ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

08-11-12

C'est tout dans la tête

Mes tentatives pour me réconcilier avec la télévision sud-coréennes sont assez aléatoires. Pour un White Christmas, combien de Kkotminam Ramyeongage ?
Mais alors que je faisais des fouilles en matière de séries venues de Singapour et de Hong Kong (des fictions asiatiques susceptibles de parler anglais, donc... j'ai notamment mes vues sur The Kitchen Musical qui finira bien par sortir en DVD un jour vu son succès), je suis tombée sur le DVD de Brain, une série sud-coréenne dont j'avais entendu du bien, et dont le pitch tendait à indiquer que de romance il n'y aurait point ! Or la romance systématique, c'est ma pomme de discorde avec la Corée du Sud ! Pire : ma kryptonite ! Ni une ni deux, j'ai commandé le DVD, à plus forte raison parce qu'il comportait des sous-titres anglais.

Brain

Brain se déroule dans l'hôpital universitaire de Chunha, qui forme [évidemment] la crème de la crème des médecins de demain ; en particulier, son service de neurochirurgie est très prisé par les étudiants en médecine souhaitant se spécialiser. L'épisode commence un peu comme les plus grands procedurals de la planète, avec une très classique entrée en matière qui nous permet d'assister à une exceptionnelle performance d'un nageur dans une piscine de la ville ; tandis que l'athlète fait l'admiration des simples péons venus faire trois brasses dans le grand bain, sur le côté, un homme un peu rondouillet s'effondre : il sera notre patient, naturellement, et nous l'accompagnons alors qu'il est emmené de toute urgence à Chunha, où sa rupture d'anévrisme doit être traitée dans les meilleurs délais.
Jusque là rien que de très classique, mais quand c'est le jeune résident Dr Ganghun Lee qui décide de l'opérer au lieu d'appeler un senior, une partie du personnel médical tique un peu.

Sûr de lui, Ganghun Lee va donc se dépêcher de faire libérer une salle d'opération, se préparer consciencieusement, et opérer accompagné de ses internes, lesquels sont ébahis par son assurance, son audace et son sang-froid même quand les choses commencent à mal tourner.
Car elles tournent mal. Subitement, une hémorragie l'empêche de finir d'oblitérer l'anévrisme ; alors que le patient se vide de son sang, le Dr Lee semble incapable de trouver la source de ce saignement, inquiétant tout les jeunes internes et les résidents massivement agglutinés dans la salle d'observation. Bien qu'il poursuive son opération sans ciller, un autre résident, le Dr Seo, décide de discrètement avertir le professeur Kim, un expert mondialement renommé qui consacre une grande partie de son temps à la recherche sur les tumeurs. Pendant que les internes, les résidents, et désormais le professeur, assistent avec angoisse à la tournure de l'opération, le Dr Lee a fait appeler le chef du service, le Dr Go ; quand ce dernier arrive, Lee a quasiment tout réglé : il ne reste plus qu'à installer la petite pièce métallique finale qui achèvera de fermer l'anévrisme.

Pendant toute cette scène, il est clair que le spectateur, qui s'est aussitôt rangé du côté du Dr Seo (l'attitude hautaine et arrogante de Lee empêchant toute affectivité), est convaincu que cette enflure de Dr Lee va avoir la monnaie de la pièce. Pour avoir été trop sûr de lui, trop empressé à conduire sans supervision une opération minutieuse et sensible, il va tout perdre, c'est certain. C'est dans l'ordre des choses : il faut être humble, travailler dur, et attendre d'être prêt ; Ganghun Lee a voulu aller trop vite, il va récolter ce qu'il a semé.
Mais le Dr Lee a une longueur d'avance sur nous. Sur tout le monde. Et non seulement il est sûr de lui, et d'un sang-froid hallucinant, mais en plus, il a raison ! Quand le Dr Go débarque, le patient se porte comme un charme, il ne reste plus qu'à faire une petite manipulation minable, indigne d'un chef de service. La réaction ne se fait pas attendre : le Dr Go décrète à voix haute que pareille tâche n'est pas digne de lui, que Lee est suffisamment compétent pour s'en charger vu qu'il a parfaitement mené l'opération jusque là (il ignore que quelques minutes avant son entrée dans la salle d'opération, le patient pissait le sang...), et que désormais, Lee pourra faire ses opérations sans supervision : il a sa bénédiction.
Et devant le service tout entier, excusez du peu.

