ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

23-06-13

Qui relèvera le défi ?

Autant ce #pilotmarathon a été l'occasion de regarder quelques formats plus courts aujourd'hui, autant je dois dire que, 1h25 devant un pilote, ça me semble quand même un peu difficile, à plus forte raison quand je sais que j'ai ce dossier plein de pilotes que je n'ai pas encore touchés !
Il faut dire qu'on n'est plus trop habitués à des pilotes de cette longueur, mais ce serait tragique de les mettre de côté pour cette raison. Alors, prêts ? Voilà ce que j'ai à dire d'une heure et demie de visionnage...

Defiance

Certains jours, on dirait qu'on l'attend comme le Messie, la série de science-fiction qui nous transportera vraiment. Evidemment, il y a des réussites comme Orphan Black ou Continuum, qui nous rappellent que la série de genre a encore quelques jolies réussites à son actif.
Mais quand je vous parle de science-fiction, ce n'est pas ce que j'ai envie d'évoquer ; j'ai envie de vous dire qu'on va trouver le nouveau Farscape ! Le prochain Battlestar Galactica ! Quelque chose qui captive autant qu'Invasion Planète Terre (la première saison) ou qui soit aussi intelligent que Babylon 5. On n'en est même pas à souhaiter trouver des séries qui inspirent autant que les franchises Star Trek et Stargate pour des décennies, non, on se contenterait même d'un reboot de SPACE 2063 ou d'Alien Nation (ce que d'ailleurs m'inspirent de loin Star-Crossed et surtout Almost Human, mais on aura tout le temps d'y revenir à la saison prochaine). A ce stade je suis presque prête à réclamer de l'Andromeda ou du Lexx, c'est vous dire l'ampleur de la crise.

Tout ce qu'on veut, c'est voir des aliens ! MAIS SURTOUT, ce qu'on veut, que la série ne pue pas du script.

Or, qu'avons-nous depuis quelques années ? Des Terra Nova (bon, ya pas d'alien, mais ya des dinosaures donc on va dire que ça compte), des V, ou des Falling Skies. Pour ce qui est du Messie, on repassera.

La tragédie des séries de science-fiction modernes, c'est hélas qu'on les comparera toujours à quelques unes, sinon toutes ces séries du passé. Parce que ceux d'entre nous qui ont grandi avec ces séries de science-fiction épatantes (ou qui, même s'ils sont nés juste un peu trop tard, se sont dépêchés d'en rattraper quelques unes de cette liste, et ils ont raison) savent que désormais il n'y a pas de retour en arrière possible. C'est comme avoir grandi en se gorgeant de caviar de la mer caspienne, pour finir par devoir se contenter d'oeufs de lump "marque repère" le restant de sa vie. C'est pas juste de nous faire ça. On a goûté au caviar de la mer caspienne !!!

Defiance, puisque c'est d'elle qu'il s'agit aujourd'hui, n'est pas mauvaise en soi. Vraiment, par rapport à d'autres, c'est plutôt décent, je vous assure. Et sur le coup, en regardant l'épisode, peut-être parce que je m'attendais à pire, j'étais plutôt contente de ce que je voyais. Il semblait y avoir un peu de tout dans cette série, mais au moins elle se donnait du mal. Et puis, on sent qu'au niveau de l'univers, quelque chose de dense a été pensé, comme le précise la timeline de la série (merci d'ailleurs à Maxx pour ce précieux lien).

Le problème c'est qu'en mangeant à un peu tous les râteliers, Defiance montre qu'elle n'a pas de projet précis. On ne lui demande pas d'avoir un plan sur 5 ans (tout le monde n'a pas la chance de s'appeler Straczynski), mais enfin, un petit effort pour nous tracer une ligne claire, au moins désigner un horizon dans une seule direction, serait bien chouette, merci d'avance. Au lieu de ça, Defiance commence à la Mad Max, pour en cours de route bifurquer vers un drama plus classique (et au passage, flirter dangereusement avec le Terra Nova), en rajouter une couche de pseudo-Game of Thrones avec des familles qui complottent les unes contre les autres dans une lutte de pouvoir, passer trop de temps du côté du cop show pour totalement écarter toute suspicion, et finit dans un combat de nature quasi-militaire qu'il sera d'ailleurs difficile d'égaler dans chaque épisode, et dont les chances de répétitions sont donc minuscules. Ah, non, pardon, ce n'est pas tout-à-fait ce sur quoi elle finit : on a aussi droit à une conspiration.
Sur quoi peut-on donc se baser pour déterminer si on aime ou pas Defiance ?

Au lieu de faire en sorte que tout le monde et son chien y trouve son compte, peut-être aurait-il fallu faire des choix. Comme le dit Karen Walker (toujours d'excellent conseil en matière de télévision) : "this is like a pastiche of five other shows, like something written by a committee. They're trying to please everybody, but ironically, they've ended up... pleasing nobody !".
Et le problème est là : impossible de s'attacher à une série qui part dans tous les sens, quand bien même, sur le moment, c'est plutôt sympathique à suivre. Defiance a peut-être imaginé un monde riche, mais elle est incapable de nous dire ce qu'elle veut en tirer.

Si j'avais la mémoire courte, j'ose croire que je m'attacherais plus facilement à Defiance. Je n'en ai évidemment pas la garantie. Tout ce que je sais, c'est que j'ai envie, terriblement envie, chaque fois que je lance chacune des séries de science-fiction qu'on nous trouve (Revolution en est un parfait autre exemple), de ressentir de l'enthousiasme, et je pense que ça influe sur la façon dont je réagis au cours de l'épisode : j'ai vraiment envie que ça colle !
Il y avait une époque où j'aimais vraiment les séries de science-fiction. Ce temps-là reviendra-t-il ? Mon caviar me manque. VOILA un défi d'envergure pour la télévision. J'espère que quelqu'un le relèvera de mon vivant.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 18:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

04-12-12

Gros blanc

Dans la vie on a les petites fiertés inutiles qu'on peut : ça fait du bien à l'ego et ça ne coûte pas grand'chose.
Parmi les miennes, il y a par exemple la petite fierté de savoir que je suis capable de dire, pour n'importe quelle série qu'on me cite, ce que j'en pense, et de participer à la discussion. Parfois, ce que j'en pense inclut les termes "je n'ai jamais vu mais..." (comme dans : "The Vampire Diaries, je n'ai jamais vu mais ça a l'air de ressembler beaucoup à Twilight", à partir de là, l'interlocuteur contredit ou pas, hein), mais je suis toujours capable d'en dire deux mots.
Dans le cas de Covert Affairs, comme un interlocuteur me l'a fait réaliser aujourd'hui, je suis uniquement capable de dire : "ah oui, c'est la série...". Grosse pause embarrassée. "Oui, la série, bien-sûr... euh... avec une affiche blanche". Ok donc la porte c'est par là, c'est ça ?

C'est comme ça que j'ai réalisé que je n'avais jamais vu Covert Affairs de toute ma vie. Jamais. Pas une fois. Même pas les premières minutes et après je ferme la fenêtre en me disant que ça m'ennuie trop et que j'y reviendrai plus tard (et qu'évidemment, je n'y reviens jamais plus tard ; ça me l'a fait récemment avec Elementary). Et c'est même pas que je ne le voulais pas, ou que ma religion me l'interdit (ce qui est le cas de The Vampire Diaries, par exemple), non, ça ne m'avait simplement jamais traversé l'esprit. A un point tel que j'ai réussi à oublier son existence ! Ah oui parce qu'une autre de mes petites fiertés inutiles, c'est de savoir précisément quels pilotes j'ai déjà vus, et d'avoir une petite liste mentale des pilotes dont je sais très bien que je ne les ai pas regardés, mais qui ne perdent rien pour attendre quand j'aurai un moment et/ou l'envie. A titre d'exemple, le pilote de The Newsroom est sur cette liste ; je ne l'ai pas vu, je sais pertinemment pourquoi, mais un jour j'y viendrai. Sauf que là, je ne me souvenais même pas que je n'avais pas vu Covert Affairs.
Le problème des petites fiertés inutiles, c'est qu'elles froissent l'ego pour pas grand'chose.
Donc le premier truc que j'ai fait ce soir en rentrant, c'est m'assurer que je récupérais le pilote de Covert Affairs (la meilleure preuve qu'effectivement je l'avais zappé, c'est que je ne l'avais jamais cagoulé, ce qui est un signe chez moi !), puis je l'ai lancé et, quand au bout d'une minute environ, il a été absolument clair que je n'avais jamais, jamais, jamais... jamais vu ce pilote, je vous avoue que je me suis sentie verdir de honte. Une série américaine qui va bientôt entamer sa 4e saison, quand même, hein. Voilà voilà. Et pendant ce temps, je me cherche des séries à tester en mandarin, nan mais sans déconner...

Donc ce soir on va parler d'une série qu'à vue de nez une bonne moitié de l'univers a regardée avant moi, et je le vis très bien.

CovertAffairs
N'empêche. Elle est blanche.

