ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

07-12-12

Une série sachant chasser...

Des pilotes, quand il n'y en a plus, il y en a encore. L'avantage d'avoir traîné les pieds pour quelques uns des pilotes de la rentrée (qu'il s'agisse de les reviewer ou carrément de les regarder), c'est qu'au moins, je suis certaine de ne jamais être à court de pilotes même en plein mois de décembre. Who am I kidding ? Je trouve des pilotes toute l'année ! Mais dans le cadre de notre défi, avec whisperintherain, je sais pas, ça donne une dimension à part que de savoir que j'ai encore des pilotes récents sous le coude.
Mon camarade, n'en doutons pas un instant, devrait prochainement parler lui aussi de ces pilotes mis entre parenthèses, et au bas de ce post, vous trouverez l'habituel lien vers son blog afin de comparer nos points de vue. Mais pour le moment, il est l'heure pour moi de vous parler de Hunted.

Hunted

Mais d'abord, un petit aparté sur les réseaux sociaux. Il n'est de secret pour personne que j'ai une nette préférence pour Twitter, dont l'activité permanente et excitante me semble correspondre à mes attentes ; pour picorer un maximum d'infos et d'avis au rythme de 100 tweets à la minute, j'aime bien y passer du temps. J'aime aussi y passer juste une tête, quand de temps, je n'ai point. Pendant un petit moment cet automne, ça a été le cas, je fais des apparitions très sporadiques (emploi du temps complexifié oblige), et du coup, j'ai eu le sentiment de tomber sur des fragments très parcellaires de retours sur certaines séries. L'une d'entre elles était Hunted. En gros, j'ai eu l'impression que chaque fois que je venais faire un tour de clic sur Twitter, il y avait quelqu'un pour dire quelque chose du genre de "Pas très convaincant #Hunted". C'était laconique, expéditif, et pas vraiment encourageant.
Et le plus fou, c'est que de petites phrases comme celles-là, vagues, ont un énorme pouvoir sur l'esprit. Pour moi qui n'ai pas toujours (on a pu le voir cette semaine) de passion pour les séries d'espionnage, ça a été radical : j'ai reporté autant que possible le moment où je pourrais me mettre devant le pilote de Hunted.
Bien plus destructeur que la critique assassine : la petite phrase désabusée. Carnassier. C'est bien plus difficile de s'en distancier que du post lapidaire, en fait. J'avais jamais remarqué à quel point.

Alors, puisque cette semaine, tout d'un coup, je me découvre une curiosité pour les séries d'espionnage (ne nous mentons pas, ça m'aide bien aussi pour le boulot ; vous savez, le nouveau), j'ai décidé de me prendre par la main et de tenter Hunted. Et au terme de ce post, je vous le promets : il n'y aura pas de petite phrase vague, que des jugements nets, dont vous pourrez ensuite faire ce que vous voudrez. C'est mon engagement solennel du jour.

Hunted commence sur une affaire assez floue, au coeur de Tanger. Notre héroïne, Sam Hunter (har har har), est en mission d'infiltration auprès de ce qui semble être un malfrat francophone (mais au vu de l'accent, pas convaincue qu'il soit français), et dont l'objectif est de se rapprocher de lui, ce qui naturellement implique une relation charnelle, afin de pouvoir libérer un scientifique qu'il retient en otage pour on ignore quelle raison. La mission se déroule plutôt bien, le scientifique est libéré, mais au moment de prendre le large, la vie privée de Sam la rattrape : elle a en effet une aventure avec un membre de son équipe, Aidan, et tous les deux commencent à caresser l'idée de tout plaquer (et peut-être élever des chèvres dans le Larzac, ils précisent pas), d'autant que Sam a une nouvelle importante à annoncer à Aidan : elle porte leur enfant. Mais juste avant l'heureuse annonce dans un lieu connu seulement d'eux deux, où ils s'étaient donné rendez-vous, des hommes débarquent pour tuer Sam. Elle s'en sortira, mais pas leur enfant...
Un an plus tard, Sam, qui avait totalement disparu de la circulation, refait surface, reprend son ancien job dans l'espionnage, et semble bien décidée à savoir qui a commandité son exécution, et probablement à se venger...

Autant le dire tout de suite : Hunted est extrêmement brouillonne. Et/ou pas adaptée à mon cerveau lent. Mais franchement, le début d'épisode est si peu bavard qu'il m'a fallu un bon quart d'heure avant de connaître le nom de l'héroïne, et pire encore, avant de savoir quel était son boulot. Parce que posons les choses clairement : s'il faut 15mn au spectateur (fusse-t-il une spectatrice qui se traine une bronchite insupportable depuis deux semaines) pour comprendre que Sam Hunter n'est pas espionne pour un pays, mais pour une compagnie privée, on a quand même un soucis. Et j'ajouterai que si je n'avais pas dégainé Wikipedia avant de rédiger mon post, je ne serais même pas capable de donner le nom de cette compagnie privée. Alors à partir de là, il faut bien admettre que l'exposition de Hunted a, comment, dire, quelques légères lacunes.
Ces lacunes sont soulignées, pendant les premières scènes qui ouvrent le pilote, par une totale confusion des objectifs. L'idée est sans doute de nous surprendre à peu près autant que la proie de Sam est surprise lorsqu'elle découvre avoir été piégée, mais très sincèrement, c'est frustrant côté spectateur. La suite du pilote suggère qu'en réalité, cette première mission pourrait trouver des explications et des approfondissements par la suite, mais ce n'est même pas garanti, ça peut tout-à-fait être moi qui extrapole à partir d'une coupure de journaux.
Certes, il est très facile d'expliquer pourquoi l'exposition de Hunted est floue : la série a voulu ne pas tomber dans le piège de la voix-off. Et il faut admettre que d'une façon générale, ça fonctionne bien d'un point de vue esthétique, au sens où, plutôt que de privilégier une explication verbale des évènements ou des objectifs, on tombe dans quelque chose d'assez léché, ponctué à plusieurs reprises de séquences type clip video qui sont du plus bel effet. Mais on voit bien les limites de ces effets quand ils sont mal maîtrisés, et ces limites s'expriment dans l'impression de totale ignorance du spectateur d'une bonne partie des enjeux.

Ca ne rend pas service au pilote de Hunted, donc, et ce de façon double. D'abord, à cause du sentiment de confusion, je l'ai dit. Et ensuite, voire surtout, parce que ce procédé (ou cette non-maîtrise du procédé) a une répercussion perverse sur le mental du spectateur : celui-ci va scruter chaque scène, chaque plan, pour en tirer une substantifique moëlle de contexte. Or, aiguiser l'esprit d'observation et de critique du spectateur le désengage totalement sur un plan émotionnel, pour l'amener à se focaliser sur un aspect plus cérébral du visionnage ; en soi ce n'est pas un tort... sauf quand l'ouverture du pilote, c'est-à-dire le moment absolument critique pendant lequel le spectateur se forge sa première impression, est constituée de plusieurs scènes d'action. Au lieu de laisser l'adrénaline monter, le spectateur, qui était en quête de sens, découvre des mecs qui préfèrent hurler sur l'héroïne libérant l'otage, plutôt que de lui tirer dessus à bout portant, par exemple. Et du coup ça semble horriblement téléphoné.
On ne le dit pas assez, mais écrire un pilote (plus que n'importe quel autre épisode d'une série), c'est de la manipulation mentale. On est supposé anticiper ce qui se passe chez le spectateur pour le faire accrocher à un univers dont il ignorait tout quelques minutes plus tôt. Comment peut-on mener un spectateur par le bout du nez quand on l'oriente dans la mauvaise direction, qu'on l'oblige à réfléchir et analyser, alors qu'on lui fourgue des séquences d'action ? Il y a clairement un gros problème dans la façon dont Hunted envisage de faire passer son message initial sur la série. Je soupçonne que les messages que j'ai attrapé au vol sur Twitter ne soient pas sans rapport avec cette énorme maladresse.

Curieusement, une fois que cette partie à Tanger est révolue, pourtant, le spectateur comme la série semblent trouver leurs marques et fonctionner de façon plus synchronisée. Il y a encore, c'est net, des zones d'ombres (et pas juste parce que l'héroïne elle-même est en quête d'une certaine vérité), mais c'est moins grave, et surtout, la fin de la séquence Tanger s'est conclue sur un ressort si dramatique que le spectateur noue enfin des liens émotionnels avec Sam, et s'embarque avec elle en prenant moins de précautions et de distance. Sincèrement, il aurait fallu commencer par emmener le spectateur sur ce terrain-là dés le début, mais le mal est fait, que voulez-vous.
En perdant son enfant dans la fusillade... hop-hop-hop ! Quoi ? Perdre son enfant, vous dites ? En fait, je n'en suis pas convaincue au terme de ce pilote. Déjà parce que, étant moi-même détentrice d'un utérus, je ne vois pas trop en quoi une perforation de la hanche entraînerait forcément la perte d'un enfant. Et Sam aura beau nous montrer, d'abord son abdomen ensanglanté, puis son épouvantable cicatrice un peu plus tard dans l'épisode, eh bien ça ne veut absolument rien dire. Et surtout, nous avons eu droit à un saut dans le temps d'un an ; il peut s'être passé absolument n'importe quoi. Le fait que Sam se soit vraisemblablement entraînée pendant un an afin d'accomplir sa vengeance ne signifie pas qu'elle n'a pas eu d'enfant. J'aurais même tendance à dire que les troubles psychologiques dont elle fait montre pendant le pilote (cauchemars/flashbacks répétés et mêlés) tendent plutôt à indiquer que le seul deuil de son enfant n'est pas la cause de son état un an après la fusillade. Mais même en ayant ce doute à l'esprit, cette partie du pilote a su plus remporter mon adhésion, tout simplement parce qu'on prend le temps de s'arrêter sur la psychologie du personnage, son tempérament, et en filigrane, son plan, et c'est quand même diablement plus intéressant.

