ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

24-04-13

Charmantes nymphes

MonteCarlo2013

Ce n'est pas sans me frotter les mains que je me permets de faire une pause dans cette semaine spéciale dédiée à Séries Mania. Promis, le prochain post sera à nouveau consacré à l'évènement, mais d'abord, je veux partager avec vous les nominations du Festival de Monte-Carlo, qui se tiendra du 9 au 13 juin prochain dans la Principauté.

Rappelons que, comme un grand nombre de récompenses internationales, les nominations reposent sur des candidatures spontanées de la part des productions ; ce n'est donc pas nécessairement représentatif de la production d'un pays donné que de voir certaines fictions figurer dans cette liste, mais cela permet par contre de dénicher quelques pépites qui, autrement, seraient passées sous nos radars. Une formidable occasion de faire des découvertes, donc !
N'hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir, et découvrir à quelle série elles correspondent.

Broadchurch Carta a Eva World WithoutEnd Die Holzbaronin Hořící Keř Hatfields& McCoys

MonteCarlo-Icon Meilleure mini-série :
- Die Holzbaronin (Allemagne)
- World Without End (Allemagne)
- Carta a Eva (Espagne)
- Altri Tempi (Italie)
- Made in Japan (Japon)
- Hořící Keř (République Tchèque) - note : projetée à Séries Mania sous le titre Burning Bush
- Broadchurch (Royaume-Uni)
- Dancing on the Edge (Royaume-Uni)
- Hatfields & McCoys (USA)

Love/Hate Borgen Breaking Bad Vermist Capadocia Hatsukoi

MonteCarlo-Icon Meilleure série dramatique :
- Vermist (Belgique)
- Bomb Girls (Canada)
- Borgen (Danemark)
- Forbrydelsen (Danemark)
- Love/Hate (Irlande)
- Hatsukoi (Japon)
- Capadocia (Mexique)
- The Blue Rose (Nouvelle-Zélande)
- Downton Abbey (Royaume-Uni)
- Doctor Who (Royaume-Uni)
- Breaking Bad (USA)
- Homeland (USA)

Crimi Clowns Les Parent Lazy Company Fresh Meat 30 Rock Lowdown

MonteCarlo-Icon Meilleure comédie :
- Die Kirche bleibt im Dorf (Allemagne)
- Lowdown (Australie)
- Crimi Clowns (Belgique)
- Les Parent (Canada/Québec)
- Fais pas ci, Fais pas ça (France)
- Lazy Company (France)
- Fresh Meat (Royaume-Uni)
- Red Dwarf X (Royaume-Uni)
- 30 Rock (USA)
- Modern Family (USA)

Dr House Les Experts: Miami The Mentalist

MonteCarlo-Icon Prix de l'audience TV internationale - Drama :
- Dr House (USA)
- Les Experts: Miami (USA)
- The Mentalist (USA)

Mr Bean The Big Bang Theory Two and a Half Men

 MonteCarlo-Icon Prix de l'audience TV internationale - Comédie :
- Mr Bean (Royaume-Uni)
- The Big Bang Theory (USA)
- Two and a Half Men (USA)

Eva Luna Amour, Gloire et Beauté Le Casa de al Lado

 MonteCarlo-Icon Prix de l'audience TV internationale - Soap :
- Amour, Gloire et Beauté (USA)
- La Casa de al Lado (USA) - note : diffusée par France Ô à partir du mois prochain
- Eva Luna (Vénézuéla/USA)

Quelques petits détails à noter.
D'abord, c'est une nouvelle année de nomination consécutive pour certaines séries : Vermist, Downton Abbey, Fresh Meat, Fais pas ci, Fais pas ça, ou Modern Family ; au rayon des audiences internationales, Les Experts: Miami et Amour, Gloire et Beauté récidivent également. Heureusement que les telenovelas, avec leur durée de vie limitée, s'assurent d'un renouvellement régulier des succès sud-américains dans le monde ! On salue aussi la présence dans ces nominations de Mr Bean, qui parvient à se placer sur le podium des séries les plus diffusées... 23 ans après avoir fait ses débuts à la télévision britannique (un résultat qui découle, me précise le service de communication, des calculs d'audience effectués par Eurodata Mediametrie). Borgen, après une année d'absence dans les nominations, fait par contre un retour. Il est plus surprenant en revanche de voir des séries apparaitre dans cette liste cette année, alors qu'elles sont loin d'être nouvelles à la télévision, comme Doctor Who, même si, sûrement, son succès international exponentiel facilite la sélection.
Ensuite, il faut bien admettre que le système du festival pour définir une mini-série est de toute évidence mis à mal par les réalités de l'industrie : "Une Mini-Série est un programme de fiction dont le scénario s’étend sur un nombre limité d’épisodes. Format: de 2 à 8 épisodes / durée comprise entre 40 à 60 minutes", précise le site. Hélas, la mini-série a aussi une dimension non-renouvelable, ce que rien ne précise dans les règles. C'est ainsi que Bomb Girls, nommée l'an dernier comme mini-série, a été renouvelée plusieurs semaines avant l'annonce des nominations pour une seconde saison ; elle est nommée cette année parmi les séries dramatiques "normales" ; la même chose vient de se reproduire avec Broadchurch qui a été renouvelée juste avant l'annonce des nominations.
Enfin, CRIMI CLOWNS !!! That is all.

Comme toujours, n'hésitez pas à user et abuser des tags (ils adorent ça), puisque de nombreuses séries de cette sélection ont déjà été évoquées dans ces colonnes !
Dans le prochain épisode de la rubrique Love Actuality, on parle de récompenses turques, alors ne vous éloignez pas trop.

Posté par ladyteruki à 18:00 - Love Actuality - Permalien [#]

09-01-13

Être et avoir été

whisperintherain et moi-même, vous le savez, relevons depuis 5 mois maintenant le défi de l'impossible : reviewer un maximum de pilotes de la saison. Cela inclut, c'était inévitable, des pilotes français, et à la faveur d'une invitation par France 2, je suis en mesure de prendre sournoisement de l'avance sur mon petit camarade, qui ne découvrira le pilote de Tiger Lily qu'à la fin du mois sur la chaîne publique (sitôt qu'il aura reviewé le pilote, évidemment, un lien apparaitra au bas de ce post). Ouais, victoire ! ...Ou bien ?

TigerLilyCrédit photo : Visual Press Agency

En tant qu'habituée de la télévision internationale, je ne me lasse pas de constater combien les télévisions de la planète sont dans une démarche constante d'inspiration mutuelle ; et ça donne des résultats très excitants. Prenez le cas de Borgen, par exemple ; la série est née suite à l'immense impact d'A la Maison Blanche sur son scénariste qui avait été impressionné par la qualité de la série, DR reconnaissant sans honte ensuite avoir voulu lancer "a Danish West Wing". De la même façon, la production de Koselig Med Peis ne s'est pas cachée d'avoir été emballée par Six Feet Under, et d'avoir eu l'idée de s'en inspirer. Ou, tiens, pour changer de coin, il y a aussi Mesudarim, qui se passionne pour la dynamique entre les personnages d'Entourage. Et les exemples sont évidemment nombreux, notamment au Japon où, à absolument chaque saison, on trouve des concepts largement inspirés par des séries étrangères (généralement américaines) totalement revisitées ; on a eu l'occasion de l'évoquer au moment du pilote de W no Higeki.
Pourtant, bien malhonnête celui qui prétendra que ces séries sont des pâles copies des fictions qui les ont inspirées ! Contrairement à de simples et bêtes ressucées, ces séries prennent au contraire la mesure d'un succès américain (mais ça peut se produire également dans l'autre sens), et y apportent quelque chose de "personnel". C'est comme si la série américaine d'origine avait écrit une partition que chacun peut interpréter avec son instrument et son tempo personnel, transformant finalement la mélodie tout en gardant quelques arrangements d'origine.
Téléphagiquement, le processus ne manque pas de poésie à mes yeux. Quand c'est bien fait.

Lorsque Tiger Lily commence, il semble très, très difficile de mettre de côté l'immense paternité de Desperate Housewives ; comment ignorer les similitudes, en effet ? L'épisode commence avec une voix-off suave évoquant celle, policée mais blasée, de Mary-Alice. A la différence que de suicide il n'est ici pas question, et qu'au contraire, les héroïnes de Tiger Lily commencent une aventure dont on pourrait dire qu'elle va vérifier s'il y a une vie après la jeunesse (spoiler alert : oui).
Cependant, pour ses intrigues sur le passé musical des protagonistes, pour la (modeste) présence de flashbacks, et pour les préoccupations quotidiennes de ses héroïnes (comme la personnalité de certaines d'entre elles), Tiger Lily n'est pas qu'une pâle copie. Mais de Desperate Housewives, clairement, elle a hérité beaucoup.
On en conclut ce que l'on veut, tout dépendra de vos sentiments à l'égard de Desperate Housewives, précisément.