Covert Affairs, c'est l'histoire de... oui enfin vous le savez, c'est moi qui ai un train de retard, donc on passe sur le résumé de cette série d'espionnage.
Ma plus grosse peur pendant les premières minutes du pilote, c'était de me retrouver avec un ersatz d'ALIAS.

Techniquement je n'ai rien contre ALIAS. J'ai regardé la première saison en intégralité sur M6, à l'époque, c'était un signe qui ne trompait pas (c'était de ma part un effort parce que, il y a 10 ans de ça, j'étais très rarement capable de suivre une série régulièrement en soirée à la télévision ; c'est d'ailleurs comme ça que j'ai décroché de beaucoup de séries, genre 24. Ensuite j'ai découvert internet et j'ai appris que plus rien ne m'y forçait, et ça a tout changé). Le problème d'ALIAS c'est qu'avec le temps, j'ai fini par trouver que les missions de Sydney Bristow avaient un côté répétitif, mais que je ne me passionnais pas du tout pour ses problèmes avec Michael ou avec son père. Et puis sa mère qui est morte, puis qui est pas morte, puis qui est remorte... bon. Donc j'en ai logiquement été conduite à me demander pourquoi je regardais, la réponse s'appelait Ron Rifkin, ça ne suffisait pas, et j'ai progressivement lâché, pour finir par totalement abandonner l'affaire quelque part après le bond de deux ans en avant.
Ensuite, je l'avais un peu prise en grippe, je le reconnais.
En somme, les romances insupportables sur fond d'espionnage, ça m'ennuyait, mais l'espionnage pour l'espionnage ne me tenait pas vraiment sur le rebord de mon fauteuil non plus (enfin, à l'époque j'habitais un appart si petit qu'il n'y avait pas la place pour un fauteuil, mais vous saisissez l'idée), notamment parce que ça impliquait toujours, à un moment de chaque épisode, des scènes d'action sans aucun enjeu (comme si on croyait vraiment que Sydney va se faire prendre et être tuée...!), et qu'au final ça n'avait plus aucun effet sur moi au bout de quelques épisodes.
Parfois je me dis que je retenterai le coup un jour, et découvrir qu'il y a sans doute des épisodes de qualité que j'ai loupés ; mais, dans le fond, je suis assez consciente d'avoir brûlé toutes mes cartouches de patience avec ALIAS. C'est le genre de séries que je ne voudrais pas vraiment regarder, juste être capable de lire des résumés, avoir l'impression de combler les trous, et décider que je ne suis ni totalement passée à côté ni que j'ai perdu mon temps à regarder l'horloge au-dessus de la télé pendant que je me forçais à me faire une intégrale. Ne serait-ce pas formidable si, pour certaines séries qui ne nous affolent pas mais dont on pense qu'il y a deux-trois épisodes qui doivent sûrement valoir le coup, on pouvait télécharger les épisodes dans notre tête, et pouvoir dire "ouais, je sais de quoi chaque épisode parle, mais j'ai pas non plus gaspillé 4000 heures de ma vie à regarder ce truc" ? Moi parfois ça me fait rêver. Ca laisserait du temps pour une intégrale d'une série qui compte vraiment. Battlestar Galactica, par exemple ; tiens c'est vrai, je me ferais bien une intégrale de Battlestar Galactica... Pardon, j'ai dévié.

Donc l'idée qui m'a motivée dans mon visionnage, c'était qu'on éviterait peut-être le truc à la ALIAS, où le personnel se mêle immanquablement au professionnel. Mais où le professionnel est capable de me surprendre. Et surtout, oh surtout, où tout le monde ne finit pas par travailler dans l'espionnage, comme par hasard, selon le bon adage "l'agent appelle l'agent".
Une bonne partie du pilote de Covert Affairs semblait relativement bien s'en sortir de ce côté-là, mais j'ai rageusement hurlé à la fin de l'épisode. J'aurais dû le sentir dés le début du pilote, mais je refusais d'y croire.

Alors, en-dehors de ça ? Bah Covert Affairs n'est pas mauvaise, pas fondamentalement. C'est sympathique d'assister aux premiers pas d'Annie Walker, de la voir faire des bourdes (même si j'aurais préféré qu'elle ne se tire pas tout de suite elle-même de son bourbier au point d'obtenir une récompense dés le premier épisode), de vivre les expériences un peu désorientantes à ses côtés. Sur ce plan-là, Covert Affairs installe très bien son personnage central, le rend tout de suite sympathique, il n'y a pas à dire. Fait rare pour un pilote presqu'uniquement focalisé sur un seul personnage, Annie est attachante, et pas du tout irritante, son omniprésence permettant au spectateur de vraiment s'identifier facilement à ses réactions, qu'il s'agisse de peur et de panique pendant une fusillade, de sang-froid et d'énervement pendant une course-poursuite, ou tout simplement de solitude lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle ne peut pas parler de sa vie professionnelle à sa propre soeur (qui en plus cherche désespérément à la maquer avec des mecs qui ont une tête à tourner dans un porno hongrois des années 80).

Mais sur le reste, je dois dire que je suis moins positive. Le tandem formé avec Christopher "Jinx" Gorham fonctionne relativement, mais n'offre pas vraiment de surprises. La boss froide incarnée par la merveilleuse Kari Matchett (à laquelle j'ai juré une fidélité éternelle depuis qu'elle m'a ravie dans Invasion Planète Terre et qui ne m'a jamais déçue depuis lors, même pas dans Invasion) est peut-être un personnage sympa, mais il ne fait aucune promesse au spectateur. Quant à la frangine transparente qui n'est là que parce qu'on ne peut rien lui dire et qui va peut-être découvrir la vérité à n'importe quel moment, franchement, c'est du déjà vu.

Je sais, je sais bien : les séries d'USA Network n'ont pas la réputation d'être des perles en matière d'innovation télévisuelle (quoique franchement, Suits est vraiment excellente, et largement au-dessus du panier par rapport au reste de la grille de la chaîne), mais j'espérais quand même qu'une recette avait été trouvée pour résoudre cette difficile équation de la prévisibilité des séries d'espionnage.
Peut-être que l'une des solutions serait tout simplement de ne pas prendre une héroïne pour personnage central, ce qui semble être une autorisation implicite donnée aux scénaristes pour forcément la fourrer dans des tenues sexys et de lier son histoire amoureuse à ses enquêtes (et le "it's been ages since you've had a real relationship... it's weird !" a fait hurler la féministe en moi, je ne vous le cache pas ; on ne dirait jamais ça à un personnage masculin !).
Peut-être qu'une des solutions serait de ne pas chercher à nous vendre les espions comme des superhéros modernes, les temps ont changé. J'aimais bien ce que PanAm disait de l'espionnage, par exemple, en filigrane : que c'étaient les petites choses qui pouvaient en changer de grandes, et que parfois, faire voyager un objet en apparence quelconque, pouvait être tout aussi décisif (et compliqué) qu'une action où il faut se faire passer pour une call girl dans un hôtel de luxe. Là, les personnages ont beau répéter à Annie que, ça alors c'est fou ce qui t'arrive quand même, statistiquement il y a des agents qui passent toute leur carrière sans voir de coup de feu, on ne se fait pas d'illusion et on sent bien qu'Annie fera partie de ces agents dont la vie implique des tas de choses totalement irréalistes. Et qu'elle rentrera quand même chez elle le soir pour raconter des bobards à sa frangine.

Naturellement, la toute fin du pilote nous donne une explication pour cela : Annie a été engagée pour une raison bien précise, et son sort ne sera définitivement pas celui du commun des agents de la CIA. Pas seulement parce qu'elle est super douée en langues étrangères et qu'elle a l'esprit d'initiative, mais parce qu'elle est (comme c'est la tradition dans les séries d'espionnage), un pion sur un échiquier qui la dépasse.
Sans doute que Covert Affairs se laisse suivre à ce titre, parce que derrière chaque série d'espionnage se cache désormais une thèse conspirationniste de plus ou moins grande envergure. Et peut-être que je vais profiter que maintenant je lui ai donné sa chance pour voir ce qui arrive à Annie Walker, qui sait ? Mais ce ne sera jamais un coup de coeur, hélas.
Par contre j'ai pas arrêté de me demander si Piper Perabo et Emilia Clarke ont été séparées à la naissance, vous aussi, ça vous le fait ?

Au moins, maintenant, si on me demande, je suis capable de dire deux mots sur Covert Affairs. Allez-y, allez-y : demandez-moi !

Posté par ladyteruki à 23:31 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-11-12

X-posé

Il est extrêmement rare que je parle des livres que je lis ou des films que je regarde, et, quand je le fais, il est encore plus rare que je fasse un follow-up. Mais après avoir parlé de la franchise cinématographique X-Men (pour ceux qui l'auraient loupé, ce post est ici), j'ai acheté le seul ouvrage que j'avais trouvé sur le sujet, et je voulais vous en toucher deux mots.

Ce livre, c'est "X-Men and Philosophy : astonishing insight and uncanny argument in the mutant X-verse" (I see what you did there...), et c'était ma lecture de la semaine.

