ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

27-11-12

Poigne de fer

C'est fou ce que la nostalgie peut faire faire. Ca, et la tentation d'un pilote encore jamais vu, à laquelle nous savons tous que je ne sais pas résister.
Plus tôt ce mois-ci, j'ai repensé, pour la première fois depuis des années (et ptet même une décennie) à Witchblade. J'avais même été surprise de n'avoir jamais eu ne serait-ce que l'idée d'aller jeter un oeil au pilote ; "c'est bizarre que je l'aie totalement zappé, quand même", m'étais-je dit en essayant de recoller les quelques souvenirs flous que j'avais de la lecture de l'unique comics jamais eu en ma possession. Donc évidemment, ça devait arriver, j'ai fini par le cagouler.

Une décennie plus tard, voici donc ma review du pilote de Witchblade, ou plutôt le téléfilm qui sert de pilote, diffusé par TNT pendant l'été 2000. Parce que je le devais quand même un peu à l'adolescente que j'étais et qui avait réussi à acheter UN numéro de Witchblade, et même pas le premier.
Le problème, dans ce genre d'opération, c'est qu'on pense n'avoir que des souvenirs vagues, sauf que plus l'épisode avance, plus il y a des choses qui reviennent à la surface ; or ces choses sont tantôt un élément permettant de mieux comprendre l'intrigue, tantôt des choses qui se passent bien plus tard et qui ne font qu'ajouter à la confusion.

Alors histoire qu'on parte tous du même pied, voilà de quoi parle ce pilote de Witchblade : Sara Pezzini est une femme-flic au caractère bien trempé, mais qui reste particulièrement touchée par la mort brutale de son père il y a plusieurs années ; il était flic, comme elle, et son partenaire est aujourd'hui le chef du precinct où bosse Sara, parce que dans les fictions le monde est toujours petit. Quand l'épisode commence, elle est sur une autre enquête qui la touche de près, et qui en apparence n'a rien à voir : son amie d'enfance, Maria, qui avait un peu mal tourné (drogue, prostitution...) vient d'être retrouvée morte dans une chambre d'hôtel, froidement abattue. Sara est convaincue que la pire crapule de New York, un homme du nom de Tommy Gallo, en est le responsable.
Bon, déjà je sais pas si c'est parce que j'ai de la fièvre et une bronchite de l'Enfer, mais j'ai pas du tout compris comment le nom de Gallo est venu sur le tapis. Pourquoi lui ? Aucune idée. Mais Sara est totalement obsédée par cette idée alors, euh, ok, on te suit ma grande.
Avec son partenaire Danny (le seul qui puisse supporter de bosser avec elle), elle décide donc de prendre Gallo entre quatre z'yeux, et se retrouve, en voulant courser son garde du corps, dans un musée. Et dans ce musée, elle va tomber sur un étrange gant, qui va s'avérer être le fameux witchblade, une arme qui l'a choisie et qui ne va plus la quitter, et qui va, à vrai dire, la sauver, lorsque le garde du corps pète une conduite de gaz et fait exploser l'endroit.

C'est là qu'enfin les choses démarrent vraiment. Car Sara est très vite troublée par d'étranges rêves, des visions perturbantes, et tout un tas d'autres manifestations qui ne font rien pour la rendre plus cohérente que d'habitude. Elle est également suivie par un homme mystérieux (dont on apprendra en cours de pilote qu'il s'appelle Nottingham, et qu'il bosse pour un encore plus énigmatique milliardaire du nom de Kenneth Irons, très intéressé par le gantelet), qui ne s'exprime que par énigmes sibyllines, semblant en savoir long sur le witchblade, mais bien décidé à ne lâcher que le strict nécessaire, et encore.
Bien que pas tout-à-fait dans son état normal, et on la comprend, Sara décide d'embarquer Danny dans une filture aux abords du Rialto, un ancien théâtre désaffecté où elle est convaincue de trouver un moyen de lier Gallo au meurtre de Maria. Bonne pioche : Gallo lui-même se montre, et alors qu'ils s'infiltrent dans le bâtiment dans l'espoir de trouver quelque chose qui incriminera le gangster, Danny et Sara sont découverts. S'en suit une fusillade pendant laquelle Danny est tué, mais Sara, grâce au witchblade, survit. C'est donc un nouveau deuil pour notre héroïne, et là, elle est sûre de péter une durite ; elle se voit même parler au fantôme de Danny après l'enterrement ! Mais quand, suivant le conseil du fantôme qu'elle croit être une hallucination, elle demande à l'ex-partenaire de son père (accessoirement son boss, si vous avez suivi) s'il n'y aurait pas des fois un secret qu'il lui cache, elle découvre... qu'elle a été adoptée. Cela aurait-il un rapport avec le witchblade (qui lui permet donc apparemment de parler aux morts aussi) ? Pas le temps de se poser de questions, car l'affrontement final avec Gallo l'attend...

Witchblade

Wow ! Tout ça.
Et pourtant, même si le scenario est assez simpliste, et en dépit de quelques longueurs, je vous le concède, j'ai trouvé ce pilote diablement efficace. Vraiment, j'étais emballée, et ce en dépit de la longueur (1h34, ce qui à une époque n'était pas ahurissant, mais on a perdu l'habitude des pilotes à durée double).
Il faut aussi se remettre dans le contexte : on est à mi-chemin entre la fin des années 90 (l'héroïne est en jeans trop grands, en cuir, et/ou en vinyle 90% du temps, la musique rock est partout, de tics de réalisation venus de l'univers du clip, etc...) et le début des années 2000 (avec ce que cela comporte d'effets à la Matrix, de montage poussé à son paroxysme, et ainsi de suite). Et on a, en matière de réalisation, quelque chose que je n'hésiterai pas à qualifier de meilleur des deux mondes. Sans compter qu'on était en pleine vague de séries surnaturelles, avec énormément de mystères et de secrets, et que ménager ses effets, on savait faire, on était en pleine vague X-Files après tout ; là encore, Witchblade s'inscrit profondément dans cette tendance.
Pour moi qui ai passé plusieurs années de mon adolescence devant The Crow, par exemple (oui, ma mère était fan, on regardait toutes les rediffs), on est un peu dans le même esprit, visuellement, pour vous donner un point de comparaison. Il y a quelques vrais moments de bravoure, même si certains effets (au stroboscope, notamment) vieillissent un peu mal, mais clairement, pour un téléfilm/backdoor pilot, il y a eu de la recherche esthétique, du travail au storyboard, et énormément de temps passé à trouver LE plan qui va faire un effet de folie.
Résultat, ce pilote est incroyablement bien fichu, et on oublie la majorité de ses petites bévues lorsqu'on voit ce que ça donne.

Ce n'est pas tant que la forme permette de faire oublier les aléas du fond, d'ailleurs. C'est simplement que, d'une part, il y a énormément de choses à raconter en une heure et demie, et que ça implique quelques raccourcis (l'enquête policière est un peu reléguée au second plan, mais depuis quand c'est le genre de choses dont je me plains ?), et surtout que, d'autre part, il y a une vaste mythologie à mettre en place, mais que les mecs, ils font un backdoor pilot, et ils ne veulent rien lâcher. Ce sont les règles du jeu.
Alors au lieu de ça, on va passer énormément de temps avec notre personnage central. Sara Pezzini étant une plaie béante, on a largement de quoi s'occuper. Loin de la caricature du personnage dur qui ne s'en laisse pas compter, on sent que c'est surtout une nana qui a méchamment morflé, et qui d'ailleurs n'a pas fini. La mort de sa meilleure amie, puis de Danny, les souvenirs agités par son boss, sans compter cette histoire de gantelet aux pouvoirs surnaturels, ça n'est pas très bon pour sa santé mentale. On va donc vivre ces traumatismes les uns après les autres à ses côtés ; même si on comprend un peu plus vite qu'elle c'est qu'est le witchblade, en tous cas dans les grandes lignes, on ne peut qu'apprécier la façon dont se déroulent ses cauchemars, ou les diverses manifestations du pouvoir de cette arme unique, capable de voir dans le passé, par exemple. Et le plus beau c'est que, même si ça semble super utile pour un policier, l'arme est très peu tournée vers le bénéfice professionnel de Sara ; elle ne s'en sert que lorsqu'elle est poussée dans ses retranchements, et physiquement attaquée. C'est fort sympathique parce que sinon elle aurait vite fait de résoudre toutes les enquêtes du precinct et ce ne serait plus marrant du tout.

