ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

26-04-13

Inéluctable

SeriesMania-Saison4-Logo

L'avantage d'un festival comme Séries Mania, c'est d'une part, voir des séries qu'on n'aurait jamais vues autrement (les séries israéliennes, par exemple, sont dans ce cas), mais aussi de se mettre devant des séries qu'on prévoyait de regarder à un moment, dont on savait qu'elles étaient sur notre planning, mais que, dans la masse, on n'avait pas traitées de façon prioritaires. A Young Doctor's Notebook est de celles-là, et la projection de l'intégrale des 4 épisodes, hier, a carrément résolu mon problème d'emploi du temps téléphagique.
Derrière le casting, qui pour un certain public est sûrement alléchant (en ce qui me concerne, je ne regarde pas Mad Men et j'ai dû me forcer pour voir un film Harry Potter en entier), ce qui m'intéressait, c'était ce que les organisateurs ont résumé par cette phrase, "Jon Hamm et Daniel Radcliffe ont adoré travailler ensemble" : je savais déjà qu'ils jouaient le même personnage, mais qu'ils aient des scènes ensemble, ça c'était un concept intéressant.

Je confirme qu'ils en ont plus que quelques unes : les deux versions du docteur Bomgar (qu'ils interprètent tous deux) passent l'essentiel de leur temps ensemble. Au début, cela peut même sembler idéal : imaginez avoir quelqu'un qui, en permanence, est capable de vous donner les informations dont vous avez besoin, alors que vous êtes dans une situation stressante, sauf que cette personne vous donne toujours les conseils qui vont conviennent, pas des conseils que dans le fond vous savez n'êtes pas tout-à-fait pour vous. C'est du sur-mesure ! Sauf que derrière l'utopie d'être guidé par son moi futur, se cache un problème quand le moi futur en questions n'est pas forcément sage et avisé, mais doit aussi gérer ses propres problèmes. Et ces problèmes, le titre du roman est assez explicite à leur sujet...

Le soucis majeur de A Young Doctor's Notebook, c'est que cette structure, si elle est intéressante du point de vue de la narration et des dialogues, et malgré le fait qu'elle donne à tout cela des airs de tragédie classique, empêche toute forme de suspens. Nous allons juste voir un jeune homme aller lentement vers sa destruction, il n'y a rien d'autre à faire. Alors qu'il expérimente la morphine pour la première fois, son moi âgé lui murmurera : "it will never be this good again"... ce n'est pas vrai que pour la morphine : à mesure que notre jeune premier s'améliore en médecine avec l'aide de son moi mentor, sa vie empire ; c'est sa propre existence qui ne sera jamais aussi bonne. A mesure que la saison progresse, il apparait de façon claire qu'on sait déjà comment tout cela va se finir. Il n'y a aucune façon d'y échapper, le doute est totalement absent. D'ailleurs à aucun moment le moi âgé n'a même essayé de changer vraiment les choses, encourageant presque son moi passé à reproduire inlassablement les mêmes actions. C'est le bémol majeur de ces 4 épisodes.

AYoungDoctorsNotebook

Pour autant, A Young Doctor's Notebook est globalement réussie, d'abord par son côté dramatique, car le face à face, s'il ne réserve aucune surprise, est efficace ; et surtout, par son côté humoristique.
La façon dont A Young Doctor's Notebook met côte à côte ses deux personnages pour montrer comment, de façon inéluctable, cette conclusion va se produire, ne manque pas de charme ; le personnage du docteur plus âgé, qui n'est visible que pour son moi jeune (comme une conscience ; mais une conscience matérialisée, qui fume la dernière clope ou avec qui on peut se battre), ne cesse de sortir toutes sortes de répliques cinglantes qui fonctionnent à merveille, soulignant sa connaissance parfaite de son propre passé. Cela donne des dialogues souvent délicieux ! Il faut ajouter que les seconds rôles ne déméritent pas pour ce qui est de souligner le ton décalé (très russe, finalement ; ça m'a rappelé les nouvelles de Gogol que je lisais au lycée) des scènes médicales.
Et justement... Grâce à son humour décalé, la série s'autorise aussi un aspect très gore. On nous avait prévenus avant la séance, mais je doute que qui que ce soit dans la salle n'ait pris la menace au sérieux à ce point. Heureusement, le public, hilare, réagit beaucoup mieux à cet étalage parfois répugnant de sang, et pendant certaines scènes alliant le grotesque ou l'absurde au trash, le public avait au moins la possibilité de se réfugier dans le rire pour être un peu moins écoeuré.
Procédé salvateur, mais pas forcément très enrichissant au final, qui n'apporte pas grand'chose au-delà du bénéfice immédiat de rire pour oublier qu'on en vomirait presque. Avec ce jeune personnage qui, dans un contexte répugnant, et de par son isolement, est en train aussi de suivre une formation accélérée en cynisme et en désespoir, étrangement, on ne ressent pas vraiment d'émotions.

Sur un plan formel, enfin, A Young Doctor's Notebook est aussi très réussie de par son cadre ; la série se déroule presque intégralement dans l'hôpital où est muté le jeune docteur, et cette atmosphère confinée est incroyablement bien rendue. Certaines scènes (notamment la scène-clé finale) sont d'une réalisation fine et originale. Il y a aussi l'aspect musical, qui est très inspiré par la culture musicale russe (il y a du Pierre et le Loup dans certains passages), tout en dépassant le pur cliché. Bref l'univers de la série est propice à une belle immersion, ce qui rend de toute évidence service au sujet étrange que celle-ci s'est choisie.

Alors au final, A Young Doctor's Notebook n'est pas mauvaise ; mais il est difficile de s'enthousiasmer pour une fiction qui, presque dés le début, dévoile ce que sera sa fin, sans offrir aucune forme de surprise ni d'émotion entre les deux. Heureusement, il reste les amputations !
Pendant la soirée, la pensée qui m'est revenue le plus souvent est : je me demande ce qu'en di(rai)t Martin Winckler.

Posté par ladyteruki à 14:48 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-04-13

Apprivoise-moi !

BlogFestivalSeriesMania
"En Inde, j'ai rencontré deux gars ; je leur ai dit 'je peux pas aller avec vous, je suis venue ici pour écrire'. Ils m'ont dit 'sur quoi tu vas écrire ? Viens, nous on va te donner quelque chose à raconter'...", explique Dana Modan avant que les festivaliers ne découvrent Ananda. Cette introduction drôle et décontractée, racontée sur le ton de l'anecdote légère et avec un petit accent un peu rêche, c'est le meilleur résumé que pouvait faire l'actrice et scénariste de ce que nous allions voir.
Tout commence pour l'héroïne Anna par le plus grand des hasards : elle est sur le point de partir en Inde avec son petit ami, quand celui-ci s'aperçoit, au moment d'embarquer dans l'avion, qu'il n'a pas son passeport. Il l'encourage à partir seule : il la rejoindra plus tard à Dehli. Mais l'attente est insupportable pour Anna qui a le mal du pays. "Pas grave", lui dit son cher et tendre au téléphone, "va m'attendre dans les montagnes, j'arrive dans trois jours". Enfin, quand il aura pris son billet, mais il n'a pas l'air pressé. Sauf que le chauffeur du taxi qui l'emmène n'a pas bien compris, et au lieu des montagnes, il l'emmène dans le désert. Pas grave, fait son petit ami au téléphone, profite ! Comment ça profite ? Ah oui, au fait, le petit ami n'a plus envie de venir : "après que tu sois partie... je me suis senti libre". La salle est hilare, l'héroïne beaucoup moins. Elle propose de rentrer, il lui dit de profiter, que si elle revenait, il irait dormir chez un ami le temps qu'elle se trouve un appart. Elle a toutes les peines du monde à comprendre ce que le public sait depuis plusieurs minutes déjà. Le décalage fait rire les spectateurs ; c'est comme ça, Ananda. On ne rit pas de ce qui est drôle, on rit de ce qui est décalé. On n'a pas envie de se moquer d'Anna, mais on rit de son obstination à nier l'évidence. Le premier épisode aura mis un peu de temps à démarrer, mais une fois que c'est fait, toute la salle est sous le charme.

Et puis viennent les deux fameux gars. Deux types super sympas, qui parlent hébreu, se débrouillent en hindi, et roulent leur bosse à travers l'Inde, sans but. Eux, ils savent profiter. Ils donnent un premier coup de main à Anna, qui reste convaincue qu'elle va rentrer. Puis un second. Elle ne le sait pas, mais ils l'ont déjà adoptée, parce qu'ils sont comme ça. La salle adore Amir et Omar ; chacune de leur intervention met le sourire aux lèvres de tout le monde - tout le monde, sauf Anna, renfrognée au possible. Il y a le mal du pays, il y a son tempérament peu diplomate, il y a évidemment la rupture qu'elle met beaucoup d'énergie à nier... elle est imbuvable, Anna, mais on est comme Amir et Omar, on l'aime bien. On est en Inde, en Inde on ne déteste personne, après tout, pas vrai ? On n'est pas là pour se compliquer la vie !

