ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

23-06-13

For better or for norse

Ces dimanches de #pilotmarathon sont à la fois l'occasion de rattraper mon retard en matière de pilotes (et, dans le cadre de mon défi avec whisperintherain, ce retard est grand), et aussi l'occasion de faire le grand écart entre des séries n'ayant rien à voir les unes avec les autres. Je dois admettre que c'est quelque chose qui séduit ardemment la pilotovore que je suis : naviguer sans transition d'un monde à un autre. C'est donc avec une série irlando-canadienne que nous poursuivons cette folle journée à présent, en l'occurrence, Vikings.

Vikings

Quand on goûte peu les séries historiques, et qu'on considère qu'une série historique constitue ce qu'on a vu de meilleur en cette journée de #pilotmarathon, ça en dit long.
Je vous l'accorde, la journée n'est pas encore finie.

Vikings n'est pourtant rien d'autre que l'une de ces fresques ennuyeuses qu'en général j'essaye d'éviter. Il faut dire que l'épisode d'exposition prend tout son temps, et se montre très bavard, ce qui n'aide pas.
D'après ce que nous dit Wikipedia (qui spoile à mort, dois-je préciser), la saison s'intéresse à une expédition montée par son héros, Ragnar, avec l'aide de son frère Rollo, contre l'avis de leur seigneur et maître, pour partir explorer les mers à l'Ouest. Le pilote n'en décrit même pas le début d'un commencement, mais retrace plutôt l'entreprise jusqu'au moment où Ragnar se procure un bateau ; il n'est même pas encore parti de chez lui quand finit ce premier épisode. Déjà que l'épopée est d'envergure, si en plus ça met des plombes à démarrer, on n'est pas rendus.
Inutile de dire que pour l'aventure et le frisson, on repassera.

Il est clair que mon contentieux avec les séries historiques n'aide pas quand on aborde un pilote (à moins que ce ne soit le contraire), étant donné que tout ce qui m'agace (faire démonstration des décors, des costumes, bref de l'aspect reconstitution, comme pour prouver qu'on a réussi à faire "typique") est forcément plus mis en avant dans l'épisode introductif d'une saga historique, que par la suite. Et j'étais d'autant plus consciente de cela devant ce premier épisode est, justement, très longuet, et met beaucoup de coeur à poser les bases de ses personnages, et surtout de son intrigue, plutôt que de nous faire entrer dans le vif du sujet. Dans une série autre qu'historique, je crois que ça me ravirait, d'ailleurs, cette façon dont Vikings prend les choses avec patience, sans chercher absolument à nous harponner avec des scènes efficaces mais creuses (et quelques pilotes de la journée se sont précisément rendus coupables de ce genre de choses, d'ailleurs). Mais voilà, quand il s'agit de types barbus et sales qui se baladent avec des armures, j'ai vite tendance à m'ennuyer.

En fait c'est même l'extrême inverse qui s'est produit : je connais si bien les tenants et les aboutissants de l'intrigue, que je ne sais pas pour quelle raison je suis supposée revenir dans l'épisode prochain. Lire Wikipedia n'a sûrement pas aidé après coup, mais même sur le moment, se dire que, ok, Ragnar est un peu trop fonceur mais il a de l'ambition, il va devoir faire face au seigneur auquel il a prêté allégeance, il va sans doute même devoir se méfier de son propre frère (pour d'autres raisons), bref, c'est un peu tout vu, quand même, eh bien se dire cela ne donne pas vraiment envie de suivre la suite. On se doute un peu, dans le fond, que Ragnar va réussir son entreprise (c'est le héros, non ?) malgré tout. Ne serait-ce que parce que son son chef a plutôt fait un ego trip qu'autre chose, et qu'il passe donc pour le "méchant" de l'histoire, contre lequel Ragnar va forcément se montrer victorieux. Il y a, malgré tout le soin que met Hirst à dépeindre ses personnages longuement, beaucoup de prévisibilité apparente dans ce pilote (même si je suis consciente que ce n'est précisément qu'un pilote).
Je ne sais pas ce que je veux, voilà la vérité. Quelques heures plus tôt à me plaindre de l'absence de profondeur des personnages, maintenant à me plaindre que même quand ils sont travaillés, ils ne m'intéressent pas.

...A moins que je le sache. Le seul personnage à m'avoir vraiment intéressée était celui de l'épouse de Ragnar (Lagertha ; merci Wikipedia, je n'avais pas du tout retenu son nom avec ces accents de l'impossible), que j'ai trouvé vraiment intéressante à suivre, bien que n'ayant que quatre scènes (dont une un peu sexy) sur tout l'épisode. Je suivrais plus volontiers une série s'intéressant à elle, à dire vrai. Elle m'a semblé avoir du caractère sans être un cliché ; c'est appréciable, ce personnage de femme qui en a vu d'autres, qui a grandi dans un contexte qu'on imagine sans peine être rude, et qui parvient à ne pas se transformer en brute déshumanisée ou en superhéroïne.

Vikings n'est donc, vous l'aurez compris, pas mauvaise. Ce n'est juste pas du tout le genre de séries que j'ai envie de suivre. Pour autant, pas de regret : ce pilote est sûrement le meilleur que j'aie vu aujourd'hui... pour le moment. En route vers le prochain pilote !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 16:21 - Review vers le futur - Permalien [#]

Sauvez-vous

Mon premier #pilotmarathon avait manqué de comédies ; il faut dire qu'instinctivement, j'ai tendance à préférer les séries dramatiques, mais enfin, force est de reconnaître que je regarde aussi quelques dramédies, et même quelques comédies, donc il était grand temps que cette journée sous le signe des pilotes me trouve quelques cibles à intégrer à mon planning. Save Me sera-t-elle de celles-là ?

SaveMe

Save Me n'a pas tellement d'ambition ; sa petite histoire pas trop originale, celle d'une femme dont la vie est médiocre et sur le point de l'être plus encore, commence avec une très agaçante voix off qui nous fait la narration de ce qui se passe à l'écran, afin de s'épargner la peine de faire une scène d'exposition bien troussée. Dés ses premières minutes, Save Me m'avait donc un peu mise en colère par sa fainéantise.

Le pire, c'est que la paresse de Save Me est uniquement compensée par la performance d'Anne Heche, complètement survoltée (dont mes lectures les plus honteuses me disent qu'elle est ici dans son état normal), qui ne cesse de voler dans tous les sens pour faire mine de donner de l'épaisseur à son étrange personnage. Lequel commence plus ou moins à entendre des voix (ce qui est bien la seule chose que son entourage ne semble absolument pas remettre en question, étrangement), et se sent "born again", ce qui n'est pas exactement le changement de vie le plus subtil qu'un scénariste pouvait imaginer.

En l'espace d'un épisode, Save Me va inverser la vapeur comme par miracle pour son héroïne : alors que le mari de celle-ci la trompe avec son assistante, et qu'il s'apprête à partir, subitement le mari retombe sous le charme de son épouse (re)devenue fantasque un beau soir ; quant à leur adolescente méprisante, elle s'ouvre soudainement à sa mère qui est venue, juste une fois, lui parler dans sa chambre.
A quoi sert de changer s'il suffit d'une fois pour arrêter ce qui va mal ? On en viendrait presque à se demander à quoi sert de faire toute une série quand une vingtaine de minutes auront suffit.

