ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-11-12

La musique dans la peau

Un jour, il faudra que je rencontre Luiz Fernando Carvalho, et que je lui demande : "au juste, ça fait quoi de se lever le matin, d'enfiler ses chaussons pour trainer jusqu'à la salle de bains, et de regarder dans le miroir en se frottant les yeux, et de se rappeler tout d'un coup qu'on est un génie ?". Parce que je suis curieuse, vraiment ; et parce que je soupçonne aussi qu'être Luiz, ce soit une révélation quotidienne.
On parle quand même d'un homme capable à la fois d'avoir une patte, reconnaissable entre mille, identifiable au premier coup d'oeil, et pourtant, en constante réinvention.

Quand on a vu quelques séries de Luiz Fernando Carvalho, ou qu'au moins on y a jeté un oeil (je n'ai pas vu en intégralité des séries comme A Pedra do Reino ou Os Maias, par exemple), on finit par attendre de lui l'excellence, rien de moins. Mais peut-être aussi rien de plus. Au sens que l'excellence, au bout d'un moment, bon bah, on pense qu'on s'habitue, quoi. Qu'au final, le talent de l'ami Luiz peut être résumé à des gadgets qui reviennent d'une oeuvre à l'autre : dans Capitu, s'inspirer de tels arts, et adopter telle charte graphique ; dans Afinal, o Que Querem as Mulheres?, choisir d'autres inspirations, et une autre palette de couleur. On en oublierait presque que le travail Luiz ne se réduit pas à cela.
Suburbia est l'occasion de se souvenir qu'aussi incroyable que Luiz puisse être lorsqu'il pousse la recherche esthétique à l'extrême, ce n'est pas sa seule vertu, et que son talent est aussi de capturer des émotions, voire même des sensations. On peut être chaviré par le style incroyable de Capitu ou les couleurs sublimes d'Afinal, o Que Querem as Mulheres?, en fait il est difficile de faire autrement, mais le travail va bien au-delà.

Peut-être que la clé, c'est l'origine de cette mini-série, justement ; inspirée par une proche du réalisateur récemment décédée, Suburbia a une forme de sincérité, d'authenticité. Il ne s'agit nullement de bâtir un monument graphique en hommage à une femme chère à son coeur, mais plutôt d'essayer de passer du temps avec elle, à respirer à son rythme, à comprendre ce qui la fait vibrer... et, comme pour coller au plus près, la plupart des artifices ont été mis de côté. Ne restent que l'élégance et un sens de l'image inimitable.

Suburbia-Logo

Ce qui n'aide pas forcément Luiz, c'est que, dans Suburbia, il est difficile de construire une unité stylistique comme dans d'autres oeuvres précédentes du réalisateur brésilien. La série commence dans un univers, passe dans un deuxième, en aborde un troisième et s'oriente, en fin d'épisode, vers un quatrième.

Caméléon sans le savoir, l'héroïne de cette mini-série, Conceição, commence en effet sa vie au creux des montagnes de l'Etat de Minas Gerais, dans une famille plus pauvre que pauvre qui gagne péniblement sa vie en fabriquant du charbon de bois, un métier dangereux et pas franchement lucratif. L'épisode commence alors que l'unique cheval détenu par la famille va être abattu pour être manger ; l'animal n'est pas spécialement charnu, mais c'est toujours ça de pris. Cependant, ce superbe équidé élancé s'avère aussi être le meilleur ami de la petite Conceição, une beauté aux grands yeux qui supplie de toute son âme qu'on épargne l'animal... son père n'aura pas le coeur de tirer, et le cheval sera sauvé. Cette première séquence, entre violence triviale et émotion douce (le regard du paternel baissant sa carabine vaut tout l'or du monde), est un peu la profession de foi de Suburbia, mais nous ne le savons pas encore, alors que nous accompagnons Conceição dans ses retrouvailles avec son partenaire de toujours.
Malheureusement, la vie dans une carrière de charbon de bois n'est pas que victoires, et le sentiment d'invincibilité que ressent la petite fille avec son cheval va être de courte durée, interrompu qu'il est par un accident qui coûte la vie à son frère, et qui manque de la priver de la sienne (si ce n'était pour sa mère qui la ramène des morts aussi sûrement que le fait Oriel pour Fish dans Cloudstreet). Effrayée, la matriarche l'encourage à partir chercher une vie meilleure à Rio de Janeiro, armée d'à peine un petit balluchon, d'une Vierge noire tendrement emaillottée dans un petit mouchoir rouge, et d'une coupure de journal pour toute boussole. Je vous laisse imaginer la séparation avec le cheval, de quoi transformer vos joues en marais salant.