Ananda

Ananda, c'est avant tout l'histoire de ces deux gars qui vont tenter d'accompagner Anna dans son périple, de lui redonner le sourire, de lui ouvrir l'esprit. Ils ne la brusquent pas, ils se contentent de l'emmener dans le plus fabuleux des road trips, ou de lui prendre un billet pour un train qui ne part que dans plusieurs jours. "Le monde est à toi, mais toi, tu ne veux que ça", lui lance Amir en lui désignant un tout petit caillou ramassé sur le sol desséché. C'est qu'Anna, voyez-vous, s'accroche à ses maigres certitudes sur ce qu'elle a, ce qu'elle est et ce qu'elle vaut (c'est-à-dire dans les trois cas, pas grand'chose). Elle ne comprend pas qu'ils soient gentils avec elle, elle leur prête les pires intentions, et même dans les moments passagers où, se sentant bien avec eux, elle commence à leur faire confiance, elle ne conçoit pas qu'elle le mérite.
Et comme deux petits renards, Amir et Omar espèrent que la petite princesse va les apprivoiser. Parce que, Anna ne le sait pas, mais elle, l'est déjà !

Contrairement à Kathmandu (diffusée quelques mois plus tard), série israélienne qui se déroulait également en Inde, Ananda n'est absolument pas dans le religieux ou le spirituel. Personne dans la série n'est venu en Inde pour purifier son âme ou ouvrir ses chakras ; c'est simplement devenu la dernière terre d'aventure. C'est ici avant tout l'histoire d'une rencontre aidée par une autre : en faisant la connaissance d'Amir et Omar, Anna va pouvoir se découvrir elle-même. Se décoincer un peu, et s'autoriser à apprécier la vie.
Il ne fait nul doute qu'au terme des 8 épisodes de la premières saison (le public affamé de Séries Mania en a vu 3 hier soir, et en redemandait unanimement), Anna va être changée du tout au tout, et que les choses qui alourdissaient son regard dans le premier épisode lui seront devenues étrangères, lointaines. Pourquoi s'embarrasser d'un type qui se sent libre quand il vous a envoyée en Inde ?! Amir et Omar s'emploient à le lui démontrer, patiemment, à coups de sourires, de plaisanteries, de cadeaux, de compliments aussi. Anna ne s'aime pas, voilà la vérité, et c'est pour ça qu'elle n'aime rien de ce qui lui arrive. Ses deux gars vont le lui apprendre malgré elle...

Dana Modan travaille actuellement sur la deuxième saison d'Ananda ; la première lui a demandé 4 ans de travail (et deux mois avant le tournage en Inde, un acteur s'est désisté ; gloire lui en soit rendue, car en le remplaçant dans la peau d'Amir, Kais Nashef fait des étincelles). Elle admet dans un rire franc et un peu rauque (qu'on la suspecte d'avoir appris en Inde) qu'elle ne nous en voudra pas si on télécharge la série ; la salle rit quand elle désigne le producteur, assis quelques rangs plus loin, qui garde un visage poli à ces mots. La salle rit, mais la salle note que la première saison a apparemment été intégralement sous-titrée en anglais. Bon à savoir.
Mais ce serait quand même plus simple avec une diffusion sous nos latitudes. Quelle chaîne française se laissera apprivoiser par Amir et Omar ? On a hâte de le savoir.

Posté par ladyteruki à 13:08 - Review vers le futur - Permalien [#]

24-04-13

Le voyage intérieur

BlogFestivalSeriesManiaQui n'a pas rêvé d'un jour tout changer ? Quand on habite dans un pays où les températures l'hiver sont glaciales, la tentation est grande de jouer les tournesols, et de suivre le soleil. Alors, direction la Thaïlande, où tout est possible !
Tout, vraiment ? C'est la question que pose 30° i Februari, série suédoise en 10 épisodes, dont les deux premiers ont été proposés hier après-midi aux festivaliers, sous le titre 30° in February. On y suit le parcours de personnages en proie à des remises en questions, et qui espèrent trouver leurs réponses sous le soleil chaleureux d'un pays exotique. Mais évidemment, ce n'est pas si facile.

30degrees

30° i Februari fonctionne comme une série-chorale, où les personnages font leurs expériences sans se croiser, ou presque : chacun a son propre fardeau à porter.
Ainsi Kajsa, une architecte et une mère célibataire qui, sous le poids du stress, fait un AVC. Souffrant de séquelles invalidantes, elle décide d'emmener ses deux filles loin, très loin : tout recommencer ailleurs, si possible en plus simple, et en plus reposant ; sa relation proche avec sa fille aînée, Joy, une adolescente intuitive, et la tendresse qu'elle a pour sa cadette, Wilda, bercent une bonne partie de l'épisode. Outre ce trio, la série met également en scène un couple, Bengt et Majlis, retraités ; handicapé, cloué à son fauteuil roulant, Bengt, d'entrée de jeu, se pose comme le personnage le plus désagréable de la série, et n'a de cesse d'humilier sa vaillante épouse qui pensait bien faire en le surprenant avec un voyage au soleil. Mais sous les palmiers thaïlandais, Majlis va découvrir l'insoupçonné : elle existe ! L'occasion de se découvrir une faim de vivre que les invectives de Bengt ne peuvent plus faire taire. Quant à Glenn, cet homme fort conscient de n'être pas très agréable à l'oeil, il souffre cruellement de la solitude ; il suffit d'une conversation avec une inconnue sur internet pour qu'il se décide à la rejoindre à l'autre bout de la planète. Enfin, Chan, Thaïlandais exilé depuis plusieurs années en Suède, se décide à rentrer au pays et à recoller les morceaux d'une vie privée qu'il a laissée se briser, notamment en renouant avec son fils, Pang.

Cette galerie de portraits (à laquelle s'en ajoutent d'autres sur lesquels il vaut mieux tenir le secret pour le moment) crée une mosaïque de vécus. Toute la mission de 30° i Februari sera de nous immerger dans les sensations et ressentis de chacun. Outre une écriture pleine de tact, c'est sur une réalisation basée sur le sensoriel que la série repose : les couleurs, les sons, les odeurs, le toucher... voilà chaque scène devenue concrète pour le spectateur. Qu'il s'agisse de sentir le sable fin couler entre les doigts ou la douceur de l'eau salée caresser la peau, 30° i Februari se fait forte de nous dire que le rêve thaïlandais est, littéralement, à portée de main.

Mais le rêve thaïlandais ne fait pas tout. Le pays n'a pas pour vocation d'apaiser les blessures ; mais il offre un cadre enchanteur qui permet de tout mettre à plat, d'aller de l'avant. Progressivement, Majlis va s'éveiller à elle-même, et prendre conscience de la façon dont son mari la (mal)traite. Glenn va tester les limites de sa course désespérée vers le mariage et la paternité. Chan va apprendre qu'on ne revient pas chez soi après des années d'absence sans y avoir laissé une plaie béante. Joy va comprendre que, neige ou soleil, sa mère n'a pas changé, quitte à se surmener et se mettre en danger...
30° i Februari est un drama dans ce que le genre offre de plus pur, de plus émouvant, de plus humain. Derrière les décors colorés des plages, hôtels ou bars à hotesses de Thaïlande, il y a la volonté de présenter au spectateur des personnages lancés dans une quête intérieure qui les transcendera. C'est, en définitive, le plus beau des voyages, non ?

Seulement deux épisodes sur dix ont pu être découverts par les curieux hier. Espérons que la projection de Séries Mania créera des vocations chez les diffuseurs : 30° in February en vaut largement la peine.

Posté par ladyteruki à 13:00 - Review vers le futur - Permalien [#]

Un litre de larmes

BlogFestivalSeriesMania

Il est des choses difficiles à aborder ; en temps normal, et à la télévision. A mesure que les séries ont repoussé les limites des sujets traités, et de leur traitement lui-même, les spectateurs ont considéré comme normal que les fictions abordent des problématiques complexes et douloureuses. Il en est pourtant encore qui ont du mal à faire leur place sur les écrans, et ce, dans la plupart des pays de la planète.
Certains ont essayé. Aux États-Unis, on se souvient d'Angels in America en 2004, adaptée de la pièce du même nom, et couverte de récompenses ; avec un effort de mémoire, certains peuvent également évoquer Life Goes On de 1991 à 1993 (diffusée en France sous le titre de Corky, un enfant pas comme les autres), la première série à avoir mis en avant un personnage, d'abord secondaire, puis central, malade du SIDA, puis à avoir chroniqué les évolutions de sa maladie Ailleurs, c'est le mélodrame Ichi Rittoru no Namida qui, au Japon, en 2005, a participé à l'éveil d'une génération à des problèmes qui restaient tus dans les médias grand publics ; plus récemment, l'impressionnante série sud-africaine Intersexions, gigantesque patchwork d'expériences autour du virus, a su se distinguer par la versatilité et l'originalité de son ton. Lentement, frileusement, la télévision accepte de parler de ce qui fait mal dans les problématiques du SIDA.
Il manquait un point de vue européen, peut-être : le voici depuis l'hiver dernier avec Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, mini-série en 3 épisodes présentée hier pendant le festival Séries Mania, sous le nom de Don't ever wipe tears without gloves.

2013-04-24 - Torka 1

Créée par Jonas Gardell, auteur suédois qui a publié son premier roman à 22 ans, mais également scénariste, comédien de stand-up et activiste, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar est avant tout une page d'Histoire.
On retourne dans les années 80, à Stockholm ; bien que l'homosexualité y soit décriminalisée de longue date (depuis 1944 en fait), et ne soit plus considérée comme une maladie (depuis la toute fin des années 70), on n'y vit pas son orientation sexuelle au grand jour, les mentalités ayant du mal à changer tout-à-fait. Mais la capitale est devenue le point de ralliement d'une grande partie de la communauté gay de l'époque, et c'est justement comme cela que Benjamin et Rasmus finissent par s'y croiser ; ils sont jeunes, ils sont beaux, et ils pensent avoir toute la vie devant eux. Malheureusement, l'histoire d'amour va virer à Love Story...

