ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-12-12

Serious business

En matière d'espionnage, j'ai réalisé un peu plus tôt cette semaine que je ne connaissais pas mes classiques. En revanche, une série les connait : Karei Naru Spy, une comédie d'espionnage qui va s'amuser à en référencer un maximum. Cela ne m'a pas empêchée de regarder également le pilote de Get Smart ce weekend (ce qui d'ailleurs fut fort utile pour repérer certaines références), mais ce soir, je vous propose surtout de parler de cette comédie d'espionnage nippone.

Il faut dire qu'il y a de quoi faire : le plantureux pilote de Karei Naru Spy dure la bagatelle de 1h32 ! C'est assez rare au Japon, et très franchement, ça n'en méritait pas tant vu la teneur dudit pilote. J'ai cru plusieurs fois que j'allais lâcher l'affaire, en toute franchise, car le format habituel de 55mn suffirait amplement pour raconter cette histoire, même à titre introductif (j'irais même jusqu'à préconiser 25mn pour les épisodes suivants si c'est pour faire ça...). Par-dessus le marché, l'épisode que j'avais trouvé avec hardsubs était très mal sous-titrés (décalage sur la fin empiré par des phrases simplement non-traduites) ; bon, peut-être que j'aurais pu vérifier qu'une version plus récente ne traînait pas sur un coin d'internet (j'avais cagoulé cet épisode depuis que j'avais fait sa fiche sur SeriesLive !), mais à ce stade ma patience s'était largement émoussée.

KareiNaruSpy

De quoi parle Karei Naru Spy, donc ? Eh bien d'un escroc de haut vol qui est supposé purger une peine de 30 ans, mais qui est temporairement libéré par le Premier ministre lui-même, qui pense avoir besoin de lui au sein de la SIA, l'organisation de contre-espionnage qu'il a mise en place afin de lutter contre le terrorisme. Cet escroc, qui répond au nom de Kyousuku Yoroi, alias le Caméléon (rien à voir avec Jarod, vous allez le voir), accepte le deal en pensant pouvoir en profiter pour s'échapper, mais évidemment, cela ne va pas être si simple.
Yoroi intègre donc l'unité secrète de la SIA, dirigée par un certain Kiriyama (un type assez mystérieux, et qui se tape son assistante Josephine à laquelle d'ailleurs il fait valider ses décisions), aux côtés d'une certaine Dorothy, une espionne expérimentée qui ne voit pas d'un oeil ravi l'arrivée de cet escroc qui ne connaît pas le métier et, pire encore, qui n'a aucune éthique. L'équipe comporte également Kenichi Kurusu, un collègue un peu balourd mais pas méchant, et Dr Elise, une savante qui invente toutes sortes de gadgets à utilité variable (et qui les facture aux espions, accessoirement). L'ennemi principal de la SIA s'appelle Mr. Takumi, c'est une sorte de génie du mal richissime et mégalo (et présentant une frappante ressemblance avec un dictateur tristement célèbre) qui embauche des criminels divers et variés afin d'affaiblir le Gouvernement nippon par tous les moyens possibles.
La première affaire de Yoroi va l'emmener à Tokyo, alors qu'un dangereux terroriste répondant au nom de Bomber K, embauché par Mr. Takumi, semble bien décidé à faire sauter le Parlement à l'aide d'un bus scolaire piégé, à bord duquel se trouve rien moins que la petite-fille du Premier ministre. A charge pour Yoroi et Dorothy de monter à bord et de tenter d'empêcher la bombe d'exploser.

Vous voyez ce que j'ai fait ? J'ai résumé le pilote de Karei Naru Spy en trois paragraphes. J'aurais aimé que le scénariste, Ryouichi Kimizuka pour ne pas le citer, puisse en faire autant.

Expliquer tout cela (et certes, quelques détails de plus) en 1h32 relève de la folie douce. On se retrouve avec des séquences épouvantablement longues, et donc dépourvues de toute efficacité, alors que ce n'est pas comme si l'histoire était complexe... Enfin je sais pas, moi, on compare à ALIAS où l'héroïne joue les agents doubles voire triples, là d'accord, on peut admettre que l'exposition dure une heure et demie, mais dans le cas présent, quelle en est la justification ?
Certes, il y a quelques petits détails que j'ai laissés de côté, notamment sur une journaliste travaillant dans un tabloid quelconque (ils ont quoi les scénaristes nippons avec les tabloids à la con ?) qui va progressivement vouloir enquêter sur l'existence de la SIA et qui, comble du hasard, est également la fille du couple qui loue une chambre à Yoroi, mais même Kimizuka s'en fiche royalement et l'introduit maladroitement au bout d'une bonne demi-heure d'épisode. Mais même en rajoutant cette phrase, on n'atteint pas une heure et demie de programme.
Alors qu'est-ce qui reste ? Il reste pas mal de scènes de rien. Des séquences pendant lesquelles Yoroi et Dorothy vont s'affoler à la recherche de la petite-fille du Premier ministre, par exemple, ou bien une très, très longue séquence à bord du bus, dont on finit par espérer qu'il va sauter parce que sinon ça risque d'être moi qui pète un câble !!!

C'est très dommage parce qu'à côté de ça, Karei Naru Spy a de bonnes idées, principalement dans le registre comique.
Les références à de nombreuses séries et de nombreux films prouvent par exemple que Kimizuka connaît bien ses classiques (bien mieux que moi, je le disais), et se fait un plaisir d'en mentionner plein. La séquence dans le bus, par exemple, est très largement inspirée par Speed, évidemment (avec quelques petits twists ridicules supplémentaires, genre "si les élèves à bord du bus atteignent le même nombre de décibels que des colibris pendant la saison des amours, le bus explose", en plus de la limite de vitesse). On retrouve aussi, comme je vous le disais, plusieurs références très directes à Get Smart ; mentionnons par exemple la fameuse chaussure-téléphone (tellement fameuse que même avant d'avoir vu le pilote, je l'aurais repérée celle-là), ou encore les multiples étapes avant d'arriver dans le QG de la SIA, détournées de façon absolument hilarantes.
Le look de la série, également, joue à plusieurs reprises sur des références plus implicites et généralistes, comme par exemple le côté très sixties des bureaux et du personnel de la SIA, ou l'amour de Dorothy pour les tenues colorées un peu ridicules et rétro. Les années 60 ayant été l'apogée des films et séries d'espionnage, notamment aux USA, ces références colorées jouent comme autant de rappels assez efficaces des grands classiques du genre.
Plus original, parmi les autres références, on trouve aussi tout un tas de titres de films et de séries littéralement logés dans le décor du quartier général de la SIA, comme le montre la capture ci-dessous. Sur un pallier de porte ou un coin du bureau, se logent donc toutes sortes de références explicites au monde des espions de fiction, et je trouve ça plutôt sympa d'évoquer discrètement (aucun personnage n'y jette ne serait-ce qu'un oeil, et les mentionne moins encore), et pourtant sans détour, ces sortes de parrains célèbres de la série.

KareiNaruSpy-Reference

L'humour de Karei Naru Spy s'exprime donc à travers ces références, mais aussi avec plein de petits détails sympathiques utilisant les clichés des fictions d'espionnage pour mieux les détourner. Quand Yoroi est libéré de prison pour intégrer la SIA, Kiriyama le dépose devant son logement de fonction, et on assiste à un dialogue assez habituel : "Je suppose que c'est une suite dans un hôtel. Assurez-vous qu'ils préparent le champagne", lance Yoroi, blasé. "Ca vous plaira", aquiesce Kiriyama, imperturbable, ajoutant : "c'est une suite avec vue sur l'océan" avant que la voiture ne s'arrête. Yoroi descend... et découvre que l'endroit est un restaurant décrépi d'un quartier un peu pourri avec quelques chambres d'hôte disponibles, avec vue sur... le canal du fleuve du coin. Evidemment, la voiture de Kiriyama est déjà loin (et sur le siège arrière, il fait probablement cette tête-là).

Pour servir au mieux son ton absurde et décalé, Karei Naru Spy a fait appel à Tomoya Nagase, un acteur un peu en sous-régime si on compare à Unobore Deka (où, il faut le dire, il avait un bien meilleur script sur lequel s'appuyer), mais passé maître dans l'art d'incarner des personnages capables de vivre dans un monde totalement absurde et de s'en tirer avec une dignité quasiment intacte.
Yoroi, le héros de Karei Naru Spy, a en effet une sorte de super pouvoir : s'il est si bon escroc, c'est parce qu'il a un pendentif qui l'inspire pour prendre l'identité qu'il souhaite et manipuler les gens autour de lui. Ce pouvoir se manifeste chaque fois qu'il attrape son pendentif, aussi sûrement que s'il s'agissait d'un prisme lunaire.
On apprendra pendant le pilote que ce pendentif est la dernière chose que lui a donnée sa mère avant qu'elle ne l'abandonne, et que c'est la dernière fois que quelqu'un l'a émotionnellement atteint (un background pas franchement original, mais qui fonctionne dans le délire ambiant). Cela va d'ailleurs obliger Dorothy à s'interroger sur la capacité de Yoroi à ressentir quoi que ce soit, ce qui veut dire, on le devine sans peine pendant ce pilote, qu'une idylle va probablement se nouer entre eux ; cela implique, et c'est plus dramatique, que chaque épisode va contractuellement obliger Yoroi à avancer sur le terrain de ses émotions, et à prouver qu'il a quand même un coeur, dans le fond. Mais bon, c'est pas comme si Karei Naru Spy aspirait à avoir beaucoup de crédibilité de toute façon.