Mais d'abord, revoyons l'action au ralenti : Tiger Lily est le nom d'un groupe de rock des années 80, constitué par 4 jeunes femmes, toutes amies. Mais ça, c'était dans les années 80 ; âgées aujourd'hui de 45 ans, Rita, Rachel, Muriel et Stéphane ont poursuivi leur existence sans devenir les rock stars qu'elles se destinaient à être. Comme le leur rappellera un article des Inrocks dans le pilote, leur album fait pourtant partie des incontournables, et elles auraient pu aller loin. Alors qu'est-ce qui a foiré ? Leur manager Theo a trouvé la mort dans un accident d'avion, et elles ont décidé que le groupe disparaîtrait avec lui. Chacune est donc passée à autre chose.
Enfin, pas tout-à-fait. Si aujourd'hui, Rachel est une mère de famille parfaite (bien que limite éprouvante), et Muriel une célèbre présentatrice de talk show tentant de mener de front sa carrière et sa vie familiale, avec sa compagne et le garçon qu'elles ont adopté, de leur côté, Rita et Stéphane s'en sont un peu moins bien tirées. Rita vit dans le passé amoureux qui était le sien jusqu'à la mort de Theo, qui accessoirement est également le père de son jeune adulte de fils ; et Stéphane, elle, seule qui soit encore passionnée par la musique et qui s'est brisée à la suite d'un enchaînement assez catastrophique d'accidents de la vie, pleure au contraire l'excitation de leur carrière musicale. Tandis que les deux premières sont des femmes au niveau de vie plutôt aisé, mais passablement frustrées par les inconvénients de leur succès apparent dans la vie, ainsi que le montrera non sans brio l'excellente séquence d'ouverture du pilote, les deux autres, plus humbles, tentent de faire contre mauvaise fortune bon coeur, même si clairement, elles ne sont pas tout-à-fait heureuses non plus, ayant dû à regret faire une croix sur ce qui importait le plus au monde à leurs yeux voilà 25 ans.

De ses origines à Wisteria Lane, vous le voyez, Tiger Lily a donc hérité d'une formule (quatre femmes dans la quarantaine) et d'une tonalité taquine, parfois douce-amère, ainsi que d'une certaine promptitude à quelques ponctuelles exagérations à vocation humoristique. Mais la comparaison s'arrête là, car nous avons ici affaire à des personnages au mode de vie un peu moins glamour et surréaliste.
Cela rend certains des personnages éminemment émouvants et sympathiques. Si je devais n'en citer qu'un seul, ce serait assurément celui de Rita, dont le coeur et la patte ont été cassés, mais qui n'a pas un tempérament de perdante, et garde une certaine disponibilité émotionnelle envers ses amies ; certainement le plus nuancé de tous les personnages, Rita offrira quelques très jolies scènes à ce pilote, que je vous laisse découvrir. Ses trois consoeurs sont ponctuellement plus caricaturales, mais parfois, je me suis dit que c'était à dessein, comme pour la calme et souriante Rachel dont je devine/suppose qu'elle va progressivement se décoincer un peu. Elles sont, ce qui ne gâche rien incarnées par trois actrices plutôt solides voire franchement touchantes par moments, ainsi que par Lio.

Ce qui lie ces 4 femmes qui aujourd'hui n'ont plus rien en commun, c'est donc leurs jours de gloire voilà 25 ans, qui les ont tenues solidement liées aux autres malgré les changements, les regrets et les rancoeurs (et quelques secrets, mais chut !). Il y a cependant assez peu de scènes proposant aux quatre héroïnes d'interagir toutes ensemble, préférant au mieux favoriser les binomes, ou tout simplement les suivre une par une, ce qui cristallise bien à quel point ce qui les lie est à la fois fort et ténu. Cependant, leur lien d'amitié, bien qu'assez peu exploré finalement (mais l'amitié à 45 ans, c'est forcément différent de l'amitié à 20 ans), est plutôt bien introduit par le symbole récurrent du tatouages qu'elles arborent toutes, et qui est plutôt bien exploité dans le pilote.

En l'espace d'un seul épisode, loin des tracas des housewives, nos amazones sur le retour vont individuellement évoquer de très nombreux thèmes l'air de rien plutôt sérieux, comme la vie de couple, la chirurgie esthétique, le mariage homosexuel, l'adoption, les doutes sur les aptitudes parentales, la religion, la solitude, la prison, la vieillesse, et j'en oublie forcément. J'ai bien dit en un seul épisode. Preuve s'il en fallait que Tiger Lily n'a pas exactement choisi la facilité non plus, même si sa façon d'exploiter ces sujets n'est pas toujours de la plus grande finesse, ni forcément très dramatique.
Quand la productrice de Tiger Lily en dit pour la décrire qu'il s'agit d'une série "souriante", on est en droit de craindre le pire, d'ailleurs. On est en France, après tout, pays où le cynisme a été érigé en valeur suprême ; où l'on a passé les dernières années et un peu plus à blâmer les bons sentiments pour la qualité de nos séries (mais comme en France, on confond régulièrement "feelgood" et niais, forcément...). Il s'avère que certains personnages incarnent assez bien cet esprit sans prise de tête si cher au pays de l'exception culturelle (bah quoi ?! "Soleil levant" c'était déjà pris...), mais d'autres, au contraire, parviennent ponctuellement à s'aventurer sur ces thématiques avec délicatesse ; au final, l'exercice d'équilibrisme est souvent irrégulier, mais il a le mérite d'exister !

Outre quelques dialogues parfois épouvantables et remplis de tics bien français, et même en faisant abstraction d'une actrice dont on se demande sérieusement ce qu'elle fait là, Tiger Lily est parfois très fragile dans sa construction.
Ainsi, l'épisode sous-entend ou évoque régulièrement des faits s'étant déroulés 25 ans en arrière, qu'il ne prend ni le temps d'élaborer, ni de vraiment rendre intrigants (puisqu'il serait parfaitement acceptable d'en repousser l'exploration à l'un des épisodes ultérieurs). A moins que j'aie loupé quelque chose, la façon dont Rita s'est blessée à la jambe ou les problèmes passés de Stéphane sont par exemple totalement passés sous silence, alors qu'on devine qu'il s'agit de quelque chose de fondateur pour ces personnages, qui permettrait de les présenter de façon assez complète. Et en choisissant de repousser très longtemps le moment où elle va nous dire qu'en réalité il y a quelques secrets à révéler sur l'ex-vie de star de ses héroïnes, Tiger Lily ne se rend pas service ; pour que le spectateur se pose des questions, encore faut-il qu'il sache qu'il y a des choses qu'on lui cache (c'est pervers, je vous l'accorde), ce qui n'est pas du tout le cas ici.
Ce que le pilote ne vous dit pas, non plus, car il faut avoir vu le deuxième épisode pour cela, c'est que Tiger Lily fait aussi le choix de ne pas mettre en avant les mêmes personnages de ce quatuor d'un épisode à l'autre. Le pilote fait ainsi la part belle à Rachel, qui va passer au second plan ensuite ; d'ordinaire, j'aime bien ne parler que du pilote dans... une review du pilote, mais il s'avère que cette structure porte préjudice au premier épisode : je l'avais mal compris, pensant sincèrement que Rachel était l'héroïne. Mais si Tiger Lily avait trouvé un moyen d'expliciter son intention de changer le focus d'un épisode à l'autre, j'aurais beaucoup mieux accepté que Stéphane soit par exemple si peu approfondie dans le pilote. De fait, je pourrais avoir envie d'en savoir plus sur ce personnage, mais rien ne m'y encourage à l'heure actuelle.