Puisant dans son expérience (et le roman en trois volets qu'il prépare en parallèle du script de cette mini-série), Jonas Gardell livre donc une chronique d'une époque, chose que souligne la voix-off qui ouvre les épisodes et clôt la série. Torka Aldrig Tårar Utan Handskar met un point d'honneur à replacer chaque chose dans son contexte. Au spectateur moderne, bombardé d'informations, il pourra paraître incongru que les personnages ne parlent ni ne pensent aux maladies, ou à la protection. Mais qui pour le leur dire ? D'autant que Benjamin vient d'une famille de Témoins de Jéhovah où le péché occupe une place fondatrice, et que Rasmus, fils unique, est couvé par sa mère jusqu'à l'étouffement, celle-ci ne soupçonnant même pas que son petit garçon puisse avoir une vie amoureuse. Inlassablement, Gardell insiste sur le fait que le spectateur de 2012 connaît tous les spoilers sur le virus du SIDA, mais que les héros de 1983 n'en sont qu'au pilote ; tous les voyants seraient au rouge aujourd'hui quand défilent à l'écran certaines situations, mais aucun moyen de retourner dans le passé et avertir Benjamin et Rasmus...

La mini-série est pourtant loin d'être une simple expérience pédagogique. C'est dans une mémoire à la fois intime et collective que Gardell pioche pour sa chronique. En témoignent les nombreux souvenirs qui s'enchevêtrent dans la narration ; rarement une fiction télévisée aura tant jonglé avec la conception du temps. Basculant sans la moindre transition (parfois en un seul plan presque subliminal) d'un moment à l'autre de la chronologie de l'histoire, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar bombarde d'émotions, de sensations, d'évocations ; la série ne commence pas avec la rencontre de ses deux héros, elle commence dés leur enfance, alors que les deux petits garçons, ignorant évidemment l'un l'existence de l'autre, s'examinent dans leur reflet respectif, et découvrent qui ils sont. Ces souvenirs jalonnent la narration, comme d'autres "flashforwards" sur la fin, brutale, de certains personnages (la série s'ouvre même sur l'un d'entre eux, dans la douleur la plus nue). Bien qu'elle exige du spectateur une attention et une implication émotionnelle de chaque instant, cette structure lunatique possède une grande efficacité.

C'est un foisonnement d'expériences qu'offre Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, donc, d'émotions puisées à tous les âges de la vie, qui racontent comment les identités se découvrent, se testent, s'assument, s'épanouissent, mais ne se changent pas.

Ce que ses personnages principaux, mais aussi leurs amis (visages affectueusement familiers au bout d'à peine un épisode pour le spectateur), exprime, c'est combien il est difficile, dans le Stockholm des années 80, de trouver une communauté, d'y être accueilli, et à l'aise. C'est réaliser aussi à quel point il est difficile d'exister en-dehors de cette communauté. C'est découvrir qu'on n'existe pas aux yeux de la famille de son partenaire après le décès de celui-ci. C'est avoir la gorge serrée quand de faux prétextes sont invoqués pour expliquer les morts aux amis et voisins. C'est lire les propos homophobes dans les journaux. C'est lutter sur tous les fronts à la fois, juste pour pouvoir aimer.

Voilà qui nous sommes, explique Jonas Gardell en filigrane de Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, et voilà ce qui a fait de nous ce que nous sommes.
A travers ses deux héros, ses personnages secondaires, et ses visages anonymes aussi, la mini-série raconte comment une communauté a survécu à sa guerre. La communauté gay de Stockholm a fait son Vietnam, à travers ceux qui ont réussi à revenir vivants - mais pas indemnes. D'ailleurs, les spectateurs non plus.
Bien-sûr, l'expérience de cette communauté lui est propre ; difficile pourtant, à travers l'accumulations d'expériences aux sensations authentiques (plus encore pour ceux qui ont vécu les années 80), d'oublier que nous pouvons tous nous retrouver dans les personnages et leurs douleurs. Au-delà de la maladie et de ses implications, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar parle aussi d'être soi, et de ce que cela coûte. Rompre les liens avec son éducation ou ses parents, accepter de se mettre au défi émotionnellement, admettre de se lier à des gens qui pourtant vont nous quitter... Loin d'être une série au sujet ciblé, au public-cible ultra-réduit, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar incite chacun à être, pleinement, sans retenue, même s'il y a un prix à payer ; s'il n'y a qu'une leçon à retenir de son final, c'est bien celle-là ! Car quelle peut bien être l'alternative ?

Pour que les générations qui, fort heureusement (et par un hasard de calendrier, un peu plus depuis hier), ne connaîtront pas les mêmes tragédies dans une même mesure, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar mériterait d'être vue par le plus grand nombre ; on attend avec impatience qu'une chaîne française s'en empare.

Posté par ladyteruki à 06:00 - Review vers le futur - Permalien [#]

19-04-13

What happens in Paradise, stays in Paradise

La première saison de Bunheads écoulée, je n'avais pas encore écrit de review sur celle-ci, parce que, bon, bref, passons. Mais à la faveur d'une intégrale cette semaine, je me suis dit qu'il était grand temps d'en dire quelques mots. Et je préfère vous préparer psychologiquement : ils seront dythirambiques.
Majoritairement.

Bunheads avait vraiment été un coup de coeur pour moi l'été dernier ; le preair du pilote figure facilement dans le Top3 des épisodes que j'ai le plus regardés en 2012, et je ne parle même pas des extraits que je me suis gardés pour pouvoir rire un bon coup de temps en temps. L'énergie de ses épisodes était très communicative, et ce, en dépit de son pitch pas forcément très excitant pour une trentenaire telle que moi. Mais voilà : lorsque l'on parle de Bunheads, il est difficile de ne pas mentionner Gilmore Girls, les deux alliant une efficacité redoutable à une ambiance chaleureuse et tendre, faisant qu'il est difficile de résister à l'une comme à l'autre. C'est d'ailleurs, indirectement, comme ça que j'en étais arrivée au Grand Marathon Gilmore Girls De 2012.

WhathappensinParadise

Il y a quelques mois, dans mon post sur ce marathon justement, je vous disais : "'il s'avère que Gilmore Girls est une série sans enjeu ni objectif. On peut le vivre comme un défaut mais c'est un choix qui est pleinement assumé, après tout, alors autant prendre les choses du bon côté. Gilmore Girls ne fonctionne pas, jamais, avec un horizon précis. Quand une saison commence, par exemple, elle ne pose jamais d'objectif à long terme pour ses protagonistes. La série ne les mettra jamais dans une situation indélicate à résoudre avant la fin de la saison, par exemple, ou ne posera jamais un axe qui nécessite de se développer dans un but affiché. Tout dans Gilmore Girls respire au même rythme que vit Stars Hollow ; il n'y a pas de pression, pas d'impératif ; la vie se déroule et on est invités à la suivre, tranquillement, mais on ne regarde pas cette série-là pour autre chose, et surtout pas pour les sensations fortes". C'est sensiblement la même chose pour Bunheads. Choix qui est d'autant plus étonnant que son pilote pose les bases d'une intrigue plus complexe, puisque, attention il va y avoir un spoiler jusqu'au prochain paragraphe : un personnage meurt à la fin du premier épisode. Comment notre héroïne, Michelle, mais aussi sa belle-mère Fanny, vont-elles gérer le deuil ? Comment s'adapter à la nouvelle situation qui naît de cette tragédie ? On pourrait s'attendre à ce que la problématique de Bunheads, par voie de conséquence, soit le deuil, mais absolument pas : c'est un sujet qu'elle cantonnera, en essence, à une poignée des premiers épisodes de sa saison, ne souhaitant ni s'embourber dans le drame-dramatique-qui-fait-pleurer, ni dans une situation qui risquerait de tourner en rond.
En conséquence de quoi, Bunheads peut sembler, comme sa grande soeur de la CW, un rien volage, et ses personnages peut-être un poil trop résilients. S'il y a clairement des enseignements qui ont été tirés des aventures à Stars Hollow par Amy Sherman-Palladino, la rigueur n'en est pas un, et le ballet des intrigues, des sentiments, mais aussi des personnages secondaires, va être légèrement inconsistant.

Qu'importe. Bunheads réussit sa mission essentielle, et ce que vous venez de lire est la seule chose vaguement négative que j'aie à en dire... et elle est toute relative, comme vous l'aurez compris.
Cette mission essentielle n'est d'ailleurs pas, contrairement à ce qu'on pourrait craindre, de créer des vocations de ballerines à travers le pays, mais bien de suivre des personnages attachants, positifs, et passionnants. Le défi est de ce côté-là remporté.

