ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

31-05-13

Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie...

Vous connaissez la Rose d'Or ? Non, ça rien à voir avec la caverne du même nom...
Hier soir se tenait la cérémonie d'origine suisse, qui revenait sous une nouvelle forme, mais un même nom (bien que désormais suivi de la mention "a Eurovision award" qui indique le changement de direction aux plus étourdis parmi nous). Et comme vous me savez friande de cérémonies de récompenses internationales, vous vous doutez de la suite de ce post. Attention, un twist n'est cependant pas exclu...

Pour cette 52e édition placée sous le signe de la renaissance, pour la première fois, les prix n'ont pas été remis en Suisse, mais à Bruxelles ; ils n'ont pas non plus clôturé un festival, mais se sont inscrits dans le déroulement du 2013 Media Summit. Plein de changements, donc, enterrinés lors d'une soirée animée par la Néerlandaise Lucille Werner, et sous le haut patronage de la Princesse Astrid et du Prince Lorenz de Belgique, excusez du peu.
Et vous allez voir que le changement va encore plus loin...

RosedOr

Avec cette réorientation sont également venus des changements jusque dans les prix remis, et non des moindres : 6 Roses d'Or seulement sont remises.
La plus grande surprise est que les catégories relatives aux programmes scriptés se bornent à deux awards à présent, et pas forcément les plus évidents. Ainsi, exit les séries dramatiques, sayonara les mini-séries, adieu les séries pour la jeunesse, ciao les soaps et telenovelas ; même les téléfilms ont tiré leur révérence. Le transmedia est également aux abonnés absents.
Que reste-t-il dans le domaine du scripté ? Sitcom. Les cinq autres prix sont Comédie (ce qui inclut les émissions humoristiques, notamment à sketches), ainsi que Emission de jeu, Arts, Divertissement, et enfin Réalité et divertissement factuel, que je ne couvrirai pas ici parce que je ne traite que de fiction. Je suis assez d'accord, ça n'envoie pas vraiment du rêve.

C'est un peu décevant de la part d'un prix qui a su par le passé récompenser la qualité de fictions telles que la Sud-Africaine Hopeville, l'Espagnole Aguila Roja, la Sud-Coréenne Dream High, l'Allemande Krimi.de, ou la Britannique Skins. Ou la Française Sous le Soleil, mais convenons ici, maintenant, tous ensemble, de collectivement ignorer cette anomalie.
Bien-sûr, la Rose d'Or a une histoire très fluctuante en matière de prix, il faut le reconnaître ; à ses origines en 1961, une seule Rose d'Or était remise (avec une Rose d'Argent et une Rose de Bronze pour deux autres programmes moindres), et ce jusqu'en 2004 lorsque le festival de la Rose d'Or, auquel la récompense est adossée, se lance dans une réorientation. Depuis lors, c'étaient environ une douzaine de prix qui étaient remis aux oeuvres, plus des prix d'interprétation masculins et féminins, et un prix aux présentateurs d'émissions. Quelques "mentions spéciales" permettaient en outre de récompenser un deuxième titre pour une catégorie donnée  ; par exemple, en 2008, quand Skins avait emporté la Rose d'Or dans la catégorie Dramatique, un prix spécial dans la catégorie Dramatique avait été accordé à la série britannique The Street histoire de ne pas laisser ses bonnes actions impunies.
Mais vous le comprenez donc, par le passé, la Rose d'Or était plutôt ouverte aux changements s'ils permettaient à son jury d'être flexible et de souligner l'excellence de plus de programmes, plutôt que de moins.

Focalisons-nous donc sur les deux prix dédiés au scripté, en étouffant nos sanglots de téléphages contrariés.

WatAls-300

  

Meilleure comédie :
Wat Als? (Belgique)

Etaient également nommés les comédies à sketches Cardinal Burns et The Revolution Will Be Televised (Royaume-Uni).

Spy-300

   Meilleur sitcom :
Spy (Royaume-Uni)

Etaient également nommées The Thick of It et Twenty Twelve (Royaume-Uni).

Ce qu'on constate aussi, et qui est encore plus criant quand on voit les nominations dans les 4 catégories non-scriptées, c'est la prédominance du Royaume-Uni dans ces prix. On ne peut pas dire que les créations britanniques souffrent d'être méconnues. Cela ne veut pas dire qu'elles ne doivent pas être récompensées (l'an dernier, Black Mirror avait amplement mérité son prix !), mais qu'il y a aussi la télévision ailleurs !

Là encore, historiquement, la Rose d'Or, qui constitue son palmarès sur la base des dossiers de candidature spontanée (comme c'est le cas pour tous la plupart des festivals internationaux, par soucis évident de commodité), a des antécédents.
Beaucoup de séries et émissions britanniques ont, par le passé, été récompensées ; si on s'amusait à compter le nombre de Rose d'Or remises par pays, le Royaume-Uni serait plus que probablement sur le podium. Pour autant, le phénomène semble amplifié à présent... entre autres, tout simplement, de par le choix des prix supprimés que j'évoquais plus haut ! Eh oui, en décidant de ne plus récompenser les soaps et telenovelas, par exemple, la Rose d'Or a fait le choix d'écarter certains pays qui ne produisent peut-être pas un grand nombre de comédies (ou pas de nouvelles, l'Allemande Pastewka ayant déjà été récompensée, et une même production ne pouvant remporter un même prix deux fois).
Sans doute aussi que les productions britanniques sont, de leur côté, particulièrement pro-actives, et ont envoyé des dossiers en masse ; peut-être que bien des sociétés de productions dans d'autres pays pensaient que les prix de la Rose d'Or avaient disparu en même temps que le festival. Plein de raisons sont possibles, et ne s'excluent pas mutuellement.
...L'accumulation d'explications n'empêche pas de constater que la diversité fait cruellement défaut à ces prix à présent.