Au vu de ces éléments, évidemment, Karei Naru Spy n'est pas la série du siècle, mais on pourrait imaginer qu'elle est regardable. Comme je le disais, elle le serait si le premier épisode n'était pas si épouvantablement long.

Beaucoup d'incohérences rallongent passablement l'action sans aucune raison, et là où la série pourrait décider de les souligner a posteriori sur le ton de l'humour, elle ne le fait pas, ce qui laisse penser qu'on se fait trimbaler plutôt qu'autre chose. Par exemple, pourquoi se donner autant de mal pour localiser la petite fille du Premier ministre, alors que le Premier ministre est l'employeur direct de la SIA ? Il a probablement la possibilité de mettre en place une surveillance rapprochée pour la jeune fille sans que Yoroi et Dorothy n'aient à l'identifier à l'aide d'une simple photo parmi un car rempli de lycéens ! Peut-être aussi que si la SIA décide d'assurer la sécurité de cette adolescente à l'occasion d'un voyage de scolaire de plusieurs jours, elle pourrait faire l'effort de scanner le bus à la recherche d'une bombe avant que la classe ne soit montée à bord, pas pendant ? D'autant que dés le départ, la SIA sait pertinemment que leur ennemi s'appelle Bomber K...
Ces gros trous dans le scénario agacent et jouent inutilement les prolongations, car on en tire des rebondissements sans intérêt. Il aurait vraiment fallu faire preuve de second degré et admettre que la SIA peut aussi se planter (après tout, il est admis dés le début de l'épisode que la SIA n'est pas parfaitement au point, c'est même la raison de l'embauche de Yoroi !). C'est ce qui rend Karei Naru Spy si indigeste sur la fin, et lui fait énormément de tort.

Car au final, si c'est par ses pointes d'humour et surtout ses références à d'autres séries qu'une fiction vaut la peine d'être vue... autant regarder les autres séries, non ?
Si. Alors dans le prochain post, on parlera de Get Smart...

Posté par ladyteruki à 23:11 - Dorama Chick - Permalien [#]

07-12-12

Une série sachant chasser...

Des pilotes, quand il n'y en a plus, il y en a encore. L'avantage d'avoir traîné les pieds pour quelques uns des pilotes de la rentrée (qu'il s'agisse de les reviewer ou carrément de les regarder), c'est qu'au moins, je suis certaine de ne jamais être à court de pilotes même en plein mois de décembre. Who am I kidding ? Je trouve des pilotes toute l'année ! Mais dans le cadre de notre défi, avec whisperintherain, je sais pas, ça donne une dimension à part que de savoir que j'ai encore des pilotes récents sous le coude.
Mon camarade, n'en doutons pas un instant, devrait prochainement parler lui aussi de ces pilotes mis entre parenthèses, et au bas de ce post, vous trouverez l'habituel lien vers son blog afin de comparer nos points de vue. Mais pour le moment, il est l'heure pour moi de vous parler de Hunted.

Hunted

Mais d'abord, un petit aparté sur les réseaux sociaux. Il n'est de secret pour personne que j'ai une nette préférence pour Twitter, dont l'activité permanente et excitante me semble correspondre à mes attentes ; pour picorer un maximum d'infos et d'avis au rythme de 100 tweets à la minute, j'aime bien y passer du temps. J'aime aussi y passer juste une tête, quand de temps, je n'ai point. Pendant un petit moment cet automne, ça a été le cas, je fais des apparitions très sporadiques (emploi du temps complexifié oblige), et du coup, j'ai eu le sentiment de tomber sur des fragments très parcellaires de retours sur certaines séries. L'une d'entre elles était Hunted. En gros, j'ai eu l'impression que chaque fois que je venais faire un tour de clic sur Twitter, il y avait quelqu'un pour dire quelque chose du genre de "Pas très convaincant #Hunted". C'était laconique, expéditif, et pas vraiment encourageant.
Et le plus fou, c'est que de petites phrases comme celles-là, vagues, ont un énorme pouvoir sur l'esprit. Pour moi qui n'ai pas toujours (on a pu le voir cette semaine) de passion pour les séries d'espionnage, ça a été radical : j'ai reporté autant que possible le moment où je pourrais me mettre devant le pilote de Hunted.
Bien plus destructeur que la critique assassine : la petite phrase désabusée. Carnassier. C'est bien plus difficile de s'en distancier que du post lapidaire, en fait. J'avais jamais remarqué à quel point.

Alors, puisque cette semaine, tout d'un coup, je me découvre une curiosité pour les séries d'espionnage (ne nous mentons pas, ça m'aide bien aussi pour le boulot ; vous savez, le nouveau), j'ai décidé de me prendre par la main et de tenter Hunted. Et au terme de ce post, je vous le promets : il n'y aura pas de petite phrase vague, que des jugements nets, dont vous pourrez ensuite faire ce que vous voudrez. C'est mon engagement solennel du jour.

Hunted commence sur une affaire assez floue, au coeur de Tanger. Notre héroïne, Sam Hunter (har har har), est en mission d'infiltration auprès de ce qui semble être un malfrat francophone (mais au vu de l'accent, pas convaincue qu'il soit français), et dont l'objectif est de se rapprocher de lui, ce qui naturellement implique une relation charnelle, afin de pouvoir libérer un scientifique qu'il retient en otage pour on ignore quelle raison. La mission se déroule plutôt bien, le scientifique est libéré, mais au moment de prendre le large, la vie privée de Sam la rattrape : elle a en effet une aventure avec un membre de son équipe, Aidan, et tous les deux commencent à caresser l'idée de tout plaquer (et peut-être élever des chèvres dans le Larzac, ils précisent pas), d'autant que Sam a une nouvelle importante à annoncer à Aidan : elle porte leur enfant. Mais juste avant l'heureuse annonce dans un lieu connu seulement d'eux deux, où ils s'étaient donné rendez-vous, des hommes débarquent pour tuer Sam. Elle s'en sortira, mais pas leur enfant...
Un an plus tard, Sam, qui avait totalement disparu de la circulation, refait surface, reprend son ancien job dans l'espionnage, et semble bien décidée à savoir qui a commandité son exécution, et probablement à se venger...

Autant le dire tout de suite : Hunted est extrêmement brouillonne. Et/ou pas adaptée à mon cerveau lent. Mais franchement, le début d'épisode est si peu bavard qu'il m'a fallu un bon quart d'heure avant de connaître le nom de l'héroïne, et pire encore, avant de savoir quel était son boulot. Parce que posons les choses clairement : s'il faut 15mn au spectateur (fusse-t-il une spectatrice qui se traine une bronchite insupportable depuis deux semaines) pour comprendre que Sam Hunter n'est pas espionne pour un pays, mais pour une compagnie privée, on a quand même un soucis. Et j'ajouterai que si je n'avais pas dégainé Wikipedia avant de rédiger mon post, je ne serais même pas capable de donner le nom de cette compagnie privée. Alors à partir de là, il faut bien admettre que l'exposition de Hunted a, comment, dire, quelques légères lacunes.
Ces lacunes sont soulignées, pendant les premières scènes qui ouvrent le pilote, par une totale confusion des objectifs. L'idée est sans doute de nous surprendre à peu près autant que la proie de Sam est surprise lorsqu'elle découvre avoir été piégée, mais très sincèrement, c'est frustrant côté spectateur. La suite du pilote suggère qu'en réalité, cette première mission pourrait trouver des explications et des approfondissements par la suite, mais ce n'est même pas garanti, ça peut tout-à-fait être moi qui extrapole à partir d'une coupure de journaux.
Certes, il est très facile d'expliquer pourquoi l'exposition de Hunted est floue : la série a voulu ne pas tomber dans le piège de la voix-off. Et il faut admettre que d'une façon générale, ça fonctionne bien d'un point de vue esthétique, au sens où, plutôt que de privilégier une explication verbale des évènements ou des objectifs, on tombe dans quelque chose d'assez léché, ponctué à plusieurs reprises de séquences type clip video qui sont du plus bel effet. Mais on voit bien les limites de ces effets quand ils sont mal maîtrisés, et ces limites s'expriment dans l'impression de totale ignorance du spectateur d'une bonne partie des enjeux.

