ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

19-07-11

Tellement mineur que vous ne saviez même pas que ça existait

On ne parle pas assez des séries de la chaîne IFC. C'est un tort parce que, personnellement, pour Portlandia comme pour Bollywood Hero, j'en avais apprécié la liberté de ton et l'impression de regarder de quelque chose sortant carrément des sentiers battus. Vous savez, pas une série où on écrit dans le post une phrase du genre "et finalement c'est original dans le genre", mais une série où on n'a pas besoin de le préciser tellement c'est évident. Alors après c'est une question de goût, on aime ou on aime pas, mais quand on se plaint d'une certaine répétitivité, d'un certain manque d'imagination voire même d'audace dans les grilles des chaînes américaines, on n'a pas le droit de snober les productions d'une chaîne comme IFC.

Bonus non-négligeable : la série dont je m'apprête à vous parler jouit d'un tandem d'actrices fort sympathique. A mes yeux en tous cas. Imaginez plutôt : retrouver Nicholle Tom (oui, Maggie dans Une Nounou d'Enfer, rien que ça), et l'étrange Laura Kightlinger (toutes les pièces ne sont pas d'origine mais j'avoue avoir un faible téléphagique pour elle depuis que je l'ai repérée ses apparitions dans Lucky Louie), c'est une bien étrange combinaison. Qui plus est, j'avoue que ça fait toujours plaisir de voir Azura Skye, avec sa tronche de travers et son petit air mesquin, et pourtant étrangement adorable, comme elle l'était déjà dans Zoe, Duncan Jack & Jane (mais pas du tout dans Buffy, brr, j'en fais encore des cauchemars).
Ah oui, alors bien-sûr, je suis pas en train de vous dire qu'on a un all star de la comédie américaine (quoique Kightlinger a une petite réputation, l'air de rien), mais que voulez-vous, ya des têtes qu'on aime bien, indépendamment de leur popularité par ailleurs.
Donc, ce soir, petit détour par The Minor Accomplishments of Jackie Woodman, une étrange comédie d'IFC.

MinorAccomplishments
Typiquement, le pitch de The Minor Accomplishments of Jackie Woodman aurait de quoi me mettre en colère d'ordinaire : c'est l'histoire d'une scénariste qui n'arrive pas à percer à Hollywood. Wow, c'est d'une originalité ! Attendez, pourquoi je n'écrirais pas une série sur les trucs fous qui peuvent se passer dans un cabinet ministériel, tant qu'on y est ?

Pourtant, la vraie bonne nouvelle de ce pilote, c'est que Jackie n'écrit quasiment pas pendant cet épisode, c'est simplement que son objectif est d'écrire et que ça va la mener dans un truc totalement délirant qui n'a rien à voir. En l'occurrence, en allant simplement bosser, Jackie et sa meilleure amie Tara (...j'aime bien cette phrase, on dirait que deux de mes héroïnes préférées de Showtime ont sympathisé !) vont avoir un accrochage avec le véhicule d'une quelconque star sur le retour, qui va les embarquer dans un sorte de secte. C'est vous dire si on part de loin quand même.
Résultat, on passe 90% de l'épisode dans cette secte (peuplée de connards de producteurs qui parlent de produire quelque chose qui serait "comme Sex & the City, mais avec des poissons"), et ça n'a plus grand'chose à voir avec les ambitions de Jackie, ou de Tara d'ailleurs puisqu'elle travaille pour une société de production. Et je dis tant mieux.

Alors après, The Minor Accomplishments of Jackie Woodman n'est pas vraiment hilarante. Je n'ai ri qu'une fois. Mais on ne cherche pas forcément à se taper sur les cuisses avec une comédie en single camera, donc en l'occurrence, ça fonctionne parce qu'on sent que c'est grotesque, mais que quelque part, c'est du vécu. C'est une façon de dresser des portraits au vitriol des créatures peuplant Hollywood, mais sans nécessairement en passer par les intrigues du genre Action!. J'adore Action!, mais au moins, ça change.