Pour finir, on peut regretter que si peu de cas soit fait, en définitive, des flashbacks et autres avatars des années 80, qui au lieu de peupler le monde de Tiger Lily, semblent n'y faire que de très, très brèves apparitions. Que la musique ne tienne pas une grande place dans la série, soit (la chaîne trouvait que le rock était trop segmentant, parait-il... quelqu'un peut me dire ce qui ne l'est pas ? Parce que les bras m'en sont tombés !) ; ça veut dire que les personnages ne vont pas se lancer avec un nouvel entrain dans leurs rêves musicaux comme le faisait Rita Rocks, ce que j'espérais un peu, mais je peux le comprendre. Ou alors ce n'est pas pour cette saison, possible aussi.
Que les années 80 soient reléguées à deux scènes par épisode, c'est beaucoup plus dommage... C'était quand même un très bon argument de vente pour Tiger Lily, à la fois pour clamer sa particularité, et pour jouer sur les souvenirs de ses personnages (et donc, hellooo, de ses spectateurs, il faut tout leur dire). En ayant vu deux des six épisodes, je pense ne pas trop m'avancer en disant que les espoirs d'amélioration sont assez minces, et c'est à mes yeux en tous cas une vraie faiblesse. Ca n'aurait pas changé grand'chose au ton, d'ailleurs, simplement accentué l'effet avant/après.

Du coup, personne, je le crains, ne vous parlera de Tiger Lily avec l'excitation qui a été celle, cet automne, des spectateurs d'arte puis Canal+. La série est loin de faire partie des plus pénibles fictions françaises qu'il m'ait été donné de voir, mais si vous pensiez que "jamais deux sans trois" et qu'on allait dégoter la perle de l'année pour France 2, vous êtes en route pour quelques déconvenues. Pendant la projection du pilote, certains membres du public étaient pourtant plus hilares que moi, preuve que j'ai peut-être encore un fond de biais envers les séries françaises (ou envers le jeu de l'une des actrices, dont on ne soulignera jamais assez le désastre qu'il représente).

Si ses intentions sont généralement saluables, bien que parfois teintées d'un poil d'opportunisme, Tiger Lily manque parfois un peu de jus, et de rigueur.
Mais, et c'est là qu'on revient à sa cousine américaine, la série a aussi plusieurs atouts pour se rendre relativement sympathique aux yeux d'un grand public forcément moins téléphage que moi. J'attends par contre au tournant l'inévitable nuée de commentaires qui seront faits sur la prise de position radicale de cette série (diffusée par une chaîne publique) au sujet du mariage pour tous. Rendez-vous le 30 janvier prochain pour voir à quel point...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:31 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-10-12

Emmy bis

Ah, la saison du MIPCOM... cet odeur de transactions dans l'air... le fumet délicat de la masterclass... le parfum du format qui se vend le soir au fond des stands... que du bonheur. Mais pardon, je m'emporte : c'est la poésie du moment. Ca me rend toute chose. Un jour j'irai sur place participer à l'orgie ambiante, mais en attendant, je me régale de loin des effluves qui nous parviennent.

L'un des effets secondaires du MIPCOM, ce sont les nominations aux International Emmy Awards. Comment vous dire ? C'est le parfait mélange de ce qui m'émoustille en matière de téléphagie : la télé internationale, et les Emmy Awards. Alors passons, si vous le voulez bien, aux nominations des International Emmy Awards, sachant que comme d'habitude je n'accorderai d'attention qu'aux fictions, et non-animées par-dessus le marché. Curieuse mais pas téméraire.

InternationalEmmyAwards

Les Emmy Awards les snobent, mais les International Emmy Awards leur consacrent toute un pan de leur palmarès : commençons avec les séries pour la jeunesse avant de passer aux catégories plus classiques.

Kids - Meilleure série

ChuugakuseiNikki-MEA

Chuugakusei Nikki
中学生日記
(Japon)

JulieeosFantasmas-MEA

Julie e os Fantasmas
(Brésil)

SLiDE-MEA

SLiDE
(Australie)

Stikk-MEA

Stikk
(Norvège)

Kids -  Meilleur mini-série ou téléfilm

DieSterntaler-MEA

Die Sterntaler
(Allemagne / Téléfilm)

LostChristmas-MEA

Lost Christmas
(Royaume-Uni / Téléfilm)

DeSterksteManVanNederland-MEA

De Sterkste Man van Nederland
(Pays-Bas / Téléfilm)

Dorama-NoPhoto

Fairy Tales on TV
(Corée du Sud)
Impossible de trouver une info dessus.
Ou au moins le titre original, quoi !

Meilleure performance pour un acteur

ArthurAcuna

Arthur Acuña dans The Kitchen Musical
(Singapour)

DarioGrandinetti

Darío Grandinetti dans Televisión por la Inclusión
(Argentine)

JasonIsaac

Jason Isaacs dans Case Histories
(Royaume-Uni)

SteinWinge

Stein Winge dans Koselig Med Peis
(Norvège)

ZhuYawen

Zhu Yawen dans Flying Eagle
(Chine)
Je n'ai pas trouvé le titre original...

Meilleure performance pour une actrice

SidseBabettKnudsen

Sidse Babett Knudsen dans Borgen
(Danemark)

CristinaBanegas

Cristina Banegas dans Televisión por la Inclusión
(Argentine)

Dorama-NoPhoto

Rina Sa dans Zhong Guo Di
(Hong Kong)

JoannaVanderham

Joanna Vanderham dans The Runaway
(Royaume-Uni)

Meilleure comédie

AbFab

Absolutely Fabulous
(Royaume-Uni)

AMulherInvisivel-MEA

A Mulher Invisível 
(Brésil)

Spy

Spy
(Royaume-Uni)

WatAls-MEA

Wat Als?
(Belgique)

Meilleure série dramatique

Braquo-MEA

Braquo
(France)

ICACInvestigators2011

ICAC Investigators 2011
(Hong Kong)

TheKitchenMusical-MEA

The Kitchen Musical
(Singapour)

TheSlap-MEA

The Slap
(Australie)

ElPuntero-MEA

El Puntero
(Argentine)

Meilleure telenovela

RosaFogo

Rosa Fogo
(Portugal)

RemedioSanto-MEA

Remedio Santo
(Portugal)

OAstro-MEA

O Astro
(Brésil)

BulguruiMyeoneuri-MEA

Bulgurui Myeoneuri
(Corée du Sud)

Meilleur mini-série ou téléfilm

BlackMirror-MEA

Black Mirror
(Royaume-Uni)

Shoshuu-MEA

Shoshuu
(Japon / Téléfilm)

HomensdeBem-MEA

Homens de Bem
(Brésil / Téléfilm)

LInfiltre-MEA

L'Infiltré
(France / Téléfilm)

Voilà ! Maintenant qu'on a passé tout ça en revue, et c'est une bonne chose de faite vous serez d'accord avec moi, je vous avoue que j'ai très envie de prendre mon petit panier téléphagique et de faire mon marché sur les merveilles vers lesquelles, une nouvelle fois, les cérémonies de récompenses internationales attirent notre attention. Alors ! Je prendrais une grosse ration de The Kitchen Musical (je me rappelais avoir vu le nom passer à l'occasion des Nymphes d'Or parmi un milliard d'autres noms, mais là, c'est clairement une standing ovation), mais je pense aussi que je me servirai une bonne louche de The Runaway (il faut dire que j'ai vu d'abord la belle ambiance du site web de la série, ensuite le nom d'Alan Cumming, donc c'était joué d'avance... comment ai-je pu ignorer aussi longtemps l'existence de cette série ?!), saupoudrée d'une pincée d'El Puntero (j'avais vu le nom passer il y a quelques mois, j'avais pas percuté, mais ça a l'air sympa).

Vous noterez au passage, mais loooin de moi l'idée d'insister dessus, la présence de Borgen et de Koselig Med Peis au palmarès, dignes représentantes de la Scandinavie. Pas mal aussi du côté de The Slap qui parvient à se distinguer (certes au détriment de Cloudstreet pourtant elligible la même année), décidément le buzz continue pour cette série pas comme les autres...

Et sinon, Case Histories, ça vaut quoi ? Et qu'est-ce qui vous intéresse dans ces nominations ? Et la deuxième saison de Black Mirror, ça ne la disqualifie pas un peu de sa catégorie ? Et quand est-ce qu'on a les résultats ?

Ah, ooops, au temps pour moi : à la dernière question, je peux répondre. Les vainqueurs des International Emmy Awards seront célébrés devant le gratin de la profession à New York le 19 novembre prochain, à l'exception des catégories pour enfants quidevront attendre le 8 février ! Pour le reste, c'est à vous de répondre.

Posté par ladyteruki à 21:20 - Love Actuality - Permalien [#]

21-08-12

Règne sans partage

Allez, on quitte temporairement la Russie (on y reviendra évidemment demain pour la suite de notre périple), et on se dirige ce matin vers le Danemark. On en parlait la semaine dernière, les TvPrisen ont eu lieu ce weekend, avec évidemment des statuettes à la clé. Et qui dit statuettes dit que lady est au rapport, prête à jeter un oeil aux séries danoises que les Danois ont eu envie de célébrer.

