ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

11 juin 2010

Total ellipse of the heart

Deux personnages se rencontrent. Ils sont dans un bar, un resto, un club, peu importe. D'abord, ils échangent quelques œillades, des sourires ; ils fendent la foule et se rapprochent. De toute évidence le courant passe. Ils entament la conversation, l'un allume peut-être la cigarette de l'autre qui, tirant une bouffée, ne laisse aucune ambiguïté quant à son attirance. Ils boivent un verre.
Scène suivante, sans transition. La porte d'un appartement s'ouvre violemment. Le couple, embrasé, tente de faire son chemin jusqu'au lit ou jusqu'au sofa (ce qui viendra en premier) sans desceller leurs lèvres, et en essayant de se déshabiller l'un l'autre. Leur désir est irrépressible, il les consume, rien ne pourra les empêcher de passer ensemble une nuit absolument torride.

Ok, maintenant, suis-je la seule à me demander ce qui s'est passé entre le bar et la porte d'entrée ?
Pourtant, la plupart du temps, cette scène est absente. Pour un peu, on pourrait même penser que la porte du bar donne directement sur la porte d'entrée de l'appartement.

Si on y réfléchit bien, deux minutes, à tête reposée... cette ellipse est ridicule. D'abord : pourquoi ne nous montrer le couple qu'une fois parvenu à l'appartement ? Leurs intentions semblent claires quel que soit le décor, non ?
Et puis surtout : que faut-il en conclure sur ce qui s'est passé entretemps ?

...Quand ce genre d'ellipse se produit, je ne peux pas m'empêcher d'imaginer la scène intermédiaire. Dans le taxi. Les deux personnages sont assis côte à côte. Peut-être qu'ils s'embrassent fougueusement et que le chauffeur leur jette des coups d'œil dans le rétro. Mais l'ellipse est si grotesque que je ne peux pas faire autrement que visualiser nos deux amants assis les mains sur les genoux, distants l'un de l'autre, regardant chacun de leur côté.
"Ah tiens, il n'y avait pas un Starbucks, là ?
- C'est un Appleby's maintenant.
- Ah, mais où est passé le Starbucks alors ?
- Il a déménagé à l'angle de la 28e.
- Oh... je vois.
- Bien bien bien...
- Et sinon, on fait moitié/moitié pour la course ?"
Rien que de penser à cette scène qui n'existe pas, le reste s'en trouve immédiatement discrédité...

C'est comme les disputes. Pourquoi, dans les séries, les personnages attendent toujours d'être rentrés à la maison, d'avoir fermé la porte et jeté les clés sur la table basse, pour que l'un d'entre eux dise : "Quoi ? Qu'est-ce qui va pas ?" et que la dispute éclate. Vous ne croyez pas qu'en revenant de l'endroit où a eu lieu l'incident d'origine, ils ont eu largement le temps de réaliser que l'un des deux est fumasse ? Est-ce que, dans la voiture mettons, tout le temps que l'un conduisait et l'autre regardait la route, ils ont mis leur discorde entre parenthèses ?
"Tiens, c'est le même sac à main que celui que je voulais offrir à ma mère...
- Où ça ?
- Ah bah, laisse tomber, elle a tourné dans l'autre rue.
- ...
- ...
- Il fait un drôle de bruit, le pot d'échappement, non ?"

Si ces ellipses se retrouvent si souvent dans les séries, films, téléfilms... c'est parce que de toute évidence, elles sont très pratiques. Si on laisse la scène dans le taxi ou la voiture, il faut la filmer dans un taxi ou une voiture, alors qu'on a un très joli décor d'appartement qui ne demande qu'à être utilisé pour pas un centime de plus.

Et puis, et c'est le plus important, cette scène répond à un cliché. Si les deux personnages se montent dessus à l'arrière du taxi, nous allons l'interpréter différemment ; s'ils s'envoient en l'air une fois arrivés à l'appartement (et ce même si ça semble totalement incohérent), ils sont dans la norme. L'ellipse permet d'aller directement au cliché de façon à pouvoir appuyer sur le fait que les deux amants vont passer la nuit ensemble ou pour montrer que la dispute a vraiment eu lieu.

Cab

Au lieu de refléter une situation réelle puisque concrètement, les personnages ont forcément dû faire le trajet entre le bar et l'appartement et n'ont pas attendu d'être arrivés pour avoir envie l'un de l'autre (c'est au contraire la conséquence de leur attirance), l'ellipse devient obligatoire alors qu'elle est absurde. Si elle disparait, le sens des évènements change.

Évidemment, il y a des ellipses nécessaires, et je ne ferai pas partie de ceux qui reprochent à Jack Bauer de ne pas aller soulager sa vessie aussi souvent que ce que son urologue recommanderait.

Mais le non-dit de l'ellipse, la ou les scènes qui manquent d'un point de vue objectif, le moment qui dans la vraie vie ne pourrait pas être simplement occulté, en dit au moins autant que les scènes qu'on voit sur les clichés utilisés par la fiction qui en use, et parfois abuse.

Par voie de conséquence, l'ellipse formate notre vision d'un évènement donné. Si la scène s'arrête dans le bar, on ne se sentira même pas sûrs qu'ils aient concrétisé. On nous habitue à demander une explicitation codifiée de la situation et de l'enchaînement de scènes au cours desquelles elle se développe, dans un cadre ne laissant aucune ambiguïté planer sur la suite des opérations. On devient, en quelque sorte, intellectuellement accro à ces ellipses et ces lieux communs. C'est leur absence ou leur modification qui relève du revirement de situation, un comble...

Tout le monde ne peut pas faire une série en temps réel, évidemment ; mais la manière de gérer l'ellipse est, en fin de compte, un assez bon indice sur la façon dont les scénaristes d'une fiction donnée considèrent l'intelligence de leurs spectateurs.

Pour faire le test, la prochaine fois, essayez d'imaginer ce qui se passe entre deux scènes... et bienvenue dans mon monde, où tant de scènes deviennent risibles.

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06 avril 2010

BFF

En regardant Harold & Maude il y a quelques jours (vous ne trouverez pas ce film dans le pourtant toujours actif Secret Diary of a Cinephile parce que je l'avais déjà vu), je me faisais la réflexion que, dans les fictions, il était quand même assez rare que deux personnages n'ayant pas grand'chose en commun soient amis.
Ou plutôt : c'est devenu assez rare.

J'ai souvenir de quantité de séries reposant sur le concept de "personnages-que-tout-oppose-mais-qui-sont-quand-même-amis", Amicalement Votre étant l'exemple qui tombe sous le sens, et son générique servant même de tutorial aux scénaristes qui ne sauraient s'y prendre. Mais avec le temps, il y en a eu de moins en moins, des séries comme ça, après que tant de séries des décennies 80 et 90 aient tant misé sur ce thème.
Nan mais de toutes façons je ne pensais même pas vraiment au buddies, mais vraiment à des amitiés fortes et profondes, où l'on fait plus que vivre des aventures côte à côte ; des amitiés où l'on se livre, où l'on partage, où l'on parle autant que l'on écoute, où l'on se blesse aussi parfois. La différence entre le bon copain et l'ami, quoi !

