplement mal parce que "l'invasion" de séries israéliennes n'est pas pour demain après des résultats comme celui-là. Ca fait mal parce que, concrètement, le public des séries d'arte réagit au buzz. Or le buzz de Hatufim ne travaillait pas pour lui, d'abord parce qu'il y en avait très peu (le succès d'Äkta Människor, c'est aussi une campagne démentielle), ensuite parce que tous ceux qui en ont parler, tous, absolument tous, je prends l'absolu pari que vous ne trouverez pas d'exception à cette règle, ont comparé Hatufim à Homeland.
C'est-à-dire qu'on est parti du principe à la base qu'on allait regarder une histoire déjà très familière aux spectateurs, et que le jeu consistait à montrer les différences entre les deux versions, donc à partir du principe que la connaissance de Homeland par les spectateurs était telle que les spectateurs pouvaient en tirer des conclusions. ...On a quasiment fait passer Hatufim pour le remake !
Homeland, qui de surcroît, jusque là, n'a été diffusée en France qu'en crypté par Canal+, et dont le premier épisode a rassemblé sur la chaîne cryptée 1,3 million de spectateurs. Donc une portion de ces spectateurs allait forcément partir du principe que, bon, j'ai déjà vu une fois, ça va. Une autre portion n'a peut-être pas eu vent de la diffusion de Hatufim (c'est-à-dire que Hatufim ne fait pas les gros titres depuis plus d'un an et demi dés qu'on parle de séries, et n'a pas reçu d'Emmy Award). Et puis une portion a aussi décrété que les séries israéliennes, on veut bien être curieux, mais faut pas pousser quand même (j'en ai dans mon entourage... ou plutôt avais, les funérailles sont lundi).

La question de savoir si arte aurait finalement dû ne pas diffuser Hatufim ne se pose pas : c'est un choix éditorial en parfait accord avec l'identité que s'est forgée la chaîne, ces dernières années, dans le domaine des fictions acquises à l'étranger, c'est-à-dire le choix de la qualité et de l'intérêt intrinsèque de l'oeuvre, par opposition à ses chances évidentes de succès commercial. Personne n'a le sens de la prise de risque noble comme arte en matière de séries. Mais il lui faut déployer tout un couteau suisse de promotion pour réussir son pari ; or du point de ce point de vue, Hatufim était poignardée d'avance.

Par-delà le problème de Hatufim (la sortie en DVD fin mai devrait finalement atténuer nos peines ; vous avez de la chance, j'ai pas eu autant de bol avec Kommissarie Winter l'an dernier), la question qui se pose aussi est celle de l'avenir d'une série originale quand son remake nous est parvenu.
Des séries comme Ta Gordin, Rake ou Réttur deviendront obsolètes du jour où leur adaptation (quand elle voit le jour) aura achevé sa première minute sur les écrans américains.

Parce que telle est encore la loi, dans un monde où, ironie du sort, les séries américaines s'inspirent de toujours plus de nationalités différentes : les USA ont toujours le dessus. Au moins commercialement, ce qui est amplement suffisant. arte a beau essayer de nous ouvrir l'esprit à d'autres espaces, d'autres possibilités télévisuelles, pour le moment, USA is the new black.

Il n'est pas suffisant qu'une chaîne comme arte (mais qui d'autre ?) s'aventure sur des terrains comme Hatufim. Il faut qu'elle débroussaille le champs des possibles et déniche elle-même, sans doute en augmentant encore la prise de risques, les perles de demain dont les exécutifs américains s'arracheront les droits quelques mois plus tard. Dégainer par exemple Penoza avec Red Widow qui passe sur les écrans américains (sans même parler de sa réussite ou non outre-Atlantique), ce serait déjà avoir perdu le pari.
Il faut, pour éviter le piège tendu par le parallèle Hatufim/Homeland, qu'arte diffuse sans attendre les Oforia, les Pressa, les SON, les Arven Efter Veronika (bon enfin, non, arte peut attendre la diffusion danoise pour cette dernière, on n'est pas des bêtes). Ou bien qu'elle choisisse des séries quasiment impossibles à adapter, comme Blackstone, Intersexions, Cloudstreet ou 30° i Februari. Il faut prendre une longueur d'avance. Il n'y a pas le choix.

Soyons curieux maintenant.

Posté par ladyteruki à 23:47 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

31-12-12

Remix

Des bilans de saison, j'en ai posté quelques uns ces derniers temps, mais je voulais vous en proposer un autre, plus complet, en l'honneur de cette fin d'année. Voici donc ma review... de mon année 2012.

Si vous voulez la version courte, disons que le pilote de 2012 avait commencé sur les chapeaux de roue. Plein de personnages fascinants et attachants se sont vite distingués, tels que Smash, Äkta Människor, House of Lies ou encore 30° i Februari, et ont vite pris une place particulière dans mon coeur. Je ne vous cache pas qu'au printemps, l'ambiance était retombée, avec beaucoup moins de coups de coeur, et des séries qui progressivement s'éteignaient, nombre limité d'épisodes oblige. Narrativement, 2012 a connu un méchant coup de mou pendant l'été, d'abord parce qu'il n'y avait pas grand'chose à se mettre sous la dent, mais aussi à cause d'une rupture brutale d'internet ; je me suis alors retrouvée avec pas mal de rediffs sur les bras, mais c'était peut-être pas plus mal, comme on va le voir si vous vous sentez de lire la version longue ! Clairement, toute la série 2012 n'aura pas été au niveau de son premier épisode, mais malgré ce rythme très inégal, je suis quand même en mesure de dire que le bilan a été positif.
Bon alors, qu'est-ce qu'on fait, on se lance dans la revue de détail ? Allez, suivez-moi. Mais mettez des chaussures de marche.

Etant donné que la rentrée américaine 2012 aura été l'occasion de lancer un gargantuesque défi avec whisperintherain, et qu'en outre, je sais plus si j'ai pensé à le mentionner, mais il s'avère que j'adore les pilotes, il y a eu dans les parages, cette année, énormément de reviews de pilotes de séries d'absolument tous les horizons.
Evidemment, loin de moi l'idée de vouloir toutes les répertorier, mais voici celles qui, en tous cas à mes yeux, ont été les plus importantes. Pour les (re)lire, il suffit de cliquer sur l'image !

Smash-promoL'un de mes tous premiers, si ce n'est le premier coup de coeur de 2012, aura été Smash. Aucun doute possible à ce sujet, je me suis immédiatement attachée à la série, en dépit des quelques défauts qui étaient éventuellement les siens dés le départ, et qui ont manqué d'être corrigés (empirant même, parfois) pendant le reste de la saison. Le pilote de Smash aura été, sans doute possible, l'un des plus exhaltants, et l'attente entre sa disponibilité et sa diffusion aura qui plus est permis à mon excitation de monter crescendo, un fait suffisamment rare pour être noté vu ma personnalité un rien volage !

30graderiFebruaryCela en dit long sur mon année téléphagique quand l'une des séries que je considère comme les plus importantes est une série suédoise, regardée en VOSTM, et en quasi-simultané avec la diffusion originale sur SVT. Et, non, je ne parle pas d'Äkta Människor, en dépit de mon attachement pour cette série d'anticipation qui est une vraie réussite, mais de 30° i Februari, qui m'aura sincèrement émue et touchée, et dont je tente comme je peux de faire le deuil de l'absence de sous-titres anglais sur les DVD (ce qui entre nous soit dit est illusoire : je ne m'en remettrai jamais). Et comme quasiment seuls les crime dramas scandinaves ont les honneurs des sorties en DVD dans nos contrées (Äkta Människor étant l'exception qui s'apprête à confirmer la règle), mes espoirs d'un jour pouvoir me faire une intégrale digne de ce nom sont très, très minces. Ce sont les risques du métiers, je suppose. Mais même avec une compréhension imparfaite de la série (fort heureusement, il y a un peu d'anglais de temps à autres, et surtout, elle repose en grande partie sur l'observation de ses personnages), il est juste impossible pour moi de vous citer un défaut de la série, je n'en ai trouvé aucun ! Par voie détournée, ça m'a aussi rappelé combien il est important qu'un jour, même si c'est dans dix ans, je parle un Suédois immaculé qui me permette de me mettre devant ce genre de perles sans ciller (Kommissarie Winter en étant une autre). Oui, il y a d'excellentes séries partout dans le monde, et non, je ne peux pas apprendre toutes les langues de la planète, mais le rêve que je nourrissais, adolescente, d'apprendre le Suédois, n'est que ravivé par ce genre de séries. Un jour...

WoodleyWoodley, c'était un peu la petite perle sous-estimée de mon début d'année, et même si j'ai tenté de partager cette découverte avec quelques proches et que ça s'est avéré être un échec (ma frangine, rei, m'a dit qu'elle avait l'impression de regarder Mr. Bean, et dans sa bouche ça ne sonnait pas bien du tout !), je conserve un souvenir ému de cet épisode inaugural parfaitement réussi, drôle et poétique, et pourtant, profondément triste : tout ce qu'il faut pour me charmer, donc. Souvenir qui n'a d'ailleurs pas matière à en être un, puisque je me suis ruée sur les DVD après avoir vu le final, qui n'a fait que confirmer les impressions du premier épisode...

BuzzAldrin-TitleLa première review de Buzz Aldrin n'aura, en réalité, pas été celle d'un pilote mais celle des trois premiers épisodes (sur 4). Vous me pardonnerez cette tricherie, mais la série aura tant compté pour moi, se classant aisément parmi les plus marquantes de l'année, que n'en faire aucune mention aurait été criminel. D'ailleurs régulièrement, ...alors que je n'ai cagoulé puis acheté les épisodes qu'au printemps ! Ca en dit long sur l'impact de la série, laquelle a en outre frappé mon imaginaire et stimulé, une fois de plus, mes désirs de Scandinavie. Un jour, ce qui va se passer, c'est que je vais vraiment partir m'installer dans les îles Færoe, et puis c'est tout.

Unite9Dans un automne foisonnant de reviews de pilote (lesquelles sont consultables dans la catégorie Review vers le futur, dédiée à ce qui n'est pas encore diffusé sous nos lattitudes, sinon on ne s'en sort pas), quelques séries ont tiré leur épingle du jeu. La québécoise Unité 9 était de celle-là, confirmant que la télévision québécoise nous en remontre régulièrement, même si, diantre, on le savait déjà et c'était pas forcément la peine de nous mettre le nez dedans. Mais quel panache, quelle excellence dans la façon dont Unité 9 révèle ses personnages à eux-mêmes, et prend le contrepied absolu de tous les clichés sur les séries carcérales, a fortiori féminines (Capadocia, qui s'est éteinte cette année, a des vertus, mais pas celles du réalisme). En offrant un univers et des personnages ancrés dans le réel et l'authentique comme, de vous à moi, seuls les Québécois savent faire (mais après tout, à chacun ses points forts), la série s'est taillée la part du lion à la fois dans mon coeur, et dans les audiences de son pays natal. Et je dis que c'est amplement mérité !

SoumatouKabushikigaishaAprès un premier semestre assez peu dédié aux séries asiatiques (il y a bien eu Cleopatra na Onnatachi, mais la baudruche s'est très vite dégonflée, d'ailleurs je voulais initialement en faire un post de bilan pour étudier l'anatomie de cet échec, mais je n'en ai pas trouvé le courage), sans vraie grande raison pour tout vous avouer, je me suis reprise en main à l'automne, en revenant à la fois sur les pilotes de la saison qui a commencé début octobre, mais aussi sur quelques autres séries, soit achetées en DVD, soit tout simplement exhumées de mes archives des mois précédents. Soumatou Kabushikigaisha a certainement été l'un des plus impressionnants, avec sa formule intelligente, sa narration impeccable, et son excellente réalisation. Mon Dieu, rien que d'y penser, j'en ai des frissons !