Ca ne rend pas service au pilote de Hunted, donc, et ce de façon double. D'abord, à cause du sentiment de confusion, je l'ai dit. Et ensuite, voire surtout, parce que ce procédé (ou cette non-maîtrise du procédé) a une répercussion perverse sur le mental du spectateur : celui-ci va scruter chaque scène, chaque plan, pour en tirer une substantifique moëlle de contexte. Or, aiguiser l'esprit d'observation et de critique du spectateur le désengage totalement sur un plan émotionnel, pour l'amener à se focaliser sur un aspect plus cérébral du visionnage ; en soi ce n'est pas un tort... sauf quand l'ouverture du pilote, c'est-à-dire le moment absolument critique pendant lequel le spectateur se forge sa première impression, est constituée de plusieurs scènes d'action. Au lieu de laisser l'adrénaline monter, le spectateur, qui était en quête de sens, découvre des mecs qui préfèrent hurler sur l'héroïne libérant l'otage, plutôt que de lui tirer dessus à bout portant, par exemple. Et du coup ça semble horriblement téléphoné.
On ne le dit pas assez, mais écrire un pilote (plus que n'importe quel autre épisode d'une série), c'est de la manipulation mentale. On est supposé anticiper ce qui se passe chez le spectateur pour le faire accrocher à un univers dont il ignorait tout quelques minutes plus tôt. Comment peut-on mener un spectateur par le bout du nez quand on l'oriente dans la mauvaise direction, qu'on l'oblige à réfléchir et analyser, alors qu'on lui fourgue des séquences d'action ? Il y a clairement un gros problème dans la façon dont Hunted envisage de faire passer son message initial sur la série. Je soupçonne que les messages que j'ai attrapé au vol sur Twitter ne soient pas sans rapport avec cette énorme maladresse.

Curieusement, une fois que cette partie à Tanger est révolue, pourtant, le spectateur comme la série semblent trouver leurs marques et fonctionner de façon plus synchronisée. Il y a encore, c'est net, des zones d'ombres (et pas juste parce que l'héroïne elle-même est en quête d'une certaine vérité), mais c'est moins grave, et surtout, la fin de la séquence Tanger s'est conclue sur un ressort si dramatique que le spectateur noue enfin des liens émotionnels avec Sam, et s'embarque avec elle en prenant moins de précautions et de distance. Sincèrement, il aurait fallu commencer par emmener le spectateur sur ce terrain-là dés le début, mais le mal est fait, que voulez-vous.
En perdant son enfant dans la fusillade... hop-hop-hop ! Quoi ? Perdre son enfant, vous dites ? En fait, je n'en suis pas convaincue au terme de ce pilote. Déjà parce que, étant moi-même détentrice d'un utérus, je ne vois pas trop en quoi une perforation de la hanche entraînerait forcément la perte d'un enfant. Et Sam aura beau nous montrer, d'abord son abdomen ensanglanté, puis son épouvantable cicatrice un peu plus tard dans l'épisode, eh bien ça ne veut absolument rien dire. Et surtout, nous avons eu droit à un saut dans le temps d'un an ; il peut s'être passé absolument n'importe quoi. Le fait que Sam se soit vraisemblablement entraînée pendant un an afin d'accomplir sa vengeance ne signifie pas qu'elle n'a pas eu d'enfant. J'aurais même tendance à dire que les troubles psychologiques dont elle fait montre pendant le pilote (cauchemars/flashbacks répétés et mêlés) tendent plutôt à indiquer que le seul deuil de son enfant n'est pas la cause de son état un an après la fusillade. Mais même en ayant ce doute à l'esprit, cette partie du pilote a su plus remporter mon adhésion, tout simplement parce qu'on prend le temps de s'arrêter sur la psychologie du personnage, son tempérament, et en filigrane, son plan, et c'est quand même diablement plus intéressant.

La troisième partie du pilote, une fois que Sam a réintégré son poste dans la fameuse organisation privée Byzantium (je vous le dis comme une évidence, mais rappelons que sans Wikipedia, au bout de 45mn de pilote, je serais toujours incapable de donner le nom de la compagnie qui emploie l'héroïne de la série !), est plus classique. Tout en utilisant les éléments avancés dans les deux parties précédentes, c'est-à-dire l'expérience traumatisante de Sam à Tanger et sa volonté de trouver qui a causé la fusillade qui a failli lui coûter la vie, Hunted revient à une mission d'espionnage plus classique, dans laquelle Sam doit s'infiltrer dans la famille d'un riche criminel. Pour cela, son équipe va feindre l'enlèvement du petit-fils de la cible, faisant de Sam la bonne samaritaine qui le sauve d'un kidnapping imminent ; conformément au plan, Sam est ensuite prise en pitié par le fils de la cible qui l'embauche pour devenir la tutrice de l'enfant (dit comme ça, ça parait effectivement un peu gros, mais quand on regarde l'épisode, ça passe). Sam doit en effet se faire passer pour une jeune veuve qui cherche un travail et une nouvelle vie, ce qui est parfait pour le fils et le petit-fils de la cible qui ont perdu, respectivement, une épouse et une mère. La séquence pendant laquelle les deuils se répondent est relativement bien construite, d'ailleurs, pour que la mission reste imbriquée dans les traumatismes de l'héroïne de Hunted ; mais il manquait peut-être un petit supplément d'âme pour faire verser une larme au spectateur.

Dans le fond, Hunted n'est pas mauvaise. D'un point de vue visuel, elle s'en tire très bien, par exemple ; son intrigue n'est pas trop capillotractée à ce stade non plus (même si on peut aisément imaginer que les choses vont se corser ensuite), si bien qu'on n'a pas l'impression d'être plongé dans un monde surréaliste. Les troubles qui agitent Sam dépassent le simple traumatisme de la fusillade dont elle n'aurait jamais dû réchapper, et ses cauchemars sont assez éloquents sur le nombre de raisons qui peuvent faire d'elle un personnage torturé, et donc dramatiquement intéressant.
Cependant, outre l'exposition floue dont j'ai déjà parlé, Hunted souffre d'un autre soucis : son mutisme obstiné. En cherchant l'effet de style, les passages dénués de dialogues, et les séquences de flashback, la série voudrait paraitre dramatique, mais elle se montre en fait assez imperméable à plusieurs reprises. On aimerait vraiment ressentir la rage, la douleur, ou simplement l'obstination de Sam. Quelle que soit l'émotion qu'on souhaite montrer, il faudrait... la montrer. La rendre tangible (sans jeu de mots). Au lieu de ça, on ne ressent jamais vraiment l'émotion jusqu'au bout, quand bien même l'ensemble fait sens. Il s'en est fallu de peu parce que la réalisation est bonne, l'écriture pas si piteuse que ça (des maladresses ne signifient pas une incapacité totale), et...

Et, eh bien, il y a la question du casting. J'ai toujours eu des sentiments mêlés envers Melissa George. C'est difficile de déterminer, parfois, si notre idée d'un acteur ne découle pas directement de notre idée d'un de ses personnages qui nous a marqués. Dans mon cas, j'ai découvert Melissa George avec Voleurs de Charme et ALIAS (deux rôles d'espionne, au passage), des rôles pas franchement sympathiques, osons le dire, mais pas non plus profondément antipathiques; mais en jouant une "peste" ou une "ennemie", clairement Melissa George n'était pas là pour se faire des copains parmi les spectateurs. Sa prestation dans In Treatment, loin d'être mauvaise ou dépourvue de nuance, m'avait profondément mise mal à l'aise ; c'est assez récurrent dans mon rapport à la série, cependant, donc une fois de plus je n'en avais pas rendu George responsable. Pour finir, son personnage dans The Slap était loin d'être voué à l'adoration du public, mais son interprétation m'en avait semblé solide. Mais si, en fin de compte, je m'étais trompée ? Si Melissa George était en fait bien moins capable de subtilité que je le pensais ?
La question mérite d'être posée car, déshabillée de ses dialogues, Sam Hunter est réduite aux expressions de Melissa George, et... ça ne fonctionne pas. Le courant ne passe pas. On sent bien que ce qui lui arrive est atroce, mais de là à en avoir le coeur serré, il y a un énorme pas à franchir. Et vu que le reste n'est pas systématiquement à blâmer, il faut peut-être envisager la possibilité que ce soit, pour tout ou partie, la faute de l'actrice.

L'avantage de Hunted reste cependant, si j'en crois ce pilote, que la série est bien plus feuilletonnante que la plupart des autres séries du genre, comme justement Covert Affairs dont on parlait plus tôt cette semaine (d'ailleurs j'ai regardé deux épisodes de plus de Covert Affairs, je confirme que ce n'est pas aussi répétitif que je le craignais, mais l'aspect formulaic fait que Covert Affairs ne comptera jamais parmi les séries prioritaires sur ma liste). Si la question de la vengeance n'est pas d'une originalité inouïe, il faut quand même admettre que suffisamment d'éléments sont en place autour de ça pour donner une série assez intéressante à suivre, voire peut-être même passionnante si elle se décoince sur l'aspect adrénaline et/ou émotion. Ce qu'elle ne semble pas en mesure d'accomplir pour le moment n'est pas néncessairement hors de portée pour le futur... Car aux traumatismes d'enfance, à la vengeance, aux peines de coeur (en retournant bosser pour Byzantium, Sam retrouve Aidan), à la mission d'infiltration, il faut encore ajouter des intrigues d'espionnage typiques, comme le fait qu'il y a probablement une fuite au sein de l'équipe (juste une théorie : se pourrait-il que cette fuite boive du lait non-pasteurisé ? Je me comprends) ou simplement les cas de conscience que posent une mission d'infiltration touchant à un enfant au psychisme fragile.
Quand on y réfléchit, Hunted a quand même un diable de potentiel ! Il y a vraiment de quoi faire une série foisonnante, à condition évidemment de ne pas se perdre dans tous ces axes.

