ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

28-01-12

Requiem pour Alcatraz

J'ai une vraie admiration pour JJ Abrams. Ce mec a un don. Ces séries sont creuses, mais elles fonctionnent. Il a tout compris au fonctionnement de l'univers, et de la télévision mainstream moderne en particulier. C'est un type qui n'invente rien, ne révolutionne rien, mais qui le fait extrêmement bien et avec un véritable flair lorsqu'il s'agit de harponner les spectateurs avec des artifices. C'est un magicien. Beaucoup de mecs dans son genre se contentent de faire de la petite série à la con jusqu'à la fin de leurs jours, mais s'ils sont dans son genre, il ne sont pas dans sa catégorie, il les bat tous. Il n'a pas de vision créative, il n'a pas un univers comme on peut le dire de types comme Kelley, Whedon ou Fuller, mais il a trouvé une formidable façon d'exercer sa transparence avec panache, et ça force l'admiration.
Je méprise la plupart des choses qu'il fait (quand il ne se contente pas simplement d'y associer son nom au début, et de filer ensuite vers de nouvelles aventures, genre Lost), mais j'ai l'honnêteté d'admettre que sur le principe, il a tout bon. C'est un vrai malin, à défaut d'être un extraordinaire créatif. Il a vraiment du nez. Il mérite son succès.

C'est ainsi que s'ouvre, enfin ! mon fameux post sur Alcatraz, mille fois esquissé, mille fois reporté, et mes compliments se bornent à l'oeuvre d'Abrams en général plutôt qu'à la série en particulier, c'est vous dire si je suis déjà au max.
En fait, les compliments, il n'y en a plus après l'image.

Alcatraz

Pouf voilà c'est fini.

Parce qu'il faut être honnête, Alcatraz, c'est une grosse merde. Et je n'emploie pas souvent le terme de "grosse merde", quand même, vous pouvez vérifier ça reste assez sporadique. Mais là, on est quand même en plein dedans.

N'étant pas une inconditionnelle de Lost, même pas vraiment parce que ça ne m'a pas plu, mais simplement parce que je marche essentiellement au coup de coeur et qu'au bout d'environ 7 épisodes, je ne ressentais plus rien pour Lost et ai fini par regarder la série une fois tous les 5 ans (faudrait que je m'y remettre, un jour où j'ai rien de mieux à faire...), les comparaisons évidentes n'ont pas sonné comme une forme de recyclage éhontée. Hormis le fait que tout recyclage pur et simple est éhonté par principe. Mais disons que ça ne me fait pas hurler au sacrilège. Limite, pourquoi pas ? Lost n'était pas une mauvaise série, pourquoi ne pas s'en inspirer en fin de compte ? Donc, c'est lourd, visible et omniprésent, mais pourquoi pas, il y a des tas de créateurs de séries qui réemploient des recettes qui ont fait leurs preuves, ça n'est pas nécessairement choquant.

Le soucis d'Alcatraz c'est qu'on peut partir du principe que soit ce qui est nouveau est totalement dépourvu d'âme et d'originalité, soit il n'y a rien de nouveau du tout, et entre nous, je ne sais pas ce qui est le plus condamnable.

Il faut savoir que mon jugement sur Alcatraz ne se fait pas à l'emporte-pièce. Comme je croyais que le pilote était double, j'ai regardé les 2 premiers épisodes d'une traite en début de semaine (quand je me suis rendue compte de la méprise, je me suis dit, allez, tentons toujours, tant qu'on y est, ça s'arrange peut-être), avant de même donner sa chance au troisième un ou deux jours plus tard, parce que je lisais des trucs positifs sur la série, notamment de la part de personnes dont je tiens d'ordinaire l'opinion en haute estime. Comme quoi.
C'est donc sur la base de non pas un malheureux pilote, mais bien de trois épisodes, que je vous dis sans détour : c'est une grosse merde.