Soudain il apparait que l'intention de Brain n'est pas de parler de médecine, mais de l'ambition des médecins.

Ganghun Lee a parfaitement joué son coup (certes avec un max de culot et peut-être une petite part de chance) pour être désormais reconnu comme un médecin accompli par la hiérarchie.
Avec cette entrée en matière un peu longue, en apparence un peu scolaire dans le déroulement des séquences (on pensait assister à une opération comme une autre, ensuite on se dit que ça se trouve on est là pour assister à un rappel à l'humilité d'un chirurgien...), et dont on ne nous passe pas le moindre détail médical explicite puisque la camera observe plus l'opération que les médecins (en cela, cela m'a un peu rappelé le début de Before and After Seonghyeongoekwa, ne s'embarrassant pas de montrer les manipulations dans toute leur crudité), Brain établit en fait les bases d'un système politique interne à l'hôpital, où l'arrivisme compte autant que les compétences.

La suite du pilote sera consacrée à insister en ce sens, en montrant non seulement comment désormais Ganghun Lee va se considérer arrivé, et va user de son pouvoir avec les jeunes médecins placés sous son autorité, mais aussi comment le Dr Seo va progressivement se placer sur sa route, comment le Dr Ko va au contraire encourager son poulain, et comment, dans tout ça, le très compétent et très humain Pr Kim va se montrer être un exemple de praticien dévoué.

Cela ne veut pas dire, à aucun moment, que le Dr Lee ne compte que sur ses dents longues pour progresser professionnellement. Derrière son ambition se cache également beaucoup de travail et de renoncement.
Même s'il n'est pas le "gentil" de notre histoire, Ganghun Lee est notre héros, ou plutôt évidemment un anti-héros. Ce n'est pas un monstre comme le Dr Kelso (oui je me suis jeté quelques épisodes de Scrubs derrière la cravate, récemment), ce n'est pas un homme profondément blessé comme la figure emblématique de Dr House (même si évidemment, le point de départ de sa volonté de faire de la médecine s'explique par son background, on ne peut pas y échapper). Et j'ai apprécié que Brain prenne vraiment un parti original et personnel dans sa façon d'aborder un personnage qui, clairement, n'attire pas la sympathie ni de son entourage (mais il s'en fiche), ni des spectateurs (et ça c'est plus compliqué, déjà).
Sa mère et sa soeur, par exemple, sont devenues des étrangères pour lui ; ce n'est pas vraiment qu'il les méprise, simplement il ne veut pas avoir de connexion ni de temps pour elles. Il n'a tissé de lien avec personne à l'hôpital, si ce n'est le Dr Ko, mais c'est évidemment à dessein ; cela ne se traduit même pas par une quelconque forme d'obséquiosité, car Ganghun Lee veut essentiellement se faire remarquer pour ses compétences, il est simplement très habile lorsqu'il s'agit de les mettre en avant, on l'a vu. Et puis, alors qu'il semble n'avoir pas cligné de l'oeil une seule fois depuis des heures et des heures, il est clairement impliqué dans une amélioration constante de ses capacités, un entretien régulier de sa résistance physique, et une mise à niveau permanente de ses connaissances médicales. Ganghun Lee n'est pas un surhomme, mais c'est un homme tout entier dédié à son but. Il est peut-être insupportable pour ses internes ou les autres résidents, mais il se veut irréprochable et travaille de façon acharnée à atteindre une certaine sorte de perfection.
En décidant de tout sacrifier, de tout occulter au nom de son ambition, Ganghun s'ampute d'une part d'humanité pourtant inhérente à son rôle de soignant. C'est aussi ce que cherche à dire Brain, qui nous rappelle, via la présence du Dr Seo et du Pr Kim, que le contact avec les patients est important aussi ; à défaut de faire toute la différence dans la guérison d'un patient, cela fait en tous cas toute la différence dans la relation qu'a le malade avec celui qui le soigne.