Sans aller jusqu'à mollement dire que Hunted n'est "pas très convaincante", il est clair que son pilote a quelques défauts, et non des moindres, mais elle n'a pas non plus les signes avant-coureurs du désastre télévisuel. Je ne sais pas, moi : on me donne le choix entre Hunted et Undercovers, bon, c'est tout vu, quand même ! Et comparé à ALIAS, pour reprendre la thématique de l'héroïne qui fait cavalier seul dans un monde truffé d'espions, Hunted a vraisemblablement bien plus de choses consistantes à raconter d'entrée de jeu.
En mon âme et conscience, je ne peux pas dire que le pilote de Hunted est bon, pourtant. Il manque des ingrédients pour vraiment pouvoir dire que Hunted est une bonne série. Il ne manque vraisemblablement pas une vue à long terme (ce qui peut être le piège pour une série d'espionnage), mais il manque un peu de poudre de perlimpimpin pour faire en sorte que le spectateur ferme ses jolis yeux et se laisse emporter.

Je ne sais pas, au juste, comment appeler cette petite chose qui fait qu'on va avoir envie de se lancer à corps perdu dans une série qui a plein d'idées, qui est bien foutue et à laquelle on a envie de pardonner les moments d'égarement, mais cette petite chose, Hunted n'en fait pas la démonstration pendant son pilote, et c'est ce qui fait qu'il est si difficile de lui pardonner ses fameux moments d'égarement, quand bien même il semble plutôt injuste de lui en tenir rigueur quand on voit le niveau général de la série.
C'est peut-être de cela que Sam Hunter devrait avant tout se mettre en chasse. Ca résoudrait pas mal de problèmes...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 20:50 - Review vers le futur - Permalien [#]

04-12-12

Gros blanc

Dans la vie on a les petites fiertés inutiles qu'on peut : ça fait du bien à l'ego et ça ne coûte pas grand'chose.
Parmi les miennes, il y a par exemple la petite fierté de savoir que je suis capable de dire, pour n'importe quelle série qu'on me cite, ce que j'en pense, et de participer à la discussion. Parfois, ce que j'en pense inclut les termes "je n'ai jamais vu mais..." (comme dans : "The Vampire Diaries, je n'ai jamais vu mais ça a l'air de ressembler beaucoup à Twilight", à partir de là, l'interlocuteur contredit ou pas, hein), mais je suis toujours capable d'en dire deux mots.
Dans le cas de Covert Affairs, comme un interlocuteur me l'a fait réaliser aujourd'hui, je suis uniquement capable de dire : "ah oui, c'est la série...". Grosse pause embarrassée. "Oui, la série, bien-sûr... euh... avec une affiche blanche". Ok donc la porte c'est par là, c'est ça ?

C'est comme ça que j'ai réalisé que je n'avais jamais vu Covert Affairs de toute ma vie. Jamais. Pas une fois. Même pas les premières minutes et après je ferme la fenêtre en me disant que ça m'ennuie trop et que j'y reviendrai plus tard (et qu'évidemment, je n'y reviens jamais plus tard ; ça me l'a fait récemment avec Elementary). Et c'est même pas que je ne le voulais pas, ou que ma religion me l'interdit (ce qui est le cas de The Vampire Diaries, par exemple), non, ça ne m'avait simplement jamais traversé l'esprit. A un point tel que j'ai réussi à oublier son existence ! Ah oui parce qu'une autre de mes petites fiertés inutiles, c'est de savoir précisément quels pilotes j'ai déjà vus, et d'avoir une petite liste mentale des pilotes dont je sais très bien que je ne les ai pas regardés, mais qui ne perdent rien pour attendre quand j'aurai un moment et/ou l'envie. A titre d'exemple, le pilote de The Newsroom est sur cette liste ; je ne l'ai pas vu, je sais pertinemment pourquoi, mais un jour j'y viendrai. Sauf que là, je ne me souvenais même pas que je n'avais pas vu Covert Affairs.
Le problème des petites fiertés inutiles, c'est qu'elles froissent l'ego pour pas grand'chose.
Donc le premier truc que j'ai fait ce soir en rentrant, c'est m'assurer que je récupérais le pilote de Covert Affairs (la meilleure preuve qu'effectivement je l'avais zappé, c'est que je ne l'avais jamais cagoulé, ce qui est un signe chez moi !), puis je l'ai lancé et, quand au bout d'une minute environ, il a été absolument clair que je n'avais jamais, jamais, jamais... jamais vu ce pilote, je vous avoue que je me suis sentie verdir de honte. Une série américaine qui va bientôt entamer sa 4e saison, quand même, hein. Voilà voilà. Et pendant ce temps, je me cherche des séries à tester en mandarin, nan mais sans déconner...

Donc ce soir on va parler d'une série qu'à vue de nez une bonne moitié de l'univers a regardée avant moi, et je le vis très bien.

CovertAffairs
N'empêche. Elle est blanche.

Covert Affairs, c'est l'histoire de... oui enfin vous le savez, c'est moi qui ai un train de retard, donc on passe sur le résumé de cette série d'espionnage.
Ma plus grosse peur pendant les premières minutes du pilote, c'était de me retrouver avec un ersatz d'ALIAS.

Techniquement je n'ai rien contre ALIAS. J'ai regardé la première saison en intégralité sur M6, à l'époque, c'était un signe qui ne trompait pas (c'était de ma part un effort parce que, il y a 10 ans de ça, j'étais très rarement capable de suivre une série régulièrement en soirée à la télévision ; c'est d'ailleurs comme ça que j'ai décroché de beaucoup de séries, genre 24. Ensuite j'ai découvert internet et j'ai appris que plus rien ne m'y forçait, et ça a tout changé). Le problème d'ALIAS c'est qu'avec le temps, j'ai fini par trouver que les missions de Sydney Bristow avaient un côté répétitif, mais que je ne me passionnais pas du tout pour ses problèmes avec Michael ou avec son père. Et puis sa mère qui est morte, puis qui est pas morte, puis qui est remorte... bon. Donc j'en ai logiquement été conduite à me demander pourquoi je regardais, la réponse s'appelait Ron Rifkin, ça ne suffisait pas, et j'ai progressivement lâché, pour finir par totalement abandonner l'affaire quelque part après le bond de deux ans en avant.
Ensuite, je l'avais un peu prise en grippe, je le reconnais.
En somme, les romances insupportables sur fond d'espionnage, ça m'ennuyait, mais l'espionnage pour l'espionnage ne me tenait pas vraiment sur le rebord de mon fauteuil non plus (enfin, à l'époque j'habitais un appart si petit qu'il n'y avait pas la place pour un fauteuil, mais vous saisissez l'idée), notamment parce que ça impliquait toujours, à un moment de chaque épisode, des scènes d'action sans aucun enjeu (comme si on croyait vraiment que Sydney va se faire prendre et être tuée...!), et qu'au final ça n'avait plus aucun effet sur moi au bout de quelques épisodes.
Parfois je me dis que je retenterai le coup un jour, et découvrir qu'il y a sans doute des épisodes de qualité que j'ai loupés ; mais, dans le fond, je suis assez consciente d'avoir brûlé toutes mes cartouches de patience avec ALIAS. C'est le genre de séries que je ne voudrais pas vraiment regarder, juste être capable de lire des résumés, avoir l'impression de combler les trous, et décider que je ne suis ni totalement passée à côté ni que j'ai perdu mon temps à regarder l'horloge au-dessus de la télé pendant que je me forçais à me faire une intégrale. Ne serait-ce pas formidable si, pour certaines séries qui ne nous affolent pas mais dont on pense qu'il y a deux-trois épisodes qui doivent sûrement valoir le coup, on pouvait télécharger les épisodes dans notre tête, et pouvoir dire "ouais, je sais de quoi chaque épisode parle, mais j'ai pas non plus gaspillé 4000 heures de ma vie à regarder ce truc" ? Moi parfois ça me fait rêver. Ca laisserait du temps pour une intégrale d'une série qui compte vraiment. Battlestar Galactica, par exemple ; tiens c'est vrai, je me ferais bien une intégrale de Battlestar Galactica... Pardon, j'ai dévié.