Pour toutes ces raisons, la Rose d'Or perd énormément de son intérêt pour le téléphage curieux. "Les prix de la Rose d'Or reconnaissent l'originalité, la qualité et la créativité [...] et encouragent l'excellence à la télévision", dit-on sur les communications officielles des récompenses. C'est sûrement vrai pour la reconnaissance, mais je ne sens pas trop où est l'encouragement dans ce palmarès.
Oui, j'ai fait un post sur une récompense... pour vous dire qu'elle a un peu perdu de son intérêt. Parfois, l'information est aussi cruelle qu'elle est ironique.

Posté par ladyteruki à 19:49 - Love Actuality - Permalien [#]

03-03-13

De l'autre côté du Skyped Mirror

Si vous n'avez pas encore vu le dernier épisode de la saison 2 de Black Mirror, et que vous voulez de la compagnie, j'ai la solution pour vous : lancer le fichier de notre #SkypedMirror, et faire illusion. Avec un rien d'imagination, vous aurez peut-être l'impression de partager votre visionnage avec nous, même si vous êtes timide !

BlackMirror Skyped Mirror

Pour rappel, les participants (participantes dans ce cas de figure, en fait : Scarlatiine et Tiadeets, merci à elles) à ce petit visionnage en commun avaient pour instruction de ne pas regarder l'épisode avant de se retrouver ensemble, et de ne pas s'exprimer par écrit, mais uniquement à l'oral, sur le vif.
Je vous laisse donc écouter le résultat, qui évidemment aura plus de sens si vous lancez l'épisode concerné en parallèle.
A noter cependant que je n'avais apparemment pas la même version de l'épisode et que j'ai quelques secondes de décalage sur mes deux camarades.

Posté par ladyteruki à 22:08 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

19-02-13

Moi j'aime pas le pessimisme

Le pessimisme, c'est nul.
Pourtant il faut bien reconnaître qu'on tombe tous dedans de temps à autres. Parfois je fais partie de ceux qui ont simplement parfois du mal à l'admettre (on l'a vu avec la mésaventure Suburgatory). Parfois je me dis au contraire que je suis pessimiste à l'extrême, et/ou sans raison. Les choses ne vont pas si mal, tant qu'on a de quoi regarder des pilotes tous les jours et succomber à un coup de coeur plusieurs fois par mois !

La perception qu'on a de "la saison" est souvent trompeuse ; la saison n'est pas nécessairement nulle juste parce que nous n'en profitons pas autant que nous l'aurions imaginé. Par vagues, depuis le début de la saison 2012-2013, j'ai eu de douloureux passages à vide et d'autres de véritable exaltation. C'est pourtant la même saison !
Il est vrai que la mid-season a été très clémente avec moi, entre The Americans, Monday Mornings, le retour de House of Lies et Smash... mais beaucoup des séries qui constituent mon planning hebdomadaire sont les mêmes qu'au début de la saison ; à l'automne déjà, je regardais Raising Hope, The Neighbors, et j'en passe. Il y a des fluctuations, c'est sûr (The Good Wife est une fois de plus mise en pause ; soyons honnêtes, c'est une série que je préfère regarder en m'enfilant les épisodes par poignées), mais dans le fond, peu de choses ont changé dans mon planning.
Et je ne parle que de la saison en cours de diffusion aux USA, parce que Black Mirror est toujours un délice (d'ailleurs, ma proposition tient toujours), et il y a de quoi faire au Japon. Sans compter que des nouveautés australiennes vont tomber à partir de demain, mais enfin, on n'y est pas, on reparle de tout ça à tête reposée, hein.

Simplement, pour une raison que j'ignore, il suffit d'une annulation (Partners), ou au contraire du visionnage d'un pilote insupportable (on a eu un rude mois de janvier, la preuve par l'exemple avec Banshee), et paf, tout d'un coup, on cède à la négativité.

"Elle est nulle, cette saison", s'exclame-t-on en donnant un coup de pied métaphorique dans notre planning téléphagique, le nez plissé et le regard mauvais. Bon, peut-être après tout... mais avons-nous vraiment une vue suffisamment large de la saison pour pouvoir le dire ? Non. whisper et moi avons un défi consistant à regarder tous les pilotes de la saison américaine (plus les britanniques, les canadiens, les australiens, les français... je lui ai épargné l'Asie, j'ai l'impression d'avoir bien fait !), et nous n'avons même pas une vue suffisamment large de la saison avec tout ça parce que, pour autant que je sache, il n'existe personne qui a regardé tous les pilotes de la saison, et moins encore tous les épisodes. Même pas un nolife comme Truc, là.

Alors du coup, on n'a pas le droit d'être négatifs tant qu'on n'a pas tout vu, voilà ce que je dis !!!

TheAmericans-Flag

...Mais pas ce que je fais.
Ce soir, me morfondant à l'idée qu'il n'y a aucun nouvel épisode de mes marottes du moment, j'ai regardé ce que j'avais à me mettre sous la dent, et j'ai murmuré : "pff, ya rien à regarder... elle est nulle cette saison". Tu parles.
Peut-être que nous avons besoin de penser parfois qu'il n'y a rien de bien à regarder. Ca doit être un réflexe psychologique pour éviter de devenir monomaniaques, je suppose (tout le monde n'est pas forcément pourvu de ce mécanisme cependant).

Pourquoi, en dépit de disques durs qui débordent, de DVD qui s'empilent et de plannings de ministre, trouvons-nous encore le moyen d'accabler cette maudite saison qui a pourtant fait de son mieux pour nous offrir des dizaines de pilotes ? En plus d'être téléphages, nous sommes ingrats. Voilà !

En attendant de retrouver l'inspiration, je vais donc ce soir répondre à une autre interrogation existentielle : peut-on qualifier de marathon le fait de se refaire l'intégrale des 3 épisodes de The Americans diffusés à ce jour ? En ce qui me concerne, j'ai décidé que oui. Comme quoi, elle est franchement chouette, cette saison...

Posté par ladyteruki à 20:14 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

16-02-13

Passons ensemble de l'autre côté du miroir !

Peut-être vous souvenez-vous que, quelques semaines en arrière, je vous ai confié dans mon post "remix" de l'année 2012 avoir pour ambition d'essayer de mettre en place un visionnage commun d'un épisode donné, mais au lieu de le faire sur Twitter, le faire sur Skype.