Au final, le witchblade est avant tout une malédiction. Car à cause de lui, et des bouleversements que ce gantelet a occasionné, toute la vie de Sara est fichue par terre. Elle ne sait pas qui elle est, elle possède un pouvoir qui la dépasse, et par-dessus le marché, de temps à autres, le witchblade lui impose SA volonté, SON instinct de tuer, quelque chose que, plus que les pouvoirs eux-mêmes, il faudra que Sara contrôle, ce qui n'est évidemment pas sa plus grande qualité. Le witchblade peut-il "dévorer" Sara ? Que se passera-t-il si c'est l'arme qui finit par manipuler la guerrière ? Et dans tout ça, Sara fera-t-elle une dépression, ou a-t-elle une chance de trouver, un jour, le repos ? Va-t-elle totalement péter les plombs ? Et si elle le fait, qui sera en mesure de l'arrêter ?
C'est là que le pilote voulait nous amener, à ressentir le désarroi d'un personnage qui pourtant en a vu d'autres, et qui désormais peut basculer, une sorte d'animal paniqué qui a désormais de sacrées griffes ! Les éléments mythologiques ont dont plutôt une belle vocation dramatique, dressant un portrait tout en souffrances plus que d'une histoire de pouvoirs magiques millénaires. Et forcément, moi, ça me parle, ce genre de choix.

Witchblade-Comics

Malgré tout, quelques bémols. Et vous allez voir que, oui, même quand on a lu un malheureux numéro il y a près de 15 ans, on peut faire la chieuse et jouer à la puriste du dimanche.

D'abord, l'un des intérêts de Witchblade, ne nous mentons pas, était... l'esthétisme. Oui, voilà : formulons-ça comme ça !
Dans la version dessinée, comme vous pouvez le voir ci-dessus, Sara Pezzini est caliente de chez caliente, elle ne porte que des tenues minuscules et/ou moulantes, et il faut bien le dire, elle est un peu exhib' sur les bords. Pour notre plus grand bonheur. Dans la version télé, Yancy Butler est, euh... rha, comment le dire de façon diplomatique ? Un peu... distante. Sèche. Froide. Aussi bandante qu'un réfrigérateur. Pardon je m'emporte. Mais pas loin. En tous cas certainement pas pupleuse, disons ça. Et surtout elle reste habillée au maximum, ce qui est quasiment contre nature, vu que dans la version dessinée, dés que le witchblade se manifeste, Sara souffre de brucebannerite aiguë et ses vêtements implosent (et pas uniquement parce qu'ils sont trois tailles trop petits, mais on va y revenir).
Mais il faut le dire, personne ne fait beaucoup d'efforts de toute façon ; bon, il y a bien David Chokachi qui tente de se mettre torse-nu à un moment, mais l'héroïne s'endort séance tenante, c'est vous dire le degré d'érotisme de la chose. Et pourtant, Chokachi est le seul à ressembler à peu près à son alter ego dessiné (il faut dire qu'il n'est à peu près embauché que pour ça vu la teneur du rôle ; si jamais vous regardez le pilote, il faudra qu'on discute de la scène au club, par exemple !). Nottingham, qui est supposé être une énorme montagne de muscles ténébreuse, est ici planqué dans un manteau quadruple épaisseur (Toronto en février, c'est pas chaud, je le reconnais) et jette des regards de temps à autres par-dessous son bonnet, inutile de dire qu'on ne la sent pas trop, la chaleur avec Sara... Quant à Irons, c'est une vaste plaisanterie, l'acteur est maigrichon et n'impressionne personne. Déception, vous dis-je.

Bon, mais plus sérieusement, il y a un vrai problème à mes yeux : l'apparence du witchblade. Alors je comprends bien, la postprod, ça coûte un bras (ah ah), mais un vulgaire truc de métal, ça fait un peu miteux. Je crois que l'une des images les plus fortes que j'avais mémorisées de Witchblade, c'était celle ci-dessus (je me suis mise en chasse pour l'occasion, pas peu fière d'avoir mis la main dessus...). Le witchblade est dans la bande-dessinée une arme quasi-végétale, comme des ronces qui émergent du corps de Sara et qui la recouvrent, faisant péter ses vêtements au passage (et la faisant saigner aussi, si je me souviens bien ; un peu comme Wolverine, pour ceux qui suivent). Bon, ok, je le redis : c'est pas facile à faire, j'en conviens. Mais pourquoi opter pour une sorte de "tout l'un ou tout l'autre", et se retrouver avec un truc métallique ? On perdu une donnée importante du witchblade au passage ; car dans la version télé, cela ressemble surtout à une armure. Et une armure, c'est bien. Alors qu'une plante mutante qui vous pousse dans le corps, c'est plus ambivalent, quand même, ça vous blesse autant que ça vous protège... bon, moi je suis déçue qu'on perde une partie de cette dimension, quand même, voilà.

Mais surtout, et là je vais être totalement et absolument sérieuse... le pilote a beau être efficace et plutôt réussi, eh bien, je ne sais pas si j'ai envie de voir les 23 épisodes qui suivent. En fait, je crois qu'en regardant le pilote de Witchblade et en essayant de m'imaginer regarder ça pendant quelques semaines (ouais, c'est pas tout ça, mais j'ai mon marathon Scrubs à finir, en plus, vous savez, de tout le reste), c'est que ça doit sembler un peu répétitif et/ou longuet. Paradoxalement.
Et alors que j'essayais, plus tôt ce mois-ci, d'imaginer ce que donnerait une série "live" des X-Men, notamment parce que le livre X-Men and Philosophy laissait entrevoir des thématiques fascinantes qui ne pourraient jamais être approfondies dans un film comme elles pourraient l'être dans une série, soudain je me suis dit que, ouais, mais non. Parce que si on y réfléchit, des superhéros sans scènes de baston, c'est rare (et d'ailleurs le pilote de Witchblade en contient une ou deux qui ne m'ont pas captivée, fidèle à mon habitude). Or ça donnerait un tour très répétitif à notre affaire. C'est aussi pour ça que je suis contente d'en avoir fini avec les années 90, d'ailleurs, parce que mon Dieu, qu'est-ce qu'on en a bouffé des scènes d'action de tous poils...

Reste que pour une raison qui m'échappe, visionner ce pilote, qui n'a pourtant pas vieilli tant que ça visuellement (vraiment sur des détails, c'est promis), m'a fait opérer un voyage dans le passé. J'ai repensé à plein de séries que je regardais alors (au rayon séries fantastiques, mais aussi à Brooklyn South du fait de la présence de Yancy Butler ; et puis, David Chokachi est, dans l'esprit de tous les téléphages ayant connu les années 90, associé à Alerte à Malibu), des comics que j'avais tenté de lire, tout ça tout ça, et c'était assez sympa de faire ce voyage.
Dans ma fuite en avant pour voir toujours plus de pilotes (soit très exotiques, soit très anciens), j'en oublie parfois qu'il y a à peine 10/12 ans, on faisait des choses pas trop mal. Je crois d'ailleurs qu'on l'oublie tous assez facilement, dans l'ensemble, ces séries qui ne sont pourtant pas si vieilles ; elles ont la malédiction de n'être pas assez datées pour être des classiques, et pas assez récentes pour être mentionnées de temps à autres. C'est chose faite pour Witchblade, au moins. C'est déjà ça.
Bon, mais maintenant, je me demande si je vais pas me remater le pilote de The Crow, dites donc...

Et tout ça à cause d'un visionnage de la trilogie X-Men...

Posté par ladyteruki à 22:11 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

07-11-12

Née sous X

Depuis quelques jours, j'ai du monde à la maison, et du coup, je regarde des films. Ouais je sais, à moi aussi ça fait bizarre. Je n'avais plus regardé autant de films en si peu de temps depuis mon fameux défi cinématographique ! Qui plus est, ce n'est pas exactement le genre de films que je regarderais si j'étais seule.
On a en effet commencé avec la trilogie X-Men, avant d'embrayer sur les prequels/sequels variés sortis à ce jour.