Donc l'idée qui m'a motivée dans mon visionnage, c'était qu'on éviterait peut-être le truc à la ALIAS, où le personnel se mêle immanquablement au professionnel. Mais où le professionnel est capable de me surprendre. Et surtout, oh surtout, où tout le monde ne finit pas par travailler dans l'espionnage, comme par hasard, selon le bon adage "l'agent appelle l'agent".
Une bonne partie du pilote de Covert Affairs semblait relativement bien s'en sortir de ce côté-là, mais j'ai rageusement hurlé à la fin de l'épisode. J'aurais dû le sentir dés le début du pilote, mais je refusais d'y croire.

Alors, en-dehors de ça ? Bah Covert Affairs n'est pas mauvaise, pas fondamentalement. C'est sympathique d'assister aux premiers pas d'Annie Walker, de la voir faire des bourdes (même si j'aurais préféré qu'elle ne se tire pas tout de suite elle-même de son bourbier au point d'obtenir une récompense dés le premier épisode), de vivre les expériences un peu désorientantes à ses côtés. Sur ce plan-là, Covert Affairs installe très bien son personnage central, le rend tout de suite sympathique, il n'y a pas à dire. Fait rare pour un pilote presqu'uniquement focalisé sur un seul personnage, Annie est attachante, et pas du tout irritante, son omniprésence permettant au spectateur de vraiment s'identifier facilement à ses réactions, qu'il s'agisse de peur et de panique pendant une fusillade, de sang-froid et d'énervement pendant une course-poursuite, ou tout simplement de solitude lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle ne peut pas parler de sa vie professionnelle à sa propre soeur (qui en plus cherche désespérément à la maquer avec des mecs qui ont une tête à tourner dans un porno hongrois des années 80).

Mais sur le reste, je dois dire que je suis moins positive. Le tandem formé avec Christopher "Jinx" Gorham fonctionne relativement, mais n'offre pas vraiment de surprises. La boss froide incarnée par la merveilleuse Kari Matchett (à laquelle j'ai juré une fidélité éternelle depuis qu'elle m'a ravie dans Invasion Planète Terre et qui ne m'a jamais déçue depuis lors, même pas dans Invasion) est peut-être un personnage sympa, mais il ne fait aucune promesse au spectateur. Quant à la frangine transparente qui n'est là que parce qu'on ne peut rien lui dire et qui va peut-être découvrir la vérité à n'importe quel moment, franchement, c'est du déjà vu.

Je sais, je sais bien : les séries d'USA Network n'ont pas la réputation d'être des perles en matière d'innovation télévisuelle (quoique franchement, Suits est vraiment excellente, et largement au-dessus du panier par rapport au reste de la grille de la chaîne), mais j'espérais quand même qu'une recette avait été trouvée pour résoudre cette difficile équation de la prévisibilité des séries d'espionnage.
Peut-être que l'une des solutions serait tout simplement de ne pas prendre une héroïne pour personnage central, ce qui semble être une autorisation implicite donnée aux scénaristes pour forcément la fourrer dans des tenues sexys et de lier son histoire amoureuse à ses enquêtes (et le "it's been ages since you've had a real relationship... it's weird !" a fait hurler la féministe en moi, je ne vous le cache pas ; on ne dirait jamais ça à un personnage masculin !).
Peut-être qu'une des solutions serait de ne pas chercher à nous vendre les espions comme des superhéros modernes, les temps ont changé. J'aimais bien ce que PanAm disait de l'espionnage, par exemple, en filigrane : que c'étaient les petites choses qui pouvaient en changer de grandes, et que parfois, faire voyager un objet en apparence quelconque, pouvait être tout aussi décisif (et compliqué) qu'une action où il faut se faire passer pour une call girl dans un hôtel de luxe. Là, les personnages ont beau répéter à Annie que, ça alors c'est fou ce qui t'arrive quand même, statistiquement il y a des agents qui passent toute leur carrière sans voir de coup de feu, on ne se fait pas d'illusion et on sent bien qu'Annie fera partie de ces agents dont la vie implique des tas de choses totalement irréalistes. Et qu'elle rentrera quand même chez elle le soir pour raconter des bobards à sa frangine.

Naturellement, la toute fin du pilote nous donne une explication pour cela : Annie a été engagée pour une raison bien précise, et son sort ne sera définitivement pas celui du commun des agents de la CIA. Pas seulement parce qu'elle est super douée en langues étrangères et qu'elle a l'esprit d'initiative, mais parce qu'elle est (comme c'est la tradition dans les séries d'espionnage), un pion sur un échiquier qui la dépasse.
Sans doute que Covert Affairs se laisse suivre à ce titre, parce que derrière chaque série d'espionnage se cache désormais une thèse conspirationniste de plus ou moins grande envergure. Et peut-être que je vais profiter que maintenant je lui ai donné sa chance pour voir ce qui arrive à Annie Walker, qui sait ? Mais ce ne sera jamais un coup de coeur, hélas.
Par contre j'ai pas arrêté de me demander si Piper Perabo et Emilia Clarke ont été séparées à la naissance, vous aussi, ça vous le fait ?

Au moins, maintenant, si on me demande, je suis capable de dire deux mots sur Covert Affairs. Allez-y, allez-y : demandez-moi !

Posté par ladyteruki à 23:31 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

14-09-10

Dressée pour charmer

Bon, non, sérieusement. Parce que quand je fais de l'humour, apparemment le message passe mal.
Il y a une chose qui me chiffonne sincèrement dans Nikita, et c'est en repassant l'épisode en accéléré que j'ai compris pourquoi. Le problème ce n'est pas son sujet, son genre, rien de tout ça : je ne m'attends pas à aimer une série d'action. Elles ne sont pas faites pour moi, et je ne suis pas un public pour elles, c'est une affaire réglée.

Par contre j'ai un problème entre son contenu et sa cible supposée. Pour moi, la CW est la chaîne des adolescentes, voire des préadolescentes quand le monde va mal. C'est indubitable, et toutes les séries de sa programmation auxquelles je pense me semblent le confirmer (vous me dites si j'en oublie une qui fasse exception). Et le truc c'est que Nikita justement n'est pas exactement une série pour la cible traditionnelle des adolescentes.

La scène qui a fait tilt, c'est celle-ci (que j'ai sous-titrée pour que tout le monde puisse suivre, et qui est spoiler-free, d'où la coupure un peu sèche sur la fin) :

BelleNikita

On a ici une adolescente qui a sincèrement eu autre chose à penser ces derniers temps que la perspective de se peinturlurer le visage. Et on décide d'en faire une bimbo qui va utiliser ses charmes pour accomplir ses futures missions. C'est le but avoué : tu vas apprendre que tu es belle, et tu vas t'en servir.

Et en fait ce qui me chiffonne, c'est pas exactement que ce soit le propos de la série, ça fait d'ailleurs partie de la panoplie d'espionnage et ALIAS, par exemple, n'a jamais hésité à jouer sur le physique de Sydney (et ses costumes) pour souligner la chose. Mais ALIAS n'était pas une série diffusée sur une chaîne quasiment réservée aux adolescentes. ALIAS était une série destinée à un public adulte. Essentiellement, en tous cas. Ça n'excluait pas que des ados puissent regarder mais ils n'étaient pas le coeur de cible. Qui plus est, l'agent Bristow était déjà largement rodée aux tours et détours de sa profession.

Ici on a une série sur une chaîne principalement à destination des adolescentes, avec une adolescente tenant l'un des deux rôles principaux, et à qui on va apprendre à utiliser le sexe comme une arme. Vous voyez mon soucis ?
On a une vraie problématique de sexualisation d'une tranche d'âge qui n'a peut-être pas besoin qu'on l'emmène sur un tel terrain, et qui, avec des Gossip Girl et des 90210, a déjà, à mon humble avis, déjà largement de quoi faire en la matière, déjà à l'excès.

Maintenant comprenez-moi bien : je suis une femme. J'aime qu'on me trouve sexy, et j'aime me sentir sexy (quand la situation s'y prête ; exemple : au boulot, je n'y tiens pas).
Mais je n'aurais pas aimé que, voilà 10 ou 15 ans de ça (bon d'accord, plutôt 15 que 10), une série ou qui que ce soit d'autre m'ait pris par la main pour me dire que je pouvais utiliser mon potentiel de séduction à mon avantage. J'aurais trouvé ça déplacé parce que, toute adolescente que j'étais, nécessairement à la fois intéressée et angoissée par la perspective que d'autres me regardent (idéalement la gent masculine, j'étais du genre sélective), je n'en étais pas forcément au même stade de développement en la matière que d'autres adolescentes de mon âge qui taillaient des pipes dans les couloirs sombres, ou que celles qui faisaient leurs devoirs de la semaine suivante pendant la pause, camouflée sous un épais pullover. Nous ne sommes pas du bétail. On s'éveille à ces choses différemment (et une composante de cette différence est d'ailleurs tout simplement biologique), à des rythmes variés, certaines plus vite que d'autres.
Encore aujourd'hui, l'une de mes amies est une adorable petite blondinette aux beaux yeux bleus, qui doit rentrer dans un parfait 36 (allez, 38 si elle a abusé du McDo), et pour autant elle n'utilise pas son sex-appeal, ça ne l'intéresse pas. A contrario je connais des jeunes femmes qui n'ont pas grand'chose pour elles, mais qui le développent à un tel point qu'on ne doute pas un instant qu'elles soient sexy. Pourquoi vouloir nous conditionner pour systématiquement faire le parallèle entre ce à quoi nous ressemblons et ce qu'on peut en tirer ?

