ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

05-02-13

Mobile, moyen... mais opportunité manquée

Pour changer un peu des pilotes américains, ce soir je vous propose de nous pencher sur une série canadienne ! Après tout, et même si The Americans s'est avéré sauver le mois de janvier, je me suis assez plainte comme ça, le mois dernier, du manque de séries enthousiasmantes aux USA, pour que, dans le cadre du défi que whisperintherain et moi-même avons relevé, on s'essaye à d'autres destinations !
Comme d'habitude, sitôt la review de mon camarade mise en ligne, je vous proposerai un lien au bas de ce post, mais en attendant, voici ma version des faits...

Motive

Il y a des acteurs et actrices pour lesquels on a une petite tendresse, venant du fait qu'on les croise de façon constante depuis des années. Dans le cas de Kristin Lehman, ça fait bientôt 20 ans que c'est le cas ; dans les années 90, il me semblait qu'elle faisait partie de ces acteurs qui tournaient dans le circuit en apparence fermé du fantastique et de la SF (il faut dire que le Canada, son pays d'origine, s'est amplement placé sur ce terrain). Impossible de ne pas connaître Lehman, quand bien même on ne formait pas nécessairement une haute opinion de son talent.
Mais pour ces mêmes raisons, pendant longtemps, elle n'a joué que les guests, les seconds couteaux et les faire-valoir féminins. Il lui a fallu près de 20 ans avant de pouvoir être l'héroïne principale d'une série !

C'est désormais chose faite avec Motive, le nouveau procedural de CTV qui a commencé dimanche soir au Canada, dans lequel elle endosse le rôle d'Angie Flynn. Avant que vous ne leviez les yeux au ciel, voici le concept de Motive : il ne s'agit pas de trouver l'identité de criminels comme tant d'autres séries similaires, mais plutôt de comprendre (comme le titre de la série l'indique) leur motif. La série se qualifie donc de "whydunit" (en référence au "whodunit"). Qu'est-ce qu'ils ont tous à se créer des genres ?!

Et en effet, dés le début de ce premier épisode, Motive nous dévoile l'identité de son criminel et celle de sa victime ; il ne s'agit cependant pas ici, comme dans un grande nombre de procedurals, de montrer soit le crime lui-même soit la découverte du corps, mais de montrer ces deux personnages dans leur vie de tous les jours. Naturellement, ces deux présentations ne suffisent pas à expliquer pourquoi le tueur deviendra tueur et pourquoi la victime devient victime, mais l'intention est en tous cas clairement posée de se tourner vers le contexte avant tout.
Même pendant l'inévitable séquence consistant à saisir les premiers éléments de l'enquête sur les lieux du meurtre, Motive va assez peu s'intéresser aux indices à proprement parler (la présence du coroner est plutôt prétexte à présenter une équipe haute en couleurs qu'à se baser sur les traces laissées), et va plutôt placer une partie de son suspense sur ce qu'il advient du tueur pendant qu'Angie et son équipe sont sur place, ou sur les réactions de la veuve de la victime. L'épisode est, très régulièrement, ponctué de divers flashbacks qui continuent d'apporter du contexte au meurtre, aussi bien côté tueur que côté victime.
Sans parler nécessairement de révolution, Motive se donne aussi du mal, à intervalles réguliers, pour nous surprendre par petites touches et ne pas tomber dans le cliché, qu'il s'agisse de la façon dont Angie se présente à nous, dans ses rapports avec ses collègues, ou dans la façon dont les faits antérieurs au crime vont se présenter ; apportant sans cesse des petites nuances, le pilote n'ambitionne pas de nous préparer à de grands retournements de situation (et ne le peut pas de toute façon, puisque nous avons été assurés dés le départ de l'identité des deux parties impliquées) mais plutôt de nous donner une vue d'ensemble des personnages impliqués, avec tout ce qu'ils peuvent avoir de complexe, et qui va peut-être parfois conduire la police sur une fausse piste ou au moins une mauvaise intuition.
Comme on est à la recherche d'un "pourquoi", il n'est pas gênant que le spectateur soit au courant avant la police de l'identité du meurtrier, ou de son sort une fois le corps découvert pendant que la police progresse lentement dans son enquête, puisqu'on est aussi, voire avant tout, là pour comprendre les personnages impliqués.

Motive, c'est aussi un exercice de style. Je vous le disais, l'épisode est truffé de flashbacks plutôt bien vus narrativement, mais surtout, c'est sur sa forme que la série s'essaye au maximum à paraitre moderne et esthétiquement poussée ; on retrouve notamment dans les scènes de nuit l'utilisation de filtres, de lumières dans tous les sens, de musique un peu électrisante, d'effets sonores divers, et ainsi de suite. La préoccupation de Motive est clairement de proposer un produit esthétiquement léché, même si à plusieurs reprises, la production semblera en faire un peu trop, et manquera, paradoxalement, d'une identité propre.
Reste que l'effort est bel et bien là et que ce premier épisode pose une ambition claire : essayer de rafraîchir un peu la narration, et le faire avec du style. On apprenait voilà quelques jours qu'ABC diffuserait la série aux USA cet été ; je ne suis pas surprise, j'aurais même tendance à dire que c'est dans cet objectif d'exportation que tant d'efforts ont été faits.

Alors, et Kristin Lehman dans tout ça ? Eh bien, avec son personnage à la fois professionnel et cool, sa façon d'entretenir des rapports détendus et d'échanger des plaisanteries avec tout le monde (et notamment son coéquipier Oscar Vega, un peu sarcastique mais également débonnaire), dans son rapport à son fils presque adulte, également, elle m'a rappelé l'héroïne de la série danoise Rita (dont, vous le savez, une version américaine est en projet pour Bravo avec Anna Gunn dans le rôle principal). Sans prendre les choses à la légère, sa décontraction permet de ne pas prendre les développements de l'épisode trop au sérieux, et cette attitude est d'autant plus nécessaire que l'épisode, avec son rythme rapide, ses flashbacks, et ses ruptures de ton régulières, on ne peut s'apesantir trop sur un personnage trop sombre. L'équilibre est trouvé, je dirais, surtout étant donné la structure de l'épisode.

Au final, Motive n'évite pourtant pas un certain nombre de passages obligés de la série procédurale, mais elle se donne du mal pour essayer d'apporter quelque chose d'un tout petit peu nouveau à un genre qui a été surexploité ces dernières années, et c'est quelque chose que j'ai envie de reconnaître et de souligner, tant c'est si rare. La résolution de l'enquête, et donc l'explication au meurtre, restent, paradoxalement, le gros défaut de ce premier épisode ; à défaut d'une révélation fracassante, un peu d'émotion n'aurait pas été de trop. C'est encore quelque chose que la plupart des procedurals sont incapables d'apporter, quand bien même ils placent l'humain au centre de leur intrigue, et c'est d'autant plus à regretter dans le cas de Motive, dont la méthodologie semblait être d'explorer les personnages plutôt que les preuves physiques.

Du coup, Motive reste assez consensuelle dans l'effet qu'elle provoque sur le spectateur, alors qu'elle avait tous les éléments en main pour l'atteindre et lui proposer une expérience réellement différente. Dommage, ça s'est joué à pas grand chose.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:26 - Review vers le futur - Permalien [#]

01-02-13

The trouble with Girls

Il n'y a pas si longtemps, j'évoquais brièvement la "malédiction de la saison 2", qui fait que j'abandonne souvent une série au début de sa saison 2. Le processus est loin d'être conscient, d'ailleurs, et j'ai mis pas mal de temps à m'en apercevoir (alors que ça s'est produit pour Nurse Jackie, par exemple, donc il y a bientôt trois ans). Je n'ai pas encore réussi à analyser ce qui fait que c'est à ce moment-là que je bloque et que j'élimine certaines séries de mon planning ; à la limite ça semblerait plutôt logique, si je tombe en désamour à l'issue de la saison 1, que je ne reprenne jamais la série, plutôt que je la reprenne et qu'au plus fort de son début de saison, je baisse les bras. Bon, en tous cas les faits sont là, ça m'arrive très souvent, et pas de façon consciente.
L'abandon, quand j'en prends vaguement connaissance, se fait d'ailleurs en général avec une mauvaise foi caractérisée : je m'auto-convaincs que je reprendrai la série plus tard. Ainsi, je n'ai vu que trois épisodes de la saison 2 de Game of Thrones, mais je me soutiens mordicus que je finirai par voir la suite.

Cependant, pour la première fois, je suis sur le point d'abandonner une série au début de saison 2, très consciemment, et bien décidée à ne plus jamais y toucher. Cette série, c'est Girls, et si vous êtes sûrs que les spoilers ne vous font pas peur, et que vous êtes à jour sur le visionnage de la série, je vous explique pourquoi juste après l'image.

GirlsDontComeEasy

Plus les épisodes passent, plus j'ai du mal avec la réputation d'authenticité de Girls.
C'était, et c'est encore, l'argument majeur de nombreuses éloges à l'égard de la série (dont l'immensément touchante review de la saison 1 sur DNES), et c'est également, à peu près chaque semaine, ce que je lis dans des critiques d'épisodes (pour vous donner un exemple, cette review hebomdaire de Girls dit de l'épisode de dimanche que "it was reminiscent of every creative New Yorker’s early 20s", "it’s incredibly believable", "as realistic as it is", "which is totally something that happens"... pour un seul "unrealistic !"). Ayant fraîchement passé la barre des 30 ans, je m'attendrais naïvement à être capable de reconnaître deux ou trois choses de véridiques dans Girls, si ce n'est à travers mon vécu, au moins dans celui de quelques uns de mes proches, mais rien à faire. La racine du mal tient sûrement dans le fait que je ne suis pas une New-Yorkaise, mais d'un autre côté, Lullaby non plus, alors, bon, je reste perplexe.