Mais on n'est pas devant Save Me pour son incroyable capacité à mettre son personnage principal face à l'adversité ; on est là pour regarder Anne Heche donner une mauvaise réputation aux bipolaires, pour la voir sortir des petites phrases d'un ton complètement allumé, et pour la scène de fin du pilote, merveilleuse de "what the fuck". Car si après tout Save Me n'est pas capable de nous donner une bonne histoire, la moindre des choses serait finalement de nous donner quelques séquences drôles !
Bien que sur le moment, il arrive une ou deux fois au spectateur de sourire devant le pilote, Save Me ne parvient pas vraiment à sauver les meubles sur le plan de la comédie. Il faudrait que quelqu'un explique gentillement aux scénaristes que ne savoir faire ni du drama, ni de la comédie, ne veut pas dire qu'on fait de la dramédie. Ca veut dire qu'on fait de la merde.

Bon je suis un peu dure, il faudra m'excuser. C'est juste que je voudrais VRAIMENT voir un bon pilote pendant ce #pilotmarathon. Neeext !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 14:43 - Review vers le futur - Permalien [#]

Besoin de rien, envie de gloire

A l'heure du déjeuner, il était temps de relâcher un peu la pression dans ce #pilotmarathon (d'un autre côté, on ne peut pas dire que Reef Doctors ait été très accaparante, c'est vrai). J'ai donc opté pour une comédie, avec Zach Stone is gonna be famous, une série qui ne payait pas de mine mais dont j'espérais que le concept compenserait.
Eh bien, j'ai une mauvaise nouvelle...

ZachStoneisGonnaBeFamous

Peu de choses m'horripilent autant, sur le sujet de la télévision, que la télé réalité. Je suppose que ça fait de moi une vieille conne. J'y suis tout simplement allergique ; dans la majorité des cas, elle me semble reposer sur le principe d'une humiliation (souvent couplée à du voyeurisme, mais ce n'est même pas mon problème essentiel, paradoxalement) et j'ai énormément de mal avec l'idée de regarder quelque chose juste pour y voir des gens s'humilier ; j'ai énormément de mal avec l'idée qu'on considère que je me divertis de l'humiliation des autres, et que ça suffit pour me maintenir devant mon écran (et les écrans publicitaires), j'ai aussi énormément de mal avec l'idée qu'on puisse regarder quelque chose qu'on méprise, soi-disant au second degré, pendant plusieurs mois d'affilée. Une fois, peut-être. Pendant toute une saison, et même pendant plusieurs saisons, non, désolée, on ne trompe personne. Et le pire, c'est que des dizaines de parasites font (plus ou mons durablement) fortune en s'humiliant à la télévision semaine après semaine, saison après saison, pendant que tout le monde les critique et les enrichit dans le même mouvement, et qui ne vivent que grâce à ces deux éléments.
Comme d'habitude ce n'est que mon opinion, je ne cherche à rabaisser personne et chacun fait bien ce qu'il lui plait, mais sur le sujet, elle est inébranlable, et rien ne me fera changer d'avis.

Cela explique d'ailleurs aussi pourquoi j'ai du mal avec le mockumentary, en fait, dont la mission première est de souligner la dichotomie entre les paroles d'un personnage qui se sait filmé, et sa réalité, celle qui tente de ne pas apparaitre devant les cameras. Ce genre, là encore, me semble reposer sur l'humiliation ; mais cette fois c'est l'humiliation d'une personne imaginaire, ce qui, je suppose, permet à la fois plus de choses et en même temps, en permet peut-être parfois trop parce qu'on est certain de ne blesser personne. Le mockumentary a, en outre, la faculté assez incroyable de systématiquement me sembler très caduque : qui veut voir, encore et encore, les mêmes personnages prouver, saison après saison, ce qu'on sait déjà, à savoir qu'ils ne parviennent pas à être ce qu'ils voudraient paraître ? Préserver désespérément les apparences semble un gag vite usé au bout d'un épisode, pour moi.

Zach Stone is gonna be famous partage assez naturellement un peu de ces deux univers. On y découvre un adolescent, Zach Stone donc, qui a décidé qu'il deviendrait célèbre parce que. Il a donc décidé de passer tout son argent dans une équipe de télé réalité qui va le filmer 24 heures sur 24 dans sa vie très banale, espérant que cela suffira à le faire remarquer.
Que MTV diffuse pareille série prête à sourire. Malheureusement, l'épisode, pas tellement.

On y retrouve l'habituel numéro du personnage qui voudrait paraître (fun, talentueux même s'il ne sait pas trop en quoi, etc...) et qui n'a même pas encore commencé à être. Les quelques passages supposés hors-camera (un principe hypocrite puisqu'évidemment, si c'était hors-camera, le spectateur n'en saurait rien) tentent de nous faire croire, par brefs moments, qu'il y a aussi quelque chose d'authentique chez ce garçon, un peu blessé aussi. On aimerait y croire et on aimerait fouiller ces passages, et sincèrement ils sont plutôt bons, mais la structure-même de la série et son principe l'interdisent et on se retrouve bloqués avec une série qui humilie son personnage principal avec l'énergie du désespoir.

Oui, j'aimerais une série qui me parle de cette quête de célébrité qui est devenue la norme (merci à la fiction moderne pour l'encourager dés le plus jeune âge, d'ailleurs), mais la formule choisie par Zach Stone is gonna be famous ne le permet pas. Il aurait fallu, sûrement, trouver une méthode qui montre à la fois les prouesses de Zach devant les cameras qu'il paye à le suivre, et entendre ce qui se dit de lui pendant qu'il fait le pitre. Hénaut Président avait, en cela, trouvé une formule très efficace, en mettant plutôt les commentateurs près de la camera, plutôt que la fame-whore elle-même.
Pour que j'en arrive à préférer une série française, c'est vraiment que je me fais vieille !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 13:50 - Review vers le futur - Permalien [#]

Corail mou

Notre #pilotmarathon nous emmène cette fois en Australie ; j'avais envie de me balader. Reef Doctors, dont je vous parle depuis plus d'un an maintenant, est donc ma nouvelle proie... et je pense qu'il faut que je choisisse un peu mieux mes pilotes, en fait.

ReefDoctors-Promo

C'est l'été, enfin... officiellement disons, et vous avez envie de soleil, de plages, de palmiers, une eau turquoise et de jolis récifs de corail. Du coup, j'ai la série parfaite pour vous : Reef Doctors, une série australienne dont la diffusion a commencé au début du mois sur le network Ten. Et vraiment, tout y est : le soleil, les plages, les palmiers, l'eau turquoise et les jolis récifs de corail. Bon il y a également quelques serpents mais rien n'est parfait.

Reef Doctors se déroule, mais vous l'aviez peut-être deviné, près de la Grande barrière de corail, sur une petite île éloignée de tout où le Dr Sam Stewart dirige une petite clinique, dans laquelle elle soigne les bobos des habitants (vous savez, rien que de très classique : les piqûres mortelles, les gangrènes...), mais poursuit également des recherches sur les venins des serpents locaux, espérant en tirer un remède pour toutes sortes de maladies.
Ah oui tout de suite c'est un peu moins paradiasique. Mais pour ne pas perdre de vue son côté estival, Reef Doctors s'applique à montrer régulièrement que, ohé, regardez, elle est jolie notre série, il y a soleil, des plages, de palmiers, une eau turquoise et de jolis récifs de corail ! C'est assez vite gonflant parce qu'on a un peu l'impression d'être dans des épisodes d'Alerte à Malibu (voire Pacific Blue), avec un clip subventionné par l'Office du Tourisme du Queensland à intervalles réguliers, avec notamment l'une d'entre elles présentant l'une des héroïnes en minuscule rikiki en train de nager pour aller faire des risettes à une tortue, parce qu'on vous dit que la Grande barrière de corail, c'est chouette !