J'ai en fait surtout eu un problème avec le côté "les épisodes d'exposition c'est pour la populace" de ce pilote. J'adore un pilote original, et ça me plait qu'on décide de ne pas passer par les poncifs du genre. Mais certains d'entre eux ont de l'intérêt. Par exemple, l'amitié entre Jackie et Tara (héhé, j'adore) se sent dés le début, et elle est presque plausible en dépit de l'évidente différence d'âge, mais on nous balance un peu trop abruptement certains autres aspects comme : ce que fait Jackie dans la vie (vu qu'elle se rend au bureau, c'est ennuyeux de ne pas savoir tout de suite ce qu'elle y fait), qu'est-ce que c'est que cette histoire de tante qui faisait de roller-derby (surtout que d'après les résumés, c'est la motivation de Jackie pour écrire), ce genre de choses. On saute directement dans l'intrigue (même simpliste), les "gags" (même si on ne peut pas vraiment en parler en tant que tels parce que l'épisode ne tente même pas de nous faire rire), les dialogues souvent acerbes entre Jackie et Tara ( ^_^ ), et c'est quand même un peu rude.
Mais enfin, bon, au moins, ça justifie d'être sur IFC.

The Minor Accomplishments of Jackie Woodman n'est pas la perle insoupçonnée qu'on voudrait découvrir quand on se lance dans une série méconnue d'une chaîne indépendante, mais c'était quand même sympa. Alors... En fait, le titre est assez explicite sur ce qu'il y a à attendre de la série : elle accomplit deux-trois choses, mais ça reste mineur. Pour autant, c'est un joli véhicule pour Kightlinger. Si vous aimez bien sa tronche refaite, et surtout son type d'humour, ça devrait quand même vous plaire.

Et pour ceux qui... et zut. Quand je vous disais qu'IFC souffrait d'un manque de mise en avant.

Posté par ladyteruki à 23:33 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

19-02-11

Where young people go to retire

Chose promise, chose due, voici un nouveau post consacré à Portlandia, et je vous avoue, de vous à moi, que je n'en suis pas totalement mécontente. Déjà parce que ça fait du bien d'être motivée pour poster (ne serait-ce qu'un peu), ensuite parce que je me suis vraiment donné du mal sur ce coup.

C'est-à-dire que, déjà, je suis partie du constat que le dernier post La preuve par trois datait de novembre 2010 (il s'agissait du pilote de la série australienne The Circuit, et si vous l'avez loupé, il n'est pas encore trop tard pour bien faire et aller cliquer sur le petit icône magique). Et ensuite, j'ai réalisé, en les cherchant pour l'un de mes collègues, qu'il n'existait pas de sous-titres français pour la série Portlandia. Alors j'ai pris un peu de temps et je m'en suis chargée moi-même. Voilà, vous savez tout. Donc ce post La preuve par trois, ce n'est pas juste l'occasion de vous parler du pilote de Portlandia, ce n'est pas juste une façon de vous encourager à le découvrir, c'est carrément une offre clé en main, comme ça, vous n'avez plus d'excuse pour ne pas l'avoir vu.

Portlandia_1
Parce que Portlandia est certainement la série la plus originale du moment, osons le dire. Sa formule fait d'elle un ovni : il ne s'agit ni d'un formula show, ni d'une série feuilletonnante, c'est quelque chose qui n'a rien à voir mais qui emprunte pourtant ponctuellement au feuilleton (on verra comment ensuite). Et ça se sent dés la scène d'ouverture de ce pilote, qui nous plonge directement dans la genèse de la série (pourquoi se déroule-t-elle à Portland, et qu'est-ce que cette ville a de si particulier ?), avec une histoire qui nous permet de mettre le pied à l'étrier, et nous embarque dans un univers complètement barré, avec des personnages absurdes, des situations banales qui virent au n'importe quoi, et de la musique. Ce sont les éléments de base de la série et il se retrouvent tous, parfaitement condensés, dans cette première scène d'exposition.
Et pourtant, la structure-même de la série fait que, aussi parfaitement écrite puisse-t-elle être, avec deux personnages attachants qui débarquent à Portland pour des raisons un peu ridicules... elle s'arrêtera là. Avec son côté anthologique, Portlandia nous présente systématiquement des personnages qu'on n'est jamais sûrs de revoir, et des histoires dont on n'est jamais certains de connaître la suite. C'est l'héritage des comédies à sketch, qui tombe sous le sens vu la présence de Fred Armisen à la barre (co-auteur et un des deux acteurs principaux), qu'on peut voir depuis plusieurs années dans Saturday Night Live. Et pour expliquer l'importance de la musique dans la série, eh bien là encore, quand on sait que Fred est musicien, mais aussi que Carrie, sa partenaire dans cet exercice, est elle-même musicienne, tout s'explique. Rien que pour ça, sans même parler de ses origines sur internet, Portlandia est une série à part, qui arrive avec sa propre personnalité, ses propres références, sans chercher à faire quelque chose qu'on aurait déjà vu ailleurs (ou alors je veux bien qu'on me cite des noms). Attendez-vous à basculer dans l'inconnu et à n'y trouver aucun de vos repères habituels en termes de fiction.