Parmi les amitiés sincères qui me viennent à l'esprit, Carrie et Miranda dans Sex & the City, par exemple. Oh, bien-sûr, elles n'ont pas le même tempérament, ça va de soi. Mais ce sont toutes les deux des new-yorkaises du même âge, célibataires, au niveau de vie élevé, et sortant très régulièrement dans des bars et des clubs. Leur style de vie est finalement exactement le même si on omet la période post-naissance de Brady. Avant ça, sur l'essentiel les concernant, c'est-à-dire les choses superficielles puisque ce sont deux femmes superficielles, elles ont tout en commun.

BFF

Ou alors, prenez Jackie et Eleanor dans Nurse Jackie. Là c'est l'inverse : elles ont un style de vie certes différent, mais outre leur tranche d'âge et le fait qu'elles travaillent au même endroit (ce qui n'est quand même pas rien comme point commun), elles partagent de toute évidence exactement la même vision des choses, et notamment les mêmes valeurs morales. On peut dire qu'elles se sont trouvées, ces deux-là ! On n'imaginerait pas Jackie se confiant avec la même aisance à Zoey qu'au Dr O'Hara, ça tombe sous le sens, et la meilleure preuve c'est que ce n'est pas le cas. D'ailleurs son amitié avec Momo et maintenant Thor ne fonctionne pas sur le même mode, Momo ayant appris assez tard la situation amoureuse de Jackie. Sur l'essentiel les concernant, c'est-à-dire plutôt les valeurs morales et le besoin de n'être pas jugées, elles ont tout en commun.

Des gens qui ont donc beaucoup plus en commun qu'ils n'ont de différences.

Pourtant, si vous me permettez un instant de babillage personnel, dans ma vraie vie, celle que j'ai quand je ne relis pas un post après avoir travaillé jusqu'à 21h30, pourtant donc, mes amis véritables sont très, très différents de moi. L'un des amis auxquels je sais pouvoir tout dire est beaucoup plus jeune que moi, ne travaille pas encore, est loin d'avoir la même mentalité et a un style de vie franchement éloigné du mien. Une autre a, pour le coup, quelques décennies de plus que moi et si, professionnellement, nous avons des choses en commun, sur la mentalité, les valeurs morales et le style de vie, c'est le jour et la nuit. Et je crois bien que je les compte parmi mes amis justement grâce à ça.
Je ne voudrais pas d'une autre moi-même pour amie. C'est de la triche ! Je sais déjà ce que je pense, je n'ai pas besoin d'une autre moi-même pour me donner raison en permanence !

Ce que je veux dire, c'est que j'ai l'impression d'un resserrement de la cellule privée chez les personnages de séries. Comme si avant, tout le monde pouvait être ami avec tout le monde et se livrer à des gens n'ayant rien en commun, par exemple parce qu'on prend sa mousse tous les soirs dans le même bar (je pense par exemple à Cheers), et qu'en revanche aujourd'hui, on ne montrait que des personnages qui restent entre soi.

L'autre est progressivement éliminé de l'horizon personnel. Ou alors c'est un ami de façade, comme Christan Troy et Sean McNamara dans Nip/Tuck, qui sont partenaires au travail mais qui, concrètement, dans la vie, n'ont d'amis que le nom. C'est bien simple, ces deux mecs passent le plus clair de leur temps en opposition (souvent violente), que ce soit sur la gestion de leur cabinet médical ou sur le plan de la vie privée (pour les deux saisons que j'ai regardées en tous cas, ptet qu'ensuite ils font enfin la paix). Il y a toujours quelque chose qui les sépare, qui casse leur soi-disant lien d'amitié dont on ne voit jamais la couleur : la femme de l'un, le fils de l'autre, la maîtresse des deux... Ces deux types sont-ils amis ? Uniquement pour les besoins du scénario, pour augmenter l'enjeu de leurs querelles, mais dans les fais, pas vraiment...

Ah et en parlant de mecs, pourquoi les Men of a Certain Age ne peuvent-ils partager leur ressenti qu'entre eux ? Je les adore, mais sérieusement, à quoi ça rime ce petit clan ? Bien-sûr il y a le fait qu'ils se connaissent depuis toujours. Mais cela traduit aussi une démarche bien curieuse de se refermer sur ce qu'on connait déjà... sur ce qu'on a toujours connu. C'est peut-être rassurant mais ce n'est franchement pas un comportement très ouvert à l'autre. Ils ont des problèmes de cinquantenaires ? Et alors, les femmes aussi. Il y a des femmes qui aiment la randonnées, aussi, d'ailleurs. Pourquoi dans Men of a Certain Age, les femmes sont-elles l'autre, pourquoi n'ont-ils pas une vieille amie de lycée qui aurait ses propres problèmes au lieu d'en être la source ?

On se retrouve entre soi, on cherche l'approbation de ses pairs, surtout pas trop de remise en question ! On ne va quand même pas se mettre à tester sa tolérance à la différence, non plus ?

Je comprends bien que chaque personnage d'une série correspond à une partie du public qu'il vise, et qu'on ne cherche pas à faire du TFHein qui plairait à toutes les générations. Mais entre nous soit dit, Sex & the City n'aurait pas connu une telle popularité si seules les new-yorkaises de 35 ans avaient regardé la série...

Des gens très différents existent, et trouvent le moyen d'être amis. Des gens très différents existent, et trouvent le moyen d'aimer la même série.
Et des fois, ils font les deux en même temps, et regardent une même série entre amis. Alors ?

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27 mars 2010

Meet the press

Qu'implique sur l'état de notre société ce recours au tout-policier dans les séries ? En quoi témoigne-t-il d'un changement de mentalité ? Les comparaisons (inévitables) entre les deux versions de V m'ont conduite à quelques menues réflexions...
Et ce que la série V (New Gen) dit sur les policiers, elle le dit aussi sur une autre profession : les journalistes.

Parce que, voilà : on constate deux choses quant à l'identité des personnages lors du passage de l'une à l'autre série :
- d'une part, le personnage qui est journaliste a glissé d'un camps à un autre
- d'autre part, l'apparition d'un personnage qui est un agent du FBI

Il n'y avait pas, au casting de la première série, de personnage de premier plan qui appartienne à une profession policière, et je pense que s'il en avait été un, sa position aurait été radicalement différente.

Le policier, représentant par essence de l'État (à plus forte raison à la télévision américaine), aurait été dans la première série l'un des symboles de la collaboration, qu'elle soit voulue ou non. Ceux qui avaient le pouvoir de refuser l'occupation lézarde, dans V, c'étaient un journaliste (deux au début, même) et une scientifique, mais aussi un mercenaire, le fils rebelle d'un politicien... des personnages qui étaient, avant même les évènements, des électrons libres, affranchis de l'attrait du pouvoir ou du confort. Mike Donovan était d'ailleurs non seulement journaliste, mais surtout reporter de guerre ; une position impliquant un certain recul.

Dans V, la vérité appartenait aux outsiders qui, sortis du système, étaient les seuls dotés d'un regard d'ensemble sur la situation découlant de l'arrivée des Visiteurs.

Mais dans V (New Gen), regardons un peu qui sont les piliers de la Résistance (ou ce qui, après 4 épisodes, tient lieu de). Un agent du FBI, un pasteur, un business man et un paranoïaque vraisemblablement marginal. Ici, le seul personnage qu'on pourrait qualifier d'outsider, Georgie, est instable, limite dangereux. Les 3 autres ? Ils sont "infiltrés" dans les institutions religieuses, policières et financières (puisque notre Willie 2009, au lieu d'être un attachant benêt, est devenu un golden boy musclé).
La vérité a basculé dans le camps des autorités.