Reef Doctors ne se donne pas la peine d'avoir une histoire ; à l'instar de bien des séries de son espèce, généralement nées dans les années 90 et qui ont fait la notoriété de l'exportation australienne, genre Brigade des Mers, l'idée est d'avoir quelque chose qui bouge, qui n'est pas trop moche, et qui bouge. Qu'il y ait une histoire est totalement secondaire, donc, du moment qu'il y a des opportunités pour des scènes d'action, et d'action familiale donc d'intervention d'ordre policière ou médicale. Rien qu'à son titre on aura compris que Reef Doctors a opté pour la seconde possibilité, ce qui permet d'avoir une héroïne qui s'agite régulièrement lorsqu'elle s'inquiète pour un patient ; dans le pilote, ce patient est un plongeur qui a eu un accident de décompression, et comme l'île n'a pas de caisson de décompression, il s'agit donc de plonger avec lui et de gérer la crise sous l'eau. Vous voyez un peu le génie du truc ? Une scène d'intervention dans l'eau turquoise, c'est limite du génie à ce stade !
Au passage, notez que Reef Doctors ne se donne pas non plus la peine d'avoir des personnages : elle a des archétypes, chacun remplissant ni plus ni moins que sa fonction. Il ne s'agirait pas que la personnalité des protagonistes vienne se mettre en travers de votre voyage à la Grande barrière de corail !

On serait donc tentés de se dire que Reef Doctors est absolument parfaite pour l'été : pas de prise de tête, de jolis paysages, des trucs qui bougent à l'écran, une musique omniprésente histoire de ne pas s'endormir...
...Ah oui ya quand même juste un truc : en Australie, où Reef Doctors a commencé il y a deux semaines, c'est l'hiver en ce moment ! Il faut dire que Reef Doctors était initialement prévue pour une diffusion avant fin 2012, et qu'elle a passé en réalité, à l'issue de son tournage au printemps 2012, une année dans les cartons du network Ten. Cette erreur stratégique aura coûté énormément à la chaîne : les audiences du pilote dont je viens de vous brosser les grandes lignes a été regardé, le dimanche 9 juin, par un peu plus de 357 000 spectateurs, donc c'est un gros bide. Au point que Ten a immédiatement décidé de déplacer la série aux vendredis soirs, ce qui n'était pas du tout prévu, et a fait perdre plus encore de spectateurs à la série (le deuxième épisode a attiré 193 000 Australiens avant hier soir, joli coup).

Si vous décidez tout de même de donner sa chance à Reef Doctors, ne vous attachez donc pas trop... D'un autre côté, comment est-il possible de s'attacher à une série qui fait tout pour n'avoir l'air de se soucier de rien ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 12:47 - Review vers le futur - Permalien [#]

Affaire classée

En ce dimanche radieux... en ce dimanche, nous voici donc en route, comme annoncé, pour un nouveau #pilotmarathon. Vous en connaissez le déroulement : il s'agit pour moi de regarder des pilotes toute la journée (...et vous savez combien ce genre de chose m'est pénible), de livetweeter mon visionnage sur Twitter, puis de venir vous proposer une review dans la foulée. Il y a deux semaines, ça avait donné 10 pilotes visionnés en une journée, mais on ne fait pas les comptes, l'essentiel étant de se régaler de délicieux pilotes toute la journée et d'en papoter ensuite avec vous. Bon, "délicieux" n'est peut-être pas toujours le mot qui convient...

KingandMaxwell

Je ne sais pas ce qu'au juste j'attends d'une série de TNT. S'il est vrai qu'en général, j'essaye de ne pas généraliser par chaînes (je ne dis pas que je réussis toujours, mais j'essaye d'éviter les jugements à l'emporte-pièce), tant la qualité de programmation de nombre d'entre elles peut varier énormément d'une série à l'autre, TNT est sûrement celle dont j'attends le moins de bonnes surprises.
Le pire, c'est que les séries de TNT ne sont pas d'odieux navets. Ou rarement. Je me souviens avoir passé un moment plutôt décent devant Perception, j'avais même hésité à poursuivre au-delà du pilote, pour finalement me raviser sachant pertinemment que cette soudaine envie de suivre un procedural était due à des facteurs irréalistes ("oh oui, regardons un procedural, genre que je déteste, parce que tout ce qui ne touche pas au procedural est intéressant dans ce procedural", admirez un peu la logique). Et j'ai regardé environ une saison et demie de Falling Skies, après tout. Comme quoi, rien n'est impossible.

Mais me retrouver devant King & Maxwell m'a rappelé tout ce que je déteste sur cette chaîne, avec ses The Closer et ses Major Crimes insupportables. La différence, c'est que King & Maxwell aurait pu offrir quelque chose d'un peu différent dans ce panorama, qu'elle en a en fait la possibilité matérielle, démontrée lors de son pilote, mais que rien à faire, la série va s'enfermer dans tous les mauvais tics de procedurals comme on en fait depuis les années 80/90, jusque dans l'esthétique paresseuse.
Tout y est : le duo de flics qui va se quereller gentillement pendant tout l'épisode (et, si on est le réalisateur du pilote de King & Maxwell, se regarder de longues secondes à la fin de chaque acte pour faire genre ya un suspense), l'enquête qu'on réalise avec une bonne dose de débrouille et de culot parce qu'on a une autorité sur le dos (ici, le FBI, qui ne fait pas spécialement copain-copain), et le bon quota de scènes d'action-ou-à-peu-près avec des pistolets qui pétaradent.

Pourtant King & Maxwell n'est pas une série dans laquelle le fait que les deux personnages aient auparavant travaillé pour les services secrets est totalement anodin, comme j'avoue que je le craignais au départ. Oui, aujourd'hui Sean King et Michelle Maxwell sont détectives privés, mais cet élément fait partie non seulement de leur backstory, il lance aussi l'intrigue de ce pilote, et leur permet d'enquêter sur quelque chose de vraiment, vraiment plus intéressant que les procedurals classiques avec leur lot de meurtres qu'on a réussi par apprendre à considérer, en 13 ans, très ennuyeux et plus vraiment palpitants. Il y a une vraie dimension d'espionnage qui aurait permis à la série de tirer son épingle du jeu. Certes, il est dommage qu'une série approchant les thèmes de l'espionnage se contente d'une structure procédurale ; mais si Covert Affairs peut s'en sortir tout en se passant plus ou moins de fil conducteur, pourquoi pas d'autres séries ?
Le soucis c'est donc que chaque fois que King & Maxwell va s'approcher d'un truc intéressant, elle va faire ensuite un gros pas de côté pour éviter de l'incorporer à sa structure. Parce qu'il ne faudrait SURTOUT PAS faire un truc un peu original, hein !

L'intrigue de ce premier épisode va l'air de rien nous emmener vers un Cerebro comme tout droit issu des X-Men, avec un personnage autiste capable de jongler avec les informations de façon assez incroyables, ce qui aurait donné une touche bien particulière à King & Maxwell. Mais pas du tout. A la fin de l'épisode, King & Maxwell, dans son insistance pour être aussi interchangeable que possible avec n'importe quel buddy cop show, range tout ça au placard et décide qu'on va continuer comme si de rien n'était. Parce que rien ne fait autant peur à une série de TNT que la prise de risque ou l'innovation.
C'est rageant parce que, comme je le disais, ç'aurait pu apporter quelque chose de frais. Mais il est vrai qu'en-dehors de ces quelques petites touches, le pilote de King & Maxwell est ennuyeux au plus haut point, avec des répliques cheap, des acteurs qui cabotinent faute d'avoir du matériel pour faire autre chose, et une intrigue cousue de fil blanc qui sera résolue, quoi qu'il en coûte, avant la fin de l'épisode. Et ça coûte un peu trop cher, de mon point de vue...