Ce qui frappe d'ailleurs dans Bunheads, plus encore que dans son ancêtre qui déjà n'était pas à plaindre en la matière, c'est avec quelle ferveur la série s'attache à brosser des portraits féminins complexes et foisonnants. Une fois de plus, les hommes occupent au mieux le fauteuil du passager, au pire disparaissent presque totalement de certains épisodes.
Comptons-les ensemble : il y a Michelle, évidemment, danseuse au potentiel gâché par son absence de focus dans la vie ; sa belle-mère Fanny Flowers, prof de danse qui n'est pas aussi psychorigide qu'elle ne le paraît ; Sasha, l'étoile de l'académie de danse au tempérament insupportable ; Bettina alias Boo, la petite rondelette pleine de doutes mais aux pieds bien sur terre ; Virginia aka Ginny, la petite pile d'énergie ; et enfin Melanie, la grande perche à l'assurance à toute épreuve. A cela encore faut-il ajouter des personnages moins présents sur le plan des intrigues, mais faisant totalement partie de l'univers de la série, telles Truly, l'ex du mari de Michelle, totalement dérangée ; Sam, l'une de ses amies et habitante de Paradise n'ayant pas sa langue dans sa poche ; Milly, soeur de Truly et véritable Margaret Thatcher en puissance ; ou encore Talia, meilleure amie de Michelle et danseuse à la bonne humeur chevillée au corps. Après on peut rentrer dans les détails et évoquer les danseuses de la compagnie qui s'invitent dans les dialogues (la petite Matisse, l'élégante Cozette...) ou les personnages hauts en couleur qui jalonnent la ville bien que ne faisant que de brèves apparitions (l'exubérante meilleure amie de Fanny, la femme du patron du surf bar...), mais dans tous les cas, la majorité des meilleurs rôles reviennent aux femmes, c'est indéniable. Fidèle à elle-même, Amy Sherman-Palladino nous offre, qui plus est, des personnages de femmes à la fois totalement décalés et réalistes ; en dépit de l'épidémie de dinguerie loufoque qui sévit à Paradise, les personnages parviennent tous à s'imposer comme des humains et pas seulement des ressorts comiques. Et dans combien de séries ce genre de choses est-il possible ?

Dans tout ça, qu'en est-il de la danse ? Plus qu'aucune série à vocation musicale du moment (oui-oui, j'ai bien dit aucune, et en adressant un regard en coin à Glee, Nashville et Smash encore), Bunheads se fait forte de toujours employé ses séquences dansées de façon raisonnable et intégrée à l'histoire : les auditions, les spectacles, s'ils ont évidemment une grande fréquence qui ne saurait être un hasard, ne sont jamais des prétextes. On assiste d'ailleurs plus souvent aux entraînements qu'aux répétitions, ce qui implique un point de vue plus technique qu'esthétique sur le fait de danser. Tout glamour étant définitivement abandonné dés que les petites recrues de la Paradise Dance Academy se photographient les ampoules aux pieds !
Quant aux quelques rares scènes qui montrent des passages dansés hors de toute intrigue, ils ne sont pas non plus des prétextes mais de véritables expressions du ressenti d'un personnage donné. Ces numéros, évidemment irréprochables du point de vue technique, peuvent surprendre d'un point de vue narratif, d'autant qu'ils ne sont pas présents d'entrée de jeu dans la saison et qu'ils ont tendance à clore les épisodes, et non à être insérés dans leur déroulement ; cependant leur valeur artistique, et la façon dont ils mettent en lumière les sentiments d'un personnage donné, est incontestable, ajoutant à Bunheads une profondeur qui lui va à ravir.

C'est que, derrière ses personnages fou-fous, sa petite ville balnéaire pleine de petits détails incongrus, et ses répliques-TGV (mais ça allait sans dire), Bunheads est une série autrement plus sombre que ne l'était Gilmore Girls. Le choix d'avoir pour personnages centraux, la majeure partie du temps, des adultes (les 4 jeunes danseuses n'occupant le devant de la scène que sporadiquement, ou alors pour mettre en valeur l'intrigue de Michelle, comme sur la fin du season finale), et a fortiori des adultes au tempérament foncièrement indépendant, offre une série au goût étrange. Là encore, il est tellement rare qu'une série ait pareille démarche : Bunheads s'adresse de toute évidence au premier chef à des adolescentes, mais ne leur offre pas exactement une vision édulcorée du monde adulte ; dans la série, Michelle et Fanny sont des personnages dont les regrets sont fondateurs de la personnalité, et qui passent, en outre, par des problèmes d'adultes (deuil évidemment, mais aussi problèmes d'argent, un fil rouge peut-être pas toujours très bien employé, mais omniprésent). Il est vrai que ce n'est pas forcément très excitant pour le public-cible d'ABC Family, mais enfin, reconnaissons à la série cette qualité : elle n'offre pas une vision idéalisée de l'âge adulte.
Ni de l'adolescence, d'ailleurs, puisque Sasha (résolument le personnage adolescent-clé de la série) est un petit être tourmenté, colérique, déchiré, et pourtant si vivant, si impressionnant. Sa fin de saison, même si elle sera légèrement bâclée (changer le focus pour braquer les projecteurs sur une autre bunhead semble brutal), sera la preuve d'une jolie évolution vers l'âge adulte.

Le mot-clé est évidemment "si". Car le pire, c'est que les pontes d'ABC Family vont nous ressorir un Huge sur ce coup-là, si on les laisse faire...
Bunhead est pourtant une petite perle à part dans le paysage télévisuel américain, capable à la fois d'avoir ce goût authentique typiques des petites villes (qu'avait déjà Gilmore Girls) et de montrer un pays qui, même perdu dans un coin d'Amérique où on ne met pas de panneau d'avertissement devant les routes privées, peut se montrer progressiste et ouvert. L'Amérique d'Amy Sherman-Palladino a toujours "the best of both worlds" à proposer, et on voudrait qu'elle le propose plus longtemps, et tant pis si la showrunner et l'héroïne principale ont comme point commun de manquer de rigueur et de focus : la balade est si belle.

Posté par ladyteruki à 23:03 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-03-13

La cause des femmes

Il y a quelques jours, Sullivan a partagé cet article d'Ecrans ; plus que l'article lui-même, c'est une citation de celui-ci dans le tweet de Sullivan qui m'a marquée : "En France, au niveau de l’industrie de la fiction, on est entre le Sri Lanka et la Biélorussie".

En tant qu'amatrice de séries de tous les pays, la phrase m'a interpelée. Sur le principe, c'est à peine exagéré : oui, notre industrie télévisuelle n'a rien d'une industrie en réalité, et de nombreux pays ont développé des systèmes bien plus performants que le nôtre pour avoir un véritable roulement en matière de fiction. Mais surtout, le classement est intéressant parce qu'il n'est pas très loin de la vérité... même si, de mon point de vue, nous serions plutôt après la Pologne.
Pourquoi la Pologne ? Parce que les productions polonaises ressemblent à s'y méprendre à des séries de TFHein, à moins que ce ne soit l'inverse. Sur le plan du budget, de la réalisation, et généralement de l'exigence, on est vraiment dans cette famille-là.

Dernier exemple en date : Na Krawędzi, qui a débuté la semaine dernière sur Polsat. Il s'agit, évidemment, d'une série policière/sociale, comme TFHein rêve d'en faire et complote probablement d'en sortir un remake dés que possible à l'heure où nous parlons. L'héroïne de cette série s'appelle Marta Sajno, une éditrice qui a trouvé le sujet et qui, après avoir vécu au Canada, revient en Pologne avec sa fille Anna, pour régler des affaires. Sauf qu'elle va se retrouver au coeur d'une enquête policière conduite entre autres par l'enquêtrice Tamara Madejska, touchant au milieu de la prostitution... L'occasion pour Marta de s'impliquer sur un sujet qui lui est cher : les violences faites aux femmes.

NaKrawedzi

Avec pareille combo, on s'attendrait à ce que Na Krawędzi soit une série, disons, moderne, et peut-être même féministe. Vous savez, girl power, tout ça.
C'est oublier un peu vite qu'on est en Pologne.
Car, outre le fait qu'en Pologne, le féminisme a été enterré dans la joie et l'allégresse dans la même fosse que le communisme, il s'avère que dans ce pays, on ne célèbre pas exactement le girl power dans la fiction. Et la priorité n'est pas au changement des représentations, non plus.

Il y a bien-sûr le problème bien à part des soaps et telenovelas nationaux, qui évidemment font la part belle à un grand nombre de clichés sexistes, que le célèbre conservatisme polonais n'aide pas. C'est ce qui a permis à un soap tel que Majka de prospérer, par exemple, à partir d'un pitch pourtant ridicule au possible, celui d'une jeune femme vierge qui entre à l'hôpital pour une opération, mais se retrouve par erreur inséminée avec le bébé d'un couple qui faisait un traitement de fertilité (oui, vierge et enceinte, le personnage de rêve pour une société profondément catholique). L'héroïne est enceinte d'un inconnu dont elle va tomber amoureuse a posteriori... mais, ouf, l'honneur est sauf, elle n'a pas fauté !
Le fait que les chaînes polonaises fassent leur marché parmi les pitches les plus rétrogrades de la télévision sud-américaine pour leurs idées de telenovelas n'arrange évidemment rien (et fait souvent passer, par comparaison, ces mêmes telenovelas hispaniques mièvres et/ou simplistes pour des séries avant-gardistes de HBO).

Mais même du côté des séries dramatiques hebdomadaires, on ne peut pas dire que les personnages féminins soient particulièrement impressionnants.
Oh, pas de mégarde : la télévision polonaise regorge d'héroïnes ! Simplement elles ont une fonction essentiellement ornementale et/ou maternelle.