On a droit à tout.
La totale des clichés des séries qui n'ont rien dans le ventre. La jolie blonde (alors c'est vrai, elle est jolie). Le gros nerd. Le vieux austère. La minorité bien visible (alors c'est vrai, elle aussi elle est jolie). Pour un peu ce serait le cast d'un procedural autopolycopié genre Les Experts. Il nous manque juste un jeune premier et on a la collection complète. Vraiment c'est saisissant.
Les mystères à la con, aussi. Sauf qu'à chaque fois on les voit venir à 10 kilomètres. Chaque fois qu'il y a un truc un peu étrange qui se passe, le spectateur a vingt fois le temps de comprendre ce qui se passe avant que les personnages n'agissent dans ce sens, ou que la "révélation" soit faite. Et c'est vrai dés la scène d'intro du pilote, jusqu'à la fin du 3e épisodes, c'est fabuleux de cohérence et de constance.
L'ambiance joue uniquement sur la technique du "on ne vous dit pas tout" et des musiques lourdingues. Là-dessus permettez-moi de vous dire que c'est quelqu'un de sourd d'une oreille qui vous parle, et que ce quelqu'un ne remarque pas les musiques de fond dans les séries, sauf si elles sont excellentes, ou si elles sont cruellement ignobles. C'est bien-sûr le second cas ici et pour que je m'en plaigne c'est vraiment que ce soit quelque chose, parce que je suis pas regardante. Déjà, comme on a déjà dû vous le dire, ce sont les musiques pseudo-mystérieuses de Lost, c'est l'intégrale du soundtrack je pense, il ne semble rien manquer, et ensuite, le volume des musiques est à 125%, quand le volume des dialogues est à 75% et ça, c'est une pratique qui me met en rage. Insupportable de bout en bout. Pas une scène pour sauver les autres. Dés qu'il se passe un truc le spectateur est supposé s'inquiéter et se poser des questions, je suppose, mais j'ai un message pour la prod d'Alcatraz : eh les mecs, si vous avez besoin de faire signe constamment à vos spectateurs de s'inquiéter avec une musique omniprésente, c'est qu'ils sont incapables de le faire sans ça. Et ça signifie tout simplement que votre scénario est en échec. Ya pas de quoi faire les malins.

Le pire de tout, cependant, c'est qu'Alcatraz est en fait, derrière son intrigue presque mystérieuse, à peu près fantastique et soi-disant conspirationniste, un vulgaire cop show. Et même en maquillant le crime autant que possible, c'est insupportable tellement c'est flagrant. Pendant 3 épisodes, on a eu un criminel de la semaine à coffrer (et les enquêteurs font tout pour que ça prenne bien 45mn). Comme vous le savez, ce côté procedural m'est insupportable. Peut-être qu'il y a quelques années, encore, bon, je dis pas... mais là non, je ne supporte plus les cop shows procéduraux. Je sais pas, peut-être qu'il y a quelque chose à inventer ou ressortir des cartons, genre un drama procédural, pour que je me réconcilie avec la formule, mais là, c'est vraiment la collision de deux systèmes que j'ai pris en profonde aversion.

Mais il faut reconnaître : Alcatraz est, comme tout ce que j'ai vu faire Abrams jusqu'à présent, un objet de popculture prêt à l'emploi, avec tout ce qu'il faut pour essayer de capter l'attention du grand public. Simplement c'est complètement creux.
Et je ne sais plus pardonner ce genre de choses.

Le pire de tout, c'est que je n'avais pas de préjugé négatif contre le principe d'Alcatraz. Presque le contraire. Je ressens une sympathie sincère envers l'histoirique de cette prison, et je me revois encore, petite fille, regarder un épisode des Rues de San Francisco utilisant ce contexte pour une enquête, et me dire que ça ferait un super sujet de... de je sais pas, j'étais encore petite et je ne pensais pas en termes de séries potentielles, mais ça m'attirait comme sujet. Ca animait mon imaginaire et je peux comprendre que ça puisse donner plein d'histoires. Et plus de deux décennies plus tard, voilà Alcatraz.
Pour vous dire la vérité, depuis le début de la semaine, j'essaye de retrouver le titre de cet épisodes des Rues de San Francisco pour tenter de le revoir... Tout n'aura donc pas été perdu, mais quand même, quel gâchis.