Les deux premiers X-Men, je les avais vus, en réalité, dés leurs sortie, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne figurent pas dans mon Secret Diary of a Cinephile ; à l'époque du premier, je fréquentais un geek, et à l'époque du second, je re-fréquentais le même geek (j'étais en réalité surprise qu'on ne se remette pas ensemble au moment de la sortie du troisième !). Le dernier opus de la trilogie, en revanche, n'étant trainée sur place par aucun tiers, m'avait complètement échappé, et les spin-offs encore plus. Il faut dire que je suis assez peu portée sur les films de superhéros : je n'ai jamais vu aucun Spiderman, peut-être un vieux Batman dans un coin (genre avec Michael Keaton...), et ma tentative de me frotter à l'univers d'Iron Man avait été un échec plus tôt cette année (et pourtant j'étais malade, donc vulnérable), pour n'en citer que quelques uns.

Pourtant, je ne suis pas complètement fermée au monde des superhéros.
Séquence souvenirs.

Quand j'étais adolescente, je ne me rappelle plus comment j'avais fait mon compte, mais j'avais réussi à avoir un peu d'argent et je m'étais acheté, en cachette, deux comics dans une librairie près de mon lycée. En cachette parce que chez mes parents, si la lecture était considérée une perte de temps, la lecture de bande-dessinées était considérée comme un aveu de crétinerie. De toutes les choses qui étaient non grata dans ma famille, la BD était l'une des pires (avec l'usage du téléphone et le concept de l'achat d'un lecteur CD ; pour ceux qui se demandent, grandir au 14e siècle c'est moyennement fun). L'un des comics était un numéro de X-Men, l'autre de Witchblade. C'étaient des numéros achetés au hasard, sans rien connaître de la mythologie de l'un ou de l'autre (je crois que le Witchblade était un des tous premiers, mais pour l'exemplaire de X-Men, il était clair que je n'avais pas la moindre idée de l'univers dans lequel les personnages évoluaient)... mais j'ai quand même pu apprécier certaines choses, notamment de la part des personnages dont je pouvais saisir l'essence, à défaut de connaître leur background complet.
Je ne connaissais rien au monde des comics, je ne savais par exemple pas pourquoi à l'intérieur d'un même numéro, plusieurs styles de dessin apparaissaient, j'ignorais même que plusieurs histoires étaient menées de front, chacune à raison de quelques pages ; à mon époque, on n'avait pas Wikipedia (de toute façon, si vous croyez que mes parents auraient pris un abonnement à internet...), donc on faisait nos expériences sur le tas, sans avoir la possibilité d'accéder à une illusoire science infuse permise par un accès immédiat à des réponses à 99% de nos questions. Donc j'ai acheté le deux numéros, je les ai lus, et j'ai tiré mes propres conclusions. Et c'est comme ça que j'ai compris que je ne pourrais jamais me lancer dans les comics, parce que cela exigeait des achats réguliers et que ce n'était pas possible pour moi.
J'ai eu une pensée pour cet achat quand Witchblade, la série, est apparue sur les écrans ; comme en plus l'héroïne était une actrice de Brooklyn South, ça m'intéressait d'autant plus. Au final, je n'ai jamais pu voir Witchblade mais dans le fond ce n'était pas si grave, vu les retours que j'en avais ; d'ailleurs j'aurais sûrement eu plein d'occasions de le faire depuis que je peux me lancer dans des recherches pour trouver des épisodes, depuis que j'ai un accès libre à internet, et je n'ai même jamais esquissé l'ombre d'une requête google.
Mais pendant les mois qui ont suivi, je me suis penchée sur le style de dessin des comics, je l'ai décalqué, copié, intégré dans mes propres dessins (je dessinais énormément pendant le collège et le lycée), et finalement, c'est quand même devenu une part de ma popculture, même si c'était de loin et sans avoir eu le temps de m'attacher émotionnellement aux histoires. A l'impossible nul n'est tenu.

Pourtant, les versions ciné des X-Men ne m'avaient jamais attirée, essentiellement parce que j'avais l'impression que c'était juste une excuse pour faire des films d'action à gros budget, mais aussi évidemment parce que j'avais loupé le coche de l'affectif.
Quand j'avais été les voir, les deux premiers films m'avaient très peu captivée, je crois que grosso-modo je pionçais à moitié (l'autre moitié était venue avec son copain et était occupée différemment...). J'avais aussi de très forts a priori, et ça n'aidait pas.

Alors finalement, ce revisionnage cinématographique un peu forcé (mais c'est souvent le cas avec les films, il faut que je me pousse un peu, c'était d'ailleurs toute la raison de mon défi de 2010) m'a permis d'accorder un peu plus d'attention, avec un esprit un peu plus ouvert, aux films, et à l'univers X-Men en général.
C'est de cet univers dont j'avais envie de parler aujourd'hui, parce que c'est la première fois que je lui ai prêté de l'attention, et que j'ai désormais une vue d'ensemble sur tous les films sortis à ce jour.

XMen

Comment le thème de l'acceptation de la différence m'avait-il à ce point échappé lorsque j'avais vu les deux premiers films ? De toute la franchise, ils sont pourtant les plus explicites sur ce thème, et les plus intéressants à ce sujet.
Car ce que ce revisionnage des deux premiers opus m'a fait comprendre, c'est que la franchise X-Men n'est pas qu'une façon de se faire facilement des dollars en montrant des superpouvoirs, comme je le soupçonnais initialement. De véritables thèmes sont abordés, et non au titre de simple prétexte (j'insiste : je parle des 2 premiers films de la trilogie), mais bien comme axe central de l'intrigue et de la réflexion de chaque film. Revoir ces deux premiers films m'a permis de prendre la mesure des enjeux : il ne s'agit pas de bons et de méchants mutants, il s'agit de mutants qui veulent exister au grand jour mais qui n'ont pas la même méthode pour y parvenir, les uns étant dans le court terme et la mise devant le fait accompli, les autres dans le long terme et la diplomatie prudente. Dans le contexte de ces deux films, les histoires personnelles des mutants sont assez peu travaillées (à l'exception de l'enfant chéri Wolverine), car ce qui compte, c'est la doctrine, in the grand scheme of things. La thèse n'est pas sacrifiée au nom de l'efficacité, c'est l'efficacité qui vient servir et renforcer la thèse. Sans aucun doute, avec mes outils de spectatrice d'aujourd'hui, je trouve que ces deux premiers films sont bons ; pardon si j'ai l'air de débarquer mais, comme on dit, il vaut mieux tard que jamais. Aucune scène d'action n'est gratuite, il y a un vrai scénario, et les personnages sont forts. Difficile de ne pas s'attacher à au moins l'un d'entre eux (même si certaines choses ne changent pas : mon seul souvenir positif de X2, c'était Alan Cumming...), de ne pas sentir qu'il y a chez presque tous quelque chose de profond à découvrir sur leur passé ou leurs conflits intérieurs. Tout ça dans des films à gros budget et donc gros spectacle, la prouesse mérite d'être soulignée, même avec une douzaine d'années de retard !
Le troisième opus de la trilogie me laisse plus mitigée. Peut-être que pour lui aussi je changerai d'avis dans une prochaine décennie, mais pour le moment je l'ai trouvé assez creux, sa thématique étant moins engagée et les scènes d'actions épouvantablement longues, en particulier le fameux combat final. Sa conclusion me laisse également sceptique, mais je reviens là-dessus à la fin de ce post.

N'ayant aucune sorte d'affinité avec celui qui semble être le chouchou de la franchise (et donc, je le présume, des spectateurs), le prequel sur Wolverine m'a laissée de marbre. L'histoire de X-Men Origins: Wolverine ne trouve de l'intérêt que vers la fin, au moment de la découverte du programme Weapon X, sur l'île ; mais le reste est bavard et dénué d'intérêt, le face à face entre les deux frères étant rapidement épuisé par le premier quart du film, et lorgnant sur la redite lassante ensuite. Le projet Weapon X méritait d'ailleurs d'être approfondi, au moins dans ses intentions, mais comme on aura un spin-off sur Deadpool, on devrait avoir une chance de se remettre de la déception.