Prenez Prawo Agaty, sur TVN, c'est un cas d'école... et accessoirement un grand succès : la série a été lancée en mars 2012, elle aborde d'ores et déjà sa 3e saison. Dans cette série légale, Agata, une femme qui était juriste pour une compagnie d'assurances, perd son emploi ; or elle est mère célibataire, et elle a besoin de gagner sa vie (sous-entendu : si elle était mariée, perdre son emploi serait totalement anodin financièrement). Avec une amie qu'elle a connue à la fac, elle monte donc son propre cabinet d'avocats, mais elle n'a jamais pratiqué le droit civil jusqu'à présent ! Elle aurait aussi pu ne pas ouvrir un cabinet se spécialisant dans le droit civil, mais bon. La série chronique donc ses nombreuses difficultés à plaider des affaires généralement à vocation sociale. Chaque semaine, à charge pour Agata à la fois de devenir une meilleure avocate, et d'aider des familles dans la détresse.
Loin de nous offrir un The Good Wife (faudrait ptet voir à pas déconner), la série serait plutôt un Ally McBeal sous perfusion de tranquilisants, lorgnant en fait énormément vers Joséphine, ange gardien. Ne vous retournez pas, mais je crois que des gens de TFHein nous écoutent et prennent des notes ; faites semblant de rien. Il y a évidemment un fond de romance (Agata est une célibataire, et ce crime ne peut rester impuni), mais surtout beaucoup d'occasions pour notre héroïne de faire des démonstrations de compassion, d'écoute, et de toutes sortes de qualités du même tonneau supposément très féminines. Alors évidemment, Prawo Agaty nous montre en apparence une femme indépendante (même si, croisons les doigts, ça ne va pas durer !) qui porte de jolis tailleurs au-dessus du genou, ça va, on n'est pas des animaux moyenâgeux, quand même ! ...Mais enfin, les clichés sont quand même là et bien là. Et accessoirement, Agata est présentée de façon tellement inoffensive, que sa beauté a plutôt pour vocation d'attirer le public mâle que d'inspirer le public féminin.

NaKrawedzi-logo

Eh bien dans Na Krawędzi, c'est un peu la même.
Marta est une très belle femme blonde qui a du succès dans les affaires, conduit d'une main de fer un magazine féminin, et qui a une fille dont tout semble indiquer qu'elle a réussi à bien l'élever, Anna étant en deuxième année de droit (ANNA, APPRENDS LE DROIT CIVIL !!!). Ca fait plaisir, un personnage fort, me direz-vous ! Tenez-vous bien, il y en a deux. Car l'épisode commence alors que Marta a découvert un cadavre dans le jardin (c'était donc un mardi au pays des séries), sur lequel une équipe de policiers va enquêter, dont Tamara Madejska, une femme célibataire qui a du caractère (ça se voit parce qu'elle porte un blouson en cuir et elle fait du judo). Les deux femmes semblent partager quelque chose que l'épisode prend bien garde à ne pas expliciter trop vite, même si son accompagnement musical très lourd vend un peu la mèche.
Vous l'aurez deviné, les deux femmes se connaissent parce qu'avant de partir pour le Canada faire fortune, Tamara avait été chargée d'une affaire qui concernait directement Marta, et qui explique pourquoi cette dernière est si motivée en matière de violences faites aux femmes. C'est un lourd secret qu'évidemment elle a caché à sa fille Anna, laquelle n'a pas connu son père (clin d'oeil appuyé, clin d'oeil appuyé)...

Vous le comprenez, gros changement dans la dynamique sur le fond : quand s'expliquent les tenants et aboutissants de Na Krawędzi, on comprend que son héroïne est en réalité une victime avant tout, que cela dirige ses actions (monter un journal féminin, éduquer sa fille seule, etc...), et non une femme à poigne. En la faisant s'investir pour la cause des femmes maltraitées (prostitution dans cet épisode, mais aussi violences domestiques à travers une fondation qu'elle a créée, et viol dans une scène tardive du pilote), la série modifie le sens de sa prise de responsabilité pour en faire une femme qui, une fois de plus, agit par compassion et solidarité. Bizarrement, c'est quand s'opère ce changement symbolique dans la représentation de Marta que l'enquêtrice Tamara est reléguée au second plan, une dynamique permise par le fait qu'une équipe de flics mixte est sur le coup. Les hommes peuvent ainsi prendre le relai, nous sommes sauvées !

Mais attendez. Il y a pire.
Dans un épisode qui va fustiger la prostitution, nous allons avoir la chance de faire connaissance avec Anna, qui, osons le dire, n'a qu'une vocation purement décorative dans cet épisode. Le personnage n'a clairement été placé là que pour monter le background de Marta, mais bon, maintenant qu'il est là, ce perso, il faut bien qu'il se rende utile. Qu'est-ce qu'on pourrait donc bien en faire ?
Charmante petite personne forcément jolie, Anna va donc passer son temps à sourire et faire des oeillades à tout le monde, évidemment en mini-jupe autant que possible, et va même finir une scène en topless (ok, là j'avoue, ma théorie fumeuse sur la société conservatrice polonaise s'effondre, j'ai pas d'explication). Certes, on ne la verra que de dos, mais enfin, bon, ça se voit un peu que c'est gratuit.
Et ça se voit d'autant mieux que dans Na Krawędzi, aucune scène ne dure plus de 2 minutes (montre en main, j'ai vérifié !), alors que la camera va s'apesantir lourdement sur Anna dans sa piscine, scène qui de surcroît n'a pas l'ombre d'une signification pour l'histoire. En gros, Anna parle à sa mère, laquelle se dépêche d'aller bosser, là-dessus, paf, une minute sur Anna qui se désape et va faire du quasi skinny-dipping. Pas l'ombre d'un petit prétexte si ce n'est "ah tiens, la conversation est finie, allons mater la gamine pendant une minute". Non, on ne va même pas faire semblant d'avoir une raison, à quoi bon.

Le résultat obtenu par cet ensemble de procédés fait de Na Krawędzi une série totalement contre-productive. Sans aller jusqu'à espérer une série ayant le courage d'un Uçurum, voire même si on était en veine, un Matrioshka, j'espérais un peu mieux d'un tel pitch.
Là où on s'attendrait à avoir un thriller intéressant et original (d'autant que la série a choisi une intrigue feuilletonnante, et non un format procédural, ce qui est une bonne idée à la base), on se retrouve au contraire avec une série usant de tous les stratagèmes pour renvoyer les femmes dans leurs rôles télévisuels typiques : des femmes blessées, des justicières impossibles à aimer, et de jolies bimbos pas trop frileuses.
Mais tout ça au nom de la dénonciation des violences faites aux femmes !

Je pense que les spectatrices polonaises sont en droit de dire : I need feminism because I watch television. Enfin, elles le diraient sûrement en polonais, mais vous saisissez l'idée.
Du coup, il faudrait que je me refasse une série de TFHein, histoire de voir si, à défaut de l'être sur la fiction, on est un peu mieux lôtis que la Pologne du côté des stéréotypes sexistes.

Posté par ladyteruki à 23:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

17-02-13

Le droit d'être jugé par ses pairs

Récemment, mais je me suis aperçue que de plus en plus souvent, j'hésite à lancer un pilote parce que j'en attends beaucoup. En fait, plus j'ai envie qu'une série soit bonne, plus il m'est difficile de me confronter à son pilote et de prendre le risque, peut-être, d'être déçue par lui. Alors je reporte. Pendant des jours, des semaines, parfois même des mois, le moment où je vais finalement me mettre devant le pilote et le regarder pour ce qu'il est. C'est l'une des raisons, sans doute, qui me poussent à essayer d'arriver à chaque pilote avec le moins d'informations possible. Mais il est des cas où c'est tout simplement impossible...
Pour certains, Joss Whedon est un Dieu. Pour moi, depuis la fin des années 90, c'est David E. Kelley qui est mon héros. Il a ses défauts ils en ont tous mais je suis à ma place dans son univers. Parfois, j'ai l'impression de le comprendre, même (heureusement ça ne dure pas trop longtemps, il ne manquerait plus que ça). Alors comment ne pas avoir d'immenses attentes envers un pilote dans ces conditions ? Après avoir reporté ce visionnage une saine période de temps (c'est la diffusion cette semaine du 2e épisode qui a tiré la sonnette d'alarme), j'ai fini par me mettre devant le pilote de Monday Mornings. Oh, David, pitié, ne me déçois pas...

MondayMornings

Et dire. Que j'ai. Douté.
Dire que j'ai craint que Monday Mornings soit décevante ; je ne sais même plus pourquoi pareille idée m'a traversée, alors que la série est en totale cohérence avec tout ce que fait, tout ce qu'est (téléphagiquement) David E. Kelley ! Oh, David, je ne suis pas digne, pardon. Mea culpa, mea maxima culpa.

A première vue, sur le papier, il est vrai que Monday Mornings aurait pu sembler un peu trop commune, trop passe-partout pour que Kelley y fasse démonstration de son talent. Des chirurgiens, un hôpital étincelant, des filtres en bataille, des personnages pleins de bons sentiments, voulant faire le maximum pour leurs patients au détriment de leur vie privée ou même leur propre santé... N'est-ce pas un peu cliché ?
Mais Monday Mornings n'est évidemment pas une série médicale comme les autres. L'enjeu n'y est pas à proprement parler l'acte médical, mais le mécanisme de pensée qui conduit un chirurgien à prendre une décision donnée. Les réunions M&M (mortality & morbidity, déjà évoquées dans de nombreuses séries médicales d'ailleurs) consistent donc, régulièrement, à donner aux médecins concernés l'opportunité de revenir posément sur une décision prise dans le feu de l'action, et ce, dans le cas où elle a abouti à la mort du patient. Toute la question est justement de déterminer si la décision a provoqué la mort, ou si le décès était inévitable ; et donc, de questionner, au-delà de la compétence technique du praticien, sa lucidité.