Quittant le charbon pour le béton, Conceição, je vous la fais courte, va passer par la rue mais surtout le foyer pour enfants, dont elle s'échappera vite fait (s'éloignant ainsi d'une jeune fille bien décidée à faire pleinement usage des douches collectives), avant d'être malencontreusement percutée par une voiture en évitant les policiers à sa recherche.
Le spectateur, totalement sous le charme de l'innocente créature, n'en finit pas de se demander si les problèmes vont un jour s'arrêter pour l'héroïne... quand la jeune femme qui l'a percutée avec sa voiture décide de la prendre sous son aile. En échange du gîte et du couvert, Conceição vivra avec elle et son compagnon comme jeune fille au pair, en quelque sorte ; les années passant, elle s'occupera également des deux enfants de sa bonne samaritaine. C'est en effet dans ce foyer qu'elle grandit, au son de la radio et en regardant les émissions musicales à la télévision, dansant dans la cuisine, heureuse.

Ah, que tout cela est merveilleux ! A ce stade, Conceição est notre petite chérie, notre adorée, et la voir resplendissante est savoureux. On est prêts à regarder toute une série dans laquelle elle trouverait le bonheur à chaque épisode un peu plus.
Mais il n'existe pas de série dans laquelle les personnages sont un peu plus heureux à chaque épisode. Ca ne fait pas une série, le bonheur.

Après avoir découvert le quartier populaire coloré de Madureira avec son amie, collègue, et un peu mentor, Vera (une femme pieuse qui aujourd'hui s'occupe d'une vieille dame, mais qui n'a peut-être pas toujours eu une vie aussi rangée), Conceição s'apprête à vivre une adolescence radieuse et épanouie avec les ados du coin, ondulant au son des meilleures chansons du moment. Cette innocence n'aura qu'un temps...

      

Le pilote de Suburbia oscille en permanence entre cette violence et des passages d'une grande candeur. C'est ce qui en fait une oeuvre si rafraîchissante. En accompagnant pas à pas notre Conceição aux yeux curieux et au grand sourire, la camera nous aide à voir le monde comme elle : il n'y a pas de danger, il n'y a que des découvertes à faire. Conceição ne sait même pas qu'elle est belle, qu'elle l'a toujours été, qu'elle le devient chaque jour un peu plus. Elle ne voit pas le regard des autres sur elles ; nous le percevons, comme elle, de façon confuse, ou, surtout, lorsqu'il est trop tard. Une adolescente de la rue qui jette un oeil plein de convoitise dans sa direction, une femme qui fait un peu la tête lorsque son mari s'approche de la jeune fille, des garçons qui lui font la cour en dansant : Conceição ne saisit pas ce que les autres voient en elle. Pourtant, elle en fait parfois les frais. Il lui arrive d'avoir l'instinct nécessaire pour se protéger, mais...

Beaucoup de choses, encore, attendent Conceição. Beaucoup de musique, aussi : c'est la promesse de Surburbia, après tout (et vous le savez d'autant mieux si vous avez regardé la bande-annonce). En suivant le Destin de cette personne à l'âme si bien faite et à l'enveloppe corporelle toute assortie, Suburbia ne veut pas nous raconter quelque chose de tragique.
Son utilisation des couleurs, des lumières, de la musique (rarement une série signée Luiz Fernando Carvalho aura fait autant de place à la musique, non en termes de quantités, mais bien dans la façon de la mettre en valeur, mieux, de la vivre) est trop exaltée pour cela. Mais sans jamais trop en faire. S'il fallait choisir un ingrédient esthétique qui soit au centre des choix pour Suburbia, ce serait probablement... la peau. Caressée par la camera, léchée par la lumière, aspergée de cendres, constellée de gouttes de laits, ruisselante d'eau, moite de sueur : dans Suburbia, l'héroïne a la peau noire, et le réalisateur cherche mille façon d'en souligner la beauté, la nuance, la souplesse, l'élasticité, et mille autre propriétés fascinantes. Luiz semble totalement subjugué par le jeu des muscles sous cette peau, la façon dont les yeux l'illuminent, l'éclat qu'elle prend sous des habits colorés, et mille autre détails qui témoignent de la subjugation du réalisateur pour son sujet (un envoûtement d'autant plus louable que les séries mettant en scène des héroïnes de couleur ne sont pas légion, même au Brésil où pourtant les Afro-Brésiliens, les Aguda, représentent 11% du pays). La seule chose que Conceição possède vraiment, c'est sa beauté ; on peut tenter de lui ravir bien des choses, mais pas cela...