Portlandia_2
Ainsi, le pilote de Portlandia se lance dans une étrange tentative de nous présenter plusieurs personnages (tous interprétés par Fred et Carrie). On trouvera donc Jason et Ronnie, qui habitent Los Angeles et tombent sous le charme de Portland au tout début du pilote, Peter et Nance, qui voulaient simplement manger du poulet bio, Fred et Carrie, en prise avec une boucle technologique, les deux propriétaires (pour l'instant anonymes) d'une librairie féministe, et Stewart et Susan, qui font partie de la ligue de cache-cache pour adultes de Portland. Seul un couple de ces personnages aura droit à plusieurs scènes en fil rouge, et il s'agit de Peter et Nance. Ils personnifient parfaitement tout ce que critique Portlandia : ce sont des bobos qui intellectualisent des choses ridicules à l'excès, comme ici leur volonté de manger bio à tout prix, au risque d'abandonner le restaurant au beau milieu de leur commande pour aller vérifier sur place si la ferme qui a élevé le poulet qu'ils s'apprêtent à commander est bien "éthique". Et ça s'emballe, naturellement.
C'est là que les choses sont feuilletonnantes ou à peu près pour Portlandia, quand on suit une histoire plutôt qu'une autre. Et l'ironie du sort c'est que dans les épisodes suivants, on ne verra plus Pete et Nance, mais qu'un autre couple de personnages, par contre, réapparaitra, et que Stewart sera cité par un personnage que jusque là nous ne connaissons pas, etc... En créant un monde dense de la sorte (alors que pourtant totalement absurde), Portlandia parvient à fabriquer pièce par pièce, à travers une suite de scènes en apparence indépendantes, quelque chose d'incroyablement cohérent, alors qu'il n'y a même pas d'histoire. C'est fascinant de voir tout ce que la série parvient à faire simplement avec des portraits, finalement.

Portlandia_3
Pour finir, et après je vous laisse goûter les plaisirs de Portlandia tous seuls comme des grands, voici une série qui ne se prive pas de se moquer de son propre public. C'est facile d'écrire des répliques mordantes sur un "ennemi" commun, genre un redneck complètement abruti avec le spectateur, hilare, pourra se dire qu'il n'a rien en commun. Des séries comme My name is Earl n'ont pas grand mérite à faire rire, car elles ne font pas rire de soi-même. Mais le public premier de Portlandia, et c'est là que c'est brillant, ce sont ses cibles, en fait. Mieux encore : ses auteurs sont dans sa cible. Critique du hipster qui voudrait se croire meilleur que les autres, plus cultivé, plus éco-responsable, plus capable de penser et s'amuser en électron libre, et qui au final finit par rentrer dans un nouveau moule qui souligne le ridicule de l'opinion qu'il a de lui-même, la série Portlandia est aussi, et c'est important, diffusée sur une chaîne... indépendante (IFC, dont on a déjà pu parler à l'occasion de Bollywood Hero). Donc en fait, si Fred Armisen et Carrie Brownstein y ont leur série, c'est parce qu'ils collent à l'identité de la chaîne, et qu'ils écrivent pour plaire à un public qui s'est installé devant cette chaîne précisément parce qu'il pense être différent, et n'être pas concerné par le "mainstream". La boucle est ainsi bouclée !
Et pourtant, ces personnages se font écorcher vif, à l'image de ce dialogue (prolongé pour notre plus grand plaisir pendant le générique de fin, pour un "encore" délicieux) entre Stewart, chef de l'équipe des Sherlock Holmies qui disputent un match de la Ligue de cache-cache pour adultes de Portland, et une vieille dame, et qui démontre combien cette volonté de penser "hors du moule" s'exprime de façon ridicule. Dans la première scène, on affirmait que Portland était "la ville où les jeunes prennent leur retraite", mais en réalité, c'est plutôt le Pays Imaginaire, peuplé de jeunes qui ne veulent pas grandir mais veulent se sentir importants. Et Portlandia ne leur fera pas de cadeau.