Naturellement, ce n'est pas un simple boulevard qui s'ouvre au Dr Lee dans ce premier épisode. Des rappels à la réalité lui seront, à coup sûr, assénés, à bien des égards.
D'abord parce que la situation financière du service de neurochirurgie va inciter la hiérarchie à braquer les projecteurs sur le Pr Kim, afin de s'assurer que ses recherches font de lui le centre d'attention de l'hôpital, attirant ainsi une certaine réputation et donc une certaine clientèle. En volant ainsi, sans le vouloir, la vedette à Lee, Kim va forcément réveiller la bête qui sommeille, mais d'un oeil seulement, derrière l'apparence maîtrisée de Ganghun Lee.
Et puis, le vernis est voué à se craqueler, nécessairement. La faute n'a pas été commise au début du pilote par Lee : ça n'est que partie remise. Il suffira d'une fois, d'une seule, d'une seule petite faute, même mineure : être un peu trop arrogant, trop sûr de sa supériorité, ne lui sera jamais pardonné maintenant qu'il a tout fait pour s'élever si haut et si vite.

Brain-Promo

Comme la plupart des séries sud-coréennes, Brain ne peut pas s'empêcher, outre la problématique posée par le comportement de Ganghun Lee, d'être un ensemble show : c'est dans son ADN. On trouve donc, dés ce pilote, et avec la certitude qu'ils vont se développer, d'autres axes narratifs et d'autres pistes de réflexion.

Il y a d'abord l'incontournable personnage féminin. Ah oui, au singulier ! Mais l'avantage c'est qu'elle est multifonctions, puisque la jolie Dr Jihye Yun va à la fois servir d'enjeu romantique (je vous laisse deviner l'expression sur mon visage), de personnage un peu plus humain et naturel (limite chouineuse de mon point de vue, mais je me sais assez réfractaire au surjeu de certaines actrices asiatiques) et d'argument sur, justement, la place des femmes dans un monde très masculin.
Jihye (que tout le monde appelle par son prénom, au passage) est à la fois en formation dans le service de neurochirurgie, et assistante du Pr Kim, qu'elle respecte et qui, apparemment, la respecte également ; ils partagent une relation de connivence, bâtie autour des recherches qu'elle l'aide à effectuer et qui sont en net progrès. Malheureusement, Jihye est aussi une femme au tempérament assez peu rangé, qui n'hésite pas à toujours dire ce qu'elle pense et laisser s'exprimer ses émotions, qu'il s'agisse d'instinct, d'inquiétude... ou de colère. Clairement, on est dans un classique des personnages féminins de Corée du Sud ces dernières années, dans lesquelles bien-sûr la jeune femme n'a pas la langue dans sa poche et ne comprend pas toujours le sens du mot diplomatie. Une personnalité qui ne pouvait que faire des prodiges face au self-control entretenu par le Dr Lee, qui tente de la remettre à sa place !

On assistera donc à une scène assez glaciale pendant laquelle, une fois de plus, elle a protesté ouvertement contre sa façon de traiter ses subalternes, et Lee lui assène une cinglante vérité : "Vous venez à une réunion de spécialistes sur deux ou trois, et vous n'êtes jamais là quand je viens pour observer. Alors vous êtes occupée, bien. Mais si vous faites l'impasse sur les réunions, vous devriez travailler encore plus dur. Est-ce que vous le faites ? Non. Vous êtes une résidente de troisième année, et pourtant vous faites des erreurs sur les dossiers des patients. Vous donnez les mauvais ordres, et vous ne répondez jamais à mes questions. Les femmes comme vous, je les connais. Vous vous arrangez pour vous glisser dans un domaine principalement masculin simplement grâce à l'agressivité et la chance. Et vous demandez des droits, et l'égalité, prenant tout ce que vous pouvez, mais fuyant les responsabilités, en faisant faire aux autres ce que VOUS êtes supposée faire". Allez, mange. Cette critique aux relents un peu sexistes semble d'abord déplacée ; mais venant du Dr Lee sans coeur, faut-il être surpris ? D'autant que très vite, le Dr Yun s'est positionnée comme un personnage sympathique, avec lequel l'identification est, comparativement, beaucoup plus facile.
Mais à mesure que l'épisode progresse, les propos du Dr Lee prennent un sens nouveau. Même si ce n'est pas conscient, le Dr Yun profite des bonnes prédispositions de certains médecins à son égard, qui lui accordent plus d'attention : le Pr Kim, qui visiblement la considère comme un atout dans ses recherches, et qu'elle accompagne également pendant ses rondes ; et le Dr Seo, qui visiblement a un faible pour elle et qui est prêt à croire tout ce qu'elle dit sans la remettre en question. Et finalement, c'est vrai : en tant que femme, Jihye tire partie d'une certaine part de privilèges, quand bien même elle ne fait rien tout spécialement pour se les attirer.
Derrière la question amoureuse ainsi effleurée se cache donc une problématique intéressante... OUF !