Mais la plus grande des frustrations découle de X-Men: First Class. Voilà un prequel qui était d'une grande nécessité pour placer plus précisément sur la carte le professeur Xavier comme ce bon vieux Magneto. Quelques problèmes, cependant : un cast très inégal (Patrick Stewart est d'accord avec moi), des personnages totalement inutiles (hello Betty Draper), d'autres tristement sous-employés (à quand le spin-off sur Mystique, au nom du ciel ?!), des séquences particulièrement fastidieuses (quand chacun apprend laborieusement à améliorer ses compétences), et d'autre éminemment ridicules ("je te vois dans le sous-marin, je te vois plus, je te vois dans le sous-marin..."), de nombreuses incohérences destabilisantes avec les autres films de la franchise (et je ne parle pas juste de petits bugs mineurs comme la couleur des yeux de Charles Xavier), et globalement, une mauvaise exploitation du potentiel de réécriture historique (pourquoi s'attaquer à la crise des missiles de Cuba si c'était pour en faire ça ?). Ah, et Kevin Bacon, qui devrait peut-être y aller mollo sur les prescriptions de marijuana.
Il y a de bons moments, une tentative relativement honnête d'explorer un versant plus littéral de l'acceptation de l'identité mutante, mais globalement, ça reste boîteux. Clairement il s'agit ici de faire un coup double, à savoir rajeunir le cast ET la cible, mais on peut être jeune et avoir un minimum d'exigence de qualité (du moins je l'espère). Un travail totalement salopé m'aurait à la rigueur plus contentée, au sens où au moins, je ne ressentirais pas la frustration d'avoir failli, mais failli seulement, assisté à un film intéressant. Là c'est un peu ni fait, ni à faire, mais ça a quand même était fait, et dans le doute, il valait peut-être mieux s'abstenir, mais bon, c'est fait, c'est fait hein...
Par comparaison, X-Men: The Last Stand apparait comme plus honnête dans ses intentions que X-Men: First Class : on ne cherche pas à y faire passer des vessies pour des green lantern (ah zut, c'est la franchise concurrente), on est dans le divertissement au sens le plus classique du terme.

XMen_FirstClass

Après avoir passé environ une semaine et la bagatelle de 5 films devant la franchise X-Men, ma curiosité envers celle-ci est donc renouvelée.
En fait pour la première fois, j'ai l'impression d'être en mesure d'apprécier le potentiel de cette immense saga, qui s'écrit aux USA depuis les années 60 sur divers medias, à commencer évidemment par la bande-dessinée. S'il ne m'a jamais échappé que X-Men était un objet culturel d'importance outre-Atlantique, je commence à peine à comprendre pourquoi.

Le problème, c'est que picorer de la lecture sur Wikipedia pendant deux ou troix heures ne fait que souligner un grave problème de l'univers X-Men : sa densité. Ce qui fait même sa richesse pour le curieux d'aujourd'hui est aussi le plus gros frein à sa découverte. Il aurait fallu baigner dedans depuis toujours, ou au moins y entrer tôt, mais désormais, pour moi qui ai passé trois décennies à ne voir ces histoires se dérouler que de loin, et leur succès me rester étanger, il semble un peu tard pour vraiment comprendre la complexité de cet univers, de ses personnages, de ses mythologies.
Je ressens envers X-Men la même chose qu'envers Star Trek : il est clair pour moi à présent qu'il y a énormément de choses à voir (et d'autres probablement à survoler, voire même zapper totalement) et à appréhender dans les histoires que veut raconter cette franchise, mais la tache est d'une telle ampleur que le rattrapage ne sera jamais possible. C'est comme appréhender toute une gamme de mythes et légendes d'une autre culture : même si la curiosité me ronge, impossible de vraiment m'en imprégner, parce que je n'ai pas été éduquée dedans ; néanmoins c'est justement cette consistance qui m'attire (tout comme j'étais, enfant, attirée par les mythologies du monde, par les centaines d'espèces de dinosaures, ou comme je le suis aujourd'hui par la perspective de pouvoir cartographier les séries de la planète).
Et du coup, j'hésite à m'engager dans une véritable documentation sur le sujet, alors que je suis convaincue désormais d'avoir énormément de concepts et d'histoires qui pourraient m'intéresser, me divertir, me nourrir, et que j'enrage un peu de passer à côté en ne regardant que les films (dont certains passent à côté de leur objectif).

Alors, comme j'avais fait pour Star Trek, je me suis dit que le plus court chemin vers la compréhension d'un univers foisonnant et intimidant, c'était la littérature. Une bonne grosse encyclopédie spécialisée, ou un ouvrage de fond sur la symbolique de... la symbo... la... quoi ?
Si mes recherches sont exactes (et à ce stade je n'ai pas de raisons d'en douter, j'y ai passé un temps non-négligeable), il existe un seul livre consacré à l'univers X-Men, et encore, il fait partie d'une collection (et évidemment c'est uniquement en anglais, mais je n'attendais pas de la France qu'on y écrive une abondante littérature sur un comics, le genre étant très largement déconsidéré sous nos latitudes ; un peu comme chez mes parents !).
Bien que potentiellement intéressant (la franchise telle que je l'ai vue semble aborder suffisamment de sujets pour justifier de l'existence de pareil ouvrage), cet essai ne m'aidera pas à "rattraper le temps perdu" comme le ferait un encyclopédie ou une quelconque oeuvre récapitulative (ou au moins quelques chronologies des storylines majeures et/ou des personnages).

C'est ce qui m'amène à vous reparler de la fin de X-Men: The Last Stand. La façon dont s'achève le film, laissant en suspens plusieurs problèmes dont l'un, non des moindres, est la mort d'un personnage important (pour ne pas citer de nom et des fois qu'il y ait encore plus retardataire que moi !). Sur le coup, à la fin du film, je suis restée interdite par le culot de la franchise cinématographique de tuer un personnage aussi important pour la franchise dessinée. Je me suis justement demandé si c'était conforme à l'original, ou s'il s'agissait d'une nouvelle liberté prise par l'adaptation ; j'ai donc été me cogner la (longue) biographie du personnage, et je n'ai pas trouvé de trace de pareil évènement.
J'aurais aimé un ouvrage aussi complet (néanmoins synthétique) et pratique que ma très chère bible de Star Trek (au sujet de laquelle j'ai une amusante anecdote, d'ailleurs) pour m'aider à trouver plus simplement cette information. Et bien d'autres. Juste pour me mettre un peu à niveau.

Au terme de cette aventure d'une semaine (ou d'une vie, selon le point de vue), j'ai l'impression d'avoir eu un second rendez-vous avec quelqu'un que je ne pourrai jamais vraiment fréquenter. Ca s'est bien mieux passé que notre première sortie, mais même si je tombais amoureuse, il me serait impossible de vivre cette passion dans une configuration qui me semble satisfaisante.
Par ricochets, je me demande pour combien d'univers on se retrouve, sans forcément en prendre conscience, dans la situation où on a le choix entre une appréciation superficielle d'un monde (cela peut convenir à certains, mais moi, vous le voyez, ça me frustre) et une connaissance pointue d'un domaine qui a demandé des heures de suivi pendant des années juste pour appréhender correctement le sujet, ses richesses et ses nuances (sans même parler de se proclamer expert). L'investissement que demandent des passions comme celles que peuvent avoir les fans de comics pour l'univers de Marvel est énorme... et ne concerne qu'une franchise ! Ce n'est même pas comparable avec la téléphagie au sens large, qui est une imbrication de visionnages à court et à long terme d'un patchwork de séries différentes ; on parle d'une oeuvre, et une seule, qui exige une attention soutenue (et via un seul media, les autres étant incomplets ou pauvres) rien que pour en posséder les tenants et aboutissants.

La prochaine fois que quelqu'un me demandera comment je connais tant de séries et mémorise un grand nombre de choses à leur sujet, je lui parlerai de cette porte entr'ouverte sur la constellation X-Men, et combien je ne suis qu'un petit scarabée à côté de ces gens qui connaissent de bout en bout la vie de Jean Grey et de Charles Xavier...
On est tous l'amateur d'un autre fandom.

Posté par ladyteruki à 16:59 - Comme au cinéma - Permalien [#]

21-04-12

[DL] NYC 22

Quand le générique de NYC 22 est apparu sur mon écran pour la première fois, on sortait d'une très bonne scène que j'avais trouvée, bon, peut-être pas émouvante, mais en tous cas elle m'avait interpelée ; elle était réussie parce que tout en étant simple, elle captait quelque chose. J'étais dans de bonnes conditions pour la première fois du pilote ; à ce stade je commençais à me dire qu'il y avait peut-être quelque chose de pas trop mal dans cette série. Il me fallait la confirmation que le générique n'allait pas durer seulement 10 secondes, ce qui est et reste une déception à chaque fois qu'on découvre une nouvelle série. Et là, donc : générique. Dans ma tête, cette petite prière : sois bon, sois bon, sois bon...! Alors, alors ?