Le but du jeu serait alors de partager une vraie expérience ensemble, entre téléphages, un visionnage collectif faisant fi des distances, afin de vraiment ressentir en commun l'émotion d'un épisode donné.
L'idée serait de le faire en conversation audio, avec plusieurs volontaires lançant le même épisode au même moment, dans les limites de la résistance du système (j'ignore sincèrement jusqu'à combien de personnes peuvent converser simultanément sur Skype... mais il n'y a qu'une façon de le savoir !), et que chacun laisse s'exprimer toutes ses impressions en cours de visionnage, ceux qui rient, ceux qui pleurent, ceux qui murmurent des commentaires, ceux qui s'impatientent, etc... sans aucune auto-censure, pour vraiment sentir les réactions de chacun de la façon la plus sincère possible.

C'est que, quand nous lisons les réactions des uns et des autres par écrit, nous avons droit à une forme digérée de leur réaction devant l'épisode concerné. Le simple fait de vouloir formuler un tweet ou une review pousse déjà à une forme raffinement de l'émotion, de transformation. Les cinéphiles connaissent bien cette impression, pour vivre l'expérience d'un film avec toute une salle ; mais en revanche, cette salle n'est pas toujours remplie de cinéphiles attentifs et cinéphagiquement éduqués, et compte souvent une bonne proportion de gens venus voir des images qui bougent, passer une soirée entre amis, ou bouffer du popcorn à s'en faire péter l'émail des molaires. Il s'agit donc ici de vivre l'expérience uniquement entre gens de bonne compagnie, et sincèrement intéressés et investis dans le visionnage.

Jusque là, je n'étais pas bien sûre de savoir quel épisode s'accorderait avec ce projet, mais je crois que, ça y est, j'ai trouvé, avec son retour cette semaine, le cobaye idéal : Black Mirror !

BlackMirror-logo

Eh oui : en dépit de sa seconde saison, Black Mirror est une anthologie qui permet à chacun de prendre la série à n'importe quel moment ! Qui plus est, dans le genre imprévisible, on a difficilement fait mieux, et il me semble qu'une série capable aussi bien d'émouvoir, de choquer et/ou d'interroger le spectateur, soit plus que toute indiquée pour une expérience commune comme celle que je voudrais mettre en place !
En plus, songez à l'ironie d'utiliser les nouvelles technologies pour regarder une série qui s'appuie autant... sur les nouvelles technologies.

Je cherche donc à présent au moins 5 volontaires pour cette expérience, sachant qu'elle portera sur le 2x03 de Black Mirror (un épisode qui sera diffusé le 25 février prochain), qu'elle se fera sur Skype, qu'elle nécessite d'avoir un casque avec micro, et que je demanderai aux personnes présentes de ne pas réprimer leurs réactions, et de ne pas utiliser la conversation écrite ou les réseaux sociaux pendant l'exercice, pour plus de spontanéité. Toujours afin de préserver l'esprit de l'expérience, je demanderai aussi aux participants de ne pas regarder l'épisode en question avant le visionnage commun.
Enfin, il sera plus que recommandé de ne pas manger ou boire pendant l'expérience, par respect pour les autres participants et pour le but-même de l'exercice (mais de toute façon, je ne suis pas sûre qu'il soit sage de prendre le pari de manger ou boire devant Black Mirror, comme le pilote de la série nous l'a appris !).

Une fois que j'aurai mes 5 volontaires minimum (mais s'il s'en présente plus, on en ajoutera jusqu'à implosion de Skype, alors ne vous retenez surtout pas de postuler !), je conviendrai avec eux d'une date de visionnage quelque part pendant le weekend des 2 et 3 mars.
Dans la mesure du possible, nous enregistrerons la conversation audio, dont le résultat sera ensuite posté dans ces colonnes (là encore, tout dépendra de la robustesse de Skype).

Si l'expérience #SkypedMirror vous intéresse, à la fois à des fins "scientifiques" pour savoir comment d'autres téléphages vivent leur visionnage dans le feu de l'action, et à la fois pour le plaisir de regarder ensemble un épisode dont personne ne sait à l'avance ce qu'il nous réserve, de par la nature-même de Black Mirror, je vous invite à postuler ci-dessous, en commentaire (la traçabilité des tweets étant ce qu'elle est, je ne prendrai pas en compte les volontaires qui ne se déclareront que sur Twitter).
...Et si vous voulez juste entendre le résultat final sans participer, parce que vous êtes un timide maladif par exemple, eh bien évidemment, vous pouvez toujours faire tourner le lien en attendant que d'autres volontaires se présentent.

Alors, qui veut tenter le coup ?

Posté par ladyteruki à 18:30 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

17-01-13

L'expérience interdite

Il y a des soirs où on a envie de regarder quelque chose de différent ; on ne sait pas ce que ça désigne précisément, mais on sait très exactement tout ce que ça ne désigne pas... Et rien qu'à son nom, je sentais qu'Utopia ne me décevrait pas. Je n'avais pas idée !
Il apparait que, dans le cadre du challenge avec whisperintherain, consistant à tester tous les pilotes de la saison pour vous en parler ensuite, Utopia se pose comme un défi en soi. Prêts à le relever avec moi ? Accrochez-vous, on est partis... et j'aime autant vous prévenir, ça va être chaotique.

Utopia

Pour vous parler d'Utopia, il faut probablement commencer par le plus évident : son ambiance. Et quand je dis que c'est le plus évident, en réalité je veux dire que c'est la seule chose qui apparaisse de façon évidente ! La série britannique frappe immédiatement par son esthétisme à la fois froid et coloré ; aux nombreuses couleurs pop s'oppose l'éclairage glacial et étouffant, conférant immédiatement à l'épisode une personnalité bien à part, et qui s'intègre parfaitement dans le récit. A ses apparences branchées mais angoissantes, Utopia ajoute un soundtrack génial, composé en grande partie de musiques ostensiblement artificielles (régulièrement à contre-courant de l'action d'ailleurs), mais laissant aussi une large part à des bourdonnements se faisant passer pour des silences. En général, ce n'est pas le genre d'univers musical que j'apprécie, mais dans le contexte d'Utopia, ça fonctionne incroyablement bien !
Avec ces deux ingrédients essentiels, et parfaitement maîtrisés, le pilote se pose immédiatement comme une oeuvre raffinée, moderne, unique.