En quoi Girls reflète-t-il quelque chose de réaliste ? J'ai beau lire et relire les personnes qui le pensent, je ne parviens pas à comprendre leur point de vue (sans même aller jusqu'à le partager). Je suis sûrement une vieille conne, mais à quel point est-il universel de s'organiser un mariage surprise, de prendre de la drogue pour le boulot, etc., franchement, on ne vit pas dans le même monde Lena et moi, et le plus dérangeant pour moi est d'avoir l'impression que tout le monde voit cette authenticité sauf moi. C'est une expérience téléphagique propre à remettre les fondements de votre vie en question, pour un peu ; je sais que je suis pas exactement une hispter qui fréquente les book parties et les clubs au quotidien, mais à ce point ! Girls a plein de qualités, mais l'authenticité n'en fait résolument pas partie à mes yeux, et la persistance du reste de l'univers à le prétendre me met dans une situation très inconfortable quand je regarde les épisodes.

Et puis, il faut quand même dire que plus les épisodes passent, plus cette réputation relève du paradoxe. On pouvait encore croire à la sincérité du propos en saison 1, quand Lena Dunham écrivait sur ce qu'elle connaissait ; mais un an plus tard, alors que le succès s'est invité dans sa vie, on peut se demander comment Girls est supposé conserver cet ancrage soi-disant réaliste. Cette saison 2 en fait d'ailleurs encore moins démonstration que la première, comme pour confirmer que désormais, Lena Dunham écrit sur ce qui est pour elle-même de la science-fiction.

Le soucis qui s'ajoute à celui-ci est que j'ai de plus en plus l'impression que Lena Dunham fait de l'écriture automatique ; et je reste à convaincre que l'écriture automatique fonctionne pour une série (peut-être un film, je n'en sais rien). Ca semble un peu antithétique.
C'était souvent en saison 1 qu'il semblait n'y avoir pas de but, pas d'arc, pas de fil conducteur. Mais là c'est patent que Dunham s'assied, son ordinateur sur les genoux, et se dit "tiens et si dans cet épisode, un personnage se faisait arrêter ? Et si là un personnage se mariait ? Et si là Hannah essayait d'obtenir un dédommagement pour harcèlement sexuel ?". Et on n'en entend plus jamais parler ensuite ; rien n'a jamais de conséquence dans Girls, ni sur les personnages eux-mêmes (mais cela pourrait s'expliquer par le fait qu'ils vivent dans un monde très largement immature où il n'y a pas besoin de gérer la moindre conséquence) ni même sur ce qui leur arrive. Tout n'est qu'accumulation d'anecdotes bizarres sans aucun lien les unes entre les autres ; si bien que Girls pourrait aussi bien être une anthologie et chaque épisode pourrait sans grand mal être regardé de façon totalement indépendante.
Clairement, le mariage de Jessa n'a conduit à rien (l'actrice a quelque chose comment douze secondes d'antenne dans chaque épisode de cette saison, même si c'est pour sortir la seule phrase qui m'a fait applaudir Girls), pas plus que le dépucelage de Shoshanna, par exemple, comme si Dunham s'était lassée des personnages impliqués sitôt qu'ils ont franchi ce "cap" ; elles ne sont désormais là que pour servir de vague panneau indicateur dans la trajectoire de Hannah et Marnie.

Alors d'un côté, oui, Girls est loin des recettes rigides suivies narrativement par la plupart des séries, et sous cet angle, la série est créative et peut-être même révolutionnaire. C'est tant mieux. Il faut savoir apprécier une série qui se libère des carcans narratifs des autres, c'est si rare. Mais pardonnez mon esprit formaté, j'aime quand même regarder une série pour qu'elle me raconte quelque chose.
Or, on en est à une saison et trois épisodes, et je ne sais toujours pas, en définitive, de quoi parle Girls. Je n'ai aucune idée ni de l'histoire qu'elle raconte (il n'y a pas d'histoire en réalité, juste une accumulation d'expériences sans queue ni tête), et je n'ai aucune idée de vers quoi elle tend, pour ses personnages ou, allez soyons fous, son message général.

Beaucoup semblent dire qu'elle prétend à une certaine authenticité, mais rien ne me semble authentique dans, par exemple, l'expérience de Marnie chez l'artiste Booth Jonathan cette semaine, à la fois dans la situation elle-même, et dans les réactions de la jeune femme.

Je ne comprends tout simplement pas ces personnages. Je ne comprends pas comment Hannah et Marnie peuvent d'un côté passer leur temps à s'auto-analyser en permanence, et en même temps, à être si peu en phase avec ce qui leur arrive, à juste laisser les choses leur arriver pour ensuite s'en plaindre pendant des lustres. Cette auto-victimisation constante, déjà présente en saison 1, de personnages qui assistent à leur propre vie depuis le fauteuil du passager, pour pouvoir mieux critiquer la conduite, commence à franchement me plaire ; surtout que les personnages, et Girls ne s'en cache pas, sont d'une certaine hypocrisie avec eux-mêmes sur ce même point (on l'avait vu dans la fameuse tirade du "no one could ever hate me as much as I hate myself, okay. So any mean thing someone's gonna think of to say about me, I've already said to me, about me, probably in the last half hour", déchirante de mauvaise foi, et dans à vrai dire toute la dispute entre Hannah et Marnie).
Girls montre en somme, semaine après semaine, des personnages qui restent passifs et qui vivent au jour le jour... pour pouvoir ensuite se plaindre de tout ce qui ne se passe pas comme ils le souhaiteraient. Il n'est pas indispensable qu'une série mette en scène uniquement des héros qui obtiennent l'approbation du public, il devient par contre nécessaire, à plus forte raison alors que plus d'une saison s'est écoulée, que cette dynamique ait des conséquences pour eux. Quelles que soient ces conséquences. Pitié, des conséquences, n'importe lesquelles.

Peut-être que, parce que je ne sais pas m'identifier à une série (si, récemment, j'ai eu l'impression de m'identifier à Scrubs, comprenne qui pourra... d'ailleurs était-ce vraiment de l'identification dans le fond, comment le saurais-je puisque le sentiment m'est étranger), que je persiste à regarder Girls alors que je ne suis pas en mesure de recevoir la série.
Peut-être que, mon vécu étant ce qu'il est, je ne suis pas équipée pour trouver dans Girls quelque chose qui semble apparaitre comme évident au commun des mortels. Des séries comme Girls impliquent quelque chose chez les spectateurs qui n'est pas nécessaire dans un grand nombre d'autres séries ; son ambition (présumée ? est-ce vraiment l'intention de Dunham dans le fond ?) d'être sincère et authentique sous-entend une expérience commune avec les spectateurs, et ceux qui n'ont pas cette expérience commune, comme moi, devraient peut-être se résoudre à ne pas regarder Girls.
Peut-être que le sentiment d'inconfort que je ressens devant Girls, depuis plus d'une saison à présent, est en fait le signe que cette série n'est pas faite pour moi, quel que soit le buzz qui a lieu autour.

Pourtant, je trouve de bons côtés chez Girls. J'aime particulièrement les interactions entre les personnages, la façon dont leur nombrilisme s'exprime souvent à travers la façon dont ils se confrontent les uns aux autres, je trouve, pour le coup, qu'il y a quelque chose de très juste dans la façon dont les oppositions entre Hannah d'une part, et, à vrai dire, le reste de la planète de l'autre, marquent une incompréhension mutuelle totale. Hannah et Marnie, et dans une moindre mesure Elijah, Adam et les autres, sont profondément incapables d'empathie (même s'ils sont sûrement convaincus du contraire). Ils ont désespérément besoin de l'approbation des autres et sont proprement dépourvus de toute capacité à approuver qui que ce soit, et c'est quelque chose de très rare à observer à la télévision.
La plupart des héros de Girls sont dans l'auto-fiction permanente, se racontent des histoires sur eux-mêmes... dont les autres ne sont pas dupes, et cela conduit à des choses fantastiques, ponctuellement.

Tout conflit est foncièrement fascinant à observer dans Girls ; mais là encore, ce que j'aime dans un conflit entre deux personnages de fiction, c'est quand il influe ensuite sur eux. Or dans Girls, uand un personnage dit ses quatre vérités à l'autre, ce dernier ne les absorbe jamais. Par exemple, j'ai absolument adoré la conversation entre Elijah et Marnie, avant et après qu'ils "couchent ensemble" (même si entre nous soit dit, il a tout juste trempé un orteil... ça ne compte même pas), la conversation avait quelque chose de brut qui faisait plaisir. Mais en-dehors des conséquences pour Hannah, cette rencontre pourtant si atypique pour l'un et l'autre n'a semblé porter aucune conséquence profonde, aucune remise en question, même. Marnie tente-t-elle de se faire passer pour la personne qu'elle n'est pas ? Et dans ce cas, qui est-elle ? Le sait-elle seulement ? Aveugles à eux-mêmes, ils continuent de tracer leur route... et de coucher avec des artistes contemporains imbus d'eux-mêmes, dans le cas de Marnie.
Comment s'étonner qu'il soit si facile de marcher sur les pieds de Hannah ou Marnie quand elles-mêmes refusent de prendre le contrôle de leur propre existence ?

Il est possible que je ne sois pas supposée regarder Girls, que rien ne m'y destine, mais il y a toujours, comme en saison 1, des instants, éphémères mais bel et bien là, pendant lesquels je trouve Girls vraiment bonne, vraiment incisive. Mais ces instants sont noyés dans des épisodes qui me mettent mal à l'aise non pas de par le recours à la nudité, au sexe, à la crudité, aux substances variées, et ainsi de suite, mais parce que les personnages eux-mêmes vivent dans un état perpétuel de flottement éthéré et de détachement de soi qui m'empêche de vraiment réussir à leur trouver quoi que ce soit de terrestre, et moins encore d'authentique.