OsozakinoHimawari-580

Dans un autre registre, et toujours chez nos amis nippons, Osozaki no Himawari est une chronique plus humaine, mais qui m'a touchée... écoutez, c'est bien simple, comme l'avait fait Buzz Aldrin. Il y avait donc du niveau. Sauf que seuls les Japonais sont capables de fournir en un temps record une série profondément ancrée dans l'air du temps et en même temps, délictatement subtile et humaine ; rien que pour ça, mon amour pour les séries nippones est indestructible, parce que quoi qu'il arrive, il se trouve toujours une série pour vous réduire le coeur en bouillie. Pour des raisons essentiellement techniques, je n'ai pas fini la saison, mais nul doute que quand je lui aurai fait un sort, ça va se finir en post de bilan !

2012 n'a pas été qu'inédits, loin de là, et j'ai tenté mon lot de rediffusions, de fouilles archéologiques et/ou de re-visionnages, comme chaque année. Cela fait partie de mes petits plaisirs, il faut l'admettre, que de tenter des pilotes plus anciens, les séries achevées voire oubliées, ou même de me recoller devant un pilote déjà regardé par le passé, juste pour le plaisir de vérifier si j'en pense la même chose ! Il y a aussi eu, comme toujours avec moi, des petites "phases" assez sympathiques, aussi, comme la semaine russe, le moment où je me suis intéressée aux séries d'espionnage (de Covert Affairs à Spy, en passant par Spooks et Get Smart ; hélas je n'ai jamais réussi à cagouler le pilote de I, Spy et du coup ça m'a coupée dans mon élan), je me suis bien amusée à butiner des pilotes selon des thèmes ou des destinations originaux, en tous cas pour moi puisque jusque là, j'avais vu très peu de séries d'espionnage par exemple. Et en plus de tout ça, un peu de lecture et de cinéma... voire les deux en même temps ! Franchement, on s'est pas ennuyés.
Comment tout ça a tenu en une seule année ?!

En dépit de ma réputation, qui je le reconnais est méritée, de pilotovore... eh bien, en y réfléchissant, j'ai cependant réalisé que j'avais regardé énormément de saisons complètes et d'intégrales cette année. Mais qui a vraiment besoin de dormir plus de 4 heures par jour, hein, qui ?

Carnivale-PromoRegardée dans le cadre de ce bon vieux SeriesLive Show, l'intégrale de Carnivàle n'aura pas été un marathon de tout repos. D'abord, parce que la série est très exigeante, impliquant une concentration de chaque instant alors que l'ambiance a aisément de quoi vriller les nerfs (ça n'aide pas que je sois une petite nature). Mais aussi parce que la seconde saison aura été épouvantablement longue. J'ai rarement éprouvé de telles difficultés à finir un marathon, mais il n'en reste pas moins que Carnivàle est une excellente série dont on parle trop peu... au moins la première saison. Je suis contente de l'avoir vue, tout comme je suis soulagée d'en être venue à bout ; j'espère bien ne plus jamais vivre ça.

NoWonderWhytheWonderfallsC'était l'un de mes objectifs du mois de mars : me refaire la première et unique saison de Wonderfalls ; après un visionnage du pilote couronné de succès, l'intégrale est passée comme une lettre à la poste en une semaine ! L'univers de Fuller est toujours un ravissement sans pareil pour moi, je ne m'en lasse pas... et pourtant, cette intégrale a été l'occasion de (re)découvrir des défauts de la série qui m'avaient échappé avec le temps. Il y a une raison pour laquelle Wonderfalls n'a eu qu'une saison, même si elle aurait probablement été capable de s'améliorer avec le temps (on ne le saura jamais), que la diffusion chaotique d'origine n'a probablement pas aidées. Mais Wonderfalls reste une vraie petite merveille pleine de tendresse, de bonnes idées et de bons sujets, même parfois traités de façon brouillonne, et elle constitue en outre une pierre angulaire du Fullerverse, tant elle cristallise de choses sur son créateur.

Apparences-TitleLe Québec a connu une très bonne année sur ce blog, il faut bien le dire. L'année avait commencé sur les chapeaux de roues avec Apparences, un thriller familial du meilleur goût, captivant, intelligent, formidablement bien filmé et interprété... Si on ferme les yeux et qu'on arrive à mettre de côté l'accent, on a presque l'impression d'assister à ce qu'une excellente série française pourrait être ! Ca fait rêver, non ?

Cloudstreet-MonologueDiffusée en 2011, Cloudstreet était déjà devenue une sorte de monstre sacré à mes yeux. Mais la première fois, je n'avais pas osé m'atteler à une review. C'est au moment d'un revisionnage qui m'avait laissée sur les genoux, dans le plus excellent sens du terme, que j'ai finalement remonté mes manches et tenté de lui rendre justice. Inutile de préciser que la tâche est surhumaine, et qu'en-dehors d'un visionnage, il n'existe aucun moyen de célébrer convenablement le génie et la beauté de Cloudstreet. Ecrire sur Cloudstreet est une tâche ingrate, mais il faut que quelqu'un s'en charge, parce que vous laisser passer à côté serait criminel de ma part. Et d'ailleurs rien que d'en parler, j'ai envie de me re-faire une intégrale. Ah, si je m'écoutais...

FamousinaSmallTownUne brutale rupture de connexion internet m'a poussée à me tourner vers mes DVD de Gilmore Girls cet été, dans un de ces marathons impromptus qui semblent avoir jalonné l'année (et qui d'ailleurs m'a poussée à achever d'acquérir tous les coffrets). La surprise de cette intégrale aura été de découvrir que, si lorsque j'avais découvert la série, j'avais adoré Lorelai, avec les années, je suis dorénavant bien plus portée vers Rory (les questionnements amoureux de sa mère ayant fini de m'insupporter vers la fin, allergie à la romance aidant). C'était intéressant de découvrir que mon point de vue avait changé sur mon "personnage préféré", alors que j'ai toujours la même tendresse pour la série, laquelle est parvenue, avec une efficacité rare, à aborder des sujets familiaux sans jamais tomber dans l'excès de chamallow (sauf lors des soirées Charlie et la Chocolaterie, évidemment). C'est ça, une série qui vieillit bien, une série qu'on continue d'aimer même si les raisons pour le faire changent...

TheStarterWife-Promo

Aurais-je regardé les DVD de The Starter Wife sans le visionnage de Smash ? Et plus encore, aurais-je seulement eu l'idée de jeter un oeil au prix des coffrets ? C'est à cela qu'on voit que Smash a décidément été importante cette année... The Starter Wife, idéale pour l'été, aura été un petit marathon sans prise de tête, valant principalement pour la présence lumineuse de Debra Messing et la mini-série, la saison qui suit étant à oublier totalement. D'ailleurs, pouf, à partir de demain, la saison 1 de The Starter Wife, on n'en parle plus jamais, jamais, jamais !

ItsDangeroustogoalone-1

C'était l'un de mes derniers marathons de l'année (avec Jack & Bobby qui se concluera l'an prochain). Scrubs, que je n'avais jusque là jamais vue en intégralité, m'aura bouleversée. Et m'aura aussi rappelé combien les intégrales sont importantes pour avoir une vision à la fois large et détaillée d'une série, car tant de choses nous échappent lors d'un visionnage hebdomadaire ou, pire, ponctuel... Si je devais parler d'un coup de coeur de la fin de l'année, Scrubs serait probablement celui-là, avec ses pitreries, certes, mais aussi et surtout son constant soucis d'innover, du moins si l'on exclut la dernière saison pour ABC, et son sens aiguisé de la narration, retournées régulièrement comme une crêpe sous les yeux ébahis de votre serviteur. Le final de la saison 8, qu'à des fins de préservation de notre santé mentale collective, nous allons estimer être le series finale, est également l'un des plus réussis et, en dépit du fait que ça fasse 15 jours que je l'ai regardé, il m'arrive encore d'avoir une larme à l'oeil en y pensant... La séparation d'avec Scrubs est vraiment difficile, et même si c'est sur le tard, on peut dire que la série compte vraiment à présent.

Piemarathon-1x01-TitleVous l'aurez peut-être remarqué, 2012 aura aussi été l'occasion d'une tentative de marathon Pushing Daisies, surnommé le Piemarathon, mais les plus observateurs parmi vous auront remarqué que je ne suis pas allée au bout. La raison en est simple : je n'ai jamais vu le dernier épisode de Pushing Daisies (non, jamais), et comme je n'arrivais pas à me décider pour savoir si, cette fois, j'allais le regarder et réellement "laisser partir" la série, j'ai tout simplement fini par abandonner le marathon pendant la saison 2, plutôt que de me retrouver à devoir faire un choix. Dans ma logique tordue (et en réalité totalement dictée par les sentiments, donc illogique), ça a du sens, même si je suis bien consciente que ce soit un peu dérisoire, la série n'en étant pas moins annulée pour autant. Peut-être trouverai-je un jour le courage de finir ce marathon. Ou bien, me connaissant, vais-je regarder le pilote encore plusieurs fois, finir par me lancer dans une nouvelle intégrale de la série, et m'interrompre encore avant la fin ; c'est beaucoup plus mon genre, sachant combien j'ai du mal à admettre la fin de cette série. Etrangement, probablement un peu par associations d'idées même si ce n'est pas la seule raison, c'est aussi pour cela que je n'ai pas [encore] vu Mockingbird Lane...

TheonlyeasydayisyesterdayJ'avais aussi commencé à regarder SPACE 2063, après environ 16 années d'attente pour posséder les DVD (gloire d'ailleurs à ma toute première carte bancaire, elle aura été joyeusement étrennée pendant l'année !), mais j'ai fini surtout par revoir mes épisodes préférés. Une intégrale plus sérieuse et moins émotive sera probablement dans les cartes l'an prochain... et vu que j'ai aucun soucis avec le final de la série, je sens bien arriver les reviews épisode par épisode. Et puis d'ailleurs, regarder SPACE 2063 en 2013, ça prend tout de même une signification toute autre, non ?

Il y a eu beaucoup, beaucoup d'autres séries, évidemment. Il est impossible de toutes les citer, ces intégrales plus ou moins plannifiées (souvent moins que plus, en réalité) qui ont jalonné l'année... D'ailleurs même les tags de Canalblog abdiquent devant le nombre ! New Girl, Revenge, la saison 2 de Downton Abbey (là encore dans la souffrance), la première saison de Srugim (vu que j'ai conscience d'être seule à regarder cela, je ne me suis pas apesantie sur les saisons suivantes), Girl vs. Boy, Outland, la première saison d'Intersexions (en attendant, avec impatience, la suivante...), Sherlock, Call the Midwife, et bien d'autres : autant de saisons et/ou de séries que je me suis enfilées d'un trait, et qui sont autant d'exemples qui me donnent envie de vous dire que 2012 a quand même été une p*tain d'année !
Je vous laisse cliquer sur "Outils de recherche avancés" pour remonter les tags qui vont bien, et en apprendre plus sur ces bilans, si le coeur vous en dit. Il y a quelques temps, Eclair m'avait fait remarquer que je n'écrivais pas beaucoup de bilans de saison ; je pense m'être améliorée depuis !

Et puis, 2012 aura aussi eu des retournements de situation totalement imprévisibles !!! Eh oui, car contre toute attente, j'aurai testé un nombre jusque là inégalé de séries françaises, dans le souci de me réconcilier avec la fameuse "fiction française" (coup de tonnerre, frissons dans l'assemblée, cri d'effroi d'une femme qui s'évanouit, tout ça). Bon, reconnaissons-le, ça n'a pas toujours été chose facile, et il m'est arrivé de me résigner.
Mais entre Le Visiteur du Futur, Kaboul Kitchen, Hénaut Président, Ainsi Soient-Ils, dans le camps des bonnes nouvelles, mais aussi Mafiosa, Clash, Workingirls, du côté des échecs en ce qui me concerne, jamais je n'ai donné leur chance à autant de séries françaises, et je dis tant mieux, car c'est quand même le dernier bastion de mes vieilles habitudes géographiquement sectaires en matière de téléphagie.
Là encore, les tags explosent, alors n'hésitez pas à aller faire votre marché dans les archives (encore une fois en cliquant "Outils de recherche avancés" puis en abusant de la fonction de recherche de votre navigateur).