Et meeerde, on est jeudi soir, qu'est-ce que je vais lire demain, ça va fausser toute ma belle organisation de lecture hebdomadaire ?!

XMenandPhilosophy

Vu que mes interrogations au début du mois portaient sur l'absence de littérature permettant au néophyte d'entrer dans le monde très touffu de l'univers X-Men, où un glouton ne retrouverait pas ses petits. Quand on n'a pas la chance de lire les comics depuis les années 60 et qu'on veut aller plus loin que les films, comment procéder, sachant que tout le monde n'a pas le temps (ni le budget) de s'envoyer plus de 500 tomes de comic books ? Voyons cela en quelques questions.

- A quoi ressemble ce bouquin ?
A un recueil d'essais. Comme apparemment tous les ouvrages de la collection "...and Philosophy", (oyez, oyez téléphages, il y en a sur Lost, Mad Men, 30 Rock, Dr House ou encore Arrested Development apparemment ; pour ma part je pense m'envoyer celui sur Battlestar Galactica dans un avenir proche), ces ouvrages sont avant tout une compilation de réflexions par des auteurs variés, chacun sur un sujet différent (les sujets sont regroupés par chapitres thématiques plus globaux), et avec un ton qui lui est propre. L'avantage c'est que ce ne sont pas 230 pages de monologue philosophique pompeux, mais que, chacun se sachant limité en espace, et les thèmes étant très diversifiés, on peut sans peine lire un texte, puis un autre un chapitre plus loin, revenir en arrière, etc... Aucune chronologie ni interdépendance entre les essais (tout au plus quelques rares renvois pour creuser une question rapidement soulevée pendant un paragraphe), entre 10 à 15 pages pour chaque texte, sont des ingrédients qui permettent potentiellement une grande liberté de lecture. Je l'ai pris dans l'ordre sans chercher à pinailler, mais je pense que c'est bon de savoir qu'il existe une autre option.

- Est-il malin de lire X-Men and Philosophy quand justement on ne connaît pas grand'chose de l'univers ?
C'est une question que je me suis posée avant l'achat. Le fait qu'il y ait plusieurs textes, de plusieurs auteurs, sur différents thèmes, répond à la question à la normande : parfois oui, parfois non. Mais en-dehors d'un auteur qui se croit suffisamment malin pour fanfaronner, en substance,"et si vous ne connaissez pas cette intrigue, eh bah allez la lire et revenez me voir", tous font preuve d'assez de pédagogie pour nous donner les éléments nécessaires à la compréhension de leur texte, quand bien même des références sur le support d'origine serait manquantes au lecture.

- Les auteurs ont-ils lu les comics ou juste vu les films ?
Là encore ça dépend des auteurs. Certains touchent vraisemblablement leur bille, et maîtrisent les tenants et aboutissants d'intrigues uniquement éditées au format papier pour le moment (je dis pour le moment car Bryan Singer bosse sur une adaptation de Days of the Future Past, d'ailleurs j'ai encore plus envie de voir ce film de la franchise maintenant !), d'autres se sont visiblement contentés de regarder les films, voire, parfois, je le suspecte, juste un ou deux, et pour autant cela fonctionne très bien. Selon votre degré de connaissance de l'univers X-Men, vous vous sentirez probablement plus d'affinités avec certains auteurs que d'autres. C'est tout-à-fait normal, mais avec les autres, l'intérêt de votre lecture n'en sera pas diminué, rapport à l'aspect pédagogique évoqué plus haut notamment.

- Cet ouvrage a-t-il pour objectif de disséquer la philosophie évoquée dans la franchise, ou prend-il le prétexte de parler d'un phénomène de popculture pour en réalité fournir un ouvrage à vocation uniquement philosophique ?
On se rappelle qu'effectivement c'est extrêmement rédhibitoire pour moi que de prendre un support pour prétexte juste pour pouvoir justifier de vendre un ouvrage sur la philosophie. Eh bien, là encore, devinez quoi : ça dépend. Un nombre très restreint d'essais montrent, de par le faible niveau d'implication de l'auteur dans la franchise, les rares références à de vrais éléments (par opposition à un simple name-dropping), et même, une fois, le ton du texte, prouvent que les auteurs sont là pour parler de concepts philosophiques et certainement pas de X-Men. Mais en règle générale, même si c'est à un degré variable, les auteurs se donnent quand même du mal pour tirer leurs questionnements de l'univers, au lieu de simplement utiliser l'univers comme exemple pour leur cheminement de pensée. Et dans ce cas-là, c'est intéressant, mais c'est pas du tout ce que je viens chercher, je l'admet.

- Et euh, je veux pas avoir l'air tout-à-fait intellectuellement paresseux mais... c'est chiant à lire à quel point ?
Ouais, je sais bien ; moi non plus les cours magistraux de philo, c'était pas ma tasse de thé. Et j'ai fait L, alors on en avait pour 8h par semaine à tirer. Je comprends. Bon, je vous rassure, globalement c'est un bouquin fascinant. Alors après, je vais vous refaire une réponse à la normande : parfois, notamment quand les auteurs ne font que semblant de s'intéresser aux X-Men (je donnerai pas de noms, mais yen a un qui vraiment n'y met pas du sien), et qu'il s'agit juste d'écrire un essai prise de tête et complexe sans même faire totalement l'effort de vulgariser les concepts, eh bien, bon, parfois, c'est un peu chaud.
Mais en grande et large majorité, les textes sont intéressants, bien écrits, et pour certains, même, truffés d'humour (il y a deux-trois auteurs qui peuvent légitimement se reconvertir dans le stand-up), rendant la lecture très sympathique. Qui plus est, la variété des auteurs apporte aussi quelque chose de plus inattendu : le sujet choisi. L'un d'entre eux choisit de parler de la façon dont Deadpool a conscience de sa propre existence en tant que héros de comics, et au final, non seulement on a droit à une explication de texte extensive des BD, mais en plus, on a tout simplement un cours sur la narration en matière de bande-dessinée ! Pour un autre, on aura droit à un suivi très linéaire des deux intrigues principales de Layla Miller, avec en fait une explication de texte poussée. Pour un troisième, c'est un renvoi constant entre les problématiques posées par Mister Sinister et ses expérimentations génétiques qui permettra de dresser une sorte d'inventaire des problématiques dans ce domaine. Une autre auteur picorera au contraire des dizaines d'exemples pour parler de la condition féminine dans X-Men. Et ainsi de suite. Chacun son sujet, son angle, son point de vue. Ca donne une lecture toujours pleine de surprise, où la routine ne s'installe jamais, et qui dépasse, surtout, le simple principe de parler de philosophie.
Mais pour ce qui est des concepts eux-mêmes, tels qu'abordés dans le bouquin, bon, c'est sûr que ça change de la lecture de Voici/Voilà/Voilou dans le métro, hein, on va pas se mentir. Pourtant, c'est tellement souvent bien troussé qu'on se laisse facilement embarquer dans des sujets parfois complexes et denses. Certains essais méritent, je vous le dis tout net, de préférer lire un paragraphe ou deux au calme. Mais globalement, je lisais dans le métro et ma compréhension des idées avancées et disséquées n'en était pas altérée (pourtant j'ai la capacité de concentration d'un enfant de 2 ans quand je suis dans le métro, j'entends même les gens mâcher du chewing gum de l'autre côté du wagon).
Et puis, allez, on est entre nous, hein : si un chapitre vous donne mal au crâne, je suppose que vous pouvez le zapper (enfin, euh : y revenir plus tard, bien-sûr, héhé), personne ne le saura ! Pour ma part je n'en ai eu envie qu'une fois, et quand j'ai décidé de ne pas le faire, je ne m'en suis pas portée plus mal.

- Bon mais alors, surtout : peut-on apprendre des choses sur l'univers X-Men en lisant X-Men and Philosophy ?
Oui. Oui, oui, oui et oui. J'ai appris plein de choses sur certaines storylines, comme House of M qui me fascine, ou Days of the Future Past justement. Bon, ça n'a pas l'air non plus d'être les intrigues les plus obscures de l'univers X-Men, mais n'empêche, c'est déjà ça. Ponctuellement, les chapitres les plus ambitieux sur cet angle sont aussi capables d'aborder des personnages absents, ou au mieux totalement secondaires, dans les films, tels qu'Apocalypse, Madrox, Layla Miller, Kitty Pryde, Angel, ou encore Deadpool (bon, pas forcément sur l'angle qui me fascinait le plus, mais c'est pas une raison). Toutefois, ce n'est pas la vocation de ce livre que de vous permettre de parfaire votre connaissance du sujet, c'est plus à prendre comme un copieux bonus non-négligeable.

Alors évidemment, il manque toujours un immense ouvrage qui ne ferait que de l'explication de texte, par exemple. Qui synthétise la timeline des intrigues principales de la série. Qui décide de tout simplement proposer une intrigue inédite sous forme de roman (apparemment ça a été le cas dans les années 90 mais d'une part, c'était une période si faste pour la franchise que je doute qu'un néophyte puisse commencer par là, et puis d'autre part, bonne chance pour mettre la main dessus, ça doit être méchamment collector). Je n'ai pas encore trouvé l'encyclopédie qui me permettrait de feuilleter quelques pages de temps à autres pour m'impregner de l'univers, ou le recueil de citations qui me servirait à prendre la mesure de certaines profondeurs atteintes au détour d'un comics, comme j'ai pu le faire pour Star Trek (ma façon de découvrir cette franchise reste mon idéal pour appréhender un univers popculturel complexe, je dois dire).