Je ne demande pas que les personnages de Girls deviennent "likeable", j'espère juste qu'un jour, je comprendrai en quoi ils sont "relatable". C'est en prenant conscience de cette recherche, de cette course qui est la mienne depuis la saison 1, que j'ai compris qu'il faudrait peut-être, à un moment, jeter l'éponge.
Et ainsi admettre que non seulement je ne suis pas dans la cible de la série, mais que Girls, ce n'est pas pour moi.

Posté par ladyteruki à 19:20 - Review vers le futur - Permalien [#]

31-01-13

Drowning together

Ca se sera joué in extremis : oui, le mois de janvier aura réussi à nous apporter une solide nouveauté, donnant enfin un renouveau d'intérêt au défi que whisperintherain et moi-même nous sommes lancé ! Mesdames et messieurs, standing ovation pour The Americans !

TheAmericans

Les fictions sur l'espionnage ne sont pas exactement mon sujet préféré : et pour cause, j'ai découvert il y a quelques semaines que j'en regardais en définitive très peu (il y a bien eu Rubicon mais plus j'y pense plus je suis à peu près sûre de m'en être détournée au bout de quelques épisodes et de n'avoir pas vu le dernier épisode). Mais quand, en décembre, je me suis risquée à en tenter plusieurs (aussi différentes que peut l'être la palette de nuances de Hunted à Spy, en passant par Spooks et Covert Affairs), je n'en avais trouvé aucune pour tout-à-fait m'électriser ; c'est désormais chose faite.

Pourquoi ? D'abord, parce que The Americans trouve le moyen de parler de la Guerre Froide sans se dérouler dans les années 60, auxquelles beaucoup de fictions ont recours en général, préfèrant revenir sempiternellement à l'époque de la crise des missiles de Cuba et autres faits très notables de l'opposition entre les USA et la Russie. Ecarter cette facilité, c'est d'une part une bonne chose en soi, mais cela permet aussi d'apporter un peu de lumière sur une partie de la Guerre Froide beaucoup moins évoquée dans les séries. Bien que The Americans s'autorise quelques ponctuels fashbacks antérieurs, une grande partie de son action s'intéresse aux années 80 (promis, on est loin de The Carrie Diaries) et s'intéresse au rebond des hostilités entre les deux grandes puissances, un axe qu'on est loin de connaître sur le bout des doigts. C'est donc une première chose.

Mais l'autre raison, la principale raison, de l'excellence de The Americans, qui m'a fait me lever et applaudir à la fin de l'épisode, c'est que les opérations secrètes des héros de cette série ne sont pas au coeur de ce pilote, et a priori pas de la série. The Americans, d'abord et avant tout, est une série dramatique.
Rien n'est passé à la légère dans cet épisode inaugural, et surtout pas la couverture de nos deux agents. Elizabeth et Phillip forment en effet un couple qui se fait passer pour des Américains on-ne-peut-plus moyens, vivant en banlieue, avec deux beaux enfants, et toute la collection de clichés qui va avec ; sauf qu'ils sont donc des espions russes placés là depuis des années, infiltrés dans la société, totalement insoupçonnables tant ils font partie du décor depuis toujours. Derrière l'aspect gadget de ce résumé de leur situation, se cache pourtant une richesse dramatique dans laquelle The Americans va abondamment piocher, revenant à la fois sur la façon dont ce couple s'est formé, la vie des agents avant qu'ils ne se rencontrent, le lien qui les unit dorénavant, etc... Ils forment une équipe et une famille, et l'épisode va bien garder cela en tête dés qu'il va se passer quelque chose, ces deux caractéristiques n'étant jamais traitées en prétexte mais plutôt en opportunité de faire ressortir des conflits entre les personnages, qui eux-mêmes ne sont que l'expression de leur conflit interne. Dans le premier épisode, le personnage d'Elizabeth semble légèrement avantagé, mais légèrement seulement, car en réalité ce pilote se fait fort de décrire une relation complexe, vaste et pleine de sinuosités entre deux personnes qui sont ensemble, qu'elles le veuillent ou non, et qui ont appris à le vouloir par la force des choses, et qui, peut-être, sont en train de découvrir que la force des choses ne fait pas tout.

Je ne veux pas trop vous en dire, mais ce que ce pilote accomplit avec ses deux personnages n'est rien d'autre que brillant et vibrant, l'émotion est impeccablement amenée et montrée ; et cela, tout en menant son intrigue de façon relativement complète du point de vue de l'espionnage. En effet, la mission au début du pilote est réglée à la fin de celui-ci, laissant toute la place aux épisodes précédents pour d'autres missions peu feuilletonnantes, tout en ouvrant la voie à plusieurs fils rouges issus de l'exposition elle-même. Pour moi qui ai une nette préférence pour les débuts de pilotes (c'est après tout là que tout se joue, et donc que l'on met souvent le paquet), le dernier tiers de The Americans est une absolue merveille. La montée en puissance de son intrigue, mais aussi, et surtout, de l'exploration de ses personnages, offres quelques grandes scènes à un cast qui, par ailleurs, est absolument irréprochable. J'aurais envie de vous décrire plus en avant ces scènes, ces développements, mais je ne peux le faire sans vous spoiler, et ça me ferait mal au coeur de vous casser la moitié du plaisir de découvrir progressivement les beautés de ce pilote.

Oh oui, vous pouvez croire le buzz. Tout ce qu'on vous en a dit est vrai. Avec une écriture fine et solide à la fois, une structure souple, d'excellents personnages incarnés par d'excellents acteurs, ce qu'il faut d'émotion, et beaucoup d'intelligence, The Americans s'annonce, c'est certain, comme une série avec laquelle il faudra sérieusement compter.

Ca me fait un plaisir immense que d'avoir ressenti tous ces frissons devant ce premier épisode, non seulement parce que ça n'arrive pas souvent en ce début d'année (ce qui est un peu douloureux quand je compare à l'excellent mois de janvier 2012), mais aussi parce qu'assez peu de séries ces derniers temps sont capables de me laisser pantoise sur mon fauteuil, la mâchoire pendante et les yeux humides, avec pour seule envie de me plonger dans du Phil Collins jusqu'à la semaine prochaine. Une semaine ?! Je ne tiendrai jamais.
...Mon Dieu. Un coup de coeur. J'avais presque oublié comment c'était !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:26 - Review vers le futur - Permalien [#]

30-01-13

They don't have a name for what it is

Je commence un peu à désespérer de ce mois de janvier américain, je vous l'avoue. whisperintherain et moi-même avons résolu de regarder puis reviewer un maximum de pilotes cette saison, mais parfois cela ressemble à un sacerdoce. Les déceptions se multiplient et du coup, à chaque pilote, les espoirs sont plus grands encore. Le pilote de The Following sera-t-il celui qui remontera la moyenne de cette morne mid-season ? Sans plus de suspense, la réponse...

TheFollowing

Soyons réalistes : l'écriture de séries, ce n'est pas de la médecine de pointe.
On ne saurait exiger des scénaristes, comme on le fait des praticiens, qu'ils aient une obligation de formation continue afin de se tenir au courant des dernières innovations. Oh, évidemment, on peut se perdre en conjectures, et imaginer que des séminaires gigantesques seraient organisés afin de disséquer la structure narrative expérimentale d'un collègue ; que des visiteurs scénaristiques viendraient régulièrement faire le tour des writers' room avec des échantillons de scripts ultra-performants ; et que, pour finir, les spectateurs maltraités par des épisodes piteux pourraient se retourner contre les scénaristes peu scrupuleux pour négligence caractérisée.
Mais nous ne vivons pas dans ce genre de société, et jusqu'à nouvel ordre, rien n'oblige un scénariste, ou une équipe de scénaristes, à se tenir au courant des "avancées" narratives des séries de la concurrence.

Mais tout de même. Il y a des questions à se poser sur une série qui aurait pu être écrite exactement de la même façon dix années plus tôt. C'est le cas de The Following, qui fait peu de cas de tout ce que le spectateur a pu voir, sur le sujet du crime ou pas, depuis. Et Dieu sait que des criminels, on en a vu défiler quelques uns !

Il est très triste, pour ne pas dire pénible, de voir une série s'intituler "following" et, par exemple, traiter aussi mal la façon dont son personnage de psychopathe a pu se créer un réseau de "suiveurs". Et ce n'est pas un point de détail : quand un enquêteur soit-disant très qualifié prétend que Joe Carroll a trouvé des admirateurs via "dedicated web sites, over a thousand blogs, chat rooms, online forums", il y a de quoi rester sceptique... Vraiment ? Et pas les réseaux sociaux ? Comment peut-on lancer un thriller moderne, une partie d'échecs avec un esprit extrêmement intelligent et machiavélique, et l'écrire encore comme si les moyens d'accomplir un plan ou de créer un réseau terrifiant sur internet étaient les mêmes qu'il y a une décennie ?
Ce n'est pas anodin parce que ce genre de choses montre combien The Following est peu engagée dans son sujet, celui dont elle porte le nom, celui de la quasi-secte qui se crée autour de son criminel ; la série tente juste de reprendre à son compte des recettes vue des dizaines de fois, le face à face entre Carroll, le criminel à l'intelligence dangereusement fascinante, et Hardy, le justicier brisé qui ne vit que pour son enquête ; il s'agit tout juste de les rafraîchir, et encore. Je n'ai à l'heure actuelle vu que le pilote de The Following, évidemment, mais je ne suis pas totalement convaincue de l'absence de redondance entre The Following et Hannibal, par exemple, tant le face à face me semble similaire pour le moment.
Ce qui devrait faire toute l'originalité de The Following semble n'avoir pas été vue comme un véritable outil, mais plus comme un gadget scénaristique permettant de cyloniser les "bad guys" de la série : attention, ce pourrait être absolument n'importe qui, et nous nous réservons le droit à tout instant de lever le voile sur une partie du réseau tentaculaire de l'ennemi de notre héros.
Dans cette perspective, The Following ne fait pas grand'chose d'autre que de jalonner son épisode inaugural de visages dont on finit par se douter, au bout de trois quarts d'heure, qu'on ne peut leur faire confiance (ce sera notamment le cas à la toute fin du pilote, d'une fénéantise à faire peur, et prévisible au possible ; c'est emmerdant, on parle là de la scène de fin du pilote, supposée donnée des frissons partout pour revenir la semaine suivante).