Oh, bien-sûr, le FBI (et, on l'imagine au vu de quelques éléments distillés, l'Église) n'est pas le creuset de de la Résistance, ce serait trop facile. Il ne s'agit pas de dire que les flics sont forcément les "gentils" dans notre affaire, évidemment. On y trouve autant de Visiteurs infiltrés que de bureaucrates rigides. J'ai pas dit que c'était le Club Med, non plus ! Mais la vérité est dans le camps des institutions officielles et officieuses du pays, seuls les personnages ayant un certain nombre d'accréditations sociales ont la possibilité d'y accéder.

Et comme un rapprochement entre le nouveau V et le 11 Septembre est inévitable, force est d'admettre que lorsqu'on pense "vérité", on revoit George W Bush expliquant devant un parterre de journalistes comment "on" va trouver les responsables des attentats. C'était qui, ce "on" ? Vous ? Moi ? Un toiletteur pour chiens ? Non, "on", c'est l'État.

Alors dans tout ça, où est passé notre journaliste, aujourd'hui ? Il est devenu un présentateur propre sur lui, au costume sur mesure, assis sur ses fesses dans un joli studio ou très en sécurité parmi une foule d'autres journalistes peu aventureux. Et surtout, il est plus facilement influençable : il commence par être galant, ensuite il se fait carrément acheter pour aider la propagande lézarde, après quoi au lieu de se dire que, ah tiens, z'ont pas l'air si sympas que ça nos nouveaux copains, ce qui l'aurait fait sans nul doute passer dans la Résistance, il préfère la jouer perso et dirige ses actions non en fonction de la vérité, mais selon ce que cela peut apporter à ses intérêts personnels.
Voilà le peu de crédit que V (New Gen) accorde à la liberté de la presse et de l'indépendance des journalistes...

Journalists

La recherche de la vérité et la lutte contre le Mal n'appartiennent plus à des intellectuels indépendants, mais désormais à ceux qui se sont fait une place dans les institutions du pays.

On a accusé V (New Gen) d'être une critique détournée de la présidence d'Obama. Je ne sais pas si c'est vrai, et si ça l'est, j'ignore si c'est conscient ; mais en tous cas, la symbolique du glissement des responsabilités du personnage-journaliste, et de l'apparition du personnage-flic, dénotent bien d'un changement de mentalité.
C'était quoi, ce frisson dans ma colonne vertébrale...?

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (auquel cas, ce post peut vous aider) : la fiche V (New Gen) de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 09:29 - Série de valeurs - Commentaires [1] - Permalien [#]

08 février 2010

Money changes everything

Imaginez le tableau.
Une industrie par définition contrôlée par l'argent (ce qui explique l'annulation de très bonnes séries considérées comme pas assez rentables, la déclinaison à l'envi de concepts particulièrement faciles à vendre à tour de bras, etc.), mettons... tiens, on va prendre comme exemple la télévision, complètement au hasard. Cette industrie est en grande partie basée dans un pays dont les valeurs tournent elles aussi majoritairement autour de la notion d'argent, disons... bon, on va dire les États-Unis. Et cette même industrie, dans ce même pays, brosse un portrait quasi-systématiquement négatif de la richesse.
Ça ne vous choque pas un peu ? Moi, si, quand même.

Ce weekend j'ai rattrapé un peu de retard de lecture. Notamment, j'ai regardé les deuxième et troisième épisodes de Life Unexpected. Et pour la 712e fois, je me suis fait cette réflexion. C'était la fois de trop.
Je vous refais la scène (ce qui veut dire que ce paragraphe ne sera pas dénué de spoilers, passez au suivant sans faire plus de manières plutôt que de venir râler en commentaires). Nate et Cate ont une fille, Lux, 16 ans, qui vient de réapparaitre dans leurs vies ; vient un moment où il faut bien mettre les grands-parents au courant. Le père de Nate, qui paie le loyer du bar qu'il a lancé, lui intime l'ordre de lui présenter Lux... et si Nate refuse, c'est bien simple, papa reprend le bar. Un bon petit chantage à la Gilmore Girls comme on les aime : "si je ne suis pas inclus(e) dans ta vie privée, ta vie financière va devenir très compliquée".

Alors voici ma question : pourquoi, mais pourquoi, dés qu'un personnage a de l'argent dans une série, il faut qu'il s'en serve pour effectuer des pressions sur les autres ? On ne va pas parler de Dirty Sexy Money, ce serait trop facile, non, je parle simplement de séries qui baignent dans une ambiance où on ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit, mais où soudain, les personnages qui ont de l'argent dévoilent une facette peu glorieuse de leur personnalité (et peu ou pas du tout d'autre facette, d'ailleurs). Parce que quand tu as de l'argent, tu es FORCEMENT pourri. Ca fait partie de la panoplie.

Maintenant, si je regardais des séries russes ou chinoises, je vous dirais que ça se comprend. Mais on parle de séries américaines, créées dans un certain contexte culturel. Et je dois dire que ça m'impressionne, ce portrait du riche forcément corrompu par son porte-feuille. Dans le genre cliché...

MoneyChangesEverything

La réponse tient peut-être non pas à ceux qui font la série, mais ceux qui la regardent. Je fais une série sur des riches, il y a des chances que je m'en mette moi-même plein les fouilles, mais mon public de base reste quand même le télambda qui gagne sa vie quelques centaines de dollars à la fois, avec ce qu'il faut de crédits et de fins de mois un peu justes voire carrément difficiles. Et quand on n'a pas beaucoup d'argent, on n'a pas envie de s'entendre dire que ceux qui en ont sont des personnes bien. Il faut un certaine justice, en ce bas monde, et savoir qu'une personne qui est pleine aux as n'est pas une personne recommandable, ça rétablit un peu l'équilibre cosmique.

Alors, comme on est aux Etats-Unis, d'accord, tout protagoniste riche n'est pas nécessairement malhonnête, mais au minimum, il est nécessaire qu'il ne soit pas "gentil". Le méchant est désigné, c'est celui qui a plein de sous et peut exercer son petit pouvoir sur de moins fortunés (c'est le cas de le dire), et qui n'est pas trop gêné aux entournures par sa conscience.

La cause et la conséquence sont les mêmes : plus de séries sur la middle class (ou parfois, middle class améliorée, cf. l'intro de mon post sur le pilote de Modern Family). Il y en a toujours eu, mais dans des proportions variables et, étrangement, chaque vague de séries de ce genre correspond à une réalité économique. La preuve par l'exemple avec Roseanne (ô merveille, le pilote est encore à portée de clic) qui commençait très exactement un an, le temps de développer la série en somme, après le lundi noir du 19 octobre 1987. Ce qui, si je me souviens de façon à peu près décente de mes cours au lycée, a été suivi par une envolée des taux d'intérêt pour les Américains. Ne cherchez pas plus loin sur quoi repose la série...

Donc, l'argent, ça corrompt. Pas au sens politique du terme, mais au sens moral (c'est pire). Il suffit de voir sur quoi est basée la promo de séries comme Gossip Girl : des jeunes qui ont de l'argent, et qui ont perdu leurs repères moraux (et c'est ça qui est bon, ajouteront les fans, et grand bien leur fasse).