Conceição est promise, on peut en être sûrs au visionnage de ce pilote, à une vie passionnante... mais pas déprimante ! Bien-sûr, il y a eu, il y a, et il y aura de véritables passages tragiques, mais Suburbia n'est pas le constat d'une existence ruinée, d'un potentiel gâché, peut-être même voué au néant par sa naissance modeste. Comme une petite pousse verte entre deux dalles de béton, l'héroïne de cette mini-série est une force vive que rien ne peut vraiment piétiner, j'en suis sûre après cet épisode.

Ce n'est pas par le parcours de Conceição, ni par les péripéties racontées, que Surburbia se distingue de tant d'autres histoires similaires, c'est par son envie de dépeindre avant tout un être qui, au travers de ses différentes vies, va toujours persister à exister. C'est une bien belle ode à la solidité de chacun que chante Suburbia, et l'air est en plus très doux aux oreilles du téléphage exigeant.

Alors, pardonnez mon langage, mais Suburbia... PUTAIN, C'EST BEAU.
Et comme aucune série avant elle.

Posté par ladyteruki à 14:01 - Review vers le futur - Permalien [#]

19-12-10

Plein les yeux

La fiction télévisée est un média d'auteur.
Je ne me rappelle plus trop bien où j'ai entendu cette phrase ou une variante. Après quelques minutes de réflexion (difficile de faire des comparaisons quand, comme moi, on n'a vraiment découvert le cinéma que très tard), j'en étais venue à la conclusion que c'était très vrai. Après tout, le travail sur le long terme est essentiellement porté par les scénarios, il faut à la fois être capable de porter une histoire sur dix, quinze, vingt heures par an, et développer les personnages avec constance, créer une mythologie solide et savoir piocher dedans régulièrement... La télévision est un média d'auteur, oui, d'accord. Et pour qui aime les histoires, personnages, les mythologies et les fictions qui s'auto-référencent en permanence, ça semblait être une bonne nouvelle.

Souvent, je vais jouer sur Whatthemovie, un excellent site qui a beaucoup fait à la fois pour meubler de tristes heures vaines au travail, et pour m'inciter à poursuivre mes tentatives cinématographiques. Je ne connais pas grand'chose en réalisation, si ce n'est du point de vue du spectateur, mais je suis souvent fascinée par les plans, les couleurs, les effets si originaux qu'on peut trouver dans tant de films. Bien-sûr il y a une question de budget, et bien-sûr sur un site dont le principe repose sur des captures, cette sensation ne peut être qu'exacerbée, mais dans l'ensemble, le cinéma ose bien plus de choses sur le plan de la réalisation. Le cinéma serait un média de réalisateur.

Mais c'est vrai qu'en échange, j'ai souvent l'impression d'une grande linéarité des intrigues (même quand elles sont intéressantes), et le développement des personnages n'a qu'1h30 à 2h pour se faire ce qui est nécessairement limité. Sauf dans le cas des franchises mais, autant j'aime les séries, autant les franchises cinématographiques me font-elles plutôt l'effet d'un repoussoir, alors bon.
D'ailleurs au cinéma, j'ai appris récemment d'un Screen Addict de ma connaissance qu'en général, on dit "un film de" suivi du nom du réalisateur, et rarement voire pas du tout du scénariste. Ce qui de mon point de vue de téléphage est d'une injustice sans nom.