Il faut aussi ajouter à ces deux personnages toute une galerie d'internes (généralement d'une docilité à toute épreuve face au panache de Ganghun Lee), de résidents, et d'infirmières, esquissant les relations professionnelles de tout un hôpital.
Dans cette série médicale, l'enjeu n'est justement pas le volet médical : il est acquis, parce que l'hôpital de Chunha est l'alpha et l'omega de la formation médicale, que tout le monde ici a un niveau minimum. Nous ne nous intéressons pas, ou si peu, aux patients : leur sort nous importe uniquement lorsqu'en dépendent les influences fluctuantes des médecins. L'enjeu n'est pas de souffrir avec eux, ni même d'espérer qu'ils guérissent ; d'ailleurs, lorsqu'on suppose (qu'on espère ?) secrètement que Ganghun Lee va tout foirer pendant l'hémorragie, on en viendrait presque à vouloir que le patient claque sur la table d'opération.

La question que pose Brain, c'est : qu'est-ce qui fait un bon médecin ? Tout est, vraisemblablement, dans l'équilibre.
Le Dr Ganghun Lee a, c'est évident, bien des qualités pour être l'un des meilleurs, et l'une d'entre elles, non des moindres, est qu'il ne souhaite rien plus au monde. Mais même l'excellence de sa technique, son sang-froid incomparable et son sens aiguisé de la hiérarchie hospitalière ne suffisent pas vraiment. A contrario, constamment dans l'émotionnel, le Dr Jihye Yun ne peut prétendre aux honneurs tant qu'elle n'apprend pas le contrôle, justement. Les recherches pointues et prometteuses du Pr Kim avancent, certes, mais en se détournant en partie des opérations, il n'est pas assez ostensiblement brillant, alors que le Dr Go cherche clairement des "stars" à mettre en avant auprès des VIP...
A travers son regard sur la politique interne des hôpitaux, Brain veut poser la question d'un idéal qui semble impossible à atteindre précisément si on s'y dédie. Que faire de tout cela quand il faut aussi s'auto-former, se perfectionner, entretenir un semblant de vie sociale et/ou familiale, et, chose non-négligeable, dormir ? Cette dernière question sera soulevée en filigrane par de mini-scènes insistant sur un interne qui passe son temps à s'endormir sur son travail... pour l'instant il n'a mis personne en danger, mais qui sait ?

Une parenthèse, comme c'est la coutume, sur mon fournisseur du jour. Il s'agit de HMV Hong Kong, choisi sans grande raison particulière si ce n'est tester le service en vue d'achats futurs (il y a aussi des séries nippones qui trainent sur le site, et toujours avec des sous-titres anglais, je ne vous dis que ça). En dépit de son impraticabilité, puisqu'il faut apparemment parcourir la rubrique séries sans possibilité de trier les résultats ni même un système de classement alphabétique (seule solution si vous savez ce pour quoi vous venez : la fonction recherche), et qu'en plus les séries de plusieurs pays sont mélangées dans cette même catégorie, on y trouve un grand choix qui a de quoi mettre l'eau à la bouche.
Sur le volet financier, le coffret de Brain a coûté 42,27€, frais de port compris. La commande a été livrée en très exactement 8 jours, ce qui est pas mal vu le kilométrage effectué. L'objet majeur de mon admiration ira cependant à l'emballage : le coffret était dans du papier à bulle, fermement arrimé dans un carton à la Amazon, avec en plus une enveloppe renforcée pour faire le transport par-dessus le marché. Mieux, on peut pas.
Si le coffret en lui-même est un bel objet (boîte cartonnée et dépliable avec une fermeture aimantée, très belles illustrations reprenant la plupart des posters promotionnels de la série, il me faut quand même préciser l'encodage un peu pourri, mais aussi l'image au 4/3, qui d'après ce que j'ai lu est la façon dont ça a été diffusé à Hong Kong donc passe pour cette fois (quand on achète à l'étranger, c'est le jeu ma pov'lady !). M'enfin au moins, vous êtes prévenus.
Mais en mettant de côté ce léger soucis (et puis ça se verrait ptet moins sur ma télé que sur mon ordi, j'ai pas encore essayé), ça valait quand même le coup de faire cet achat, ne serait-ce que pour les sous-titres anglais d'excellentes facture. Je confesse avoir eu peur de tomber sur des fastsubs, j'avais du mal à croire qu'il s'agisse d'un DVD "officiel" (fut-il édité dans un autre pays que celui qui a vu naître la série), mais force est de reconnaître que c'est un investissement relativement fiable ; il faut dire que je suis relativement peu regardante sur la qualité d'image. Donc banco, je recommande.