Mais pour autant, si le monde des X-Men vous intéresse, et que vous aimez bien une lecture intelligente en prime, je recommande cet ouvrage. Testé et approuvé.

Voilà et maintenant j'ai rien à lire pour demain, je vais être d'une humeur de chien. Je pourrais le prendre avec philosophie... mais bizarrement, non.

Posté par ladyteruki à 23:25 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

18-08-12

Une bonne affaire ?

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons convenu d'un petit défi à deux : nous regarderons absolument chaque pilote de cette saison, et nous rédigerons, chacun de notre côté, un post pour absolument chacun de ces pilotes. Après deux pilotes de format court (l'un d'une dramédie, l'autre d'une merde honteuse), cette fois nous nous attaquons au premier drama de la saison et, eh bien, on avait à peu près une chance sur deux que ça tombe sur une série policière : voici donc venue l'heure de Major Crimes.
Cela va sans dire, mais ça va quand même mieux en le disant : comme toujours, vous trouverez un icône sur lequel il vous suffira de cliquer pour accéder à la critique du pilote de Major Crimes de whisper, et ainsi lire nos deux avis sur un même pilote, que ce pilote nous ait fait le même effet ou non...

MajorCrimes

"Allez on avance, on regarde : des affaires comme ça, faut pas laisser passer ! Il est frais le pilote, il est frais !"

Je ne suis pas trop habituée à faire mon marché chez TNT. Il y a, en définitive, très très peu de séries de la chaîne que je regarde, à plus forte raison depuis la disparition de Men of a Certain Age. En-dehors de la récupération de Soutland (que je me suis promise de reprendre un jour), la chaîne n'a rien accompli qui me donne envie d'ouvrir mon porte-monnaie. Mais comme tout le monde, je suis attentive aux économies, et réceptive aux soldes : les temps sont durs. Et si le stand a priori peu attirant de TNT comporte quelques bonnes affaires à faire, autant ne pas passer à côté. Jetons donc un oeil à la camelotte...

"On se laisse tenter, oui Madame, approchez ! Ah ça c'est de la qualité, ça a fait ses preuves ! Un produit qui se vend tout seul depuis 7 ans, et pas une réclamation !"

Je suis un peu snob, dans le fond : je n'aime pas acheter d'occasion. Or j'ai un peu l'impression que ce produit, tout neuf qu'il soit, est un peu usé. Ca se sent à la finition : en utilisant exactement la même chaîne de montage que The Closer, ce pilote de Major Crimes est un procedural de plus, avec une enquête, un tour dans le labo de la police scientifique, une épiphanie soudaine, et une résolution bouclée en 45mn, main d'oeuvre comprise.
On ne peut même pas prétendre que l'emballage a changé, ce n'est pas le cas. Tout juste si le logo et la mascotte de la marque ont opéré un petit redesign, sans plus.
Bien-sûr, le phrasé étonnamment lent de Mary McDonnell (je ne me rappelais pas qu'elle soupesait ses mots à ce point dans Battlestar Galactica, mais ce n'est pas le moment de me lancer dans une intégrale !) a des vertus calmantes, et sa présence incroyable fait énormément pour couper toute envie de reposer immédiatement le produit sur l'étal, pour d'avancer au stand suivant sans plus tarder. Mais si cet atout, sur le moment, incite à la patience, impossible de ne pas remarquer qu'il est avant tout un cache-misère. Il y a tromperie sur la marchandise...

"Et ce pilote, Madame, il n'est pas à une saison complète, pas à 13 épisodes, non Madame, pour vous, ce sera 10 épisodes !"

Mais dans cet étalage de commerce télévisuel classique, ce qui me choque le plus, c'est certainement le marchandage.
Idéologiquement, Major Crimes est même aux limites du honteux. On n'y trouve aucun débat, aucune confrontation d'idées sur le thème des "deals" offerts aux criminels. C'est un fait imposé : on vous dit que le produit est neuf parce qu'on a ajouté l'option "compromis avec le D.A.", mais en réalité, c'est un cache-misère. Qu'est-ce qui justifie la ristourne de peine offerte au coupable de ce pilote ? Pas grand'chose.
Personne dans Major Crimes n'essaye d'expliquer pourquoi cette "nouvelle" série a décidé de s'orienter non vers la confession, mais vers le compromis. C'est l'alibi de la production pour pouvoir vendre le produit un peu plus longtemps, et l'épisode n'ira jamais chercher plus loin. Ni argument explicitant pourquoi "la peine de mort coûte plus à l'Etat que la prison à vie", ni explication contraire de la part de vieux flic (déjà bien tourné en ridicule dans le reste de l'épisode pour son obstination bornée) qui justifierait sa colère face à ce nouveau procédé. Alors que la peine de mort est, visiblement, au coeur de ce changement de politique des services de L.A., la question est abordée comme n'importe quel autre prétexte de scénario.
Même en ayant l'opportunité d'avoir un véritable cachet, de la profondeur et un propos : en somme, un plus-produit ; Major Crimes refuse d'être autre chose qu'une déclinaison parmi tant d'autres d'une formule qui est survendue par les chaînes américaines depuis maintenant une douzaine d'années.

"Ah, on est dure en affaires, hein ? On vous la fait pas à vous ! Allez, adjugé à la petite dame ! Ce sera parfait à regarder en pleine canicule !"

Non, vous savez quoi ? Même à ce prix-là, ça vaut pas le coup.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

16-04-12

Keep Portland weird

Les rattrapages post-Black March continuent et je commence à être à jour, lentement mais sûrement, sur un nombre grandissant de séries. C'est bien ma faute, je n'ai qu'à pas en regarder autant.
Hier, j'ai achevé le rattrapage sur la deuxième saison de Portlandia, dont il est vrai, je ne parle pas souvent ici, mais que j'adore presque toujours autant suivre que l'an dernier. Alors, à l'issue du season finale, je me suis dit que j'allais en profiter pour rappeler cette série à votre bon souvenir avec un petit bilan de saison. Hélas, il ne sera pas forcément aussi extatique que je l'aurais voulu.

Portlandia

Lors de sa saison inaugurale, Portlandia ne comptait que 6 épisodes. Pour une série essentiellement basée sur des sketches, ça ne heurtait pas outre mesure ; par contre c'est vrai que je m'étais tellement amusée que je trouvais que ça faisait peu. La deuxième saison de Portlandia était portée cette fois à 10 épisodes, et si au départ je pensais que c'était là une excellente nouvelle, je suis obligée de reconnaître que c'étaient peut-être quelques épisodes de trop, en fin de compte. Les bonnes idées semblent fuser un peu moins souvent que l'an passé, mais surtout, on a une grosse impression de recyclage.
D'accord, le concept-même de recyclage s'accorde plutôt bien avec la population de hipsters de Portland telle que décrite dans la série, mais ça reste en général un défaut quand il s'agit de comédie.

Il était naturel de faire revenir certains personnages de la première saison, hautement populaires et croustillants : les féministes de la librairie Women & Women First, Candace et Toni ; Peter et Nance, bien plus présents que dans la première saison ; Jason et Ronnie, les Californiens qui découvrent le charme de Portland ; une brève apparition de Lance et Nina (le couple "cacao") ; Spike le cycliste, dont on apprend cette saison qu'il a une petite amie du nom d'Iris ; et naturellement, Fred et Carrie, les avatars des comédiens qui sont devenus dans la série les conseillers les plus proches de Monsieur le Maire, j'ai nommé le grand, le magistral, le magnifique Kyle MacLachlan.
La récurrence de tout ce petit monde est compensée par la présence de personnages qui ne sont pas issus de la première saison, et qui permettent de ne pas avoir l'impression de tourner en rond ; le vrai bémol étant qu'aucun nouveau couple de personnages n'est installé pour durer : souvent anonymes, ils n'ont pas pour vocation de faire partie du "canon". La saison 2 n'apporte pas grand'chose de ce côté-là, et cela participe à l'impression de recyclage : on n'y bâtit pas pour l'avenir.