Sur un aspect similaire, les références assez peu fines et à peine plus subtilement infusées à l'oeuvre de Poe, martelées à n'en plus finir jusqu'à ce que le spectateur, exaspéré, brûle sa bibliothèque dans un ultime accès de rage, montrent le plus souvent que la littérature cauchemardesque de l'auteur a fait l'objet de lectures soutenues de la part des scénaristes, mais qu'il n'en a été fait aucune interprétation pour la série, plaquant l'oeuvre du romancier américain comme on plaque un diagnostic psychiatrique. La fiche de lecture est assez scolaire, à plus forte raison lorsqu'elle s'applique à du profilage : Poe écrivait ci, donc Carroll veut faire cela. Le ton professoral des enquêteurs donne de surcroît plus l'impression d'assister à un cours magistral que d'entrer dans la tête du tueur.
Il aurait peut-être fallu pénétrer réellement dans l'univers de l'écrivain, provoquer une immersion quitte à créer le malaise ; mais cela aurait impliqué trop de recherche esthétique, sans doute, pour que The Following ne s'y risque. On se contentera donc de quelques tirades littéraires un peu plaquées du genre : "He cut out his victims' eyes as a nod to his favorite works of Poe, The Tell-Tale Heart and The Black Cat. See, Poe believed the eyes are our identity, windows to our soul. To classify him as a piquerist would be... too simplistic".
Que The Following ne parte pas du principe que son spectateur connait Poe sur le bout des doigts est une chose (dont je la remercie, car moi-même ne me pose pas en experte), mais qu'elle se contente de quelques poncifs strictement pédagogiques n'aide pas vraiment à se mettre dans l'ambiance. Or, l'ambiance, dans un thriller, n'est-ce pas supposé être important ?

Ce n'est pas que The Following n'ait que des défauts, cependant.
Même si ses personnages sont posés très exactement là où on les attend, avec un héros abimé et à peine fonctionnel qui va quand même reprendre du service, et un monstre poli et cultivé qui charme son prochain aussi sûrement qu'il espère le dépecer, avec une rimbambelle de seconds rôles transparents, ces personnages parviennent à se trouver quelques scènes réussies.
En particulier, Ryan Hardy, incarné par Kevin Bacon, a quelques bonnes scènes assez émouvantes que je ne m'attendais pas de trouver avec un tel degré. Ce personnage conçu pour être cassé d'emblée s'étoffe grâce à la pratique fréquente des flashbacks, parfois un peu brutaux dans la façon dont ils sont amenés sur le tapis, mais plutôt bien construits pour glisser un doigt prudent sur les craquelures du héros et sentir les aspérités de sa carcasse blessée. Ces séquences fonctionnent parce que The Following réussit en fait plutôt bien en matière de drama, rendant son personnage accessible au spectateur, ce qui compense pour l'aspect thriller sans surprise que j'évoquais plus haut. Le rapport que Hardy entretient avec plusieurs figures de la première enquête autour de Carroll, essentiellement féminines, est montré sous un angle qui parfois parvient même à être touchant. Vu le rythme enlevé de l'épisode, les flashbacks réguliers à différents moments de la timeline du héros, et le nombre de personnages introduits en général, on pourrait presque parler de prouesse tant cela n'était pas franchement garanti d'emblée. Et c'est tant mieux, car c'est la seule et unique raison pour laquelle le final de l'épisode parvient à arracher quelque émotion au spectateur.

Cependant, là encore et même là, il y a quelques bémols. En-dehors du duo central formé par les némésis Hardy/Carroll, les personnages qui gravitent autour d'eux sont creux et transparents ; chacun se conforme à son stéréotype, la fliquette dure, le jeune chien fou passionné, etc... Le problème c'est que ces personnages n'ont pas l'honneur d'un approfondissement tel que celui dont Hardy profite, et à travers lui, Carroll.
Les personnages féminins, en particuliers, sont d'une énorme lourdeur : la pseudo-partenaire mal lunée qui ne se laisse pas faire et garde le regard froid, la victime perpétuelle qu'il faut à tout prix protéger, et l'ancien amour pour lequel la passion brûle toujours. Si l'un ou l'autre de ces personnages (pourtant pas trop mal castés à vue de nez) peut offrir la moindre profondeur à l'avenir, ce sera un véritable élément de surprise (mais j'ai cru comprendre qu'au moins l'un de ces personnages n'était déjà plus présent dans l'épisode 1x02 ; on verra). Non qu'une série se juge à l'aune de ses personnages féminins, évidemment, mais l'abus de cliché nuit gravement à la santé.

Bien plus consensuelle qu'elle ne veut bien l'admettre, The Following n'a pas beaucoup à offrir au spectateur exigeant.
Elle remplit son office, bien-sûr : c'est la moindre des choses. Le pire qui puisse lui arriver est de perdre son efficacité, toute balisée soit-elle par les codes du genre.
Mais pour le reste, on peut se brosser : aucun passage de ce pilote ne fait la moindre démonstration d'une envie de nous couper le souffle ou de nous retourner, si ce n'est à travers quelques visions cauchemardesques et souvent sanglantes qui, je suis au regret de vous le dire, ne m'ont pas émue (par contre je me suis tordue d'horreur devant Utopia, donc je pense pouvoir avancer que ça ne vient pas du fait que je sois blasée). Il n'y a pas de concept foudroyant derrière The Following, il n'y a pas non plus, pour autant qu'on puisse en juger ici, de bouleversement dans la façon de conduire l'investigation, il y a simplement l'envie de faire du neuf avec du vieux.
D'aucuns s'en satisferont, je n'en doute pas. Mais je n'en ferai pas partie.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:28 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-01-13

Do no good

Êtres-vous prêt pour un nouveau pilote ? whisperintherain et moi-même continuons notre exploration de la saison, en espérant que les choses s'améliorent un peu par rapport aux semaines précédentes : la mid-season a été morne jusqu'à présent.
Enfin, ce n'est que mon point de vue : celui de mon camarade (dont vous pourrez juger en cliquant sur la bannière au bas de ce post) peut très bien être radicalement différent...

DoNoHarm

La série britannique Jekyll a-t-elle jamais été diffusée aux Etats-Unis ? Je n'en ai pas trouvé de trace, en tous cas. Cela expliquerait pourquoi un remake officieux prendrait forme sur les écrans américains en ce mois de janvier, profitant de l'ignorance du grand public d'outre-Atlantique (qui, il est vrai, n'a commencé à se passionner pour les séries britanniques que très récemment via Doctor Who et Downton Abbey, et encore, sur des chaînes du câble) même si très franchement, si c'était pour faire ça, ce n'était pas la peine d'attendre 5 ans.

Oui, Do No Harm a quelques points forts, le principal étant visiblement le budget (on se prend à rêver à ce que des créatifs européens feraient avec le budget de certaines séries de networks américains) et peut-être, non, bon, essentiellement le budget. Enfin... je dis ça, mais il doit y avoir quelques bons côtés à cet épisode, parce que je ne me suis pas non plus trop ennuyée pendant le pilote, que j'ai regardé jusqu'au bout et sans me faire les ongles, ce qui tend à indiquer que je n'ai pas passé les pires 40 minutes de mon existence, ni même de ce mois de janvier.
Le problème, c'est que Do No Harm est très consensuelle ; à plus forte raison si on a vu Jekyll, donc.

Il aurait pu être intéressant de savoir comment le docteur Jason Cole avait découvert l'existence d'un "double" appelé Ian, avec qui il partage son enveloppe corporelle ; au lieu de cela, le pilote va totalement faire l'impasse dessus, et tient le fait pour acquis à un tel point que plusieurs personnages qui passeront dans l'épisode sont déjà au parfum, tandis que le spectateur ne l'est pas trop (il aurait pu être un brin pédagogique, malgré le cliché narratif que cela représente, de faire en sorte que quelqu'un découvre cette étrange colocation dans le premier épisode, histoire de nous donner une chance d'accéder à la backstory... eh oui, les clichés narratifs ont parfois une raison d'être !). Mais pas du tout.
Le spectateur est, à la place, immergé dans un monde où le fragile équilibre trouvé par Jason pour tenir Ian à distance va se trouver rompu ; là encore, le soucis c'est qu'on connait mal cet équilibre. L'épisode nous montre d'entrée de jeu un médecin stressé, surveillant sa montre en permanence, qui en est encore à venir chaque jour récupérer une dose d'un puissant anesthésiant (ou quelque chose du genre) auprès d'un collègue qui le fournit illégalement. Mais le système est déjà fragile et bien précaire, si bien qu'au lieu d'introduire une rupture ("Ian devient incontrôlable"), l'épisode renvoie une impression brouillonne.
Quand Ian rompt effectivement la trêve, comme c'était prévisible, c'est là encore grâce à quelque chose qui apparait plutôt comme un coup de tête scénaristique, plutôt que parce que quelque chose couvait : il a développé une résistance au fameux anesthésiant. Mais comme en réalité on n'a jamais vu fonctionner le médicament en question, il n'y a aucun effet avant/après. Voilà donc Ian qui s'invite dans la vie de Jason pour, évidemment, la lui pourrir, sans créer la moindre émotion de notre côté de l'écran. Et certainement pas de la surprise.