Posté par ladyteruki à 23:37 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-01-12

Akai ito

Touch

En dépit de mes bonnes résolutions, il m'est parfois difficile d'aborder une série sans la moindre idée préconçue. Pour moi, l'inconvénient essentiel de Touch, c'était Kiefer Sutherland que je trouve monolithique au possible ; or l'argument majeur de Touch, c'était quand même de ramener Sutherland sur les petits écrans, là où personnellement je ne regrettais pas spécialement son absence.
Si bien que, c'est idiot, mais c'est tout juste si j'avais percuté que le pilote serait diffusé aux USA le soir de mon anniversaire.
C'était en réalité un bien joli cadeau et je m'apprête à vous parler de son déballage aujourd'hui. Tant pis, je dirai du mal d'Alcatraz une autre fois.

Fait aggravant, sur le papier, Touch aurait pu faire partie de cette famille de séries désagréables. Vous savez ? Celles dotées d'un mystère insupportablement étirable à volonté, et de plein de petites trappes en cours de route pour nous donner l'impression qu'on n'a encore rien compris, ce que je déteste et qui aurait tendance à me donner envie de haïr les séries feuilletonnantes, ce qui est un comble quand je déteste déjà pas mal de procedurals.
Loin de moi l'idée de nier qu'il y a un côté assez cosmétique dans certains choix de l'intrigue de ce pilote ; l'utilisation, une fois de plus, et surtout une fois de plus cette saison, du 11 septembre, par exemple, est un brin irritante ; pour moi qui suis intéressée par la popculture japonaise sous diverses formes depuis un quinzaine d'années, et qui me suis donc attachée au pays dans une certaine mesure, je regrette par exemple un certain nombre de clichés sur le Japon, tout comme je regretterais probablement ceux sur l'Irak si je connaissais mieux ce pays (il y en a d'ailleurs un qui m'a un peu fait tiquer) ; et surtout je n'ai pas pu m'empêcher de noter que le pilote de Touch partage avec celui de Heroes la volonté de connecter des gens sur des territoires divers et variés, afin de nous faire adhérer au principe d'interconnexion. On pourrait presque parler de "patte" Kring si son CV avant Heroes comportait la moindre trace de ce type d'éléments.

Mais, pour rester sur l'analogie, le pilote de Touch réussit là où celui de Heroes avait échoué, en essayant de ne pas forcément construire une intrigue un peu artificielle sur le long terme reposant sur du suspense et des questions laissées en suspens. En fait, Touch est moins une série de ce genre qu'une série dramatique reposant sur des éléments fantastiques, en tous cas à mes yeux. Si je devais faire une comparaison, ce serait moins avec les mythologies plus ou moins abouties, à la Heroes, qu'avec le sens des connexions de Six Degrees.

Le pilote de Touch propose, c'est certain, plusieurs retournements de situation destinés à impressionner le spectateur qui n'avait probablement vu arriver qu'une partie des éléments, ou qui ne les tenait pas forcément dans le bon ordre.
Mais le principe de suspense est en réalité vite vicié quand on a vu l'introdudction, reconnu certains visages (parmi lesquels celui de ce bon Titus Welliver que c'est toujours un plaisir de retrouver, série après série, 15 ans après Brooklyn South), et compris le sens général du fameux red thread of fate, une symbolique utilisée dans de nombreuses séries asiatiques, notamment au Japon où un dorama lui doit même son nom, et qui est le plus souvent associée aux sentiments amoureux, trouvant ici une relecture différente mais cohérente. L'épisode ne se fonde pas tant sur ce suspense que sur ce qu'il peut apporter sur ses personnages, à court et à moyen terme.

Du coup, c'est vraiment la tonalité dramatique qui est le mieux mise à son avantage... Kiefer Sutherland arrive même à exprimer une émotion, ce qui est une quasi-révolution !
Les intrigues s'interconnectant ont plus à voir avec l'émotion qu'avec un énorme mystère, un potentiel cataclysme ou une quelconque prophétie auto-réalisatrice amenée à couvrir toute une saison (ou plus). Il n'est pas question ici de dire que Jake a un pouvoir incroyable qui, s'il est détecté et compris, peut sauver la Terre, la Nation, ou qui que ce soit d'autre ; il n'est même pas garanti que ce don le sauve de sa propre condition. Il s'agit plutôt de mettre en lumière quelque chose qui me semble plus subtil : les conséquences que peuvent avoir des personnes sur la vie d'inconnus complets, et Jake en est à la fois le récepteur universel et le déclencheur, un témoin et un embrayage. Je trouve le concept magnifique et porteur de quelque chose de nouveau, et de riche.