*soupir* Ce n'est pas encore aujourd'hui que j'aurai envie de recommencer à suivre une série où Jon Tenney a le rôle principal. C'est rageant, mais d'un autre côté, c'est pour mon bien.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 11:22 - Review vers le futur - Permalien [#]

14-06-13

Rosario, Consuela, et toutes les autres

Depuis 10 mois que mon camarade whisperintherain et moi-même épluchons les pilotes de la saison, on a vu défiler... ma fois, d'un peu tout. Ma règle d'or, en la matière, est que, quelle que soit la qualité de la série, je prête une attention soutenue à son pilote, que je lui donne une chance ; d'abord parce que juger un pilote est suffisamment brutal pour ne pas en rajouter, ensuite parce qu'il faut être capable d'écrire une review derrière ! Mais parfois, rien à faire : on a beau mettre toutes les chances de son côté, l'esprit vagabonde, le regard part sur le côté de l'écran, et la concentration est perdue. Je me suis toujours refusée à écrire sur un pilote auquel je n'ai pas su accorder mon attention, mais il faut vraisemblablement une première fois à tout, puisque Devious Maids est l'objet de la review du jour.

DeviousMaids

Intellectuellement, je comprends la démarche derrière Devious Maids : Lifetime, qui a toujours couvé d'un regard jaloux Desperate Housewives (Army Wives...), s'est dépêchée de trouver une nouvelle façon de recycler le concept, chose qui a été simplifiée lorsqu'ABC a lâché le projet Devious Maids développé par Marc Cherry et produit par Eva Longoria. Katching !
Mais le résultat est loin d'être à la hauteur des espoirs de la chaîne câblée.

Dans un fabuleux article que, si vous êtes sur Twitter, vous ne pouvez qu'avoir vu passer, Alisa Valdes, auteur et scénariste, revient de façon brillante sur tout ce qui cloche dans Devious Maids (indice : il y est question de représentations racistes). Enfin, non, pas tout : elle ne mentionne pas qu'on s'ennuie pendant le pilote, mais tout le reste, elle le pointe à la perfection. Je ne saurais que vous en recommander la lecture, nécessaire.
J'avais lu l'article avant de découvrir le pilote ; mais ce que Valdes ne mentionne pas, car elle n'a sans doute pas reçu de DVD en avant-première de la part de la production, c'est que ce racisme est parfaitement assumé par la série. A plusieurs reprises, les personnages riches et/ou blancs utiliseront des expressions ou auront des répliques montrant clairement leur racisme envers leurs employées, sans que celles-ci ne leur adressent autre chose qu'un regard noir, rendues incapables de se défendre par leur statut social. C'est-à-dire que Devious Maids ne fait même pas l'effort de donner la parole à ses héroïnes. Au mieux, l'une d'entre elles se vengera par le biais du bébé de son employeur, rendant ainsi sa vengeance mesquine aux yeux du spectateur.

Dans Devious Maids, l'exposition qui est faite ne tient compte à aucun moment... des héroïnes qui ont donné son nom à la série ! Elles n'ont pas tellement de personnalité, et pourraient en réalité facilement n'être qu'un personnage travaillant dans plusieurs maisonnées différentes, interchangeables ou presque. Comme toutes les employées de maison de séries avant elles, Rosario, Consuela, et toutes les autres, elles sont là pour mettre en vedette, souligner par un regard ou une petite remarque sarcastique ou cinglante, que les emploeurs sont étranges. Des patrons et patronnes qui sont hauts en couleurs (sauf lorsqu'il est question de peau), et font, en réalité, tout le sel des scènes : la série porte finalement sur eux, leur grain de folie, leur absence de sens des réalités. Les anonymes qui balayent leur salon ne sont là qu'en observatrices neutres, ou même négligeables. La série n'a que faire de la révélation atroce qu'elle fait à la fin de son cold open, rien à faire de nous encourager à partager les tourments d'une mère séparée de son fils ; les musiques badines sont là pour nous dire que, derrière l'incompréhension des maîtres, c'est eux qu'il faut observer, c'est là que ça se passe. Et aucun commentaire ne sera vraiment fait pour les condamner, car leurs dysfonctionnements sont la raison pour laquelle il y a des choses à raconter. De quoi faire mentir le titre de la série !
D'ailleurs, on sent bien le glissement de sens entre Devious Maids, le nom de la série de Lifetime, et Ellas Son... La Alegría del Hogar, le nom de la série mexicaine d'origine : la première donne le mauvais rôle aux employées (elles sont déviantes), le second se traduit par "elles sont... la joie en la demeure".

Alisa Valdes a raison sur le fait que des comportements similaires dans la série d'origine (que je n'ai pas vue, donc j'ignore à quel degré ils sont présents) étaient uniquement à attribuer à une question de lutte des classes, puisque TOUT le cast est hispanique ; quand ici, son discours ne prend pas le même sens du fait des différences d'origine entre les employées et la plupart des employeurs. Le seul employeur latino, d'ailleurs, est totalement relégué au second plan dans ce pilote, et c'est son assistante personnelle, une blonde au fort accent de Bavière, qui renforce le phénomène d'opposition blancs/latinos dans Devious Maids.
Accessoirement, et pour votre culture perso, Valdes mentionne que Devious Maids est adaptée d'une telenovela, c'est par contre inexact : Ellas Son... La Alegría del Hogar était une série hebdomadaire de 13 épisodes.

Alors, avec des idées commes celles-là, c'est entre autres grâce à Devious Maids que la telenovela a un si bel avenir sur le sol américain... mais pas dans le sens où Lifetime le souhaiterait.

Rappel des faits : d'après le bureau du recensement américain, c'est 16,7% de la population étasunienne qui se déclare hispanique ou latino ; les chiffres officiels de 2011 comptabilisent 52 millions de résidents. Autant de spectateurs potentiels qu'on imaginerait les chaînes prendre au sérieux, à plus forte raison quand on sait la popularité des networks hispaniques comme Univision et, dans une moindre mesure, Telemundo, MundoFox et Azteca America.
Depuis quelques temps, Univision, en particulier, nous fait une énorme poussée de croissance. Il y a trois ans, pour la première fois, le network a réussi à battre les networks concurrents diffusant des programmes en anglais sur la tant convoitée tranche des spectateurs ayant entre 18 et 49 ans ; on étant en octobre 2010, et depuis, ça n'a fait que progresser. Le succès d'Univision s'est encore confirmé pendant la saison écoulée, lorsque le network a battu, pendant les sweeps, le network NBC. Ne tirons pas sur l'ambulance : ce n'est pas simplement la crise que traverse NBC qui en est à l'origine ; Univision est le seul network ont les audiences progressent aux USA (même CBS est en baisse, quoique légère).
Chacun de ces networks hispaniques accomplit une grande partie de ses audiences les meilleures grâce à la diffusion de telenovelas. Ce ne sont même pas nécessairement des fictions originales, car une bonne partie sont des fictions d'import venue du continent sud-américaine. Cependant, le volume des commandes est en croissance, généralement en co-production avec des pays d'Amérique du Sud, histoire de diviser les frais tout en s'appuyant sur le savoir-faire d'une industrie qui a fait ses preuves, ô combien.

Or, c'est précisément le public cherché par Lifetime ! S'il y a encore du budget sur la chaîne câblée après avoir payé des accessoires en toc pour Project Runway pour des études de marché, ou juste pour un abonnement à Variety, on devrait y savoir que ce n'est pas un public à négliger. Mais s'adresser au public hispanique ne se fait pas n'importe comment.
Comment attirer durablement le spectateur hispanique quand c'est pour le montrer sous un jour si peu favorable ? Quand c'est pour prouver qu'on ne le comprend pas ?

En commandant une série aussi peu fine dans sa démarche, aussi bien sur le marché des femmes (le public de Desperate Housewives dans sa dernière saison représentait environ un tiers de celui de la première...) que sur celui des hispaniques, Lifetime fait finalement le jeu des networks comme Univision. C'est grâce à l'échec répété de l'ensemble des chaînes de langue anglophone aux Etats-Unis, en particulier ceux qui seraient les plus à même de les concurrencer sur un public spécifique, que les networks hispaniques peuvent y croître et y multiplier les bons résultats.