Alors oui, c'est différent de la plupart des choses que vous avez vues jusqu'à présent à la télévision, et non, ça ne plaira pas à tout le monde, mais c'est justement pour ça qu'il faut tenter Portlandia. Parce que vous découvrirez une perle totalement différente de vos comédies habituelles, et franchement, ça fait du bien de découvrir une série qui s'aventure hors des sentiers battus.
Sans compter que si vous aimez, vous aurez l'impression de faire partie d'une élite capable de rire des choses que le commun des mortels ne saurait apprécier... et là vous saurez que vous êtes parfaitement à votre place devant cette série. Ça tombe bien, elle a été renouvelée en début de semaine pour revenir avec 10 épisodes supplémentaires l'an prochain.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Portlandia de SeriesLive.
Favicon

Posté par ladyteruki à 18:18 - La preuve par trois - Permalien [#]

31-10-10

[DL] The Circuit

Pendant que je m'en vais à un rassemblement familial dont, de vous à moi, je saurais franchement me passer, je ne voulais pas vous laisser sans un nouveau post rédigé uniquement dans l'intention de chanter une fois de plus les louanges de The Circuit. Soyez sûrs d'ailleurs que si le générique de Bollywood Hero durait plus de 10 secondes, je vous le proposerais tout pareil (mais ne pas le faire me donnera l'occasion d'un autre post plus tard).
Bref, vous n'allez pas y couper, le weekend sera dédié à The Circuit ou ne sera pas. Avouez que j'ai eu pire obsession...

TheCircuit
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

C'est court, mais putain, c'est beau.
Il y a dans ce générique quelque chose qui me rappelle ce que je ressentais devant les épisodes de The No. 1 Ladies' Detective Agency, une invitation à s'émerveiller devant une nature inaccessible mais terriblement belle, à voyager à l'autre bout du monde grâce à quelques images et quelques sons (car rendons justice à ce thème musical, il n'est pas courant !). Viennent se mêler à tout cela quelques portraits des protagonistes, pas forcément nécessaires de mon point de vue mais ils ne brisent pas la magie de la chose donc ça me va. Sans oublier l'impression d'une grande rudesse, complètement contrastée par le thème du voyage et la complainte du thème musical... Voilà vraiment un générique unique en son genre, qui déjà nous transporte...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (mais justement le principe, c'est de s'y mettre) : la fiche The Circuit de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 11:17 - Médicament générique - Permalien [#]

Dust storm

CircuitItinerant

Depuis une bonne décennie, je suis une grande amatrice de drames judiciaires. Si j'ai probablement toujours vu des séries de ce genre, la première que j'ai regardée attentivement était The Practice, diffusée par M6 pendant un temps. Quelques années plus tard, la confirmation s'est faite avec L.A.Law, découverte sur France 3 en deuxième ou troisième partie de soirée en 2000, peut-être 2001. Quelque chose a allumé mon intérêt pour ce genre et ne s'est plus jamais éteint ensuite, parce que la série judiciaire est, en quelque sorte, comme la science-fiction : on peut s'en servir pour parler d'absolument tout ce qui nous préoccupe.

Le problème c'est que bien souvent, ces séries sont justement préoccupées par des affaires bien spécifiques : des accusés de meurtre, souvent (bien que pas toujours, certes). C'est un reproche que j'adresse notamment à The Defenders que pour l'instant j'ai mise en pause, après trois épisodes vraisemblablement trop peu intéressés par les cas des "petites gens", pour se préoccuper d'affaires classiques. Je ne dis pas qu'il ne faut pas parler de ces thèmes, des problématiques morales qu'ils soulèvent, des enjeux dramatiques qu'ils permettent, mais enfin, on tourne parfois un peu en rond. Et puis, ça manque aussi un peu de proximité : combien de fois dans votre vie avez-vous été confrontés à un meurtre ? C'est finalement à rapprocher de mon problème avec les nombreuses séries d'enquêtes qui éclipsent le travail de proximité de la police en uniforme.