Pour le cinéma, je ne sais pas si c'est possible. Mais je regrette en tous cas que ce soit si rare à la télévision de changer la donne. Pourquoi la télévision ne pourrait-elle pas être, un peu plus souvent, un média de réalisateur. Bien-sûr il y a des exemples, et bien-sûr ce ne sont pas les séries les plus grand public qui peuvent se le permettre (ou bien je confonds l'oeuf et la poule), car il existe au paradis de la téléphagie des perles comme Capitu, Afinal, o Que Querem as Mulheres ?, ou Pushing Daisies, et dans une certaine mesure Mousou Shimai, pour ne citer que les premiers noms qui me viennent à l'esprit. Mais, alors que j'ai vu cet après-midi et pour la première fois West Side Story sur grand écran, et alors qu'Autant en emporte le vent compte parmi mes films favoris depuis le CE2 (et pas vraiment pour l'histoire entre Scarlett et Rhett), je comprends pourquoi il arrive encore qu'on dise que la télévision est inférieure au cinéma... parce qu'elle ne rivalise pas sur le même plan et bien souvent ne souhaite pas s'y essayer. Pourtant, en tant que téléphage, j'aimerais que ce défi soit relevé plus souvent.
Une vraie recherche esthétique, un parti-pris, une audace, sont rarissimes à la télévision.

Dans un monde de réalisation scolaire, à la chaîne, tournée à la va-vite et sans grande imagination, dans un monde où par essence on veut toucher le plus large public possible et happer son attention sur des semaines et des mois, dans un monde où certains genres exigent certainement ce genre de codes simplistes pour faire passer le message, à l'instar du sitcom... je ressens quand même, après avoir vu peut-être pour la vingtième fois cet immense film, un certain manque. J'aimerais vraiment que la télévision s'essaye à plus d'audace dans ses plans.

Et vous savez quoi ? Ce ne sont même pas des excuses recevables.
Je me souviens, lorsque nous avons vu le pilote de la série originale de Hawaii Five-O, avoir été épatée par certains plans, qui étaient parfois totalement là pour le plaisir de l'exercice (par exemple ce plan pendant lequel un personnage fouille une chambre vide et la caméra décide de le suivre brièvement en contre-plongée, comme ça, juste pour voir). De vous à moi et avec tout le respect que je dois à cet excellent pilote, Hawaii Five-O n'est pas spécialement une série artistique. Mais c'est comme si la plupart des séries avaient cessé d'essayer.

Je ne veux pas de l'esbroufe. Je ne veux pas des filtres à gogo, surtout pas. Je veux voir des réalisateurs avec des corones qui tentent des trucs, avec les couleurs, les ombres, les lumières, en dépassant ce qui est facile d'accès pour tenter des plans aussi incroyables que ceux de West Side Story ou d'Autant en emporte le vent, et leur jeu incroyable sur les couleurs, les ombres, les lumières. Je veux qu'on me régale avec des expérimentations, qu'on ne tienne rien pour acquis, qu'on fasse des tests, et que parfois ça foire, mais que ça ose ! Est-ce trop demander ?

Corones

Posté par ladyteruki à 23:27 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

29-11-10

[DL] Afinal, o Que Querem as Mulheres?

A la demande générale (de 2 personnes, mais comme en ce moment, côté commentaires, vous êtes gelés...), voici le générique de la série brésilienne Afinal, o Que Querem as Mulheres. Je vous le dis tout net : comparé à ceux de Capitu ou A Pedra do Reino, franchement, c'est décevant. Si. Si, quand même. Mais si, comparez par vous-mêmes.

Afinal
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Ce qui me déçoit, soyons clair, ce n'est pas vraiment le générique en lui-même. Il est bien fichu. Une fois encore, on joue sur le découpage, les couleurs, les matières... c'est très bien sur le papier (c'est le cas de le dire). Mais dans le fond, contrairement aux autres séries que j'ai citées, on est dans quelque chose de tellement éloigné de l'univers de la série que c'en devient décevant.
Vous me direz ce que vous en pensez (surtout que vous l'avez demandé, héhé), mais franchement, quand on a vu la série, comme j'ai suffisamment insisté, je crois, pour que vous le fassiez, on a du mal à concevoir que ce soit ce générique qui va avec cette série...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Afinal, o Que Querem as Mulheres? de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:07 - Médicament générique - Permalien [#]

15-11-10

[DL] A Pedra do Reino

D'une façon ou d'une autre, les questions trouveront des réponses. Dans l'intervalle, et parce que je suis pas mécontente d'être tombée dessus aussi, je voudrais vous proposer le générique d'une série brésilienne. Non, ce n'est pas Afinal, o Que Querem as Mulheres, mais pas loin, puisque c'est encore une fois le même réalisateur de génie qui a signé A Pedra do Reino voilà quelques années. Et vous allez dire que je me répète, mais... PUTAIN. C'EST BEAU.