Pour moi, à ce stade, le potentiel de la formule de Touch est de nous montrer, moins que les connexions entre les personnages vus dans le pilote, des instantanés de la vie de diverses personnes qui vont être liées pendant 45mn entre elles, d'une façon en apparence minime, et légèrement à Martin et Jake qui vont intervenir de façon quasi-impercerptible afin de participer au grand rouage de la vie (avec l'aide du professeur et de l'assistante sociale). Et puis sans doute, une fois de temps en temps, réimpliquer un personnage qui a compté dans leur vie, comme le pompier, pour faire avancer leur histoire familiale et explorer leurs souffrances respectives.
C'est comme ça que je le sens pour le moment, et le second épisode peut très bien me détromper. Mais comme je suis friande de ce type d'instantanés, du concept du red thread of fate, surtout tel qu'envisagé ici, que la charge émotionnelle me ravit, et que j'ai passé un moment très intense devant ce pilote, pour le moment, comptez-moi parmi les afficionados de la série.

Après Smash, The L.A. Complex, Bomb Girls, Äkta Människor, Apparences, et quelques autres évoqués dans les posts récents, le mois de janvier 2012 est un bonheur sans cesse renouvelé, bourré à craquer d'excellentes surprises et de pilotes renversants. Je pensais sincèrement que Smash serait mon plus gros coup de coeur de la mid-season mais force est de constater qu'on a encore plein de bonnes choses qui continuent d'arriver. Mon petit coeur de téléphage n'est pas configuré pour tenir le choc, donc promis, on parle très vite d'Alcatraz pour équilibrer tout ça !

Posté par ladyteruki à 13:31 - Review vers le futur - Permalien [#]

26-01-12

Now it's personal

AktaManniskor

Quand j'ai appris l'existence future d'Äkta Människor, je ne vous cache pas que ma réaction a été plutôt extatique. Pour moi qui suis très modérément intéressée par les séries policières en général, et qui espère toujours pouvoir parler de projets sortant du cliché "Scandinavie = policier", c'était vraiment une aubaine. Sans compter qu'un peu de science-fiction, ça fait toujours du bien, et qu'après des séries comme Falling Skies l'an dernier, ou de séries à l'atmosphère de pseudo-mystère fantastique genre Alcatraz en ce début d'année, j'avais besoin de trouver une série qui ait de l'ambition dans le domaine.

A vrai dire, peu intéressée par la mini-série Hinsehäxan (un biopic se déroulant dans les années 60 dont j'ai parcouru les premières minutes en avance rapide au début du mois, et que même sans la barrière de la langue, il faudrait me payer pour regarder), j'avais fait d'Äkta Människor mon premier projet perso de série suédoise à suivre en "sortie d'usine", comme le dirait ce bon Nakayomi.
Jusque là, pour les séries scandinaves, je procédais de la façon suivante : d'abord, je lisais consciencieusement tout ce que je pouvais à leur sujet, ensuite, je cagoulais le pilote, je jetais un oeil et, si j'étais intéressée, j'attendais le DVD en import (c'est par exemple le sort de Koselig Med Peis, et, avec une pratique légèrement différente vu que j'avais vu le pilote dans un cinéma dans le cadre de Scénaristes en Séries, pour Borgen). L'idée directrice, c'est que je ne cherchais même pas vraiment de sous-titres en anglais, comme je le fais quand une série asiatique m'intéresse par exemple. L'idée était exclusivement de me tourner vers le DVD avec sous-titres (ils n'en ont pas toujours) si je percevais du potentiel dans l'épisode, et pas du tout de partir du principe que chaque semaine, j'allais essayer de suivre la diffusion. Äkta Människor, c'était donc une affaire entendue, serait mon premier essai dans le genre ; après des semaines à fouiller absolument partout pour voir s'il existe déjà des teams s'occupant de traduction Suédois>Anglais (arrivant à la conclusion que non, ça ne se produit que dans l'autre sens... mais c'est déjà quelque chose), après des semaines à demander un peu partout si quelqu'un avait l'intention de faire ces sous-titres à titre exceptionnel, notamment sur Twitter, j'ai compris que la bataille était perdue et que l'accessibilité des séries scandinaves au tout-venant anglophone, comme cela peut être le cas pour l'Asie notamment, n'est pas pour ce mois-ci.

