ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

27-07-10

L'argument d'autorité

Bon, comme vous le savez, depuis une saison ou deux, je garde mes distances avec les projets de série. C'est ma façon de ne pas gâcher mon plaisir de pilotovore. Mais force est de constater que les projets HBO se suivent, et qu'ils présentent tous une caractéristique commune.
Leur casting.

Maintenant, soyons clairs : un bon casting ça fait toujours plaisir. Il suffit de me voir m'arracher les cheveux par poignées lorsqu'on annonce que certains acteurs médiocres parviennent à signer de nouveaux projets, quand tant d'autres vachement plus intéressants restent sur le bas côté (je sais, il n'y a pas que la télé dans la vie, il y a le ciné et le théâtre aussi ; mais zut, vous êtes des téléphages ou bien ?).

Mais il y a une tendance un peu inquiétante dans les castings de HBO ces derniers temps, qui consiste à booker du lourd, du très lourd.

Holy Box Office, Batman !

Pourquoi ça m'inquiète ? Déjà parce que j'ai toujours dans un coin de ma tête le fameux théorème de "pas encore ?!", et qu'un rôle principal occupé par un acteur ultra-connu, ça me fait froid dans le dos. En second rôle, en support, quelque part en guest vaguement régulier, ça va. Premier rôle, surtout pas.

Et puis surtout, c'est la démarche elle-même qui me fait froid dans le dos. Dustin Hoffman et Nick Nolte dans Luck, Susan Sarandon dans The Miraculous Year, Kevin Spacey dans The Crux... côté réalisateurs, Scorsese pour Boardwalk Empire, Kathryn Bigelow pour The Miraculous Year également, ou Alan Ball pour All Signs of Death, bien que ce dernier appartienne plutôt à une autre tendance (genre "rapatrions tous les talents qui ont fait notre gloire"). Accessoirement, je vais répéter ce que j'ai dit dans les news de SeriesLive et sur Twitter, mais Patti LuPone dans une série sur Broadway, c'est également un gros coup, même si en France ça nous parle moyen, une diva de Broadway ; c'est comme si Liza Minelli avait été signée pour être régulière dans une série il y a 15 ans.
Tout ça c'est bien joli mais il y a quand même un petit problème : des projets comme ceux-ci, on ne peut pas ne pas les acheter. On est un peu obligés de commander. Luck n'en est d'ailleurs plus un, la série est commandée.

Et je le demande : est-ce que tout ce que ces gens ont fait était forcément brillant ? Évidemment non, pas tout. Il y a dans ce qu'ils font, comme dans toute carrière, des hauts et des bas, les hauts étant simplement souvent très hauts, ce qui permet de faire oublier les bas. Il est à mon sens possible de se planter même quand on est un "grand", surtout quand on vient du cinéma et de son rythme tellement différent. Je ne dis pas que tout ce beau monde va se planter, ni qu'il faut être nécessairement un inconnu pour faire une fiction de qualité (quoiqu'il n'y ait à mon avis pas la même énergie pour un mec qui mise tout sur son premier projet que pour un autre qui n'a pas besoin de ça pour vivre), mais je voudrais qu'on garde en tête que c'est une possibilité ; or, quand on annonce avoir signé des gens pareils, on est obligé d'acheter ce qu'ils font. On peut dire à, je sais pas moi, Joss Whedon que la série qu'il a pitchée ne se fera pas. Allez dire ça à Scorsese pour voir.

Du coup le danger, c'est de se retrouver avec des séries au générique dopé, mais parfois hésitant sur le long terme, ou même carrément raté. Parce que c'est bien gentil tous ces gens qui viennent du cinéma et qui semblent accréditer la thèse selon laquelle la télévision n'aurait rien à envier au 7e art, mais c'est quand même pas le même boulot. Au niveau de l'écriture, au niveau du rythme... et puis au niveau du budget. Payer tout ce monde-là et soutenir leurs exigences financières (quelqu'un me rappelle le budget de Boardwalk Empire ?), il faut le faire. Tenir la distance. Ca veut sans doute dire que la tendance du câble, consistant à préférer des saisons plus courtes, est loin d'être finie.

L'opération doit être rudement onéreuse pour HBO. Mais c'est leur pognon, ils en font ce qu'ils veulent après tout.
Cela dit, les attentes qui se créent, tant côté diffuseur que côté spectateur, quand des noms pareils sont impliqués dans un projet, font que HBO met peut-être la barre un peu trop haut. On verra, bien-sûr, mais ça semble un peu beaucoup.
Je comprends bien qu'il s'agisse de revenir dans la course à tout prix et rappeler à AMC et Showtime qui est le patron. HBO voudrait être et avoir été, et s'en donne les moyens. Ce serait à mes yeux une bonne nouvelle si d'une part, ça ne me renvoyait pas l'image d'une chaîne désespérée, et si d'autre part, ça ne m'apparaissait pas comme un immense coup de poker.

Cela étant, je suis et reste hyper motivée par certains de ces projets (dont The Miraculous Year dont je vous reparlerai dans le prochain post, notamment sur un angle peu ou pas abordé dans les médias francophones à son sujet), simplement je ne suis pas aussi extatique que d'autres lorsque je vois les noms qui défilent dans les news.
C'est une bonne nouvelle, mais ça ne suffit pas. Ça ne suffit jamais. Ça ne devrait jamais suffire.

Posté par ladyteruki à 12:47 - Point Unpleasant - Permalien [#]

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