APedradoReino
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

C'est le générique porté au rang d'art, tout simplement.
On n'est pas là pour donner les noms des gens, on n'est pas là pour présenter les acteurs, et on ne peut même pas vraiment dire qu'il s'agisse de présenter beaucoup l'histoire. L'idée, c'est de poser un univers, une ambiance, de créer quelque chose qui soit propre à la série, absolument unique et reconnaissable entre mille, et qui envoûte immédiatement celui qui regarde. Une suite époustouflante d'images superbes et d'idées visuelles ingénieuses, une musique incroyable, et juste le titre à la fin. C'est tout. Et c'est sublime.

Après ça, n'allez pas me raconter que vous n'avez pas le temps/l'envie/que sais-je de donner une chance à Luiz.
Regardez-moi ça, chassez le naturel, il revient au galop.

Posté par ladyteruki à 18:55 - Médicament générique - Permalien [#]

13-11-10

C'est Luiz que j'aime

Ce n'est pas sans émotion que je poste le tout premier post de la rubrique Review vers le futur consacré à une série brésilienne. Suivre une série de ce pays dans les heures suivant sa diffusion, c'est une première pour moi et donc pour ce blog. Et le fait de ne pas parler un traitre mot de portugais joue son rôle, je ne vous le cache pas.
Mais que ne ferait-on pas au nom de Luiz ? Et au nom de Michel...
Bon, attendez, je vous explique.

Il y a quelques mois, vous vous souvenez sans doute que mon cœur battait la chamade pour Capitu, l'une de ces découvertes inespérées que je n'aurais jamais faites sans les articles hebdomadaires sur les séries du monde, qui ont occupé mon été. Rien qu'à cause de ça, ça valait vraiment le coup : tout un tas de séries dont je n'aurais jamais eu vent de la simple existence, et qui soudain ont été là, à portée de cagoule. Une merveille. Et Capitu était, ça ne se discute même pas, l'une des perles parmi les perles.
Comme j'en ai juste un peu parlé à l'époque, la charmante amy a eu vent de ma découverte, qu'elle avait faite bien avoir moi (la cachottière), et il nous est arrivé une fois ou deux de parler de séries brésiliennes, ce qui relève très franchement du miracle : sérieusement, quelles étaient les chances ? Voici quelques jours, amy attire mon attention sur la diffusion d'une nouvelle série brésilienne. J'avoue que des news, j'en trouve pour la majeure partie de l'Amérique du Sud... mais pour le Brésil, que dalle (si vous connaissez de bons sites, je prends, cela dit), et que je n'étais pas du tout au courant que Luiz Fernando Carvalho, le réalisateur de Capitu avait un nouveau projet.
En temps normal, le réalisateur d'un épisode, je m'en fous comme de l'an quarante ou disons, ça reste une donnée assez vague pour moi. Mais dans le cas de Capitu, c'était une nouvelle énorme, car ce qui est bluffant dans Capitu, c'est la claque monumentale qu'on se prend quand on regarde la série, truffée de beautés et de merveilles et de trouvailles. Pour vous donner une idée (au cas où, malgré mon insistance, vous n'ayez toujours pas regardé le moindre épisode de la série depuis que je vous ai tannés avec), imaginez la série la plus bluffante visuellement que vous ayez jamais vue... triplez puis doublez puis mettez au carré. Voilà, eh bien dites-vous que c'est ce à quoi ressemble Capitu dans un mauvais jour.

Le nouveau projet n'avait pas spécialement une histoire tentante, mais, bon, limite on s'en fout, car n'importe quelle histoire peut devenir une merveille entre des mains expertes. Et justement, c'est là que j'en viens à Michel, l'incroyable interprète du personnage principal de Capitu, et co-auteur (ainsi qu'interprète) de cette nouvelle série intitulée Afinal, o Que Querem as Mulheres?, qui semble accepter de se faire traduire par "finalement, que veulent les femmes ?" (j'ai mentionné que le sujet ne m'intéressait pas des masses ?). Second argument de poids, donc. Mais évidemment il ne s'est pas agi pour moi de me contenter de fondre intérieurement en larmes devant la bande-annonce de la série. Le lendemain, ni une ni deux, je fonce chercher une cagoule, je remonte la piste du moindre fil qui traine, je tricote à en perdre haleine, et me voilà, triomphalement, avec une cagoule de Afinal, o Que Querem as Mulheres? entre les mains.