LesRevenants-PosterJ'aurai même fini sur un absolu d'excellente série française, Les Revenants, dont je m'achète le DVD en janvier (bon, j'ai un peu remis l'achat de quelques jours par rapport à ce que je m'étais promis, mais surtout parce que je me suis quand même déjà bien gâtée en 2012 !!!) et qui est certainement... j'ose à peine le dire... un coup de coeur français ? Ca fait bizarre à écrire, je ne vous le cache pas. J'espère que, vu la mini-polémique qui a suivi sa diffusion, le final (que je n'ai pas encore vu) ne me découragera pas de mon enthousiasme nouveau. L'an prochain, je m'attaque, c'est dit, à Engrenages, avec peut-être une retentative d'Un Village français, j'espère que mon petit nuage ne va pas se transformer en vapeur d'eau...

Mais probablement que ce qui restera comme le temps fort de cette année 2012, c'est l'aspect communautaire ; désormais, ce blog vit une part non-négligeable de son activité... sur Twitter. Entre les réflexions à chaud qui ne méritent pas forcément un post (déjà que j'écris quotidiennement, si en plus je me mettais à écrire sur tout ce que je regarde !) et les échanges autour de sujets de débat, comme ça a été le cas avec nombre d'entre vous au fil des mois, il va sans dire que désormais, Twitter et le blog sont devenus inséparables et complémentaires.
Plus encore, l'année aura été rythmée par des évènements téléphagiques de groupe. C'est une tendance qu'on peut tous observer, mais regarder des séries tout seul n'est tout simplement plus possible de nos jours. Et tant mieux ! D'ailleurs, quand on se sent seul, on ne sait plus comment le gérer, alors que les téléphages de ma génération ont pourtant bien connu ça ; c'était avant l'adsl et les réseaux sociaux, évidemment. Aujourd'hui, non seulement on peut parler de ce qu'on regarde, mais on peut partager les visionnages. Et ça change tout.

OzmarathonAinsi, le désormais fameux Ozmarathon, né à la toute fin 2011 mais dont l'essentiel a en réalité été regardé en 2012, aura jalonné toute l'année. C'est une expérience collective de la EmCrew, avec whisperintherain, LL, Elvr et Aur0re, qui nous demande de développer des trésors d'organisation, mais s'avère toujours payant parce qu'il rend chaque épisode dix fois plus appréciable pour l'avoir lancé au même moment aux quatre coins du pays, et pouvoir en deviser en direct sur Twitter (ou en léger différé pour ceux d'entre nous qui affectionnent le plein écran par-dessus tout). Le Ozmarathon trouvera une conclusion en 2013, et ça me déchire rien que d'y penser. D'ailleurs, c'est pas pour rien que j'écris moins vite mes reviews, ça me pèse d'arriver au bout...

Smash-5678Smash, encore ! Le SmashEnsemble, comme il se surnomme, a réuni des téléphages différents et variés (l'équipe a été un peu plus mouvante que pour le Ozmarathon, parce que certains d'entre nous ont préféré suivre la diffusion en direct quand les autres ont scrupuleusement suivi le Black March). Définition-même de l'expérience sociale réussie et enrichissante, les visionnages collectifs du SmashEnsemble ont permis de décupler l'effet de certaines chansons, de deviser gaiement des intrigues (ou des personnages insupportables, oui Leo, c'est de toi qu'on parle), ou plus simplement de passer 45mn devant un épisode... puis 2h à se remémorer les meilleures scènes ! De toutes les fois où j'ai regardé des séries avec d'autres téléphages sur Twitter, le visionnage de la première saison de Smash compte parmi les plus excitants et amusants. On recommence en saison 2, hein, dites les gars ?

En 2013, un truc que je voudrais essayer de mettre en place, c'est un visionnage similaire à celui du Ozmarathon ou de Smash, mais au lieu d'être sur Twitter au moment de lancer l'épisode simultanément, les participants se rejoindraient sur Skype, par écrit et/ou oral. Nous faisons si rarement l'expérience du ressenti des autres téléphages... Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais dans mon entourage, il n'y a pas de téléphages (même si j'en forme quelques uns en ce moment, et que l'un d'entre eux, à qui j'ai fait regarder Réttur et qui a découvert le pilote de Bron/Broen avec moi, me donne de solides espoirs), et du coup ça m'intéresserait de voir comment chacun vit ses visionnages, à condition bien-sûr d'être entre téléphages qui ne s'auto-censurent pas. Moi par exemple, je sais que j'applaudis quand quelque chose est vraiment, vraiment drôle, ou parfois à la fin d'un numéro musical vraiment réussi ; d'autres jurent probablement comme des charretiers ou poussent des soupirs ou Dieu sait quoi. Les téléphages s'investissent comme nuls autres dans leur visionnage, émotionnellement, et j'aimerais tourner cela en expérience commune ; l'épisode importe peu, je n'ai pas d'idée arrêtée, mais je pense que ce sera amusant et intéressant. J'espère pouvoir organiser ça avec des téléphages de bonne volonté prêts à donner d'eux-mêmes... pour la science !

Alors évidemment, 2012, c'était ça et bien plus encore. Plein de découvertes, de trouvailles, de coups de coeur, d'intégrales, d'achats, de news (d'ailleurs pas d'inquiétude, les world tours reviennent en 2013, même si je me suis un peu laissée distancer par les boulots en cette fin d'année), avec évidemment, ce que cela comporte de coup de blues, d'accès de rage ou de désespoir, parce qu'aucune année n'est parfaite... mais quand on est téléphage, elles sont toujours fascinantes !

Pour finir ce post, je voudrais vous adresser mes meilleurs voeux pour la nouvelle année. Vous avez été des lecteurs formidables (même si les commentaires sont toujours trop rares à mon goût, enfin j'dis ça...), passionnés, intéressants, ouverts et toujours curieux, et il s'avère que, eh bien, c'est comme ça que j'aime les téléphages de mon entourage, voilà tout. Bah ouais, j'vous aime, allez, comme ça c'est dit !
J'espère que votre année télévisuelle a été aussi riche que la mienne, et je vous invite à partager vos temps forts et vos meilleurs souvenirs en commentaires, si le coeur vous en dit... Et surtout, sur-tout, je vous souhaite une excellente année 2013, avec plein de bonnes choses sur votre écran, bien-sûr, mais aussi dans votre vie.

Bon et puis, de toute façon, on se retrouve demain pour un nouveau post quotidien, alors, hein, on ne se perd pas de vue. Ciao 2012 !
PS : ce post a été programmé à l'avance mais il n'en a pas moins été fait avec amour... ne lui en veuillez pas juste parce qu'il est conçu in vitro !

Posté par ladyteruki à 22:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

09-11-12

La musique dans la peau

Un jour, il faudra que je rencontre Luiz Fernando Carvalho, et que je lui demande : "au juste, ça fait quoi de se lever le matin, d'enfiler ses chaussons pour trainer jusqu'à la salle de bains, et de regarder dans le miroir en se frottant les yeux, et de se rappeler tout d'un coup qu'on est un génie ?". Parce que je suis curieuse, vraiment ; et parce que je soupçonne aussi qu'être Luiz, ce soit une révélation quotidienne.
On parle quand même d'un homme capable à la fois d'avoir une patte, reconnaissable entre mille, identifiable au premier coup d'oeil, et pourtant, en constante réinvention.

Quand on a vu quelques séries de Luiz Fernando Carvalho, ou qu'au moins on y a jeté un oeil (je n'ai pas vu en intégralité des séries comme A Pedra do Reino ou Os Maias, par exemple), on finit par attendre de lui l'excellence, rien de moins. Mais peut-être aussi rien de plus. Au sens que l'excellence, au bout d'un moment, bon bah, on pense qu'on s'habitue, quoi. Qu'au final, le talent de l'ami Luiz peut être résumé à des gadgets qui reviennent d'une oeuvre à l'autre : dans Capitu, s'inspirer de tels arts, et adopter telle charte graphique ; dans Afinal, o Que Querem as Mulheres?, choisir d'autres inspirations, et une autre palette de couleur. On en oublierait presque que le travail Luiz ne se réduit pas à cela.
Suburbia est l'occasion de se souvenir qu'aussi incroyable que Luiz puisse être lorsqu'il pousse la recherche esthétique à l'extrême, ce n'est pas sa seule vertu, et que son talent est aussi de capturer des émotions, voire même des sensations. On peut être chaviré par le style incroyable de Capitu ou les couleurs sublimes d'Afinal, o Que Querem as Mulheres?, en fait il est difficile de faire autrement, mais le travail va bien au-delà.

Peut-être que la clé, c'est l'origine de cette mini-série, justement ; inspirée par une proche du réalisateur récemment décédée, Suburbia a une forme de sincérité, d'authenticité. Il ne s'agit nullement de bâtir un monument graphique en hommage à une femme chère à son coeur, mais plutôt d'essayer de passer du temps avec elle, à respirer à son rythme, à comprendre ce qui la fait vibrer... et, comme pour coller au plus près, la plupart des artifices ont été mis de côté. Ne restent que l'élégance et un sens de l'image inimitable.

Suburbia-Logo

Ce qui n'aide pas forcément Luiz, c'est que, dans Suburbia, il est difficile de construire une unité stylistique comme dans d'autres oeuvres précédentes du réalisateur brésilien. La série commence dans un univers, passe dans un deuxième, en aborde un troisième et s'oriente, en fin d'épisode, vers un quatrième.

Caméléon sans le savoir, l'héroïne de cette mini-série, Conceição, commence en effet sa vie au creux des montagnes de l'Etat de Minas Gerais, dans une famille plus pauvre que pauvre qui gagne péniblement sa vie en fabriquant du charbon de bois, un métier dangereux et pas franchement lucratif. L'épisode commence alors que l'unique cheval détenu par la famille va être abattu pour être manger ; l'animal n'est pas spécialement charnu, mais c'est toujours ça de pris. Cependant, ce superbe équidé élancé s'avère aussi être le meilleur ami de la petite Conceição, une beauté aux grands yeux qui supplie de toute son âme qu'on épargne l'animal... son père n'aura pas le coeur de tirer, et le cheval sera sauvé. Cette première séquence, entre violence triviale et émotion douce (le regard du paternel baissant sa carabine vaut tout l'or du monde), est un peu la profession de foi de Suburbia, mais nous ne le savons pas encore, alors que nous accompagnons Conceição dans ses retrouvailles avec son partenaire de toujours.
Malheureusement, la vie dans une carrière de charbon de bois n'est pas que victoires, et le sentiment d'invincibilité que ressent la petite fille avec son cheval va être de courte durée, interrompu qu'il est par un accident qui coûte la vie à son frère, et qui manque de la priver de la sienne (si ce n'était pour sa mère qui la ramène des morts aussi sûrement que le fait Oriel pour Fish dans Cloudstreet). Effrayée, la matriarche l'encourage à partir chercher une vie meilleure à Rio de Janeiro, armée d'à peine un petit balluchon, d'une Vierge noire tendrement emaillottée dans un petit mouchoir rouge, et d'une coupure de journal pour toute boussole. Je vous laisse imaginer la séparation avec le cheval, de quoi transformer vos joues en marais salant.

Quittant le charbon pour le béton, Conceição, je vous la fais courte, va passer par la rue mais surtout le foyer pour enfants, dont elle s'échappera vite fait (s'éloignant ainsi d'une jeune fille bien décidée à faire pleinement usage des douches collectives), avant d'être malencontreusement percutée par une voiture en évitant les policiers à sa recherche.
Le spectateur, totalement sous le charme de l'innocente créature, n'en finit pas de se demander si les problèmes vont un jour s'arrêter pour l'héroïne... quand la jeune femme qui l'a percutée avec sa voiture décide de la prendre sous son aile. En échange du gîte et du couvert, Conceição vivra avec elle et son compagnon comme jeune fille au pair, en quelque sorte ; les années passant, elle s'occupera également des deux enfants de sa bonne samaritaine. C'est en effet dans ce foyer qu'elle grandit, au son de la radio et en regardant les émissions musicales à la télévision, dansant dans la cuisine, heureuse.