Mais ça ne nous dit pas du tout de quoi ça parle... je soupçonne que ce soit à dessein.

Utopia commence dans un magasin de bande-dessinées dans lequel deux hommes étranges apparaissent. Avec le plus grand détachement, ils vont commencer à tuer quelques uns des hommes présents dans la boutique, lesquels, abasourdis, se laissent docilement faire ! Une seule chose intéresse nos deux tueurs : poser des questions à propos d'un manuscrit nommé Utopia, et d'un nom : "Jessica Hyde". Et tout cela se fait dans le calme, avec de jolies couleurs éclatantes et une petite musique comme venue tout droit d'un épisode de Portlandia ! Totalement absurde !
Ca n'a aucun sens pour les personnages présents ni pour le spectateur, et l'épisode va procéder de cette façon pendant une grande partie de son déroulement, mettant énormément de temps à faire sens à la fois de cette scène d'ouverture, et de son sujet en globalité. Des scènes décousues vont se succéder, semblant n'avoir aucun lien entre elles, et souvent assez longues. Qu'ont donc en commun ces personnages qui défilent à l'écran ? Quand plusieurs d'entre eux prennent contact via un forum consacré à la bande-dessinée The Utopia Experiments, justement, les choses sont à peine plus claires. Sur eux, on ne sait rien d'ailleurs. Ils ont simplement lu l'oeuvre, et semblent intrigués par elle... Même eux, en décidant de se rencontrer, ne semblent pas tout-à-fait certains de savoir dans quoi ils s'engagent.
Et comment le pourraient-ils ? A intervalles réguliers, notre tandem de tueurs tranquilles débarque, et quiconque semble en savoir trop meurt... non sans que le nom de "Jessica Hyde" ne soit évoqué au préalable, car résolument notre duo apathique est très intéressé par cette femme. Mais le spectateur continue d'être tenu hors de la confidence, et ignore qui est cette Jessica.

Lentement, très lentement, Utopia se révèle être une histoire mêlant science-fiction et conspiration. Les deux tueurs veulent visiblement étouffer quelque chose en rapport avec The Utopia Experiments, un graphic novel qui en réalité compte deux tomes, et non un seul comme le pensent la plupart de ses lecteurs ; ceux dont nous avons fait la connaissance dans ce premier épisode, et qui ont décidé de se réunir, ne connaissent donc pas, eux-mêmes, toute l'histoire qui les fascine. Surtout que visiblement, les autorités telle que la police participent activement (mais sans avoir connaissance des tenants et aboutissants) à compliquer la vie de ceux qui s'approchent trop près de la vérité sur Utopia, ce qui n'arrange rien !
Et pendant que les lecteurs essayent de donner du sens à tout cela, un homme qui semble n'avoir aucun point commun avec eux participe à une immense machination dans le milieu pharmaceutique, poussant son supérieur à commander des vaccins en surnombre pour soigner la grippe.
Fasciné autant que dérouté, et commençant à repenser aux titres des journaux de ces dernières années, le spectateur continue de regarder, mais tout cela est complètement tordu...

Les quelques révélations sur The Utopia Experiments qui nous seront faites au cours de l'épisode sont trop précieuses pour que je les dévoile ; je pense qu'à ce stade, vous l'aurez compris : savoir quelque chose sur l'oeuvre fictive permet de comprendre la série elle-même. Mais entendre ces quelques explications permet de mesurer la complexité de l'intrigue à laquelle la série Utopia s'attèle.
Si la série tient ses promesses, il y a de grandes chances pour qu'on tienne l'ovni le plus génial de l'année. Or, ce qui est absolument fou, c'est que pour le moment, seuls 6 épisodes d'Utopia ont été commandés par Channel 4 ! Comment la série va-t-elle réussir à explorer son thème conspirationniste, sa trame politico-financière, et même les relations interpersonnelles entre ses protagonistes, tout en préservant son ambiance unique ?!

L'ambition d'Utopia a de quoi électriser le plus blasé des téléphages, et on n'a même pas encore toutes les pièces du puzzle ! A cet égard, la série m'a rappelé Black Mirror, dont le ton unique a su prendre le spectateur au dépourvu, à la fois de par sa maîtrise de la narration et par des scènes d'une grande violence pour le spectateur. Car il y en a. Oh oui, il y en a une qui inoubliable...
Utopia est difficile à regarder, difficile à comprendre, et difficile à expliquer. Mais on sent pourtant, instantanément, que tous les efforts seront récompensés, car Utopia respire, paradoxalement, la cohérence, et met le spectateur en confiance.

Si vous vous sentez d'attaque pour une série qui ne va sûrement pas vous prendre par la main, et que vous pensez tolérer n'importe quelle scène choquante (parce qu'il y en a une bien gratinée vers la fin de ce pilote), je ne saurai que vous conseiller de tenter le coup. Une fois que vous serez un peu dans la confidence, on en reparlera entre nous...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-10-12

Emmy bis

Ah, la saison du MIPCOM... cet odeur de transactions dans l'air... le fumet délicat de la masterclass... le parfum du format qui se vend le soir au fond des stands... que du bonheur. Mais pardon, je m'emporte : c'est la poésie du moment. Ca me rend toute chose. Un jour j'irai sur place participer à l'orgie ambiante, mais en attendant, je me régale de loin des effluves qui nous parviennent.

L'un des effets secondaires du MIPCOM, ce sont les nominations aux International Emmy Awards. Comment vous dire ? C'est le parfait mélange de ce qui m'émoustille en matière de téléphagie : la télé internationale, et les Emmy Awards. Alors passons, si vous le voulez bien, aux nominations des International Emmy Awards, sachant que comme d'habitude je n'accorderai d'attention qu'aux fictions, et non-animées par-dessus le marché. Curieuse mais pas téméraire.