NYC22
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Il me faut d'abord vous préciser que je n'aime pas le rap. Je fais une petite exception pour quelques chansons d'Eminem, et pas vraiment parmi les plus récentes, mais c'est à peu près tout. Cependant ma première réaction en entendant le générique de NYC 22 n'a pas été de me dire "ah, non, pouah ! Du rap !" mais bien de me demander si le générique correspondait à la série et était bien conçu. Ce qui importe, ce n'est pas tant le choix musical que sa façon d'être cohérent avec l'image de la série, et d'être accrocheur. C'est comme ça que je peux écouter le générique de New York 911 avec plaisir alors que lui non plus n'est pas d'un genre musical qui me plait, d'ailleurs. C'est certainement l'un des phénomènes les plus discrets en téléphagie et pourtant tenaces : soudain, les goûts musicaux s'effacent pour devenir des goûts en matière de générique.

Et j'ai trouvé le générique de NYC 22 simple, mais qu'il captait quelque chose. Qu'il était très basique mais qu'il avait quelque chose d'honnête. Beaucoup de génériques de séries de networks des années 90 étaient comme ça, simples, sans imagination débordante, mais quand même efficaces parce que posant immédiatement un ton, une ambiance, un univers cohérent. Une qualité qu'on retrouvait par exemple dans le générique de Brooklyn South. Il ne s'agit pas de révolutionner le monde ni même la télévision, simplement de sembler, dés les premières images, fidèle à soi-même. Avez-vous idée du défi que c'est que de se montrer cohérent avec soi-même alors qu'on est encore en train de faire une première impression ? Mais le générique de NYC 22 y parvient.

Quelle n'a pas été ensuite ma surprise quand j'ai découvert que le générique de NYC 22 était une chanson de Jay-Z, que je ne porte pas spécialement dans mon coeur. Mais c'est comme ça : quand un générique est bon, c'est parce qu'il est un patchwork d'éléments (images, musique...) qui fonctionnent ensemble, même si pris indépendamment ils seraient peut-être sans intérêt. Et il s'avère que le générique de NYC 22, je le trouve vraiment bien, en l'occurrence, et que je l'ai regardé plusieurs fois depuis que j'ai vu le pilote plus tôt cette semaine.
J'ai l'impression qu'elle commence à s'installer dans mon univers téléphagique, cette série... J'ai hâte de confirmer ça avec l'épisode suivant !

Posté par ladyteruki à 12:01 - Médicament générique - Permalien [#]

17-04-12

Actually yes, I do care

NYC-22

La différence, c'est le ressenti.

Et pourtant on pourrait imaginer que ce ne soit pas nouveau. Intellectuellement, je suppose que je le sais, mais les idées préconçues ont la vie dure.

Les séries policières comptent probablement parmi celles à propos desquelles j'ai le plus de préjugés négatifs, et je pars souvent du principe qu'elles ne peuvent plus me surprendre ni même m'émouvoir. Parce que j'ai l'impression de connaître le sujet du bout des doigts et plus encore. Parce que j'ai la sensation qu'il n'y a rien à dire sur le métier, la fonction, le quotidien, que je n'aie lu, vu, entendu cent fois. Je suis fille de flic, à plus forte raison d'un flic qui avait besoin de me mettre le nez dedans alors que je n'avais pas 10 ans, et qu'il s'agisse de fiction ou de réalité, j'ai souvent le sentiment de connaître ce métier aussi bien que si je le pratiquais. C'est erronné évidemment, mais c'est comme ça que je le vis. Et du coup tout semble être une redite.
Il y a eu des périodes de réconciliation avec le monde policier ; essentiellement pour les séries en uniformes (pas les enquêtes qui ont fait les gros succès de la télévision américaine, donc), et à doses homéopathiques. Brooklyn South, une saison, parfait. Southland, abandonnée au bout de deux saisons ; j'aime toujours la série, mais de loin. En règle général ça reste quand même un domaine avec lequel je prends vite mes distances même quand la qualité est là.
Je me rappelle encore de la première fois que j'ai découvert Rookie Blue. C'était comme relire quelque chose que j'aurais appris par coeur ; les scènes se déroulaient et en dépit du fait que c'était la première fois que je les voyais, elles ne comportaient rien d'inédit. C'était le niveau zéro de la découverte : quand on regarde un pilote pour le regarder, mais alors que l'effet de déjà vu est plus fort que tout.

C'est avec l'intuition qu'il allait se passer quelque chose de similaire que j'ai démarré NYC 22. Sur l'air de "ok, je regarde parce qu'au moins ce ne seront pas des enquêtes, mais dans une heure c'est fini et on n'en reparlera plus jamais".

Et je devrais le savoir. Je le devrais mais les préjugés me font oublier. La différence, c'est le ressenti. Entre NYC 22 et Rookie Blue, la différence c'est que même avec une structure similaire (des jeunes flics qui font leurs premiers pas), j'ai ressenti quelque chose. Parce que les personnages m'ont un peu plus interpelée, peut-être. Parce que les dialogues étaient moins cosmétiques, possible. Ou bien parce qu'il y avait quelque chose d'autre, c'est difficile à dire à ce stade. Mais j'ai ressenti un vrai enthousiasme devant NYC 22 parce que la différence entre une bonne et une mauvaise série, ce n'est pas le pitch original, c'est le traitement. C'est du traitement que dépendra toujours le ressenti et c'est du ressenti que dépend la téléphagie. Et on pourrait se dire que depuis le temps je le sais, c'est tellement évident, comment l'oublier ? Mais ça reste une redécouverte à intervalles réguliers.

Peut-être que ce qui m'a plu dans NYC 22 ce n'est pas simplement les histoires de police en uniformes. C'est que j'avais l'impression d'apprendre rapidement à connaître les hommes et femmes derrière ces uniformes. Ca fait également une énorme différence ; peut-être que les personnages de Rookie Blue ne seront jamais que cela, des personnages, issus de l'esprit d'un scénariste, paramétrés pour offrir telle possibilité narrative ou telle autre, et qu'en fait j'ai vu les protagonistes de NYC 22 comme des humains, tout simplement. Ils arrivaient à m'être proches, en l'espace de ce premier épisode ; je crois que la proximité est précisément ce que je recherche dans une série policière en uniformes, en fait.

Les flics de NYC 22 arrivent avec un background imposant. En fait c'est ce qui les caractérise : ils sont essentiellement là pour nous parler de leur passé et pas des masses de leurs attributions. Le pilote fait énormément de cas de la raison pour laquelle ils sont là, aujourd'hui, chacun.
Probablement que NYC 22 est, à sa façon, capable de tirer partie de l'essence de ce qui fait la légende de la police new-yorkaise : un immense patchwork d'hommes et de femmes aux parcours divers qui viennent trouver une existence "normée" sous l'uniforme. On ne le ressent pas avec la police de la plupart des autres villes ; ce n'est pas ce qu'on ressent quand on regarde Southland ou Boomtown, ce n'est pas ce qu'on ressent quand on regarde NYPD Blue ou Les Experts Manhattan. C'est unique aux flics en uniformes de New York, et à cette catégorie bien précise seulement. Chacun arrive avec son accent et son passé, un peu comme on arrive à New York, et l'uniforme est l'équivalent moderne d'Ellis Island. C'est comme ça que je le vois. Ca leur est unique, aux flics de New York. Et NYC 22 m'a ramené dans cet univers bien particulier qui m'avait plu avec Brooklyn South et New York 911, a ravivé cette impression que je pensais éteinte.
Mais NYC 22 n'est pas une redite de ces séries. Elle n'appartient pas à une époque révolue. Elle est incroyablement moderne dans sa façon de nous parler des parcours de ses personnages, à l'instar de Lazarus et de sa trajectoire, qui nous parle, encore une fois, de crise, ou Ahmad, qui est un personnage qui n'aurait pu exister que dans une série post-11 Septembre. Et chacun débarque avec son expérience de la vie, mais aussi une expérience professionnelle antérieure, bien souvent. Les "rookies" ne sont pas des bleus, en réalité. Ils débarquent de l'école de police mais ils ne sont pas de grands naïfs qui découvrent le monde. C'est ce traitement qui est émouvant, et ce traitement qui fait la différence entre une série policière d'une banalité affligeante, et une série policière telle que NYC 22. Qui n'invente rien. Mais qui a décidé que ce qu'elle ferait, elle le ferait bien. Pari tenu, en ce qui me concerne.