Quand une profession s'aventure chez les riches, par le biais d'un personnage pas forcément riche lui-même, c'est pour souligner à quel point ils sont oisifs, déconnectés de la réalité, ou incroyablement insensibles (Privileged ou Royal Pains étant des exemples flagrants de ce thème, avec un syndrome Mary Poppins totalement assumé, c'est celui qui ne paye pas de mine qui va apprendre aux riches comment être heureux).
Beaucoup de séries jouent sur cette idée, notamment les diverses et mille fois trop nombreuses séries policières comme Les Experts Bichkek, Achgabat et Tachkent, ou bien les Law & Order. Autant d'excuses pour aller fouiller dans les poubelles des gens riches (les Law & Order ne sortent de Manhattan que s'il n'y a pas le choix de faire autrement) et sortir leurs sales petits secrets aux yeux de tous. J'irai même jusqu'à dire que la violence dans les séries se joue de deux façons différentes selon le public qu'elle frappe : les pauvres la subissent (conditions économiques, contexte social, etc... genre The Wire), les riches la provoquent par un quelconque vice (cupidité, luxure, etc...). Inutile de dire que le riche, quand il se fait buter dans son salon, il ne fait pas trop pleurer dans les chaumières ; ce qui tombe bien car ces séries reposent essentiellement sur le fait de résoudre intellectuellement une enquête, en évitant le plus possible de s'impliquer émotionnellement (ce qui compte c'est le comment, et non le pourquoi). Donc comme on ne peut pas compatir avec le riche, puisqu'il est riche, tout va bien, l'honneur est sauf.

De toutes façons, dés qu'un type un peu trop blindé se pique d'aller faire le bien quelque part, les spectateurs et même les autres protagonistes le regardent avec scepticisme. Le sort de The Philantropist me semble parlant à cet égard ; il n'y avait pas grand monde pour y croire, ni devant l'écran, ni dedans. Tu as de l'argent ? Tes intentions sont forcément peu nobles (ici, on s'était arrangé pour que le background du personnage jette un peu de discrédit sur ses raisons de se lancer dans un tel projet).

Non, décemment, le riche ne peut pas être vainqueur sur un plan moral. Il n'a pas le droit.
Il a déjà de l'argent, on peut pas tout avoir, merde !

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12 janvier 2010

L'art de la guerre

"Tu veux savoir ce qui s'passe (et c'est arrivé à toutes les femmes, à pratiquement chacune d'entre nous) : on commence à sortir avec vous, vous nous dites qu'on est fantastique, et fabuleuse, on pense que c'est sérieux, vous nous laissez penser que c'est sérieux, alors on y croit, on dit à tout l'monde "oui, c'est vraiment sérieux" ! Et après... après les coups d'fil se font plus rares. Vous savez c'que c'est d'être assise là à attendre que le téléphone sonne ? Vous n'vous douchez plus, pour ne pas être en plein orgasme si le téléphone sonne, vous n'mangez plus, vous n'pouvez pas avoir la bouche pleine en décrochant le téléphone, vous décrochez le combiné de temps à autres, pour être sûre qu'il fonctionne bien, après vous l'reposez, et après, quand vous recommencez, c'est là qu'il appelle et que ça sonne occupé ! Et vous faites ça... des semaines, jusqu'au jour où finalement... vous sentez si mauvais... et vous êtes si maigre, que vous comprenez... que vous avez été plaquée... Et vous n'savez pas du tout pourquoi, vous, vous pensiez que c'était sérieux ! Et des années après, cinq, dix, vingt ans, vous y pensez toujours en vous demandant POURQUOI... il ne vous a pas rappelée, et si c'est vraiment à cause de vous qu'il ne vous a jamais rappelée, et vous n'le saurez jamais, non ça jamais ! Sur leur lit de mort, vous croyez qu'les femmes s'apprêtent à mourir en paix, mais non ! Elles sont raccordées de partout à des dizaines de tubes en se demandant c'qu'elles ont fait, et pourquoi vous n'avez pas rappelé, voilà c'qui s'passe sale pourri !"
Trois hommes sur le green, une série méconnue qui a pourtant su offrir quelques perles...

J'ai toujours ce dialogue dans un coin de ma tête au moment d'une rupture. Pas parce que ça se passe forcément comme ça (quoique, hein les filles, ça nous est vraiment arrivé à toutes au moins une fois...), mais parce qu'il semblerait parfois que les places respectives de l'homme et de la femme soient codifiées à l'extrême dans la plupart des séries, notamment en cas d'interaction.
C'est Sex & the City qui, sans être la première série à le faire, ni forcément la meilleure pour le faire, a popularisé les interrogations explicites sur le rôle que chacun joue dans chaque relation. Et il est étrange de constater que c'est toujours le même. Non, pas pas étrange : communément admis.

TheSexes

Quand j'avais une quinzaine d'années, je ne sortais pas (mon éducation étant ce qu'elle était), et j'essayais de me projeter dans l'avenir et d'imaginer ce qu'était l'âge adulte, et plus particulièrement ce qu'était la vie amoureuse d'un adulte. Je me tournais vers la télé pour trouver des idées, pour imaginer ce qu'était la vie des autres, "dehors", et je voyais des personnages comme ceux de Friends ou Ally McBeal, et les choses étaient également très codifiées sitôt qu'on parlait de relations amoureuses.
Il y avait la première sortie, avec un premier baiser sur le perron si le dîner s'était bien passé, il y avait la seconde, plus mitigée souvent, parce que porteuse de méfiance et d'espoir, et puis, surtout, il y avait la troisième, et c'était là qu'on savait si les choses prenaient tel ou tel chemin. Au bout d'une période de temps convenable, on présentait l'autre à ses amis et/ou à ses parents, on allait rencontrer les siens, et on pouvait admettre que les choses étaient "sérieuses".

Tout un tas de codes que finalement, étant une adolescente impressionnable et (par la force des choses) réservée, j'avais intégrés au prétexte que, si la série trouve son public, c'est qu'elle a nécessairement une certaine résonance sur le mode de vie de ses spectateurs. Ce n'est quand même pas de la science-fiction. Les "dates" existent.
Et pourtant, de vous à moi, ma vie amoureuse ne s'est jamais déroulée comme cela. Je ne me suis jamais demandé s'il allait m'appeler, ou si je passais pour une fille trop collante si je l'appelais en premier, ou si cela faisait trois soirs et qu'il s'attendait donc à quelque chose, ou si au second soir je ne passais pas pour une fille facile, ou rien de ce genre. Et si je reconnais bien volontiers que ma vie amoureuse s'est montrée assez atypique, dans son genre, je refuse néanmoins de croire que je sois la seule à ne pas me reconnaître dans ce système guindé où il y a des règles du jeu soit à respecter, soit à transgresser.

Mais la télévision continue de les populariser. Il y a quelques semaines, on m'a convaincue de regarder un épisode de How I met your mother (et je me suis laissée convaincre à cause de Joanna Garcia) et il s'est avéré que les choses n'avaient pas vraiment changé depuis un peu plus de 10 ans que j'avais commencé à les observer à la télévision. On tient pour acquis qu'il faut faire certaines choses après une rupture, ou pour trouver quelqu'un, ou pour approcher quelqu'un... Alors qu'il y a autant de façons que de couples !