Il en fallait naturellement plus pour me décourager de quand même visionner le pilote. Mon niveau en Suédois est loin d'être idéal, mais il est supérieur à mon niveau en Turc et ça m'a pas arrêtée !

Et le problème, c'est que, là, vu comme ça, et surtout entendu comme ça, eh bien le pilote d'Äkta Människor, il a l'air d'être bon.

Mais reprenons par le début : Äkta Människor ("de vrais personnes") se déroule dans un monde où la technologie est si avancée qu'elle nous a donné accès à de véritable robots humanoïdes, les Hubots. Ils sont fabriqués en série, et sont configurés pour avoir une gamme d'utilisations s'adaptant à toutes les demandes humaines : travail manuel, tâches domestiques (dont garde d'enfants), tâches dangereuses évidemment... mais aussi prostitution. Le problème c'est que, comme toujours lorsqu'on parle de robots humanoïdes, tout le monde ne les accueille pas nécessairement les bras grands ouverts, certaines personnes se méfiant de leur intervention dans la vie quotidienne ou craignant qu'ils ne puissent, à la longue, être dangereux. D'un autre côté, les Hubots eux-mêmes commencent à avoir des vélléités d'indépendance...

Dans ce contexte où, finalement, l'histoire est assez classique et où le pitch ne couvre rien qui n'ait déjà été évoqué par Asimov, pourquoi ce pilote semble-t-il bon ? Eh bien d'abord parce que dés ce premier épisode, des axes si différents sont exploités qu'on sent tout de suite que l'idée est de couvrir un maximum de thèmes abordés par la question de la robotique. On a d'une part des Hubots "rebelles", vivant en marge de la société et formant une petite communauté tentant de trouver l'indépendance ; leur périple est finalement assez mineur et donne plutôt l'occasion de voir ce que les Hubots "ressentent" réellement, plutôt que la promesse d'une révolution à proprement parler, même si on peut se demander à quel point ils sont capables de se montrer violents pour assurer leur indépendance. A l'inverse, un petit vieux vivant seul découvre qu'il est très attaché à son Hubot lorsque celui-ci tombe en panne et doit être détruit. Le fils de ce même vieillard, un père de famille, décide d'acheter (contre l'avis de son avocate d'épouse) sa première Hubot domestique, vis-à-vis de laquelle ses sentiments sont vite troubles. Cette Hubot est elle-même une créature qui, après avoir rejoint le groupe des rebelles, a été abimée et récupérée par le marché noir ; elle a donc été réintroduite dans le circuit domestique par le plus grand des hasards. Cette même Hubot est aujourd'hui activement cherchée par un autre membre de la résistance qui semble épris d'elle. Enfin, un autre personnage est un ouvrier qui a l'impression d'être progressivement remplacé par les Hubots, notamment dans son usine où la présence humaine est réduite au minimum, mais aussi chez lui où sa femme préfère la compagnie du Hubot domestique, et qui progressivement voit son hostilité envers ces créatures devenir plus violente.

On pourrait penser qu'avec tout ça, il y a tant à dire que le pilote ne fait que survoler son propos. Mais à travers un grand talent pour les silences et une réalisation très efficace, les scènes successives parviennent à montrer avec beaucoup de subtilité les motivations des personnages, leurs sentiments réels, souvent différents de ceux affichés ; on dépasse rapidement la seule exposition pour entrer réellement dans des zones troubles.

Mais le plus impressionnant reste le travail accompli autour de l'esthétisme de la série. Bien que se déroulant à notre époque, ou un futur très immédiat, le monde incroyablement impeccablement propre et parfaitement idyllique d'Äkta Människor nous présente aussi une société aux couleurs pastels, aux espaces vastes lumineux, rappelant des univers utopiques du genre The Stepford Wives, décoré par Ikea (le cliché s'applique, je vous jure). Le travail qui est fait pour que tout ce qui a trait de près ou de loin aux Hubots ait l'air lisse et inoffensif est splendide ; mais dés qu'on est "dehors", qu'on s'éloigne des centres urbains où les Hubots domestiques sont configurés pour préserver l'illusion d'harmonie, l'image redevient réaliste et abandonne ses couleurs acidulées. Le monde d'Äkta Människor est, en vérité, trop aseptisé pour être honnête, et l'esthétisme de la série est parfaitement imaginé pour nous rappeler cette réalité.