La troisième partie du pilote, une fois que Sam a réintégré son poste dans la fameuse organisation privée Byzantium (je vous le dis comme une évidence, mais rappelons que sans Wikipedia, au bout de 45mn de pilote, je serais toujours incapable de donner le nom de la compagnie qui emploie l'héroïne de la série !), est plus classique. Tout en utilisant les éléments avancés dans les deux parties précédentes, c'est-à-dire l'expérience traumatisante de Sam à Tanger et sa volonté de trouver qui a causé la fusillade qui a failli lui coûter la vie, Hunted revient à une mission d'espionnage plus classique, dans laquelle Sam doit s'infiltrer dans la famille d'un riche criminel. Pour cela, son équipe va feindre l'enlèvement du petit-fils de la cible, faisant de Sam la bonne samaritaine qui le sauve d'un kidnapping imminent ; conformément au plan, Sam est ensuite prise en pitié par le fils de la cible qui l'embauche pour devenir la tutrice de l'enfant (dit comme ça, ça parait effectivement un peu gros, mais quand on regarde l'épisode, ça passe). Sam doit en effet se faire passer pour une jeune veuve qui cherche un travail et une nouvelle vie, ce qui est parfait pour le fils et le petit-fils de la cible qui ont perdu, respectivement, une épouse et une mère. La séquence pendant laquelle les deuils se répondent est relativement bien construite, d'ailleurs, pour que la mission reste imbriquée dans les traumatismes de l'héroïne de Hunted ; mais il manquait peut-être un petit supplément d'âme pour faire verser une larme au spectateur.

Dans le fond, Hunted n'est pas mauvaise. D'un point de vue visuel, elle s'en tire très bien, par exemple ; son intrigue n'est pas trop capillotractée à ce stade non plus (même si on peut aisément imaginer que les choses vont se corser ensuite), si bien qu'on n'a pas l'impression d'être plongé dans un monde surréaliste. Les troubles qui agitent Sam dépassent le simple traumatisme de la fusillade dont elle n'aurait jamais dû réchapper, et ses cauchemars sont assez éloquents sur le nombre de raisons qui peuvent faire d'elle un personnage torturé, et donc dramatiquement intéressant.
Cependant, outre l'exposition floue dont j'ai déjà parlé, Hunted souffre d'un autre soucis : son mutisme obstiné. En cherchant l'effet de style, les passages dénués de dialogues, et les séquences de flashback, la série voudrait paraitre dramatique, mais elle se montre en fait assez imperméable à plusieurs reprises. On aimerait vraiment ressentir la rage, la douleur, ou simplement l'obstination de Sam. Quelle que soit l'émotion qu'on souhaite montrer, il faudrait... la montrer. La rendre tangible (sans jeu de mots). Au lieu de ça, on ne ressent jamais vraiment l'émotion jusqu'au bout, quand bien même l'ensemble fait sens. Il s'en est fallu de peu parce que la réalisation est bonne, l'écriture pas si piteuse que ça (des maladresses ne signifient pas une incapacité totale), et...

Et, eh bien, il y a la question du casting. J'ai toujours eu des sentiments mêlés envers Melissa George. C'est difficile de déterminer, parfois, si notre idée d'un acteur ne découle pas directement de notre idée d'un de ses personnages qui nous a marqués. Dans mon cas, j'ai découvert Melissa George avec Voleurs de Charme et ALIAS (deux rôles d'espionne, au passage), des rôles pas franchement sympathiques, osons le dire, mais pas non plus profondément antipathiques; mais en jouant une "peste" ou une "ennemie", clairement Melissa George n'était pas là pour se faire des copains parmi les spectateurs. Sa prestation dans In Treatment, loin d'être mauvaise ou dépourvue de nuance, m'avait profondément mise mal à l'aise ; c'est assez récurrent dans mon rapport à la série, cependant, donc une fois de plus je n'en avais pas rendu George responsable. Pour finir, son personnage dans The Slap était loin d'être voué à l'adoration du public, mais son interprétation m'en avait semblé solide. Mais si, en fin de compte, je m'étais trompée ? Si Melissa George était en fait bien moins capable de subtilité que je le pensais ?
La question mérite d'être posée car, déshabillée de ses dialogues, Sam Hunter est réduite aux expressions de Melissa George, et... ça ne fonctionne pas. Le courant ne passe pas. On sent bien que ce qui lui arrive est atroce, mais de là à en avoir le coeur serré, il y a un énorme pas à franchir. Et vu que le reste n'est pas systématiquement à blâmer, il faut peut-être envisager la possibilité que ce soit, pour tout ou partie, la faute de l'actrice.

L'avantage de Hunted reste cependant, si j'en crois ce pilote, que la série est bien plus feuilletonnante que la plupart des autres séries du genre, comme justement Covert Affairs dont on parlait plus tôt cette semaine (d'ailleurs j'ai regardé deux épisodes de plus de Covert Affairs, je confirme que ce n'est pas aussi répétitif que je le craignais, mais l'aspect formulaic fait que Covert Affairs ne comptera jamais parmi les séries prioritaires sur ma liste). Si la question de la vengeance n'est pas d'une originalité inouïe, il faut quand même admettre que suffisamment d'éléments sont en place autour de ça pour donner une série assez intéressante à suivre, voire peut-être même passionnante si elle se décoince sur l'aspect adrénaline et/ou émotion. Ce qu'elle ne semble pas en mesure d'accomplir pour le moment n'est pas néncessairement hors de portée pour le futur... Car aux traumatismes d'enfance, à la vengeance, aux peines de coeur (en retournant bosser pour Byzantium, Sam retrouve Aidan), à la mission d'infiltration, il faut encore ajouter des intrigues d'espionnage typiques, comme le fait qu'il y a probablement une fuite au sein de l'équipe (juste une théorie : se pourrait-il que cette fuite boive du lait non-pasteurisé ? Je me comprends) ou simplement les cas de conscience que posent une mission d'infiltration touchant à un enfant au psychisme fragile.
Quand on y réfléchit, Hunted a quand même un diable de potentiel ! Il y a vraiment de quoi faire une série foisonnante, à condition évidemment de ne pas se perdre dans tous ces axes.

Sans aller jusqu'à mollement dire que Hunted n'est "pas très convaincante", il est clair que son pilote a quelques défauts, et non des moindres, mais elle n'a pas non plus les signes avant-coureurs du désastre télévisuel. Je ne sais pas, moi : on me donne le choix entre Hunted et Undercovers, bon, c'est tout vu, quand même ! Et comparé à ALIAS, pour reprendre la thématique de l'héroïne qui fait cavalier seul dans un monde truffé d'espions, Hunted a vraisemblablement bien plus de choses consistantes à raconter d'entrée de jeu.
En mon âme et conscience, je ne peux pas dire que le pilote de Hunted est bon, pourtant. Il manque des ingrédients pour vraiment pouvoir dire que Hunted est une bonne série. Il ne manque vraisemblablement pas une vue à long terme (ce qui peut être le piège pour une série d'espionnage), mais il manque un peu de poudre de perlimpimpin pour faire en sorte que le spectateur ferme ses jolis yeux et se laisse emporter.

Je ne sais pas, au juste, comment appeler cette petite chose qui fait qu'on va avoir envie de se lancer à corps perdu dans une série qui a plein d'idées, qui est bien foutue et à laquelle on a envie de pardonner les moments d'égarement, mais cette petite chose, Hunted n'en fait pas la démonstration pendant son pilote, et c'est ce qui fait qu'il est si difficile de lui pardonner ses fameux moments d'égarement, quand bien même il semble plutôt injuste de lui en tenir rigueur quand on voit le niveau général de la série.
C'est peut-être de cela que Sam Hunter devrait avant tout se mettre en chasse. Ca résoudrait pas mal de problèmes...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 20:50 - Review vers le futur - Permalien [#]

29-11-12

Every. Single. Week.

En un début de saison qui a vu apparaître très peu de séries solides, Go On se démarque du lot de nouveautés, non seulement parce qu'elle a pris un départ anticipé mais aussi, et surtout, parce que la série fait preuve de qualités incroyables depuis lors.
De façon systématique.

Difficilement classable comme une comédie, et plutôt héritière des dramédies du câble, dont la fonction est d'émouvoir puis de faire passer la pilule avec un humour absurde et/ou un sens aiguisé de la surenchère, mais taillée pour un network, Go On a, au bout de 10 épisodes à l'heure actuelle, l'honneur d'être la seule nouveauté de la saison à avoir fait un parcours sans faute absolument chaque semaine, permettant au spectateur qui accroche à son ton et son sujet (ce n'est évidemment pas pour tout le monde ; dans un monde parfait, aucune série n'est prévue pour être pour tout le monde) de retrouver à chaque épisode, sans coup férir, tous les ingrédients qui font que le précédent a fonctionné.

GoOn-GroupHug

Sérieusement, faites le calcul : combien de séries sont capables de ça ?
L'autre jour, j'avais une conversation sur Twitter avec Nicolas sur les séries de network, ces dernières années, se montrant d'une qualité indéniable, réellement impressionnantes, et qui peuvent se permettre de tenir la dragée haute au câble niveau qualité ; pour tout dire notre liste était assez courte. En fait, notre liste commençait par The Good Wife, et se poursuivait essentiellement par des titres suivis de points d'interrogation.
Vous savez quelle est la série que j'aurais dû mentionner, pour l'immense respect qu'elle m'inspire semaine après semaine ? Go On. C'est bien, vous suivez.