On comprend vite pourquoi Monday Mornings est un sujet qui ne pouvait que parler à David E. Kelley : rapidement, le pilote va nous prouver que le scénariste se sent directement concerné en tant qu'ancien juriste, et passionné de débats, dans ces réunions M&M. En fait, la fatidique réunion du lundi matin n'est rien d'autre qu'un procès systématiquement à charge, où chaque médecin se représente lui-même, face à un Chief of Staff inquisiteur et implacable, et devant un jury composé de ses pairs. Eh oui, Monday Mornings est une nouvelle série légale qui a simplement passé une blouse blanche, poussant ainsi plus loin encore les idées que Kelley avait pu exploiter par le passé sur le milieu médical, notamment dans Chicago Hope, évidemment. Parce qu'on peut sortir l'homme des tribunaux... mais on ne peut pas sortir les tribunaux de l'homme.
Ce sont toujours, dans le fond, les mêmes sujets qui reviennent que souvent : la mise en balance du talent des professionnels avec leur faillibilité d'humains, les questions de responsabilité de personnes qui pensent pourtant les assumer déjà au maximum, et, finalement, la question fondamentale que pose Kelley dans toutes ses séries, à savoir qu'être éminemment capable et professionnel n'empêche pas les erreurs, et qu'y faire face fait partie du métier. Dans ce contexte, la moindre erreur peut, et doit, être questionnée, car en dépit de toute la dédication des professionnels, quand il est question de la vie d'un tiers, une seule erreur est toujours une erreur de trop. Ployant sous le poids d'une responsabilité sans fin sur la vie des autres, quand eux-mêmes ne sont jamais que des mortels, les héros de Monday Mornings vont donc devoir, semaine après semaine, se confronter à leur charge, dans tous les sens du terme. Je suis prête à mettre ma main au feu qu'à un moment, va se poser la question de la perte des facultés d'un personnage vieillissant et/ou faillissant, qui ne va pas s'en apercevoir tout de suite et qu'il faudra mettre de force face à ses limites, parce qu'aucune série de Kelley n'a jamais résisté à cette question et que là, c'est vraiment une occas' en or.

Monday Mornings commence donc son parcours avec un premier cas "évident", celui du Dr. Martin, un chirurgien dont tout le monde sait qu'il n'a pas été assez rigoureux, dont tout le monde sent qu'il a franchi la ligne une fois de trop.
Car si chacun, en étant convoqué pour assister à la réunion M&M, a le réflexe anxieux de se demander s'il y a une "chance" pour qu'il soit appelé à la barre, si chacun se repasse rapidement les dernières heures, les derniers jours, pour vérifier s'il a eu affaire à la mort d'un patient, si chacun, enfin, reprend confiance en ses propres qualités afin de marcher sans trembler dans l'amphi où se déroulent les réunions du lundi matin ; en fin de compte, tous sont parfaitement conscients de qui est susceptible d'avoir affaire au jury silencieux du service de chirurgie de l'hôpital. Monday Mornings veut nous plonger, d'abord, dans cette ambiance où chacun remet sa pratique en question une première fois, à l'annonce de la réunion du lundi matin, où le rythme cardiaque atteint un pic puis redescend aussi sec devant la certitude de n'avoir rien à se reprocher. Après avoir fait le point avec leur conscience, les médecins rassurés vont donc assister à l'interrogatoire du Dr. Martin, lequel est, de toute évidence, le maillon faible du service. Et l'exercice a autant pour fonction de nous montrer comment se passent ces réunions, que de nous montrer que l'assurance de bien faire reprend instinctivement le dessus.
Ce premier cas nous permet de nous familiariser avec les réunions M&M, donc, avec la théâtralité choisie par Kelley (ou peut-être qu'à ce stade ce n'est plus un choix, mais un instinct que d'en revenir à une forme à peine déguisée de prétoire), avec les regards atterrés des collègues dans la partie de la salle plongée dans l'ombre pendant que le "mis en cause" doit défendre ses décisions, et non ses gestes, devant un Chief of Staff omniscient et tout-puissant, qui est à la fois juge et bourreau.

Mais ce n'est qu'à titre introductif que nous commençons par là, car Monday Mornings ne veut pas simplement lyncher les incompétents, ce serait trop facile, ce serait trop simpliste.
Après avoir fait en sorte que le Dr. Martin n'exerce plus (...avec un twist, car pour Kelley et bien qu'il ne taise pas ses regrets à ce sujet, la Justice est souvent à courte vue), Monday Mornings s'attaque donc à l'anti-thèse du Dr. Martin : le Dr. Wilson, un professionnel impliqué, attentif, plein de compassion c'est le Chief of Staff lui-même qui le dit qui va, c'est sûr, faire tout son possible pour son nouveau patient. Mais qui va échouer.

Et Monday Mornings met alors le spectateur dans une douloureuse position. Celle de l'enjoindre à prier pour que tout se passe bien, parce que le médecin, vraiment, fait tout ce qu'il peut, et on le croit de bonne foi... mais en même temps, si toutes les opérations réussissent, il n'y a plus de réunion M&M, et c'est quand même le coeur de la série. Et si c'est le coeur de la série, c'est bien qu'il y a des questions à poser et des dysfonctionnements à soulever. Alors, secrètement, et on se déteste pour ça... on espère que le chirurgien va échouer. Mais que c'est par manque de chance, juré !

Quand vient l'heure pour le Dr. Wilson de faire face à l'accusation et au parterre affligé de ses pairs, pourtant, il va bel et bien ressortir qu'il a laissé passer une occasion de mieux faire son travail. Oui, ses collègues le confirmeront : l'état de son patient, juste avant de mourir, sur la table, était sans appel. Mais peut-être aurait-il fallu prendre une autre décision que le faire passer sur le billard, en amont. Eh oui, ce n'est jamais assez. Monday Mornings ne pardonne rien. Monday Mornings rappelle aux chirurgiens que la moindre décision, aussi certaine semble-t-elle, et même quand elle semble dictée par l'urgence, ne doit jamais être traitée comme une évidence. Et rappelle à ses héros que non seulement l'humilité, mais surtout, la remise en question constante de leur pratique, est plus importante qu'aucun geste technique.

Il ne doit, jamais, exister de certitude, et chaque semaine, nous reviendrons donc, avec le service de chirurgie, sur l'inévitable vérité qu'aucun médecin, jamais, ne peut se soustraire au reproche, même quand il croit bien faire, surtout quand il pense bien faire. Il n'y a pas de place pour l'évidence quand on a la responsabilité d'une vie. Et pourtant, il faut bien poursuivre la sienne, et reprendre le risque jour après jour... parce que, quelle est l'alternative ?

...Finalement, c'est bon signe que j'aie douté.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 18:11 - Review vers le futur - Permalien [#]

13-02-13

Meta critique

Ce n'est pas tous les jours que vous me voyez sur ce blog m'intéresser sincèrement à une série de la CW. Je crois que le mot exact est : "jamais". Cependant il semblait très difficile de ne pas avoir des attentes envers Cult, l'une des rares séries du network à avoir de l'ambition... et je crois que le mot exact est : "seule".
Mais comme on dit, plus dure sera la chute, et l'heure de vérité est maintenant venue : y a-t-il enfin une série de la CW qui puisse m'intéresser ? C'est la question à laquelle je m'apprête à répondre dans le post de ce soir, et dans le cadre du défi des review de pilotes avec whisperintherain. Le suspense est insoutenable... mais alors, bon, je vous préviens : il faut suivre.

Cult-Poster

...Si je n'avais pas lu que Cult avait été créée à l'origine pour la WB, je dirais qu'il n'existe pas de série ayant un meilleur timing ! Mais attendez ! Commençons par le commencement, et récapitulons de quoi il s'agit : ce sera salvateur pour suivre.

Cult est une série dans laquelle un journaliste se retrouve plongé, suite à la disparition étrange de son frère, dans l'univers complexe d'une série télévisée appelée Cult, et qui est donc une fiction dans la fiction. Pour comprendre ce qui est arrivé à son frère, il va devoir prêter attention à la série Cult, dans laquelle l'héroïne est, elle-même, à la recherche de sa soeur qui a disparu dans d'étranges circonstances ; l'héroïne de Cult est, qui plus est, une ancienne adepte d'une mystérieuse secte dirigée par un (bien-sûr) charismatique gourou, auquel elle a réussi à échapper mais qu'elle est obligée de croiser alors qu'elle cherche sa soeur. Elle soupçonne en effet que le gourou ne soit pas pour rien dans tout cela... et il semblerait que notre journaliste soit sur le point de découvrir que la secte de Cult, la série imaginaire, existe réellement dans Cult, la vraie série !
Meta ! ...Bon, retenez bien ce qui est gras et ce qui est en italique, parce qu'à partir de là, je ne précise plus rien.

Si j'ai réussi à résumer le pilote (et rien n'est moins sûr !), vous commencez à saisir toute l'ambition de Cult. L'idée est de raconter l'histoire d'une enquête, parce que c'est quand même ça (faut pas déconner), qui prend sa source dans une autre enquête, fictive celle-là.

On n'est pas très loin du sujet d'Utopia, au passage, sauf qu'Utopia joue quand même beaucoup moins sur l'intertextualité avec le comic book (cela dit j'ai pris un peu de retard en voulant finir la saison 1 de Raw, et comme vous le savez la série a été ma priorité ces derniers temps) ; et, par ailleurs, on est quand même méchamment en train de marcher sur les plates-bandes de The Following (sauf qu'ici la thématique à la fois de l'armée invisible recrutée sur internet et de la secte meurtrière est infiniment mieux exploitée que dans le pilote de The Following, ce qui, si vous vous en souvenez, était l'une de mes grosses objections !). Qui plus est, pour l'observatrice extérieure que je suis, j'ai l'impression que Cult arrive à point nommé alors que le public s'intéresse toujours à la télé réalité, mais est en manque de gros concept innovant en ce moment ; il y a donc, dans la cible des spectateurs qui ont envie qu'on fasse mine de brouiller la frontière entre le réel et la fiction, un vivier de spectateur n'attendant que d'être convaincus par une nouvelle narration. Je ne prétends sûrement pas être experte en reality tv, mais c'est l'image que renvoie le genre en ce moment, une petite crise donc Cult pourrait s'emparer à son avantage.