Ah, que tout cela est merveilleux ! A ce stade, Conceição est notre petite chérie, notre adorée, et la voir resplendissante est savoureux. On est prêts à regarder toute une série dans laquelle elle trouverait le bonheur à chaque épisode un peu plus.
Mais il n'existe pas de série dans laquelle les personnages sont un peu plus heureux à chaque épisode. Ca ne fait pas une série, le bonheur.

Après avoir découvert le quartier populaire coloré de Madureira avec son amie, collègue, et un peu mentor, Vera (une femme pieuse qui aujourd'hui s'occupe d'une vieille dame, mais qui n'a peut-être pas toujours eu une vie aussi rangée), Conceição s'apprête à vivre une adolescence radieuse et épanouie avec les ados du coin, ondulant au son des meilleures chansons du moment. Cette innocence n'aura qu'un temps...

      

Le pilote de Suburbia oscille en permanence entre cette violence et des passages d'une grande candeur. C'est ce qui en fait une oeuvre si rafraîchissante. En accompagnant pas à pas notre Conceição aux yeux curieux et au grand sourire, la camera nous aide à voir le monde comme elle : il n'y a pas de danger, il n'y a que des découvertes à faire. Conceição ne sait même pas qu'elle est belle, qu'elle l'a toujours été, qu'elle le devient chaque jour un peu plus. Elle ne voit pas le regard des autres sur elles ; nous le percevons, comme elle, de façon confuse, ou, surtout, lorsqu'il est trop tard. Une adolescente de la rue qui jette un oeil plein de convoitise dans sa direction, une femme qui fait un peu la tête lorsque son mari s'approche de la jeune fille, des garçons qui lui font la cour en dansant : Conceição ne saisit pas ce que les autres voient en elle. Pourtant, elle en fait parfois les frais. Il lui arrive d'avoir l'instinct nécessaire pour se protéger, mais...

Beaucoup de choses, encore, attendent Conceição. Beaucoup de musique, aussi : c'est la promesse de Surburbia, après tout (et vous le savez d'autant mieux si vous avez regardé la bande-annonce). En suivant le Destin de cette personne à l'âme si bien faite et à l'enveloppe corporelle toute assortie, Suburbia ne veut pas nous raconter quelque chose de tragique.
Son utilisation des couleurs, des lumières, de la musique (rarement une série signée Luiz Fernando Carvalho aura fait autant de place à la musique, non en termes de quantités, mais bien dans la façon de la mettre en valeur, mieux, de la vivre) est trop exaltée pour cela. Mais sans jamais trop en faire. S'il fallait choisir un ingrédient esthétique qui soit au centre des choix pour Suburbia, ce serait probablement... la peau. Caressée par la camera, léchée par la lumière, aspergée de cendres, constellée de gouttes de laits, ruisselante d'eau, moite de sueur : dans Suburbia, l'héroïne a la peau noire, et le réalisateur cherche mille façon d'en souligner la beauté, la nuance, la souplesse, l'élasticité, et mille autre propriétés fascinantes. Luiz semble totalement subjugué par le jeu des muscles sous cette peau, la façon dont les yeux l'illuminent, l'éclat qu'elle prend sous des habits colorés, et mille autre détails qui témoignent de la subjugation du réalisateur pour son sujet (un envoûtement d'autant plus louable que les séries mettant en scène des héroïnes de couleur ne sont pas légion, même au Brésil où pourtant les Afro-Brésiliens, les Aguda, représentent 11% du pays). La seule chose que Conceição possède vraiment, c'est sa beauté ; on peut tenter de lui ravir bien des choses, mais pas cela...

Conceição est promise, on peut en être sûrs au visionnage de ce pilote, à une vie passionnante... mais pas déprimante ! Bien-sûr, il y a eu, il y a, et il y aura de véritables passages tragiques, mais Suburbia n'est pas le constat d'une existence ruinée, d'un potentiel gâché, peut-être même voué au néant par sa naissance modeste. Comme une petite pousse verte entre deux dalles de béton, l'héroïne de cette mini-série est une force vive que rien ne peut vraiment piétiner, j'en suis sûre après cet épisode.

Ce n'est pas par le parcours de Conceição, ni par les péripéties racontées, que Surburbia se distingue de tant d'autres histoires similaires, c'est par son envie de dépeindre avant tout un être qui, au travers de ses différentes vies, va toujours persister à exister. C'est une bien belle ode à la solidité de chacun que chante Suburbia, et l'air est en plus très doux aux oreilles du téléphage exigeant.

Alors, pardonnez mon langage, mais Suburbia... PUTAIN, C'EST BEAU.
Et comme aucune série avant elle.

Posté par ladyteruki à 14:01 - Review vers le futur - Permalien [#]

10-09-12

With a little faith

"Je ne sais pas ce que je suis...
- Religieuse. Si tu es autant tourmentée, c'est que tu es religieuse".
(Hodaya et Avri, Srugim - 1x08)

Il y a peu de choses que j'aime autant qu'écouter Letting go of God de Julia Sweeney (et plusieurs fois par an, qui plus est). Pour l'athée que je suis, c'est une source de réflexion constante, même au bout d'une dizaine d'écoutes.
Ce spectacle brillant, sorti également au format CD, raconte comment la comédienne (...ex-SNL, on ne se refait pas), élevée dans une famille aux racines irlandaises et très catholique, se pose des questions sur sa foi. Vers la fin de cet incroyable voyage spirituel (plein de drôlerie et d'intelligence, prodigieusement écrit, et jamais dénué d'émotion, au passage), quelqu'un lui glisse : "tu sais, tu aurais dû être Juive. Il est attendu des Juifs qu'ils soient en lutte avec leur foi".
Au terme de la première saison de Srugim, j'ai l'impression que la série un très bel exemple de cette lutte interne, de ce conflit. Il est présent mais il est naturel. Il ne s'agit pas de remettre en question sa foi pour la plaquer, mais juste de ne jamais totalement se laisser envahir par elle, d'accueillir le doute et la remise en question, pour mieux vivre ses croyances. Pour vérifier régulièrement ce que l'on en pense, si cela nous convient, et si on est prêt à poursuivre le chemin, avec ses moments de grâce mais aussi les autres.
En 15 épisodes (regardés depuis samedi, donc), Srugim a su faire une magnifique démonstration de cette lutte sans jamais en faire une guerre.

Cette saison a été l'occasion pour moi de découvrir une bande de trentenaires qui vivent leur religion à la fois comme quelque chose de collectif, généralement pour tout ce qui est positif (célébrations, entraide...), mais qui ont aussi un rapport intime et douloureux à la religion, lorsqu'il s'agit de se retrouver seul avec Dieu, et de prendre des décisions.

Srugim-Ocean

Hodaya, en particulier, est très touchante. Elle est étudiante en "Biblical criticism", fille de rabbin, ce qui, on l'imagine, n'a jamais dû être facile à concilier avec son tempérament assez décomplexé (on apprend en effet au début de la saison qu'elle porte des jeans mais n'a pas osé l'annoncer à sa grand'mère qui, très conservatrice, aurait du mal à l'accepter). Sa rencontre avec un "non-religieux" (attention, dans le contexte de la série, cela ne veut pas dire athée, mais plutôt non-orthodoxe) va la pousser dans ses retranchements. Elle vit sa pratique religieuse comme un fardeau, au point que des problématiques de coming out vont être abordées. A travers plusieurs scènes (qui, il me faut le préciser, comptent parmi les plus belles de cette saison), Hodaya va essayer de pousser les limites de sa propre foi, se fâcher avec elle-même, son petit-ami, ses amis et un peu Dieu, et finalement déterminer, à tâtons, ce qu'elle s'autorise à faire, et ce qui est hors-limites.
Quand je dis que Srugim ne parle pas de rejeter la religion, mais s'autorise abondamment à la remettre en question au plan individuel, c'est là, dans cette quête intérieure qui touche à son expérience sociale et amoureuse.

Personnage au départ introverti, Amir va également offrir de très belles scènes. C'est un homme profondément traditionnaliste, mais qui sort d'un divorce qui l'a profondément atteint. Il sert d'abord de serpillère à son colocataire Nati (il faut dire que ce dernier n'est qu'ego), avant de progressivement s'affirmer. Cela ne le mettre pas à l'abri des questionnements moraux, notamment lorsqu'il renoue avec son ex-femme...
Les dilemmes des personnages, même s'ils sont de toute évidence ancrés dans une culture qui nous reste un peu hermétique, sont finalement des représentations de questions universelles. Amir se retrouve seul, il ne parvient pas à se trouver quelqu'un parce que les divorcés sont quasiment des pestiférés sur le marché de la "drague" de Jérusalem, et même s'il ne remet pas en cause sa foi comme peut le faire Hodaya, il en teste aussi les limites à sa façon. A aucun moment il n'envisagera de tourner le dos à sa pratique religieuse, et au contraire, celle-ci lui offrira plusieurs fois la possibilité d'exprimer ce qui le tourmente, à l'instar de cette incroyable scène de chant avec des inconnus pendant shabbat, d'une grande force.

Forcément, dans Srugim, la religion est omniprésente, c'est clair. Et cela dérangera peut-être les plus anticléricaux, j'imagine, de voir les personnages prier dans presque chaque épisode, d'entendre des chants religieux, de voir des attributs religieux portés par quasiment tout le monde. Mais non seulement il n'y est jamais question de prosélytisme, sous aucune forme, mais en plus, elle prend une signification particulière dans le cadre de la vie des célibataires qui sont au centre de la série.
Car la religion représente aussi et surtout leur bagage dans la vie ; elle est à la fois ce qu'ils sont (leur éducation, leur culture), ce qu'ils font (les rites par lesquels la religion se manifeste), ce qu'ils pensent (leurs opinions politiques en découlent, par exemple), ce qu'ils sont prêts à accepter... Par-delà le socle commun, chacun a ses propres limites, sa propre interprétation de ce qui est acceptable ou pas, et cette limite bouge même en permanence pour les personnages qui sont le plus en proie au doute et à la remise en question. Déterminer où est la limite entre ce que l'on doit faire, ce que l'on veut faire, et ce que l'on refuse de faire, lorsqu'il s'agit de rencontrer l'autre : y a-t-il plus universel que cela ?
Et pourtant, j'ai l'impression que le thème n'a jamais été exploité de cette façon dans la plupart des séries parlant des célibataires, notamment aux USA où les questions amoureuses, sexuelles, et la peur de la solitude, semblent au centre des préoccupations.
Mais dans un contexte où le mariage est considéré comme une fin en soi, et la chose la plus naturelle et incontournable au monde, et où le divorce est encore accompagné d'un fort stigmate, il n'est pas très étonnant que des personnages qui savent qu'ils s'engagent pour la vie pensent plutôt à ce genre de choses qu'à des problématiques hédonistes, par exemple.
Mais pour moi qui suis si peu friande, vous le savez, de séries autour du domaine amoureux, j'ai eu l'impression de mieux comprendre et mieux ressentir ce qu'il se passait dans Srugim, parce que justement, il s'agissait d'aller un peu plus loin que les interrogations habituelles sur "cela va-t-il marcher"/"est-ce que je l'aime/il m'aime"/etc... Sans doute y a-t-il de la place pour les deux écoles, car il en faut pour tous les publics, mais celle-ci me touche plus.

Même si j'ai énormément de mal avec cette pression constante autour du mariage (les protagonistes répèteront en plusieurs occasions des phrases comme "on se connait depuis trois mois maintenant, il est temps" ; un épisode nous montrera une femme qui, fiancée et ravie de l'être, plaquera son promis pour un type qui la demande en mariage sur le champs...), qui sonne à bien des égards comme une aberration, je suis admirative par la façon dont les personnages conçoivent cet engagement. Pour eux, il faut le prendre, le plus vite possible, et presqu'avec le premier venu, mais il faut aussi ne pas se trahir et, partagés entre les deux, même dans la précipitation, je trouve leur cheminement plus profond que celui de beaucoup de personnages occidentaux sur le point de s'engager de façon similaire. La romance a toujours sa place, bien-sûr, mais elle n'est pas le conte de fées idéalisé non plus, et finalement, en étant plus pressés de se marier que leurs équivalents américains ou asiatiques, les personnages de Srugim font preuve d'une plus grande mesure.

