ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

27-09-09

Désespérée, mais pas au foyer

Je crois que ce sera le dernier de mes posts de découverte pour aujourd'hui. 8 pilotes en une journée... petite forme on dirait. Je ferai mieux la prochaine fois. J'arrêterai de manger, de dormir, toutes ces futilités chronophages... Je pensais d'ailleurs finir la journée de pilotes avec un peu plus de panache que ça. Mais tant pis.

Pourtant j'aime bien les avocats. Pas juste parce qu'on peut faire plein de blagues odieuses avec eux (c'est juste un bonus), mais parce que c'est probablement l'une des professions que je préfère voir à la télé. Qui dit avocats dit, dans une immense majorité des cas, qu'on va avoir droit à une série intelligente, car rares semblent être les scénaristes qui se risquent à ce genre quand ils n'ont que de l'eau entre les oreilles (genre un CV constitué uniquement de scripts pour la CW). C'est presque toujours une garantie. Presque toujours. Je me sens entre de bonnes mains quand je sais que la série va tourner autour d'un avocat, ou d'un cabinet d'avocats, ou n'importe quelle combinaison de personnages incluant des avocats. Bon d'accord, Raising the Bar a été une notable exception récemment. Mais à part ça, je suis une enthousiaste.
C'est pour ça que je pensais finir la journée dans un feu d'artifices.

Oui. Votre intuition est juste.
J'ai effectivement été déçue par The Good Wife. Probablement parce qu'il est difficile de ne pas faire de comparaison avec Canterbury's Law, et que cette série, j'ai toujours pas compris pourquoi elle n'a pas duré. Et puis d'une façon générale, parce que The Good Wife est un peu bâtarde, dans son genre.

J'entendais le concept de départ comme quelque chose de prometteur : l'épouse d'un homme politique tombé en disgrâce judiciaire et médiatique reprend le chemin du travail après avoir passé plus d'une décennie à jouer les épouses modèles. C'était intéressant, comme angle. Je me disais que le point de vue sur le monde judiciaire allait nécessairement être différent pour un tel personnage, et en toute honnêteté, je m'attendais à ce qu'il soit beaucoup plus question de l'affaire de son époux que d'un petit meurtre de rien du tout. On voit Alicia compatir avec sa cliente, mais ça ne va pas bien loin, cette affaire.

Qui plus est, l'intrigue professionnelle du pilote est un peu simpliste : en fait, tout l'enjeu pour Alicia, c'est de montrer qu'elle est meilleure que tout le monde (l'associée qu'elle remplace sur cette affaire, le petit jeune avec qui elle est mise en compétition au cabinet, le procureur vaguement obséquieux, et même la police qui a enquêté sur l'affaire). C'est merveilleux. C'est magique. Elle trouve une preuve qui n'existait pas dans le dossier, démontre des trucs que personne n'a vus avant elle, sort de son chapeau des pièces à conviction, c'est merveilleux, c'est magique. Ah je l'ai déjà dit peut-être ? Plutôt que de montrer qu'elle est brillante, que l'intellect ne vieillit pas avec les années, quelque chose comme ça... les scénaristes se sont contentés de se ranger de son côté et de lui simplifier la vie. Alors que ce serait tellement plus prestigieux si elle arrivait à tordre la logique pour faire acquitter sa cliente ! Mais non, on lui invente un dossier parfait, qui la fait forcément gagner à la fin, c'est merveilleux, c'est magique ! Je radote, je sens...

Bon, ce n'est pas la gloire côté prétoire ? Il restait encore de l'espoir sur le front de la vie privée d'Alicia. Manque de chance, mauvaise pioche sous cet angle-là également. Alors qu'on aimerait nous faire croire que la belle a fait de ses enfants sa priorité, on ne verra ces derniers qu'une poignée de secondes (personnellement je serais infoutue de dire à quoi ils ressemblent, je sais que le fils est brun mais à part ça...). Conflits à la maison ? Réduits à trois lignes de dialogues. Il faut dire que lancer la série deux ans après les faits n'aide pas, on comprend que les passions soient retombées, mais ça ne sert pas vraiment l'intrigue.

Au milieu de tout cela, Julianna Margulies est aussi glaciale que son botox le lui permet, égale à elle-même, et une fois de plus on ne lui demande rien d'autre que d'avoir l'air aussi lisse que possible, voire carrément distante. Son jeu passe bien dans une majorité de scènes où on cherche à nous faire comprendre que l'épreuve l'a endurcie, mais dans les quelques unes où on voudrait voir son côté humain, les émotions font cruellement défaut.

The Good Wife est un bon legal drama, pourtant. Évidemment que c'en est un, j'ai envie de dire ! Tous les ingrédients y sont : bonne distribution, bonne réalisation. C'est du travail soigné, ça ne fait aucun doute. Et le manque de fantaisie n'est d'ailleurs pas tellement grave, on ne demande pas de l'originalité à une telle série. On lui demande juste de créer un lien avec les spectateurs, pour pouvoir s'intéresser sincèrement à l'histoire personnelle d'Alicia, ainsi qu'à ses affaires. Mais ça ne se produit pas. Comparativement (je sais, je sais... il ne faudrait pas, mais c'est si évident), Canterbury's Law montrait bien mieux les plaies, creux et bosses de son personnage ; il ne s'agit pas de faire d'Alicia un personnage aussi borderline qu'Elizabeth, naturellement, mais au moins de lui donner un relief équivalent. Ici c'est assez fade sur ce plan et sur les autres.