Et c'est en ça que Cult est très futée, parce que clairement elle a senti des ingrédients qui sont dans l'air du temps, tout en ayant son propre projet, sa propre ambition, son propre sujet. Cult n'est d'ailleurs pas une série qui a fait des sectes son thème central. Même si je persiste à dire qu'un jour, il nous faudra une série sur Waco ou Jonestown ; si le sujet vous intéresse un peu, d'ailleurs, je vous suggère de regarder la série néo-zélandaise The Cult, voire, si vous avez le coeur très bien accroché, d'écouter la fameuse Jonestown death tape. Au contraire, là où c'est futé, c'est que le sujet assez risqué, et globalement plutôt difficile à traiter, des sectes, reste essentiellement cantonné à Cult, et que dans Cult, la question de la secte prend pour le moment plutôt l'apparence d'une conspiration d'où les éléments spirituels sont soigneusement écartés... c'est plutôt bien vu d'avoir bien marqué la séparation de sujet entre les deux, d'ailleurs je vais y revenir plus bas.

Mon Dieu, ça fait un paragraphe que je jette des fleurs à Cult, il se passe quelque chose de très très grave là... Laissez-moi donc préciser que Cult est loin d'être un pilote parfait, ouf ! On a eu peur.

D'abord, il faut quand même admettre que le coup de la série dans la série (avec une petite mise en abyme supplémentaire pour tout mot de la fin), c'est quand même une opportunité en or pour se faire une méchante publicité mensongère. Dans Cult, la série Cult est diffusée sur la CW (on l'entend nettement dans la promo diffusée à la station-service), ce qui veut dire que la véritable CW voudrait bien qu'on pense qu'elle est capable de diffuser une série aussi sombre ("gritty", en fait) que peut l'être Cult ; or il n'en est rien, bien-sûr, et la conversation téléphonique de fin de pilote le prouvera : Cult, la vraie série, se refuse à être aussi angoissante que Cult, la série dans la série. Mais grâce à son habile mise en abyme, elle parvient à faire illusion, et à entretenir un climat plus terrifiant qu'il ne l'est vraiment.
Et puis, quand même, aussi bien dans Cult que dans Cult (à moins que ce ne soit l'inverse, on sait plus), on a des personnages aussi épais que du papier à cigarettes, particulièrement peu intéressants. Un peu comme Bastien et Atreyu, les deux "mondes" dépeints dans la série se répondent en miroir, calquent leur pas l'un sur l'autre, et les personnages n'existent bien souvent qu'à travers ce prisme : ils n'ont aucune existence propre (on aura une magnifique séquence de background plaqué sur la fin du pilote, d'ailleurs, alors que l'un des personnages raconte sa sob story dans la voiture), et les acteurs sont d'une transparence à faire peur. Qui plus est, la réalisation manque grandement de finesse lorsqu'il s'agit de montrer que la machination est à l'oeuvre, comme avec les plans soutenus sur un personnage totalement muet qui passe dans plusieurs scènes avec un regard louche et appuyé pour bien montrer que oh-là-là, on est surveillés.
Pour finir, il est légèrement inquiétant que tout ce petit monde se prenne au sérieux ; il aurait été bienvenu que soit un personnage de Cult, soit quelqu'un dans la "réalité" de Cult, serve parfois de comic relief ; apparemment au moins un personnage doit être introduit dans le futur proche de Cult (en la personne d'une geekette, si j'ai bien compris), et j'espère que ce personnage saura apporter un peu d'humour ou de sarcasme, permettant de temps en temps à la série de respirer, et de prendre du recul sur elle-même, parce que pour le moment, cet ingrédient manque beaucoup à l'épisode. Ce qui est quand même dommage dans un univers où les fandoms sur internet sont supposées être au coeur des évènements (les gens qui écrivent ces séries ont-ils déjà posé le pied sur Twitter, par exemple ?).
Mais ces défauts en sont-ils tous vraiment ? On peut se le demander. Il est clair qu'avec la duplicité de son objectif, Cult n'a pas en plus la marge de manoeuvre lui permettant d'emblée de créer des personnages complexes, et sa bascule permanente entre deux niveaux de "réalité" ne l'autorise que très peu à rajouter des degrés de lecture dans la personnalité de ses protagonistes. A un moment, on a quand même besoin que le public soit capable de suivre, hein !

Alors au-delà de ça, on peut se demander quel accueil sera réservé à Cult, à mesure que la série trouvera de l'exposition médiatique (rappelons, comme le fait le poster ci-dessus, que le pilote n'a pas encore été diffusé par la chaîne, mais juste mis à diffusion sur Hulu pour le moment). Aussi littéralement que possible, Cult pose la question du rapport entre la fiction et la réalité, et le moment où, en tant que spectateur, il devient dangereux de gommer la frontière, voire de ne plus la saisir. Et, ce faisant, plonge directement le spectateur dans un trouble qui est quand même largement recherché.
Evidemment, assister à un suicide en direct dans Cult, ça n'a pas le même impact que d'y assister dans Cult, par exemple. Mais ces nuances ont-elles vraiment de l'importance, sur le long terme, alors que la série joue précisément sur le concept de basculement entre la réalité et la fiction ?
C'est la raison pour laquelle il est à la fois fascinant et inquiétant de voir Cult lancer des piques à ses spectateurs pour remettre en question leur rapport à la réalité de la série : c'est d'un côté très bien joué, et futé, et bien des choses encore... mais d'un autre côté, le jeu de miroirs n'a-t'il pas de quoi déstabiliser un peu ? Parce que Cult a très bien compris les codes de l'appropriation d'une série à forte mythologie par ses fans (un grand nombre de ces enseignements a été tiré de Lost, dont le fantôme est palpable), la production sait aussi très bien quels codes seront repris par le public, tel que le très ingénieux logo de Cult par exemple (qui sert de tatouage de reconnaissance à certains personnages de Cult). Le problème c'est que ces codes vont être repris par les fans de Cult, et provoquer une mise en abyme supplémentaire...

Le gros coup de malchance de la CW serait que l'expérience narrative tourne mal, et qu'on se retrouve avec un cas de fan de la série qui pète les plombs (il suffit d'un spectateur moins équilibré que les autres, pas plus). On est d'accord que je m'inquiète peut-être pour rien, d'autant que comme je le disais, Cult aborde la question des sectes, que pour le moment Cult évite pour le moment avec soin, de sorte que les débordements entre la réalité et l'imaginaire ne s'aventurent pas dans le domaine de la spiritualité et de l'endoctrinement. Mais aucune chaîne "pour adultes" ne s'est risquée à un tel brouillage entre le réel et l'imaginaire, alors, sur des ados, je ne sais sincèrement pas l'effet que ça aura sur le long terme.
...Enfin, s'ils regardent Cult sur le long terme ! Parce que sur la CW, rien n'a préparé le public à une série ayant ce type d'exigences. Ce sera un bon test pour les autres projets que prépare le network, genre Oxygen, ou surtout The Selection et The Hundred. Si Cult remplit sa part du contrat, ce sera très incitatif et on pourra s'attendre à une poursuite intéressante de la mutation du network... sinon j'en reviendrai à mes bonnes vieilles critiques lapidaires. Et c'est vrai qu'elles vont nous manquer, si je commence à dire du bien de certaines séries de la CW !

En attendant d'avoir la réponse à ces interrogations et quelques autres, je regarderai Cult aussi longtemps que possible... tout en soignant l'inévitable mal de tête que provoque la rédaction d'un post sur le sujet. Parce que, je ne vous le cache pas, je suis contente d'avoir fini !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

11-02-13

Zygomatiques au repos

Depuis quelques jours que je suis malade ("quelques jours ? Une éternité !", vous dira mon entourage essentiellement constitué de mauvaises langues infoutues de préparer une soupe de poulet potable), je redécouvre l'avantage de regarder des comédies. Alors que j'en avais mis un très grand nombre entre parenthèses, notamment en décembre pour faire de la place à mon marathon Scrubs, j'ai repris le visionnage de plusieurs séries, parmi lesquelles Les Bobos, The Neighbors ou encore New Girl que pourtant je ne pensais pas reprendre avant cet été. Les faits sont là : quand on est malade, c'est vachement plus sympa de regarder une comédie. Ou dix. Mais sitôt mon retard rattrapé sur ces séries, je me suis aperçue qu'un nouveau problème se posait : je commençais à être à court de formats d'une demi-heure ! C'est là que le défi avec whisperintherain intervient...

TheSpa

The Spa se déroule dans un complexe de beauté et de bien-être... oui, ou un spa, si vous appelez ça comme ça... et a priori le concept est bon. Il est tellement bon que, soyons sincères, il a déjà été en grande partie utilisé dans Vénus et Apollon, dont je me rappelle avoir vu des bribes d'épisodes (chaque bribe aperçue étant en général suivie d'un réflexe pavlovien de zapping : à l'époque, les séries françaises et moi, on n'avait pas encore signé la trève de 2012...). Et de par la variété de clients qui peuvent passer la porte, de par la raison d'être de ces entreprises, de par les interactions entre les différents membres du personnel, je peux comprendre le potentiel d'une série, et a fortiori d'une comédie, se déroulant dans ce contexte. Le problème, c'est que le résultat ne ressemble absolument pas à ce que je m'imagine. Et à vrai dire, le problème, c'est que ça ne ressemble à rien du tout.
Le premier épisode de The Spa, diffusé la semaine dernière, suit donc la directrice du... spa, oui si vous voulez, alors qu'elle passe une mauvaise journée et qu'elle doit gérer le personnel extravagant de l'établissement, de la pauvre assistante complètement stupide au professeur d'aérobic en fauteuil roulant. Evidemment rien ne se passe jamais comme il faudrait, la pauvre femme est entourée d'incompétents, et ainsi de suite.