Bien-sûr, poser l'existence de tels codes permet de les transgresser, notamment à des fins comiques (il ne vous aura pas échappé que la plupart des séries citées sont des comédies ou, au pire, des comédies dramatiques), mais globalement, est-ce que ces codes ne finissent pas par transpirer sur la société ? Est-ce qu'on ne rencontre des prétendants potentiels que dans les bars ? Bien-sûr que non. Mais c'est quand même comme ça qu'on nous fait croire que la plupart des rencontres se font. Et cette règle des trois rendez-vous, sérieusement, vous la gardez toujours en tête au commencement d'une relation ? Moi pas, je me laisse porter, parfois ça prend beaucoup plus de temps, parfois moins, ça dépend de plein de facteurs qui dépassent largement la frigidité des règles édictées par ces fictions (et les autres).

D'ailleurs les scénaristes ont-ils inventé ces fameux codes de la relation amoureuse ? Je n'en suis pas sûre. J'ai l'impression que ça vient d'un autre média, de la presse (féminine par exemple). A mes yeux la meilleure preuve, ce sont les séries dirigées vers un public masculin, et là on se rend compte que la gamme des expériences, des possibilités de rencontre, des possibilités d'évolution de la relation, est bien plus diversifiée. Un exemple récent serait Men of a Certain Age, disons.
Les séries comme une version moderne du conte de fées qui emprisonne la population féminine dans une vision étriquée des relations homme/femme ? Je ne suis pas loin de le penser.

De toutes les valeurs véhiculées par les séries télé, la rigidité du fonctionnement des relations amoureuses est celle qui, en ce moment, me frappe et m'irrite le plus.

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27 octobre 2009

Nécrophage téléphage

Je lance une hadopienne cagoule et réduis la fenêtre ; mon fond d'écran s'affiche alors. J'aime beaucoup mon fond d'écran, la meilleure preuve c'est que je l'ai depuis plusieurs mois alors que d'ordinaire je suis plutôt versatile de ce côté-là. Vous savez ce que c'est avec les fonds d'écran : on le choisit parce qu'on aime sa combinaison de facteurs positifs (ce qu'il représente, sa mise en images, son aspect fonctionnel s'il y a lieu), et passée la lune de miel de quelques jours, on n'y prête plus vraiment attention. Mais je devais être fatiguée parce que mon regard s'est attardé sur mon fond d'écran pendant plusieurs minutes. Et j'ai ressenti cette impression un peu geek qui ressemble à une petite voix murmurant "ouais, il est bien ce fond d'écran". J'aimais vraiment bien cette image sur le coup. Et puis, comme si mon cerveau s'éveillait de sa rêverie, je me suis dit que cette image n'existait plus à l'heure où je la regardais. Le décor a sans douté été démonté depuis belle lurette, par exemple. La personne a probablement enduré des changements de looks depuis, ou tout simplement a deux ans de plus. En fait, cette image n'existait que pour moi, en cet instant, et plus du tout pour le reste du monde. Et surtout pas pour ce qui y figure.
C'est là que ça m'a frappée.

Quand on regarde une série, on regarde toujours des images mortes. Comme l'éclat d'une étoile lointaine. On la voit alors qu'elle n'existe plus. Tout le principe d'une série est de regarder non seulement une fiction, mais en plus des images qui n'ont plus de réalité. Quand je regarde un épisode de Three's Company, je regarde une histoire qui ne s'est pas déroulée, des personnages qui n'existent pas, mais aussi un décor qui est tombé, un acteur qui a disparu, des actrices qui ont vieilli.

Le téléphage a-t-il l'âme d'un nécrophage ? Au, au mieux, d'un nostalgique s'absorbant dans des images qui, quand elle lui parviennent, ont forcément déjà pris de l'âge ?

Ce même téléphage entretient un étrange rapport au temps ; il découpe son monde en saisons (avec la saison normale d'une part, et la saison estivale d'autre part), il compte non en années mais en saisons (ce qui dans des cas comme par exemple 24 fausse le calcul), il est capable de faire un bond dans le temps pour suivre les procédés "d'avance rapide" (comme pour Desperate Housewives ou One Tree Hill), il s'attèle chaque semaine à la découverte d'un nouvel épisode, il attend la résolution d'une enquête en 45 minutes, mais aussi, nos lisons des sites qui tous sans exception datent les séries et les épisodes que nous regardons.
En fait, j'ai l'impression que cette façon de se donner des repères temporels comme ceux-ci est de nature à essayer d'organiser le chaos du temps télévisuel. D'ailleurs le simple fait de dater une série est une tentative désespérée et vaine de vouloir marquer le calendrier d'un jalon imaginaire.

Récemment, en lien avec ma participation au sein de SeriesLive, je me suis posée la question : comment définit-on la date de création d'une série ? Lorsqu'elle est mise en chantier ? Ça semblerait logique. Lorsqu'on annonce sa naissance (ou en tous cas la commande de n épisodes) ? Lorsqu'elle parait pour la première fois sur les écrans ?
Il faut bien avouer que le téléphage même rôdé peut s'y perdre, et n'a pas forcément accès toutes ces informations. La date à laquelle le projet est mis en branle est par exemple totalement secrète : à moins de connaitre le scénariste par tel ou tel biais (il tient un blog, il a un compte twitter...), il est impossible de savoir qu'il a un projet. Et il peut se passer des années avant que le projet trouve enfin une chaîne qui accepte de lui donner de l'attention. Et il peut encore se passer des mois avant que la commande ne soit faite, et avant que le pilote ne se tourne, et avant que la série ne soit officiellement achetée, et avant qu'elle ne fasse ses débuts sur la grille. Mais nous aimons bien penser que nous savons de quand date une série. Ça nous rassure.
Et puis, nous autres, les téléphages internautes (mais en existe-t-il encore qui ne soient pas internautes ?), nous avons en plus le culte de l'immédiateté, propre à internet, qui nous hante : voir un épisode au plus vite, lire la news en temps quasi-réel, en discuter aussi vite que possible avec d'autres de notre espèce...

Notre rapport au temps est donc complètement erratique. C'est pire encore pour ceux d'entre nous qui, curieux, font des bonds télévisuels dans le temps pour aller regarder une série qui aurait été loupée au cours d'une saison passée.

Alors pendant que mon regard caressait cette image, sur mon écran, cette image si terriblement inexistante quelque part, je me suis dit que c'est un inconvénient que n'ont pas d'autres passionnés. On peut assister à un concert en direct, faire un sport en direct, jardiner en direct... ces activités ne se pratiquent même que de cette façon. Mais la téléphagie est résolument vouée à se vivre hors du temps.

C'est vraiment un sentiment étrange que de se dire que, quelle que soit la série qu'on regarde, on ne regarde que le vestige de ce qui a existé et disparu depuis. Ça me rend assez mélancolique, je dois le reconnaître.

Dummy

Posté par ladyteruki à 17:46 - Série de valeurs - Commentaires [2] - Permalien [#]

28 juillet 2009

Ah ! Célibat, célibat, célibat !