L'univers de Brain s'avère foisonnant, passionnant, et complexe. Les quelques facilités sont facilement excusées par la volonté claire de poursuivre une discussion sur l'exercice de la médecine. On dit souvent de cette discipline, et en particulier la chirurgie, est soumise à une rude compétition... c'est ce que veut aussi nous raconter Brain, et grâce à cette course à la réussite, l'excellence et la reconnaissance, le pilote promet d'aborder des questions sensibles.
C'est une belle promesse, et je n'ai, au stade de ce premier épisode, aucune raison de douter qu'elle ne sera pas tenue. On en reparle dés que j'ai fait un sort aux 19 épisodes suivants.

Posté par ladyteruki à 22:26 - Dorama Chick - Permalien [#]

09-05-12

Les apparences sont parfois trompeuses...

Ce n'est clairement pas sur Cleopatra na Onnatachi que j'avais mes vues à l'approche de la nouvelle saison nippone. Mais depuis quand c'est une raison pour bouder un pilote ?! Exactement. J'ai donc décidé de laisser sa chance à ce dorama, en dépit d'un a priori, je suis bien obligée de le reconnaître, assez négatif.

Les résultats sont beaucoup plus ambivalents qu'attendu, pourtant. Mais pour vous l'expliquer, il se peut que je vous dévoile quelques spoilers (certes, mineurs, mais spoilers quand même). Alors à vous de voir si vous souhaitez poursuivre l'aventure après l'image.

CleopatranaOnnatachi

Tout commençait de façon fort peu originale, pourtant. Minetarou Kishi, un jeune praticien spécialisé dans la chirurgie réparatrice, débarque dans un cabinet de chirurgie esthétique haut de gamme, sans toutefois voir d'un bon oeil les pratiques surtarifées et superficielles de l'endroit, entièrement peuplé par des femmes qui plus est.
Et pourtant, déjà, en dépit de cette caricature d'introduction cent fois revue, l'arrivée dans le cabinet se transforme immédiatement en immersion complète dans un univers plus dense et complexe qu'il n'y parait. Notre héros a droit à une visite intégrale des lieux, et on comprend et partage vite son malaise devant l'enthousiasme un peu trop débordant de la jeune femme qui lui présente les différentes salles d'examen ou de repos. Est-elle naïve, ou tout simplement illuminée ? Elle n'a pas l'air de se rendre compte qu'on n'est pas exactement dans un salon de beauté mais bien une clinique, et que ce qu'elle décrit n'est pas aussi mineur qu'il y parait. C'est en réalité là que Cleopatra na Onnatachi commence à asseoir son propos : oui, la clinique est un endroit coloré, lumineux et d'apparence innocente, avec des hôtesses et des infirmières mignonnes comme tout, mais la caméra s'attarde aussi très rapidement sur les actes de chirurgie sans nous en épargner les détails parfois un peu dérangeants, mais sans être gore. Tout est dans la mesure. Sous ses apparences charmantes se cache un endroit où on n'a pas complètement perdu le sens des réalités, bien au contraire, mais on a décidé de les voir avec un certain optimisme (j'y reviens dans un instant).