InternationalEmmyAwards

Les Emmy Awards les snobent, mais les International Emmy Awards leur consacrent toute un pan de leur palmarès : commençons avec les séries pour la jeunesse avant de passer aux catégories plus classiques.

Kids - Meilleure série

ChuugakuseiNikki-MEA

Chuugakusei Nikki
中学生日記
(Japon)

JulieeosFantasmas-MEA

Julie e os Fantasmas
(Brésil)

SLiDE-MEA

SLiDE
(Australie)

Stikk-MEA

Stikk
(Norvège)

Kids -  Meilleur mini-série ou téléfilm

DieSterntaler-MEA

Die Sterntaler
(Allemagne / Téléfilm)

LostChristmas-MEA

Lost Christmas
(Royaume-Uni / Téléfilm)

DeSterksteManVanNederland-MEA

De Sterkste Man van Nederland
(Pays-Bas / Téléfilm)

Dorama-NoPhoto

Fairy Tales on TV
(Corée du Sud)
Impossible de trouver une info dessus.
Ou au moins le titre original, quoi !

Meilleure performance pour un acteur

ArthurAcuna

Arthur Acuña dans The Kitchen Musical
(Singapour)

DarioGrandinetti

Darío Grandinetti dans Televisión por la Inclusión
(Argentine)

JasonIsaac

Jason Isaacs dans Case Histories
(Royaume-Uni)

SteinWinge

Stein Winge dans Koselig Med Peis
(Norvège)

ZhuYawen

Zhu Yawen dans Flying Eagle
(Chine)
Je n'ai pas trouvé le titre original...

Meilleure performance pour une actrice

SidseBabettKnudsen

Sidse Babett Knudsen dans Borgen
(Danemark)

CristinaBanegas

Cristina Banegas dans Televisión por la Inclusión
(Argentine)

Dorama-NoPhoto

Rina Sa dans Zhong Guo Di
(Hong Kong)

JoannaVanderham

Joanna Vanderham dans The Runaway
(Royaume-Uni)

Meilleure comédie

AbFab

Absolutely Fabulous
(Royaume-Uni)

AMulherInvisivel-MEA

A Mulher Invisível 
(Brésil)

Spy

Spy
(Royaume-Uni)

WatAls-MEA

Wat Als?
(Belgique)

Meilleure série dramatique

Braquo-MEA

Braquo
(France)

ICACInvestigators2011

ICAC Investigators 2011
(Hong Kong)

TheKitchenMusical-MEA

The Kitchen Musical
(Singapour)

TheSlap-MEA

The Slap
(Australie)

ElPuntero-MEA

El Puntero
(Argentine)

Meilleure telenovela

RosaFogo

Rosa Fogo
(Portugal)

RemedioSanto-MEA

Remedio Santo
(Portugal)

OAstro-MEA

O Astro
(Brésil)

BulguruiMyeoneuri-MEA

Bulgurui Myeoneuri
(Corée du Sud)

Meilleur mini-série ou téléfilm

BlackMirror-MEA

Black Mirror
(Royaume-Uni)

Shoshuu-MEA

Shoshuu
(Japon / Téléfilm)

HomensdeBem-MEA

Homens de Bem
(Brésil / Téléfilm)

LInfiltre-MEA

L'Infiltré
(France / Téléfilm)

Voilà ! Maintenant qu'on a passé tout ça en revue, et c'est une bonne chose de faite vous serez d'accord avec moi, je vous avoue que j'ai très envie de prendre mon petit panier téléphagique et de faire mon marché sur les merveilles vers lesquelles, une nouvelle fois, les cérémonies de récompenses internationales attirent notre attention. Alors ! Je prendrais une grosse ration de The Kitchen Musical (je me rappelais avoir vu le nom passer à l'occasion des Nymphes d'Or parmi un milliard d'autres noms, mais là, c'est clairement une standing ovation), mais je pense aussi que je me servirai une bonne louche de The Runaway (il faut dire que j'ai vu d'abord la belle ambiance du site web de la série, ensuite le nom d'Alan Cumming, donc c'était joué d'avance... comment ai-je pu ignorer aussi longtemps l'existence de cette série ?!), saupoudrée d'une pincée d'El Puntero (j'avais vu le nom passer il y a quelques mois, j'avais pas percuté, mais ça a l'air sympa).

Vous noterez au passage, mais loooin de moi l'idée d'insister dessus, la présence de Borgen et de Koselig Med Peis au palmarès, dignes représentantes de la Scandinavie. Pas mal aussi du côté de The Slap qui parvient à se distinguer (certes au détriment de Cloudstreet pourtant elligible la même année), décidément le buzz continue pour cette série pas comme les autres...

Et sinon, Case Histories, ça vaut quoi ? Et qu'est-ce qui vous intéresse dans ces nominations ? Et la deuxième saison de Black Mirror, ça ne la disqualifie pas un peu de sa catégorie ? Et quand est-ce qu'on a les résultats ?

Ah, ooops, au temps pour moi : à la dernière question, je peux répondre. Les vainqueurs des International Emmy Awards seront célébrés devant le gratin de la profession à New York le 19 novembre prochain, à l'exception des catégories pour enfants quidevront attendre le 8 février ! Pour le reste, c'est à vous de répondre.

Posté par ladyteruki à 21:20 - Love Actuality - Permalien [#]

27-02-12

Tonight will be a memory too

Memories

Ce weekend, alors que je préparais le prochain SeriesLive Show (ouais ça a pas l'air comme ça, mais c'est du boulot, faut regarder des trucs et des machins, et parfois même les reregarder pour être sûr), j'ai revu un pilote que je n'avais pas vu depuis, disons, trois ans, quelque chose comme, la routine quoi.
Mais surtout c'est une série j'ai découverte il y a 10 ans, alors que ma téléphagie n'en était qu'à ses débuts.