Ce sera tout l'enjeu de Do No Harm : montrer comment les deux hommes vont jouer une partie d'échecs avec le corps qu'ils se partagent, et donc la vie qui est la leur, aux yeux des observateurs extérieurs.

La partie en question aurait de l'intérêt si Do No Harm ne tentait pas, avec l'énergie du désespoir, de faire passer l'un des deux hommes pour le "gentil" et l'autre pour le "méchant" de façon très manichéenne ; il y a d'un côté la victime, celui qui en plus est médecin et gentil et prévenant et inquiet, et de l'autre côté, le sadique, le bourreau, la bête, le jouisseur qui ne pense qu'à sa pomme. On aurait pu espérer qu'à défaut d'être d'une folle originalité sur la forme, Do No Harm aurait trouvé un moyen moins moralisant d'employer le fameux thème de Jekyll et Hyde (un peu comme Awake, finalement, a pu le faire de façon détournée), mais ce ne sera pas pour cette fois. Jason a le jour, le bien, le coeur brisé ; Ian a la nuit, le mal, l'égoïsme. Pourquoi Jason n'a-t-il pas de travail (même s'il aurait pu être malhonnête ou dégradant, à la rigueur), d'amis (je ne m'attendrais pas à ce qu'il entretienne des relations amoureuses, mais au moins un pote, quelque chose), etc ? D'accord, ça fait 5 ans qu'Ian est systématiquement dans le coaltar, mais avant ça ? Cette façon si caricaturale d'envisager l'identité de chacun empêche de vraiment donner un enjeu à la série : moi aussi, si on me droguait depuis plusieurs années, j'aurais des pulsions de vengeance en me réveillant.

Qui plus est, les scénaristes emploient la "mauvaiseté" d'Ian de façon totalement opportune vers la fin de l'épisode, afin qu'Ian se trouve tout de même au service de Jason et donc du bien. Quel est l'intérêt d'une confrontation qui tourne de cette façon dés le pilote, sans que le bras de fer n'ait été très long ou difficile ?
Car oui, en plus de sa vie compliquée (et ce n'est pas rien que d'avoir seulement 12h d'existence chaque jour), Jason est un tellement bon gars qu'il joue les assistantes sociales auprès des cas qu'il rencontre à l'hôpital, souffrant du syndrome si télévisuel du workaholisme. Genre le mec, il s'emmerde en fait ! Do No Harm insiste absolument pour passer énormément de temps dans la partie médicale de son contexte, alors que rien d'original n'en sort, et que ça n'ajoute rien à notre affaire.

Alors Do No Harm n'est pas mauvaise, non. Le rythme est bon, le cast se défend à peu près, et globalement, il s'agit d'une production décente. Mais le manque de courage de la série sur son thème, ses personnages, et même la façon dont elle veut nous présenter le déroulement de son histoire, ne donne vraiment pas envie de lui donner une chance et de développer un quelconque aspect, qu'il soit dramatique ou mythologique.
C'est un pilote "propre". Ca n'enflamme pas les téléphages, les pilotes propres, ni dans un sens ni dans un autre. Je ne me vois pas lapider la série plus que je ne m'imagine en dire du bien. Reste à voir si le grand public accrochera ; parfois ça se joue sur un coup de bol. On verra bien mais, quel que soit le sort de Do No Harm, ce sera sans moi.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:36 - Review vers le futur - Permalien [#]

21-01-13

Les années 90 ont appelé, elles veulent qu'on leur rende Banshee

En ce mois de janvier, pour le moment, l'Amérique ne nous a donné qu'assez peu de pilotes enthousiasmants. Attendez, je m'avance peut-être un peu, laissez-moi consulter les derniers posts mis en ligne... Legit, Second Generation Wayans ? Non, c'est bien ce que je disais.
Mais whisperintherain et moi-même n'allons pas nous laisser abattre (...pas vrai, whisper ?), et voici aujourd'hui une nouvelle review de pilote, vaillamment écrite en bravant le froid, la neige, et l'ennui.

Banshee

Comme dans les parages, on essaye de ne pas être sexiste, je ne vous dirai pas que Banshee est une série sévèrement burnée. Mais il ne fait nul doute qu'elle a été pensée comme ça, en tous cas. Le public de Cinemax n'étant apparemment pas d'une grande finesse, il fallait apparemment que quelqu'un, Alan Ball pour ne pas le citer, se dévoue pour leur traduire Justified ou même Longmire pour mal-comprenants.

Pas de méprise : Banshee n'est pas une odieuse merde. Au contraire, il y a deux-trois relatives bonnes idées, tout bien considéré. Mais clairement, l'innovation n'était pas dans son cahier des charges. Par contre, les charges de C4, si.

Tout commence avec la sortie de prison d'un mec qui ressemble à s'y méprendre à l'enfant illégitime de Chris Pine et Scott Speedman. Visiblement avare de ses mots, il fonce ni une ni deux dans le salon d'un... est-il supposé être un ami ? Est-il supposé être travesti ? Est-il supposé avoir du goût ? Ce n'est pas clair. Notre homme n'a en tous cas qu'une idée en tête : trouver une adresse, qu'apparemment l'autre essaye de lui cacher. Et bien que notre ami travesti de bon goût (ou pas, d'ailleurs, vu qu'il s'appelle Joe) tente de l'en décourager, c'est sans effet sur notre héros qui décide donc de prendre la route et rejoindre ladite adresse, qui, apprend-on, est celle d'une femme. Mais à peine se met-il en chemin qu'il est suivi par deux hommes étranges qui tentent de l'en décourager à leur tour, sauf que eux, c'est en lui tirant dessus. S'en suit une course-poursuite au centre-ville avec explosion de bus et tout le tralala. Heureusement, notre héros en réchappe et taille donc la route.
L'air de rien ça doit bien faire 10 minutes qu'on regarde Banshee, et on ne sait rien du personnage principal, surtout qu'il n'a ouvert la bouche que deux fois (le reste du temps, son visage est plus qu'impassible, et il s'exprime en martyrisant du matériel informatique ou en volant une moto). Si quelqu'un a dit son nom à voix haute, je ne l'ai pas entendu. Et surtout, on n'a pas la moindre idée sur la personne qu'il veut trouver, ni pourquoi, ni du coup pourquoi on veut l'en empêcher, ni même pour quoi il vient de faire de la prison.

Inutile de préciser qu'à ce stade, on comprend qu'on est là pour les explosions et les yeux fixes de Chris Speedman, et ça s'arrête là. Autant se faire une raison.

FAUX ! C'est quand Scott Pine arrive dans le bled paumé de Banshee en Pennsylvanie, en plein pays Amish, que les choses commencent à devenir intéressantes. Et pas que parce qu'on est en pays Amish (mais ça joue).
Après avoir tenté de retrouver la femme qu'il cherchait avec tant d'énergie au début du pilote, dont on comprend qu'il l'a aimée et qu'accessoirement il lui a laissé une petite fortune en diamants qu'ils ont volés ensemble (ah, c'est bien, ça répond à une question du pilote, déjà), sauf qu'elle ne les a pas et que, oh oui, il y a un détail aussi, elle s'est mariée pendant qu'il était en prison et a eu deux enfants.
Retour à la case départ, donc, pour notre ténébreux héros apathique, qui va donc noyer sa déception dans un bon whisky, comme un vrai homme. Mince, c'est vrai, on avait dit pas de sexisme. C'est dans le bar pouilleux du coin qu'il va rencontrer un vieux Afro-Américain, dont l'interprète ne doit son emploi qu'au fait que Morgan Freeman n'était pas tellement dans la bonne fourchette de prix de Cinemax.
C'est donc là que les choses se précisent car deux vilains méchants font irruption dans le troquet pour en racketter le patron, au nez et à la barbe de Scott Pineman et d'un autre client présent sur les lieux, le futur shérif de Banshee (mais il commence seulement lundi). S'en suit une nouvelle scène de baston où Chris Speedine se comporte en héros (même s'il le fait sans cligner une seule fois des yeux, parce qu'on lui a dit qu'il les avait beaux comme des pectoraux), et du coup, voilà notre brave type en train d'enterrer secrètement le cadavre du futur shérif... quand le téléphone du défunt sonne : c'est juste pour vérifier si tout va bien et s'il est prêt à prendre son poste ! Toujours sans ciller (c'était visiblement dans son contrat), notre ancien détenu va donc accepter d'endosser le rôle du shérif, prenant l'identité de Lucas Hood. OH MON DIEU CA Y EST IL A UN NOM ! Bon c'est pas le sien, mais ça aide quand même pour les reviews.

Grâce à ce léger mouvement de scénario qui prend un peu par surprise ceux qui piquaient du nez en pensant qu'il n'y aurait que des scènes d'action, Banshee sauve légèrement la face. Lucas Hood va donc devoir se faire passer pour un homme de loi, évidemment il prend ses fonctions dans la ville où vit son ex et les enfants que soi-disant elle a eu bien après qu'il ait été en prison (mais bien-sûr !) et où elle vit avec son mari, tout en mettant à profit ses compétences et connexions avec un monde pas très recommandable (dont Joe le tranvesti, qui a un collier qui envoie du bois, je vous laisse découvrir ça, mais qui surtout est capable de lui faire toutes sortes de faux-papiers pour qu'il devienne officiellement le vrai Lucas Hood). Tout cela en gardant à l'oeil le Tony Soprano local, un homme détestable qui s'appelle Proctor et qui tient en respect toute la ville de Banshee avec quelques hommes de main peu recommandables, tout en étant le plus affable possible avec chacun. La seule personne qui à ce stade connait le secret de Lucas Hood est ce bon vieux succédané de Morgan Freeman, qui ne va pas le trahir parce qu'il a aussi fait de la prison avant et qu'il comprend. Et par-dessus le marché, il est cherché par la mafia bulgare.
Si avec tout ça, Banshee vire au bête procedural, franchement, je plaque tout et je pars faire du fromage de chèvre dans le Larzac...! Forcément le Larzac.