Nul doute qu'à l'heure où la Scandinavie (avec, en tête, le Danemark et la Suède) se forge une place de choix dans les grilles d'un nombre grandissant de chaînes, et donc dans les coeurs des spectateurs, nous pourrions trouver l'inspiration pour nos prochaines escapades nordiques...
Enfin, peut-être. Parce que vous allez vous rendre compte que finalement vous êtes devenus aussi doctes en séries danoises que les TvPrisen !

TvFestival

Remis, donc, à l'occasion du TvFestival qui se tenait en fin de semaine dernière à Copenhague, les TvPrisen concernaient cette année 27 prix au total. Comme souvent, la fiction n'y était pas la seule préoccupation, mais comme sur ce blog, on se concentre sur les séries, souffrez que je n'aborde pas les documentaires, émissions de télé réalité et autres programmes d'information.
Les TvPrisen existent depuis 1999, à l'initiative du groupe de télévision publique DR. S'y sont greffées les autres groupes : TV2, TV3 et SBS afin que l'évènement du TvFestival comme la cérémonie soient pluralistes. Rappelons que justement, cette année, SBS s'était retirée des festivités pour des raisons financières, et n'était donc pas en lice dans les différentes catégories.

* Meilleure photographie dans une série : Kim Høgh Mikkelsen pour Rita (TV2)
Etaient également nommée Lykke, Hjælp, det er JulBorgen et Ludvig og Julemanden.

* Meilleur montage dans une série : My Thordal  pour Borgen (DR1)
Etaient également nommées Lykke (deux fois) et Rita.

* Meilleure actrice de télévision : Sidse Babett Knudsen dans Borgen (DR1)
Les actrices nommées étaient également Birgitte Hjort Sørensen dans Borgen (DR1), Louise Mieritz dans Lykke (DR1), ainsi que Mille Dinensen et Sara Hjort Ditlevsen dans Rita (TV2).

* Meilleur acteur de télévision : Pilou Asbæk dans Borgen (DR1)
Les autres acteurs en lice étaient Carsten Bjørnlund dans Rita (TV2), Lars Brygmann et Rasmus Botoft dans Lykke (DR1), et enfin Ole Boisen (A-Klassen).

* Meilleure satire/comédie : A-Klassen (sur DR2), une comédie à sketches en 8 épisodes diffusée en mars dernier, s'intéressant à des chômeurs qui, afin de pouvoir toucher leurs prestations sociales, doivent accomplir une formation dans un centre de réorientation.
Les autres prétendantes au titre étaient Hjælp, det er jul (une série de Noël diffusée par DR2), Kristian, (une comédie inspirée par l'américaine Arrested Development et la danoise Klovn, et diffusée par TV2 Zulu), Livet i Nødsporet (sur TV2 Zulu) et Natholdet (un talkshow satirique, diffusé encore une fois par TV2).

Oh, mais attendez. Bien-sûr, j'ai gardé le prix le plus convoité pour la fin...

* Meilleure série dramatique : Borgen sur (DR1)
Etaient également nommées Limbo (série pour la jeunesse de DR Ramasjang), la dramédie Lykke (DR1), et Rita (TV2).

Borgen

Bon alors, bilan général. Eh bien, sur 27 prix au total, DR en a récupéré 16, et TV2 en a récolté 11... ce qui, les plus matheux d'entre vous l'auront compris, laisse 0 récompenses pour la chaîne TV3, co-organisateur un peu floué des TvPrisen. On comprend mieux pourquoi SBS a préféré se désengager de cet évènement... A titre de comparaison, l'an dernier, le palmarès avait donné 12 récompenses aux chaînes du groupe DR, 13 pour TV2, et 1 seule pour TV3 mais c'était quand même mieux que rien. On sent que les chaînes publiques se taillent donc une part grandissante dans le panorama télévisuel danois, reflétant bien, en cela, la politique soutenue de commandes de fictions ambitieuses que DR1 surtout, mais aussi DR2, peuvent avoir déployée récemment.

Quant au cas particulier des fictions... eh bien vous l'aurez compris, Borgen s'est taillé la part du lion. A noter que c'est la première fois dans l'histoire des TvPrisen qu'une fiction s'arroge le titre de meilleure séri
e dramatique deux années de suite, et il ne fait pas grand doute que la troisième saison de Borgen, qui devrait être diffusée prochainement sur DR1, pourrait même encore améliorer ce record l'an prochain, tant la série est couverte de louanges (à raison, faut-il le rappeler).

Et en guise de mot de la fin, rappelons que depuis aujourd'hui, la co-production suédo-dano-norvégo-finlando-néerlando-belgo-germano-française (ouf !) The Spiral est officiellement lancée sur internet, comme je vous l'annonçais voilà quelques jours. La chasse est ouverte !

Posté par ladyteruki à 10:40 - Love Actuality - Permalien [#]

08-05-12

The London Complex

Ca faisait longtemps que je n'avais pas râlé, et étonnamment aujourd'hui, je vais me faire l'avocate de la fiction française (sort of). Faut croire que depuis que j'ai vu Hénaut Président, le changement c'est résolument maintenant, héhé.

C'est dans un article sur le final de la première saison de Homeland (diffusé avant-hier soir devant environ 4 millions de spectateurs) que je me suis trouvée confrontée à un paragraphe d'une rare violence :
"For British television, the brief relief at not being found wanting in comparison with Scandinavian shows (The Killing, Borgen, The Bridge) will be tempered by another round of cringing contrasts with America. And, while the alleged inferiority of British TV drama can be exaggerated – shows such as Sherlock, Life on Mars and Downton Abbey are envied in the US - the viewer and reviewer reception of Homeland here does raise issues that commissioners in this country need to consider."

Je ne suis pas experte en "fiction française", loooin de là, et je n'ai à vrai dire jamais caché mon aversion (et mes tentatives souvent infructueuses pour en sortir) envers nombre des séries nées sur notre sol. Mais je n'ignore pas que les débats font rage depuis de nombreuses années pour essayer de tirer celle-ci vers le haut. On prend les British en exemple (c'est souvent eux), et on se répète que la BBC fait ci, la BBC fait ça, et pourquoi France Télévisions n'en fait pas autant ? Il suffit de voir les nombreuses réactions suscitées par cette interview (qui figure parmi les plus retweetées de ma revue de presse téléphagique de ces derniers mois, difficile de ne pas y voir un signe) pour comprendre que nous aussi, nous nous comparons énormément à nos voisins pour mieux nous déprécier, parfois à l'excès.

Je ne suis pas experte en "fiction britannique" non plus, même si j'y travaille bien plus que pour les séries issues de mon propre sol. Mais force est de reconnaître qu'il y a énormément de bonnes fictions qui nous viennent d'outre-Manche, et que cet exemple pour sortir la "fiction française" de sa "crise" est bien plus réaliste que celui, longtemps employé et encore bien trop désigné comme modèle, de l'industrie télévisuelle américaine, totalement démesuré et hors de propos.
Mais dans le paragraphe ci-dessus, je me suis pris comme un coup dans les dents. Les Britanniques complexent quand même énormément sur l'état de leur fiction par rapport aux séries américaines (et, récemment, scandinaves) ! Rien que la petite liste proposée de séries ne pouvant être taxées d'inférieure ne semble justifier la qualité des fictions citées que par leur validation par les Américains ! On ne s'en sort pas.

Donc ils complexent sur leur fiction ; pendant ce temps, nous on complexe sur la nôtre... Et on n'en finit pas se dévaloriser les uns par rapport aux autres, quel chaîne de négativité, c'est incroyable.

LesPetitesBetesneMangentpaslesGrosses

Le comble de l'ironie, c'est quand même que l'auteur de cet article est parti d'un constat sur Homeland... une série qui est l'adaptation d'une fiction israélienne, Hatufim. Comme quoi les séries américaines ne sont visiblement pas le Saint-Graal... Je veux dire, à quel moment on arrête de se comparer aux petits copains et d'essayer de leur ressembler ? C'est visiblement un cercle vicieux.