C'était, je suppose, l'une de ces séries auxquelles on ne s'attache pas plus que ça, au sens où, quand à l'époque j'avais vu le pilote, je l'avais énormément apprécié mais la personne qui me l'avait enregistré sur VHS ne pouvait pas m'enregistrer la suite (je ne lui à vrai dire pas demandé mais comme elle m'alimentait essentiellement en pilotes sans regarder au kilomètre de film, ç'aurait été incorrect d'en réclamer encore plus), j'avais assez vite fait mon deuil de la chose. Je crois que, bien qu'ayant beaucoup adhéré au pilote, je le trouvais autosuffisant. J'en gardais un excellent souvenir, le regardais de temps à autres, comme ça, pour voir, et puis ça m'allait très bien. C'est d'ailleurs assez rare qu'un pilote me fasse bonne impression et ne me donne pas envie (même ensuite quand internet est entré dans ma vie) d'aller plus loin ; ça ne se produirait sans doute plus de nos jours ; ça s'est d'ailleurs, je pense, assez rarement produit pour d'autres séries même à l'époque.
Mais enfin on en était là.

Et pourtant, quelle sensation incroyable de retrouver chaque personnage, chaque image, chaque musique, chaque séquence ! Sans connaître nécessairement le pilote par coeur (les espacements entre les visionnages aidant), il était incroyablement familier tout en conservant cette sorte unique d'excitation qu'on ressent devant un épisode qui parvient à surprendre et émouvoir par lui-même, et pas uniquement de par sa valeur nostalgique.
Est-ce qu'à mes yeux cet épisode est... culte ? C'est presque devenu un gros mot que l'on n'ose plus employer.

Je me suis liée avec des dizaines de séries, avec les années. Des histoires de quelques semaines aux romances couvrant pas loin de deux décennies, j'ai tout fait, je pense. Ce blog le reflète bien, mes "relations" avec les séries sont variées : il y a celles dont le tag enfle à mesure que passe le temps alors que leur diffusion est arrêtée depuis longtemps, et il y a celles dont je parle tous les jours pendant quelques semaines, pour sembler les oublier dés la fin de leur diffusion ou même avant. Mais que, il n'empêche, généralement je retrouverai avec plaisir plusieurs mois plus tard, à la faveur d'un coup de tête, du hasard, d'une rediff, d'un DVD.
Paradoxalement, plus il y a de séries dans ma vie, plus il y en a qui y tiennent une place, voire même, plus chacune semble avoir une place bien définie. Je ne peux pas les employer de façon interchangeable dans un post à des fins d'illustration de mon propos, par exemple.

Ca amène plein de questions, surtout pour moi qui suis convaincue d'avoir une piètre mémoire.
Après tout, l'une des raisons pour lesquelles je préfère écrire, dans la mesure du possible, au quotidien dans ces colonnes, c'est tout simplement parce que je ne fais pas confiance à ma mémoire et que je préfère coucher mes émotions suite à un épisode par écrit immédiatement, ou jamais, ou alors en repassant par la case visionnage comme je vais le faire pour vous parler des épisodes de Black Mirror que je n'ai pas évoqués ici (et encore, ce sera alors une émotion de seconde main). Ironiquement, la mémoire est au coeur du troisième épisode de Black Mirror et on aura donc l'occasion d'en reparler (je me suis fixé le mois de mars pour faire un max de revisionnages, rapport au Black March).

Alors comment parviens-je à me souvenir non seulement de l'épisode lui-même, mais en plus de ma "relation" à la série ? Comment suis-je capable de retracer la façon dont j'ai découvert telle ou telle série ? Comment suis-je capable de me souvenir avec précision dans quelles circonstances exactes j'ai regardé tel ou tel pilote ? Il y a 10 ans déjà, du fait de la personne qui m'enregistrait tant de pilotes mentionnée plus haut, je les découvrais avec une certaine voracité. Que dire de maintenant ?
Et pourtant je peux vous dire très exactement comment j'ai regardé le premier épisode de Pushing Daisies, par exemple, presque vous décrire la densité de l'air ce jour-là, vous dire comment j'ai réagi ensuite, émue et divertie au plus haut point. Je peux vous le dire pour une majorité de pilotes que j'ai vus, en fait, l'exemple est en fait trop évident.

Comment mémorisons-nous toutes ces choses ? Et comment y parvenons-nous avec chaque série que nous regardons ou presque?

Comment se fait-il que lorsque l'un de mes collègues, qui a décidé d'employer à son avantage ma téléphagie, me pose à intervalles réguliers une question pleine de curiosité : "tu connais [insérer le nom d'une série qui a piqué son intérêt] ?", je sois immédiatement capable de dire si je l'ai vue, et ce que j'en ai pensé ? Jusque là c'est toujours tombé sur des séries que j'avais vues.
Il y a quelques exceptions, des trucs tellement nuls que je les ai rayés de ma mémoire, pour lesquels je triche et je fouille dans mes tags histoire de relire ce que j'ai pu en dire si à l'époque j'avais déjà le blog... mais globalement, je suis sidérée par notre capacité à nous souvenir.

Nous nous souvenons de ce qui se passe dans chaque épisode vu précédemment, quand un nouveau commence. Nous nous souvenons des articles lus, des promos vues, des spoilers sur lesquels on est tombés, aussi. Nous nous souvenons de l'achat du coffret DVD, de celui qu'on nous a offert, du magazine dans lequel on en a entendu parler pour la première fois, qu'importe. Nous n'enregistrons pas chaque seconde, chaque détail. C'est impossible. Personne ne le peut. Pour autant nous continuons d'accumuler les souvenirs.
Nous nous souvenons de ce qui est dans la série, mais aussi de ce qui est autour, et de la façon dont nous avons tissé toutes ces informations ensemble, dont nous les avons cousues avec notre propre ressenti, entrelacées avec notre envie de continuer la série... ou au contraire de la virer d'un coup de talon désabusé.

Et d'empiler les souvenirs avec les saisons, et quand les saisons ont passé et que la diffusion est terminée, d'empiler encore.
Pour une série. Pour dix. Pour cent.