On va se livrer à une petite expérience, vous voulez bien ?
Pour cela, j'ai besoin que les célibataires parmi vous se rangent devant moi à gauche, et ceux dont le cœur n'est plus à prendre, devant moi à droite. Bien en rang les uns à côté des autres, sur deux lignes parallèles, d'accord ? Bien. Maintenant, les célibataires, vous allez vous baisser, ramasser des cailloux et les lancer sur ceux qui sont maqués. Vous avez vu ce qui vient de se passer ? Nous venons de prouver qu'il est possible de faire l'exact inverse de ce qui se passe dans les séries.
Car si le machisme en a quasiment disparu, si le racisme en a quasiment disparu, si l'homophobie en a quasiment disparu... le célibatophobisme y est encore omniprésent.

C'est bien simple, il ne se passe pas un épisode sans que tout personnage célibataire soit implicitement poussé à modifier sa condition. En fait, un célibataire heureux, dans les séries, ça n'existe tout simplement pas. C'est limite honteux.
Il lui faudra donc absolument chercher l'âme sœur, ou pire, sa moitié, puisqu'un célibataire est forcément incomplet. Et je ne parle pas que de la tribu de gonzesses de Sex & the City ou des esseulés d'Ally McBeal. Noooon, ces célibataires-là sont tellement clichés, dans leur recherche obstinée de l'amour, de vraies têtes chercheuses à rencart, que ça ne prouverait rien de tout de m'attaquer à eux. Penchons-nous plutôt sur les cas les plus critiques !

Dans Les Experts Caracas, Grissom tombe sous le charme de Lady Heather et de Sara, parce que sinon, un type qui partage sa vie entre mots croisés et insectes, ça fait trop pitié au spectateur. Le personnage masculin d'une série se doit de prouver sa virilité ! Non mais. Dans Monk, le coeur d'Adrian n'est plus à prendre, puisqu'il aime toujours son épouse, mais cela n'empêchera pas les scénaristes de lui filer dans les pattes des love interests potentiels à plusieurs reprises ; bah oui, les veufs aussi ça fait pitié. Pire ! Même dans A la Maison Blanche, il faut qu'il y ait des histoires d'amuuur et de coucheries, alors que tout le monde y bosse 24/7 (syndrome workaholic dont on parlait hier), parce qu'ils n'ont pas le temps de changer de chemise, mais ils ont le temps de s'offrir des aventures ! Les exemples sont nombreux, et tous conduisent inéluctablement à la même conclusion : à la télé, le célibataire est persona non grata.

Et quand il est nouvellement célibataire, il faut qu'il ait des circonstances atténuantes (veuf, largué par son conjoint). Comme ça ça fait plein d'histoires, un fond de commerce quasi-inépuisable d'histoires plus ou moins romanesques. Quand on ajoute à ça les cohortes de célibataires en sursit, on comprend qu'il est très, très rare de trouver un personnage célibataire et content de l'être.

D'ailleurs, pour bien montrer que le célibat, c'est la lose, la plupart des personnages dépeints comme des cœurs solitaires n'ont en général pas d'ami, c'est tout l'un ou tout l'autre ! Je ne sais pas s'il faut en conclure que, s'il avait des amis, le personnage se taperait l'un d'entre eux par facilité, ou si quelqu'un qui n'a pas de vie amoureuse est forcément asocial. J'ignore à ce sujet ce qui est le plus insultant, mais Friends tend à confirmer la première théorie, et House la seconde. On est cernés.
On veut nous pousser à nous maquer, comme si le célibat c'était la solitude, et qu'il soit urgent de se débarrasser de ce fardeau. On compte pourtant 101 millions d'américains non-mariés (source), que font donc les lobbys "pro-célibat heureux" ?

Eh bien moi je dis : ça suffit ! Ca va bien maintenant, ces conneries ! Qu'est-ce que c'est que cet ostracisme à la noix ? C'est quand même fou, ça : même quand ils ont cent fois mieux à faire, même quand la série est censée ne se préoccuper que de leur vie professionnelle, il faut que les personnages de séries se sentent obligés de ne pas rester seuls. Vu que quand ils le sont, ils ne peuvent pas être heureux de toutes façons. STOP ! Assez ! On veut des célibataires mais pas des gens seuls, on veut des célibataires bien dans leur peau. Ca existe pourtant dans la vraie vie, non ?
Si. Et j'en suis le radieux exemple. En fait c'est ptet bien parce que j'en ai assez que le reste de l'univers complote pour me flanquer d'un soupirant, que j'aimerais trouver dans les séries un peu de tranquilité...

Posté par ladyteruki à 21:21 - Série de valeurs - Commentaires [4] - Permalien [#]

27 juillet 2009

Work hard, party hard

Vous avez déjà remarqué combien les personnages de séries télé, à plus forte raison depuis que la mode des enquêtes de police de tous poils a commencé, sont carrément des workaholics ? Ces mecs-là, c'est tout juste s'ils ont une vie perso (ce qui permet d'avoir foison d'intrigues sur le mode "ton boulot passe avant ton conjoint/ton enfant/ta santé" etc...).
C'est à ça qu'on voit qu'ils sont des personnages américains, parce qu'en France, ce ne serait pas la même chanson... Oh, une fois de temps en temps, ils nous font une petite crise de rébellion, mais ça ne dure jamais et au final, nos héros américains sont des forcenés du travail, ils ne vivent que par et pour lui, le reste passe à la trappe ou doit s'en accommoder.

A quoi voit-on que la série
est américaine ?
 
Parce que si elle était française
ça donnerait ceci :
Nepasconfondre_CSIMiami_US
 
Nepasconfondre_CSIMiami_FR
Nepasconfondre_Urgences_US
 
Nepasconfondre_Urgences_FR
Nepasconfondre_GreysAnatomy_US
 
Nepasconfondre_GreysAnatomy_FR
Nepasconfondre_SVU_US
 
Nepasconfondre_SVU_FR
Nepasconfondre_NCIS_FR
 
Nepasconfondre_NCIS_US
Nepasconfondre_CriminalMinds_US
 
Nepasconfondre_CriminalMinds_FR
Nepasconfondre_Lost_US
 
Nepasconfondre_Lost_FR

Évidemment il y a toujours des variations possibles à partir de là, mais disons que grosso-modo, même en bossant 55 heures par jour, le personnage américain ne se plaint pas trop de ses conditions de travail, c'est tout juste s'il y pense. Si on lui donne les moyens financiers de bosser, il pipe pas un mot, le petit père.
C'est aussi pour ça que les séries policières sont toujours tellement chiantes, chez nous, et aussi qu'elles ont pendant si longtemps duré 1h30 : faut tenir compte des pauses syndicales. Ah, la France va mal, les enfants...

Posté par ladyteruki à 22:04 - Série de valeurs - Commentaires [1] - Permalien [#]

02 juillet 2009

Ouvre-moi ta porte

La raison d'être de cette catégorie a toujours été de me demander quelles valeurs les séries nous transmettaient par le biais de la fiction. La question sous-jacente, c'est ce qu'une série étrangère nous apporte sans le savoir sur une culture donnée. Un sujet qui m'a toujours intéressée : déjà lors de mon premier passage sur les forums de SeriesLive, j'avais créé un sujet sur les choses que nous avions ingérées via des fictions étrangères, et admises comme faisant partie de notre propre culture. De mémoire, on trouvait dans les réponses des comparaisons sur l'existence (ou non) de casiers en milieu scolaire dans plusieurs pays, ainsi qu'une interrogation similaire sur les bals de promo (et peut-être même une référence à Juliette, je t'aime mais je suis plus très sûre). J'ai quitté le lycée en 2000, et je n'avais connu ni l'un, ni l'autre de ces éléments de la vie lycéenne. A mon grand étonnement.