La première fois que ça m'a frappée, je venais de finir l'épisode avec quelques larmes sur les joues, et j'ai réalisé que ça m'était arrivé à chaque épisode précédemment diffusé. J'avais sincèrement été émue par quatre ou peut-être 5 épisodes d'affilée. Mais non seulement ça, j'avais aussi sincèrement ri à chacun de ces épisodes. Et tout d'un coup j'ai essayé de réfléchir : combien de séries exactement obtiennent de moi le même résultat semaine après semaine, sans jamais m'ennuyer ni échouer à me surprendre ?
Pour autant que j'aime The Good Wife, pour reprendre cet exemple, même cette série a parfois quelques épisodes moins bons que les autres ; ou plus simplement, certains sont plus tragiques, plus légers, plus ambitieux, plus intelligents, plus haletants que les autres. Go On est chaque semaine à la hauteur de la précédente, et chaque semaine, délivre le même cocktail.

Et pourtant, malgré cette recette dont on pourrait croire qu'elle s'apparente aux techniques des procedurals, pas une fois Go On n'a semblé se répéter, ou s'autoriser à être prévisible.

Ce n'est pas simplement que Go On soit profondément attachante, qu'elle parvienne à parler intimement aux spectateurs ou que son humour barge soit efficace. Enormément de séries sont capables de ça. C'est qu'elle le fasse chaque semaine qui fait toute la différence.
J'ai failli protester contre moi-même qu'il y aurait peut-être Raising Hope, dans ce domaine, pour lui faire de la concurrence, car elle est chaque semaine un véritable bonheur à regarder. Sauf que ce n'est pas simplement la satisfaction qui résulte de son visionnage qui est nécessaire pour s'attirer les mêmes compliments que Go On. Même Raising Hope, depuis son démarrage, a connu des semaines plus ci ou plus ça ; ici plus d'humour, là plus de tendresse, là carrément de la romance. Pour l'instant, Go On semble totalement immunisée contre les irrégularités.

Et je crois qu'en réalité, c'est la raison pour laquelle Go On est absolument la seule série que je suis sans jamais l'oublier, ou reporter son visionnage d'une semaine. Ca m'arrive pour la plupart des séries d'être extrêmement flexible dans ma façon de les suivre, mais j'ai réalisé ce soir que celle-là, c'est une incontournable de ma semaine. Parce qu'elle délivre, invariablement, tout ce qu'elle a promis la semaine précédente.

Imaginez une série qui ne vous déçoive jamais, qui ne vous laisse jamais tomber, qui soit capable de marcher sur le fil comme un équilibriste absolument chaque semaine, et dont vous avez le droit de continuer à tout exiger. Cette série, pour moi, c'est Go On. Non seulement je sais ce que je viens chercher en la regardant, non seulement ce que je viens chercher est un travail d'acrobate insensé, mais je sais que je l'obtiendrai systématiquement.

Voilà une promesse que peu de séries de qualité peuvent se vanter de posséder. Y compris sur le câble. Comme quoi, les networks n'ont pas encore dit leur dernier mot, et heureusement.

Posté par ladyteruki à 23:18 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-11-12

Citizen Jamais

Comme chacun sait, la téléphagie a horreur du vide. Grande est la tentation, lorsqu'on finit une série d'un certain genre, de vouloir la remplacer dans notre programme par une série ayant des points communs. Et comme je lis peu de littérature sur mes séries anglophones avant de les commencer, ce point commun peut parfois être extrêmement ténu.
Maintenant que la saison 2 de Threesome est terminée, je voulais donc me lancer dans une nouvelle comédie britannique. Je m'étais tournée vers Citizen Khan. whisperintherain, dans le cadre de notre défi, devra s'y coller aussi... et j'espère qu'il n'est pas trop tard pour tenter de l'en décourager, avant que l'irréparable ne se produise.

CitizenKhan

La principale raison pour laquelle je regarde des séries, à plus forte raison dans le cadre de ce défi qui consiste à ne pas en laisser de côté, c'est parce que j'aime imaginer ce que c'est que de vivre une vie totalement différente de la mienne. Essayer de marcher, pendant quelques pas, dans les chaussures de quelqu'un d'autre, puis réintégrer les miennes au bout de 25mn à 1 heure, parce qu'elles sont à ma taille ; mais avec une compréhension du monde un tout petit peu, je l'espère, élargie.
Alors faisons ça, voulez-vous ? Glissons-nous dans les chaussures de quelqu'un d'autre.

J'aimerais savoir ce que ça fait d'incarner le rôle principal de Citizen Khan. De l'avoir, également, créé et co-développé.
Ce que ça fait de créer un personnage dont on sait qu'il n'est pas bien épais, parce qu'on connait bien le temps qu'on a passé à s'imaginer son background comparé au nombre d'heures passées à imaginer son accent et ses mimiques devant le miroir de la salle de bains.
Ce que ça fait d'écrire un texte dont on connaît et on assume (du moins l'imagine-t-on) chaque gag, chaque plaisanterie.
Ce que ça fait de répéter le texte avec ses partenaires et de commencer à avoir une idée assez précise de la façon dont tout cela va sonner.
Ce que ça fait de se lever un matin pour aller au studio, de prendre sa voiture en, peut-être, essayant de réciter quelques lignes de dialogues qu'on craint d'avoir mal mémorisées, et d'aller enregistrer un pilote ; de refaire la check-list dans sa tête : le costume, c'est bon, les décors, normalement c'est bon.. Est-ce quand dans sa voiture, que je présume être tout-à-fait "normale" et pas nécessairement un modèle comparable à celui du personnage, Adil Ray a essayé de repenser à la façon dont il en était arrivé là ? Ou s'est-il dit qu'il pouvait peut-être prendre le temps de s'arrêter faire le plein, même si ça ferait un peu juste en cas de bouchons ?

Est-ce que c'est un projet auquel Adil croyait vraiment ? Ou bien voulait-il juste vendre un projet à une chaîne, et advienne que pourra ?
Ressent-il Citizen Khan comme un défi créatif ? Y a-t-il des moments où, pendant l'écriture, il se relit et pense sincèrement qu'il doit faire mieux ? D'ailleurs combien de drafts jetés dans la corbeille de son Mac, jugés par lui insuffisants ou pas assez drôles ?
Quand il dîne avec ses amis, Adil leur tape-t-il dans le dos d'un air ravi en leur disant "eh bah, mate, on dirait bien que ça y est, j'ai réussi à avoir ma propre série !" ou bien leur reverse-t-il un verre en ricanant "t'avais parié que personne m'achèterait mon script, allez je suis beau joueur, le vin est pour moi ce soir !".
Quand il essaye de tomber une fille, et qu'il dit qu'il travaille à la télévision (où effectivement, sous la barbe factice, il est méconnaissable), Adil raconte-t-il avec quelle série il a réussi à se rendre célèbre ? Et si c'est le cas, dit-il cela avec un ton fier, ou préfère-t-il opter pour l'auto-dérision histoire de ne pas rentrer tout seul ce soir ?

Et plus tard, bien plus tard, lorsqu'il a vu le résultat final, puis lorsque son pilote a été montré pendant un showcase apparemment consacré aux sitcoms, Adil s'est senti fier de Citizen Khan ? Quand la polémique a fait rage, a-t-il trouvé que les gens exagéraient, réagissaient totalement à côté de la plaque, passant à côté de ce qui le rendait satisfait d'avoir travaillé sur ce projet, ou a-t-il secrètement convenu qu'il n'avait pas franchement fait un boulot épatant ?
Quand une deuxième saison a été commandée, a-t-il simplement décidé d'appeler un entrepreneur pour refaire la cuisine, ou s'est-il dit qu'il avait réellement réussi quelque chose d'un point de vue artistique ?

Je peux croire, et je peux même admettre, qu'on travaille dans un milieu artistique (ou à peu près) de façon alimentaire. Par exemple, je doute qu'Alan Cumming compte The High Life parmi ses plus grandes fiertés à ce jour. Mais à quel point est-ce fait de façon consciente ? A quel point les premiers concernés sont-ils dans la confidence que leur série est absolument ridicule ?

Autant de questions, je suppose, auxquelles je n'aurai jamais la réponse. C'est la limite de l'art de marcher dans les chaussures de quelqu'un d'autre, j'imagine... on peut le faire pour les personnages, pas pour ceux qui les créent. Aucune interview, aucune autobiographie, même, ne répondra jamais à ces interrogations, que les créateurs, j'en suis convaincue, gardent jusque sur leur lit de mort.
Mais dans le cas de Citizen Khan, j'ai quand même de fortes présomptions d'avoir sauté à pieds joints dans de la merde.


Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

23-11-12

Let's work it out

Il s'en est fallu de peu. On est passés à ça de la catastrophe. Pour être sincère avec vous, j'ai bien cru que j'allais écrire une critique négative de la deuxième saison de Threesome. Heureusement, il n'en est rien, mais hélas la review de la nouvelle saison de la petite comédie britannique sera bien moins extatique que celle de la première, autant vous prévenir...
Ah, et évidemment, je ne devrais pas avoir à vous le dire, mais quand on lit un bilan, à plus forte raison sur la deuxième saison d'une série... il faut s'attendre à quelques spoilers.