Bien-sûr, de la même façon qu'Alex regarde la robe rouge dans cet extrait avec à la fois envie et méfiance, bien-sûr, une adolescente a envie de plaire ! Mais faut-il vraiment lui montrer comment, alors même qu'elle n'est pas forcément mûre pour en comprendre toutes les conséquences, ni nécessairement prête à toutes les assumer ? On peut aimer le regard de l'autre sans réaliser ce qui se passe dans sa tête. Je ne parle pas des prédateurs sexuels, mais des adolescents et des hommes tout simplement (qui, diront les mauvaises langues, sont par nature des prédateurs sexuels, mais pas de ça ici), qui ne vont pas forcément s'arrêter au teasing que les adolescentes affectionnent.

Ne nous le cachons pas : quand je vais à un rendez-vous, je ne mets pas un col roulé ; je mets un beau décolleté qui met en valeur mon 95C, on n'attrape pas des mouches avec du vinaigre. Mais je ne réfléchis pas en termes de "hm, j'ai un beau décolleté, comment je pourrais m'en servir pour obtenir ce que je veux dans la vie ?", et je trouve choquant qu'on le suggère à des adolescentes. Elles ne vous semblent déjà pas assez aguicheuses comme ça, les adolescentes, de nos jours ? J'en croise assez peu que je laisserais sortir dans la rue si elles étaient les miennes (et je me considère plutôt laxiste en la matière)...

Peut-on juste arrêter de vouloir expliquer aux gamines (désolée si certaines me lisent et se sentent offusquées par ce terme, appelez-moi vieille peau en échange, ce sera de bonne guerre) qu'elles peuvent être encore plus attirantes qu'elles ne le sont naturellement avec leur peau toute élastique ? (presque pas jalouse)
Est-ce qu'une série, fût-elle sur l'espionnage, ne peut pas aussi essayer de transmettre un message différent, genre c'est l'intelligence ou, à défaut, l'astuce, qui peut permettre d'obtenir ce qu'on veut ? Pourquoi toujours le sexe ? Elles sont pas assez sexualisées nos adolescentes ?

Voilà, c'était ça le fond du problème avec Nikita. La cible. L'adolescence, c'est un temps de construction de soi. Pas le moment idéal pour balancer des idées pareilles. En tant qu'adulte, je ne me sens pas mise en danger, mais je pense aux ados devant leur écran (je ne sais pas pourquoi, on analysera ça un autre jour).
Et je me dis que si elles regardent Gossip Girl, 90210, Hellcats et Nikita... ça fait beaucoup de modèles féminins qui utilisent leurs charmes dans la vie, et pas beaucoup qui utilisent leur tête.

Posté par ladyteruki à 23:14 - Série de valeurs - Permalien [#]

08-03-10

Who's winning here ?

Quand quelque chose m'obsède, ce n'est pas la peine de chercher à m'en distraire, ça ne marche pas. J'ai essayé de regarder autre chose que des épisodes de Saturday Night Live aujourd'hui, et en-dehors d'une petite heure trente pendant laquelle j'ai toléré un film, vraiment, rien n'y fait.

Alors bon, on va pas insister. Le post du jour est donc l'un des sketches de Saturday Night Live qui m'ont tout particulièrement fait rire, et je sais pas, je me suis dit que pour que tout le monde en profite, idéalement, il fallait le sous-titrer. Dont acte.

Au générique, vous trouverez en cliquant sur la petite capture (mais que c'est bien conçu tout ça, on dirait que c'est pensé pour vous rendre la vie facile) :
- Will Forte, Fred Armisen et Bill Maher dans les rôles principaux
- Michaela Watkins, Casey Wilson et et Kristen Wiig dans les rôles secondaires
- en invité, et très en forme, Bradley Cooper (ALIAS, Kitchen Confidential... Jack & Bobby que je voulais regarder cette semaine mais c'est mal barré)
- de jolis sous-titres de ma confection

A ce sujet, vous verrez qu'il y a un net mieux depuis la dernière fois, puisque vous n'avez plus besoin de cagouler le sous-titre à part, tout il est dans le même fichier. Bon, on perd légèrement en qualité video pendant le processus, mais c'est minime. Je commence à maîtriser à peu près le truc ; un jour il sera temps de passer à la vitesse supérieure, vous verrez...

Mais pour l'instant, en direct depuis ladytelephagy, it's Saturday Night Live !

SNL_Sexwithyourwife

Et si ya du commentaire, qui sait ce que le post de demain réservera ?
Nan, sans rire, je suis curieuse de savoir s'il n'y a que moi qui ai manqué de pisser sur ma chaise.

Posté par ladyteruki à 22:30 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

21-02-10

[DL] The Jake Effect

Autant il y a des séries qu'on s'évertue à chercher, et sur lesquelles on ne parvient jamais à mettre la main (je vous fais pas une liste...), autant il y en a qu'on ne cherche pas et qu'on trouve à cagouler très facilement.
Mais on conviendra tous que c'est pas poli de refuser.

Je suis tombée sur The Jake Effect sans même y penser. Vraiment, un pur hasard si ça s'est produit peu après avoir parlé de pilotes tombés au combat, et d'ailleurs en pratiquant un peu de lecture, on apprend que cette série n'a pas connu le destin tragique d'un Pretty Handsome puisque, 4 années après avoir été commandée puis annulée sans la moindre diffusion, ses 7 épisodes ont trouvé la résurrection sur une chaîne du câble, Bravo. Ce qui explique la présence de ce gros logo tout gris sur une série pourtant commandée par un network coloré, NBC.

TheJakeEffect
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Reste que le générique de The Jake Effect, à défaut d'être mémorable, donne quand même bien l'eau à la bouche : Jason Bateman (Arrested Development, d'ailleurs il parait que si j'ai aimé Better Off Ted ya pas de raison que je n'aime pas cette série, quelqu'un peut me confirmer ça ?), Greg Grunberg (Felicity, ALIAS, Heroes...), Nikki Cox (Las Vegas, Unhappily Ever After), non ya pas à dire, ya du beau linge.

Après, ayant regardé le pilote (toujours par pure politesse) de The Jake Effect, je vous garantis qu'on n'a pas raté grand'chose sur le contenu. L'histoire est relativement simple : un avocat décide de changer de vie, et devient enseignant. Quelques gags corrects, mais rien d'ébouriffant. Une amourette avec Nikki Cox qui fait une fois de plus ce qu'elle faisait de mieux avant de ressembler à la créature de Frankenstein : être rousse et jolie.
Cela dit, pour le téléphage désireux de se cultiver, ça reste quand même une curiosité...

Et pour ceux qui... Euh, je sais pas si la série est éligible pour une fiche sur SeriesLive, j'vais me renseigner.

Posté par ladyteruki à 23:32 - Médicament générique - Permalien [#]

03-12-09

And that rhymes with "P" and that stands for "piemaker"

Ce soir, au lieu de vous parler d'une comédie musicale que je connais depuis plusieurs années je vais vous en présenter une que j'ai découvertes il y a quelques jours à peine. Oh j'en avais souvent entendu parler mais il y a tant de comédies musicales... et je n'avais jamais vraiment percuté que celle-ci avait eu une adaptation filmée récente. Jusqu'à ce que...

C'est quoi le nom du film ? The Music Man
C'est plutôt quel genre ? Musical vieillot
Qui on connaît là-dedans ? J'ai vu Matthew Broderick au générique, ça ne m'a pas faite frémir. J'ai aussi vu Victor Garber (ALIAS) et Molly Shannon (Kath & Kim), et même si c'étaient des habitués de la télé, ça ne m'a pas émue. Et puis... j'ai vu Kristin Chenoweth (Pushing Daisies, pour ceux qui l'ignorent encore). On se demande bien ce qui m'a décidée.
Ça date de quand ? 2003, ce qui ne nous rajeunit pas même s'il y a un progrès par rapport à hier
En résumé, de quoi ça parle ? D'un escroc qui se rend à River Cityafin d'y jouer une fois de plus sa petite arnaque.

TheMusicMan___1 TheMusicMan___2 TheMusicMan___3 TheMusicMan___4 TheMusicMan___5

En moins résumé, de quoi ça parle ? River City, dans l'Iowa, est une petite bourgade charmante où il est rare que des voyageurs descendent du train. Aussi Harold Hill attire-t-il l'attention en venant s'installer. Il se présente comme un professeur de musique, venu former un orchestre (ce qui tombe bien puisque le 4 juillet approche), mis en réalité, après avoir vendu instruments et uniformes, il s'enfuit avec l'argent de ses victimes. Il va cette fois trouver sur son chemin la libraire de River City, également prof de piano à ses heures, qui n'est pas dupe.
Et ça finit comment ? En fanfare.