Du coup, quelle n'a pas été ma surprise lorsque j'ai appris que le principe de The Circuit était le suivant : une cour itinérante qui s'aventure dans les zones reculées de l'Australie afin que la Justice puisse être accessible à tous. Déjà, je trouve cette idée remarquable : ce pitch évoque un certain idéal de Justice, proche du retour aux sources des fondements de la loi, et j'aime l'idée que le tribunal, à la télévision, ne serve pas seulement à développer de grandes idées mais aussi tout simplement à tout simplement dépeindre certaines réalités "ordinaires".

C'est donc avec un grand a priori positif que je me suis mise en quête du pilote de The Circuit, et sans l'aide de Sowey, que je remercie chaleureusement, j'y serais encore.
Mais rien n'était joué car, je vous l'ai déjà dit, la fiction australienne est rugueuse, c'est à la fois sa force et sa faiblesse, et cela peut parfois être rédhibitoire. Pour autant, la perspective de découvrir le fonctionnement de la Justice australienne, les problématiques intimement liées à la société aborigène, et les jolies photos de promo (même photoshoppées à outrance) ne laissaient pas le moindre doute sur le fait que je devais absolument voir le pilote.

Après un énigmatique message d'avertissement pour la spectatrice française et ignorante que je suis, voilà donc le pilote qui commence de façon assez conventionnelle sur l'arrivée d'un avocat, Drew Ellis, dans cette fameuse cour itinérante. Outre le montage... rugueux, mais définitivement incisif, cette partie est relativement classique. Mais agréable, je tiens à le souligner, car les protagonistes ont quelque chose de peu et de très accueillant.

Le nerf de la guerre, on va le découvrir une fois que le tribunal itinérant siège dans sa première ville. Et c'est là aussi qu'on va comprendre que The Circuit n'a rien de commun avec les séries judiciaires du moment. Dans The Circuit, les cas traités vont en effet du vol de bétail à l'ivresse sur la voie publique, en passant par les violences domestiques. Exit les affaires passionnantes, et c'est justement ce dont Ellis va faire l'expérience rapidement, non sans accuser le coup : le tribunal s'installe, les avocats prennent connaissance de leurs très nombreux dossiers, font en quelques minutes (s'ils sont débrouillards) la connaissance de leurs clients, défendent leur affaire en quelques phrases efficaces, et passent au suivant. Comme le dira Ellis, "ce n'est pas une cour, c'est une usine de saucisses", du travail à la chaîne où l'on n'a pas le temps de s'attarder sur les détails, il faut que quand la cour repart, tout le monde ait eu droit à son procès.

Non seulement il s'agit d'apporter la Justice là où elle n'est pas, afin qu'il n'existe pas de territoire dans le pays où chacun n'ait pas le droit et le devoir d'être mis devant la loi, mais en plus il s'agit de veiller à la vie de communautés qui sont non seulement éloignées géographiquement, mais aussi culturellement. La clientèle de ce tribunal du bush, ce sont des aborigènes, une population pauvre, avec les problèmes qui en découlent. Difficile par exemple de ne pas être touché par cet homme âgé qui n'a pas de quoi percevoir une aide pour des soins médicaux, qui se débrouille pour aller en ville en voiture alors qu'il ne devrait pas, et qui se retrouve devant un tribunal pour avoir conduit alors qu'il était dans l'incapacité de le faire.

Mais The Circuit n'est pas dans la commisération. L'avertissement adressé à Ellis est d'ailleurs clair : surtout, ne pas croire qu'il n'y a que des victimes, il y a aussi des ordures. Simplement, dans les circonstances si particulières de ce tribunal, il faut trouver l'énergie de distinguer les pourris des faibles, et surtout, ne pas se laisser bouffer par la misère qu'on voit défiler en un temps record chaque jour...

La fin de l'épisode propose un procès auquel il est porté un attention un peu plus soutenue, et qui présente un enjeu différent. Afin à la fois de montrer que Drew Ellis est un avocat passionné (et un brin idéaliste, ce qui est normal quand on s'engage dans pareille aventure mais qu'on n'en est qu'au début), mais aussi de creuser un peu plus la question des différences culturelles, sans compter le potentiel dramatique, l'histoire d'une jeune mère arrêtée pour possession de drogue fait l'objet de longues scènes. C'est extrêmement touchant, c'est incroyablement puissant, c'est superbement filmé (mes pieds ne touchaient plus terre lors du plan très court pendant lequel Ellis tente de chercher la solution à ce qui lui tord le cœur), c'est magistralement interprété, bref c'est un grand moment de drama judiciaire, sans perdre de vue les objectifs de la série.