Srugim-Candles

Et puis sur un plan plus téléphagique, j'ai vraiment eu la sensation de suivre une série au charme paisible, reposant... Jamais de cris. Une gestion incroyable des silences. Une bande-son modeste et douce. Une caméra qui opère un léger mouvement de balancier en quasi-permanence. Et une fois de temps en temps, des scènes d'une grande simplicité, mais merveilleusement belles et touchantes, inspirées.
Faire ce chemin en compagnie de la bande était un moment incroyablement stimulant, de par toutes les choses que j'avais à découvrir, à apprendre, à comprendre ; mais c'était aussi, en quelque sorte, un moment de recueillement, d'introspection, et pour l'athée que je suis, c'est toujours très impressionnant de se retrouver dans la situation où on a l'impression de toucher à quelque chose de religieux grâce à une série. La richesse spirituelle, le parcours intérieur que permettent des séries comme Srugim (ou Cloudstreet, dans un registre légèrement différent) fait bien plus pour élerve spirituellement le spectateur que toutes les prêches de 7 à la Maison.

C'est exactement pour des expériences comme celle-là que je regarde des séries, et à plus forte raison des séries venues des quatre coins du monde. Il s'agit là d'une véritable aventure, capable de combler sur un plan émotionnel, téléphagique, et intellectuel. Je crois qu'il est inutile de souligner combien je vais m'engager dans la deuxième saison de Srugim avec enthousiasme, d'autant le character development effectué dans la série me fait dire que ce ne pourra qu'être meilleur encore !
Un joli coup de coeur que cette série. Parfois, ça vaut vraiment le coup d'acheter un DVD à l'aveuglette !

Posté par ladyteruki à 23:57 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

03-09-12

Fol espoir

"La folie, c'est se comporter de la même manière et s'attendre à un résultat différent".
Une définition qui ressemble un peu à un season premiere de Doctor Who depuis l'arrivée d'Eleven (et Moffat).

Ce n'est pourtant que la deuxième saison de Doctor Who que je suis en direct du Royaume-Uni, puisque j'ai découvert la série en novembre 2010 (et que je me suis fait les 5 premières saisons en un mois). Mais déjà, la saison 5 était une grosse déception. A un tel point que j'avais hésité à reprendre la série au moment de la saison 6. Pourquoi ne pas préférer de m'en tenir là ? Ce n'était plus la série qui m'avait rivée à mon écran pendant un mois, alors pourquoi revenir ?
Je vais vous dire ce qui m'a fait revenir : l'expérience collective de Doctor Who. Ou, en des termes moins choisis : la pression sociale. D'abord parce que lorsque j'avais découvert la série (avec du retard, donc), j'avais aussi eu l'occasion de découvrir que les Whovians sont des téléphages très impliqués, comme souvent quand il s'agit de série de science-fiction, mais que voulez-vous, on n'a plus beaucoup de séries de science-fiction. Beaucoup d'entre eux avaient accompagné mes visionnages, soutenue alors que dans les premiers épisodes, je traînais la patte, et encouragée à continuer, ou apporté des éléments pour me donner des points d'horizon. Et forcément, ça galvanise. Mais il y avait aussi le fait que pour la première fois, j'avais l'opportunité de suivre les nouveaux épisodes de Doctor Who au même rythme qu'eux, lisant leurs reviews, échangeant sur Twitter des impressions, et c'était une sorte de cercle vertueux. Je voulais vivre ça parce que, eh bien, je ne le vis pas pour tant de séries que ça.
Entre les deux morceaux de saison 6, même réaction. Et par un étrange phénomène, j'étais d'autant plus découragée par la qualité de la série (qui me semblait manquer dramatiquement de coeur et faire pas mal d'esbroufe) que j'étais enthousiasmée à l'idée de partager ce rythme de visionnages avec les fans de la série. Même négative envers Eleven (et Moffat), j'avais envie de faire partie de ce phénomène parce que quand je m'enthousiasme pour House of Lies ou Cloudstreet, bah, je me sens parfois un peu seule. A l'époque de la social TV, c'est tout de même un peu triste...
Mais là, depuis des mois, je voyais ma timeline inondée quotidiennement de promotions plus ou moins voilées : une déclaration de Moffat ici, une confidence de départ de Karen Gillan ici, le lendemain une photo de tournage, le surlendemain des posters ou je sais pas quoi... je n'en pouvais plus. Or, quand on a fourni un season finale aussi pourri que celui de la saison 6 de Doctor Who, on ne se fait pas trop remarquer et on arrête de faire le malin. Au contraire, on se fait tout petit, on révise ses classiques, et on réapprend ce que c'est que l'émotion. Mais au contraire, tous les jours, du Doctor Who. Là, je m'étais juré que j'en avais fini avec cette série. Nan mais quand même, faut pas pousser, quoi. On a sa dignité.
Et les videos "Pond Life" ? Même pas en rêve que j'allais y toucher. De toute façon, c'est même pas canon. Pis ya rien qui m'énerve plus que ce genre de techniques qui consiste à diffuser des videos sur un autre media, non pour élargir l'histoire, mais simplement pour faire office de teaser. Je vous préviens, je regarderai pas "Pond Life" ! Même pas en rêve ! Et faudra me demander très gentillement pour le mettre devant le season premiere de la saison 7 ! Nan mais !

Voilà donc j'ai regardé Asylum of the Daleks, hein, bon, ça arrive, je pensais lancer le huitième Sullivan & Son, mon doigt a rippé, l'accident bête, ça peut arriver à tout le monde.
Donc, verdict. Avec quelques spoilers probablement, si vous n'avez pas vu l'épisode considérez-vous prévenu.
Eh bah verdict, il y a de l'espoir. Pour la première fois depuis... possiblement depuis le départ de Ten, peut-être même celui de Nine... j'ai trouvé que Doctor Who était capable de mettre le doigt sur quelque chose de sincère.

Oswin

Ce qui me manque terriblement dans Doctor Who depuis l'arrivée d'Eleven (et Moffat), c'est l'impression de souffrance. Je trouvais que Nine (et, dans une moindre mesure, Ten) avait cette immense force d'être très fragile.
Ce Docteur avait un côté un peu cyclothymique, avec des pics d'exaltation quasi-hystérique, et des affres de désolation, et je trouvais que ça donnait une profondeur et une complexité bienvenues à un personnage qui sans cela, aurait plus ou moins viré au demi-Dieu. Puisqu'il peut voyager dans l'espace et le temps, puisqu'il ne ressent bien souvent même pas la peur devant le danger, il faut bien qu'il y ait des choses sur lesquelles le Docteur n'ait pas de contrôle, et il me semblait qu'être victime de ses émotions était une façon très touchante de montrer que le Docteur a sans doute des tas de bons côtés, fait un très divertissant compagnon de voyages, mais ce n'est pas non plus une partie de rigolade tous les jours pour lui. Que le sens du danger et de l'aventure est une chose, mais que buter contre ses propres remords est autrement plus enrichissant. Que c'est ce qui fait la différence entre une série avec des rebondissements et des effets spéciaux, et une solide série de science-fiction. En interrogeant la nature du Docteur, par exemple au travers de sa capacité à haïr les Daleks (c'était le cas de l'épisode Dalek, justement) alors que le reste du temps, c'est un personnage tellement ouvert, curieux et désireux d'aller de l'avant, c'était infiniment plus enrichissant que de se faire retourner la tête avec des intrigues tordues. A l'inverse, on était aussi capable de lui découvrir des sentiments d'une pureté rare (on a pu le voir avec Rose) et c'était là encore bien plus exaltant de voir toutes les nuances de ce Docteur-là, que de le placer face à des périls invraisemblables. La régularité avec laquelle nous avons eu l'opportunité d'explorer les abîmes sombres de l'âme du Docteur comme leur versant a varié au cours des saisons de Nine et Ten, mais elle faisait la véritable richesse de Doctor Who de mon point de vue (le point de vue de quelqu'un qui préfère le drama et qui a toujours considéré que la science-fiction ne devait jamais être autre chose qu'une métaphore de l'humain).

Mais depuis l'arrivée d'Eleven (et Moffat), la proportion s'est inversée. Déjà parce que les sentiments sont devenus l'exclusivité des Companions Amy et Rory. En investissant le terrain de l'émotionnel, ils ont par effet de contraste réduit le Docteur à un clown ; obligé de servir d'ambigu faire-valoir à leur relation amoureuse ou d'arbitrer leurs disputes, il ne revêtait plus aucun intérêt dramatique par lui-même. Et quand c'était le cas, c'était toujours à travers des faux-semblants. Ainsi, là où l'intrigue de Demon's Run aurait dû marquer un tournant et une prise de conscience, nous avons eu droit à un bête artefact scénaristique qui n'a connu aucune sorte d'impact sur la personnalité du Docteur. Sa rencontre avec River, qui aurait dû le marquer (elle avait après tout un aspect incroyablement tragique, à plus forte raison parce qu'il savait comment cette histoire allait se finir dés qu'il l'a rencontrée) profondément au moins sur le plan amoureux, n'a pas eu beaucoup de conséquences non plus. Pire encore, cette intrigue s'est conclue grâce à quelque galipette du scénario. C'est formidable d'être capable d'écrire des retournements de situation surprenants et relativement imprévisibles ; mais que servent-ils vraiment sur un plan dramatique ?
Tout le paradoxe de Doctor Who depuis Eleven (et Moffat), c'est qu'on a des scènes parfois plus dures, des "méchants" parfois plus effrayants, des intrigues parfois plus complexes ou en tous cas plus tordues, qui tendent à laisser penser que la série est destinée à un public plus âgé, mais qu'en même temps celui-ci est découragé par la façon dont les intrigues ne portent jamais aucune conséquence pour le Docteur, comme dans la majorité des séries pour la jeunesse. Le Docteur est parvenu à ce stade de demi-Dieu que je redoutais tant, et même quand le scénario tente d'adresser ce problème, il est balayé de la main comme le prouve l'après Demon's Run. Inutile de dire que là où le final de la saison 6 aurait dû me laisser de l'espoir, il m'a inquiétée.

Mais pour toutes ces raisons, je ne détestais pas Amy et Rory. En fait c'est impossible puisqu'ils sont les seuls personnages récurrents de la série à bénéficier d'approfondissements, d'intrigues suivies et d'une dramatisation réelle. Le Docteur n'est à côté d'eux plus qu'un gimmick, un déclencheur. C'est lui leur Companion ! Je dois dire que j'étais un peu anxieuse à l'idée qu'un nouveau Companion fasse son apparition, selon le bon adage "on sait ce qu'on quitte, on ne sait pas vers quoi on va".
Mais Asylum of the Daleks m'a rassurée. Si Oswin est amenée à revenir (au moment du Christmas Special, apparemment), alors je peux encore espérer en une réconciliation. Tout simplement parce qu'Oswin a immédiatement été introduite de façon à prendre la pleine mesure de sa dramatisation, mais que celle-ci met en lumière quelque chose de dramatique chez le Docteur également, à travers sa haine pour les Daleks mais aussi quelque chose que nous lui connaissons bien : sa grande loyauté. Oswin est un personnage qui nous arrive brisé, et qui le réalise grâce au Docteur qui n'a plus qu'à ravaler sa haine féroce envers les Daleks pour prendre en considération ce cas pas comme les autres. Oswin aurait pu être un Cyberman : nous savons que c'est une race de l'univers de Doctor Who bien plus encline à transformer les êtres humains pour les assimiler ; mais un Cyberman n'est pas aussi farouchement haï par le Docteur qu'un Dalek, jamais. Et devant cet épisode d'une émotion rare (surtout récemment) pour la série, j'ai aussi réalisé que non seulement nous allions avoir affaire à un nouveau Companion très sombre, bien qu'une d'une pétillance à toute épreuve, mais nous allions aussi, enfin, réapprivoiser les ténèbres du Time Lord, et je dois bien l'admettre, ça, ça me fait très envie.
Oh, on n'y est pas encore. Car il y a, avant le Christmas Special, bien des épisodes en quasi stand-alone, des dinosaures et des Weeping Angels en chemin. Mais pour la première fois depuis novembre 2010, je ne regarde pas Doctor Who parce que j'ai envie de m'y plaire, mais parce que je suis sincèrement intriguée et curieuse. Ca fait un choc quand ça se produit. Mais je suis ravie d'avoir trouvé là une chance de me rabibocher avec la série...