L'ami Ricoré, Hubot-version L'atroce SAV des Hubots Configurer ou ne pas configurer le sexbot, telle est la question Visite chez le concessionnaire Le meilleur ami de l'homme ? Les rebelles

Donc maintenant je veux vraiment des sous-titres. En fait vous savez quoi, je suis à ça de lancer ma propre fansub où je recruterais des gens qui parlent Suédois et à qui j'offrirais de faire le timing et tout en échange d'une petite traduction. Nan en fait j'en sais rien, je ne pense pas que je sois à même de fonder une team de fansub spécialisée dans les séries scandinaves, mais bordel, c'est rageant.
Alors du coup, oui, bon, d'accord, je vais attendre les DVD en priant pour qu'ils aient des sous-titres anglais, ou bien j'attendrai que la série soit diffusée aux States, admettons, je vais devoir me résigner... pour le moment.
Mais tu ne perds rien pour attendre, internet : maintenant c'est personnel. Cette histoire de sous-titres, c'est pas fini. On en reparlera.

Posté par ladyteruki à 18:08 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-01-12

Letter to me

Si je pouvais m'écrire une lettre, et l'envoyer dans le passé à la lady de 15 ans...

Déjà, pour prouver que c'est bien moi, je lui dirais de regarder dans le petit sac en vinyle, à gauche sur le bureau, où, cachés au milieu des petits bibelots sans importance, on trouve des coupures du Télé Z avec des résumés d'épisodes de trois lignes à peine de SPACE 2063, et personne ne sait qu'ils sont là à part moi.

LetterToMe
Ensuite je lui dirais : je sais combien il est difficile de se séparer de cette série, même s'il n'y aura jamais de saison 2, ne t'en fais pas, tu ne vas pas l'oublier. Les portes qu'elle a pu t'ouvrir ne vont plus jamais se refermer. Il y aura d'autres séries, bien d'autres, capables de faire battre ton coeur. Rien ne sera plus jamais comme avant, tu as raison, mais pas dans le sens que tu crois.

Bien-sûr pour le moment, il t'est difficile de trouver des séries qui aient le même effet. Ne serait-ce que parce que c'est difficile de regarder des séries tout court ! Mais dans quelques années, tu vas te tirer de là, et les séries, comme le reste, seront à ta portée, enfin. Ne te décourage pas et continue de lire et regarder et écrire autant que tu le peux, c'est le début, c'est ta porte de sortie même si tu ne le sais pas.

Si j'avais un conseil à te donner : ne te prive de rien, et surtout pas pour des prétextes idiots, au nom de préjugés stupides et de généralisations à la louche. Tu crois que seules les séries américaines sont dignes de ton attention, mais si tu savais ! En fait, L'Odyssée imaginaire est canadienne, par exemple ! Ca t'en bouche un coin, hein ? Et encore, tu n'as rien vu.

Si j'avais une requête à te faire, ce serait, pitié, d'être rigoureuse avec tes VHS. Là tu n'en as même pas 10, elles sont cachées dans un coin, derrière le tas de vieux Télé Loisirs, eh bien étiquette-les, prends l'habitude, maintenant, très vite, de les répertorier, je t'en conjure !

Il y a tant de choses devant toi.
Bien-sûr, dans 15 ans, il y aura des séries comme Whitney ou Alcatraz, qui te donneront l'impression que rien, en fait, ne change. Mais, et ces titres ne te disent rien pour le moment, il y aura aussi Pushing Daisies, Capitu, Kommisarie Winter, Mousou Shimai... Rien que dans trois ans environ, il y aura Rude Awakening ! Je t'envierais presque d'avoir toutes ces découvertes devant toi, si je ne savais pas qu'en matière de téléphagie, on a toujours des dizaines de découvertes devant soi. C'est ce qui est merveilleux et perturbant à la fois, lady : ça ne s'arrête jamais.
Tu verras, ça n'ira qu'en s'améliorant. Tu es loin de vivre les plus belles années de ta vie en ce moment. Il y a des tas de gens qui t'attendent, avec qui discuter, avec qui échanger des découvertes, avec qui aller plus loin. Des rencontres, des expériences, des contacts, des tentatives, des challenges. Ce n'est que le début.