Les guests sont nombreux cette saison, bien plus que l'an passé, et on ne peut plus regarder une scène sans y reconnaître un visage connu ; j'exagère, mais à peine. Outre Kyle, dont le maire excentrique est devenu un personnage récurrent de la série plus qu'un guest à vrai dire (à quand une petite invitation sur le plateau de SNL, d'ailleurs ?!), on trouvera aussi Jeff Goldblum, Tim Robbins, Mary Lynn Rajskub, Ed Begley Jr., Amber Tamblyn, James Callis, Edward James Olmos, Ronald D. Moore, Jack McBrayer, Sean Hayes, entre autres, ainsi que comme pour la saison précédente, des copains de Saturday Night Live comme Kristen Wiig et Andy Samberg. J'en oublie forcément. Il y a aussi tout un tas de musiciens que je ne (re)connais pas, mais que la série s'enorgueuillit d'accueillir, fidèle à ses influences.
Pourtant, contrairement à la plupart des séries, le nombre et la variété des guests joue pour Portlandia et non contre elle ; c'est un fait rare qu'on aimerait pouvoir appliquer à d'autres aimants-à-guests. Cela fait partie de l'identité de la série, en fait. Les apparitions varient en brièveté, en intérêt et en qualité, mais participent à constituer un univers à la fois foisonnant et décalé, qui fonctionne bien. On peut regretter que Kristen Wiig semble mal employée ou que Sean Hayes soit méconnaissable sous sa perruque, mais les séquences qui les accueillent sont toujours écrites de façon à ne pas alourdir les sketches par leur présence. Il n'y a aucune gratuité.

Alors, où est le problème ? En fait, les choses deviennent véritablement pénibles quand on voit le recyclage auquel Armisen et Brownstein s'adonnent en termes d'écriture pour eux-mêmes.

Portlandia a fait un méchant home run sur sa première saison, et la suivante capitalise à fond dessus : au lieu de la prolonger totalement, la deuxième saison veut nous rappeler à quel point la première saison de Portlandia était cool et marrante et originale. Et du coup, cette nouvelle saison est un peu moins cool et marrante, et surtout, beaucoup moins originale.

Déjà, le diable se loge dans les détails. Retrouver les visages qui auraient dû être anonymes et qui étaient apparus une fois, pas plus, dans la première saison, à maintenant tous les coins de rue, est destabilisant. Dans la première saison, ce qui faisait entre autres le charme de Portlandia, c'était que ses personnages finissaient plus ou moins par se croiser ou être liés, mais impérativement de façon involontaire et/ou subtile ; plus en raison de l'ironie des choses ou de la taille humaine de la ville qu'autre chose, et surtout pas parce qu'une sorte de cast secondaire tentait de s'imposer au fil des épisodes. Ici, il n'y a aucune forme d'explication quant au retour de certains comédiens dont on a pu mémoriser les visages, et plus problématique encore, ils n'incarnent pas le même personnage. Ce n'est donc pas que la boucle est bouclée, et que l'univers de la série reste cohérent ou acquiert de nouvelles dimensions ; c'est juste une façon de maintenir les mêmes visages et, en tous cas à mon avis, d'évoquer la première saison indirectement. On a plus l'impression que leur présence relève de la private joke ou l'Easter egg, or Portlandia n'a quand même pas atteint un statut de culte à ce point-là dans sa courte existence. Dana la serveuse du pilote, par exemple, va faire deux apparitions où elle ne sera plus du tout la même personne. Qu'est-ce qui justifie cela ? Rien. Et ça n'apporte rien non plus. En fait, ce phénomène se répète si souvent que c'en devient vite agaçant.
Mais, évidemment, il y a le problème des recyclages de gags ; et il est beaucoup plus grave parce qu'on dépasse le cadre de l'auto-référence. Il y en a pour ainsi dire un par épisode, minimum, mais toujours de façon pervertie. L'épique chanson qui avait ouvert la série, Dream of the 90s, est parodiée en milieu de saison, sauf que c'est lourd, pas franchement drôle, un peu longuet, et qu'en plus le côté délicieusement addictif de la chanson d'origine est perdu dans la manoeuvre (un comble quand on connait l'excellente oreille du tandem). Autre exemple : l'excellent sketch de la première saison dans lequel les personnages se disputaient pour savoir qui avait lu le plus de magazines, est repris pour cette fois les voir se quereller pour savoir qui connait le plus de monde en ville, mais là encore, c'est en perdant l'énergie de départ, et avec une conclusion miteuse loin d'avoir l'effet de la première fois. Et ainsi de suite.
L'omniprésence de Peter et Nance (pourtant pas vraiment les personnages les plus prometteurs sur le plan de la comédie, bien que probablement les plus emblématiques du "message" de la série) n'aide pas vraiment à se débarrasser de cette impression de répétition, non plus.

Pour autant que je puisse être critique et, osons le dire, un peu déçue par cette nouvelle saison très inégale à mes yeux, vous l'aurez compris, Portlandia reste tout de même une excellente comédie qui ne ressemble à aucune autre à l'antenne actuellement. Il y a de très, très bons sketches cette saison, à n'en pas douter, tirant partie aussi bien du potentiel de la vie à Portland telle que les comédiens/auteurs la voient, que des personnages existants, ou encore des excentricités qui leur sont permises par un budget visiblement moins serré que l'an passé. En voici quelques unes :

Around the world in 80 plates She's making jewelry now Going greener Zero-packaging grocery store Allergy Pride Parade

Et puis, Portlandia est, et reste, une incroyable critique de son public-cible, toujours aussi brillante quand elle sort réellement les griffes, mais sans jamais le faire méchamment. Il y a derrière la critique toujours une certaine dose de tendresse qui permet d'écorcher certains stéréotypes sans rendre la série antipathique. De ce côté-là, l'équilibre est toujours impeccable. Alors que la série avait fait son succès grâce à son public de hipsters on aurait pu craindre qu'elle essayerait de l'épargner, mais pas du tout.

Cette saison gère également très bien le mélange de sketches et l'aspect semi-feuilletonnant (uniquement à l'intérieur d'un même épisode, jamais au-delà), offrant des moments cultissimes, et visiblement voulu tels, comme peut l'être l'épisode dédié à Battlestar Galactica où l'intrigue principale est hilarante.
Il me faut aussi mentionner le fameux season finale, totalement à part. Pour une série qui fonctionne essentiellement, comme je l'ai dit, sur le principe d'une comédie à sketches, réaliser cet épisode avec une intrigue d'un seul tenant était un véritable défi, relevé avec un enthousiasme visible et plein de bonnes idées. L'épisode est aussi l'occasion d'amener plusieurs personnages marquants à se croiser de plus ou moins près (Fred et Carrie, Peter et Nance, Candace et Toni), rappelant que Portlandia peut aussi s'auto-référencer sans se recycler : c'est une question de nuance. L'expérience est totalement concluante, mais doit conserver son caractère exceptionnel pour bien fonctionner.

Alors au final, cette deuxième saison n'est pas parfaite, il y a des erreurs qui sont commises essentiellement parce qu'on a sans doute trop loué les qualités de la première, mais ça reste quand même un must-see du début d'année. Et d'ailleurs, IFC ne s'y est pas trompée, et a déjà commandé une troisième saison pour janvier prochain, cette fois avec 12 épisodes au menu, ce qui est un peu à double-tranchant. Pour Portlandia, il faut espérer que ce sera la saison de la maturité... ou bien la dernière.

Posté par ladyteruki à 10:09 - Review vers le futur - Permalien [#]

30-12-11

Dodging the bullet

L'autre jour, je ne sais plus où je flânais précisément, mais il s'agissait en gros de la page IMDb d'une série qui n'avait finalement jamais été retenue. Dans les commentaires, quelqu'un posait LA question qui me hante depuis bien longtemps maintenant, à savoir : qu'advient-il du pilote de cette série une fois que le couperet est tombé, et un autre contributeur répondait... attention, les âmes sensibles vont avoir un choc : rien. L'épisode est détruit.
Faisons une pause pour que tout le monde reprenne possession de lui-même.
Moi-même ça m'a demandé quelques minutes, je ne vous le cache pas. J'ai été prise d'un vertige renversant en pensant à tous ces pilotes détruits, introuvables, à jamais disparus, inaccessibles. Du travail pour rien. Jamais de postérité. C'est d'une brutalité qui me donnerait quasiment envie de pleurer, et par quasiment je veux dire que c'est sûr et certain et que je ne refuse pas qu'on me passe un mouchoir, merci.

Dans ces colonnes, les pilotes de type "unsold" ont souvent eu droit à une jolie place, parce que, eh bien, j'aime les pilotes, j'aime les découvertes, et que je ressens un sentiment de perte même quand une série que je ne regardais qu'en dilettante est annulée au bout de 15 ans alors, bon, coeur brisé pour coeur brisé, autant tenter des séries qui n'auront jamais dépassé le stade du pilote. Ainsi, des séries ont été évoquées ici, et je vais les mentionner à nouveau pour que vous puissiez tirer partie des tags : Pretty Handsome, Faceless, Nikki & Nora, Babylon Fields, Prodigy... J'en oublie sans doute. Et j'aimerais pouvoir mettre The Miraculous Year dans cette liste (ah c'était ptet sur cette fiche IMDb que j'étais, tiens, puisqu'on en parle).
La plupart du temps, je regarde ces pilotes invendus parce que, bon, déjà c'est pas poli de refuser un pilote, vous connaissez ma ligne de conduite à ce sujet, ensuite parce que toute découverte est toujours bonne à prendre, qu'il y a toujours quelque chose d'intéressant à trouver dans un pilote et ce même (surtout ?) s'il n'y a pas eu suite, mais aussi parce qu'il faut quand même bien admettre que ça fait toujours plaisir de faire une belle prise, et les pilotes que nous ne sommes pas supposés voir, c'est un de ces trésors cachés qui font aussi du bien à l'ego du téléphage. Soyons honnêtes, hein, il y a une part de "moi je fais partie de la minorité qui a vu" qui fait plaisir ; je ne sais d'ailleurs pas pourquoi je me gâche ce plaisir en venant ensuite vous en faire des posts et vous inciter à regarder aussi, héhé...! Je ne suis sans doute pas assez élitiste à mon goût.