PS : n'hésitez pas à lire cet article particulièrement intéressant sur les bienfaits de la VOD bien ordonnée en Australie ce weekend. C'est Doctor Who-related mais pas seulement.

Posté par ladyteruki à 23:51 - Review vers le futur - Permalien [#]

12-07-12

Tiédeur blanche

Si ma fringale de pilotes est insatiable, il est un fait curieux : les pilotes britanniques peuvent attendre des semaines, des mois, dans ma réserve, avant que je les touche. Même quand ils m'intéressent, rien à faire, ça prend toujours des plombes. Je ne me l'explique pas moi-même.
Récemment, le seul pilote britannique que j'ai daigné regarder est celui de Hit & Miss ; et encore, je suis le reste de la saison au ralenti. M'attendent aussi, entre autres, Dead Boss et Sinbad.

Aujourd'hui, je viens à peine de commencer White Heat (et encore, uniquement parce que mon PC semble mort et qu'en désespoir de cause, j'ai tiré au sort mon épisode de ce soir parmi ce que j'avais a portée de main) (accessoirement les posts vont être un peu aléatoires pendant quelques temps).
J'avais plutôt entendu du bien de White Heat, peut-être via Livia, et il me semble aussi par le biais de Skyefleur aussi.

WhiteHeat

Une partie de cette réputation est justifiée : la série possède une excellente réalisation (elle m'évoque par moments celle de Cloudstreet, mais par moments seulement), la photographie est infiniment soignée, le sens du détail est visible.
Le problème c'est que, sortie de là, la série ne semble pas avoir grand'chose à dire, quand bien même elle le dit avec élégance.

En choisissant de se situer en partie (en MAJEURE partie, en fait) dans les années 60, White Heat n'avait de toute façon pas fait le choix de l'originalité, c'est un contexte largement à la mode. Ici, toutefois, l'idée n'est pas de se la jouer pseudo-Mad Men puisqu'on serait plutôt dans une variation autour de l'univers de Fresh Meat, le contexte historique en prime.
Mais c'est précisément là que ça me pose problème : les étudiants qui se découvrent mutuellement en même temps qu'ils se découvrent eux-même, ce n'est pas tellement plus original. En fait, le procédé de flashback utilisé, même s'il a le mérite de ne pas être plaqué là par simple effet de style mais bien pour souligner une émotion, n'apporte rien à notre affaire si ce n'est la révélation qu'on connaît déjà tout ça par coeur. Peut-être que cela vient du fait que, en voyant le début du pilote, j'ai d'abord pensé qu'il y aurait un petit côté thriller, et qu'on se poserait plus de questions sur les circonstances du décès d'un des colocataires dans le présent. Mais en avançant dans le pilote, j'ai bien compris que ce n'était pas le propos, et on a basculé dans un drama soapesque certes bien mis en images, mais quand même assez plan-plan. Les axes plus politisés m'ont donné l'impression d'assister a une version britannique de The '60s ; comme j'ai eu l'occasion de le dire, j'aimais bien cette mini-série, mais ça n'autorise pas une autre série à donner dans la redite.

Du coup, et en dépit de ses qualités, le pilote de White Heat m'a déçue, par manque d'ambition scénaristique. C'est même encore plus grave dans son cas, par rapport à d'autres séries peu imaginatives, parce qu'elle avait un bon réalisateur et un très bon cast (tous âges confondus). Ça donne envie d'être plus sévère, et c'est normal.

Alors, quand j'aurai de nouveau un PC fonctionnel qui reconnaît au moins un port USB (et donc une souris) ET une connexion internet (les deux ont sauté le même jour, mais, fait curieux, pas du tout au même moment de la journée), je vous avoue que je ne pense pas poursuivre White Heat. D'un autre côté, c'est pas comme si je manquais de pilotes britanniques à tester...

Posté par ladyteruki à 22:43 - Review vers le futur - Permalien [#]

05-07-12

On n'a pas tous les jours 13 ans (heureusement)

La dernière fois que j'avais lu un roman en préambule de son adaptation en série, c'était pour The Slap. L'expérience était intéressante parce que la structure du roman était originale ; en le lisant j'ai aussi découvert combien son ton unique rendant l'adaptation compliquée (notamment de par le parti pris totalement subjectif) et passionnante. Découvrir la série à l'issue de cette (copieuse) lecture était très intéressant, et apportait une dimension supplémentaire au visionnage.
En apprenant l'adaptation prochaine de Puberty Blues, j'ai donc décidé, forte de ce bon souvenir littéraire, de me procurer à nouveau l'original, et de voir ensuite ce que la version télévisée donnera. A ce stade je me tâte également pour savoir si je regarde le film en amont de la diffusion de la série Puberty Blues, également.
Pour quelqu'un qui ne lis presque plus de fiction, ce genre de démarche est plutôt significative, et tout élan de ce type est à encourager ; d'autant que cela permet d'aborder la question de l'adaptation avec un regard relativement neutre, puisque l'attachement avec l'oeuvre originale n'est pas antérieur à l'annonce de l'adaptation, et que la lecture du roman se pratique justement dans le but de voir l'adaptation.
Curieusement, pour une raison que j'ignore, j'ai tendance à faire ce genre de choses uniquement avec des romans/séries australiens pour le moment.

Pourtant, il est une série pour laquelle je résisterai toujours à la tentation de lire l'ouvrage d'origine : Cloudstreet. D'abord parce que voir la série d'abord et lire le roman ensuite me semble plus préjudiciable que dans l'autre sens, et puis, surtout, parce que la mini-série est si parfaite que je veux m'en tenir à ce qu'elle m'a délivré.

PubertyBlues_SneakPeek

Si je vous parle de tout ça, ce n'est pas juste pour vous raconter ma vie, car votre oeil de lynx vous l'aura peut-être indiqué, mais la rubrique du jour est Love Actuality. Je sais, ça fait des lustres, pardon, pardon. Avec un twist, comme vous allez le voir.

Voici en effet, en avant-première, la première bande-annonce de la mini-série Puberty Blues, que Ten diffuse apparemment depuis environ 24 heures. Comme vous le voyez, pour l'instant aucune date de diffusion n'est annoncée, mais étant donné qu'en Australie, on peut découvrir la diffusion d'une série deux ou trois semaines avant son lancement, et rarement avant, et vu le degré de finition qui émane de ce trailer, j'aurais tendance à me tenir prête à dégainer mon disque dur dans les prochaines semaines. Peut-être éventuellement pendant, ou juste après les Jeux Olympiques ? Je dis ça pifométriquement, mais je le sens bien comme ça ; surtout que ce sont Nine et Foxtel qui ont les droits pour les JO, donc il faudra bien des munitions aux autres chaînes pendant ce temps ; enfin on verra.
Bon allez, j'arrête de bavarder, vous avez très envie de cliquer sur le bouton lecture... et je ne vous en blâme pas !

Via if.com.au

Contrairement, toutefois, à mon expérience avec The Slap, au cours de laquelle j'avais évoqué le roman principalement au moment de discuter du pilote, je vais profiter de ce trailer pour vous parler du roman de Puberty Blues.
...Qu'entre parenthèses j'ai eu pour moins de 10€ via Amazon, je dis ça juste comme ça en passant. Si vous avez besoin de lecture cet été, Puberty Blues n'est pas très épais, il est relativement accessible (en-dehors de quelques expressions argotiques australiennes, et de parfois quelques dialogues ponctuels s'approchant plus de la phonétique que d'autre chose, afin de retranscrire les accents de certains surfers), et puis, très franchement, lire des histoires sur le surf pendant l'été, c'est de circonstance. En prime, mon édition avait une préface de Kylie Minogue, faites de cette information ce que vous voulez.

Puberty Blues est un roman écrit à quatre mains par deux adolescentes, Gabrielle Carey et Kathy Lette. L'histoire est écrite à la première personne, et l'héroïne synthétise des anecdotes réelles en un seul personnage, bien qu'à l'occasion sa meilleure amie permette de délivrer des anecdotes complémentaires ou simplement un point de vue différent.
En somme, il ne s'agit pas d'une autobiographie à proprement parler, mais les histoires ont une valeur autobiographique tout de même. Cela se sent d'ailleurs au ton du roman qui lui donne un côté très authentique (mais d'un autre côté on s'était laissés berner par Des cornichons au chocolat), qui retranscrit bien l'état d'esprit des deux héroïnes (et donc des deux auteurs), âgées de 13 ans au moment des faits, c'est-à-dire à la fin des années70.
Ca, c'est le côté théorique.

Dans la pratique, Puberty Blues est un roman assez court, voire même expéditif. Est-ce parce que ses deux héroïnes sont trop jeunes pour prendre du recul ? Est-ce parce qu'elles sont emportées dans le tourbillon de leur nouvelle vie sociale et qu'elles n'ont pas le temps de penser à ce qui leur arrive ? Probablement un peu des deux. Le livre développe en tous cas très peu leur ressenti, faisant apparaitre les évènements comme quelque chose de factuel. Les filles ne portent finalement pas ou peu de jugement sur ce qui leur arrive, leurs émotions, ou même les émotions de leur petit ami. Cela traduit finalement avec beaucoup de finesse, en filigrane, l'impression d'embrigadement qui ressort de leur incorporation dans un gang de surfers.
De petites collégiennes parmi tant d'autres, elles vont en effet se retrouver dans le groupe dominant de leur établissement, et la spirale va les embarquer non seulement dans la consommation d'alcool et de drogues, mais également de sexe pas tout-à-fait consenti.

C'était d'ailleurs ce dernier point qui avait ma plus grande attention : le viol quasiment institutionnalisé des adolescentes fréquentant les groupes de surfers, et celui-là en particulier puisqu'il s'agit du plus important dans le coin, et que les choses y sont forcément plus dures qu'ailleurs (lors de leur escalade de l'échelle sociale, les filles vont d'ailleurs être mises face à des "responsabilités" sexuelles croissantes vis-à-vis des surfers qui les accueillent dans leur groupe). Le système est bien rodé lorsqu'elles arrivent dans le clan, d'ailleurs : chaque surfer a une "petite-amie" attitrée qui lui est recommandée par les autres filles de la bande. La petite-amie reçoit des petits cadeaux, et en échange elle garde les serviettes pendant que les garçons surfent, pourvoit son homme en rafraichissements, et naturellement se tient disponible pour le sexe.
L'idée de "petite-amie" est donc largement pervertie, et c'est d'ailleurs la mise en lumière de cette organisation sexiste qui vaut à Puberty Blues sa classification de roman proto-féministe, puisque la façon dont les héroïnes vont se soumettre, puis quand même, sur la fin, un peu, questionner ce système oppressif, montre bien l'état d'esprit de jeunes filles à qui on n'a pas parlé de féminisme (et certainement pas les parents, présences fantomatiques n'ayant aucune sorte d'importance dans la vie des adolescents qui se comportent comme s'ils étaient de jeunes adultes indépendants), mais qui vont quand même découvrir l'importance de prendre de la distance.
C'est d'ailleurs d'autant plus angoissant que ces gamines (osons le dire) n'ont pas la moindre éducation sexuelle, elle savent tout juste où se trouve leur vagin, et ne parlons même pas de contraception. Les questions de grossesse, d'avortement et de fausse-couche vont donc être traitées en solitaire, avec pour seule aide celle des copines passées par la même chose. Des aveugles guidant des aveugles...