A l'occasion des upfronts, les networks hispaniques ont eux aussi annoncé les séries qui constitueraient leurs grilles l'an prochain. Univision a par exemple officialisé un remake de Breaking Bad (sous le nom, qu'au passage je trouve très sympa, de Metástasis), un pour Gossip Girl moins savamment intitulé Gossip Girl Acapulco, et évidemment, des non-remakes telles les telenovelas La Madame, mettant en scène la patronne d'une organisation d'escort girls (un projet qui vient donc manger sur les plates-bandes de The Client List, et produit par la compagnie à l'origine du succès La Reina del Sur), La Tempestad, Mentir para Vivir, ou encore la série dramatique La Selección, qui se penche sur une équipe de football.
Dans cette nouvelle grille, donc, des telenovelas, mais aussi des séries dramatiques et d'autres s'adressant aux jeunes adultes voire aux adolescents. Le groupe Univision va également lancer en décembre prochain El Rey, un nouveau network hispanique à destination du public masculin cette fois. Voilà des exécutifs qui, eux, comprennent leur cible... et savent l'étendre au lieu de le diminuer.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 18:32 - Review vers le futur - Permalien [#]

13-06-13

Apathique qui, comme Ulysse...

Avec tous ces pilotes dont on s'est régalés dimanche, venus des quatre coins de la planète, on en oublierait presque qu'il y a des choses à déguster par chez nous. Dans le cadre du défi de pilotes avec whisperintherain, et aussi parce que je poursuis ma tentative de réconciliation avec la fiction française (une quête qui ressemble parfois au tonneau des Danaïdes), me voilà donc aujourd'hui à vous parler d'Odysseus, qui commence dans quelques minutes sur arte. Vous avez pile le temps de lire la review, et ça commence ! Alors ne perdons pas notre temps en introductions, voulez-vous ?

Odysseus-arte

Il était grand temps qu'une chaîne française s'essaye à une fresque historique (ou assimilée) de l'ampleur d'Odysseus.
De nombreuses chaînes de par le monde ont bien compris que ces séries ont tous les ingrédients pour séduire divers publics ; en Espagne, des succès comme Hispania montrent qu'il y a énormément de potentiel pour faire une fiction à la fois accessible et intéressante (les Espagnols ayant, il est vrai, élevé la série historique mainstream au rang d'art), et de la Grande Bretagne au Japon, en passant par l'Australie ou le Brésil, il existe assez peu de contrée qui n'ait pas SA grande série historique populaire du moment.
Le concept n'est d'ailleurs pas si nouveau pour arte : en diffusant Rome et The Tudors, elle avait trouvé de plutôt bonnes représentantes de ce qu'il est possible de faire afin de cultiver à la fois une certaine forme de culture... et une forme de ture tout court, disons. En tous cas, sortir des fictions historiques à la papa (ou à la Dayan) proposées par France Télévisions ne pouvait qu'être une bonne idée, et ce n'est pas l'inspiration qui manquait en la matière.
A ces déjà très bons augures (ah, erreur de mythologie, au temps pour moi), encore faut-il ajouter qu'arte se donne énormément de mal pour faire remonter le niveau des fictions parmi les chaînes non-payantes ; Ainsi Soient-Ils était par exemple une bonne surprise de l'automne 2012.
Du coup, Odysseus, de par son ambition intrinsèque, celle, plus large, d'une chaîne et, osons le dire, les espoirs d'un pays tout entier (ne venez pas me raconter le contraire, j'ai vu les pilotes de Tiger Lily et Caïn), avait intérêt à assurer derrière.

Sur pas mal de choses, c'est le cas, d'ailleurs. Le pilote (puisqu'aujourd'hui, je ne poste que ma traditionnelle review de pilote) d'Odysseus est, pour commencer, plutôt pas moche. On peut prétendre que ce n'est pas important, mais s'il y a bien un genre qui ne peut pas avoir l'air cheap et tourné pendant des RTT à la Baule, c'est la série en costumes ! De ce côté-là, Odysseus tient bien ses promesses, même si ce n'est pas forcément de façon ultra impressionnante ; on est fixés assez rapidement, il n'est pas question dans cet épisode d'exposition de nous en mettre plein les yeux pour nous éblouir avec des reconstitutions gigantesques en technicolor. C'est pas Westeros, ici ! L'absence de faste dans les décors souligne, qui plus est, la volonté de dépeindre un royaume en crise. Mais, ponctuellement, notre épisode inaugural nous tout de même offre quelques moments de bravoure, à l'instar de cette séquence dans le temple d'Artémis qui laisse augurer de très bonnes choses pour l'avenir. C'est en tous cas la preuve que le sens esthétique et l'inspiration ne sont pas absents de la série, à défaut d'en être des traits caractéristiques.
D'autre part, fonctionnant comme un ensemble show équilibré, ce premier épisode nous présente des personnages divers ; alors qu'on aurait pu craindre que l'attente du retour hypothétique d'Ulysse nous force à passer le plus clair de notre temps avec Pénélope et Télémaque, il apparait rapidement que les enjeux sont beaucoup plus variés, offrant une vue de la Grèce antique vue aussi bien à travers les yeux des puissants, des citoyens tout-venants, et des esclaves. Aucun axe ne s'annonce, à ce stade, comme particulièrement fascinant, et moins encore inédit, pour la téléphage peu réceptive aux fictions en costumes que je suis, mais il faut admettre qu'on a en tous cas pas le temps de s'ennuyer ; cette partie de la narration souligne, en outre, la volonté de curiosité dont arte s'est toujours réclamée ; quitte à réécrire l'Histoire, autant le faire de tous les points de vue possible.

Mais, hélas, vous le savez, aucune review de pilote n'est jamais dénuée de critique. Sauf celle d'Orphan Black, peut-être. Mais Orphan Black, c'est spécial.
Le premier, et non des moindres, est qu'Odysseus, au stade de son pilote, souffre de quelques défauts tous français, hélas, comme son rythme et la mollesse de certains de ses acteurs. Ces défauts vont de paire mais ne font pas tout à fait un ; il est possible à une série de manquer de rythme et d'avoir pourtant un cast parfait, mais je ne suis pas en mesure de vous dire ça au stade du pilote, pas en vous regardant dans les yeux en tous cas. Tout le monde n'est pas forcément à blâmer, mais le propre d'un ensemble show est que la série est aussi bonne que le plus médiocre des acteurs de la distribution. Et il y a un ou deux acteurs qui m'ont un peu fait serrer les dents, il faut le reconnaître. En face de ça, il y a aussi des personnages bien portés, à défaut d'être forcément les plus riches scénaristiquement, mais le pilote compte quelques minutes épouvantablement longues.
Le blâme en revient, en partie, il est vrai, au propre d'un épisode d'exposition. Tout le monde connaît l'Odyssée, tout le monde connaît l'histoire de Pénélope, et certains éléments pourraient être présentés de façon un peu plus dynamique sachant cela ; d'autres séquences, ayant pour but de poser à plat les motivations de chacun, semblent incontournables sur le fond mais sont totalement dispensables sur la forme. Quand en plus l'acteur a une diction hâchée d'écolier récitant du Prévert, ça devient vite de la torture.

Mais, bizarrement, ce n'est pas ce que je retiendrai de plus contrariant avec ce premier épisode, mais plutôt la façon dont ce premier épisode semble se complaire dans une certaine neutralité. Les mondes antiques seraient d'ordinaires plutôt propices à stimuler l'imagination, mais cela semble dramatiquement manquer à cette présentation presque objective de faits s'alignant les uns après les autres, presque froidement.