Enfin voilà, tout ça pour dire que le pilote de série non-commandée, c'est un plaisir sur lequel je ne crache pas, jamais. Aussi quelle n'était pas ma surprise de voir la "publicité" autour de 17th Precinct, y compris sur The Hollywood Reporter. La façon dont ce pilote a mystérieusement échappé à la destruction puis, encore plus mystérieusement, trouvé le chemin du streaming puis, mystérieusement toujours, été évoqué par des sites qui d'ordinaires sont suffisamment "sérieux" pour ne pas parler d'épisodes leakés à tous bouts de champs, ça m'a surprise. Je trouve ça intrigant. Comprenez que j'ai de sérieux soupçons quant à la finalité de cette étrange apparition sur internet, dans la joie et l'allégresse de tous, y compris ceux qui d'ordinaire font mine de ne pas avoir remarqué que des videos de ce genre se promènent sur internet. En un mot comme en cent, il me semble que, quelque part, quelqu'un vient de nous donner une opportunité. Petite, fragile, intangible, sans doute. Mais une opportunité. A nous d'être nombreux à nous en servir.

...Si toutefois cela en vaut la peine. On en vient donc à l'objet de mon post : que vaut le pilote de 17th Precinct ?

17thPrecinct
Si vous êtes un lecteur régulier de ce blog, vous n'ignorez pas que j'ai pris les séries poulardières en grippe il y a plusieurs saisons maintenant. Depuis Les Experts, on a eu le temps de faire trois fois le tour de la question à cloche-pied. Chaque année on a droit à une, deux, trois séries policières procédurales où le héros est un enquêteur-pas-comme-les-autres-qui-a-une-faculté-particulière-pour-résoudre-les-enquêtes, ce qui fait que finalement, ils deviennent tous des enquêteurs comme les autres. On a parfois des pitches plus originaux, ponctuellement, et même de temps à autres des séries policières non-procédurales genre Southland, mais l'impression d'overdose est bel et bien présente et je ne pardonne plus rien depuis environ 5 ans dans le domaine.
Qui plus est, même si j'ai énormément apprécié Battlestar Galactica (je devrais me faire un marathon, tiens, ça me permettrait d'enfin voir la fin), je n'ai pas de tendresse particulière envers ses acteurs. Je suis contente quand je les vois, mais je ne les suis pas absolument. Idem pour Ron D. Moore que je n'en suis pas à considérer comme un Dieu vivant. David E. Kelley, là, d'accord, mais Moore...

Ce qu'il y a de bien quand on ne part pas avec un a priori positif, c'est que ça laisse plein de place aux bonnes surprises.

Le pilote de 17th Precinct commence pourtant assez mollement. Un crime, du sang, l'impression d'avoir mis les pieds dans un procedural comme tant d'autres. Arrivent alors nos deux enquêteurs (James Callis et Jamie Bamber), et la série s'amuse alors avec ses effets spéciaux. Un sourcil levé, l'autre froncé, on attend sans trop savoir sur quel pied danser comment cette histoire de magie ne va pas complètement tout gâcher. Il faut quand même voir que les mecs peuvent reconstituer le déroulement du crime dés les premières minutes du pilote, donc ça laisse circonspect dans un premier temps. La chose n'est pas facile à gérer, mais elle est brillante en réalité. Car quand arrive l'équivalent du coroner dans le monde de 17th Precinct, et que Tricia Helfer se la joue mi-Charmed, mi-Pushing Daisies (croisement contre nature s'il en est, pourtant), on découvre que la richesse de l'univers de cette série va justement lui permettre de respirer vis-à-vis des codes du procedural, tout en profitant de la popularité du genre.
Par-dessus le marché, outre les trois transfuges de Battlestar Galactica, on va retrouver Eamonn Walker (Oz !) dans la peau d'un commissaire de police doté d'un don de vision, Stockard Channing (évidemment restée dans les mémoires téléphagiques pour A la Maison Blanche) dans le rôle d'une vétérante qui va devoir prendre en charge une jeune recrue particulièrement prometteuse incarnée par Matt Long (The Deep End)... Le casting est précieux, les idées excellentes se succèdent. Elles parviennent à mêler à la fois des éléments conventionnels de la série policière telle qu'on en a bouffé ces dernières années, tout en apportant définitivement d'excellents twists. Mais attendez, n'allons pas trop vite. Il va se passer plusieurs minutes pendant lesquelles le pilote va lentement établir chaque personnage, sans trop en dire toutefois. C'est un passage un peu lassant car on va vite comprendre que l'intérêt de la série ne réside que très partiellement dans ses personnages.

C'est une fois tous ces personnages introduits que la bascule s'opère véritablement. On entre alors dans ce monde étrange grâce à l'instauration simple, rapide, mais nette, d'une véritable mythologie, tout en donnant l'opportunité à "l'enquête du jour", ainsi qu'à "l'enquête secondaire" (toutes deux des classiques de la structure d'une série procédurale), de dévoiler les étrangetés de l'univers de 17th Precinct. Les deux affaires utilisent, sans être trop tape-à-l'oeil, les propriétés de ce monde où toute chose est régie par la magie.
On comprend que le fonctionnement de la vie de chacun, au quotidien, est différente, à Excelsior (c'est le nom de la ville, ç'aurait donné un bien meilleur titre de série d'ailleurs). Il y a quelque chose d'assez mystique, d'ailleurs, dans la façon dont la magie est perçue à la fois comme utile et sacrée ; c'est presque animiste et cela se ressent sans être trop explicité, avec énormément de subtilité. Petit-à-petit, on commence à prendre la mesure des rouages de cet univers où la magie est à la fois quelque chose en quoi l'on croit, et que l'on utilise. Et on comprend que les valeurs de cette société s'en trouvent modifiées (comme l'indique les verdicts des procès montrés ou mentionnés dans l'épisode). Ce n'est pas juste une façon de dire, "ah ouais, pour changer on va faire de la magie", il y a réellement une sorte d'éco-système qui se construit pendant ce pilote.

Quand on pensait avoir plutôt bien pris ses repères dans l'univers de 17th Precinct, c'est là qu'on est frappé par un ultime retournement de situation, fou, incroyable, puissant, et terriblement cohérent avec ce que nous dit le pilote depuis ses premières images, pourtant. La mythologie, lentement mise en place par le truchement du personnage d'Eamonn Walker, commence à prendre un sens différent, déjà. On regarde Matt Long avec des étoiles dans les yeux (et pas uniquement en raison de la couleur de ses pupilles) et on attend de grandes choses de Stockard Channing.

Soudain, là, à cet instant, le souffle coupé, on se rappelle que 17th Precinct est un pilote "unsold".
Je ne nierai pas qu'il y a une part de frustration à l'issue du visionnage de ce pilote. Mais il y a une part de satisfaction intense à l'idée d'avoir vu un pilote plus que solide. Pas génial, mais carrément bon, quand même.

On ne m'ôtera pas de l'idée, pas avant un bon moment en tous cas (le temps me donnera tort, ou raison, ou tort), que la sortie de ce pilote, à un moment où plein de monde peut le voir, sur des sites de streaming où il pourrait être retiré et où il ne l'est pas, repris par des sites d'information sur le milieu de l'audiovisuel sans la moindre protestation des ayant-droit, a une raison d'être.
Peut-être que 17th Precinct a encore une chance d'éviter la mise à mort. Peut-être que nous pouvons nous aussi exercer un petit tour de magie. Peut-être que cette fois, nous avons ce pouvoir. Juste peut-être.
Pour certains pilotes "unsold", l'effort n'en vaut pas la peine. L'espoir n'a pas lieu d'être entretenu. Mais j'ai aimé le pilote de 17th Precinct et je ne pense pas être la seule. Et si vous le regardez, il ya de grandes chances pour que vous l'aimiez. Pour que vous en parliez. Pour que vous twittiez quelque chose à l'intention de @nbc. Pour que... Qui peut dire ? Un monde où la magie existe... ça en fait, des possibilités.

Et pour ceux qui... Eh bah non. Du coup.

Posté par ladyteruki à 19:55 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-06-11

Générosité

Après trois épisodes de Falling Skies, je suis réticente à poster au sujet de la série. Ce démarrage me laisse circonspecte (et apparemment pas que moi, si l'on en croit les audiences !) et je ne suis toujours pas certaine de savoir qu'en penser à ce stade. J'ai le sentiment à la fois qu'une sorte d'instinct me pousse à regarder cette série juste parce que je voudrais croire, vu ses thèmes, qu'elle finira par me plaire, et en même temps j'ai, ponctuellement, l'impression qu'elle possède un peu de potentiel.
Mais, comme dans tout post écrit après avoir visionné plusieurs épisodes, je vais probablement devoir donner quelques spoilers à ceux qui ne s'y sont pas encore mis en essayant de démêler tout ça.