Threesome-Baby

Mitch, Alice et Richie revenaient donc pour un second round, après un absolu sans faute l'an dernier, ou en tous cas, quelque chose qui y ressemblait fortement. C'était d'ailleurs pour cette raison que Threesome comptait parmi mes coups de coeur de l'automne dernier, et accessoirement, l'un de mes deux coups de coeur britanniques de toute l'année 2011 (avec The Café, qui d'ailleurs ne reviendra pas avant février environ ; pire encore, la sortie des DVD a été repoussée).
La saison 1 s'était achevée assez logiquement avec l'accouchement d'Alice, dans un épisode absolument parfait, au rythme impeccable, et capable de jongler avec une agilité folle entre comédie et tendresse. Mon Dieu que j'avais aimé ce final ! Il augurait du meilleur pour la suite. En quelques épisodes, l'univers de la série, ses personnages, son humour et ses mécanismes avaient parfaitement été établis. S'amuser dans ce cadre de jeu comme des enfants dans un parc en plastique serait à n'en pas douter une corne d'abondance téléphagique.

Mon tort a contraire été de revoir la 1e saison à l'occasion du début de la diffusion de la 2e, en fait. Car c'est avec le season premiere de toute l'histoire des season premieres que Threesome fait son retour. Je ne m'explique tout simplement pas comment on en est arrivés là : pas de Lilly, un Mitch qui tout d'un coup (pour une raison qui ne nous sera jamais expliquée et qui n'a certainement d'origine cohérente nulle part) veut devenir prof et doit donc retourner au lycée pour avoir une bonne note au bac en maths, et des séquences interminables en milieu adolescent, avec notamment un élève dont on ne comprend pas un seul instant pourquoi la série lui consacre autant de temps (il s'avère qu'il débarque ensuite dans Cuckoo, ceci expliquant peut-être cela ?). Si encore Threesome avait décidé de faire ce genre de choses en cours de saison, j'aurais grincé des dents, mais j'aurais compris. Mais dés le début de la saison, c'est ridicule, on ne retrouve ni les personnages ni la dynamique qu'on aime, le contexte a changé, on dirait en gros que quelqu'un a fait tout son possible pour tuer la poule aux oeufs d'or. On ne saura jamais ce qui s'est passé dans la tête de l'équipe de production, je suppose, mais c'est le genre de cas qui se règle sur un divan de psychiatre ou même dans une chambre capitonnée, parce que des tendances suicidaires à ce point, c'est inquiétant.
Le deuxième épisode nous tirera de ce guêpier... pour nous fourrer dans un autre. Cette fois, c'est la vie professionnelle de Richie qui nous intéresse ; on a affaire pour changer à une espèce de comédie de bureau où l'assistant impossible de Richie accumule les pitreries et les étrangetés, la colère de Richie progressant à peu près au même rythme que celle du spectateur. Le seul avantage de cet épisode par rapport au précédent, c'est que quelques séquences à la maison jalonnent l'épisode : il s'agit de celles montrant Mitch et Alice qui, devenu passant plus de temps à la maison, font une petite crise de nerfs commune (de type "comment ça, je ne travaille pas vraiment ?" qui fonctionne plutôt bien). Mais ça reste quand même assez dur à avaler que de devoir courrir après ce genre de petits moments.

Les choses vont progressivement s'arranger, à mesure que la saison avancera. Ainsi, certains épisodes seront un peu plus sympathiques que d'autres ; avec quelques bonnes idées, il est arrivé que de bonnes idées soient mises sur le tapis, sources de quelques rires véritables, mais rares.
Cependant, sur une saison qui compte 7 épisodes, il faudra véritablement attendre, accrochez-vous... le 5e épisode, pour que la série retrouve son rythme ! C'est incompréhensible ! Comment au passage a-t-on échoué au lycée, au bureau de Richie et, oh horreur, au centre commercial, je ne me l'expliquerai jamais, surtout alors que la première saison avait su trouver ses marques presqu'instantannément ! Ca dépasse l'entendement.

Les trois derniers épisodes de la saison seront, fort heureusement, fidèles au délire des débuts. L'esprit de répartie, de rythmpe, de métaphore, et de cohésion des personnages redevient tangible ; on sort moins de la maison, on cherche plus à s'intéresser à la façon dont le trio s'organise et vit en bonne harmonie, et c'est exactement ce qu'il fallait, retrouver ces séquences où les trois acteurs principaux peuvent faire ce qu'ils savent faire, plutôt que de tenter à tout crin d'élargir leur univers de façon surréaliste et/ou téléphonée.

Bien qu'ayant adoré l'épisode concluant cette nouvelle saison, je dois dire qu'il est symptômatique de tout ce qui a cloché dans cette nouvelle fournée. Souvenez-vous : dans le pilote, Mitch avait demandé Alice en mariage en apprenant qu'elle était enceinte du bébé de Richie... mais depuis, de mariage, il n'avait plus du tout été question ! Au contraire, la saison commence comme si ça n'avait jamais été à l'ordre du jour. Le simple fait que cet oubli ne soit pas réparé avant le season finale démontre qu'il y a vraiment eu un couac : ce qui manquait à cette saison, c'était un fil rouge, comme la grossesse d'Alice l'avait fait l'an passé ; à travers un objectif clair, les trois amis auraient pu affronter des challenges autrement plus divers que devoir prendre des photos dans un centre commercial, mettant réellement en perspective leurs personnalité et le fonctionnement de leur ménage à trois. C'était la formule gagnante ! Au lieu de ça, errant sans but, les intrigues se succèdent et conduisent soudainement à un mariage qui, évidemment, n'est pas aussi simple que prévu. Le revirement de situation est un peu énorme, mais il permet tant de petites répliques croustillantes et tant de tendresse, que ça fonctionne ; cependant, si le problème avait été soulevé plus tôt dans la saison, on aurait moins l'impression que ce revirement a été pêché au dernier moment dans un chapeau contenant des prétextes ridicules pour empêcher un mariage. Que ce mariage revienne sur le tapis rapidement, même si au final l'épisode est plutôt bon, est la preuve des carences de cette saison.

La deuxième saison de Threesome aura donc été très inégale, et encore, c'est un euphémisme. Mais au meilleur de sa forme (comme pendant le huis clos dans le boxe, un grand moment d'anthologie, fidèle à l'identité de la série), la série prouve qu'elle a encore bien des choses à dire et à faire, et que la naissance de Lilly ne sonnait pas la fin du concept.
Seulement, il fallait accepter l'identité de la série, plutôt que de vouloir absolument changer d'horizon ou de formule pour une raison qui m'est encore, à l'heure actuelle, totalement inconnue. Si l'épisode 5 fonctionne si bien, c'est parce qu'il met le trio face à : son petit délire encore un peu enfantin, ses choix d'adultes (qui d'ailleurs ouvrent la porte à une troisième saison, même si les épisodes 6 et 7 n'y feront plus allusion), et l'un de ses démons, en la personne de la mère d'Alice (qui d'ailleurs dans le season finale, où elle revient pour mon plus grand bonheur, elle aura encore de petites surprises à nous montrer, comme elle avait su le faire dans le final de la saison 1). Sans compter que comme par hasard, la réalisation revient au top en fin de saison en même temps que les scénarios, et ceux-ci se truffent à nouveau d'auto-références riches qui faisaient de la première saison une gourmandise. Comme un déclic...

Quand on connait son boulot, ses personnages, son cast, et toute la mécanique formidablement bien huilée qui fait que ça marche, pourquoi se perdre de cette façon en saison 2 ? Ca reste un grand mystère. Ce n'est même pas comme si la série avait voulu ajouter une dimension avec cette nouvelle salve d'épisodes ; c'est plutôt comme si on avait voulu en ajouter plein mais qu'on ne savait pas quoi choisir au final, et qu'on s'était autorisé à aller dans toutes les directions, un épisode à la fois, avant de se raviser et revenir à ce qui fait l'âme de la série.

Pour une comédie qui a des saisons si courtes, ce genre de bévues peut être très dommageable. Mais grâce à son rattrappage dans la dernière ligne droite, Threesome tient toujours une grande place dans mon coeur, et si la série est renouvelée pour une troisième aventure, je la suivrai avec plaisir. Parce que dans ses meilleures heures, je sais ce dont elle est capable. Mais j'avoue être tout de même un peu triste de ne pas quitter Mitch, Alice, Richie et Lilly avec le même enthousiasme qu'il y a un an de ça...

Posté par ladyteruki à 22:41 - Review vers le futur - Permalien [#]

12-11-12

43 Glorieuses

Qu'il est rare qu'une série historique me plaise ! Il y a probablement des cas dans lesquels c'est moi qui me braque, un peu par principe : je n'aime pas avoir l'impression qu'on me fasse la leçon ; les cours d'Histoire comptent, ils faut le dire, parmi quelques uns de mes plus désagréables souvenirs du collège et du lycée (les autres étant généralement ceux des cours de maths, mais... il existe très très peu de séries sur les maths). Rien ne m'exaspère autant qu'une série qui veut absolument prouver qu'elle a des super décors et des costumes parfaitement fidèles, et qui au final brade totalement l'émotion dans son soucis de "faire vrai". Trop souvent, les séries historiques semblent vouloir prendre le prétexte de parler de l'Histoire grâce aux petites histoires, mais ce faisant, elles négligent leurs petites histoires parce qu'elles ont trop l'oeil sur la vue d'ensemble. Celles qui ne donnent pas dans ce désagréable travers, ironiquement, échouent tout de même à mes yeux en étant justement trop soapesque. C'est un peu une situation sans issue, et très peu de fictions de ce type finissent par trouver grâce à mes yeux, même s'il y en a.
Le contexte joue aussi, évidemment ; par exemple, je me sais un peu plus ouverte d'esprit sur tout ce qui porte sur l'Histoire de ces 50 dernières années environ (on n'est pas à une décennie près, évidemment), je commence à faire une véritable overdose de tout ce qui est Guerre Mondiale, et ensuite, plus on remonte le temps plus le sujet me pose un problème de principe.