Outre le fait qu'Odysseus a fait le choix d'écarter une bonne partie des questions d'ordre sexuel (probablement aux fins de conserver le créneau en primetime), se cantonnant à quelques représentations dénudées de notre nouvel ami Télémaque (un TRES sympathique garçon), il est légèrement déstabilisant de voir que le seul sang qui coulera dans ce premier épisode sera celui d'un sanglier. C'aurait pu être une profession de foi que de décréter qu'il s'agissait de montrer un peuple antique comme aussi civilisé que le nôtre plutôt que comme des brutes répondant à leurs instincts, mais ça semble n'être pas tout-à-fait le cas, sans quoi ces comportements à peu près dignes (bon, ça ripaille quand même un peu, faut bien s'occuper pendant 20 ans) seraient compensés par une certaine élévation intellectuelle ou spirituelle qu'on ne retrouve pas. L'invocation des Dieux, proche du syndrome de Tourette dans ce premier épisode, aurait pu être développée en dévoilant un système de croyances raffiné par exemple, ce n'est pas le cas.
On a l'impression que la volonté de faire quelque chose de diffusable en première partie de soirée a plutôt résulté en des coupes sombres dans le scénario plutôt que débouché sur une vraie réflexion sur la façon dont cet univers fonctionnait.

Mon plus gros reproche s'adressera cependant à l'histoire et au point de vue choisis : le sort d'Ithaque en attendant le retour improbable de son roi. Quelle jolie métaphore à filer que voilà, lorsqu'un period drama peut se piquer de raconter comment un royaume va surpasser une crise à la fois matérielle (il n'y a plus rien à manger, ou presque, sur l'île) et morale (il n'y a plus de roi, plus personne en qui espérer un changement).
Ce n'est pas que j'attende beaucoup de suspense de la part d'une fiction tirée d'une des histoires les plus célèbres au monde, évidemment, et on sait tous ce qu'il advient d'Ulysse, le roi dont tous attendent le retour ou la preuve de la mort. Mais là encore, rien ne laisse présager qu'Odysseus va se saisir de cette occasion pour dire quelque chose. Prendre une position. Faire autre chose que nous dire "sacrée Pénélope, elle a trouvé une super combine". D'ailleurs, on ne se dit même pas "sacrée Pénélope", parce qu'il est assez difficile de sympathiser avec elle, ou tout autre personnage ; l'émotion est, je le répète, assez absente de cette mise en place objective des protagonistes et de leur problématique respective.

Il manque un peu de vie, en somme, dans cette fresque. Mais l'espoir ne fait cependant pas tout-à-fait défaut, aussi nous retrouverons-nous très bientôt pour un post de bilan...

Challenge20122013

Je suis contente de moi, j'ai pas placé ma blague sur le fait qu'il manque ma Zotrienne préférée dans la série ; c'est pas l'envie qui m'en manquait pourtant.

Posté par ladyteruki à 20:30 - Review vers le futur - Permalien [#]

10-06-13

Goûtu onirisme

Hey, franchement, quand vous décidez de passer près de 15 heures dans un gigantesque #pilotmarathon (oui, ça a commencé à 10h du matin...), comment vous vous voyez finir la journée ? En apothéose, non ? Alors quel autre choix pouvais-je faire que de me diriger vers LA série qui met tous les téléphages de ma timeline d'accord sur Twitter ? Cap sur le pilote de Hannibal, donc, pour conclure cette journée forte en émotions.
...Pauvre whisperintherain qui va maintenant devoir passer sur le grill à son tour !

Hannibal

Le "buzz". Un petit mot qui circule à la vitesse de la lumière, comme, prétendûment, le concept sur lequel il porte. Le buzz, c'est le bouche-à-oreilles, non, plus discret encore, c'est ce petit bourdonnement dans le fond de votre tête qui semble souffler en permanence le titre d'une série qu'il faut absolument que vous regardiez. Mais qui vous a dit cela ? Tout le monde et personne à la fois.
C'est comme ça qu'un dimanche soir, on se met devant Hannibal. En jetant, sans même avoir vu les premières images du pilote, des coups d'oeil derrière soi (il faut vraiment que j'installe des rétroviseurs à mon bureau !). Pas rassurée. Je suis une chochotte, Bryan Fuller ne va faire qu'une bouchée de moi, c'est sûr !

Et puis finalement, non, ça va. Je m'attendais à pire. Le pire est peut-être à venir, c'est possible aussi. C'est très possible aussi. Mais, anesthésiée par le buzz, je serais presqu'un peu déçue de n'avoir pas plus été mise au défi. De n'avoir pas senti une petite remontée acide, quelque chose...

Attendez, non, stop. On arrête tout. QUOI ?!
Depuis quand est-ce que l'on recherche dans une série : le dégoût ? A quel jeu terriblement malade et dangereux joue-t-on quand on guette le moment où Hannibal, ou n'importe quelle autre série, va devenir vraiment écoeurante ? Je ne vous parle pas des litres de sang, ou des éventuelles scènes un peu choquantes, non, le spectateur qui se met devant Hannibal attend vraiment qu'on lui sorte le grand jeu. On ne s'attable pas devant une fiction sur un cannibal à l'intelligence perverse pour regarder des flaques de sang ! On veut des hauts le coeur, on veut détourner sincèrement les yeux, on veut pouvoir dire qu'on a quand même regardé une scène particulièrement atroce. Se met-on réellement devant Hannibal pour se faire peur, ou plutôt pour guetter quand le pire va se produire ?
Le pilote de Hannibal se joue de ces attentes. Avec un délice qui n'est pas moins pervers, on nous conduit à attendre, avec le même état d'esprit malsain que celui des deux protagonistes principaux, le moment où OH MON DIEU NON, le moment où le tabou va être franchi. Et ces séquences-là, Hannibal rechigne à les servir tout de suite, pour les servir sous forme de scènes de cuisine ou de gastronomie raffinées. Vous avez voulu être révulsés ? Pas de chance, Hannibal a sorti l'argenterie.
C'est qu'on est taquin, dans le cerveau de Fuller... Joueur, c'est sûr. Un peu mauvais aussi, dans le fond.

Au milieu de tout ça, Hannibal délivre dans un tout autre registre. Un registre qui n'a que peu à voir avec la dégustation d'organes humains. C'est, une fois de plus, dans le monde de l'imaginaire que Bryan Fuller va chercher ses délires, et non dans l'ostensible.
Curieusement, c'est le "gentil" qui se révèle le plus ignoble à suivre au quotidien pour le spectateur, en la personne de Will Graham. Torturé, mais surtout doté d'un cerveau fonctionnant de façon un peu atypique (il se décrit comme proche de l'autisme et d'Asperger), Will est capable de penser comme des sociopathes... comprendre qu'il est capable de partager une partie de leur fonctionnement, et même de leurs fantasmes. L'aspect cauchemardesque de Hannibal se loge là-dedans. Dans ces séquences qui échappent au contrôle de Will, et où il ressent la pulsion de destruction (mais de destruction animée de sentiments, et avide d'une certaine beauté, en un sens) de ceux qu'il traque.

Le pilote va passer beaucoup plus de temps à nous effrayer au sujet de Will, et des images proches de l'hallucination qui lui apparaissent, qu'à nous rappeler que Lecter représente un danger. Après tout, le second sait se tenir et se contrôler, quand le premier est totalement victime de ses visions, de ses pulsions, de ses envies, et même de son propre corps, comme ses suées le prouvent. C'est assez brave d'en avoir fait le "gentil", celui sur lequel le spectateur fait mine de compter pour rétablir la vérité et peut-être même la Justice, quand il apparait comme plutôt évident qu'il ne fait pas le poids face à un Dr Lecter méticuleux, attentif, pesant le moindre de ses mots, et au regard scrutateur.