KeepOnFalling
Le problème c'est que le potentiel, ce n'est pas assez, quand on a passé le cap de 3 épisodes, et plus encore en ce qui concerne la SF, l'anticipation, et toute cette sorte de choses. C'était le problème de Caprica : beaucoup de potentiel dévoilé d'un coup, mais il n'était pas développé. Ici, à un degré bien moindre, on a le même genre de cas de figure : Falling Skies pose des éléments intéressants.

Déjà, difficile de ne pas apprécier le fait que la série démarre alors que l'invasion a déjà eu lieu, au contraire des deux versions de V ; on est plus proches du cas Alien Nation, pour rester dans les séries, ou de District 9 si on explore du côté des films (et quel film !). C'est un pari plus risqué qu'il n'y parait car, d'une part, ça veut dire que le gros de l'action et du suspense est déjà derrière nous, ce qui pour une série comptant sur l'adrénaline est quand même assez couillu, et d'autre part, ça implique une complexification des enjeux qui pourrait perdre le spectateur, que ce soit par impatience ou parce que les allusions à demi-mot peuvent parfois donner l'impression de se faire ballader. Dans le cas de Falling Skies, ce n'est même pas comme si ce facteur avait une incidence sur la mythologie, puisque celle-ci repose essentiellement sur les intentions des Skitters (c'est le nom de nos délicats invités) et pas vraiment sur la façon dont ils ont débarqué sur notre planète (ils ne se sont pas infiltrés, ils n'ont pas essayé de faire copain-copain, etc.), donc la série aurait pu choisir de nous montrer ce genre de choses, quitte à opérer un fast forward ensuite, mais non. Donc je trouve ça relativement courageux, surtout que ça a été raconté par des dessins d'enfants, finalement assez abstraits, donc chapeau, il fallait oser le faire. Ca semble légèrement cliché mais dans le fond, ce n'était quand même pas la solution de facilité.

On est donc directement branchés sur la survie, et j'avoue que c'est quand même ce côté post-apocalyptique qui me séduit le plus (comme il aurait pu me séduire si The Walking Dead avait proposé moins de dents et plus de scénarios). C'est toujours quelque chose de captivant que de voir comment une société s'organise quand les organes qui garantissaient son fonctionnement ont cessé de huiler les rouages de la machine, et c'est pas pour rien que j'écris moi-même sur le sujet, c'est le genre de sujet qui exerce depuis toujours une grande fascination sur moi.
Mais c'est aussi de là que provient la première des déceptions. Car quand on a vu les premiers épisodes de Battlestar Galactica gérer l'écrasement de l'humanité (brillante idée du décompte des survivants, parfaitement gérée, angoisse palpable que la civilisation soit réduite à néant, etc.), il est difficile de ne pas faire de comparaisons. La population est dispersée, forcément, et donc l'enjeu ne peut être porté comme dans Battlestar Galactica, et je ne m'attendais pas à un clone de toute façon, mais j'estimais qu'il n'était pas exagéré d'espérer ressentir le désespoir des survivants. Jusqu'à présent je ne l'ai pas ressenti une fois, et je trouve ça grave.
Car si les fictions post-apocalyptiques me fascinent, c'est précisément parce qu'elle explorent le désespoir d'une humanité vacillante mais qui doit trouver la force de subsister, et si possible la tête haute, sans se replier dans la bestialité. Ici, on a une proportion de survivants qui donne à peu près ça : 15% combattants armés, 85% pseudo-zombies.

La vague de désespoir tant attendue pourrait bien venir d'un élément peu traité dans les deux premiers épisodes, et vaguement développé dans le 3e opus (mais de façon artificielle). Pourquoi les Skitters ont-ils réduit les enfants en esclavage ? Et, plus précisément, pourquoi ne pas en avoir fait autant avec les adultes ? On se doute que la technologie mise en place pour le faire n'est pas anodine, or c'est elle qui est explorée, ainsi que ses usages, dans le 3e épisode, là où de toute évidence on voudrait bien que les protagonistes se posent les bonnes questions. Evidemment, on peut imaginer que, dans un état de stress post-traumatique, et alors qu'ils sont préoccupés par des questions triviales comme, oh, trois fois rien, manger et dormir, et puis ne pas mourir si possible, les survivants ne soient pas exactement dans une situation où ils se demandent "ah tiens, mais comment se fait-ce ?" et cherchent plutôt à récupérer leurs enfants.
Mais c'est quand même une idée absolument fabuleuse ! En prenant les enfants en otage (plus ou moins explicitement selon les épisodes), Falling Skies s'attaque à la notion-même de survie à long terme de l'humanité, et dans ce cas on est dans le voisinnage de l'ambiance de Children of Men (autre traumatique merveille, d'ailleurs), porteuse de nombreux éléments dramatiques pertinents, si bien exploités. S'attaquer aux enfants des hommes, c'est certainement ce que l'envahisseur pouvait faire de pire ; c'est bien vu, il faut continuer. Falling Skies tient ici ses plus prometteuses pièces de puzzle.

Intéressante aussi, la petite nana, Maggie je crois (j'ai pas encore bien intégré tous les noms), qui s'est faite violer par le gang de Pope. Plutôt que de simplement mettre en place des éléments de discordance à l'intérieur de l'équipe de survivants (qu'on a pu voir dans Lost, en tous cas que j'ai vus dans le peu d'épisodes regardés) reposant sur les habituelles rivalités d'influence, qui va prendre les décisions ou pas notamment (ici, la question est réglée par l'importance de l'armée dans la lutte pour la survie, et l'absence pour le moment d'un leader "civil" à l'intérieur du groupe), on a ici des questions plus réalistes sur ce qui peut réellement se passer lorsque certaines garanties sociales (la peur du gendarme) tombent. On aurait vu des émeutes et des pillages si on avait vu l'invasion alien, on voit ici d'autres sortes de crimes. C'est plutôt bien joué aussi, et encore fois, en amatrice un peu perverse de déchéance humaine à des fins de dramatisation, j'ai trouvé ça bien vu et intéressant.

FreedomFighter
Le problème, c'est à peu près tout le reste.
Axes prévisibles (qui en voyant Tom et son copain Mike partir bras dessus bras dessous récupérer UN gamin, et un seul, alors que tous les deux ont un gosse qui manque à l'appel, n'a pas vu venir la suite de l'épisode, y compris sa pâle excuse de cliffhanger ?), dialogues à mourir d'ennui, pontifications interminables autour de ce qu'il faut faire, ne pas faire, ne plus faire, mais qui reste lettre morte, scènes trop sucrées pour être autorisées aux diabétiques sur le mignon enfant qui fait du skate, le mignon enfant qui dort dans une chambre d'enfant, le mignon enfant qui fait un bisou à son papa qui va aller dézinguer du Skitter... Oh, hé, ça va bien non ? Vous faites aucun effort, ou bien ?

Le personnage de Tom, incarné par le toujours aussi parfait Noah Wyle (un peu trop au vu du reste du cast, mais, eh, c'est le seul à avoir son nom sur l'affiche pour une bonne raison, hein ?), est le stéréotype du gars qu'on a placé là pour être un héros drapé dans son immaculée excellence, il est bon père, bon combattant, homme éduqué...

Et surtout, il souffre du syndrome du background artificiel exposé dés le pilote dont je vous avais dit qu'on recauserait. Parce que comme par hasard, le type, il n'est pas juste attaché à, vous savez, vivre. Non, il faut que forcément il ait trois fils, l'un dont il souhaite préserver l'innocence aussi longtemps que possible, l'un qui risque sa vie à ses côtés à chaque fois qu'il y aura un peu de baston (cf. 3e épisode), et un dernier, capturé par les Skitters.
Vous allez voir que si tout d'un coup, il se déclare un autre méchant, genre une 2e race extraterrestre (comme Invasion Planète Terre l'avait fait en ajoutant les Kimeras et les Jaridians aux Taelons, mettons), il va se trouver un 4e fils caché pour aussi donner une raison à Tom d'aller mettre son nez par là.
C'est vraiment un procédé épuisant, et la preuve du peu de cas que la série fait de ses personnages. Leur construction est superficielle et cause un tort immense à la série. Aucune série ne devrait d'ailleurs nous infliger ce genre de personnage ; c'était le tort de ce bon vieux Joe dans Flash Forward, c'est le problème de la plupart des séries où l'enquêteur a une raison de mener une quelconque enquête, c'est, en fait, une plaie d'ampleur épidémique : pour qu'un héros fasse quelque chose, il faut forcément qu'il ait un background qui l'y force. Le mec, jamais il va faire quelque chose parce que c'est la chose à faire, il le fait parce que les scénaristes ne lui donnent pas le choix. C'est vraiment navrant de voir qu'une série avec une mythologie pour le moment si peu développée ne soit pas capable de mieux. Mais d'un autre côté, si Tom avait simplement voulu libérer des enfants parce que ce sont des enfants-esclaves, et pas parce que son fils est parmi eux, la moitié de ses échanges avec son fils aîné seraient tombés à l'eau et les scénaristes n'ont visiblement pas envie d'utiliser ce gosse pour autre chose que la personnification des élans auxquels Tom résiste, bravement, parce que ce type est fondamentalement raisonnable.