Tout ça fait que les exceptions passant entre les mailles du filet répondent généralement à des critères assez précis (même s'il arrive qu'il y ait des exceptions un peu partout, évidemment), et il faut le dire, Moeder, Ik Wil Bij de Revue, une série apparue cet automne à la télévision néerlandaise, avec plusieurs atouts dans sa poche : elle avait choisi un sujet qui n'était pas tout-à-fait historique, et qui se déroulait dans l'après-Guerre. Et je dis banco.

MoederikwilbijdeRevue

Ce sujet, c'est celui des van Woerkom, une famille qui a survécu tant bien que mal à la guerre, et qui désormais peut se consacrer à la boutique familiale, qui s'est reconvertie en magasin d'électro-ménager. Signe des temps. Les van Woerkom et leur fille font leur chemin dans une économie en pleine renaissance, Trente Glorieuses obligent.
A côté de ça, un autre personnage, Bob, revient de la Guerre ; il était soldat, le voilà désormais voué à reprendre l'exploitation de charbon de son père, mais il n'a envie de rien de moins au monde. Alors qu'il obtient des places pour assister au spectacle de music-hall d'une troupe qui s'installe, Bob va découvrir les joies que procurent le show business aux spectateurs ; ému par le spectacle, et ces chansons dans lesquelles il se retrouve tant, il décide de rester en ville, de laisser tomber le charbon, et de devenir homme de main au sein de la revue : n'importe quoi, pourvu de participer à sa façon au spectacle ! Même si, en toute sincérité, il préfèrerait pouvoir chanter...

Moeder, Ik Wil Bij de Revue est bien décidé à visiter des personnages très différents en l'espace d'un seul épisode : outre la famille van Woerkom et Bob, on suit aussi le chanteur de la revue, John, et sa soeur Riet, des personnages du monde du spectacle qui vivent un peu en marge de la société, avec des goûts de luxe. A travers ces différentes couches de la société, la série peut ainsi se permettre de voir le progrès économique de plusieurs façons ; ici il n'est pas question de montrer des différences entre les classes : désormais tout le monde a accès aux dernières radios ou tourne-disques dernier cri, par exemple. Ces points de vue différents permettent simplement d'aborder différents thèmes.
A la façon d'American Dreams, le pilote de Moeder, Ik Wil Bij de Revue met en parallèle la façon dont le pays recommence à rêver et songer à l'avenir, et la façon dont les personnages le veulent eux aussi. Le magasin était d'ailleurs un outil utilisé dans American Dreams, tout comme l'était le divertissement (grâce à American Bandstand), pour décrire la période de transition vécue par les personnages.

La scène la plus touchante, après quelques longues d'exposition passagères, est certainement celle qui clot le pilote. Bob assiste en effet à la Revue, et il est difficile de ne pas partager son émotion.
Elle m'a rappelé, eh bien, par une intéressante mise en abime, celle que nous ressentons tous, je crois, de temps à autres, en tous cas c'est à espérer, en tant que téléphages : une fenêtre sur un monde à mille lieues de ce que nous connaissons, capable à la fois de nous transporter et de nous ramener à ce qu'il y a de plus intime en nous.
Comment ne pas songer à ces chansons mélancoliques qui parlent (si je comprends bien ma VOSTM) de souffrances passées et de deuil, et ne pas songer aux séries qui nous disent la même chose. Elles nous bouleversent et nous donnent envie, nous aussi, de participer, peu importe comment ; avec une news, un review, ou pourquoi pas en soumettant le pitch à un producteur qui nous consulte. Je veux dire, on est là pour ça, non, pour être à la fois ému sur le moment et transcendés dans la minute qui suit ? Cette séquence finale du pilote de Moeder, Ik Wil Bij de Revue nous renvoie là, à ce quelque chose de très positif, quand tout est à construire.

Moeder, Ik Wil Bij de Revue est l'histoire de personnages qui veulent aller de l'avant, qu'il s'agisse de ceux qui veulent simplement asseoir leur confort matériel, trouver l'amour, ou, comme Bob, s'exprimer grâce à quelque chose qui leur semble fondamentalement beau même si c'est un peu superficiel à la fois. En cela, ces 43 premières minutes sont délicieusement désuettes et en même temps terriblement actuelles. Après tout, nous aussi, nous allons vouloir vivre nos Trente Glorieuses, quand on arrêtera d'annoncer que c'est La Crise tous les matins...
Voilà, ça y est, j'ai trouvé. Les séries historiques qui me plaisent vraiment, ce sont celles qui sont tellement universelles qu'en réalité elles pourraient se passer n'importe quand. Mais qui sont quand même drôlement plus élégantes quand elles utilisent le passé pour nous le dire.

Posté par ladyteruki à 23:55 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-11-12

La musique dans la peau

Un jour, il faudra que je rencontre Luiz Fernando Carvalho, et que je lui demande : "au juste, ça fait quoi de se lever le matin, d'enfiler ses chaussons pour trainer jusqu'à la salle de bains, et de regarder dans le miroir en se frottant les yeux, et de se rappeler tout d'un coup qu'on est un génie ?". Parce que je suis curieuse, vraiment ; et parce que je soupçonne aussi qu'être Luiz, ce soit une révélation quotidienne.
On parle quand même d'un homme capable à la fois d'avoir une patte, reconnaissable entre mille, identifiable au premier coup d'oeil, et pourtant, en constante réinvention.

Quand on a vu quelques séries de Luiz Fernando Carvalho, ou qu'au moins on y a jeté un oeil (je n'ai pas vu en intégralité des séries comme A Pedra do Reino ou Os Maias, par exemple), on finit par attendre de lui l'excellence, rien de moins. Mais peut-être aussi rien de plus. Au sens que l'excellence, au bout d'un moment, bon bah, on pense qu'on s'habitue, quoi. Qu'au final, le talent de l'ami Luiz peut être résumé à des gadgets qui reviennent d'une oeuvre à l'autre : dans Capitu, s'inspirer de tels arts, et adopter telle charte graphique ; dans Afinal, o Que Querem as Mulheres?, choisir d'autres inspirations, et une autre palette de couleur. On en oublierait presque que le travail Luiz ne se réduit pas à cela.
Suburbia est l'occasion de se souvenir qu'aussi incroyable que Luiz puisse être lorsqu'il pousse la recherche esthétique à l'extrême, ce n'est pas sa seule vertu, et que son talent est aussi de capturer des émotions, voire même des sensations. On peut être chaviré par le style incroyable de Capitu ou les couleurs sublimes d'Afinal, o Que Querem as Mulheres?, en fait il est difficile de faire autrement, mais le travail va bien au-delà.

Peut-être que la clé, c'est l'origine de cette mini-série, justement ; inspirée par une proche du réalisateur récemment décédée, Suburbia a une forme de sincérité, d'authenticité. Il ne s'agit nullement de bâtir un monument graphique en hommage à une femme chère à son coeur, mais plutôt d'essayer de passer du temps avec elle, à respirer à son rythme, à comprendre ce qui la fait vibrer... et, comme pour coller au plus près, la plupart des artifices ont été mis de côté. Ne restent que l'élégance et un sens de l'image inimitable.

Suburbia-Logo

Ce qui n'aide pas forcément Luiz, c'est que, dans Suburbia, il est difficile de construire une unité stylistique comme dans d'autres oeuvres précédentes du réalisateur brésilien. La série commence dans un univers, passe dans un deuxième, en aborde un troisième et s'oriente, en fin d'épisode, vers un quatrième.

Caméléon sans le savoir, l'héroïne de cette mini-série, Conceição, commence en effet sa vie au creux des montagnes de l'Etat de Minas Gerais, dans une famille plus pauvre que pauvre qui gagne péniblement sa vie en fabriquant du charbon de bois, un métier dangereux et pas franchement lucratif. L'épisode commence alors que l'unique cheval détenu par la famille va être abattu pour être manger ; l'animal n'est pas spécialement charnu, mais c'est toujours ça de pris. Cependant, ce superbe équidé élancé s'avère aussi être le meilleur ami de la petite Conceição, une beauté aux grands yeux qui supplie de toute son âme qu'on épargne l'animal... son père n'aura pas le coeur de tirer, et le cheval sera sauvé. Cette première séquence, entre violence triviale et émotion douce (le regard du paternel baissant sa carabine vaut tout l'or du monde), est un peu la profession de foi de Suburbia, mais nous ne le savons pas encore, alors que nous accompagnons Conceição dans ses retrouvailles avec son partenaire de toujours.
Malheureusement, la vie dans une carrière de charbon de bois n'est pas que victoires, et le sentiment d'invincibilité que ressent la petite fille avec son cheval va être de courte durée, interrompu qu'il est par un accident qui coûte la vie à son frère, et qui manque de la priver de la sienne (si ce n'était pour sa mère qui la ramène des morts aussi sûrement que le fait Oriel pour Fish dans Cloudstreet). Effrayée, la matriarche l'encourage à partir chercher une vie meilleure à Rio de Janeiro, armée d'à peine un petit balluchon, d'une Vierge noire tendrement emaillottée dans un petit mouchoir rouge, et d'une coupure de journal pour toute boussole. Je vous laisse imaginer la séparation avec le cheval, de quoi transformer vos joues en marais salant.

Quittant le charbon pour le béton, Conceição, je vous la fais courte, va passer par la rue mais surtout le foyer pour enfants, dont elle s'échappera vite fait (s'éloignant ainsi d'une jeune fille bien décidée à faire pleinement usage des douches collectives), avant d'être malencontreusement percutée par une voiture en évitant les policiers à sa recherche.
Le spectateur, totalement sous le charme de l'innocente créature, n'en finit pas de se demander si les problèmes vont un jour s'arrêter pour l'héroïne... quand la jeune femme qui l'a percutée avec sa voiture décide de la prendre sous son aile. En échange du gîte et du couvert, Conceição vivra avec elle et son compagnon comme jeune fille au pair, en quelque sorte ; les années passant, elle s'occupera également des deux enfants de sa bonne samaritaine. C'est en effet dans ce foyer qu'elle grandit, au son de la radio et en regardant les émissions musicales à la télévision, dansant dans la cuisine, heureuse.