Dire qu'il s'agit d'un pilote qui m'a convaincue relève de l'euphémisme. Mais deux coups de cœur en une semaine, je ne sais pas si je vais pouvoir tenir le coup, je ne vous le cache pas ! Pendant que Bollywood Hero continuer de cagouler tranquillement, je suis donc sur le point d'enfourner un deuxième épisode de The Circuit...
C'était une fichtrement bonne semaine pour la téléphagie.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Circuit de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 00:30 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

28-10-10

Mere piya...

Il y a quelques temps, je faisais une news pour SeriesLive ; un acte aujourd'hui devenu en apparence anodin, je suppose. Ce n'était pourtant pas une news comme les autres puisqu'il s'agissait d'annoncer l'arrivée prochaine d'une série produite par Lorne Michaels (SNL), conçue par Fred Armisen (SNL) et où Kyle MacLachlan est amené à apparaitre régulièrement. A part à napper le tout de milkshake à la fraise, il n'y avait rien à ajouter, tout était dit pour attirer mon attention. On fera le bilan en 2011 si quelqu'un à la bonne idée de mettre la cagoule à disposition quelque part où je peux la trouver.
Ce jour-là, j'avais fait mes devoirs et découvert que la chaîne IFC n'en était pas à son coup d'essai, et qu'une mini-série du nom de Bollywood Hero avait vu le jour environ un an plus tôt. A la lecture du pitch, je m'étais dit qu'il faudrait y jeter un œil à l'occasion. Et puis j'étais retournée à ma trépidante série d'articles hebdomadaires.

Il y a quelques jours, je ne sais plus comment ni pourquoi, j'ai repensé à Bollywood Hero. Et si vous aviez l'impression que j'étais mal lunée cette semaine, et que j'avais été négative envers toutes les séries traitées, eh bien ça pourrait bien être la faute de Bollywood Hero dont le pilote est tout simplement mon coup de cœur du moment. Oui, une série avec Chris Kattan. On me l'aurait dit ya quelques semaines de ça, je ne l'aurais pas cru non plus, je vous rassure.

BollywoodHero

Voilà tout-à-fait le genre de série dont personne ne vous parle alors que c'est d'une part vraiment original, et d'autre part très, très sympa : dans Bollywood Hero, Chris Kattan (dans son propre rôle) sent bien que sa carrière tourne en rond, voire pire. Un ultime rôle débile et mineur dans une série cheap lui donne l'impulsion nécessaire à accepter la proposition d'un jeune réalisateur indien venu à Los Angeles afin de recruter une célébrité américaine pour son prochain film. Voilà Chris qui s'envole pour l'autre bout du monde, convaincu d'avoir décroché le rôle principal d'un long métrage qui va tout changer...

Le problème c'est que d'une part, Monty, le réalisateur, est un débutant, héritier d'un grand cinéaste indien qui n'a laissé que sa légende derrière lui, et d'autre part la productrice est la sœur de Monty, Priya, une femme au caractère bien trempé qui a vite compris que Chris Kattan (1m68, chétif, une tronche de traviole et essentiellement célèbre pour son personnage de Mango...) n'est pas exactement l'acteur dont on rêve pour un rôle d'enjeu masculin dans un film bollywoodien, où en plus il faut chanter et danser. Mais Chris s'accroche au projet. Alors qu'il était parti sur un coup de tête, il a envie de s'impliquer. Et le voilà en train d'essayer de devenir le rôle masculin dont tous les films bollywoodiens pourraient rêver. Pas gagné quand on a réussi à braquer la star féminine du film et que celle-ci refuse de tourner avec lui.