A l'issue du pilote, j'avais deux envies : envisager de reprendre Southland... et poursuivre NYC 22.
Oh mon Dieu, j'ai vraiment envie de poulet sur mon écran. Je crois que ça fait bien une douzaine d'années que ça ne m'était pas arrivé.

Posté par ladyteruki à 19:39 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-01-12

Akai ito

Touch

En dépit de mes bonnes résolutions, il m'est parfois difficile d'aborder une série sans la moindre idée préconçue. Pour moi, l'inconvénient essentiel de Touch, c'était Kiefer Sutherland que je trouve monolithique au possible ; or l'argument majeur de Touch, c'était quand même de ramener Sutherland sur les petits écrans, là où personnellement je ne regrettais pas spécialement son absence.
Si bien que, c'est idiot, mais c'est tout juste si j'avais percuté que le pilote serait diffusé aux USA le soir de mon anniversaire.
C'était en réalité un bien joli cadeau et je m'apprête à vous parler de son déballage aujourd'hui. Tant pis, je dirai du mal d'Alcatraz une autre fois.

Fait aggravant, sur le papier, Touch aurait pu faire partie de cette famille de séries désagréables. Vous savez ? Celles dotées d'un mystère insupportablement étirable à volonté, et de plein de petites trappes en cours de route pour nous donner l'impression qu'on n'a encore rien compris, ce que je déteste et qui aurait tendance à me donner envie de haïr les séries feuilletonnantes, ce qui est un comble quand je déteste déjà pas mal de procedurals.
Loin de moi l'idée de nier qu'il y a un côté assez cosmétique dans certains choix de l'intrigue de ce pilote ; l'utilisation, une fois de plus, et surtout une fois de plus cette saison, du 11 septembre, par exemple, est un brin irritante ; pour moi qui suis intéressée par la popculture japonaise sous diverses formes depuis un quinzaine d'années, et qui me suis donc attachée au pays dans une certaine mesure, je regrette par exemple un certain nombre de clichés sur le Japon, tout comme je regretterais probablement ceux sur l'Irak si je connaissais mieux ce pays (il y en a d'ailleurs un qui m'a un peu fait tiquer) ; et surtout je n'ai pas pu m'empêcher de noter que le pilote de Touch partage avec celui de Heroes la volonté de connecter des gens sur des territoires divers et variés, afin de nous faire adhérer au principe d'interconnexion. On pourrait presque parler de "patte" Kring si son CV avant Heroes comportait la moindre trace de ce type d'éléments.

Mais, pour rester sur l'analogie, le pilote de Touch réussit là où celui de Heroes avait échoué, en essayant de ne pas forcément construire une intrigue un peu artificielle sur le long terme reposant sur du suspense et des questions laissées en suspens. En fait, Touch est moins une série de ce genre qu'une série dramatique reposant sur des éléments fantastiques, en tous cas à mes yeux. Si je devais faire une comparaison, ce serait moins avec les mythologies plus ou moins abouties, à la Heroes, qu'avec le sens des connexions de Six Degrees.

Le pilote de Touch propose, c'est certain, plusieurs retournements de situation destinés à impressionner le spectateur qui n'avait probablement vu arriver qu'une partie des éléments, ou qui ne les tenait pas forcément dans le bon ordre.
Mais le principe de suspense est en réalité vite vicié quand on a vu l'introdudction, reconnu certains visages (parmi lesquels celui de ce bon Titus Welliver que c'est toujours un plaisir de retrouver, série après série, 15 ans après Brooklyn South), et compris le sens général du fameux red thread of fate, une symbolique utilisée dans de nombreuses séries asiatiques, notamment au Japon où un dorama lui doit même son nom, et qui est le plus souvent associée aux sentiments amoureux, trouvant ici une relecture différente mais cohérente. L'épisode ne se fonde pas tant sur ce suspense que sur ce qu'il peut apporter sur ses personnages, à court et à moyen terme.

Du coup, c'est vraiment la tonalité dramatique qui est le mieux mise à son avantage... Kiefer Sutherland arrive même à exprimer une émotion, ce qui est une quasi-révolution !
Les intrigues s'interconnectant ont plus à voir avec l'émotion qu'avec un énorme mystère, un potentiel cataclysme ou une quelconque prophétie auto-réalisatrice amenée à couvrir toute une saison (ou plus). Il n'est pas question ici de dire que Jake a un pouvoir incroyable qui, s'il est détecté et compris, peut sauver la Terre, la Nation, ou qui que ce soit d'autre ; il n'est même pas garanti que ce don le sauve de sa propre condition. Il s'agit plutôt de mettre en lumière quelque chose qui me semble plus subtil : les conséquences que peuvent avoir des personnes sur la vie d'inconnus complets, et Jake en est à la fois le récepteur universel et le déclencheur, un témoin et un embrayage. Je trouve le concept magnifique et porteur de quelque chose de nouveau, et de riche.

Pour moi, à ce stade, le potentiel de la formule de Touch est de nous montrer, moins que les connexions entre les personnages vus dans le pilote, des instantanés de la vie de diverses personnes qui vont être liées pendant 45mn entre elles, d'une façon en apparence minime, et légèrement à Martin et Jake qui vont intervenir de façon quasi-impercerptible afin de participer au grand rouage de la vie (avec l'aide du professeur et de l'assistante sociale). Et puis sans doute, une fois de temps en temps, réimpliquer un personnage qui a compté dans leur vie, comme le pompier, pour faire avancer leur histoire familiale et explorer leurs souffrances respectives.
C'est comme ça que je le sens pour le moment, et le second épisode peut très bien me détromper. Mais comme je suis friande de ce type d'instantanés, du concept du red thread of fate, surtout tel qu'envisagé ici, que la charge émotionnelle me ravit, et que j'ai passé un moment très intense devant ce pilote, pour le moment, comptez-moi parmi les afficionados de la série.

Après Smash, The L.A. Complex, Bomb Girls, Äkta Människor, Apparences, et quelques autres évoqués dans les posts récents, le mois de janvier 2012 est un bonheur sans cesse renouvelé, bourré à craquer d'excellentes surprises et de pilotes renversants. Je pensais sincèrement que Smash serait mon plus gros coup de coeur de la mid-season mais force est de constater qu'on a encore plein de bonnes choses qui continuent d'arriver. Mon petit coeur de téléphage n'est pas configuré pour tenir le choc, donc promis, on parle très vite d'Alcatraz pour équilibrer tout ça !

Posté par ladyteruki à 13:31 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-08-10

Do I care ?

RookiePurple

Si on prend le temps d'y réfléchir, les séries que j'ai testées sans délai cet été, et celles qui sont restées sur le bas-côté, sont finalement assez claires sur mes préférences actuelles : tout, sauf du poulet. La flicaille m'insupporte à nouveau. Et c'est dommage parce que j'avais eu une période pendant laquelle j'avais réussi à dépasser ça.
Vous voyez, je suis fille de flic. Depuis ma plus tendre enfance, j'entends parler de tout un tas d'horreurs, et par-dessus le marché, mon père avait pris la manie de m'imposer la vue de documentaires sur le métier de policier, ce qui avait fini de me gaver jusqu'à la glotte. Téléphagiquement, j'avais tellement bouffé du flic, que je ne supportais plus d'en voir dans les fictions. Et puis, sur la fin des années 90, j'ai commencé à me reprendre, et j'ai accepté d'en voir quelques unes. J'étais en général ultra-sélective, et je n'en faisais pas non plus des orgies. Brooklyn South, New York Unité Spéciale et Cop Rock ont figuré parmi les rares exceptions. Globalement, je trouvais que je tenais le bon bout parce que je regardais des séries assez différentes et que j'y tolérais le niveau élevé de poulet.