Comment notre cerveau arrive-t-il à faire cela ? Y a-t-il une part d'entraînement, de gymnastique ? Il y a la nature-même de la série, sa capacité à répéter tout en avançant, à présenter des personnages réguliers ou récurrents tout en ajoutant de nouveaux, à faire avancer les intrigues sans perdre le fil de ce qui a déjà été dit. La mémoire est nécessaire au téléphage par essence.
Probablement que nous entretenons cette capacité à mémoriser les choses, aussi, parce que nous sommes passionnés ; il suffit de faire le test auprès de ces spectateurs occasionnels qui écoutent NCIS en fond sonore le soir, gardant un oeil distrait sur l'écran toutes les 5 minutes pour se tenir au courant, mais incapables de restituer l'histoire de l'épisode et moins encore de le contextualiser (c'est bien pour ça que les séries procédurales sont si faciles à consommer).

Pourtant on pourrait imaginer qu'au bout d'un moment, le cerveau procède à un nettoyage. Qu'au bout de 10 séries scandinaves, disons, le cerveau bazarde quelques souvenirs se rapportant à une vieille série britannique dont on n'a jamais vu que le pilote. Au moins le superflu ! Pas du tout.

Et c'est pire encore : désormais, quand je vais parler de cette série, en plus de tout le reste, je vais aussi me rappeler que c'est elle qui m'a inspiré quelques questions autour de la mémoire en matière de téléphagie. Ca ne s'arrête jamais !
Que nous le voulions ou pas, ce que nous avons regardé fait partie de nous. Et pour être honnête, c'est aussi réconfortant que flippant.

Posté par ladyteruki à 22:57 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

14-12-11

VIP only

On a tous connu, notamment au collège, de ces adolscentes passionnées par les chevaux, passant tous leurs après-midis au centre équestre, parlant sans cesse de canassons et, naturellement, tapissant leur chambre de posters à l'effigie de futurs steaks. Vous l'aurez compris, je n'en faisais pas partie. Du tout. Mon intérêt pour ces bestioles s'est éteint lorsque j'ai arrêté de collectionner les Petits Poneys (mais il y avait des pégases et des licornes, quand même, c'était autre chose !).
Contrairement aux apparences, je n'ai rien contre les chevaux. Ce sont de belles créatures, je suppose, simplement je n'ai pas d'atomes crochus avec eux. Je ne me suis jamais passionnée pour le monde des courses et personne dans mon entourage proche ne s'y intéressant non plus, je n'ai jamais eu qu'un regard très lointain sur les courses de chevaux. Ce seraient des lévriers, ce serait la même chose, en fait.

En fait, c'est précisément la raison pour laquelle j'avais envie de tester le pilote de Luck : parce que je n'y connaissais rien. Et que la perspective de découvrir une série m'intéresse toujours plus quand il s'agit de découvrir aussi des univers qui n'ont rien à voir avec mon existence ; j'aime l'idée qu'on peut, bon, peut-être pas vivre par procuration, mais en tous cas essayer de se figurer ce que c'est que de vivre d'autres vies, dans des univers radicalement différents ; je recherche bien plus cela dans les séries que l'identification. Je ne suis pas une mère de famille ni avocate mais je regarde The Good Wife, je n'habite pas une banlieue chic mais je regarde Suburgatory, je n'ai pas envie de bébé mais je regarde Threesome, je ne deale pas mais je me lance dans un marathon Oz. Vous me dites qu'il y aura une série sur des geeks gay (Outland), une vieille fille dans la quarantaine qui ne s'intéresse pas aux relations amoureuses (Saigo Kara Nibanme no Koi), ou des courses de chevaux (Luck), je dis ok : ça n'a rien à voir avec ma propre vie, mais je ne demande qu'à voir ce que ces sujets peuvent me raconter.
Sauf que pur Luck, je ne me suis pas du tout sentie concernée même pendant l'épisode.

Je sais pas, c'était comme si j'étais pas invitée et qu'on me le faisait sentir. Comme si c'était pas mon monde et que la série n'avait pas l'intention de m'y faire entrer.
Comme je ne ressentais pas trop les enjeux dramatiques, j'ai commencé progressivement à me dire qu'en réalité je n'avais probablement pas tout compris. Je voyais le mec faire son comeback, l'autre pouponner un cheval avec à la fois espoir, nostalgie et amertume, et quatre aux tenter de gagner le gros lot, par exemple. C'était pas un problème. Mais j'arrivais pas à comprendre quand même : qu'est-ce qu'on attendait de moi, que je me demande si ça va marcher pour eux ? Très franchement je n'y arrivais pas parce que tout ce petit monde parlait à demi-mots de choses qui me dépassaient totalement. J'avais l'impression qu'il me faudrait aller procéder à des quantités de lectures pour comprendre ce qui tracassait l'un, ou l'autre. Et je me disais, au fur et à mesure que l'épisode avançait, que c'était beaucoup de devoirs pour une série. C'est à la série de vous faire entrer dans son monde, pas l'inverse ; de la même façon que ne pas connaître les romans de Game of Thrones n'a pas été un obstacle pour comprendre les intrigues, de la même façon que je n'ai jamais eu à me demander en quoi consiste le travail dans des pompes funèbres parce que Six feet Under n'a pas hésité à me l'expliquer, Luck aurait dû me donner envie de plonger dans les courses de chevaux sans que je passe par ce stade désagréable où je me sens étrangère à tout.
Au final, j'ai eu l'impression que ce qu'on attendait de moi, c'était de me demander qui allait gagner la course (et de verser une larme sur le cheval blessé), mais que pour le reste, si je ne ressentais pas de l'intérêt pour le vieux qui marmone à son cheval ou l'agent de sécurité qui voudrait une chance de jouer mais ne l'utilise pas, eh bien c'est tant pis pour moi.
J'aurais aimé que Luck me prenne par la main et me dise pourquoi, par exemple, ce cheval a été endormi au lieu d'être soigné. Comme tout le monde j'ai tressauté quand on a entendu ce craquement lugubre, mais je n'ai pas compris pourquoi ça condamnait le cheval, par exemple, et j'aurais voulu qu'on ne tienne pas pour évident que j'étais en mesure de le comprendre. Je ne connais rien aux courses mais je devrais avoir une chance de m'intéresser à la série, or on aurait dit que c'était tout ou rien.