Alors du coup, ce trailer me rappelle mes craintes au sujet de l'adaptation.
C'est la présence de Claudia Karvan (Spirited) qui m'avait fait tiquer, lors de l'annonce du cast de la série. Comment, dans un univers aussi fermé où les adolescents vivent entre eux, et dans un système s'apparentant, à peu de choses près, à des dérives sectaires (le terme de "gang" n'est de ce point de vue-là pas usurpé, même si clairement il n'est pas à entendre de la même façon qu'un gang de motards dans Bikie Wars) sauf que l'océan remplace la religion mais où les rôles de dominants/dominés sont interprétés de façon similaire, peut-on ajouter le point de vue des adultes (pléthoriques, vu la liste des acteurs) ? Au vu de cette bande-annonce, on a l'impression que cela nuit un peu à l'ambiance, que cela lui apporte un côté "gentillet".
Et cela nuit aussi à la conclusion, mais ne comptez pas sur moi pour vous la donner, tant c'est probablement la pièce-maîtresse du roman. Dans toute sa simplicité naïve, et sans porter le moindre jugement, sa démonstration est cinglante et je crains que l'intervention parentale ne la diminue.

Pour le reste, il faut quand même bien admettre que ce premier aperçu a de quoi allécher. Le point de vue adopté ("certaines choses changent... d'autres ne changent pas") pour raconter l'histoire est assez naturel, mais permet à la fois de justifier la remise dans le contexte des années 70 (s'adressant ainsi aux parents), et d'intéresser le public adolescent d'aujourd'hui. La présence des parents dans la série peut d'ailleurs se voir comme un mode d'emploi pour ces mêmes parents, je suppose.
On peut également se réjouir, si ce n'était encore fait, de la présence d'Ashleigh Cummings, ravissante petite Dot dans Miss Fisher's Murder Mysteries (et également à l'affiche de Tomorrow when the war began, dans des rôles assez similaires d'ingénue), dont vous aurez reconnu, à n'en pas douter, le minois pendant cette bande-annonce qui lui fait la part belle.

Il est à espérer que la série n'atténuera pas le propos du livre comme avait pu, apparemment, le faire le film. Puberty Blues avait réussi à dépeindre de véritables horreurs sans en rajouter dans le sensationnel (c'est tout à son honneur) et sans porter de jugement, laissant le spectateur se faire sa propre opinion voire même en adoptant un point de vue dénué du moindre point de vue moral, simplement en écoutant ces anecdotes qui, répétons-le encore une fois pour la route, sont avérées, et traduisent ce que des centaines ou peut-être des milliers de jeunes filles ont connu, à une époque similaire, au sein de gangs de surfers.
Mes espoirs pour Puberty Blues, la mini-série, sont donc réels, il y a du potentiel pour raconter quelque chose d'intéressant en se débarrassant des tics, généralement américains (et parfois japonais, quand un dorama se risque par là) qui consistent à apporter immédiatement une sanction morale aux évènements. J'espère que la production n'a pas foiré son coup. On le saura bien vite.

Bon, je papote, je papote, mais vous, il vous inspire quoi ce trailer ?

PS : incidemment, Kathy Lette a plus tard écrit Mad Cows, dans l'adaptation ciné duquel Anna Friel a joué. Le monde est petit. On en revient toujours aux mêmes...

Posté par ladyteruki à 13:39 - Love Actuality - Permalien [#]

31-05-12

La vie est un long fleuve

Ah, approchez ! Vous tombez à point nommé. J'étais sur le point de vous parler de la plus incroyable série australienne de l'année passée. C'est un rendez-vous déjà trop souvent reporté, les tags en témoignent douloureusement, et cette promesse, je la tiens aujourd'hui, c'est décidé.
Alors installez-vous confortablement et laissez-moi essayer de vous donner ne serait-ce qu'un vague aperçu de ce qu'est Cloudstreet.

Cloudstreet-Monologue

L'an dernier, le SeriesLive Show avait consacré toute une rubrique à la mini-série dans un podcast malheureusement entré dans les annales pour une toute autre raison. A l'époque, la mini-série venait d'être diffusée, et je m'étais promis que j'en ferais un post de "bilan" de saison (notamment parce qu'Eclair m'avait fait comprendre que je n'en écrivais pas assez ; j'espère qu'en un an et des poussières j'ai fait quelques progrès !), et finalement ça n'est jamais arrivé. J'ai voulu me refaire une intégrale voici quelques mois, histoire de rédiger mon post avec les images et les idées bien en tête, mais ça n'a pas eu lieu non plus.
Finalement, à la faveur de mon dépensier mois de mai, je me suis retrouvée avec ce précieux coffret dans les mains, et à raison d'un épisode par soirée, je me suis refait l'intégrale cette semaine. Enfin, nous allons pouvoir parler de ce qui est probablement le plus grand bijou que la télévision australienne ait porté.
J'espère lui faire honneur tout au long de ce post si souvent reporté devant l'ampleur de la tâche, mais je dois à la vérité d'avouer que je crains que ce ne soit de toute façon impossible.

C'est que Cloudstreet est difficile à définir. La mini-série (adaptée du roman éponyme) s'attache à suivre pendant deux décennies la vie de deux familles, les Pickles et les Lamb, deux familles que rien ne pourrait plus opposer, alors qu'elles cohabitent dans une même maison. Si la série va cependant bien plus loin qu'une simple chronique, pourtant, sur le papier, son pitch s'arrête là, et cette simplicité apparente a de quoi décourager quiconque tente d'expliquer pourquoi il faut regarder Cloudstreet, comme votre serviteur en cet instant précis.
Ce que je peux dire avec certitude, c'est qu'une grande partie de son attrait réside dans ses personnages, complexes, captivants.

La tragédie de Sam Pickles La tragédie de Fish Lamb

Les Pickles sont une famille à la dérive, qui a perdu pied depuis bien longtemps dans l'alcool et le jeu. Lorsque la série commence, Sam Pickles, déployé sur les mers à l'occasion de la Seconde Guerre Mondiale, perd tous les doigts de sa main droite (sa "bonne" main) dans un accident. Cette blessure écourte son effort de guerre mais le conforte dans sa vision du monde basée sur sa passion malsaine pour le jeu : il y a la chance d'un côté, et surtout, la malchance de l'autre, qu'il nomme "shifty shadow". Lorsqu'il revient au pays, sa femme Dolly, qui allie avec élégance l'ivrognerie à l'adultère, n'est pas exactement d'un grand réconfort. Seule leur fille Rose se montre d'un grand soutien et s'occupe de ses deux frères.
C'est le moment que choisit le frère de Sam pour décéder et leur laisser une maison dont ils ignoraient l'existance, au 1 Cloud Street, à Perth (sous réserve qu'elle ne soit pas vendue pendant 10 ans). La maison est immense et a visiblement connu des jours plus glorieux ; elle est restée inoccupée depuis que de tragiques évènements ont eu lieu entre ses murs. Et tandis que Sam mise tout l'argent de la famille aux courses, Dolly se trouve une occupation de pilier de bar, laissant Rose avec la responsabilité de la maison, des deux garçons... et même de ses parents, puisqu'elle doit plus souvent qu'à son tour soutenir moralement son père, ou physiquement sa mère lorsqu'il s'agit d'aller la récupérer au troquet du coin. Charmante famille que les Pickles, donc.

Comment l'argent leur coule entre les doigts, un pari aux courses et une bouteille de whisky à la fois, les Pickles décident de louer une moitié de leur maison à... quiconque voudra bien payer pour vivre dans cette laborieuse bicoque.
C'est là que les Lamb entrent en scène. Famille catholique fervente, et donc nombreuse, les Lamb sont avant tout des fermiers, une condition qui ne laisse qu'une place extrêmement limitée aux futilités ; en particulier, Oriel est une matriarche au sens pragmatique sans défaut, qui dirige sa petite tribu d'une main de maître, son époux Lester la suivant de bonne grâce dans toutes les décisions qu'il sait avisées.
Alors qu'ils pèchent près de la rivière, un soir, les Lamb vont être confrontés eux aussi à une tragédie qui va les changer : l'un de leurs fils, le jeune Fish, va se retrouver prisonnier d'un filet et se noyer. Littéralement et métaphoriquement ramené au rivage parmi les siens par une Oriel qui a décidé de ne pas laisser la mort entraîner son fils, et invoque le nom du Seigneur pour le sauver, Fish va pourtant revenir... différent. Fish est pendant un moment le miracle des Lamb, jusqu'à ce qu'ils découvrent combien il est diminué mentalement. La famille Lamb perd alors toute foi en Dieu, et quand la sécheresse vient à bout de leurs cultures, ils décident de quitter leur ferme et laisser le hasard décider de la direction à prendre. C'est ainsi qu'ils arrivent à Perth et découvrent cette maison sur Cloud Street où ils peuvent s'installer, et tout reprendre à zéro.

Cloudstreet-Home

Et quelle maison, en effet. La maison du numéro 1 était peut-être vide à l'arrivée des Pickles puis des Lamb, mais elle était habitée : par elle-même. Cette étrange demeure de bois et de métal, qui sembler craquer, grincer et jouer en permanence, respire. Parfois même, elle pleure. Elle abrite aussi un cruel passé qui la hante toujours, au propre comme au figuré.

Mais une maison, c'est aussi ce qu'on en fait.
Et les Lamb, sous la houlette d'Oriel qui ne laisse jamais perdre une seconde, s'organisent rapidement avec leur moitié de maison. Tandis que les Pickles boivent et parient l'argent du loyer que les Lamb leur versent, ces derniers montent leur propre affaire : une petite épicerie prospère ; au long de la série, Sam Pickles aura ainsi l'occasion de dire que les Lamb ont deux mois d'avance sur le loyer, puis... cinq ans d'avance.
Ainsi remise à flots, la maison progressivement devient un petit univers où les familles se croisent, se supportent, vivent leurs problème à la fois ensemble (comment faire autrement sous un même toit ?) et séparément (chaque famille conserve sa propre cuisine, par exemple ; seul le couloir et l'escalier sont partagés). Il faut parfois subir les bruyants Lamb qui se lèvent aux aurores et commencent à travailler, les accès de folie de Fish Lamb qui est le seul à sentir vivre la maison et à déceler les traces des tragédies passées, ou supporter les frasques alcoolisées de Dolly Pickles, ramassée tard chaque soir par sa fille dans un quelconque bar...

Rien d'extraordinaire n'arrive ni n'arrivera jamais aux Lamb et au Pickles, vous l'aurez compris. Ils ne vont pas devenir incroyablement riches, mettons, et leur maison ne va pas se retourner contre eux comme dans un mauvais thriller fantastique. Cette chronique n'est pas vouée à les porter vers un immense Destin, mais simplement à les accompagner, à tenter de mieux les comprendre, à essayer de mieux les aimer.
Les petites souffrances et les grandes déchirures, les enfants qui quittent la maison pour ne parfois jamais revenir, voilà de quoi sera faite la vie des habitants du 1 Cloud Street.

Cloudstreet-Oriel

A ce titre, je mets quiconque au défi de ne pas vouer un véritable culte à Oriel Lamb. Cette femme est une force de la nature. Son esprit pragmatique, qui l'a vraisemblablement gardée en vie si longtemps, s'étend désormais à toute sa famille, et même aux Pickles qu'avec le temps elle considère un peu comme les siens.
La plus incroyable et respectable qualité d'Oriel, qui là comme ça, de prime abord, peut paraître un peu dure, sèche et autoritaire, c'est que son premier réflexe, en toute situation, est de garder la tête froide, de remonter ses manches et de se dire "bon, qu'est-ce que je peux faire pour me rendre utile ?". Ou plutôt elle ne se le demande pas, elle répond d'elle-même à la question. Elle peut compter sur un mari qui reconnaît en elle ce don, et qui la suit aveuglément dans tout ce qu'elle entreprend ; elle dirige sa maison avec énergie, rabrouant ceux qui ne sont pas aussi durs à la tâche qu'elle, et s'assurant que tout le monde travaille au maximum de ses possibilités. Oriel est une force vive ! Elle est impressionnante en permanence, prenant toujours plus de choses en charge, sans jamais être déconnectée de ses émotions ou ses intuitions.
Plus d'une fois, des jurons d'admiration m'ont échappé devant ses réactions. C'est un personnage un peu rustre, que la vie a façonné comme ça, mais qui déborde d'énergie, d'amour et d'allant. On a tous besoin d'une Oriel sous son toit...