OK alors, bon, vous savez quoi ? Et si on arrêtait de tous se flageller !
La télévision de la planète est riche en possibilités, certes, et avoir accès à sa diversité est un plaisir pour quiconque apprécie la bonne fiction. Je suis la première à le dire. Mais ça n'avance pas beaucoup le Schmilblick de passer son temps à prendre le meilleur de la télévision du voisin (bizarrement, jamais le pire) et de se dire qu'on est incapable de faire aussi bien.
C'est la leçon que, moi petite Frenchie, je tire du paragraphe cité ci-dessus : si les Anglais ont un complexe d'infériorité, alors toutes ces histoires de comparaisons n'ont aucun sens.

Pardon de réagir en tant que spectatrice française qui a beaucoup de mal avec la télévision française, mais cette ambiance constante de haine de soi n'aide vraiment pas à aborder la "fiction française" avec le sourire. Si on commençait par sortir du misérabilisme, pour commencer ?

On peut en finir avec les conversations de vestiaire et ranger le double-décimètre ? Apprécions ce que nous avons à sa juste valeur, au lieu de constamment rabaisser nos productions au prétexte qu'elles ne sont pas aussi bonnes que celles du voisin (quel qu'il soit). A force de débattre de la qualité de notre fiction, j'ai l'impression qu'on a fini par créer une sorte d'écoeurement de principe. C'est déjà pas facile de lutter contre les a priori qui se construisent à force d'expériences malheureuses, si en plus on baigne dans une morosité permanente parce que le voisin fait mieux, on ne va jamais y arriver.

Je dis souvent que ma prochaine grande aventure téléphagique sera celle de la fiction française. Faudrait juste qu'elle se libère de ce débat permanent sur son état, pour devenir un plaisir à nouveau.
Pardon pour le coup de gueule, mais je trouve qu'on n'est pas aidés.

Posté par ladyteruki à 17:16 - Point Unpleasant - Permalien [#]

19-04-12

Identité, s'il-vous-plaît

Il ne vous aura pas échappé qu'arte est en train de devenir LA chaîne des téléphages curieux. Ce qui la rend encore plus riche à mes yeux, c'est que même si les séries scandinaves sont en train de connaître un buzz certain (et la diffusion de Borgen l'a bien montré), et qu'elle en a bien profité ces derniers mois, la chaîne ne se contente pas de suivre la "mode" de la fiction scandinave. Elle continue de piocher des séries de qualité un peu partout dans le monde.
Outre la diffusion de la mini-série britannique The Promise, qui commence demain (et que je n'ai pas vue mais dont j'ai entendu grand bien... et grand mal, d'ailleurs, la série ayant été qualifiée de propagande anti-Israël dans plusieurs de mes lectures), arte s'est ainsi décidée à diffuser la première saison d'une série australienne, East West 101.

EastWest

"You're either an Arab or a cop".
C'est la problématique centrale que pose East West 101, alors que le pilote que vous allez découvrir dans un peu plus de deux heures (parce que vous allez me faire le plaisir de ne pas louper ça, hein, évidemment) va s'ouvrir sur un plan assez parlant d'un jeune garçon arabe écrivant consciencieusement le mot "identité" sur un cahier d'écolier.

La série repose énormément sur son personnage central, Zane Malik, un flic qui est entré dans la police pour toutes les raisons classiques que vous imaginez, à savoir un traumatisme et un désir de vengeance, et quelques unes que vous n'imaginiez pas : il pense mettre son double-héritage culturel au service de son métier. Le problème c'est que, derrière le colosse au regard sombre, se cache en réalité un idéaliste qui n'a pas compris que dans le monde actuel, à plus forte raison après le 11 Septembre (intéressant d'ailleurs d'aborder les problématiques typiquement post-11 Septembre dans une série qui n'est pas américaine), ce qu'il voit comme un avantage est perçu par nombre de ses contemporains, à commencer par son supérieur, comme un gros désavantage. Voire une menace.

Zane est capable de parler arabe et de s'attirer le témoignage ou l'aide de témoins et de familles ? D'accord, mais cela ne compense pas, jamais vraiment, la méfiance qui subsiste à son égard, comme s'il était un sous-flic simplement parce qu'il est arabe. Dans un pays multiculturel comme l'Australie dont, à l'instar des Etats-Unis, la genèse repose sur l'immigration, le propos est d'une cruelle lucidité sur l'ambiance de peur et de repli qui domine de nombreuses nations du monde.
A travers les personnages que rencontre Malik, c'est aussi un portrait en creux de l'Australie qui se dessine : ses lois sur l'immigration, mais aussi le quotidien des immigrés dans la société australienne. Le pays d'accueil vu par ceux qui tentent d'y trouver une place : c'est ce qui se dit en filigrane, et ça ne fera pas plaisir à entendre. Mais il faut l'entendre. Et le propos n'a rien d'exotique vu de chez nous : East West 101 pourrait aussi bien se passer dans un autre pays occidental tant ce qui y est décrit n'a rien d'original. Hélas.

Ainsi on verra (brièvement) dans le pilote de ce soir des scènes de violence qu'on a déjà vues cent fois dans les journaux et magazines d'information, qui vous évoqueront sans doute les émeutes de 2005 par exemple. Cette non-originalité, le fait de créer pour la fiction des images vues et revues dans les médias lorsqu'elles se sont véritablement produites, pourrait sembler être un défaut, mais est au contraire nécessaire pour les besoins de la démonstration. Après tout, la fiction est supposée aussi avoir le don de prendre du recul... et de nous en faire prendre par la même occasion. A mon avis, on a bien besoin de regarder une série comme celle-là quand les débats sur l'immigration ont été si récurrents dans les récents débats électoraux, notamment.

Et tant que j'en suis à parler réalisation, au niveau du rythme, autant Kommissarie Winter vous offrait jusqu'à la semaine dernière une pause contemplative et poétique du jeudi soir, autant là, attendez-vous à une réalisation plus nerveuse et quelques scènes stimulant votre adrénaline.
East West 101 nous parle de la réalité, un monde où on ne sait jamais trop comment une intervention va finir parce que les esprits sont aussi chaotiques que les situations... et cela se ressent à travers des séquences électriques et étouffantes. Entre Erik Winter et Zane Malik, il y a un monde, au propre comme au figuré.

Donc voilà : East West 101, ce soir sur arte. Ne loupez pas ça. On y parle énormément de nous tous.

EastWest101

Posté par ladyteruki à 18:13 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

22-03-12

Winter is finally coming !

BlackMarch

Vous savez quel est le grand défaut de Kommissarie Winter, qu'arte diffuse à compter de ce soir sous le titre Les Enquêtes du Commissaire Winter ? De ne pas avoir de sortie en DVD avec des sous-titres anglais ou français à ce jour.
C'est le SEUL défaut.
Et il peut être aisément corrigé. [insérer ici un gros clin d'oeil appuyé en direction d'arte]

Je trouve infiniment dommage qu'arte ne fasse pas autant de bruit autour de Kommissarie Winter que de Borgen, alors que la série n'en est pas moins très méritante (mais Borgen, à quelques semaines des élections, forcément ça fait plus de buzz, normal).
Puisqu'il faut donc tout faire soi-même ici, je vais donc vous rappeler qu'il FAUT regarder Kommissarie Winter, série à laquelle j'ai déjà abondamment jeté des fleurs dans ces colonnes, ainsi que les tags au bas de cet article vous le rappelleront. Ce n'est pas une série policière comme les autres, et vous n'êtes pas sans savoir que venant de moi qui déteste la plupart des séries policières, c'est un vrai compliment.

A l'occasion de Scénaristes en Séries, voilà ce qui semble maintenant faire une éternité, j'avais eu la chance de découvrir le pilote de la série, et d'approcher Trygve Allister Diesen, réalisateur de "Vänaste land", première enquête en deux parties de notre cher commissaire. Cet homme, absolument charmant au demeurant, s'est avéré bien plus bavard au sujet de la série qu'Åke Edwardson, l'auteur des romans dont la série est tirée, et je me suis dit que je n'allais pas garder cette rencontre jalousement pour moi. Je vous propose donc aujourd'hui nos échanges. (vous l'aurez compris, contrairement à la dernière fois, cette interview n'a rien de fictif)
Je vous épargne le moment pénible pendant lequel il a tenté laborieusement de m'apprendre à prononcer son nom sans buter dessus, et passe directement aux questions relatives à la série. Croyez-moi, c'est pour votre bien.