Ah, que tout cela est merveilleux ! A ce stade, Conceição est notre petite chérie, notre adorée, et la voir resplendissante est savoureux. On est prêts à regarder toute une série dans laquelle elle trouverait le bonheur à chaque épisode un peu plus.
Mais il n'existe pas de série dans laquelle les personnages sont un peu plus heureux à chaque épisode. Ca ne fait pas une série, le bonheur.

Après avoir découvert le quartier populaire coloré de Madureira avec son amie, collègue, et un peu mentor, Vera (une femme pieuse qui aujourd'hui s'occupe d'une vieille dame, mais qui n'a peut-être pas toujours eu une vie aussi rangée), Conceição s'apprête à vivre une adolescence radieuse et épanouie avec les ados du coin, ondulant au son des meilleures chansons du moment. Cette innocence n'aura qu'un temps...

      

Le pilote de Suburbia oscille en permanence entre cette violence et des passages d'une grande candeur. C'est ce qui en fait une oeuvre si rafraîchissante. En accompagnant pas à pas notre Conceição aux yeux curieux et au grand sourire, la camera nous aide à voir le monde comme elle : il n'y a pas de danger, il n'y a que des découvertes à faire. Conceição ne sait même pas qu'elle est belle, qu'elle l'a toujours été, qu'elle le devient chaque jour un peu plus. Elle ne voit pas le regard des autres sur elles ; nous le percevons, comme elle, de façon confuse, ou, surtout, lorsqu'il est trop tard. Une adolescente de la rue qui jette un oeil plein de convoitise dans sa direction, une femme qui fait un peu la tête lorsque son mari s'approche de la jeune fille, des garçons qui lui font la cour en dansant : Conceição ne saisit pas ce que les autres voient en elle. Pourtant, elle en fait parfois les frais. Il lui arrive d'avoir l'instinct nécessaire pour se protéger, mais...

Beaucoup de choses, encore, attendent Conceição. Beaucoup de musique, aussi : c'est la promesse de Surburbia, après tout (et vous le savez d'autant mieux si vous avez regardé la bande-annonce). En suivant le Destin de cette personne à l'âme si bien faite et à l'enveloppe corporelle toute assortie, Suburbia ne veut pas nous raconter quelque chose de tragique.
Son utilisation des couleurs, des lumières, de la musique (rarement une série signée Luiz Fernando Carvalho aura fait autant de place à la musique, non en termes de quantités, mais bien dans la façon de la mettre en valeur, mieux, de la vivre) est trop exaltée pour cela. Mais sans jamais trop en faire. S'il fallait choisir un ingrédient esthétique qui soit au centre des choix pour Suburbia, ce serait probablement... la peau. Caressée par la camera, léchée par la lumière, aspergée de cendres, constellée de gouttes de laits, ruisselante d'eau, moite de sueur : dans Suburbia, l'héroïne a la peau noire, et le réalisateur cherche mille façon d'en souligner la beauté, la nuance, la souplesse, l'élasticité, et mille autre propriétés fascinantes. Luiz semble totalement subjugué par le jeu des muscles sous cette peau, la façon dont les yeux l'illuminent, l'éclat qu'elle prend sous des habits colorés, et mille autre détails qui témoignent de la subjugation du réalisateur pour son sujet (un envoûtement d'autant plus louable que les séries mettant en scène des héroïnes de couleur ne sont pas légion, même au Brésil où pourtant les Afro-Brésiliens, les Aguda, représentent 11% du pays). La seule chose que Conceição possède vraiment, c'est sa beauté ; on peut tenter de lui ravir bien des choses, mais pas cela...

Conceição est promise, on peut en être sûrs au visionnage de ce pilote, à une vie passionnante... mais pas déprimante ! Bien-sûr, il y a eu, il y a, et il y aura de véritables passages tragiques, mais Suburbia n'est pas le constat d'une existence ruinée, d'un potentiel gâché, peut-être même voué au néant par sa naissance modeste. Comme une petite pousse verte entre deux dalles de béton, l'héroïne de cette mini-série est une force vive que rien ne peut vraiment piétiner, j'en suis sûre après cet épisode.

Ce n'est pas par le parcours de Conceição, ni par les péripéties racontées, que Surburbia se distingue de tant d'autres histoires similaires, c'est par son envie de dépeindre avant tout un être qui, au travers de ses différentes vies, va toujours persister à exister. C'est une bien belle ode à la solidité de chacun que chante Suburbia, et l'air est en plus très doux aux oreilles du téléphage exigeant.

Alors, pardonnez mon langage, mais Suburbia... PUTAIN, C'EST BEAU.
Et comme aucune série avant elle.

Posté par ladyteruki à 14:01 - Review vers le futur - Permalien [#]

05-11-12

The clouds come and go, the mountains still high

Quand il est devenu évident que j'étais incapable de trouver des sous-titres pour le pilote de Hellfjord (ce qui se comprend vu qu'ils n'existent pas), deux choix se sont ouverts à moi : soit je laissais tomber le pilote d'une série dont je suis le développement depuis de nombreux mois... soit je regardais en VOSTM.
Hm. Suspense, suspense.

Hellfjord

Hellfjord raconte l'histoire de l'officier Salmander, un pauvre type qui menait tant bien que mal sa carrière dans la police montée jusqu'à présent, et qui, à la défaveur d'un évènement pour le moins particulier, se retrouve muté sur l'île étrange de Hellfjord, un patelin perdu au milieu de la mer et de la brume.
Et quel évènement. Les premières minutes du pilote sont entièrement dédiées à revenir sur la raison de cette brutale mutation, qui est un peu une mise au placard qui ne dit pas son nom. Contrairement à The Strange Calls, qui en apparence traite d'un sujet similaire, Hellfjord va passer de longues minutes, de douloureuses minutes, d'hilarantes minutes, à expliquer qui est son héros, et à donner le ton. Tout ça pendant une séance d'interrogatoire par son supérieur qui n'en finit pas.
Et personnellement j'étais pliée de rire, je vous le dis tout de suite. Je vous raconte ? Allez, je vous raconte.

Salmander officie donc sur un magnifique cheval, superbe créature qui l'accompagne alors qu'il est déployé pour assister un cortège public (j'ai pas bien compris, mais ça ressemble à la fête nationale, en gros). Donc autour de lui, il y a énormément de monde, des femmes, des enfants, des tout ce que vous voulez. Or, d'une part, il ne maîtrise pas sa monture, mais surtout, la malheureuse bestiole finit par se briser la patte contre un trottoir. Alors que l'équidé s'affaisse sur la chaussée, les passants commencent à se retourner. N'écoutant que son courage et le fascicule de procédure, Salmander décide donc de mettre fin aux souffrances de l'animal. Mais le premier coup ne fonctionne pas. Le second non plus. Et pendant ce temps les badauds, et notamment les enfants, qui regardent, forcément intrigués par les bruits des coups de feu. Quand Salmander n'a plus de munitions, il emprunte un trombone à un musicien faisant partie de la parade. C'est la boucherie (chevalline, donc). Et pourtant l'animal n'est pas mort. Donc Salmander réquisitionne une voiture et... Quand yen a plus, oh Seigneur, yen a encore. Rien que de l'écrire je me remets à rire. Nan c'est énorme, franchement. Et ça fonctionne magnifiquement bien parce que cette explication est remise dans le contexte de l'interrogatoire par son supérieur, où tout le monde reste impassible. Ca marche formidablement bien.

En tous cas la nouvelle finit par tomber au bout de 5 hilarantes minutes, et voilà Salmander muté sans grande possibilité de faire marche arrière.
Le problème c'est que Hellfjord est non seulement un petit bled paumé au milieu des montagnes et d'une mer hostile, mais c'est un endroit franchement bizarre.
J'en veux pour preuve le fait que pour accéder à l'île/la ville, il faut passer en bateau, et pour que le bateau passe sans encombre, il faut, hm, lâcher une tête de mouton dans l'eau. Bien bien bien. Tout de suite ça met à l'aise. Donc notre Salmander (qui n'a d'ailleurs pas le pied très marin...) se retrouve à traverser une mer habitée par une quelconque créature aimant le gigot, pour arriver dans un petit coin perdu où désormais il est supposés être en poste. Sauf que là encore, les surprises sont nombreuses. En particulier, il est accueilli par le milicien du coin, Kobba, un vieillard bien péquenaud, laid, et pas forcément très vif, qui habite un bâtiment officiel de Hellfjord avec son épouse, une jeune femme magnifique qui semble le désirer en permanence, et qui au contraire semble du plus haut dégoûtant aux yeux du vieillard crachottant.
Salmander doit vivre avec eux dans la maison du bourg, qui sert également de commissariat... et pour cause, la seule chambre de libre, c'est une cellule aménagée avec un lit de camps, des rideaux, une méchante peinture à la chaux, et comme toute baignoire, une minuscule bassine où il tient à peine assis (et qui sert également pour la vaisselle). Là encore, ambiance. Bref c'est vraiment un endroit chaleureux et sympathique, et on sent que la punition de l'officier est à la mesure de la faute !