Face à notre chirurgien qui prend les choses très au sérieux, les apparences désinvoltes ("oh dites docteur, et si je me faisais refaire le nez, aussi, après les yeux ?") semblent dans un premier temps surréalistes, mais jamais longtemps. Les scènes d'examen ou d'intervention, souvent brèves, permettent de rappeler que l'équipe médicale ne traite rien par-dessus la jambe et ne considère aucun acte comme anodin, mais que le culte de la beauté et des apparences est effectivement présent.
C'était là le danger que représentait potentiellement le thème de Cleopatra na Onnatachi, en fait. A travers l'habituelle histoire du type qui va réaliser qu'en fait, son nouveau milieu n'est pas aussi mauvais qu'il le pense, il y avait le risque de traduire un état d'esprit déjà surreprésenté dans les médias (notamment nippons) sur l'importance d'une apparence irréprochable, en particulier pour les femmes. Le parcours de Minetarou serait-il donc une occasion de faire l'apologie de la beauté à tout prix ?
Eh bien pas tout-à-fait, mais ça se joue sur le fil du rasoir. Le point de vue de notre jeune docteur n'est pas balayé brusquemment d'un revers de la main comme s'il ne comprenait rien à rien ; il expose ses doutes et son incompréhension pendant une large part du pilote sans passer pour un imbécile ou un obtus, de sorte que l'équilibre entre les deux points de vue est bien préservé. Mails difficile d'ignorer que Cleopatra na Onnatachi fait quand même une bonne publicité à la chirurgie esthétique.
Le crédo de l'équipe médicale est en effet le suivant : on change l'apparence des gens pour leur donner la motivation nécessaire pour avancer dans la vie. Pas mal de bons sentiments bien nippons derrière cette façon de voir, doublée d'une certaine complaisance, reconnaissons-le, mais grâce au délicat équilibre instauré grâce à l'avis de Minetarou, les scènes de chirurgie ou d'examen pas trop idylliques, et l'atmosphère générale, on évite quand même le bourrage de crâne unilatéral avec élégance, et cela évite d'avoir l'impression d'assister à une pub pour la chirurgie esthétique.

D'ailleurs, l'une des deux intrigues médicales de ce premier épisode ne se résoudra pas du tout comme on le pensait. Une femme vient en effet supplier qu'on inverse les effets d'une procédure qu'elle a endurée de façon à se rajeunir pour plaire à son mari : ledit mari ne la reconnaît plus et ne veut pas de cette "nouvelle" épouse jeune. Sauf que la procédure ne peut pas être inversée ; on fait de la chirurgie, pas de la magie. Minetarou est envoyé en mission pour convaincre le mari en question de ne pas plaquer sa femme pour si peu... à sa propre surprise, il en vient même à ressortir le crédo sur les bienfaits de la chirurgie esthétique ! Tout ce qu'il parvient finalement à accomplir, c'est de pousser le mari à subir à son tour une procédurer pour paraitre plus jeune... et sceller la séparation du couple malgré tout.

La chirurgie esthétique n'a donc pas réponse à tout, et pas vocation à résoudre tous les problèmes. De ce côté-là, le parti pris de la série est net, et intéressant, car la plupart des dorama se feraient une joie d'ériger leur personnage comme assistant social ayant pour mission de faire le bien auprès de la clientèle. Ici, Minetarou ne se fait réprimander que pour une chose : avoir essayé de rabibocher le couple. Ce n'est pas son boulot.

Mais, et je ne m'y attendais pas du tout, là où Cleopatra na Onnatachi réussit le plus brillamment, c'est à nous surprendre avec les intrigues personnelles des employés de la clinique.
Ainsi, avec le ton le plus insouciant, badin et joyeux possible, l'une des infirmières va-t-elle afficher ses cicatrices de scarification devant Minetarou. Je suis obligée d'admettre que je ne l'avais pas vue venir, celle-là... C'était finalement assez représentatif de l'esprit du personnel médical : prendre les choses avec un optimisme énorme, sans pour autant faire preuve d'idéalisme aveugle. Une leçon sur les personnalités de ces soignants qui sera légèrement plus explicitée vers la fin de l'épisode.
Plus approfondie est l'histoire du docteur Ichii. Cette belle femme dans la quarantaine est, pour autant que ses collègues le sachent, un médecin accompli, une personne charmante, belle, évidemment, mais aussi une épouse et une mère remarquable. Elle a bien un étrange tic dans l'épaule droite, le soir quand elle quitte le boulot, mais à part ça, elle est un véritable modèle. Sauf que lorsqu'on finit par suivre Mutsumi Ichii chez elle, on s'aperçoit que c'est sa belle-mère qui éduque son fils, et qui, parce qu'elle maîtrise l'art de l'attaque passive-aggressive à un degré que je n'avais jusque là jamais admiré chez aucun personnage de télévision, a réussi à totalement faire passer Mutsumi pour une étrangère chez elle, s'arrogeant sa place dans le coeur de son mari comme de son fils. Mutsumi est totalement inutile chez elle, toute indispensable qu'elle soit au cabinet...