Et puis, la mode des Experts est arrivée. Le premier, celui de Vegas, celui par lequel le Mal est arrivé, je l'ai un peu regardé lorsqu'il a commencé à être diffusé sur TFHein, au point d'acheter un premier DVD. J'étais en train de guérir ! Ou du moins le pensais-je. Mais c'est là que la télévision s'est emballée. Les enquêteurs en tous genres se sont répandus plus vite que l'herpès dans Jersey Shore (c'est bon pour mes stats, m'en veuillez pas) et tout d'un coup, on n'a plus vu que ça partout.

Depuis... comment vous dire ? Sur une échelle de 1 à 10 (1 étant ce qui m'indiffère, 9 étant le streaming et 10 étant les vampires), les flics se placent à 8, facile. Je n'en peux plus. Je sature. J'ai des envies de meurtres (mais je me retiens, sinon je me retrouverais au commissariat, et ya plein de flics dans les commissariats, c'est atroce) (voyez, j'ai quand même retenu deux ou trois choses de ces putains de documentaires) (Reportages sur TFHein ? Jamais plus jamais).

Alors en cette saison estivale, ce qui ressemble de près ou de loin à du justicier n'est franchement pas sur ma liste de priorités. Oh, j'ai conscience d'y venir un jour. Par exemple, The Good Guys, c'est sûr que je vais me la tenter un jour cette série.

Quand je me sens courageuse, je me prends donc par la main, car un pilote de série policière reste un pilote, et que pour savoir si les flics me hérissent toujours autant le poil, il faut bien que j'en regarde quelques uns à la télé une fois de temps en temps. Et me voilà donc devant Rookie Blue, qui n'est pas prioritaire mais parfaite quand on a un trou dans l'emploi du temps.

Et la question qui m'a tenue en haleine pendant tout le pilote, c'était ça. Do I care ?
Mais même sans parler de moi. Y a-t-il encore une seule personne qui n'ait pas vécu dans une grotte et qui trouve la force de s'intéresser à une série sur les difficultés des jeunes policiers ? J'ai l'impression de n'avoir vu que ça toute ma vie. J'ai l'impression que chaque fois qu'il y a une série sur les policiers, il y a des rookies. Il y en avait un dans Southland, qui date de 2009. Il y en avait dans New York 911, et c'était 10 ans plus tôt. Et je suis sûre que si on remontait encore de 10 ou 20 ans, on en trouverait d'autres. C'est usant cette habitude de toujours vouloir nous faire nous lier à des personnages juste parce qu'ils sont nouveaux.
Ils ont quoi, ces nouveaux, de si captivant ? Qu'est-ce qu'ils ont de spécial et d'inédit ? Que vont-ils me dire qui n'ait jamais été dit ?

Ils sont 5 (mais déjà un peloton de tête se démarque) et ils semblent avoir des histoires personnelles. Pourquoi, personne d'autre n'a eu d'histoire personnelle avant eux, dans les séries policières ? Personne ne venait d'une famille de flics ? Personne n'a eu envie de bien faire ? Personne n'a eu peur ?
Et combien de temps va durer cette histoire de "rookie" avant que toute cette vaillante flicaille ne soit plus qu'un officier parmi tant d'autres ?

J'ai apprécié certains passages de l'intrigue. J'ai énormément apprécié la scène pendant laquelle... euh... la brune, là... procède à l'arrestation d'un adolescent. C'était une bonne scène.
Mais même bonne, elle était épuisante parce qu'elle ne m'a pas frappée comme étant inédite. Je sais bien qu'au bout de 50 séries policières par an, et même si elles sont au final très peu à proposer le parcours de policiers en uniforme, on commence à manquer de possibilités pour surprendre le spectateur. Mais dans ce cas, qu'est-ce qu'on fait là, tous ? Pourquoi on joue à ce jeu où une chaîne nous fourgue une série correcte mais sans rien de spécial, qu'on va gratifier d'audiences correctes mais sans rien de spécial ? Pourquoi on joue à ce jeu de dupes où on se fait croire mutuellement qu'on est convaincus par la série, jusqu'à ce qu'elle disparaisse avec une tristesse correcte mais sans rien de spécial ?

Dans le fond, ce n'est pas vraiment le genre de la série qui m'agace le plus. Ce qui m'agace, c'est qu'on nous refile indéfiniment les mêmes séries pour remplir les grilles quand on a rien trouvé de mieux. Mais dés son pilote, Rookie Blue démontre qu'elle n'a rien de particulier à dire, mais qu'elle le dira quand même, et oh, elle le dira bien, mais à quoi bon ? Si tout me donne un sentiment de déjà vu, pourquoi on s'amuse à ça ?

Allez, ABC, de toi à moi, si tu y croyais, à ta petite série canadienne, tu ne l'aurais pas programmée l'été, déjà. Mais tu as tellement de mal à trouver des séries pour remplir tes grilles, que tu es prête à y mettre absolument n'importe quoi. Il faut dire qu'à force d'annuler à tours de bras tout ce qui est original et innovant dans ta grille, et à faire durer les shows qui perdent leur saveur, tu ne sais plus à quel saint te vouer, et je te comprends. Mais c'est juste pas sérieux. Quand tu compares avec des séries policières que tu as déjà diffusées, comme NYPD Blue, tu sens bien que tu es en sous-régime, non ? Et je dis ça, alors que je n'apprécie pas spécialement NYPD Blue ! Ca va durer combien de saisons avant que tu te ravises ? Parce que ne nous faisons pas d'illusions, du jour où les audiences déclinent, c'est pas pour les critiques ou les Emmy Awards que tu vas la garder, ta série.
Oh non, c'est certainement pas pour ça.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Rookie Blue de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 07:05 - Review vers le futur - Permalien [#]

10-07-09

Nous n'avons pas les mêmes valeurs

En excavant certaines de mes vieilles VHS pour en extraire les génériques que vous avez vus ces derniers jours (et encore, il m'en reste d'autre à vous proposer !), j'ai repensé aux séries que je regardais, il y a des années. Et à voir vos commentaires, je réalise qu'il n'est pas forcément évident que nous les ayons en commun. J'étais pourtant partie du principe que, du moins pour une majorité, elles avaient été vues par la plupart des téléphages français.

Pourquoi "français" ? Parce que, ce que Jesse, La Famille Green et Brooklyn South, entre autres, ont en commun, c'est d'avoir été diffusées sur des chaînes hertziennes et à des heures d'écoute très fréquentables (a contrario par exemple de Millennium, mettons). Comparativement, les réactions sur The War Next Door, Leaving L.A. ou Rude Awakening me semblent plus cohérente : tout le monde n'a pas eu accès à Jimmy ou Série Club.

C'est vrai qu'il y a 10 ans, nous n'étions pas tous téléphages. Que la priorité n'était pas nécessairement d'écumer les programmes télé. Et comme personnellement, je vivais ma consommation télé sous embargo, je peux aussi comprendre que vouloir ne soit pas toujours pouvoir.
Mais ça m'interpelle quand même un peu. Attendre la TNT pour découvrir Jesse, alors qu'une chaîne hertzienne publique diffusait la série dans le même type de tranche horaire que Friends... ce n'est pas un reproche, hein, mais c'est quand même un peu bizarre pour moi.

A peu près à la même époque, il y avait Ally McBeal, Charmed, Buffy, et ceux-là, tout le monde les avus, étrangement. Mes souvenirs de cette époque ne sont pas flous au point d'avoir oublié combien la presse spécialisée ET généraliste nous bourrait le mou avec une poignée de quelques séries, devenues, un peu artificiellement, complètement incontourables. Pour avoir reçu le prix de "la squatteuse du rayon magazine" en 2000, 2001 et 2003 (je me suis laissée surprendre en 2002), je ne me rappelle que trop bien les 712 millions de couvertures avec Sarah Michelle Gellar, dans toutes les tenues et les positions imaginables (plus quelques autres). Je comprends bien qu'avec un tel matraquage médiatique, même le dernier des clampins au fin fond du Gers regardait la série.
Mais si je conçois qu'on cède parfois à la pression médiatique et qu'on regarde une série précisément parce qu'on sent que si on ne le fait, on se mettra à vivre hors du monde, j'avoue avoir du mal avec l'idée que des séries moins médiatisées, mais pourtant très accessibles, soient quasiment méconnues, même pour ceux qui disent aimer les séries. D'autant qu'à l'époque, "la chaîne des séries" avait justement su galvaniser les foules à propos de ce format.