OutofLuck
C'était vraiment très énervant, ces échanges qui semblaient vides de sens simplement parce que, bah oui, j'ai pas lu de la doc sur les courses de chevaux avant de regarder le pilote de Luck, et j'ai pas l'intention de le faire chaque fois que je regarde un pilote, parce que ce n'est pas mon boulot, c'est celui des scénaristes. D'accord le cast est immense, la réalisation puissante, et peut-être que les personnages sont intéressants, mais si on ne m'invite pas à entrer dans ce monde, c'est pas à moi de faire l'effort, et c'est au moins aussi important que les atouts de la série.

Alors au bout du compte, je ressors du visionnage de ce pilote avec énormément de frustration, parce que j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui pourrait être intéressant, une série solide sur un univers jusque là jamais exploré, avec un cast énorme, une réalisation au cordeau et, a priori, je suppose, de bonnes histoires, mais voilà, je suis pas invitée. Je suis peut-être totalement crétine (et cette théorie n'est pas à exclure). Je suis peut-être fatiguée en ce moment (c'est vrai aussi). Je suis peut-être obtuse. Ou peut-être que c'était un jour où j'étais moins concentrée sur le pilote et que je n'ai pas écouté aussi attentivement que je le devrais les dialogues qui étaient peut-être plus pédagogiques que je ne le dis (hantée que je suis par Black Mirror, ce n'est pas impossible). Mais en tous cas j'ai l'impression, avec cette mauvaise expérience, d'être passée à côté de quelque chose pendant le pilote. Et la première impression, qu'on le veuille ou non, compte. Je peux m'acharner et tenter quand même de suivre la série lorsqu'elle commencera réellement sa diffusion sur HBO, mais soyons honnête, c'est une histoire téléphagique qui commence quand même très mal. Et ça me déçoit parce que je pressens que ç'aurait au contraire pu être une aventure intéressante.

Mais voilà, Luck fait partie de ces séries dont je vais probablement entendre plus de bien que je ne pourrai jamais en penser, comme si ses spectateurs faisaient partie d'un club VIP dont je ne suis pas membre. Il y a des séries avec lesquelles on se dit juste qu'on n'a pas accroché, et c'est tout, et c'est pas grave, on peut pas tous aimer la même chose (True Blood ou Boardwalk Empire sont de ces séries-là), et puis il y en a, on sent même confusément qu'on aurait pu les aimer. Mais voilà, on n'y était pas invité.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Luck de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 19:58 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-12-11

Go back to your life, I dare you

Vous est-il déjà arrivé de trouver un pilote trop bon ? Au point de sincèrement vous demander si vous allez regarder le deuxième épisode ?
Je ne vous parle pas d'une sensation de délice et de perfection telle que vous vous dites que jamais la suite ne pourra faire encore mieux que l'épisode que vous avez vu. Je vous parle d'un pilote dont la forme est impeccablement aboutie et pensée, permettant au fond de s'exprimer parfaitement... sauf que le message de l'épisode vous rend physiquement malade. C'est le cas pour le pilote de Black Mirror. Le commentaire est sans appel, la forme est implacable, la sensation de malaise est authentique. Une fois que vous l'avez vu, vous n'avez envie que de l'oublier ; il a été trop efficace.

Un drama qui vous prend aux tripes, pourtant, ça n'a rien de nouveau. Plus tôt en cette saison, Homeland ou Boss ont su y parvenir. Mais nous sentons-nous concerné par Homeland ou Boss ? Non. Parce que leur intrigue ne nous touche que parce que nous nous lions aux personnages et que nous nous plongeons dans l'intrigue. Mais combien des spectateurs de ces séries que j'ai prises en exemple travaillent réellement sur des questions de terrorisme ou une campagne électorale ? Une fois l'écran éteint, nous retournons à nos vies.
C'est une chose bien difficile à faire après avoir vu le pilote de Black Mirror. Parce que les héros du pilote de Black Mirror... c'est nous.

BlackMirror
A la fin de cet épisode, allumer une chaîne d'information, ou aller sur Twitter, n'a plus rien d'innocent (si tant est que...). Vous le faites uniquement avec la conscience aigue de votre part de curiosité malsaine, de voyeurisme, d'exhibitionnisme ; avec la douloureuse sensation que rien de ce que vous lirez ou verrez alors ne vous touchera plus vraiment parce que vous n'aurez fait que consommer une information, au mieux, ou des flux sans le moindre intérêt, la plupart du temps. Des mots, des sons, des gestes, que vous allez lire, écouter, observer, mais dont soudainement, à cause de Black Mirror, vous saisissez la vacuité.
A la fin de cet épisode, vous vous détestez parce que vous aussi vous auriez regardé la première video, twitté à son sujet, guetté les informations, et peut-être même regardé la deuxième video. Vous ne pouvez pas dire le contraire après avoir suivi plusieurs autres évènements de cette façon, l'expérience parle pour vous en tant que spectateur et utilisateur des réseaux sociaux et, à travers cela, en tant qu'être humain.

Il vous faut plusieurs heures pour admettre d'aller en faire un post sur un blog ; vous les passez à relativiser, à vous dire que ce n'est qu'une série, qu'un seul épisode de cette série d'ailleurs, qu'il serait ridicule de plaquer tout ce que vous aimez (découvrir des choses, partager ensuite, écrire...) simplement parce qu'un scénario a réussi à vous remettre en question. Et de toute façon, quelle est l'alternative ? Tout arrêter simplement parce que le pilote de Black Mirror a vu juste sur vous et les millions d'autres internautes de la planète ? Peut-on échapper à notre propre époque et tourner le dos à la société d'information ? Ou ne nous reste-t-il plus qu'à rejoindre les rangs de ceux qui consomment sans plus jamais prendre de recul, pris dans les flux de mots, de sons, de gestes, et accepter que nous sommes devenu cela, non pas à titre individuel mais en tant que civilisation ?

Miroirs obscurs, assurément. Mais quand c'était Martin qui en parlait, on le vivait quand même mieux.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Black Mirror de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:16 - Review vers le futur - Permalien [#]


  1