Le mélange n'aboutit pas au résultat anticipé, c'est certain. Mais c'est tant mieux. Le raffinement de la réalisation parachève l'impression de se faire trimbaler par un showrunner qui prend un plaisir morbide à nous donner envie du pire, tout en nous permettant d'attraper, du bout des lèvres, quelques morceaux de cauchemar esthétisé : "vous voulez de l'horreur ? Vous voulez vous écoeurer un peu vous-mêmes de regarder Hannibal ? Eh bien soit, mais même ça, vous ne l'aurez pas de la façon attendue".
On s'en délecte, on s'en lèche les babines à l'idée d'en déguster une nouvelle bouchée. Mais de vous à moi, je n'aime pas trop la téléphage que Hannibal révèle. Il n'y a pas de rétroviseurs pour garder un oeil sur celle-là...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 00:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-06-13

Aveu d'impuissance

Le #pilotmarathon touche progressivement à sa fin, et il est clair maintenant que je n'aurai pas de temps pour tous les pilotes que je voulais voir aujourd'hui. Et j'avais pourtant fait du tri. Mais je soupçonnais que The Fosters me mettrait du baume au coeur, et ai préservé sa place dans mon planning. Résultat ? Eh bah résultat, c'était une bonne idée... enfin, peut-être pas pour vous qui allez devoir lire cette review à présent.

TheFosters

Depuis ce matin que le #pilotmarathon a commencé, j'ai plaisanté, j'ai décortiqué, j'ai râlé... mais je n'avais pas encore pleuré. Grâce à The Fosters, c'est désormais chose faite, et à vrai dire je ne sais pas si la série méritait tant que ça que je m'épanche. The Fosters n'a pas vraiment les atouts d'une grande. Mais voilà, c'est une série familiale sur la famille.

Depuis quelques mois, c'est quelque chose de douloureux pour moi. Je ne voulais pas en parler, et pour tout dire, je ne voulais pas en parler avec moi-même. Pendant un temps, ça m'a même détournée des séries, je ne pouvais plus rien regarder, avec ou sans histoires de famille. Approcher une série a, pendant plusieurs semaines, été absolument impossible. Et alors qu'aujourd'hui je regarde tant de pilotes, je sais aussi que j'en laisse passer énormément depuis le printemps, où les choses n'ont vraiment pas été faciles pour moi. La reprise avec l'univers des séries a été très difficile.
Très lente aussi. Pendant un moment j'ai vaguement tenté de reprendre les séries que j'avais mises en pause, les marathons que j'avais commencés, mais la vérité c'est que même ça, c'était au-dessus de mes forces. Je me suis réfugiée, avec énergie, dans des marathons Brothers & Sisters et The Cosby Show, pourtant. Paradoxalement, les thèmes qui m'avaient détournés de la télévision, qui me faisaient mal, me permettaient d'y revenir quelques mois plus tard.
C'est laborieux, encore. Il y a des jours où je regarde plusieurs épisodes du Cosby Show avec une irrationnelle jalousie. Mais j'en regarde tout de même plusieurs. Parce que la famille fait partie de ces thèmes, pour moi, qui sont à la fois pénibles et incontournables. Une famille, on en a tous une ; quand bien même elle ne fait pas forcément partie de notre vie, et de la même façon, les séries familiales, même quand je voudrais ne pas en voir, je suis attirée par elles.
En ce moment, Brothers & Sisters m'offre une famille de papier glacé, soapesque mais délurée, dont les dispute quasi-systématiques se font toujours en dérapage contrôlé. Et à côté de ça, la tendresse, la patience, l'intelligence de The Cosby Show, c'est mon family porn à moi, comme d'autres raffolent de food porn.

Je suis une victime facile pour une série centrée sur une famille. Les familles dysfonctionnelles me fascinent : ne dit-on pas que chaque famille malheureuse l'est à sa façon ?
Mais je suis encore plus une cible facile à atteindre quand la série porte sur une famille aimante. Je me fiche que les personnages suintent de bons sentiments ; j'ai quand même regardé, au plus fort de ma dépression il y a quelques années, les 5 premières saisons de 7 à la Maison exactement pour cette raison. C'est ma science-fiction à moi. Je me repais dans ses scénarios improbables. Dans ces scènes qui, il y a encore peu, me semblaient impossibles. Plus inimaginable que des phasers aux yeux de l'adolescente que j'ai été ? Un dîner pendant lequel personne ne pleure. Il m'arrive encore parfois, même plus de 15 ans après, d'être surprise par la façon dont un parent de télévision réagit sans violence (voir aussi : la batte de baseball), et pourtant, je suis plutôt fonctionnelle, comme adulte, aujourd'hui. Même en sachant qu'il y a des tas de familles plus équilibrées que la mienne de par le monde, j'ai toujours cette fascination pour les fois où les parents vont se comporter gentillement. Et je me gave de ces images, régulièrement. Je suis fâchée avec elles, mais j'en ai un tel besoin. Ca compense pour les cauchemars et les flashbacks ; un peu. Quelques minutes.

Alors devant la douceur de The Fosters, je plie une fois une plus. Je peux me vanter d'être quelqu'un d'un peu exigeant téléphagiquement, de temps à autres ; mais devant une série sur une famille pleine de bonnes intentions comme The Fosters, tout esprit critique s'envole.
The Fosters a le charme supplémentaire d'avoir pensé à m'inclure, comme l'avait fait The OC il y a quelques années (qu'est-ce que j'avais aimé les premiers épisodes de The OC, avant qu'elle ne me lâche et se détourne progressivement des troubles de Ryan pour s'orienter vers ses affaires de coeur). Un personnage qui ne connait pas les dîners où on ne pleure pas se trouve dans ce décor un peu trop joli, un peu trop beau pour y croire. Je ne sais pas comment ce personnage est perçu par la plupart des gens qui regardent ces séries ; pour moi, c'est la plus sûre façon d'entrer dans la série et de m'y glisser comme sous un duvet chaud, l'exact même procédé qui fait que le Dr Carter nous fait entrer aux Urgences. Mon avatar dans un monde impossible. Et quand ce personnage se craquèle, laisse échapper une larme ou simplement une petite émotion qui dit qu'il est touché par cette famille qui l'accueille et lui montre qu'on n'a pas toujours à avoir peur de la maison, je ne sais pas résister. Je ne sais pas non plus garder les joue sèches.

Je n'ai aucune force pour avoir du recul devant une série comme The Fosters. J'ai envie de dire que je l'apprécie alors qu'honnêtement, je ne sais pas si elle le mérite, avec son intrigue en coton et ses personnages super gentils. Mais je m'en fiche !
Est-ce que je regarde toujours la télévision pour de bonnes raisons ? Sans doute pas. Je la regarde pour plein de raisons, et l'une d'entre elles, l'une des premières d'entre elles, c'est que je cherche dans mes séries une catharsis. A la fois appuyer sur la plaie qui n'en finit pas de me faire savoir qu'elle ne veut pas cicatriser, et soulager un peu la douleur ; temporairement, artisanalement.

De vous à moi, je crois que je sais très bien que The Fosters n'est pas une grande série, n'est même pas spécialement une bonne série. Mais elle a fonctionné sur moi parce qu'elle m'a saisie par mon talon d'Achille.
Et je suis supposée vous en écrire une critique ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:03 - Review vers le futur - Permalien [#]

Monsters are not born, they're made

Pardonnez-moi, mon père, parce que je n'ai pas tout regardé. Je sais, c'est péché. Mais entre nous, regarder le pilote d'une série australienne de 692 épisodes, c'est un peu tenter le Diable, quand même ! Sans compter que je ne pense pas avoir déjà regardé de séries australiennes datant des années 70 et qu'il vaut peut-être mieux tenter les années 90 ou 80 avant, histoire d'y aller progressivement. Alors du coup, non, je n'ai jamais vu Prisoner, la série carcérale qui est à l'origine de la naissance de Wentworth (je recommande plus que vivement la lecture de mon petit post historique sur le sujet, d'ailleurs).
Alors, vous me pardonnez, mon père ? Promis, je réciterai trois "Je vous salue Mary Tyler Moore pleine de grâce" pour faire amende honorable.