Aujourd'hui, j'ai tendance à mieux comprendre les écarts de références qui existent dans la communauté téléphagique, cela dit.
Avec l'omniprésence d'internet dans nos modes de consommation, nous pouvons choisir nos "classiques" beaucoup plus librement que lorsque nous étions dépendants uniquement de la télévision. Plus rien ne vous empêche de regarder l'intégrale de Three's company (et je ne vous encouragerai jamais assez à y jeter au moins un œil), et de considérer que cette série est une référence pour vous. Avec internet, les profils téléphagiques peuvent se diversifier et, pour ce que j'en vois, c'est progressivement le cas en effet. Si des LOST, des Desperate Housewives et autres House tiennent encore le haut des pavés médiatiques, nous nous autorisons de plus en plus à leur échapper, et ainsi nous construisons notre culture téléphagique personnelle, la nôtre, et rien que la nôtre. Le réseau des connexions entre téléphages devient plus complexe, et c'est tant mieux. On va trouver de moins en moins de téléphages qui auront vu exactement les mêmes séries.
De par le cagoulage (gloire, gloire !) et le streaming (honte, honte !), nous pouvons décider de regarder des séries qui autrement nous seraient inaccessibles, et ainsi nous cultiver à la carte. C'est juste magique, je ne le dirai jamais assez.

Mais j'avoue que pour moi, il reste très mystérieux que nous ayons attendu la prolifération d'internet pour nous construire nos propres références téléphagiques, et étendre notre culture à des titres moins médiatisés.
Heureusement qu'internet est là pour éduquer le téléphage.

Posté par ladyteruki à 21:03 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

09-07-09

[DL] Brooklyn South

En substance : c'est ça que j'aime chez les flics en uniforme. Il y a à boire et à manger : de l'action, de la proximité, de la tendresse et de l'adrénaline. Et puis, j'ai beau adorer la franchise Law & Order, mais Manhattan, ça va bien un temps alors que Brooklyn, c'est quand même autre chose. Et ce générique rend ce district très concret, même pour qui n'y a jamais posé les pieds. Les ruptures de rythme du thème musical soulignent les différentes facettes de cet univers, et nous le rendent familier. Un excellent résultat.

BrooklynSouth
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Si vous vous étiez déjà demandé d'où venait ma fixette sur Jon Tenney, avec les génériques postés ces derniers jours, vous ne devriez même plus vous poser la question. Entre La Famille Green et Brooklyn South, vous avez (quasiment) tout compris. Il vous manque peut-être aussi un épisode d'une autre série, mais ça, j'en fais mon affaire...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Brooklyn South de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:23 - Médicament générique - Permalien [#]

07-07-09

[GAME] A lot of guessing to do

Le dernier jeu des génériques remonte à... pfffiulala, au moins. C'est d'autant plus dommage pour vous que dans l'intervalle, j'ai mis la main sur ma machine à ripper, que je domine presque totalement à présent (hélas pour Scarlatiine, seulement presque...) et donc que je peux fournir plein de génériques totalement introuvables par ailleurs. Tiens, d'ailleurs, vous savez quoi ? Moi je pars bosser dans quelques heures, et vous qui êtes probablement en vacances, vous allez trouver les 10 séries dont j'ai rippé le générique ces derniers jours. Oui, on va faire ça !
Et ensuite, comme d'hab, je vous uploade tout ce que vous aurez trouvé, qu'est-ce que vous dites de ça ?!

1- Une série méconnue de David E. Kelley > Snoops
2- Une série avec un agent secret et un super génie du mal > The War Next Door
3 - Une série où on voit les jeunes années de Lex Luthor et ses amis à Metropolis > Zoe, Duncan, Jack & Jane
4 - Une série où la famille a un nom très courant, mais pour une fois la fille ne s'appelle pas Rachel > La Famille Green
5 - Une série de Bochco avec une actrice de la série n°4 dedans > Total Security
6 - Une série avec des uniformes comme j'aime > Brooklyn South
7 - Une série qui présente de curieuse similitudes avec Berverly Hills > Grosse Pointe
8 - Une série avec Samantha Newly > Jesse
9 - Une série sur la mort, ou peut-être plutôt la vie > Leaving L.A.
10 - Une série qui aura toujours ma priorité même quand je suis bourrée> Rude Awakening

Vous verrez que dans la plupart de ces génériques se cachent d'ailleurs de nombreux visages que vous connaissez, c'est assez amusant de voir ça ! Mais ça se comprend puisque certaines de ces VHS ont dans les 10 ans... Ce qui est déjà un indice en soi.
Allez, tout ça c'est collector, donc si vous voulez faire le plein d'inédits, vous savez quoi faire : tout deviner dans les 24h qui viennent ! Vous avez déjà prouvé par le passé que vous étiez très capables, je ne m'inquiète pas pour vous.

Ah, je suis contente de pouvoir vous proposer tout ça !!!

Posté par ladyteruki à 23:24 - Games On - Permalien [#]

21-06-09

Le monde vu de la place du mort

J'avais déjà eu l'occasion de vous le dire, à l'occasion de Brooklyn South je crois, mais si la flicaille actuelle me sort par à peu près trous les orifices naturels depuis plusieurs années, avec ses experts en expertise et ses enquêteurs à l'intuition démesurée, je suis une amoureuse de l'uniforme. J'ai cependant mis beaucoup de temps à y venir. J'avais une sorte de conflit d'intérêt avec l'univers de la police pendant longtemps, puisqu'il s'agissait de la profession de mon père, et que j'ai souvent eu l'impression de faire ce métier autant que lui. Mais forcez une gamine à regarder des documentaires sur la vie de poulet, et cela remontera tôt ou tard : entre deux flics, ma préférence ira toujours à celui qui porte l'uniforme.

Les mains dans le cambouis, les deux pieds dans la merde jusqu'au genou, et le regard qui ne sera jamais plus tout-à-fait le même... il est là, mon policier. C'est celui qui sert et qui protège, pas qui érige la vérité comme la solution à tout. Les policiers en uniforme savent que la vérité, ça n'existe de toutes façons pas. Il n'y a que la Justice qui existe, et c'est un animal rare qu'on chasse toute sa vie dans les rues...

Quand ce soir, sur un coup de blues et une intuition, j'ai décidé d'enfin tenter Southland, je me suis dit : voilà, c'est de ça dont je parle. Merci à NBC d'avoir écouté.

Convaincue depuis des années que c'est là l'intérêt du métier de policier, je retrouve un peu foi en ce genre dont on nous a pourtant gavés ces dernières années. Le policier, c'est celui qui souffre en première ligne des maux de la société qui l'emploie et souvent le méprise. C'est celui qui, parce que tous les jours il est mis face à ce qu'il y a de plus bas ou bestial en chacun, a l'impression de se salir et se compromettre, alors qu'il compte peut-être parmi les plus humains d'entre nous. C'est celui qui hésite entre faire taire son âme et la libérer, et ne sait ce qui est pire. C'est celui qui s'étouffe au nom de la Justice des autres.

Une seule chose me chiffonne avec Southland : que tout le monde hurle au génie alors que la série, en soi, n'apporte pas grand'chose de nouveau. Le vieux de la vieille, le rookie, la nana... tout les stéréotypes sont là. Les thématiques n'ont hélas (pour les protagonistes, pas pour nous) pas changé depuis les constats pessimistes de The Wire ou The Shield, et la réalisation n'est pas tellement différente non plus, on sent même un peu l'héritage des premières saisons de New York 911 (ce qui est logique), elle est toute en nerfs, rapiéçant des photographies fugaces mais nettes du métier et des hommes qui le pratiquent.
Southland n'est pas révolutionnaire. Mais ça ne l'empêche pas d'être puissante et de toucher son but.

Je n'avais sincèrement pas prévu de regarder plus que le pilote. Je pense que c'est le genre de série que pourtant on gagne à suivre semaine après semaine au lieu d'attendre un peu et de s'enfiler une saison goulûment par la suite, comme c'est possible avec d'autres séries. Ici, la piqûre de rappel est nécessaire, mais la dose serait trop forte si on la prenait en un seul shot.

Ce soir, j'avais la tête à l'envers. Je voulais m'esquinter devant quelque chose de ravageur. J'ai hésité à reprendre un bon vieux Oz. J'ai regardé Southland. La plaie suinte, mais le pus est sorti. Catharsis.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Southland de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:06 - Review vers le futur - Permalien [#]