Par contre il est possible que la série s'améliore avec le temps, tout n'est pas perdu. Mais si vous me demandez à moi, ce que j'en pense, je ne donne pas cher de l'avenir de cette série. Chaque année, on en voit des comme ça. Qui n'ont rien à se reprocher en définitive, si ce n'est d'avoir été un peu trop polies par les différentes étapes de production, et qui ne donnent pas l'impression d'avoir quelque chose à offrir sur le long terme. Je regarderait peut-être encore un épisode ou deux, et puis... si la série n'est pas annulée à ce moment-là, je l'annulerai juste chez moi.

PS : il faut absolument que ce générique s'épaississe, j'adore l'idée. C'est tout simple, mais j'adore la mise en images. Faut faire mieux que ça, c'est trop dommage.

TheGoodWife

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Good Wife de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:56 - Review vers le futur - Permalien [#]

18-06-09

La philosophie est-elle compatible avec la téléphagie ?

Ah, alors. La philosophie par la série. Je perçois le sujet "foutage de gueule" à l'approche.
Comme tout le monde, je pense (puisque ça fait le tour du web téléphagique depuis au moins ce matin), j'ai lu cet article sur Thibaut de Saint Maurice, qui parle de philosophie à travers les séries. Et non pas dans les séries, nuance. L'auteur, un prof de philo, semble découvrir que d'une part les séries télé sont populaires (le choc !) auprès des jeunes (attaque cardiaque !), mais qu'en plus, il s'y dit des trucs. C'est pas juste du temps de cerveau disponible, c'est... c'est presque pas bête, ce qu'il se dit.
Encore un qui a inventé l'eau chaude. Mais bon, à la rigueur, une révélation même tardive reste une révélation.

Je manque par contre de m'étrangler lorsque je lis quelques uns des exemples employés : 24, Desperate Housewives, Prison Break... et pourquoi pas NCIS aussi ? Si c'est pour faire le malin sur ces séries-là, autant ne rien dire du tout. Cela dit je conçois tout-à-fait que quand on parle du plus petit dénominateur commun, on attire l'attention. Et accessoirement c'est plus vendeur, aussi.

Le vrai téléphage, celui qui ne s'arrête pas aux titres les plus populaires, aura bien entendu flairé la supercherie d'instinct, relevant qu'on n'aura pas attendu "les séries télé, nouvelle forme artistique populaire" (dixit l'article de Slate... sic) pour trouver de la philosophie dans les séries, encore fallait-il y regarder d'un peu plus près.
Le premier titre qui me vient à l'esprit est Oz, pour des raisons assez évidentes je pense. Voilà bien une série qui est pour ainsi dire un vivant traité de philosophie, bien plus profond et intéressant à étudier à mon sens. On y trouve pèle-mêle et entre autres : des questionnements sur la vie, le temps, la nature humaine, etc... D'ailleurs dans la foulée, Oz est aussi une thèse sociologique et un manifeste politique (faut pas gâcher). Et cela en parvenant à être une série très accessible sans jamais se compromettre dans la facilité, en plus. Faites regarder du Oz à vos élèves, Monsieur de Saint Maurice, tout le monde y gagnera, la philosophie comme la téléphagie (pourquoi serait-ce unilatéral ?).
Evidemment, le concept derrière ce bouquin, c'est d'essayer de capter l'attention des jeunes en faisant des parallèles avec des concepts philosophiques, et c'est relativement louable dans l'ensemble, sauf que ça ne tire personne vers le haut !

Qui plus est, on peut trouver de la philosophie n'importe où, j'ai envie de dire, et à plus forte raison si l'on est professeur de philosophie. Avec un peu de réflexion, je suis sûre qu'on peut même trouver une pensée profonde derrière, mettons, Son of the Beach. Si, en y passant quelques heures et en n'ayant rien d'autre à faire, ça doit être possible... C'est toujours facile de poser le regard sur quelque chose pour ensuite l'étiqueter selon un courant de pensée défini. Sauf que ces propos sont bien souvent involontaires, ce qui invalide d'autant la démarche philosophique qui consiste à se questionner sur de l'abstrait et non simplement à résoudre des enquêtes selon un cahier des charges dûment respecté (j'ai NCIS en sourdine à côté de moi en attendant Canterbury's Law, et croyez-moi, bien malin celui qui attribuera aux scénaristes un quelconque degré de réflexion).
J'associe un peu cette démarche aux psys qui, mis face à n'importe quel être humain, trouveront toujours des névroses insoupçonnées ou des pathologies retorses à attribuer à leur congénère (ça doit être une chose intéressante à analyser, d'ailleurs). En gros, quand on cherche un sens à quelque chose, je suppose qu'on en trouve.

Mais à première vue, l'auteur de Philosophie en séries (sic !) s'est surtout contenté de surfer sur la vague de la facilité, ce qui me semble être un comble pour un philosophe. Je ne peux pas vraiment l'en blâmer tout-à-fait : il a simplement fait preuve de pragmatisme vis-à-vis de ses élèves peu inspirés par sa matière, et en plus, sortir un livre lui permet de traire la vache à lait. Une vache à lait rhétorique, ça va de soi.

Cela étant, si ce cher monsieur veut m'expliquer un peu mieux sa démarche, je lui ouvrirai volontiers mes colonnes pour un droit de réponse. Le dialogue contradictoire était au centre de la démarche de Socrate, d'ailleurs.

Posté par ladyteruki à 22:36 - Point Unpleasant - Permalien [#]
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