Wentworth

Parfois la téléphage s'effraie de toujours regarder un peu la même chose. 
Pour vous donner un exemple : quand on me dit "la série met en scène un flic qui...", eh bah ça y est, mon cerveau se met en mode autopilote, je me laisse gagner par l'ennui, alors que finalement ça ne veut rien dire, il y a de bonnes séries avec des flics. Je crois. Bon là je vois pas d'exemple, mais c'est principalement par mauvaise foi. Ca doit forcément exister.
Toujours est-il que parfois, certains sujets peuvent nous inciter à nous tenir à l'écart d'une série, simplement par peur de la redite.
Alors, quand Wentworth dit vouloir accompagner les débuts d'un personnage (fut-il emblématique de Prisoner) dans une prison pour femmes, pardon, mais la téléphage a tendance à réprimer un baillement voire même carrément se braquer. Déjà que, quand la téléphage a tenté Unité 9, la téléphage a été surprise de ne pas y voir une redite de Capadocia... faut ptet voir à pas trop tenter le sort.

Et finalement, même avec énormément de points communs, Wentworth finit par faire vivre une expérience assez différente de celle qu'offre Unité 9.
Ne vous laissez pas abuser par le fait que les choses commencent de façon similaire ; le fait que Bea Smith, comme Marie Lamontagne, soit envoyée en prison, dans un bloc où vivent en commun plusieurs prisonnières, au sein d'un univers dont elle ne connait rien et qu'elle observe avec de grands yeux effarés, n'est que le point de départ à partir duquel les deux séries vont pas mal diverger.
D'abord parce qu'on ne ressent pas du tout l'humanité d'Unité 9, sa prison moderne où les prisonnières se comportent en groupe de façon à peu près civilisée. Ensuite parce qu'on n'est que très peu dans l'exposition ; là où Unité 9 prenait son temps pour parler des premières heures de détention (il avait fallu attendre le 2e épisode, après tout, pour entrer dans le vif du sujet), détaillant la honte, la peur et l'humiliation par le menu, Wentworth s'active afin de présenter sommairement le contexte. L'incontournable séquence de fouille sera en effet présente dans le pilote, mais elle n'a pas du tout les mêmes effets que dans le glacial second épisode d'Unité 9.

Mais surtout, la violence de Wentworth, sans atteindre les sommets d'un Capadocia (ou d'un Oz, pour parler aussi du pendant masculin), est bien plus présente que dans la série québécoise. On s'y sent oppressé, ébloui, désorienté en permanence ; la réalisation se donne du mal pour ça, il faut le dire, jouant sur les éclairages comme les couleurs, ainsi qu'en s'appuyant sur des musiques efficaces en diable, là où Unité 9 se contentait d'un réalisme finalement un peu tristounet par comparaison.
Dans ce monde forcément effrayant, Bea va donc vivre des premières heures bien loin de celles que lui connaissent les spectateurs australiens qui ont gardé d'elle le souvenir d'une meneuse, d'une battante ; elle est le mouton qui vient se faire manger la laine sur le dos par celles qui savent, celles qui maîtrisent les codes.

Le fait que Wentworth soit un "prequel moderne" (comme c'était le cas pour Bates Motel qu'on a pu évoquer plus tôt cet après-midi, d'ailleurs) finit par avoir un sens en soi, en fait : montrer comment, de pauvre victime déphasée, Bea Smith va devenir la chef officieuse de la prison, est déjà un témoignage en soi. C'est comme si les scénaristes disaient : vous savez ce qu'elle va devenir, le rôle de Wentworth est donc non seulement de vous dire comment elle va le devenir, mais aussi, à travers cette évolution, de vous indiquer qu'elle va devoir faire le deuil d'une part d'humanité. Prendre de l'influence ne se fera pas en un jour, et pas sans y laisser des plumes ; le seul pilote, déjà, montre combien Bea est soumise aux influences, aux manipulations, aux punitions, aux accusations. Vu la tournure que prend la fin de cet épisode inaugural, ça ne va pas s'arranger de si tôt ! Et c'est finalement le tragique message de Wentworth, qu'une série carcérale sans l'aspect "prequel" ne pourrait pas dire de la même façon, et en tous cas certainement pas si vite : on n'entre pas en prison en ayant la carrure pour mener les autres prisonnière. Cela s'apprend. Et chaque étape de cet apprentissage coûte.
Bien-sûr, Oz nous dit parfois ce genre de choses, mais jamais de façon aussi nette et crue, et certainement pas de façon aussi définitive. Le fait que Wentworth s'inscrive dans une narration qui la précède de trois décennies lui donne tout son sens, souligne toute sa cruauté.

Dans tout ça, quelques regrets tout de même. D'abord, la façon dont, peut-être, la violence est peut-être trop rapidement présente dans cet épisode ; pardonnez que je me répète, mais les derniètes minutes de cet épisode inaugural sont très éprouvantes, non seulement parce que le téléphage est tenu en haleine, mais aussi, voire surtout, parce que sa confusion est entretenue. Ensuite parce que cela devient peut-être un peu trop rapidement, justement, une question de pouvoir : en-dehors de Bea, les personnages seront assez peu fouillés. Certains, comme Franky Doyle, n'ont pas besoin de l'être beaucoup : les spectateurs australiens qui connaissent leurs classiques savent bien qui est Franky, un autre personnage important de la mythologie Prisoner. Mais c'est beaucoup plus dommage pour la plupart des autres, réduits à quelques passages un peu stéréotypés (comme la petite vieille qui s'est mis en tête de rétablir la paix dans le bloc H, ou la mère qui vit là avec sa petite fille en bas âge...). Evidemment, cela n'empêche nullement ces personnages de se développer progressivement : on parle bel et bien d'un pilote ici, tout n'est pas joué. Mais il ressort une impression de superficialité, voire peut-être même de gratuité, qui ne donne pas envie. Dans un registre similaire, Capadocia donnait plus de substance à ses héroïnes.
Enfin, et il faut le noter (je vais aller lire quelques reviews maintenant que j'ai vu le pilote, je pense que plusieurs critiques australiens doivent l'avoir relevé), il y a une certaine victimisation de Bea Smith ; les raisons de son incarcération ont changé, et ce n'est pas innocent. Au lieu, comme dans Prisoner, d'avoir étranglé la maîtresse de son mari et abattu celui-ci, Bea s'est ici rebiffée contre un mari violent qu'elle a cherché à empoisonner au gaz de pot d'échappement. Une fois, juste une fois, j'aimerais qu'on essaye de m'inciter à me mettre dans la peau d'une vraie criminelle, pas d'une criminelle avec des circonstances atténuantes qui justifieraient presque le spectateur plaide pour qu'on relâche la pauvre femme.

L'expérience Wentworth vaut donc la peine, même si, comme moi, vous n'avez pas fait l'effort de regarder la série originale Prisoner. Il ne faut cependant pas vous attendre à une claque, ou en tous cas, pas une claque durable : les effets de ce pilote s'autodétruisent quelques minutes après son visionnage, vous laissant, à la place du souffle coupé qui était le vôtre au terme du pilote, avec une curieuse impression de vide. La vérité se situe sûrement quelque part au milieu...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 21:39 - Review vers le futur - Permalien [#]