TrygveAllisterDiesen

lady - Donc, vous êtes le réalisateur de Kommissarie Winter ?
Trygve Allister Diesen - Le réalisateur et "concept director", oui, j'ai réalisé les deux premiers épisodes, et établi d'identité de la série. Je n'ai pas écrit la série, mais en Scandinavie, on a ce qu'on appelle un "concept director" qui est là pour créer l'identité visuelle, et définir le ton de la série.

lady - Et c'est justement un ton très spécifique...
Trygve Allister Diesen - Oh, merci ! C'est ce que j'ai essayé de faire.

lady - Comment êtes-vous venu à ce projet ?
Trygve Allister Diesen - Sur un appel téléphonique. [rire] Non, je travaillais sur autre chose, et ils m'ont envoyé le livre d'Åke Edwardson. Ils avaient vu ma mini-série, qui s'appelle Torpedo...

lady - Quelque chose de complètement différent...
Trygve Allister Diesen - Oui, tout-à-fait ! C'était plus proche de The Shield, c'était beaucoup plus sombre, plus réaliste, plus brutal, et plus dur, avec un ton totalement différent, mais ils avaient vu Torpedo et m'ont dit qu'ils voulaient me rencontrer, que je lise le livre et que je voie si je pouvais en faire une série. Et j'ai aimé le livre. Et j'ai aimé les producteurs. Et l'acteur est monté à bord... et tout d'un coup on était en train de tourner. C'est comme ça que ça s'est passé. En tant que réalisateur, c'est vraiment un gros engagement, ça a pris près d'un an de faire ces deux épisodes, c'est le plus gros projet de ma vie ; du casting à la post-production, tout ça prend du temps, et ça demande beaucoup de patience. Je crois que John Huston disait que le métier de réalisateur, c'est trouver le meilleur script possible, embaucher les meilleurs acteurs possibles... et trouver la meilleure chaise possible. C'est vrai ! Une grande partie de ce métier consiste à trouver avec qui on veut travailler, puis de les inspirer pour qu'eux fassent de leur mieux, et ensuite de s'en attribuer tout le mérite.

lady - J'étais vraiment très touchée, hier lors de la projection. C'est probablement l'un des meilleurs épisodes qu'on ait pu voir ce weekend. Ce n'est pas une série d'enquêtes comme les autres... Est-ce la raison pour laquelle vous avez voulu travailler sur cette série ?
Trygve Allister Diesen - Absolument. Et c'est la raison pour laquelle nous avons passé tellement de temps sur le casting pour Erik, le personnage principal. Magnus Krepper a été approché à peu près en même temps que moi, je pense. Alors quand je suis arrivé, il s'agissait de savoir si nous voulions travailler ensemble, et j'ai trouvé très intéressant de travailler avec lui, il n'est pas un acteur comme les autres. Il est suffisamment courageux pour se montrer faible, il ne ressent pas le besoin de se montrer comme quelqu'un de fort tout le temps, comme un "macho". C'est aussi un "macho", un homme viril de temps en temps, mais il peut également montrer la peur, il peut également montrer le désespoir ; certains acteurs ne peuvent pas le montrer, ils veulent être le héros, et ça, ça rendait notre personnage plus réel et plus intéressant à regarder. Et plus attirant, aussi. C'était un niveau d'authenticité dont on avait besoin, parce qu'elle est également très contagieuse, parce que les autres acteurs ont adopté cela. Et en tant que réalisateur, on a besoin d'abord de pouvoir faire travailler les acteurs ; mais ensuite, d'être aussi inspirés par eux.

lady - C'est parce que vous avez énormément travaillé avec les silences, et les échanges de regards ?
Trygve Allister Diesen - Il y a tellement de séries qui se contentent de parler tout le temps, tout est verbalisé, tous les conflits sont explicités, le contexte et le subtext ont besoin d'être énoncés... Talk is cheap. C'est tellement facile de montrer les personnages en train de parler de quelque chose plutôt que de montrer ce quelque chose. Le dialogue est pour moi la façon la plus faible de raconter une histoire, mais je trouve tellement plus intéressant de montrer un sujet par des images. Cela dépend plus de la façon dont on perçoit les choses. Alors nous avons effectivement beaucoup travaillé sur les regards, comme j'avais aimé le faire avec d'autres acteurs par le passé. Le jeu consiste à prendre le script, prendre un stylo, et voir tous les mots qu'on peut enlever. Et c'est là qu'on voit toutes les choses qu'on peut exprimer différemment. Un bon cinématographe peut dire autant de choses, et évidemment je devais m'assurer que tout était dit et que je ne laissais rien de côté. Mais quand on réalise, on doit se demander ce qu'on peut montrer sans avoir à le dire. C'est plus intéressant, et plus engageant pour le spectateur aussi.

lady - Les regards qu'on sent, c'est aussi ceux de ce ghetto. Il y a des yeux en permanence...
Trygve Allister Diesen - Complètement, et c'était intéressant du point de vue d'Erik. Dans le livre, c'est un homme qui vient d'une bonne famille, il a des goûts coûteux, il aime des vins très chers et il conduit une Mercedes... Donc pour lui, pour ce personnage, entrer dans ce monde si différent où sa présence est déplacée, c'est être comme un poisson hors de l'eau. Il fallait donc le retranscrire même si ce n'est pas dit comme ça dans le livre. Et c'est ce que nous voulions montrer, la façon dont il détonne. C'est pour cela que tout le monde le regarde.

lady - En parlant plus tôt avec l'auteur [Åke Edwardson], il m'a dit qu'il avait voulu travailler sur deux choses : le silence, et SURTOUT PAS de constat social !
Trygve Allister Diesen - Sur le silence, je suis complètement d'accord. Si on peut avoir un bon silence, et qu'on a un bon acteur, il faut l'utiliser. C'est ce que j'ai fait plusieurs fois, notamment en ne montrant pas la personne qui dit quelque chose, mais plutôt la façon dont l'interlocuteur réagit à cette phrase, pour montrer plutôt ce que cela signifie pour quelqu'un d'autre que celui qui parle. La réaction primait sur l'action. On essaye de comprendre ce que les personnages pensent. Et pour Erik, les choses sont internes, la plus grande partie des dialogues a lieu dans sa tête. On ne montre pas ça en le montrant en train de parler sans arrêt, il faut trouver d'autres façons d'entrer là-dedans, avec des flash, ou bien ces moments quand il observe en réfléchissant, ou bien quand il écoute de la musique...

lady - Quelle est cette obsession pour la musique ?
Trygve Allister Diesen - Dans le livre, c'est un grand fan de jazz. On a pensé que c'était important pour cette enquête, alors on a repris cela. Dans la scène d'ouverture, on a cette musique, pendant ce meurtre atroce, et ça l'interpelle profondément. Ça, par contre, ce n'était pas dans le livre, mais ça nous permettait de reprendre le sentiment d'intensité et d'émotion. Même si ça vire à l'obsession. C'est parce qu'il veut comprendre ce qui s'est passé, et le public, lui, veut comprendre comment Erik réfléchit. Donc tout s'emboîte.

lady - Est-ce qu'il veut comprendre qui a tué, ou est-ce qu'il veut comprendre pourquoi ?
Trygve Allister Diesen - Il veut surtout comprendre pourquoi. Et ça, c'est ce que nous avons essayé de faire. C'est cette obsession qui est captivante pour le spectateur, même si elle est douloureuse. Si on veut juste s'asseoir et manger du popcorn, alors il faut regarder Les Experts. On n'a pas cherché à faire une histoire qui soit divertissante pour tout le monde ; si on veut plaire au plus petit dénominateur communn, alors on fait de la soupe. Avec Kommissarie Winter, on a voulu mettre le public au défi, et je pense que le public veut plus que le plus petit dénominateur commun, aussi.

lady - On entend beaucoup parler de séries policières scandinaves, notamment pendant cet évènement. Evidemment, il n'y a pas que des séries policières, mais pensez-vous que ce soit quelque chose de typique ?
Trygve Allister Diesen - Oui, du fait de notre longue tradition littéraire en la matière. Et puis, c'est un genre qui attire beaucoup de bons auteurs, alors les séries vont là où sont les bons auteurs. Mais une autre raison, c'est que les histoires criminelles voyagent mieux, au cinéma et à la télévision ; il y a un public pour ces histoires-là, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. C'est comme l'horreur, il y aura toujours un public pour l'horreur. D'ailleurs peut-être que ça me plairait de faire une série comme True Blood. Ce serait peut-être amusant de faire quelque chose avec des zombies, je ne sais pas, des zombies qui font du snowboard...? Mais pour l'instant je travaille sur deux films, après on verra. On ne sait jamais à l'avance dans quels projets on va se lancer, mais je sais que je peux faire des choses très différentes, et m'attaquer à des genres différents. Par contre, la comédie c'est très difficile...