Parce qu'ils nous ressemblent physiquement, et parce que nous vivons dans un pays où l'on craint leur invasion culturelle en permanence, nous avons souvent l'impression de partager une même culture avec nos voisins d'outre-Atlantique. La fréquentation d'américains bien réels, et non fantasmés, nous permet de rendre conscience de notre erreur, mais tout le monde n'a pas cette chance. Du coup, lorsque nous sommes confrontés à un fossé culturel, au lieu d'en constater sagement l'existence , nous tentons de le traverser comme s'il n'existait pas. Et bien-sûr, nous chutons.
C'est à mon avis de ce type de malentendu que proviennent les remarques rageuses ou condescendantes à l'égard des séries et/ou épisodes un brin trop prosélytes à notre goût, comme 7 à la Maison ou plus près de nous, The Secret Life of the American Teenager. Nous avons tendance à oublier que la religion fait bien plus partie de leur culture que de la nôtre, et nous avons du mal à l'admettre, l'accepter, l'interpréter comme une marque d'exotisme. Les réactions épidermiques viennent de la déception : nous n'avons pas pu nous identifier à 100%. Ce devrait pourtant être évident.

Car la vérité vraie, c'est qu'avant tout, une fiction est écrite pour le territoire qui la voit naître. L'exportation ne tient qu'une place pécuniaire dans la démarche. Bien rares me semblent être les auteurs qui se disent "ah zut, ça va pas énerver les Français cette blague sur les gens qui ne se lavent jamais ?" ou "Je me demande si un Égyptien saisira ma référence à Waco".
Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. C'est quand même aussi ça qui fait l'intérêt d'une fiction made in ailleurs : plus qu'un divertissement, elles proposent entre autres de s'imaginer pendant 45 minutes assis sur un sofa de l'autre côté de l'océan. Une aventure forcément enrichissante.

Cette problématique apparait de façon plus flagrante avec des fictions non-occidentales.
Depuis quelques temps, je vous présente des séries nippones, par exemple. Et un peu plus souvent ces dernières semaines, merci d'avoir remarqué. Je sentais dans vos commentaires (mais je peux me tromper) à la fois de la curiosité et de l'appréhension. Et j'aurais tendance à trouver ces deux réactions toutes naturelles.
Alors, pour parvenir à faire 10km dans vos chaussures, j'ai regardé mon tout premier drama coréen il y a quelques jours : City Hall. Une série taiwannaise devrait arriver dans ces colonnes sous peu également, d'ailleurs. Je voulais en fait expérimenter ce qui m'a toujours semblé évident (certainement parce que j'ai commencée à être immergée tôt, à une époque où je n'avais ni l'idée ni les moyens d'aller vérifier le pays d'origine d'une série sur internet), à savoir aborder une autre culture par la popculture.

De la Corée, je ne sais rien ou quasiment. A contrario du Japon, je n'ai jamais spécialement tenté de m'instruire ni me documenter sur un aspect ou un autre du sujet. Et si, de temps à autres, j'écoute quelques chansons du cru, je ne vais jamais plus loin.
En-dehors de la langue en elle-même, je n'ai pourtant pas ressenti de jet lag. Ca ressemblait, en définitive, aux réactions de Scarlatiine devant sa toute première fiction japonaise : "ah, tiens, ils font comme ça, eux, ah bon, bien". Ce n'est donc pas si dur de regarder une communauté de personnages qui agissent selon des codes différents (c'est même souvent ce que s'escriment à faire les auteurs des séries de science-fiction, avec plus ou moins de succès ; une pensée d'ailleurs pour Alien Nation). Évidemment, il faut un peu de temps pour intégrer ces mêmes codes (plus qu'un pilote, de toute évidence), mais en-dehors de quelques variations, on se rend compte (et là, attention au choc) que ces personnages ne sont ni plus ni moins faciles à comprendre que n'importe quels autres.

Finalement, les codes et us sociaux sont purement cosmétiques. Il y a quelque chose d'universel dans ces fictions, qui fait qu'elles s'adressent aussi bien au spectateur local qu'à celui, éloigné mais curieux, qui leur donne leur chance. Il n'y a rien d'insurmontable.

Tout au plus, ce qui varie, de la fiction d'un pays à un autre, et croissant avec le nombre de kilomètres de distance, c'est plutôt la façon de faire des séries. Le ton, les moyens techniques et financiers, et le registre des acteurs, ont tendance à marquer beaucoup plus nettement le décalage horaire.
Au départ, une fiction japonaise donne l'apparence d'un travail un peu amateur. Or, plus on en regarde, plus on réalise que c'est surtout la marque d'un attachement aux détails, des choses du quotidien que bien des occidentaux ne goûtent même plus, des éléments relevant à la fois du détail et de l'évident.
Ces nuances sont peut-être les plus difficiles à affronter pour le néophyte. Mais elles sont du domaine du contenant, et non du contenu.

Pour moi, la meilleure preuve qu'on peut à la fois en apprendre sur une autre culture par la fiction, et s'y adapter sans problème, c'est par exemple le souvenir de mes camarades de Terminale qui voulaient organiser un bal de promo. Elles n'étaient même pas des téléphages nourries au sein nourricier de la fiction américaine. Mais de façon perméable, tout de même, elles en avaient intégré l'un des rites.

J'en arrive là où, en fait, j'ai toujours été : j'agite mon drapeau (violet) en faveur de la curiosité, et du droit d'y succomber sans encombre. J'ai regardé ma première fiction coréenne il y a moins d'une semaine, et j'admets avoir noté des différences qui ne me rendaient pas les situations parfaitement identifiables comme des références par rapport à mon propre vécu, mais désolée, ça ne m'a pas empêchée de regarder tout le pilote, et je n'en finis pas de me demander pourquoi, si moi, petite lady, je peux le faire, les patrons de chaîne ne pensent pas que d'autres pourraient le faire. Je suis pas plus ouverte sur le monde qu'un autre français. Vous savez, la France. Le pays de l'exception culturelle. Tellement exceptionnelle qu'on n'y a pas accès à celle des autres.

Pourtant, si des télespectateurs avaient la possibilité, comme je l'ai eue, de regarder une série venue de l'autre bout de la planète, en commençant à être immergés tôt, à une époque où ils n'auraient ni l'idée ni les moyens d'aller vérifier le pays d'origine d'une série sur internet...

Vous savez... mais si vous savez ! Il y a toujours un imbécile, au cours d'une conversation, pour soutenir votre regard avec dédain et s'exclamer : "de toutes façons, les séries américaines, c'est d'un con...", et vous serrez le poing, et vous serrez les dents. Au prochain coup, pensez à lui demander de quel pays il préfère ses séries. Il en découlera alors soit un remontage de bretells en règle, soit la conversation téléphagique la plus captivante de votre existence.

Pour info, depuis deux semaines que j'ai ce post en tête, je me suis lancée sur la piste de séries grecques, russes et égyptiennes, dans l'espoir de préparer ce post. Je n'ai jamais lu autant de sites en arabe, ni visité autant de sites basés dans l'Est. Et quelque part, ces fouilles, c'était déjà une aventure en soi. Mais quand je parvenais à en cagouler une, les sous-titres manquaient dramatiquement.
Quand je parvenais à en cagouler une...