Le soucis, c'est qu'en définitive, il ne se passe rien. Evidemment je n'attendais pas de The Spa qu'elle nous propose des intrigues de la profondeur insondable d'un drama, mais au minimum, je m'attendais à une histoire. Je sais, je suis d'une confondante naïveté. Mais au terme de son épisode inaugural, il apparait plutôt que The Spa fonctionne comme une série à sketches, où les séquences n'ont aucune sorte de continuité, se contentant de sortir une blague puis de passer à la suivante en oubliant la plupart de ce qui vient de se dire.
Mais ce qui est le plus déconcertant dans tout ça, c'est que plusieurs des gags n'ont strictement aucun rapport avec le contexte ! La scène qui m'a semblé être la plus longue portait par exemple sur le vieil homme chargé de la réparation, un type qui se balade en short ultra-moulant toute la journée et à qui la patronne fait remarquer que c'est vraiment indécent, vu le gabarit de son engin, de porter un short taillé aussi serré, et qu'il y a encore eu des plaintes. En quoi cette scène a-t-elle quoi que ce soit à voir avec le contexte du spa ? Ca pourrait se passer absolument n'importe où ! Et ça dure vraiment, vraiment longtemps, c'est insupportable. Alors non seulement ça ne fait pas rire, non seulement c'est pas très fin comme genre d'humour, mais en plus c'est interchangeable avec n'importe quelle autre série pas drôle et pas fine !

En toute honnêteté, je crois qu'il y a des formes d'humour qui me resteront étrangères ; l'humour britannique fait partie de ces choses-là (et, par ricochets, l'humour scandinave, qui lui est assez proche pour ce que j'ai pu voir). Il y a des comédies venues de Grande-Bretagne qui fonctionnent sur moi, c'est sûr, mais c'est une minorité, clairement ; et quand je me retrouve devant une comédie comme The Spa, je le ressens de façon encore plus évidente. Ca me rappelle mon embarras devant Benidorm par exemple (bon, ici d'autant plus à raison que c'est le même créateur), et comment cet humour n'est définitivement pas le mien.

Le seul intérêt de The Spa, ce sont les couleurs de ses décors : ça m'a rappelé qu'Äkta Människor sortait en DVD ce mois-ci en Australie. Eh, dans le genre associations d'idées, ya pire, quand même.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:25 - Review vers le futur - Permalien [#]

10-02-13

Lévrier absent

Pour autant que j'aimerais vous parler de séries sur la bouffe indéfiniment (et Dieu sait que l'envie ne manque pas), à un moment je commence à manquer de matériel, rapport au fait que j'ai fini de rattraper les épisodes de dinner déjà sous-titrés, et que les saisons de Raw sont terriblement courtes. Retour, donc, à un menu gastronomique plus frugal, mais téléphagiquement tout aussi engageant je l'espère, avec cette fois une série néo-zélandaise, puisque TV3 a fait démarrer quelques nouveautés en ce mois de février, et notamment, depuis vendredi soir, Sunny Skies.

SunnySkies

Ami téléphage, tu connais sûrement cette sensation : une série te plaît, tu la dévores avec délice, et quand vient la fin de sa saison et/ou de sa diffusion, tu es en deuil. Tu voudrais continuer à avoir des épisodes inédits à regarder, mais voilà : la source s'est tarie, c'est fini. Alors tu passes à la seconde phase de ton engouement pour la série, ce moment où tu cherches désespérément quelque chose de similaire, qui puisse servir de dérivatif. Le problème c'est que, et ça tout téléphage le sait, une série similaire, ce n'est quand même pas la même chose. Alors, une fois que tu l'as réalisé, tu peux tourner la page, regarder quelque chose de différent, et aller de l'avant.
L'an dernier, j'avais pu vous parler d'une comédie absolument charmante, Hounds, et j'avais pu vous dire combien son sens de l'équilibre était rafraîchissant, car, en dépit du fait qu'elle ait choisi, osons les mots, un sujet plouc, elle avait réussi à maintenir une certaine élégance dans son humour, et plus généralement dans ses situations. Après quoi je m'étais commandé le DVD, fait une intégrale pour la route, puis j'avais bien été obligée de passer à autre chose.

Mais chez TV3, par-delà les mers, on m'avait entendue. Et à défaut de renouveler Hounds (insérer ici quelques onomatopées peu amènes soulignant à quel point il serait quand même chic de renouveler Hounds), la chaîne a commandé un Hounds bis.

Voici donc Sunny Skies, une série dont le pilote fonctionne à peu de choses près sur exactement la même structure.
C'est-à-dire que dans le pilote de Sunny Skies aussi, un homme meurt, et son enterrement péquenaud est l'occasion pour sa famille de découvrir l'existence d'autres membres de la famille. Dans le cas qui nous occupe, le défunt, propriétaire d'un camping (on va y revenir), laisse derrière lui deux fils adultes qu'il ne connaissait pas, et qui ne se connaissaient pas. L'un est un père célibataire qui tente d'être bon copain avec son adolescente de fille mais qui n'a pas vraiment de plan dans la vie, l'autre est un snob aigri qui ne pense qu'à l'argent. Ca vous rappelle quelque chose ? Eh oui, là encore, on retrouve pas mal d'éléments présents dans le pilote de Hounds, avec deux personnages masculins centraux et diamétralement opposés, et une adolescente pour arbitrer. Là où Sunny Skies innove fondamentalement, c'est avec le personnage ombrageux de l'employée du camping, Nicki, dont l'équivalent est inexistant dans Hounds. Voyez, on n'est pas non plus dans la copie conforme...
Evidemment, le vieil homme a laissé à ses deux fils la responsabilité du camping, et évidemment, l'un ne peut vendre sans l'accord de l'autre. Evidemment.

Alors, ça fait plusieurs fois que j'ai prononcé le mot "camping", je vous vois commencer à vous affoler, et je veux vous rassurer : finalement, l'épisode parle beaucoup plus du camping qu'il ne le montre. Tout le pilote va consister à déterminer si oui ou non les frères vont tomber d'accord pour s'en débarrasser, ce qui ne semble pas une idée si exotique partant du principe qu'aucun d'entre eux n'y a posé les pieds avant cela et qu'on ne peut pas dire que l'endroit soit très glamour. C'est Nicki, qui tient à conserver son job et qui est aussi très attachée à l'endroit, qui va faire tout son possible pour défendre l'idée que le camping conserve ses deux propriétaires ; mais sans son insistance, soyons clairs, il n'y aurait pas de série !
On va également côtoyer quelques personnages vivant au camping, comme l'employé chargé de la réparation, Gunna, qui éprouve d'immense difficultés à porter un pantalon (ce sera le running gag le moins fin mais le plus récurrent de l'épisode) et qui ne fume vraisemblablement pas que du tabac, ou deux vieux habitués grisonnant qui s'avèrent être un couple gay (l'un de ces deux personnages est incarné par Mick Innes, déjà vu dans l'un des rôles principaux de... Hounds. I kid you not). On ne peut pas dire que l'originalité soit de la partie, et les personnages sont là où on les attend. Mais en choisissant immédiatement de personnifier le camping à travers ces personnages, Sunny Skies part du principe que cela va se jouer plutôt sur l'affectif que sur des gags impersonnels sur le public des campings ; on est dans une attitude finalement assez tendre où tout le monde est gentillement doux-dingue... là encore, ça rappellera comment Hounds traitait son sujet très populaire.

Vous le voyez, beaucoup de points communs entre Hounds et Sunny Skies, donc. Mais qu'avons-nous appris, ami téléphage, depuis des années que nous pratiquons ? Que : "une série similaire, ce n'est quand même pas la même chose".

Et Sunny Skies va le prouver en manquant dramatiquement de finesse, aussi bien dans sa façon d'amener son sujet (comment ces deux types ignorent-ils qu'ils ont un frère ?!) que dans sa façon de le traiter. On est loin du numéro périlleux d'équilibrisme de Hounds au niveau des gags comme de l'émotion ! Ce pilote très précipité ne va à aucun moment prendre le temps de rendre un seul de ses personnages sympathiques, ou même simplement cohérent avec lui-même ; les dialogues agissent comme des gadgets pour faire avancer une intrigue cousue de fil blanc : à la fin de la demi-heure, il faut impérativement que les deux frères aient accepté de gérer le camping ensemble, et peu importe ce qu'il faut faire pour en arriver là. C'est sinistrement téléphoné, et en dépit d'une ou deux ponctuelles bonnes idées, ou en tous cas pas trop mauvaises idées, Sunny Skies va désespérément manquer de personnalité et de substance.

Dans ces conditions, j'ai un message personnel à l'attention de TV3 : RENOUVELEZ HOUNDS. Bordel, c'est pourtant pas compliqué, il suffit de préférer l'original.
Et d'ailleurs, puisque je vous tiens, vous avez déjà tenté Hounds ? C'est une petite série néo-zélandaise, je sais pas trop si je vous en ai parlé...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:03 - Review vers le futur - Permalien [#]