Bon, clairement, Banshee n'a pas inventé l'eau chaude. J'aurais presque envie de dire qu'elle ressemble bigrement à une série des années 90, genre Le Rebelle, ce que tendent à confirmer les scènes de baston, l'épaisseur du personnage principal, et les choix esthétiques de Joe. Mais grâce à l'emprunt d'une fausse identité par son héros, les questions autour de son ex (qui, ah oui je vous ai pas dit, est mariée au procureur du coin ; joie) et potentiellement de sa marmaille, et les rapports avec Proctor, Banshee promet un peu plus qu'un format répétitif qui pue du script.

Pour être sincère, dans ce cocktail, finalement c'est Lucas Hood qui se retrouve être le plus ennuyeux de tout l'épisode ; il est creux, ne semble pas avoir de background si ce n'est qu'il sort de prison, n'exprime aucune forme d'émotion (c'est son ex, pourtant mariée et heureuse en ménage, qui pense encore à leurs étreintes passées ; ah oui parce qu'évidemment il y a quand même une scène vaguement sexy, il faut justifier d'être sur le câble), et si encore il avait de l'humour, ça passerait, mais comme "Lucas Hood" doit avoir prononcé un grand maximum de 200 mots dans tout le pilote, ça semble difficile à apprécier pour le moment. Je comprends bien que pour le viril public de Cinemax, il est supposé représenter le point d'entrée, le héros universel auquel on peut s'identifier (on est humble comme ça quand on regarde Cinemax !), et donc moins il a de caractéristiques trop particulières, mieux c'est. Mais même un personnage universel et passe-partout peut avoir, vous savez, ce petit truc qui s'appelle de la personnalité. Bon déjà il a des yeux clairs et de beaux pectoraux poilus, on peut pas tout avoir dans la vie.

Mais pour ceux de ma génération qui ont grandi devant les séries d'action pas trop compliquées qui envahissaient les écrans à une époque (et le public de Cinemax est pile dans la bonne tranche d'âge), nul doute que Banshee remplit parfaitement sa mission d'être pas trop prise de tête, pas trop intelligente, pas trop raffinée. Qu'importe le grain, pourvu qu'on ait l'ivresse ! Il s'agit avant tout de passer une heure à gratter les co-... pardon, se gratter les attributs génitaux de votre choix, en regardant un truc qui bouge, qui fait du bruit, et avec un petit téton qui frétille ici et là éventuellement.

Cependant, de vous à moi, et cette dernière phrase est à prendre sur le ton de la confession, avec toute l'indulgence que ça implique... je commence un peu à me demander si Alan Ball n'a pas sous-traité l'écriture de Six Feet Under.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:41 - Review vers le futur - Permalien [#]

19-01-13

Message d'avertissement

Comme vous le savez maintenant, parce que ça fait quelque chose comme six mois, whisperintherain et votre serviteur s'aventurent à tester tous les pilotes de la saison, puis à venir les reviewer pour vous, histoire que vous sachiez dans quoi vous mettez les pieds quand vous n'avez pas décidé si vous alliez les regarder à votre tour. J'aime voir ça... comme une mission de salut public. Dans le fond, nous sommes des veilleurs, et nous sommes là pour tirer le signal d'alarme quand un pilote est réellement mauvais. Je ne sais pas pourquoi je parle de mauvais pilote, d'ailleurs.
Ah, si, ça me revient : je voulais qu'on parle de Legit ce soir.

Legit

Parfois il m'arrive d'avoir l'illusion d'être bon public en matière d'humour trash. C'est une croyance que j'ai héritée de quelques visionnages de trop de séries comme Action!, et hélas, j'entretiens cette auto-fiction depuis lors. J'en suis la première victime, croyez-moi. Parfois je lance un pilote où l'humour est franchement de mauvais goût, et je m'attends à aimer, mais pas du tout. Parfois ça marche encore, cependant, alors ça fait perdurer le mythe et c'est encore pire.

Avec Legit, curieusement, j'étais dans les deux situations. A certains moments, j'étais tellement mal à l'aise que j'étais à un clic d'éteindre l'épisode et juste oublier que j'avais vu ce pilote. Et d'autres fois, j'ai sincèrement ri.

Le passage le plus difficile de ce premier épisode a été... le début. Un début de pilote, c'est un moment important, qu'il ne faut pas rater ; quand un début de pilote est raté, il faut le dire, et c'est le cas de Legit. C'est lamentable. La scène au service de l'immigration traine en longueur et n'est pas drôle.
Clairement, l'épisode a commencé volontairement sur cette scène histoire d'annoncer la couleur tout de suite, et de frapper un grand coup, indiquant ainsi dans quel type d'humour on était. Sauf que ce n'est pas juste une blague de mauvais goût, c'est une blague de mauvais goût pas drôle... Ce sont les pires.

Fort heureusement, à partir du moment où Jim commence à s'occuper de Billy, le frère de son meilleur ami Steve, les choses commencent à s'arranger. Enfin, disons... ponctuellement. Il y a des passages où la blague continue d'être de mauvais goût et pas drôle, mais il y a aussi des moments sincèrement drôles, notamment parce que Billy est joué par D.J. Qualls qui derrière son apparence maladive (ainsi que le prouve son CV) cache un solide comique.

Il y a dans le seul pitch de cet épisode beaucoup de choses qui sont douteuses ; après tout, il s'agit d'emmener un paraplégique sur le point de mourir dans un bordel afin qu'il se fasse dépuceler avant de rencontrer son Créateur. Pas très classe, il faut l'admettre. Mais étrangement, le road trip qui s'en suit est à la fois drôle et touchant, et il y a de vrais bons moments même pendant la séquence avec les prostituées... même si tout cela est en minorité, noyé dans un épisode pas franchement futé. Et quand c'est drôle, c'est essentiellement parce que, même quand Jim Jefferies met à côté, les moues de D.J. Qualls remettent tout de suite la bonne ambiance (un peu aidées par le montage, certes).
En fait, plus j'y pense, plus c'est à Qualls et non à Jefferies qu'il faudrait offrir d'avoir son propre show, mais bon...

Alors on passe l'épisode dans une situation d'inconfort, avec, parfois, un rire qui s'échappe, dont on aurait presque honte, pour un peu. Mais personne ne nous regarde, alors ça va.

Même quand on a traversé tout ça, au final, Legit reste assez peu claire sur ses intentions. On sait juste que Jim est un connard fini qui veut vaguement essayer d'être un chic type (il le fait parce qu'il espère que ça lui permettra de faire tomber les filles, bon, c'est une raison qui en vaut une autre...), mais l'épisode n'est pas très clair sur la structure à attendre derrière : va-t-il dorénavant uniquement être bon vis-à-vis de Billy (et tirer partie de son statut de paraplégique pour attendrir les femmes) ou essayera-t-il d'aller au-delà ? En tous cas on n'est clairement pas dans un épisode de My Name is Earl, ça c'est clair ; le personnage n'est pas spécialement motivé pour améliorer ses actions, il n'y a ni évènement déclencheur qui l'y pousse initialement, ni vague gimmick pour lui rappeler sa bonne résolution ensuite, et puisqu'on en est à faire des comparaisons, le personnage n'a rien de sympathique et son meilleur ami Steve n'a rien d'un sidekick amusant non plus.

Au final, en dépit d'un très mauvais démarrage, et de passages parfois tombant à côté de la plaque, le pilote de Legit est... regardable. Tout juste. Disons qu'il y a deux, peut-être trois scènes qui méritent d'être vues. Mais je ne continuerai pas à regarder la série, ça c'est sûr. Qu'on soit bien clairs : les termes du défi, c'est juste regarder le pilote ! Hors de question que je m'en inflige plus.
Vous voilà prévenus.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:59 - Review vers le futur - Permalien [#]

18-01-13

Et en plus c'est génétique

Il arrive, au cours du challenge que whisperintherain et moi-même nous sommes lancé, que vienne une envie de "joker", ces pilotes que nous n'aurons pas à reviewer et, si nous nous y prenons bien, peut-être même pas à voir. Le problème du joker c'est qu'il nécessite que nous soyons tous les deux d'accord à son sujet... Quand je me suis retrouvée devant le pilote de Second Generation Wayans, mon premier réflexe a été d'ouvrir un message vierge et de prendre mon plus beau clavier pour suggérer à mon camarade de faire l'impasse.
Et puis j'ai réfléchi. On ne peut pas zapper un pilote pourri juste parce qu'il est pourri. Parce que ça voudrait dire qu'on ne parle que des bonnes séries. Alors j'ai refermé ma fenêtre sans rien envoyer, et on est partis pour Second Generation Wayans...

SecondGenerationWayans

C'est inévitable. Le même rêve. Je vole au milieux des étoiles, droit sur le soleil. Seule. Toujours seule. Je deviens consciente, comme une prémonition, que le soleil est sur le point d'exploser.*
Et là, apparait Damon Wayans.
Voilà : donc c'est un cauchemar. Et je me réveille en nage, les trempes battantes, le regard exorbité, le souffle court. Damon Wayans, quoi.

Damon Wayans est pire que les zombies, parce que les zombies n'écrivent pas leurs propres blagues ; ils partagent pourtant la même activité cérébrale. J'ai encore des réminiscences terrifiées de Ma Famille d'abord, et je crois que rien ne peut vraiment vous aider à vous en remettre complètement. Marlon et Shawn, encore, bon. L'encéphalogramme est plat, mais le risque de tomber par hasard sur un de leurs films en zappant  sur M6 à 20h était assez peu élevé. Mais Damon Wayans... jamais je pourrai lui pardonner ce qu'il a fait à mes neurones, jamais.