Ce truc dont tu entends parler, internet ? Du jour où tu y auras accès, tout va changer. Entre réaliser que tu n'es pas la seule à penser que ce ne sont pas "que des séries" (ou pire, "tes séries, là") et comprendre les possibilités qui vont se dévoiler grâce à cet outil, il va se passer encore quelques années, mais ta patience va être récompensée, tu verras ! En fait, il faudra même que tu apprennes à t'en passer...

Et le plus fabuleux c'est que, pour le moment, tu te sens seule, mais plus tard, regarder un épisode d'une série avec quelqu'un que tu aimes, ce ne sera pas rare du tout ! Tu vois pour le moment, tout est pourri, eh bien il y a plein de bons moments à venir, promis.

Bon bah, voilà, c'est à peu près tout. Enfin, tout ce que je peux te dire : le reste, c'est spoiler ! On se revoit dans 15 ans. Je verrai ton reflet dans l'écran quand j'essuierai mes larmes au moment de l'écran noir, ok ?

PS : il n'y a pas que les séries dans la vie. Appelle ta grand'mère. Et parle-lui des Feux de l'Amour, au pire.

Posté par ladyteruki à 18:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

23-01-12

Au creux de mon oreille

Aujourd'hui, une petite anecdote sans conséquences, parce que je n'arrive pas à me résoudre à écrire un post sur Alcatraz (que j'avais déjà du mal à me résoudre à regarder...).

Il y a environ une quinzaine d'années, je ne connaissais que les versions françaises des séries que je regardais. C'était avant l'arrivée du 21e siècle, avant d'avoir accès à mon premier ordinateur doté d'une connexion internet, avant de pouvoir regarder d'autres chaînes que le hertzien, avant de pouvoir acheter des DVD, quoique les VHS de Will & Grace comportaient de la VOST. Une époque où je n'avais tout simplement pas le choix.

Quand j'ai commencé les séries en VO, j'avoue que j'avais du mal. Mon contentieux avec les versions non-doublées tenait non pas à ma difficulté à suivre ou à la qualité des sous-titres... mais simplement au fait que j'avais l'impression que les voix d'origines se ressemblaient TOUTES.
Pour mon oreille peu entrainée, en tous cas. Il faut dire que c'est une fois que j'ai fait la découverte des séries sous-titrées que j'ai commencé à m'améliorer dans ma compréhension de l'anglais, et que du coup, quand je suis passée à la VO, je me concentrais plus sur la compréhension des mots que sur les voix ou les tons.
Les voix françaises me semblaient plus facile à distinguer, à différencier les unes des autres, à repérer. On a tous, je pense, fait ce jeu en regardant une série, un film, un téléfilm, un documentaire même, d'essayer de se souvenir du plus possible de personnages ayant la même voix : il semblait facile de faire le tri entre qui était doublé par X et qui était doublé par Y.

C'est amusant de repenser à cela aujourd'hui, alors que je n'ai plus vu une série en VF depuis environ 1 an et demi (ce blog me permettant d'en garder la trace, je peux même le dater au jour près).

Debra
Désormais de nombreuses voix d'acteurs américains, mais aussi canadiens, australiens... me sont devenus familières. Pour rester dans l'exemple Will & Grace, rien ne ressemble plus aujourd'hui à la voix de Debra Messing que la voix de Debra Messing, si bien que j'en ai oublié celle d'Emmanuelle Bondeville que j'adorais pourtant, et trouvais si classe.
Et maintenant que ma compréhension de l'anglais (principalement américain mais je tente de progresser sur le front britannique) ne pose plus problème, et que j'ai passé la dernière décennie à découvrir mes séries en VO (la VF étant accidentelle et/ou à titre de rediff), je trouve au contraire que chaque voix originale est unique, et intantanément identifiable. Sympathique, même.
Il ne me viendrait plus à l'idée d'écouter Debra Messing autrement qu'avec sa voix originale. Et quand je l'entends, je l'assimile immédiatement à elle, et personne d'autre.

Aujourd'hui, le jeu du "mais à qui d'autre appartient cette voix ?" a disparu, car chaque voix n'appartient qu'à une personne.
Mais je n'ai aucun regret. Juste, parfois, une légère nostalgie.

Posté par ladyteruki à 21:29 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]


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