La partie qui se déroule à Los Angeles est assez classique pour une fiction se déroulant à Hollywood : Chris erre l'air malheureux dans les lieux typiques du gratin, accompagné de Maya Rudolph (elle aussi dans son propre rôle), et se confrontant à Keanu Reeves (jouant une version snob et orgueilleuse de lui-m... hm, dans son propre rôle aussi). La frustration monte de part et d'autre de l'écran parce qu'on sait très bien que l'essentiel du film n'est pas là, mais sans réel agacement, plus parce que la mise en place n'est pas très originale. On tolère néanmoins ces longueurs en découvrant Chris sous un jour très humain, parfois un peu colérique mais visiblement blessé par la trajectoire qu'a effectuée sa carrière.
Mais c'est évidemment le voyage en Inde qui fait tout l'intérêt de Bollywood Hero. N'espérez d'ailleurs pas une image idyllique de l'Inde : Chris découvre d'abord les rues peuplées et pauvres avant de découvrir les superbes studios et les grandes maisons de style. En fait, les décors de l'Inde sont un très bon reflet de ce que Kattan diffuse également : un bon équilibre entre l'image qu'on s'en ferait a priori, et une autre moins spectaculaire mais plus intime. Kattan s'ouvre, se laisse aller à une certaine vulnérabilité, et l'Inde fait la même chose en toile de fond.

On n'est bien-sûr pas dans le constat social, ce n'est pas le propos. Mais alors qu'on pourrait s'attendre à ce que Bollywood Hero ne soit qu'une comédie prenant pour prétexte l'univers des film indiens pour déconner à fond, on découvre au contraire, au fur et à mesure, une sorte de Lost in Translation indien sur fond de cinéma. Certaines scènes donnent vraiment l'oeil humide, à l'instar du passage de total désœuvrement de Chris qui vient de se faire virer du film par Priya, et dont la carte de crédit a été bloquée. Expulsé de son hôtel, errant dans les rues populaires de la ville, on le sent complètement abattu...
Et c'est là, au bout de, je ne sais pas, moi, 30 minutes peut-être ? Qu'intervient la toute première chanson de l'épisode. On ne l'attendait plus. On avait fait une croix dessus. Et c'est une excellente surprise parce qu'elle n'est pas tape à l'œil, s'intègre bien dans le passage, et n'est pas trop longue. Le deuxième grand moment musical viendra à la toute fin de l'épisode, soit une autre demi-heure plus tard, et sera beaucoup plus proche de ce qu'on attend d'un film bollywoodien, mais là aussi parfaitement liée à l'histoire.

On se retrouve avec une fiction qui ne cherche pas à vous faire croire que vous regardez un film bollywoodien, mais capable de reprendre les éléments de ce type de films avec beaucoup d'enthousiasme, et en se concentrant sur son histoire et son personnage central. Il en ressort quelque chose d'authentique, comme dirigé par la passion avant tout et non par l'envie de surfer sur une vague qui effectivement peut sembler légèrement opportuniste maintenant que Slumdog Millionnaire a ouvert la voie. Toute l'équipe et, à ma plus grande surprise, Chris Kattan le premier, est confondante de sincérité, sans mettre le divertissement de côté. On rit, on larmouche un peu, et à intervalles réguliers (mais espacés) on a une folle envie de danser. Tout ça avec une histoire sympathique même si légèrement cliché.

BollywoodHero_Cap_1 BollywoodHero_Cap_2 BollywoodHero_Cap_3

Moi qui n'avais pas beaucoup d'intérêt pour Chris Kattan, je le découvre sous un angle qui me le rend très sympathique. Son interaction avec le reste du cast transpire l'honnêteté, sa scène d'entrainement à la danse avec Beeji est drôle mais donne l'impression d'une vraie rencontre, il ne cherche pas à être comique (alors que ce serait facile pour lui), et globalement on a vraiment l'impression qu'il y a une vraie histoire en Kattan et l'Inde (n'oublions pas qu'il est l'un des créateurs de la série ainsi que le producteur exécutif). Ça fait donc vraiment plaisir à voir.

Dans ces conditions, vous imaginez bien qu'à l'heure où nous parlons, je suis déjà en train de cagouler la suite... il me reste seulement deux épisodes à découvrir, c'est presque de la torture. En attendant je n'ai pas manqué de me découper les deux passages musicaux principaux, et vous imaginez sans peine qu'ils sont en train de tourner en boucle en ce moment-même, me connaissant...
Bon, et vous savez quoi ? La télévision indies (et hindi, pour le coup), ça vaut vraiment le coup de tenter. Vivement Portlandia, tiens.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Bollywood Hero de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:13 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]


  1