Alors vous vous doutez bien que découvrir une deuxième génération de Wayans sur mon écran, ça ne me rassure pas trop. Ca avait commencé avec Happy Endings, un bout dans le pilote de New Girl, cependant ça restait soft, quelques minutes au milieu de nombreuses autres scènes, ça pouvait encore être tolérable ; mais là, Second Generation Wayans, c'était la promesse de Wayans non-stop, partout, où que le regard se porte.
Avec comme innovation majeure l'idée que, n'ayant pas réussi à décrocher une émission de télé réalité, les rejetons Wayans vont faire mine de tourner une fiction (fiction mon f-... ! pardon). Craig et Damien Dante s'interprètent donc eux-mêmes, ainsi que d'autres membres de la garde rapprochée des Wayans, comme George Gore III... déjà dans Ma Famille d'abord. Je vous le disais, c'est un cauchemar.

Se plaignant à longueur d'épisode de vivre dans l'ombre de leur famille (mais n'hésitant pas à faire reposer tout le concept de leur série sur leur nom et les apparitions de membres de la famille plus fameux, ou simplement de leurs photos), les deux cousins arpentent Los Angeles avec la solide impression que tout leur est dû, qu'ils devraient trouver le succès.
Pourquoi ? Nul ne le sait. Que savent-ils faire, au juste ?
En tous cas pas jouer la comédie, si ce pilote est la moindre indication sur le sujet. La séquence pendant laquelle les deux cousins sont supposés s'engueuler est d'une mollesse verbale incroyable ; je n'avais plus vu un tel talent pour la comédie depuis que Paris Hilton s'est retirée du monde hollywoodien (mais elle a tourné dans quelques épisodes d'une émission danoise récemment, alors il ne faut jurer de rien). Illustrant tout ce qu'ils aimeraient décrier, les deux jeunes hommes sont vaniteux, paresseux et dénués de toute énergie créatrice ; il faudra en fin de pilote l'intervention de George (au sujet desquels on recycle d'ailleurs les blagues de Ma Famille d'abord), pour qu'ils se prennent en main, presque à contre-coeur. C'est que, jusque là, c'était justement la famille Wayans qui leur trouvait leur boulot et leur apportait tout cuit dans le bec...

Rien n'a d'intérêt dans cette série, mais comme ce sont des Wayans, les héros paradent comme des coqs, s'inventent des relations (comme avec une assistante qui les adore à un tel point qu'elle plaque sa nouvelle vie sympa pour redevenir leur nounou) qui ne parviennent pas à les rendre plus humains ou au moins intéressants, et au final, Second Generation Wayans est d'une grande vacuité. On se demande pourquoi quelqu'un a pris la peine de scripter tout cela, vraiment.

Le problème des cauchemars, c'est que rien ne les empêchera jamais d'être récurrents. Une part de moi voudrait alerter whisper avant qu'il ne regarde l'épisode mais, quelque chose me dit qu'il est plus urgent encore de vous dissuader tenter la série.
Quoi ? Vous dites ? Elle est diffusée sur BET et vous ne regardez jamais les séries de BET ? Euh, bon, ça sonne un peu comme raciste, mais pour cette fois, je ne peux pas vous blâmer...

Challenge20122013

* Qui, sans tricher, est capable de trouver à quelle série ce rêve fait référence ?

Posté par ladyteruki à 23:56 - Review vers le futur - Permalien [#]

17-01-13

L'expérience interdite

Il y a des soirs où on a envie de regarder quelque chose de différent ; on ne sait pas ce que ça désigne précisément, mais on sait très exactement tout ce que ça ne désigne pas... Et rien qu'à son nom, je sentais qu'Utopia ne me décevrait pas. Je n'avais pas idée !
Il apparait que, dans le cadre du challenge avec whisperintherain, consistant à tester tous les pilotes de la saison pour vous en parler ensuite, Utopia se pose comme un défi en soi. Prêts à le relever avec moi ? Accrochez-vous, on est partis... et j'aime autant vous prévenir, ça va être chaotique.

Utopia

Pour vous parler d'Utopia, il faut probablement commencer par le plus évident : son ambiance. Et quand je dis que c'est le plus évident, en réalité je veux dire que c'est la seule chose qui apparaisse de façon évidente ! La série britannique frappe immédiatement par son esthétisme à la fois froid et coloré ; aux nombreuses couleurs pop s'oppose l'éclairage glacial et étouffant, conférant immédiatement à l'épisode une personnalité bien à part, et qui s'intègre parfaitement dans le récit. A ses apparences branchées mais angoissantes, Utopia ajoute un soundtrack génial, composé en grande partie de musiques ostensiblement artificielles (régulièrement à contre-courant de l'action d'ailleurs), mais laissant aussi une large part à des bourdonnements se faisant passer pour des silences. En général, ce n'est pas le genre d'univers musical que j'apprécie, mais dans le contexte d'Utopia, ça fonctionne incroyablement bien !
Avec ces deux ingrédients essentiels, et parfaitement maîtrisés, le pilote se pose immédiatement comme une oeuvre raffinée, moderne, unique.

Mais ça ne nous dit pas du tout de quoi ça parle... je soupçonne que ce soit à dessein.

Utopia commence dans un magasin de bande-dessinées dans lequel deux hommes étranges apparaissent. Avec le plus grand détachement, ils vont commencer à tuer quelques uns des hommes présents dans la boutique, lesquels, abasourdis, se laissent docilement faire ! Une seule chose intéresse nos deux tueurs : poser des questions à propos d'un manuscrit nommé Utopia, et d'un nom : "Jessica Hyde". Et tout cela se fait dans le calme, avec de jolies couleurs éclatantes et une petite musique comme venue tout droit d'un épisode de Portlandia ! Totalement absurde !
Ca n'a aucun sens pour les personnages présents ni pour le spectateur, et l'épisode va procéder de cette façon pendant une grande partie de son déroulement, mettant énormément de temps à faire sens à la fois de cette scène d'ouverture, et de son sujet en globalité. Des scènes décousues vont se succéder, semblant n'avoir aucun lien entre elles, et souvent assez longues. Qu'ont donc en commun ces personnages qui défilent à l'écran ? Quand plusieurs d'entre eux prennent contact via un forum consacré à la bande-dessinée The Utopia Experiments, justement, les choses sont à peine plus claires. Sur eux, on ne sait rien d'ailleurs. Ils ont simplement lu l'oeuvre, et semblent intrigués par elle... Même eux, en décidant de se rencontrer, ne semblent pas tout-à-fait certains de savoir dans quoi ils s'engagent.
Et comment le pourraient-ils ? A intervalles réguliers, notre tandem de tueurs tranquilles débarque, et quiconque semble en savoir trop meurt... non sans que le nom de "Jessica Hyde" ne soit évoqué au préalable, car résolument notre duo apathique est très intéressé par cette femme. Mais le spectateur continue d'être tenu hors de la confidence, et ignore qui est cette Jessica.

Lentement, très lentement, Utopia se révèle être une histoire mêlant science-fiction et conspiration. Les deux tueurs veulent visiblement étouffer quelque chose en rapport avec The Utopia Experiments, un graphic novel qui en réalité compte deux tomes, et non un seul comme le pensent la plupart de ses lecteurs ; ceux dont nous avons fait la connaissance dans ce premier épisode, et qui ont décidé de se réunir, ne connaissent donc pas, eux-mêmes, toute l'histoire qui les fascine. Surtout que visiblement, les autorités telle que la police participent activement (mais sans avoir connaissance des tenants et aboutissants) à compliquer la vie de ceux qui s'approchent trop près de la vérité sur Utopia, ce qui n'arrange rien !
Et pendant que les lecteurs essayent de donner du sens à tout cela, un homme qui semble n'avoir aucun point commun avec eux participe à une immense machination dans le milieu pharmaceutique, poussant son supérieur à commander des vaccins en surnombre pour soigner la grippe.
Fasciné autant que dérouté, et commençant à repenser aux titres des journaux de ces dernières années, le spectateur continue de regarder, mais tout cela est complètement tordu...

Les quelques révélations sur The Utopia Experiments qui nous seront faites au cours de l'épisode sont trop précieuses pour que je les dévoile ; je pense qu'à ce stade, vous l'aurez compris : savoir quelque chose sur l'oeuvre fictive permet de comprendre la série elle-même. Mais entendre ces quelques explications permet de mesurer la complexité de l'intrigue à laquelle la série Utopia s'attèle.
Si la série tient ses promesses, il y a de grandes chances pour qu'on tienne l'ovni le plus génial de l'année. Or, ce qui est absolument fou, c'est que pour le moment, seuls 6 épisodes d'Utopia ont été commandés par Channel 4 ! Comment la série va-t-elle réussir à explorer son thème conspirationniste, sa trame politico-financière, et même les relations interpersonnelles entre ses protagonistes, tout en préservant son ambiance unique ?!

L'ambition d'Utopia a de quoi électriser le plus blasé des téléphages, et on n'a même pas encore toutes les pièces du puzzle ! A cet égard, la série m'a rappelé Black Mirror, dont le ton unique a su prendre le spectateur au dépourvu, à la fois de par sa maîtrise de la narration et par des scènes d'une grande violence pour le spectateur. Car il y en a. Oh oui, il y en a une qui inoubliable...
Utopia est difficile à regarder, difficile à comprendre, et difficile à expliquer. Mais on sent pourtant, instantanément, que tous les efforts seront récompensés, car Utopia respire, paradoxalement, la cohérence, et met le spectateur en confiance.