Pourquoi c'est bien ? N'ayant pas vu la première adaptation ciné de la comédie musicale, je prends cette version de The Music Man en novice, et je dois admettre y avoir retrouvé l'ambiance de films comme Mary Poppins. Non seulement à cause des numéros musicaux et des robes, mais aussi pour l'abord finalement assez naïf et enfantin, quoique parfaitement charmant pour les adultes, que propose cet univers coloré et plein de musique. Si un certain nombre de chansons ne sont pas nécessairement mémorables, il en reste deux ou trois dans le lot qui valent largement le détour. En particulier, le début du film est très accrocheur !
Pourquoi c'est pas bien ? Eh bien, comme je l'ai dit, beaucoup de chansons sont assez moyennes. Du point de vue du divertissement, la question ne se pose pas, mais du point de vue musique, ça reste assez banal. Le solo de Kristin Chenoweth sur "Goodnight, my Someone" est assez évocateur de ce genre de défauts : on ne peut rien reprocher techniquement, mais à mon sens, une comédie musicale doit laisser des chansons dans la tête pour les 10 jours qui suivent (c'est un minimum). Or là, j'ai fini le film, et tout ce qui me restait, c'était le souvenir du timbre de Kristin, mais certainement pas l'air de sa chanson. C'est le cas de beaucoup et c'est très dommage.

Ah, les joies du cinéma ! On a échappé au pire, ç'aurait pu être Sarah Jessica Parker à la place de Kristin Chenoweth dans le rôle principal. Je ne pense pas avoir déjà entendu SJP chanter mais je suis quand même certaine qu'on aurait perdu au change.
La réplique qui tue : Dialogue entre un vieil ami qui tient aujourd'hui un hôtel à River City et Harold : "So, what's the new picture ? [Harold esquisse les gestes d'un chef d'orchestre] ...Oh you're not back in the band business ? I heard you was in steam automobiles !
- I was.
- What happened ?
- Somebody actually invented one."
Bah ouais c'est couillon, c'est sûr.
La scène qui tue : J'ai aussi regardé The Music Man pour ce passage (j'aime bien Kristin, mais elle ne fait pas tout non plus). En l'occurrence, si vous me connaissez un peu, vous devinerez pourquoi. Aussi n'est-il pas très étonnant que j'ai littéralement exulté devant ce morceau de bravoure de Matthew Broderick (il a pris des cours de plongée en apnée pour préparer ce rôle, je suis sûre). "Trouble" est un titre entrainant, basé plus sur le rythme que sur la musique (en cela, le morceau répond à la perfection à la scène de début, dans le train... celle-là aussi il faudrait vous la mettre mais enfin, la règle, c'est une scène qui tue, pas une hécatombe), amusant, et qui a le mérite de montrer Harold sous son vrai jour, homme à la fois affable et escroc doué, qui pour lancer son commerce, n'hésite pas à faire passer une pauvre table de billard comme l'incarnation de la déchéance prochaine des jeunes de River City. Accessoirement, j'ai envie de dire que ce stratagème est aujourd'hui plutôt utilisé en politique...

TheMusicMan___Extrait

Une note ? CagoulesCagoulesCagoules
Amusant, rythmé, coloré, rempli de visages connus... The Music Man remplit son office mais n'a pas les caractéristiques requises pour devenir un chef d'œuvre dont on parlera dans une décennie ou deux.
Bilan : Le problème de The Music Man, c'est que finalement c'est une comédie très américano-centrée (le 4 Juillet, le côté conquête de l'ouest...) et que ni son histoire, ni ses chansons, n'ont vraiment eu la possibilité de se faire connaître chez nous hors des cercles d'initiés. Bien que connaissant "Trouble" depuis quelques années, ainsi que "Pick-a-little, talk-a-little" (qui entre parenthèses donne l'impression de déguster des macarons, tant c'est frais et coloré), je me suis trouvée assez désorientée dans cette comédie musicale dont je ne savais rien. Vous allez me dire : bah oui, faut bien commencer à découvrir les choses à un moment. Et je vous l'accorde. Sauf que comme je l'ai dit, c'est vraiment très américain.
Ce qui est un avantage comme un inconvénient pour The Music Man, c'est son côté tous publics. En ce qui me concerne, ça n'a pas été un soucis. En ce moment je suis fatiguée, j'ai découvert ce film un soir où je n'avais fait que 12h de boulot dans ma journée, c'était parfait. C'était amusant, j'ai battu des mains pendant 2h12 (eh oui, 2h12 les enfants, rien que ça), et ensuite je me suis endormie en souriant un peu, c'était déjà pas mal, je n'en demandais guère plus. Mais a contrario des quelques comédies musicales dont j'ai déjà pu vous parler depuis que cette semaine thématique a commencé, The Music Man n'apporte pas grand'chose qui aille au-delà du simple plaisir immédiat. Plaisir de voir Kristin Chenoweth s'ébattre musicalement dans un rôle qui semble être fait pour elle, certes, plaisir de découvrir en Matthew Broderick un petit gars plutôt sympa, aussi, plaisir de regarder un film plein de chansons et de malice... oui mais après ? Après rien. On n'a pas de sujet de réflexion ni d'émerveillement, comme peuvent l'être respectivement West Side Story ou Cats. L'émotion est elle aussi assez basique, l'arnaque, l'histoire d'amuuuur, les intrigues en ville... on ne se sent pas tellement sollicité, en fait.
Je pense que si The Music Man a une telle réputation de classique de la comédie musicale, ce n'est pas pour ses qualités intrinsèques mais probablement aussi en grande partie parce que les chansons se sont incrustées dans la culture américaine, et qu'elle utilise des éléments typiquement américains. Les étrangers n'ont à mon avis qu'assez peu de chances d'y trouver là une révélation. En même temps, c'est aussi à ça que servent les comédies musicales, et j'insiste, je n'ai pas perdu mon temps. Simplement, la hiérarchie s'impose d'elle-même.

Posté par ladyteruki à 23:54 - Comme au cinéma - Permalien [#]

16-11-09

Dans l'oeil de l'espion

Il y a plus d'une semaine, j'ai eu la bonne idée de me lancer dans la découverte d'une série coréenne dont j'avais entendu grand bien. C'est un cercle vertueux typiquement téléphagique : on tente un type de séries, et comme la tentative est fructueuse, on en tente plus encore... Et en l'occurrence, après Over the Rainbow, je me disais que vu le nombre de références à la série IRIS sur les divers site de cagoulage de dorama, je ferai bien d'y jeter un œil.
Grand bien m'a pris. Une fois de plus.

Assez proche, dans l'esprit, des meilleurs épisodes d'ALIAS, IRIS propose un univers sombre, complexe, et sans complaisance de l'espionnage. Même s'il faut pour cela jouer avec la narration et perdre le spectateur sur les premières longueurs, exigeant de lui les qualités d'un marathonien au lieu de miser sur une efficacité immédiate. Et c'est tout à l'honneur de cette série qui semble résolue à tomber le moins possible dans la facilité.

DanslIRIS

Tout commence avec une mission assignée au héros, Kim Hyun Joon, et excusez du peu, il s'agit simplement de perpétrer un assassinat politique qui permettrait à la Corée du Nord et la Corée du Sud de se réunir. Ça fait un peu beaucoup même pour un homme aux épaules si carrées. En soi, l'exposé de la mission donne d'ailleurs une bonne mesure de l'intelligence de la série ; référence historique, placement de l'intrigue, cette séquence est déjà riche en enseignements sur ce qu'il y a à attendre de l'intelligence de la série. La mission se poursuit, et Hyun Joon atteint sa cible. La scène d'action qui s'en suit est réussie à son tour, avec ce qu'il faut de panique et de violence pour prendre IRIS très au sérieux sur ses intentions : il y aura du mouvement, mais pas de gratuité.

Ce qui m'a un peu perdue sur le moment, c'est que sans avertissement, sans rien, au bout de 12 minutes, Hyun Joon perd conscience et le spectateur se réveille sur un campus verdoyant, paradisiaque. Il faut un bon moment pour comprendre s'il y a eu flashback ou flashforward, mais l'histoire de ralentit pas pour si peu et les tribulations de Hyun Joon et son ami Jin Sa Woo se poursuivent. Si un inévitable élément féminin est introduit, c'est une fois de plus avec intelligence (et pas avec pour seule intention d'instaurer un triangle amoureux pour divertir l'audience féminine qui se serait aventurée devant IRIS), ce qui rend très passionnant ce nouveau chapitre de l'histoire, tout déroutant soit-il dans la chronologie du pilote.

Je vais tenter de m'arrêter là dans les spoilers, mais les dernières minutes de l'épisode s'avèrent plus convaincantes encore. Plus fortes. Plus violentes. Plus prometteuses quant à la suite des évènements. On ressort de cette heure de pilote à la fois essoré et impressionné.