Notre héros Minetarou, enfin, n'est pas en reste. Il est même plein de surprises. D'abord, il y a la raison pour laquelle il a décidé de prendre ce boulot : son père lui a laissé ses dettes à éponger, et il faudra bien trois années de travail dans cette clinique haut de gamme pour les rembourser. Maussade de nature, Minetarou a donc des problèmes financiers et familiaux à régler.
Et si nous connaissons si bien les états d'âme, les doutes professionnels, et les angoisses pécunières de notre héros, c'est parce qu'il s'en ouvre régulièrement à Yu.
Qui est Yu ? Oh, juste l'homme avec qui il vit.

Au stade du pilote, difficile de dire avec certitude si Cleopatra na Onnatachi a décidé de traiter cette relation comme quelque chose de crypto-gay (mais est-ce que le crypto-gay existe au Japon, seulement ?) ou de carrément gay-mais-tellement-naturel-que-ça-vaut-pas-la-peine-d'en-discuter, à vrai dire. Mais les éléments sont nombreux pour nous montrer un Yu aimant, attentionné, tendre, qui soutient son partenaire dans une période difficile, plutôt que comme un meilleur ami. De son côté, Minetarou n'encourage, mais ne décourage pas non plus ces manifestations. On verra donc le couple discuter en rentrant du boulot, faire la vaisselle, se payer un dîner à l'extérieur, sans que rien ne vienne confirmer ni n'infirmer le statut exact de leur relation.
En tous cas, s'il s'avérait dans les épisodes suivants que Cleopatra na Onnatachi propose ici un couple gay au centre de son intrigue, en décidant d'en faire un acte tellement anodin qu'il n'a pas besoin d'être abordé explicitement, on aurait véritablement droit à une première dans un dorama nippon, pour autant que je sache. Jamais je n'ai vu ça avant (mais c'est vrai que ce n'est pas un sujet que j'ai spécifiquement étudié).

Cela reflète bien, quoi qu'il en soit, le talent de Cleopatra na Onnatachi pour aborder avec un talent rare ses sujets en maintenant toujours un parfait équilibre. Le pilote ne nous montre pas de piste menant à un fil rouge prononcé, une intrigue couvrant toute la saison, mais les sujets abordés avec tact par ce pilote sont suffisants pour aiguiser la curiosité à bien des égards pour la suite. Sans compter que cette série nippone, en prenant un contexte similaire, est radicalement différente de la série sud-coréenne Before and After Seonghyeongoekwa, ce qui permet d'éviter la moindre redite.
Un sens de la mesure qui est une denrée bien rare de nos jours... je viens donc d'ajouter cette série à mon planning du printemps.

Posté par ladyteruki à 00:16 - Dorama Chick - Permalien [#]

30-01-10

Chirurgie esthétique sans frontière

Quand je pense que, lorsque j'ai ouvert ce blog, je me vantais d'être une téléphage sectaire, sur le mode "hors des séries américaines, point de salut"... et aujourd'hui j'explore des contrées inexplorées à l'instar de la fiction coréenne...
...je me dis qu'il est bon de vieillir.

Car oui, voici une nouvelle série coréenne à découvrir, et nous allons en profiter pour dépoussiérer la rubrique La preuve par trois, un bonheur n'arrivant jamais seul. Vous savez bien que je ne suis pas du genre à garder mes découvertes pour moi...
Au programme du jour, ce que j'ai envie de qualifier de Nip/Tuck coréen. Attention, publicité mensongère inside. Allez, venez par là, que je vous explique pourquoi la série de FX et et Before & After Seonghyeongoekwa n'ont pas tant que ça en commun.