D'autres personnages, évidemment, sont touchants ; pour ne pas dire tous.
Fish Lamb, évidemment, avec son incroyable sensibilité, sa façon de porter un regard neuf sur le monde, et son obsession pour l'eau (depuis qu'Oriel l'en a tiré, il ne souhaite qu'y retourner), est attendrissant au possible. Rose Pickles, qui après avoir trop longtemps supporté le poids de sa famille en perdition, finit par prendre une certaine indépendance, est un personnage extrêmement captivant aussi. Et comment ne pas aimer l'âme d'artiste de Lester Lamb, avec son banjo, son harmonica et même sa marionnette de ventriloque, qui tire sa plus grande fierté de la certitude qu'il aura rendu sa famille heureuse ?
Chacun est touchant, vibrant. Terriblement vivant. Faire ou refaire des expériences de la vie à leur côté est une véritable aventure parce que la série est écrite de telle façon qu'il est impossible de ne pas avoir l'impression de vivre soi-même au 1 Cloud Street.

Mais Cloudstreet, outre sa maison vivante, est aussi une oeuvre gorgée de détails surnaturels, étranges, bizarres, inexplicables. Et qui restent inexpliqués.
Le monde fantastique, mystique, ésotérique de la série est fascinant de par le foisonnement de phénomènes qui s'y déroulent et qui, bien qu'étant repérés par les protagonistes, ne sont jamais décortiqués ou interrogés. Qu'ils viennent du hasard, de la chance, du Destin ou de Dieu, ne fait en réalité pas grande différence. Quelle que soit la façon dont on la nomme, cette main invisible qui vient placer des petits miracles dans la vie des Pickles et des Lamb est aussi une façon de questionner à la fois notre émerveillement et notre foi.
Un cochon qui parle, un perroquet qui chie des pièces de monnaie, un étrange homme doté du don d'ubiquité, ou encore les curieux voyages spacio-temporels de Fish Lamb, tout cela n'a pas d'explication. Ce sont "des miracles dont on n'a pas besoin", comme dirait Oriel Lamb (en haussant les épaules et en se remettant au boulot, probablement).
Mais on les prend quand même. Parce que ce n'est pas à nous de décider.

Cloudstreet est en effet une oeuvre pleine de spiritualité, au sens large. On n'y trouve aucune forme de prosélytisme, mais les personnages interrogent notre capacité à croire : aux signes qui sont supposés prédire la chance ou la malchance, aux oscillations d'un couteau qui choisit la direction à prendre, aux miracles et aux malédictions qui viennent nous prendre ou nous rendre les êtres chers.
Sans même parler des évènements parfois incongrus, ou de la foi perdue des Lamb, j'avais l'impression que cette spiritualité habitait la série de la façon la plus noble qui soit. Je ne crois pas en Dieu mais je me suis dit, sans exagérer, que ressentir l'amour de Dieu ça devait peut-être un peu ressembler au monde de Cloudstreet. C'est peut-être l'emballement et les incroyables émotions que suscite la mini-série qui me font dire une chose pareille, mais il m'a semblé que quelque chose de céleste présidait à de nombreux choix dans l'univers de ces quelques épisodes.

Cloudstreet-River

Cette spiritualité se ressent notamment grâce à l'exceptionnelle réalisation de la série, qui mérite un poème, que dis-je, une ode, à elle seule. C'est un véritable trésor, intuitif, émouvant, et surtout, furieusement beau.
Pour en apprécier pleinement chaque minute, il faut accepter de laisser derrière soit tout esprit cartésien, et se débarrasser des mauvaises habitudes qui sont souvent les nôtres, et à cause desquelles nous cherchons une "utilité" à chaque plan. Il faut prendre de la distance et accepter l'élégance artistique de certaines images, de certaines scènes, pour ce qu'elles sont : la construction d'un ensemble de repère sensoriels pour vous immerger dans le monde de Cloudstreet, et nous permettre de nous ouvrir à certaines émotions, pour mieux vivre aux côtés des personnages.
Si vous avez aimé des films tels que The Fall ou Big Fish, dont la poésie n'égalait que la brutalité (ou inversement), alors Cloudstreet va vous transporter. Je ne connais rien de pareil. En l'espace de 6 heures, vous allez avoir l'opportunité de redéfinir l'espace, le temps, vos sensations, vos sentiments, ainsi que tout ce que vous pensiez savoir sur la télévision australienne, poussée ici au sublime comme jamais avant.

On pourrait être tenté de dire que Cloudstreet est une oeuvre d'une telle perfection qu'il faudrait des séries comme ça tout le temps mais, tout-à-fait entre nous, notre coeur n'y survivrait pas. En tous cas, j'ai rarement rencontré une série qui me transmette autant de choses avec autant d'élégance et de puissance.
J'ai aussi rarement rencontré une série dont j'aie tant envie de dire de belles choses mais à laquelle il semble impossible de rendre correctement hommage.

Simplifiez-moi la vie : regardez Cloudstreet par vous-mêmes. C'est encore le meilleur moyen de vous faire comprendre mon adoration et ma timidité envers cette oeuvre incroyable.

Posté par ladyteruki à 06:41 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-05-12

Demain j'arrête

Comme le dirait ma nounou préférée au confessionnal : "pardonnez-moi, mon père, parce que j'ai tout dépensé".
Ce fut un bien joli mois de mai, ma foi, si l'on en juge par les progrès de ma telephage-o-thèque. Pas trop du côté de mes affaires financières, mais comme vous le savez, c'est souvent une question de vases communicants.

Dans les épisodes précédents : ça fait depuis le mois de décembre que je me bats avec ma banque pour obtenir une carte bancaire, alors que ça faisait 30 ans que je me débrouillais très bien sans. Bon, presque bien, des fois fallait que j'aille supplier pour qu'on me commande des trucs (par exemple Koselig Med Peis) sur des sites qui n'acceptaient que des modes de paiement très précis. M'enfin je me démerdais bien.
Mais mon entourage me poussait un peu à faire l'acquisition d'une carte, gnagnagna soi-disant c'est plus moderne, et puis, je m'étais dit qu'après tout, ça simplifierait les achats de DVD en import (grossière erreur : c'est effectivement le cas).
Sauf que depuis décembre, chaque fois que ma banque me faisait parvenir cette fichue carte, mon facteur oubliait consciencieusement de me prévenir. Donc au final la Banque Postale m'a fait parvenir 3 cartes différentes, et 4 fois le code qui allait avec (parce qu'à chaque fois c'est dans un courrier à part) que le facteur a également jugé superflu de me transmettre. Ca virait à l'hystérie.
En fin de compte, à la toute fin du mois d'avril, bieeen en retard sur mes prévisions, la carte est arrivée, et j'ai eu le code. Victoire.

Enfin pas vraiment parce que, vous vous en doutez, ça a été une véritable boucherie. J'ai écumé mes favoris, épluché tous les trucs que je me garde sous le coude depuis des mois, fait des listes, établi des priorités ou à peu près, et j'en ai tiré un planning de dépenses hallucinant sur 48 mois, auquel je me suis attaqué avec ferveur pendant tout le mois de mai.

Ce qui a conduit aux achats suivants, par ordre (je crois) chronologique de livraison :
- Cloudstreet
- SPACE 2063, enfin !
- The Slap
- Woodley
- Outsourced
- Filhos do Carnaval
- Réttur

Ajoutez à cela que, on ne sait trop pourquoi, j'ai aussi fait une descente surprise fin avril à la FNUC (j'étais la première surprise, en fait, mais bon j'étais dans le coin alors...) et ainsi fait main basse sur la 1e saison de La cité des Hommes (boh quoi, 4 épisodes, c'est rien du tout, ça me fera à peine un après-midi ça !) et celle d'Eli Stone (je, euh... là je sais pas ce qui m'a pris, j'admets, parce qu'on peut pas dire qu'elle était en haut de ma liste, celle-là). Et tout ça sachant que j'avais reçu mon DVD de Call the Midwife le 30 avril pile-poil, parce que la BBC a fait très attention à ne pas alourdir mon bilan du mois de mai.
Quelque part au-dessus de nos têtes, il y a, pour finir, un avion qui plane avec mon DVD de Buzz Aldrin dans sa soute, et un autre avec celui de The Cult. Et après normalement c'est fini.
Emphase sur : "normalement".

DemainjarreteAlors toi... toi !!! Je t'aime.

Je suis la première à cagouler, mais que voulez-vous, je ne résiste pas non plus à l'appel du DVD neuf...

Ou plutôt neuf chez moi, parce que parmi cette liste d'acquisitions toutes fraîches, il ne vous aura pas échappé que SPACE 2063 fait figure, si je puis dire, d'intrus, les autres séries étant récentes, parfois très récentes (Woodley est officiellement le premier DVD de ma vie que je précommande, j'ai dû tenir à peu près 72h à partir du moment où je vous ai fait le bilan).
Ce coffret-là, quand je l'ai reçu, j'en ai littéralement pleuré de joie. Mais vraiment.
Et je crois bien que c'est la première fois de ma vie que j'ai dévoré les bonus avec autant de ferveur. Déjà que je ne regarde pas tellement les bonus d'ordinaire, mais alors là, vous n'imaginez pas. Finalement ça valait presque la peine d'attendre, étant donné qu'on parle d'une édition collector avec des bonus en veux-tu en voilà. Une mine d'or. Vraiment. Je ne dis pas qu'à côté, les autres emplettes étaient sans intérêt, mais sentimentalement, il n'y a pas photo, c'est SPACE 2063 qui a dominé le mois. J'en reviens toujours pas, en fait, tant ça faisait longtemps que j'attendais ça.

D'une façon plus générale, bien obligée de reconnaître qu'avoir des DVD qui tombent à intervalles réguliers dans votre boîte aux lettres, bah ça fait bien plaisir.
Vu que les prochains mois, je vais y aller plus mollo, les commandes seront plus espacées, donc je doute de me retrouver encore dans cette situation où je rentre le soir, où j'ouvre ma boîte aux lettres, où j'y découvre un paquet, et où je passe mon trajet dans l'ascenseur à essayer de deviner quel coffret est dedans. Nan vraiment, c'est une sensation que je recommande.
Surtout quand vous avez commandé des séries australiennes sur plusieurs sites différents et que du coup, vous ne pouvez pas deviner le contenu simplement sur la base des autocollants sur le paquet (à ce sujet j'ai une nette préférence pour ABC Shop, pourquoi faire compliqué après tout). Très, très sympa. Si vous avez l'occasion, faites-vous ce plaisir supplémentaire, ça ajoute vraiment une dimension aux achats. Un petit côté ouverture des paquets à Noël, peut-être...

Alors forcément, la carte bancaire, même si j'ai vécu 30 ans en m'en passant parfaitement bien, et que théoriquement, bon, ça m'excitait pas plus que ça, eh bah, là, avec le passage à la pratique, je suis assez convaincue, quand même ! J'avoue, c'est très pratique... trop pratique.

Voilà, alors, pour finir, deux choses.
Déjà... vous allez entendre parler de plusieurs de ces séries très prochainement, surtout pour celles dont j'estime que vous n'avez pas eu assez de bourrage de crâne (genre Cloudstreet, va yavoir de l'intégrale, et cette fois je vais me le faire ce bilan, vous n'y couperez pas), et évidemment pour celles que je découvrirai en même temps que vous, d'ailleurs restez dans le coin, la journée n'est pas finie, oh que non.
Ensuite, promis : demain j'arrête.

Enfin faut voir, parce que ça fait quand même depuis décembre que je promets de m'offrir l'intégrale de The Clinic, et on sait pas combien de temps rté shop le maintiendra en promo comme ça. Sept saisons pour 15€ (frais de port non inclus), ça vaut le coup, quand même, c'est pas ça qui va me mettre sur la paille. Allez, un ptit peu d'Amy Huberman pour la route ?

Posté par ladyteruki à 14:37 - Opération COLLECTION - Permalien [#]