De Hellfjord, on en saura cependant assez peu dans ce premier épisode. Quelques explications nous seront données par Kobba dans un aperçu rapide des habitants (apparemment on aime fumer à tous âges, et fréquenter en famille Kjells Kitchen, le club de strip tease local ; accessoirement le garagiste est aussi gynécologue), et on apprendra très rapidement que l'économie locale dépend uniquement des pêches de Hellfish, l'entreprise locale dirigée par Bosse Nova, un type en costard cravate n'inspirant pas la confiance.
Lorsque le maire présente officiellement Salmander aux habitants de la commune, l'ambiance est assez fraîche, son arrivée étant accueillie avec une joie particulièrement dissimulée ; une seule personne semble curieuse, la journaliste Johanne, qui l'invite rapidement à prendre un café à Kjells Kitchen pour une rapide interview.
Les premiers jours de Salmander à Hellfjord sont beaucoup plus calmes ; sa première mission est de faire le guet toute une journée sur un bord de route totalement désert dans l'espoir de prendre au moins un flagrant délit de vitesse avec son radar portable, mais en-dehors d'un laborieux tracteur, la journée se passera totalement en isolement au milieu des montagnes.

Pour une série qui se réclame de l'héritage de Twin Peaks, et qui se vend comme une comédie d'horreur, Hellfjord se montre donc assez réservée dans ce premier épisode, qui a avant tout comme fonction d'établir une ambiance, un style, et des personnages. On est dans l'exposition la plus totale pendant les 27 premières minutes de cet épisode qui en dure à peine 29. Mais entre les choses bizarres, dérangeantes (très dérangeantes, la scène de la bassine je m'en remets pas) et tout simplement ridicules (Salmander n'a pas l'air de bien maîtriser ses bras et ses jambes, l'abruti), on passe quand même un fichu bon moment.
Je ne vous cache pas que le cliffhanger est un peu atroce/absurde/intrigant, mais globalement, on sent bien que l'intention de Hellfjord n'est pas tellement de faire un truc qui fait peur, et que c'est la comédie qui l'a emporté dans cet étrange mélange. Une comédie formidablement bien servie par un esthétisme superbe (ces paysages rocheux, ça me chavire ; d'ailleurs ça m'a redonné envie de revoir Buzz Aldrin), une musique qui effectivement, a puisé son inspiration de toute évidence du côté de Twin Peaks, et un cast assez varié (par exemple, Kobba est interprété par un acteur grossièrement grimé et jouant dans l'outrance, Salmander est tout en retenue et en regards), mais une comédie quand même.
Le problème c'est que le mystère lancé en fin d'épisode n'a finalement pas grand intérêt. Alors, c'est à se demander si... et je dis pas ça souvent, Hellfjord n'aurait pas plutôt gagné à être un peu plus procedural, surtout vu sa courte durée (7 épisodes au total), on va à peine commencer à se captiver pour le mystère découvert en fin de pilote que la saison va toucher à sa fin.

Bon, je suis sceptique sur la durée de vie du concept, en gros, même si j'ai passé un bon moment (bien que m'écriant "ah nan, naaan, mais quelle horrrrreur, ah ah ah, ah nan !" à intervalles réguliers). Je suis convaincue qu'il aurait été meilleur si j'avais compris les dialogues, mais franchement ça valait quand même le coup quand même, en dépit de mes doutes sur la longévité du truc.
Du coup, j'ai fait mes petites recherches, évidemment, le DVD doit sortir tout début janvier en Norvège. Pour l'instant pas de trace de sous-titres anglais (rha la poisse !) mais d'ici janvier, des détails peuvent encore s'ajouter à la description du produit. Si les sous-titres apparaissent magiquement quelque part (par voie légale... ou pas), je regarderai les suivants, histoire de voir comment Hellfjord parvient à concilier ses ambitions horrifiques avec le ton qu'elle a donné à son pilote. Qui a tué Løra Palmer ? C'est ce que nous apprendrons peut-être dans un post futur...

A part ça, côté Norvège, ma prochaine mission sera de mettre la main sur Hjem, qui a commencé la semaine dernière et sur le pilote de laquelle je ne suis même pas fichue de mettre la main, ne parlons même pas des sous-titres. Qu'est-ce qu'il y a, j'ai offensé le Dieu de la Téléphagie récemment, ou quoi ?!

Posté par ladyteruki à 23:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

03-11-12

You can take the girl out of the country...

On est très officiellement en novembre, ce qui veut dire que le plus gros des pilotes américains est derrière nous... jusqu'à la mid-season, en tous cas. Ca va nous laisser le temps, à whisperintherain et moi, de revenir sur les pilotes qu'on n'a pas eu le temps d'aborder dans le cadre de notre défi. Mais curieusement, il y en a un pour lequel je n'ai pas eu besoin de tableau Excel pour me souvenir de le regarder...

MalibuCountry

Bon alors, on est tous conscients que ce post ne comportera pas la plus petite once d'objectivité, n'est-ce pas ? On sait tous que j'adore Reba McEntire, que j'ai vu Reba deux ou trois fois en intégralité (et le pilote au moins le double), et que je suis capable de mettre tout esprit critique de côté quand l'affectif s'en mêle ? Qu'en plus j'adore la country music ? On le sait tous, hein, j'ai pas besoin de vous le rappeler ? Bien.
Non parce que ce pourraient être des informations que vous souhaiteriez garder en tête en lisant la review qui va suivre. Pour vous éviter la crise d'apoplexie. Pour vous retenir de me lyncher.
Mais je m'en fous. C'est un tel plaisir de retrouver Reba ! De retrouver son accent délicieux et son caractère de cochon ! Et sa crinière rousse ! Ce qui ne gâche rien.

Il y a quelques bonnes idées, en plus, pour accompagner ce retour : le personnage du jeune voisin qui aurait pu être la caution gay mais qui se retrouve à lécher la glotte de la fille de Reba avant la fin du pilote, la grand'mère (Lily Tomlin, dont la présence est précieuse) qui se découvre fort opportunément un état anxieux nécessitant la prescription de marijuana, ou encore la belle voisine (Sara Rue, méconnaissable pour ceux qui ont vu Popular ou même Eastwick) qui est peut-être un peu allumée, mais pas totalement stupide... et dont Reba pourrait bien apprendre quelque chose, en dépit de ce qu'elle pense. J'ai hâte de voir ce que cette amitié contre nature va donner, même si j'ai ma petite idée sur ce que je peux en attendre.

Avec Malibu Country, on est en effet très clairement en terrain connu, et ce pas uniquement parce que le talent d'actrice de Reba consiste à interpréter toujours le même personnage avec la même carapace et la même façon de juger son entourage.
Certaines thématiques ont la vie dure, qu'on connaissait déjà de Reba : le divorce, les enfants, la volonté d'aller de l'avant... Certains personnages rappellent aussi un peu leurs équivalents de Reba : Cash est aussi peu futé que Van (je souhaite au premier de devenir aussi hilarant que le second), et Kim est un parfait faire-valoir comme l'était Barbra Jean (là encore, on ne peut qu'espérer que les deux personnages se vaillent). D'autres choses promettent un peu plus que la simple redite, à l'instar de l'assistant du producteur, qui offre d'ailleurs l'une des meilleures scènes du pilote. Seul le personnage de la fille, pour l'instant, est un peu difficile à situer... mais il a clairement des atouts prometteurs.

Le pilote de Malibu Country n'est pas, soyons quand même honnête, l'épisode inaugural annonçant la meilleure série de la saison.
Mais dans une saison qui compte si peu de franches réussites, ça fait plaisir, un peu comme avec Partners, de retrouver une formule qui fonctionne, à défaut de surprendre. Une fiction "confortable" à regarder une fois par semaine, ça fait aussi du bien... surtout si c'est sur fond de country.
Tiens d'ailleurs, j'ai pas encore regardé le Nashville de cette semaine, c'est parfait, je sens bien arriver le combo Nashville + Malibu Country chaque weekend.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:37 - Review vers le futur - Permalien [#]

02-11-12

Dix sur 20

Vous pensiez que notre défi, à whisperintherain et moi, avait permis de faire le tour de toutes les séries québécoises de la rentrée ? Nenni. Et je m'apprête aujourd'hui à en aborder une nouvelle, histoire d'enfoncer le clou. J'ai lu que cela faisait plusieurs années qu'autant de séries n'avaient pas débuté simultanément au Québec, je le crois bien volontiers, et j'ajoute qu'en plus, la plupart n'ont vraiment pas à rougir (même si dans le cas des Bobos, il faut parfois accepter de se contenter d'épisodes faibles régulièrement).
Naturellement, whisper vous offrira sa propre critique sous peu, donc n'hésitez pas à harceler le lien en bas de review pour guetter l'apparition de son post.

Unsur2

Connaître le pitch d'Un sur 2 est un véritable plus quand on aborde la série, alors, pour ceux qui ne lisent pas les world tours (bien que l'idée semble saugrenue), voilà le tableau : après trois mois d'absence, Michel revient voir sa femme Luce et leur fille Léa. Il n'est pas franchement bien accueilli et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il squatte chez son meilleur ami plutôt que réintégrer directement ses pénates. La raison ? Michel a pris la poudre d'escampette avec une jeunette quelconque, et forcément il n'est pas accueilli comme le messie à son retour, alors qu'il semble avoir repris ses esprits.
Mais cela, le pilote d'Un sur 2 aura du mal à vous le dire. On pourrait prétendre que c'est parce que le premier épisode de la série s'ingénie à dépeindre la situation en filigrane avec subtilité, mais puisqu'on est entre nous, on peut bien nommer les choses pour ce qu'elles sont : c'est vraiment très flou. On ne comprend pas vraiment pourquoi Michel a tellement de mal à aller parler à son épouse, pourquoi il pionce chez son pote, pourquoi d'ailleurs l'épouse parait un peu mal lunée... On a quelques indices çà et là mais au lieu de piquer notre curiosité, ça entretient plutôt une sensation de frustration et même d'énervement par moments. Cet épisode inaugural donne en réalité l'impression d'avoir manqué un backdoor pilot qui aurait explicité les informations dont on a besoin pour s'investir... et éventuellement choisir son camps.