Ça c'était la genèse. Car qu'en est-il au final de ce pilote dont je n'ai pas compris le traitre mot (du moins, pas au sens où l'on entend le mot "comprendre" au premier abord). Eh bien, désolée de couper court à toute forme de suspense, mais...
PUTAIN. C'EST BEAU. Question 7
Il fallait que ce soit dit et vu que le vocabulaire a tendance à manquer dans ce genre de circonstances, j'aime autant vous dire que vous n'aurez guère mieux, mais j'en suis sûre, vous me le pardonnerez en voyant les quelques captures que je vous ai mis de côté, nan vraiment c'est cadeau, ça fait plaisir. Et dites-vous que ce n'est rien comparé au résultat final.

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La 3e me fait penser à Don't Look Back...

On sent, c'est vraiment fou, la patte du réalisateur derrière cette nouvelle série. Je ne le connais que de Capitu mais tout sonne comme une évidence quand on regarde les plans, les couleurs, l'utilisation de la musique, du mouvement, des angles, de l'imaginaire, des techniques, des couleurs je l'ai déjà dit mais c'est suprêmement important, des cadres, du montage, de la musique, pareil je me répète mais il le faut, bref, je le reconnais, c'est Luiz, et Luiz je l'aime, c'est mon héros.

Là où Capitu était un hommage puissant à l'opéra, au théâtre, et à tous les arts vivants en général, Afinal, o Que Querem as Mulheres?, dans sa grande générosité, pioche plutôt dans des arts plus calmes comme la littérature et la peinture (surtout la peinture) pour trouver son univers. Les couleurs sont, du coup, vraiment primordiales, et les tons pastels et/ou fluos sont là pour nous emmener dans un univers pop et pourtant onirique, un monde fait de couleurs acidulées, de vêtements extravagants, et de traits de peinture fulgurants. Vous pensez que Mad Men est un travail stylistique superbe ? Alors venez voir Afinal, o Que Querem as Mulheres?, vous allez aimer. Si vous yeux ne demandent qu'à se régaler, offrez-leur un festin qu'ils n'oublieront pas.

A côté de l'exercice de style absolument fou, il y a évidemment l'histoire. Et elle est beaucoup moins linéaire que le pitch ne le laissait présager, jonglant avec la courbe du temps, et se saisissant de toutes les occasions pour montrer des images à la fois poétiques et sexy. Car Afinal, o Que Querem as Mulheres?, ce n'est pas la série que vous allez regarder avec les enfants, il s'en dégage une sensualité qui ponctuellement se concrétise, là, comme ça, sans prévenir, avec des jeux de regards, des couleurs qui caressent la peau et une caméra qui s'étourdit de l'ivresse des jeux de l'amour. J'ai mentionné que c'était sublime ? Je sais plus.

Bref, à ce stade, je compte sur vous pour lancer votre moteur de recherche favori (sérieusement, ça n'a pas été si difficile et vous devriez le trouver en moins de 10 clics, le défi est lancé) pour aller chercher confirmation que votre univers était gris et triste avant de découvrir le monde de Luiz. Je vais être honnête avec vous : si vous ne le faites pas, je ne vous considèrerai pas comme des téléphages dignes de mon estime. Si moi, qui n'ai jamais parlé le moindre mot de portugais, ou d'espagnol, ou même d'italien ou n'importe quelle langue du sud, j'ai regardé l'épisode, sérieusement, vous pouvez le faire aussi. On capte l'essentiel grâce à une foule de mots transparents et, en toute sincérité, quand on ne saisit pas les détails, on s'en fout, parce que l'expérience est quand même sidérante de beauté.

Allez voir Luiz. Vous verrez, on ne lui résiste pas.
J'attends vos réactions.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Afinal, o Que Querem as Mulheres? de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 04:36 - Review vers le futur - Permalien [#]


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