Si vous vous sentez d'attaque pour une série qui ne va sûrement pas vous prendre par la main, et que vous pensez tolérer n'importe quelle scène choquante (parce qu'il y en a une bien gratinée vers la fin de ce pilote), je ne saurai que vous conseiller de tenter le coup. Une fois que vous serez un peu dans la confidence, on en reparlera entre nous...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

16-01-13

If the shoe fits

Reboots, remakes et spin-offs. Le triangle des Bermudes de la téléphagie.
Il est désormais très difficile de prendre au sérieux la plupart des projets de séries réemployant un pitch et/ou des personnages connus du grand public. Et si, avant, les networks américains faisaient encore quelques véritables efforts, depuis 2007, ils ne font même plus semblant et le maître-mot est dorénavant de ne jamais laisser une seule franchise reposer en paix. Ah, vous avez voulu comparer la télévision au cinéma, eh bien ça y est, on y est, les pratiques sont les mêmes !
Qu'y avait-il à attendre de The Carrie Diaries, dans le fond ? Le network le moins convaincant de tous (oui, moins encore que NBC) commandant une ressucée facile à destination du public adolescent, c'était couru d'avance. Est-ce que ça valait vraiment le coup de s'atteler au pilote, sachant que le résultat semblant connu de tous avant même que la première scène n'ait été tournée ? Eh bien oui, et pas seulement en vertu du défi que whisperintherain et moi-même nous sommes fixés...

TheCarrieDiaries

OUI.
Oui ça valait la peine de donner sa chance à ce pilote, de faire fi de quelques préjugés et d'accepter l'éventualité que The Carrie Diaries ne serait pas tout-à-fait à chier, parce que la série essaye vraiment de toutes ses forces d'être au niveau. Oh, je ne dis pas qu'elle y réussit à chaque fois, mais diantre, elle essaye plus fort que les deux tiers des pilotes qu'on a vus jusque là, et étant donné le défi qu'on s'est lancés cette saison, des pilotes, j'en ai vus !

The Carrie Diaries a parfaitement saisi l'importance de ne pas traiter son univers à la légère ; on retrouve en filigrane de l'épisodes de nombreux ingrédients de la série originale (Sex & the City, pour ceux qui roupillent dans le fond) et de son héroïne. Il ne s'agit pas de se saisir de l'excuse du succès de Carrie Bradshaw pour fourguer une série complètement passe-partout ; et pour une fiction à vocation aussi peu mythologique que Sex & the City, où bien des ingrédients auraient pu être réduits à la plus simple expression de gimmicks, The Carrie Diaries accepte de relever le défi et de tomber le moins possible dans la facilité. Sans en faire des tonnes, l'épisode inaugural va nous ramener à bien des choses, qu'il s'agisse de Carrie se faisant bousculer sur un trottoir new-yorkais (facile !) à sa manie de toujours porter toutes sortes d'accessoires à son nom (ici, le sac à main, mais aussi un pendentif avec la lettre C). Carrie n'est pas encore "notre" Carrie, mais elle existe, elle est là, enfouie sous les couleurs fluos des années 80. Tout le principe de la série est de nous dire comment elle est "devenue ce qu'elle est", et The Carrie Diaries s'y emploie avec une souplesse à laquelle je ne m'attendais pas.

A ces tentatives de connecter les points entre eux, ce prequel décide également d'ajouter plus de substance que Sex & the City n'en a jamais eu. La série commence en effet tout juste trois mois après que Carrie ait perdu sa mère.
Ah oui parce qu'il faut que je vous dise, quand même, que parmi les bémols que je vais aborder dans ce post, le premier et non des moindres est que l'histoire de Carrie Bradshaw est entièrement visitée. Au lieu que son père l'ait quittée, elle et sa mère, quand elle était encore enfant (ce qui l'avait conduite à se laisser approcher d'un peu trop près par un vieux beau de Vogue dans Sex & the City, avant de se raviser et finalement opter pour un partenariat avec une éditrice acariatre, mais inoffensive), cette fois c'est maman qui est morte, laissant papa seul avec deux filles à gérer, oui, apparemment Carrie a une frangine, je suis aussi étonnée que vous. Cet acte de réécriture ne peinera cependant pas les adolescentes découvrant The Carrie Diaries, car en réalité, le public de la CW a quand même assez peu de chances d'avoir vu Sex & the City, et moins encore d'en avoir mémorisé les détails mythologiques. Mais enfin, puisque cette série se déroule dans les années 80, c'est, finalement... assez cohérent.
Cependant, loin d'être uniquement une intrigue à but bêtement larmoyant, la mort de sa mère s'impose pour Carrie comme l'évènement fondateur à partir duquel elle va grandir, et donc se révéler à elle-même. Mettre les pieds à Manhattan ? Découvrir le bonheur de se prélasser dans des fringues froufroutantes ? Les premiers émois amoureux ? Les premières réflexions couchées par écrit ? Sans la mort de maman, elle n'y serait pas venue (ou en tous cas pas si vite). Alors, merci maman, je suppose... Cet axe est en tous cas plutôt bien exploité, en dépit de quelques scènes tombant dans le cliché absolu du veuf éploré et des placards à vider. Mais par son don pour la référence et donc la cohérence (bien que paradoxal), The Carrie Diaries parvient à s'en tirer sans sembler pathétique. C'est un travail d'équilibrisme, ce n'était pas gagné, loin de là, mais les résultats sont tangibles : l'épisode s'en tire bien malgré les écueils.

Le second problème de ce pilote est justement là. Personne ne s'attend à regarder Sex & the City pour son aspect dramatique ; moins encore les jeunes filles et jeunes adultes qui constituent l'essentiel de la cible de la CW, et qui n'en connaissent en réalité que la réputation ou l'image glamour. Or, entre ses questionnements métaphysiques (pas souvent méta, mais quand même), la question du deuil, et les conversations parfois un peu tristoune (y compris en cloture de pilote), The Carrie Diaries est un bel éteignoir pour la jeunesse superficielle qui se chercherait un nouveau Gossip Girl clinquant et plein de dra-maaa.

Heureusement, tout n'est pas déprimant dans ce pilote, même si le ton y est quand même très grave sur des sujets qui ne le sont pas moins. Et il faut admettre qu'au niveau de l'ambiance, The Carrie Diaries remporte son pari haut la main. Tout en rappelant au passage que dans la mode moins qu'ailleurs, tout se recycle (en témoignent les couleurs fluos des vêtements et des maquillages, dont les teintes ne sont pas si éloignées de celles que l'on voit un peu partout), la série trouve le moyen de rappeler avec bonheur les années 80, sans trop les faire passer pour ringardes, ce qui relève de l'exploit. Il n'y avait qu'une scène, dans les grands magasins, quand diverses clientes arborent des tenues ayant très très mal vieilli, qu'on comprend un peu moins ce qui fascine Carrie dans la mode de l'époque, mais en-dehors de trois ou quatre plans peu heureux, The Carrie Diaries accomplit l'exploit de réellement rendre les années 80 sympathiques et électrisantes, pleines de promesses dont on oublie incroyablement facilement qu'elles sont loin d'avoir toutes été tenues.
Outre le look des personnages, et donc les fringues, qui effectivement se devaient d'être impérativement au top étant donné la réputation de magazine que se trimbale Sex & the City, il faut aussi mentionner l'incroyable travail fait sur la musique, parfaite de bout en bout (même si je ne suis pas fan de la reprise de Girls just wanna have fun en balade). Rien que cet ingrédient permettait à la série d'être 10% plus sympathique ! Oui, c'est chiffré, on est précis ici môssieu.
Le seul ingrédient qui manque dans ce pilote est une référence à des chaussures. Je suppose que le coup de foudre aura lieu dans un épisode ultérieur, bien à part, pour Carrie.

Alors, le comble du comble, c'est que The Carrie Diaries finit par être un boulot presque décent.
Evidemment, il est difficile de ne pas penser à Jane by Design lorsqu'on entend parler de la double-vie de lycéenne et de stagiaire que Carrie mènera dorénavant, l'obligeant à avoir un pied (bien chaussé on l'espère) dans le monde adulte tandis que ses amis resteront des repères de l'adolescence. On peut regretter que certains ingrédients aient été changés alors que d'autres sont d'une fidélité tendre et à toute épreuve. On peut se demander si l'intrigue sous-entendue sur l'ami potentiellement gay était nécessaire alors qu'elle est tout de même usée jusqu'à la corde (sauf grosse surprise).
Mais malgré ces défauts et ceux cités précédemment, The Carrie Diaries n'a pas à rougir de ce qui a été accompli. Son seul tort est de s'appuyer sur une franchise essentiellement vue par des adultes (ne serait-ce que Sex & the City a démarré, attention au coup de vieux, en 1998), avec un ton souvent dramatique, et de manquer ponctuellement, même si c'est difficile à croire, de frivolité ; c'est la bonne série, pas sûre que ce soit exactement la bonne cible. Les audiences tendent à le prouver d'ailleurs.

Mais qu'importe ! Je ne pensais pas qu'une série où il serait question de fringues plus que de sexe (et de romance plus que de sexe, Carrie et ses amies ayant quelques apprentissages à faire sur la réalité de ces deux éléments de leur vie d'adulte, ainsi que The Mouse en fera l'expérience) me plairait, je pensais avoir affaire à un prequel en toc, et finalement, The Carrie Diaries tient bien la route, son héroïne a une véritable fraîcheur et une belle énergie, et finalement, le temps que ça durera, je serai devant.
Evidemment, il est probablement encore loin, le temps où Carrie rencontrera sa fameuse clique (quoique, vu que la série fait le tri dans ce qu'elle garde ou non, tout est possible), mais même sans cela, The Carrie Diaries offre une jolie chronique, colorée et optimiste, mais aussi parfois amère et pas complètement décérébrée, du passage à l'âge adulte. N'est-ce pas ce en faveur de quoi je prêche depuis toujours en matière de séries pour ados ?
D'accord, mes séries ados préférées semblent plutôt faites pour les adultes, mais qu'importe que le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:22 - Review vers le futur - Permalien [#]