Car dans un premier temps, Michel passe pour le pauvre héros contrit et incompris, et Luce pour la mégère détestable, et dans cette version des faits, forcément, le spectateur a envie à plusieurs reprises de faire un gros câlin à Michel (le fait que Michel soit interprété par Claude Legault étant un facteur aggravant de ces soudaines envies de hug). En fait les femmes ont particulièrement le mauvais rôle dans l'épisode, alors que même la copine/épouse du pote râle parce que Michel a transformé leur chambre d'amie en porcherie, ou que la patronne du café se montre particulièrement désagréable vis-à-vis du pauvre homme. Cette position de victime, on mettra du temps à le comprendre, ne se justifie pas vraiment : c'est quand même Michel qui a trompé son épouse, mis les voiles vers une destination exotique, et qui revient le bec enfariné maintenant que le démon de midi affiche quatorze heures. Pas franchement le mec innocent envers qui les femmes du coin sont injustement féroces... In extremis, Luce aura même droit à quelques lignes de dialogues permettant d'établir qu'elle n'est pas totalement obtuse, et qu'elle voit encore un peu de bon dans cet homme.

Malgré tout, il n'est pas tout-à-fait mauvais, ce Michel. Il met une énergie louable à essayer de revenir dans la vie de sa fille, Léa (une adolescente qui aura une scène, et une seule, mais quelle scène, pour nous prouver le génie de son personnage), et à également retrouver le chemin de sa maison et de la quincaillerie que le couple possède. Et d'ailleurs, la quincaillerie a besoin de lui, et l'étage de la maison était sur le point d'être loué de toute façon, alors...

Evitant de justesse de tomber dans la caricature, Un sur 2 nous promet donc de voir comment la réconciliation va se dérouler entre Michel et Luce, impliquant leur fille malicieuse, et les amis pas toujours super objectifs. Malheureusement ce premier épisode un peu brouillon manque de vraiment nous entraîner dans une histoire qui nous touche.
A trop vouloir nous inciter à soutenir Michel, Un sur 2 évite énormément les vraies questions soulevées par le départ de celui-ci, et ne respecte pas la pluralité des points de vue, nous incitant à vouloir à tout crin une réconciliation qui ne va pas de soi. Il faut espérer que ce sera accompli dans les épisodes suivants, mais j'avoue que j'ai été assez refroidie par la trame de cet épisode qui, outre son évidente partialité, s'enfonce dans des contingences (logement, travail, etc...) qui font un peu perdre de vue l'essentiel, à plus forte raison parce que les solutions sont très rapidement évidentes de ce point de vue là. Il manque aussi à Un sur 2 un peu de tendresse dans sa façon de montrer les personnages et ce qui les tourmente ; sans aller jusqu'au travail magnifique réalisé sur Tu m'aimes-tu?, un peu plus de subtilité n'aurait pas été de trop pour montrer ce que traversent intimement ces personnages.

Cependant, on peut dire que c'est une bonne saison pour Céline Bonnier, qui trouve ici une deuxième série cet automne dans laquelle faire la démonstration de son talent (la première étant Unité 9 ; j'ai pensé à vous dire qu'il FALLAIT regarder Unité 9, je ne me souviens plus ?), et dans un rôle diamétralement opposé qui plus est. Et puis, Claude Legault...
Bon allez, d'accord, je tente un deuxième épisode. C'est bien parce que c'est vous deux.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 13:46 - Review vers le futur - Permalien [#]

31-10-12

Groundhog Christmas day

A ce stade, pour jouer franc jeu, je fais n'importe quoi. Il y a des pilotes, notamment dans le cadre du défi avec whisperintherain, que je n'ai toujours pas reviewés (à l'instar de Puberty Blues), et à côté de ça, j'en évoque d'autres dans les heures suivant leur diffusion. En toute sincérité, et comme d'ailleurs à peu près chaque saison, c'est le chaos total dans mon planning téléphagique. Mais qu'importe, car je suis aussi d'humeur à regarder un peu plus de comédies, et l'humeur, c'est très important pour apprécier une série à sa juste valeur.
Voici donc venue l'heure de parler d'A Moody Christmas, une comédie diffusée par ABC1 ce matin (enfin, ce soir si on se base sur l'heure locale ; les délices du décalage horaire en téléphagie !), et comme d'habitude, un lien vers le blog de mon co-reviewer whisper vous attend au bas de ce post à titre de comparaison.

AMoodyChristmas-Big

Beaucoup de monde fête Halloween aujourd'hui ; même en Australie où, comme en France, la fête a ses râleurs ("ce n'est pas notre tradition, c'est purement commercial !") et ses amateurs ("on s'en fiche, c'est marrant !"). Comme pour éviter le débat, ABC1 s'est piquée de lancer en ce même jour une comédie explicitement dédiée à Noël. Ca ne s'invente pas.

A Moody Christmas est l'histoire de Dan, un jeune photographe qui s'est expatrié à Londres, où il vit avec sa petite amie. Quand vient Noël, cependant, il prend chaque année la direction de l'aéroport pour partir retrouver sa famille à Sydney. Une famille comme il en existe tant d'autres, avec des personnalités variées, et tout plein d'histoires. Dan a deux frères et une soeur, et tous ont atteint l'âge adulte, mais chacun vit différemment et, être le seul à habiter désormais loin du domicile des parents, forcément, ça n'aide pas à s'intégrer alors qu'on est déjà le petit dernier de la famille.
Dans A Moody Christmas, nous allons suivre, chaque année, un Noël différent de la famille Moody, et donc un calvaire de plus pour Dan.
Car comme chacun sait, la famille, on ne devrait jamais la rencontrer pendant les fêtes de famille.

Dans ce premier épisode, toutefois, tout ne commence pas sur le ton de la plaisanterie : Dan pensait faire le voyage avec sa petite amie, or celle-ci le plaque là, juste avant l'embarquement (très classe, au passage). Triste, fatigué, et peu motivé, Dan fait donc le trajet jusqu'à Sydney où sa famille ne va lui laisser aucune seconde de répit, ce qui n'arrange rien ; et le délire de ces personnages hauts en couleurs qui composent son arbre généalogique va progressivement devenir intolérable pour lui.

Mais il n'est pas question ici, ou si peu, d'offrir des personnages unidimensionnels. Nombreux sont ceux qui au contraire, par leurs paroles autant que leurs actes, vont dévoiler quelque chose de très sincère sur les membres qui composent une famille. On est dans un contexte où tout le monde est réuni pour faire la fête, mais où chacun arrive avec ses antécédents, des dynamiques particulières, et des souvenirs à propos des autres. Quand la soeur de Dan annonce en grande pompe qu'elle est enceinte, et qu'elle et son mari en font tout un foin (oh, ça va finir sur STFUParents, ça...), craignant même d'être éclipsés par le fait que la mère de Dan a eu un cancer et qu'elle est en rémission, on a par exemple un moment très vif pendant lequel, en trois lignes de dialogues à peine, on fait vivre tout un tas de vieilles rancoeurs, de frayeurs familiales et d'ego froissés, et cela en dit long sur l'histoire de cette famille comme de ses membres. Le travail fait sur plusieurs minuscules scènes (le mari de la future-maman se versant à boire, l'oncle officier des douannes et sa façon de toujours placer des nationalités exotiques dans sa conversation, la grand'mère convaincue que ce Noël-ci sera cette fois vraiment son dernier Noël, etc...) permet de finalement raconter, en une journée, la dynamique de toute une année, de toute une vie.

Et du coup, ce qui est le plus surprenant dans A Moody Christmas, c'est que derrière le côté résolument comique et léger (le pauvre gars qui retrouve sa famille de fou dont il s'est soigneusement mis à l'écart le reste de l'année), derrière les tempéraments agités de beaucoup des membres de la tribu Moody, derrière les conversations incessantes typiques des réunions de famille où tout le monde se parle et prend des nouvelles dans une espèce d'hystérie collective des grands jours, se cache aussi une dramédie qui fait mouche.
Ainsi, la photo qui orne le mur de la maison parentale cache une histoire à la fois originale et extrêmement touchante, qui en dit, à demi-mots, énormément sur Dan. C'est même tellement sombre qu'on n'ose y croire, en fait, vu le contexte de l'épisode lui-même.

A Moody Christmas est bien plus qu'une comédie ; c'est une très intelligente radiographie d'une famille donnée, ne ressemblant à aucune autre, mais pas forcément éloignée des nôtres, qui sous les apparences humoristiques, exagérées ou parfois extrêmes (l'intrigue du frère qui veut absolument récupérer sa tondeuse chez le réparateur, qui est évidemment fermé en ce jour de fête), raconte quelque chose de très vrai sur la famille, et sur la famille dans un jour peu ordinair... mais pendant lequel il est difficile d'être la famille de carte postale qu'on n'est pas le reste de l'année.

Evidemment, je plaisantais plus tôt à propos du timing de la série, mais vu qu'elle va s'achever à temps pour Noël, elle va progressivement devenir plus de saison à mesure qu'on progressera dans... la saison. C'est certainement un des indices qui me laissent bon espoir pour la série, sur la progression à laquelle on peut s'attendre quant à sa façon de creuser les personnages, leur background et leurs relations passées, présentes et à venir.
Je ne pensais pas que ce pilote serait aussi solide sur le fond, même si sur la forme il est parfois légèrement bordélique, et au final, je ne suis pas loin du coup de coeur...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:54 - Review vers le futur - Permalien [#]