Imaginez : déjà que j'étais tombée amoureuse de la série, il a fallu que son réalisateur me susurre ce genre de choses à l'oreille... J'étais comblée.

Winterisfinallycoming
Donc voilà, vous savez que faire ce soir. Que je ne vous prenne pas à faire autre chose que regarder Kommissarie Winter !

Posté par ladyteruki à 00:33 - Love Actuality - Permalien [#]

17-02-12

Real good news

RealGoodNews

Il y a deux raisons pour lequelles je poste souvent tard le soir. D'une part... bah, je réfléchis mieux la nuit. Bon. D'autre part, et surtout, j'évite de parler trop souvent de la même série. Je sais que j'ai tendance à la monomaniaquerie ou, dans le meilleur des cas, à des obsessions ciblées mais multiples. Je peux regarder hebdomadairement Suburgatory et The Good Wife, par exemple, mais si je suis sous le charme d'autres séries, genre Äkta Människor, 30° i Februari ou Smash, c'est de celles-là dont j'aurai envie de parler tous les jours.
Pas au sens où je vais avoir envie de faire des reviews de chaque épisode mais parce que, eh bien, avec mon enthousiasme débordant et le fait que je pense énormément à ces séries même quand il n'y a plus d'inédit à se mettre sous la dent, je pourrais en faire des tartines.

A une époque je n'y prêtais pas attention, mais j'essaye désormais de me surveiller parce que sinon, ça peut être agaçant pour vous, enfin j'imagine. Et vu qu'il y a déjà le Ozmarathon pour me faire revenir encore et encore sur une même série dans ces colonnes, ce n'est probablement pas la peine d'en rajouter.

Et pourtant.
Pourtant en apprenant aujourd'hui qu'Äkta Människor a été achetée par arte en vue d'une diffusion en 2013, j'avoue que j'ai un peu de mal à vous parler d'autre chose.

arte est véritablement ma chaîne préférée de tout l'univers en ce moment. J'espère de tout mon coeur que 30° i Februari est également sur sa liste de courses, comme l'a été Lilyhammer, qu'elle a achetée. Sans compter qu'apparemment, la deuxième saison de Borgen devrait aussi être diffusée avant la fin de l'année 2012, ce que je trouve à la fois impressionnant et étrange.

Tandis que mon cerveau ne cesse de tourner et retourner l'idée qu'Äkta Människor va être diffusée en France dans moins d'un an, comme on tourne et on retourne un berlingot sucré sous la langue, j'ai envie de vous dire à quel point cette série continue de m'enchanter, épisode après épisode. Combien je trouve incroyable qu'elle n'hésite pas à épaissir sa galerie de personnages même en cours de route, en invoquant de nouveaux visages qui deviennent réguliers sans jamais être des prétextes. Combien je trouve sa façon de nous faire réfléchir très subtile, et toujours liée à l'émotion, et pas juste une prêche intellectualiste sur un sujet ou un autre. Combien je suis impressionnée par les pistes qu'elle explore à ce stade, qui peuvent conduire à quelque chose de très violent, de très avancé dans la science-fiction, et dont les causes sont incroyablement bien explorées pour que rien ne soit jamais gratuit. Combien les différents axes, voués, on l'imagine, à s'effleurer, mais pas nécessairement à se croiser (à l'instar de Therese qui fait appel à Leo), sont à la fois indépendants et forment un tout incroyablement cohérent.

Je suis profondément impressionnée par cette série, son univers, ses personnage, son ton, sa photographie. Tout est parfaitement ourlé, et même quand certaines choses posent question ou semblent légèrement maladroites (comme par exemple le fait que Hans ait complètement oublié ses hésitations relatives aux possibilités d'Anita dans le domaine sexuel), la richesse de l'épisode est si dense qu'on n'y regarde pas à deux fois parce qu'il y a tant à louer que ce n'est rien du tout.

Et je suis tellement contente de savoir que des spectateurs découvriront ces séries au-delà de notre cercle grandissant de téléphages curieux. C'est incroyable de la part d'arte de faire cette effort alors qu'Äkta Människor n'est pas un immense succès d'audiences dans son pays d'origine. C'est l'un de ces cas formidables où la qualité d'une série a primé sur les autres considérations. Et cette qualité est indéniable.

Je voudrais, un peu tout les jours, vous dire le respect, l'admiration et la gourmandise que m'inspirent Äkta Människor. Heureusement pour vous, je me retiens en général. Pas aujourd'hui.
Äkta Människor, c'est de la bombe !!! Bientôt littéralement...

Posté par ladyteruki à 16:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

12-02-12

Rita rocks

Evidemment, la VOSTM ça ne marche pas pour tout. Outre les comédies, il faut évidemment préciser que les séries très bavardes tendent à être difficiles à comprendre sans sous-titres. Du coup forcément, les reviews sont à l'avenant. Mais en ce moment, j'ai envie de parler de Scandinavie, alors...
Et puis qui sait ? A l'instar d'Äkta Människor qui semble réussir à faire le buzz après mon insistance à en parler (et à supplier un peu partout pour trouver quelqu'un volontaire pour les sous-titres), peut-être que la review de Rita donnera envie à quelqu'un de sous-titrer cette dramédie danoise ? Il n'est pas interdit de rêver.

Rita

Alors attention. Quand une dramédie met en scène une quarantenaire, on a vite fait de penser à l'esprit Showtime, qui en a fait un genre à part entière, et qui du coup peut donner des boutons à d'aucuns (j'ai ici une pensée pour Florian). La bonne et à la fois mauvaise nouvelle, c'est que Rita est une série bien trop gentille pour Showtime.

Ca se sent énormément dans la réalisation ou même l'accompagnement musical (le thème principal présente d'ailleurs une frappante ressemblance avec celui de Lykke, pour ceux qui avaient eu le temps d'y jeter un oeil ; au fait, si vous voulez des reuploads de génériques, il faut le dire), il y a chez Rita quelque chose d'un peu... Joséphine, ange gardien (il est vrai, c'est une impression en partie due au fait que le collège où la série se déroule est incroyablement propre et parfait, pour un peu on aurait l'impression d'être dans les années 80). C'est fait pour être relativement familial, l'héroïne est sympathique et aura toujours raison, vous voyez le genre.
Mais si Rita était vraiment la version danoise de Joséphine, ange gardien, je ne serais pas là à vous en parler, j'aurais laissé le sujet mourir comme je l'ai fait pour le pénible Il Tredicesimo Apostolo, dont je n'ai même pas réussi à achever le pilote et ce n'était pas la faute de la barrière de la langue... et puis c'est tout.
Non, heureusement, Rita est quand même moins niais, mais on n'est clairement pas dans une série du genre à me donner des coups de coeur.

La scène d'introduction est d'ailleurs plutôt sympathique, et elle donne le ton : on y trouve notre prof en train de fumer dans les toilettes, tranquillement, et qui attend d'avoir fini sa clope tout en lisant les graffitis sur le mur des chiottes du collège. Au moment de partir, il y en a un qui retient son attention : "Rita s'envoie l'enspecteur". Sans ciller, elle sort un feutre de son sac et corrige en "Rita s'envoie l'inspecteur", puis sort. Voilà, tout est dit.

Rita est ce genre de personnage sympa et cool, un tantinet badass par rapport au milieu dans lequel elle évolue ce qui lui confère tout de suite une aura particulière, qui est à la fois détachée et très impliquée dans son métier. On sent qu'elle a ses marques au collège, elle connait tout le monde, elle ne s'inquiète de rien, en un mot, elle gère. Et il y a presque du A la Maison Blanche dans toutes ces scènes qui la montrent en train de marcher jusqu'à sa classe d'un air presque blasé, mais pas du tout antipathique.
Lorsque la nouvelle prof débarque et suit Rita dans les couloirs avec un air un peu perdu et en même temps très enthousiaste, on a la sensation d'assister à un remake de l'arrivée de la nouvelle infirmière dans le pilote de Nurse Jackie ; mais tout en ayant la même structure (la nouvelle est grosse et naïve, Rita/Jackie n'a pas tellement envie de se la coltiner...), cette scène propose infiniment moins d'agressivité dans le cas de Rita.
Le personnage n'offrira qu'assez peu de variations à partir de ces premières impressions.