Merci, donc, à toutes ces chaînes disponibles en France, et qui partagent ce point commun : aucune ne diffuse de série venant d'un autre continent que l'Europe ou les États-Unis. Merci, oui merci, de me forcer à stagner dans mon ignorance.

Tout ce que je demande, c'est qu'on m'ouvre la porte vers d'autres mondes.
N'est-ce pas là ce que tous nous voulons ?

Posté par ladyteruki à 06:39 - Série de valeurs - Commentaires [8] - Permalien [#]

20 juin 2009

Assaisonné

Bonjour bonjour ! Quel temps fait-il par chez vous ? Ici il fait pas beau, c'est déprimant... Quand il fait gris comme ça, ça donne pas envie de sortir. Dire que l'été commence normalement demain, ça me flanque le bourdon. Faut que j'aille à la FNUC cet aprem, je pense que je vais devoir emmener mon pépin... Euh, bon, on va passer au vif du sujet.

A sa demande, j'ai essayé d'inculquer les bases de la jpopophilie à l'une de mes amies qui, après avoir entendu trois chansons sur mon portable, m'a invitée chez elle pour lui en faire découvrir plus. Encourager la curiosité ? C'est une mission pour superlady !!!
Comme on se doute, j'ai débarqué avec un "échantillon" de presque 2Go de chansons...

Je lui expliquai donc, au fur et à mesure que les premières chansons passaient, le contexte des chanson : "ça, c'est un titre estival qui est sorti l'an dernier", "ça c'était sa ballade de Noël en 2005". Après quelques sorties de ce type, elle a alors tourné ses grands yeux bleus innocents vers moi, façon Bambi, et m'a dit : "ah bon, ils ont des saisons pour les ballades ?". Hmmmmais non. Ya des ballades toute l'année. Elles n'ont juste pas le même style selon la saison. Des grelots en décembre, par exemple.
Ça l'a laissée de glace.

Pourtant ça me semblait tellement logique... J'ai longtemps ruminé la question. Avais-je passé trop de temps dans l'univers de la Jmusic pour me rendre compte de certaines incongruités qu'on y rencontre ? Je vous rassure, à un moment, je vais parler de séries.
Et puis l'idée ma percutée : et si je faisais la comparaison avec un univers sans rapport aucun avec l'industrie de la musique nippone ? Et, bizarrement, je comprends pas pourquoi, le sujet de la télévision s'est imposé à moi.

Pour commencer, l'emploi du terme "saison" ne peut pas être un hasard. Et puis, l'adéquation de nombreuses séries, au long de leur parcours, avec le calendrier (épisode de Thanksgiving, de Noël, de Saint-Valentin... tous de puissants marronniers) est une démonstration assez évidente que ce phénomène existe également dans le milieu des séries.

Mais il y a plus encore : les nouveautés se conforment également à la couleur du ciel. Un exemple récent ? Mais certainement : en témoigne récemment Royal Pains, dont le générique vous convaincra, et ce même si vous n'avez pas encore regardé la série en elle-même, de son opportunisme saisonnier. On parle d'ailleurs de "séries d'été", comme si elles bénéficiaient de plus de mansuétude que les séries de l'automne ou la midseason. Être une "série estivale" excuserait les faiblesses du scénario, ou l'abus de décors ensoleillés. "C'est l'été, on ne cherche pas la complication", s'exclament les défenseurs du cerveau éteint un trimestre par an (et bien qu'étant d'une mauvaise foi proverbiale, je ne dirai pas qu'ils éteignent leur cerveau le reste de l'année aussi).

Bien-sûr, la pratique n'est systématique ni en matière de séries, ni en matière de Jmusic. Des rebelles continuent de sortir en pleine canicule des Mad Men, d'autres nous sortent des Uragiri Gomen, bref se refusent à jouer le jeu, pour notre plus grand bonheur.
Est-ce que j'approuve ces pratiques ? C'est un autre débat. Mais le fait est qu'elles existent et que, quoi que nous fassions, nous sommes enchaînés au rythme des saisons... même quand, en dignes téléphages, nous n'avons pas mis le nez dehors depuis six mois. Mais le jour où les télés pousseront dans les arbres, on en reparlera.

Du coup c'est à se demander si les séries ne cherchent pas à imprimer un rythme en nous. Un rythme qui suivrait les saisons, mais aussi les rites sociaux qui les accompagnent... Faut-il avoir peur que notre rapport au temps soit conditionné par les séries ?

C'est le principe-même de la série de nous inculquer un rapport au temps : dans 45 minutes la fin de l'épisode, dans 1 semaine l'épisode suivant, dans 24 épisodes la fin de la saison, dans 4 mois la saison suivante, dans 2 ans la fin annoncée de la série, etc... Et ce rapport au temps est justement un élément propre au genre qui lui donne son intérêt, et crée de l'attachement. Mais ça, c'est parce que nous le voulons bien. Il y a après tout un tas de gens qui ne supportent pas de devoir revenir semaine après semaine et pour qui un bon film d'1h30 ou 2h suffit amplement, sans autre forme d'addiction (ces gens-là ont l'air de penser que commencer une série c'est forcément s'obliger à la suivre ad vitam aeternam, mais c'est un autre problème).

C'est vrai que si l'on s'en tient à une consommation strictement française de la télévision, nous ne connaissons pas le système de la saison tel qu'il a été conçu aux Etats-Unis. Dans le sens où nous savons qu'un bloc d'épisodes donné correspond à la 3e saison par exemple, mais que nous n'avons pas les repères nécessaires pour situer cette saison dans le temps. Une saison d'une série peut commencer en septembre, ou durant l'été, ou repasser en quotidienne pendant des mois (à la Urgences) et bouleverser en permanence le cycle de saisons. Les chaînes françaises se font d'ailleurs une spécialité de diffuser leurs séries de telle façon qu'au moins une fois, chaque série  connu son épisode de Noël diffusé en mars ou en juillet. Je pense que le CSA a dû faire passer une ordonnance pour ça, c'est pas possible autrement. Bref, la saison nous échappe quelque peu, à nous, en France.

C'est le contraire en pire au Japon où une saison correspond... à une saison ! Les séries font dans leur immense majorité 12 ou 13 épisodes, et très souvent une seule saison aussi. Une série sera donc encore plus soumise à l'état des arbres dans le jardin. On imagine par exemple très mal Ruri no Shima (on y reviendra) diffusée en décembre. Ainsi, si vous avez déjà eu la curiosité de cliquer dans la colonne de droite sur le lien pourtant incontournable du Tokyograph, vous vous rendrez compte que tous les trois mois arrivent de nouvelles séries amenées à remplacer celles du trimestre précédent, selon le modèle suivant :

SEASONS

Pourtant, que se passerait-il si... soyons fous... on décidait de regarder Royal Pains en plein hiver ? Y serions-nous forcément plus insensibles ? L'humour nous semblerait-il moindre ? Les personnages moins amusants et/ou attachants ? J'ose espérer que non mais ce serait une expérience à tenter.

Le temps qu'il fait et ses influences sur la pop culture...
Décidément, impossible d'échapper à ce lieu commun.

Posté par ladyteruki à 10:54 - Série de valeurs - Commentaires [12] - Permalien [#]


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