BeforeAfter___1
En fait, si, évidemment. Outre le fait qu'elles parlent toutes les deux de cabinets de chirurgie esthétique, Nip/Tuck et Before & After ont des choses en commun. J'imagine que, comme les Japonais et leur culture du panachage, Before & After est la preuve que les Coréens savent adapter sans polycopier ce qu'ils voient à l'étranger. Ainsi, le pilote s'ouvre sur une scène assez trash, mais en même temps pas gratuite, sur un nez qu'on remodèle. Mais le pilote installe aussi une dynamique au sein du cabinet, avec deux hommes radicalement différents pour le faire tourner, et une femme entre eux. Mais je vous assure, les comparaisons s'arrêtent là et, en fait, sont quasiment théoriques. Les personnages prennent de l'épaisseur à mesure que l'épisode avance, loin des caricatures de leurs collègues amerloques : celui qui souhaite soigner les pauvres aux frais de la clinique est-il tout blanc ? On est loin de ce prêchi-prêcha de Sean McNamara en tous cas.

BeforeAfter___2
Une autre différence réside dans l'enjeu féminin principal de la série. Comment ne pas trouver l'héroïne craquante ? Franchement je ne me lasse pas des minois qui en ce moment rayonnent dans les médias coréens. Si vous avez l'occasion d'aller jeter un œil aux groupes féminins du Pays des Matins calmes (y jeter une oreille peut également être une bonne idée dans la foulée), vous verrez que les yeux de biche y pétillent de malice, les corps tout en illusion d'optique semblent longilignes, l'énergie douce et élégante irradie. C'est un vrai plaisir, et la craquante So Yi Hyun ne fait pas exception à la règle. D'ailleurs, à la limite, je trouve qu'elle n'est pas assez présente ; il faut vraiment que les épisodes ultérieurs lui fassent plus de place. Je présume que ce sera le cas, et je m'en réjouis à l'avance, d'autant qu'elle apporte une légèreté bienvenue aux histoires qui se déroulent au cabinet.

BeforeAfter___3
Finalement, Before & After apparait comme bien plus douée que son homologue américaine pour dénoncer les dérives de la chirurgie esthétique. Déjà parce qu'elle utilise la chirurgie pour dénoncer d'autres choses, comme le star system ou plus simplement l'économie qui s'est développée autour des actes de chirurgie esthétique : le quartier où se situe le cabinet est truffé de concurrents, on y crée des "modes", c'est un véritable microcosme. Miami, à côté ? Une bande de clowns ! Mais Before & After a aussi le bon goût de pointer du doigt de façon subtile, par touches peu appuyées mais régulières. Le pilote balaie ces sujets, et les laisse à l'appréciation du spectateur. La scène de fin pendant laquelle la starlette confesse face caméra que les rumeurs de chirurgie lui font de la peine, pendant que ses chirurgiens la regardent à la télé, ne juge pas. Elle donne juste les pistes vers une réflexion allant plus loin que le seul divertissement.

Quand je prends la précaution de dire que les "canons de réussite médiatique" en Corée me plaisent plus que ceux du Japon, c'est parce que je me rends bien compte de certaines réalités que, à travers Before & After, je vois explicitées. En soi, il y a de grandes chances pour que par exemple So Yi Hyun ait elle-même subi quelques opérations pour aboutir à ce fameux canon de beauté en vogue en Corée, ce qui serait, à n'en pas douter, d'une ironie suprême. C'est la raison pour laquelle les Coréennes célèbres semblent toutes sortir du même moule. Et c'est en cela que Before & After atteint un objectif de mise en abime assez incroyable sans beaucoup sembler insister.

Before & After offre donc plusieurs degrés d'intérêt : chirurgie, intrigues internes au cabinet, comédie romantique, critique de la société... il y a vraiment de quoi se régaler à tous les étages. Avec en plus une B.O. très référencée qui participe grandement au plaisir du visionnage.
Laissez tomber Nip/Tuck (sauf si comme moi, vous l'avez fait il y a plusieurs années déjà) et ses 95% de scènes gratuites, et basculez du côté coréen de la force !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Before and After Seonghyeongoekwa de SeriesLive.
favicon favicon

Posté par ladyteruki à 09:37 - La preuve par trois - Permalien [#]