On ne croit pas un seul instant que Tom soit jamais en danger, d'ailleurs, parce qu'il est tellement évident qu'il est le héros qu'on ne s'en fait pas pour lui. Le danger est forcément désincarné face à un homme capable d'abattre tout seul un Skitter et de le ramener à la base à mains nues ! Et du coup, ce qu'il fait, son invincibilité apprente, fait qu'on ne peut pas s'identifier, et qu'on ne peut s'impliquer émotionnellement. Lui-même semble ne connaitre que deux états : la concentration sérieuse, et la fatigue silencieuse. C'est un bon petit soldat, notre professeur. Et du coup, on est tellement sûr qu'il va s'en tirer qu'on se fiche un peu de ses états d'âme : c'est un cercle vicieux, et d'autant plus dangereux que, dans une série constellée de scènes d'action, on a besoin de vraie dramatisation de temps à autres, sous peine de perdre l'équilibre.

Il en ressort une impression de retenue. Comme si, malgré toute les bonnes idées, l'équipe derrière Falling Skies avait plein d'ambition, mais avait décidé de rendre la série grand public, se perdant dans mille poncifs pour essayer de masquer le fait qu'à terme, elle a quelque chose à offrir. Les éléments qui font les bons côtés d'une fiction post-apocalyptique se trouvent donc étouffés par l'envie de ne pas trop donner, pas tout de suite, de commencer par offrir des bases classiques, du tangible, en semant quelques ingrédients qui seront développés une fois le spectateur happé par l'action. Mais ça ne fonctionne pas comme ça, parce que cette avarice est palpable ; ça ne met pas du tout dans de bonnes dispositions, au contraire, de voir que le plus intéressant est zappé et que ne reste que le tronc commun de la plupart des fictions du genre. Pour le moment, Falling Skies est pingre : elle a les moyens, mais comme l'oncle Picsou, elle refuse de casquer.

C'est pourtant une question de générosité. Donnez-nous toujours plus, et nous pardonnerons toujours plus.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Falling Skies de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 18:29 - Review vers le futur - Permalien [#]

19-08-10

[Day 19] Sans exception

MemeDay_19

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Battlestar Galactica de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

23-05-10

Rituels

C'est tellement ridicule que j'hésite à en faire un post ; mais je me demandais si j'étais la seule à avoir une sorte de rituels devant certains génériques ?

L'une des raisons pour lesquelles on aime qu'une série qu'on regarde ait un générique (ou un truc équivalent qui fasse illusion pendant une dizaine de secondes), c'est parce que c'est en quelque sorte le comble du comble téléphagique : regarder une série, de par sa récurrence semaine après semaine sur nos écrans, crée un lien affectif, et retrouver un générique semaine après semaine renforce ce lien affectif. C'est encore plus familier que les personnages, parce que les personnages ne font pas la même chose d'un épisode à un autre, alors que le générique est le même (sauf cas particulier comme Weeds).

Le moment du générique, c'est le moment où l'on est certain d'être là où on devrait être, le cérémonial de retrouvailles par excellence. Ça et, quand on a de la chance, de la musique sympa et de jolies images. Le générique d'une série, c'est cet instant de communion avec l'univers que vous êtes venu chercher, le moment où la téléphagie s'exprime pleinement, le sentiment à la fois de confort (c'est ma série !) et d'excitation (que réserve ce nouvel épisode ?) à son maximum.

Et donc, personnellement, devant certains d'entre eux, j'ai tendance à développer des petits rituels, que j'aime la série ou non, c'est plutôt la force de l'habitude couplée avec un thème musical qui s'y prête plus ou moins. Par exemple :
- applaudir pendant le générique de Friends
- taper des mains pendant le générique de Fraggle Rock ou Green Acres
- lancer "bang" à la fin du générique de The Big Bang Theory
- scander "come on, come on" pendant le générique de Rescue Me
- et, depuis quelques jours, claquer des doigts à la fin du générique de 30 Rock
Ce qui en soi n'est pas dramatique pour beaucoup vu que la série est finie, sauf que j'ai une playlist de génériques que je joue régulièrement...

Il ne s'agit pas de chanter le générique en chœur (comme je le fais par exemple pour Une Nounou d'Enfer ; il faut quelques années de pratique pour parvenir à ce résultat, ne le faites pas sans la présence d'un adulte pour vous superviser), y compris quand il n'a pas de paroles (je ne vous raconte pas le nombre de fois où j'ai fait des vocalises plus ou moins tolérables devant Invasion Planète Terre, Battlestar Galactica ou The Tudors...) mais d'avoir un petit signal que je fais sans même m'en rendre compte, épisode après épisode, toujours au même moment et sans raison apparente.

Plus généralement, il m'est arrivé très souvent de m'apercevoir que, pendant que défile le générique que, pour des raisons évidentes, jamais je n'aurais l'idée de regarder en avance rapide, je fais la même moue qu'un personnage, ou le même geste, de façon synchronisée. Je faisais ça déjà quand je regardais MacGyver étant gamine, alors ça ne pouvait pas s'arranger...

C'est que le générique est tellement devenu un rituel qu'on connait sur le bout des doigts, et la playlist n'aide pas évidemment, qu'on finit par se l'approprier totalement. Et que, d'une certaine façon, ces petites habitudes ridicules (que je ne fais presque pas lorsque je ne regarde pas les séries concernées en compagnie d'autres spectateurs... hélas pour ma dignité, j'ai dit "presque") nous permettent de reconnecter les liens qui s'étaient légèrement distendus entre deux épisodes.
Le générique, c'est vraiment un cérémonial à part entière, et pas juste une video qui permet à la série de tout de suite donner le ton sur son univers, ou une carte de visite. C'est l'équivalent téléphagique de "eh, comment tu vas, je suis trop content(e) de te retrouver !".

Alors, juste pour savoir si je dois me faire enfermer, je suis la seule à avoir ces petits rituels, ou pas ?

RituelsPaiens
Je viens de réaliser que je n'ai jamais posté ce générique. Stupeur.

Posté par ladyteruki à 23:12 - Médicament générique - Permalien [#]

29-03-10

[DL] Caprica

Au moment de la découverte, le générique de Caprica surprend, parce qu'un peu comme celui de Battlestar Galactica, il semble complètement à contre-courant de ce qu'on aurait pu en attendre. Il n'a pas la puissance du chant étrange de son aîné, mais ce générique a tout de même beaucoup de charme de par la douceur épique qui en émane.

Caprica1
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

J'aime beaucoup le mouvement imprimé dans la caméra, qui oscille en permanence d'un personnage à un autre. L'effet de transition entre chaque plan est à la fois un peu ridicule (comme dans la série elle-même, on où ne craint jamais d'en faire des tonnes) et extrêmement envoûtant. J'aime ce choix de non seulement n'utiliser aucun extrait, mais en plus de faire se dérouler chaque scène dans un Caprica fantasmé qu'on ne voit même jamais dans la série, comme faisant appel à un imaginaire que de multiples références viennent souligner. Je confesse par contre préférer la version piano (entendue trop brièvement dnas l'épisode 9) à celle du générique (peut-être aussi qu'elle est trop courte), mais plusieurs fois au cours de mon visionnage, j'ai pensé "et euh... il sort quand le soundtrack ?", en tous cas, ce qui est un bon point parce que quand je repère la BO d'une série, c'est que vraiment elle s'est distinguée.

Bon alors par contre, j'ai besoin de réponses sur un point : pourquoi il y a DEUX génériques pour Caprica en l'espace de seulement 9 épisodes ? Quelle est la symbolique de ces scènes scénographiées différemment à partir de l'épisode 5 ?
Vous pouvez le constater en cagoulant la 2e version de ce générique, ou simplement en vous basant sur les captures ci-dessous qui, magie, s'agrandissent.

Jeudes7Caprica_1 Jeudes7Caprica_2

Même passage, mais premier plan différent ; Joseph Adama a commencé par prier au milieu d'un cimetière de robots, ensuite c'est au milieu des ronces. Autre scène concernée, quand le U87 sort de la chaîne de montage ; c'est plus subtil et j'ai dû regarder les deux génériques l'un après l'autre pour m'en apercevoir car ça se passe en arrière-plan cette fois.

Jeudes7Caprica_3 Jeudes7Caprica_4

Il y a peut-être d'autres détails encore, et qui m'ont échappé. Si vous voulez jouer au jeu des 7 erreurs, faites-vous plais' !
Dans tous les cas, faire la démarche de changer le générique doit quand même bien résulter d'une volonté, mais laquelle ? Toutes vos suggestions sont les bienvenues parce que vraiment, ça m'intrigue.

 Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Caprica de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 00:11 - Médicament générique - Permalien [#]