C'est sympa de la voir tenir sa classe. Il n'y a vraiment qu'une seule scène de ce genre, mais elle suffit, car Rita impose d'emblée son style : décontraction, humour, ton amical avec les élèves, encouragements... mais un peu d'autorité lorsqu'il le faut. Ce n'est pas quelqu'un qui cherche à tout crin à être anbti-conformiste, mais elle a clairement un côté un peu "out of the box". Tout est dans l'équilibre.
La première des choses qui m'a sincèrement plu, c'est que Rita, tout en était cool, ne cherche pas à sympathiser avec les élèves ni à régler leurs problèmes. Elle intervient dans sa classe pour aider Kaspar, un élève en difficulté lors d'une interro orale (et qui n'avait visiblement pas fait son travail lui-même), rabat le caquet de Rosa, sa première de la classe un peu trop chiante ; puis une fois sortie de là, elle mène sa vie (ce qui inclut de flirter avec Rasmus, le fameux inspecteur de l'école).

C'est une idée d'ailleurs bien sympathique que de l'installer dans une maison qui est litéralement de l'autre côté de la cloture au fond de la cour. C'est pas grand'chose mais ça participe de l'ambiance générale et ça crée un liant entre sa vie familiale et sa vie professionnelle. On va en effet, contraire toute attente, passer énormément de temps dans la maison de Rita, avec ses 3 enfants. C'était un soulagement d'apprendre qu'elle en avait, d'ailleurs, ça nous évite le côté "célibataire désespérée". Ricco, Molly et Jeppe sont des jeunes adultes et des adolescents, ce qui permet à Rita de continuer à parler sur son ton décontracté, plutôt que de jouer la maman poule et/ou surmenée auprès de jeunes enfants. La dynamique entre les enfants est également bien trouvée, ils existent en-dehors des scènes de Rita, ce qui tendrait presque à faire mentir le titre et à transformer la série en ensemble show.
Une bonne partie de l'épisode, donc, se déroule lors d'un barbecue avec ses trois enfants, la fiancée du plus grand et les parents de celle-ci, où on comprend dans une séquence un peu lourde que Rita a eu une histoire avec le père de la future mariée. En intrigue secondaire, on a la fille, qui après une rupture revient vivre à la maison, et le plus jeune des fils qui est à deux doigts de concrétiser avec sa petite amie et qui tente du mieux qu'il peut de ne pas admettre qu'il est gay pour le jeune voisin.
Ce n'est pas absolument palpitant mais ça permet à Rita de se mettre ponctuellement en retrait afin de ne pas devenir insupportable pour le spectateur, tout en entretenant avec ses enfants une relation sympathique et détendue.

Quand on avait l'impression que Rita serait une série sympathique mais trop gentillette, on a droit à une petite scène de cul entre Rasmus et elle. Rien de très choquant, rien de révolutionnaire, ça se finit de façon marrante, mais finalement c'en est presque incongru vu le reste de l'épisode qui est très regardable par tout le monde.

Le passage le plus désagréable de l'épisode est en réalité quand, le lendemain, les parents de exigent un rendez-vous avec Rita et Rasmus parce que Rita ne s'occupe pas assez de Rosa. C'est là que Rita va faire sa Joséphine : alors que Rasmus espère qu'elle va faire ses excuses aux parents, elle leur renvoie le comportement de Rosa comme une patate chaude et finit par les quitter victorieuse, avant d'aller passer un peu de temps avec Rosa elle-même et essayer de la décoincer (mais la petite scène dans les chiottes était pas mal). D'accord, Rosa est une ado un peu chiante qui croit tout savoir et qui fait preuve d'arrogance, mais bon... c'est vraiment le moment irritant où l'héroïne n'a pas tort, juste parce qu'elle est l'héroïne et que les scénaristes sont de son côté.
La fin de l'épisode sera quant à elle un peu brusque et caricaturale, du genre "l'épisode est fini, donc toute la petite famille rit ensemble", ce qui ne nous laisse pas sur la meilleure des impressions.

Reste que Rita a un côté très sympathique, du moment qu'on ne s'attend pas à du Borgen ou du Forbrydelsen, ce qui est le gros danger en ce moment. C'est je crois un risque que vont courir ceux qui vont commencer à s'intéresser aux séries scandinaves du fait de leur enthousiasme pour l'une d'entre elles : ne pas admettre la variété de tons qu'a toujours la fiction d'un pays donné ; rien ne me traumatise plus que voir les britanniques chercher à acheter série policière scandinave après série policière scandinave comme si le drame, la dramédie ou la comédie étaient inexistants.
Clairement, la série n'a rien de révolutionnaire. La bonne nouvelle c'est que ça ne détonnerait pas tellement sur une chaîne française...

J'ajoute que ce post a été rédigé avec l'aide du site de TV2, qui a la gentillesse de nous offrir ce qui est un classique pour les séries asiatiques, et qui m'a drôlement aidée dans le cas de Rita : un organigramme des personnages. C'est cool parce que j'avais pas retenu les noms des personnages DU TOUT. Donc merci TV2.

Rita_Relationships

Posté par ladyteruki à 18:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-02-12

Velkommen !

BorgenEnfin

Cela ne faisait que quelques semaines que je m'intéressais à la télévision scandinave. Après avoir travaillé sur des articles présentant les télévisions suédoise, norvégienne et danoise, j'avais appris énormément de choses et, surtout, j'avais déjà fait quelques découvertes téléphagiques, parmi lesquelles Kodenavn Hunter ou Blomstertid, mais je n'avais pas encore tous mes repères, et certainement pas encore de véritable source d'information (me contentant à l'époque d'écumer les programmes de TV Planeten, par exemple, pour me faire une idée de ce qui était diffusé au Nord). J'ignorais complètement l'existence de Borgen, disons-le, qui n'était alors diffusée que depuis quelques semaines sur DR1. Mais heureusement, Scénaristes en Séries s'apprêtait à y remédier.

De ce déplacement, et notamment grâce à la nuit des pilotes (à moi En God Nummer To Question 10 !, Lulu og Leon, et Alamaailma Trilogia !), je suis revenue avec deux véritables coups de coeur : Kommissarie Winter, qui m'a foudroyée sur place, et Borgen, qui m'a fascinée.
Vous pouvez retrouver mes impressions sur le pilote de Borgen ici, et pour Kommissarie Winter.

Après avoir fait partie des premiers petits veinards en France à avoir découvert la série politique danoise, je n'ai pas pu m'arrêter là, j'étais trop sous le charme pour passer à autre chose. J'en ai parlé, et parlé, et parlé autour de moi (je ne savais pas que la diffusion sur arte tarderait tant à venir...), et surtout j'ai fait des pieds et des mains pour mettre la main sur le coffret DVD de la première saison. J'ai aussi incité mes petits camarades du SeriesLive Show (Livia n'était pas difficile à convaincre, je lui avais déjà inoculé le virus) à donner sa chance au pilote, et cela a donné une émission passionnante à enregistrer.

Le parcours de la série parmi les téléphages n'a pu que me faire plaisir, tandis que la date de lancement sur arte approchait, ENFIN !
Accessoirement, je vous rappelle qu'arte a également acquis les droits de Kommissarie Winter, ce qui en fait ma chaîne française préférée de tout l'univers, hésitant même à réinstaller adsltv.

J'ai vu le buzz autour de Borgen grandir, notamment en Grande-Bretagne puis aux USA. D'ailleurs, glorie à la vague d'intérêt pour la fiction scandinave outre-Manche, qui sert de banc d'essai à la France et permet d'ouvrir toujours plus de portes aux séries nordiques dans l'hexagone ; il y a eu les diffusions hélas confidentielles d'Oskyldigt Dömd, de Blekingegade, de Forbrydelsen, de Lærkevej (toutes bel et bien diffusées en France sans grand bruit), maintenant Borgen a une chance de vraiment changer la donne. Bientôt Bron/Broen, avec de la chance ? Peut-être même peut-on espérer qu'une chaîne va s'intéresser à Äkta Människor ? Quelque chose est en train de se passer et j'assiste à cette transition avec délice.

Ce soir, je ne serai pas à temps chez moi pour regarder Borgen sur arte, mais il y a des chances pour que vous, si.
Je vous envie un peu d'avoir cette découverte à faire, d'être encore vierge de son visionnage, si je puis dire. Vous allez passer une super soirée... Car n'hésitez pas : joignez-vous à l'aventure de cette série incroyable qui a conquis le monde, et découvrez pourquoi ceux qui la regardent ne tarissent pas d'éloges à son sujet. Unanimement, d'ailleurs.

Faites-vous une faveur, regardez Borgen. Ne loupez pas le coche de la fiction scandinave.

MeilleureSerie

Posté par ladyteruki à 15:00 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]