Ah, quand les Coréens mettent des sous dans une production, ils ne le font pas à moitié ! Tourné dans je ne sais combien de pays et avec je ne sais combien de millions, IRIS tient ses promesses. C'est toute la différence entre une production pleine de sous, et une production pleine d'investissements. A chaque étape, casting, écriture, réalisation, tout est léché et vivant, intelligent et divertissant, sobre et époustouflant.

Des séries comme celles-là, on a envie de les présenter au monde entier. Si j'essaye de parler de dorama ces derniers temps dés que je le peux, c'est en sachant qu'une personne sur quinze ou vingt va vraiment lui donner sa chance. Mais dans le cas d'IRIS, on se dit qu'une diffusion en Occident serait plus que méritée. Et je suis certaine que ça marcherait, en plus, parce qu'il y a quelque chose d'universel dans IRIS, capable de sortir du marché local, efficace et sensé dans sa réalisation, pas du tout imperméable pour le spectateur qui n'est pas habitué aux productions asiatiques. C'est énervant, à la fin ! Quel gâchis ! Pourquoi on ne permet pas aux gens de découvrir des séries comme celle-là ! Je comprends que jamais des Kimi wa Pet ou 1 Rittoru no Namida ne pourront faire l'unanimité, mais quelque chose du calibre et de l'ambition d'IRIS...!

Bon, faites-moi plaisir, et faites-vous une faveur, ne laissez pas les diffuseurs occidentaux vous avoir ; donnez sa chance à IRIS. Satisfait ou remboursé. Je ne pense pas qu'on puisse être déçu.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche IRIS de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 06:36 - Dorama Chick - Permalien [#]

07-04-09

[DL] Dollhouse

Mes derniers posts Médicament générique n'étaient pas de première fraîcheur, je l'admets. Alors voici un générique autrement plus récent, et même, j'ai envie de dire qu'il est presque parfait : celui de Dollhouse.

Dollhouse
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

"Presque parfait" parce que, d'un part, esthétiquement il peut encore faire mieux, et d'autre part j'avoue que je ne raffole pas de l'idée qu'on ne voie que Dushku, qui ne m'a jamais vraiment été sympathique, et que sous cette forme, le générique m'évoque un peu trop ALIAS et la mise en valeur des multiples déguisements de Sidney, propres à susciter un intérêt pas très franc envers l'héroïne et camoufler le fait qu'on a aussi un scénario à offrir (du moins faut-il l'espérer, j'avoue que j'ai pas trop suivi en fait).
Bon, reste qu'on est dans la partie supérieure du panier, j'aime la musique, j'aime quand même assez bien ce qui s'en dégage et on pose très clairement la question de l'identité, ce qui donne une excellente présentation de la série finalement... et puis c'est toujours mieux qu'un générique "moderne" de 5 secondes genre The Mentalist.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Dollhouse de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 07:27 - Médicament générique - Permalien [#]

19-08-08

Rien à voir avec Barry Allen

J'ai souvent eu un problème avec les goûts téléphagiques de mon entourage. Par exemple, à l'époque où il n'y avait qu'une télé pour toute la maison, ma soeur aimait bien regarder Flash, Agence Acapulco, ou Los Angeles Heat. Mon premier copain était fondu de Sydney Fox (et Buffy, aussi, ce qui compense plus ou moins). Et ne parlons même pas de celui qui aimait avec passion Mutant X (précisément parce que c'était nul, en plus). En tant que téléphage, il est avéré que je ne sais pas m'entourer, c'est un fait. D'où mes efforts désespérés pour faire découvrir toujours plus de séries...
Je ne nie pas la qualité de ces séries (quoique...?), mais leur point commun, c'est d'être essentiellement des séries d'action.
Problème : l'adrénaline, ce n'est pas exactement ce que je recherche dans une série. Donc l'action, c'est bien mais ça me fait fuir s'il n'y a rien d'autre.
Or vous savez ce que c'est : parce que vous êtes "mordu de séries télé", on ne s'explique pas que vous fassiez la grimace quand on vous propose de regarder un épisode de l'une des séries sus-citées. Bah ouais, si vous aimez les séries, vous aimez toutes les séries, hein, c'est logique. Donc j'ai vomi tripes et boyaux devant un nombre d'épisodes assez conséquent de ces séries et quelques autres (par contre pour Pacific Blue, je confesse, c'était moi, mais j'étais alors jeune et bête, et j'ai un mot d'excuse : il y avait Marcos Ferraez au générique ; au début en tous cas).

Donc, depuis, je suis d'une prudence de Sioux quand une nouvelle série d'action pointe son nez. Traduisez par : je passe mon tour quasi-systématiquement. Et comme en ce moment, je n'ai personne pour m'en infliger, on va pas tenter le Diable non plus !
Mais d'un autre côté, vous savez aussi que je suis suffisamment sentimentale pour que, lorsqu'un acteur pour lequel j'ai beaucoup de sympathie se montre au générique d'une série, et que je viens à le savoir, je finis toujours, d'une façon ou d'une autre, et même si c'est avec des mois ou des années de retard, par aller jeter un oeil.
Je suis faible, c'est comme ça.

Aussi, après avoir tourné autour du pot une saine dose de temps (j'y vais, j'y vais pas, j'y cagoule, j'y cagoule pas... bon bah maintenant que c'est cagoulé, autant rentabiliser l'espace disque occupé !), j'ai fini par donner sa chance à Flashpoint.
Über-circonspecte, comme on s'en doute. Genre avec plein de vilains préjugés et tout en ayant un plan de secours du type "au pire, je ramène mon matériel et je me fais les ongles en attendant la fin de l'épisode". Ouais, comme je vous disais, les séries d'action, c'est vraiment pas ma tasse de thé, hein, je m'en cache pas...

Mais bon, reconnaissons au moins qu'outre son traitement léché (ah, ils ont des filtres et ils sont bien décidés à prouver qu'ils savent s'en servir), Flashpoint parvient à apporter un peu de nuance aux séries de pur muscle, notamment par sa façon de donner du relief aux évènements.
Comment ? En montrant l'avant et l'après. Soit les causes et les conséquences.
En tous cas c'est comme ça dans le pilote, et j'ai presqu'envie de me demander si ça se poursuivra ensuite (c'est juste que c'est pas du tout prévu dans mon planning téléphagique mais bon, si j'ai un créneau qui se libère, on verra).

Donc ce qui est intéressant dans le pilote de Flashpoint, en fait, c'est qu'il s'agit d'une équipe d'intervention, mais que l'intervention, dans le fond, on s'en bat l'oeil : ce qui importe, c'est pourquoi il y a besoin d'une intervention (le mec a pas décidé de prendre un otage parce qu'il n'y avait rien à la télé, non, il a ses raisons... pas forcément super étayées, mais ses raisons), et l'impact qu'aura cette intervention ensuite sur les protagonistes.

Et à ce titre je suis bien obligée de reconnaître que l'effet de choc est super bien retranscrit lorsque vient le dénouement de ladite intervention. Mélange de sensation de malaise, d'incompréhension et de tristesse (surtout qu'évidemment on était à ça de trouve une solution de négociation), bref, on subit le contrecoup des scènes d'action pure, et ça fonctionne quand même bien. Une excellente gestion des silences, notamment, fait beaucoup pour ces scènes où les dialogues vont à l'économie sans qu'on ait l'impression que le dialoguiste était parti en pause déjeuner, comme c'est souvent le cas.

Bref, c'était efficace.
Au-delà de ça, eh bien... l'intrigue est creuse (et faut pas compter sur des explications détaillées de l'affaire, mais bon en même temps on n'est pas vraiment dans une série policière non plus, c'est pas leur job), les personnages sont assez lisses à l'exception du mec principal (ouais, lui là, le mec qu'on a pris parce qu'on pouvait pas avoir Bruce Willis, mais qui lui ressemble avec 30 kilos de moins...), bref on n'est pas non plus dans un contexte de révélation, mais globalement, ça se tient.

Et puis, oui, bon, d'accord, j'adore Colantoni, vous êtes contents ? Je craquais déjà pour lui quand il jouait les jeunes loups dans Voilà!, je craquais encore pour lui dans Veronica Mars, et là je craque encore, c'est ce que vous vouliez entendre ? Eh bah c'est dit ! C'est le genre de gars auquel je ne peux pas résister, petit sourire, regard qui pétille, un ptit air "guy next door", en un mot, le gars qu'on ne peut pas détester même si on essayait, et pour ma part je ne me donne même pas cette peine. Vous avez eu les aveux que vous vouliez ?

En un mot, Flashpoint, c'est clairement pas la série du siècle, ni même de l'année d'ailleurs, mais si, un jour, admettons, une chaîne française diffuse la série et que, par exemple, je tombe dessus... bah il se pourrait que je reste jusqu'à la fin de l'épisode sans sortir mon sac en papier.
Comme quoi dans la vie faut jamais se braquer.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Flashpoint de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 03:20 - Review vers le futur - Permalien [#]