ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

17-06-13

N'est pire aveugle...

En tant que téléphage, il y a certaines choses qui m'énervent (oui ça va être un post Point Unpleasant, annonçons tout de suite la couleur).
En tant que téléphage curieuse de la télévision de tous les pays, il y en a quelques unes qui me font littéralement hulkenrager en particulier ; on pourrait citer mon mépris le plus profond pour les titres de séries traduits, ajoutons-y, parce que ce sera mon sujet du jour, la façon dont certains stéréotypes sont perpétués de façon systématique lorsqu'il s'agit de la fiction de certains pays.

La télévision du monde arabe est, je le concède bien volontiers, difficile d'accès pour l'observateur occidental, je m'en suis déjà fait l'écho par le passé.
Il faut dire que l'occidental en question n'est pas du tout dans la cible de la télévision du monde arabe, qui se fiche éperdument de savoir si elle est comprise par-delà sa zone d'existence. Très peu de chaînes arabes proposant des fictions (vous l'aurez compris, j'exclus par cette phrase Al-Jazeera) ont une version anglaise, ou même une version anglaise de leur site. Les infos sur la télévision du monde arabe sont difficiles d'accès, ou alors par bribes, à quiconque ne parle pas l'arabe. Et puis, bien-sûr, il y a le fait que la télévision du monde arabe ne compte absolument pas sur des exports en-dehors du monde arabe... ou alors dans le monde musulman (les Indonésiens vous passent le bonjour).
La télévision du monde arabe, pardon d'insister, se contrefiche totalement de son image à l'extérieur de son marché.
Ca ne m'empêchera pas de vous proposer d'y jeter un oeil à l'occasion du Ramadan, stay tuned.

Est-ce une raison pour la réduire aux mêmes poncifs, encore et toujours ? La tentation est grande mais elle devrait être évitable. De temps à autres, j'aimerais qu'une série égyptienne, une série syrienne, une série marocaine fassent les titres (même pas les gros, juste des titres) dans la presse occidentale pour d'autres raisons que pour pointer du doigt les extrêmismes.

LahazatHarega

Où sont, par exemple, les articles sur Lahazat Harega (en photo ci-dessus), la série médicale égyptienne inspirée d'Urgences, le premier drama médical du pays, et première série égyptienne, aussi, à être filmée en HD ; où sont les articles sur la façon dont elle est tournée, sur sa production tourmentée par le climat politique, ou simplement sur son renouvellement pour une saison 4 ? Là, il n'y a personne. Mais si vous parlez l'Espagnol, l'Italien, le Chinois, le Turc, le Kazak ou l'Ouzbek, vous pouvez voir le pilote en version doublée, elle est pas belle la vie ?
Par contre, pour raconter, encore et toujours, les mêmes anecdotes sur les télévisions arabes, ressasser les mêmes clichés, revenir inlassablement sur les mêmes preuves de l'existence d'un islamisme radical, là, pas de problème, on trouve des articles en masse, en nombre, et en quantité. Et encore je vous mets pas tous les liens. Ouaip, pour nous parler de Café Show/Coffee Shop (rien à voir avec une romcom coréenne), par exemple, là il y a du monde.

Qu'est-ce que Café Show/Coffee Shop ? Bon, bougez pas, je vous explique l'histoire.

Café Show/Coffee Shop est une comédie qui sera lancée le mois prochain (rappelons pour la forme qu'environ 80% des séries arabes sont diffusées pendant cette période faste... pour les chaînes de télévision) sur la chaîne égyptienne Al-Hafez. La série, qui comptera 15 épisodes, se déroule intégralement dans un café de la ville du Caire, mais ça vous l'auriez deviné. Et, comme au Café du Commerce en France, c'est l'endroit où l'on se retrouve pour parler de tout, de rien, de l'économie, de la politique, des valeurs qu'on partage...
Assez inoffensif en apparence. Alors qu'est-ce qui fait que Café Show/Coffee Shop nous parvient ? Au point d'ailleurs de se trouver, fait rare pour une série arabe, des titres anglicisés dans la presse anglophone. Note : à vrai dire, le site d'Al-Hafez ne semble pas encore en faire mention, donc on n'a QUE des titres anglicisés ; je fais donc, faute de mieux, une entorse à ma règle des titres non-traduits, mais dés que j'ai mon info, je reviens corriger ce post. J'ai perdu une bataille, mais pas la guerre !

Eh bien, il n'y aura pas une seule femme dans la série, PAS UNE. Le cast de Café Show/Coffee Shop est exclusivement masculin, du rôle le plus majeur au plus insignifiant.
'Voyez, s'il s'était agit d'une romcom coréenne, on aurait un peu plus ri, pour une fois...

Si vous me lisez depuis quelques temps (ou qu'au minimum vous avez jeté un oeil à mon article du 8 mars dernier sur la télévision polonaise), vous n'êtes pas sans savoir que ce genre d'idées n'est pas pour me plaire : je nourris de nombreuses convictions féministes. Pour autant, même si loin de moi l'idée de trouver que cette "trouvaille" de la chaîne Al-Hafez est une bonne chose, devant la levée de bouclier de la presse en ligne depuis quelques jours qu'a été découverte l'existence de Café Show/Coffee Shop, je suis un peu obligée de protester.

D'abord sur le principe : une série n'est pas obligée d'avoir des personnages des deux sexes. Il y a des séries occentales qui s'en passent très bien ; celles qui n'ont pas de personnage féminin ne peuvent simplement pas prétendre être féministes, par exemple, voilà tout. De même qu'une série sans mixité raciale aura du mal à faire croire qu'elle est inclusive. Mais ce n'est pas une impossibilité en soi - et une nouveauté non plus, de nombreuses séries américaines jusque dans les années 60 mettaient en scène presqu'exclusivement des hommes. Bon, j'exagère : dans les westerns, il y avait quand même des femmes attachées sur les rails de temps en temps pour se motiver ; un coup d'oeil au générique de Bonanza rappelle cette réalité : les femmes dans les séries, ça n'a pas toujours été une évidence.
Ensuite, parce qu'une série qui se déroule dans un café égyptien... a autant de chances d'être fréquenté par les femmes que le Ponderosa. La série Café Show/Coffee Shop a précisément choisi un lieu qui est, de façon culturelle, exclusivement masculin. Alors, on peut contester la démarche, c'est sûr, mais on ne peut pas contester la réalité du lieu choisi. Les femmes ne sont pas exclues de la série ; elles le sont d'abord du lieu. Est-ce la mission d'une série de remettre en question la fréquentation du café, a fortiori si elle est un mosalsal (une diffusée pendant le Ramadan), période peu propice aux révolutions contre les traditions ? A l'impossible nul n'est tenu.
Et enfin, parce que parlons de la chaîne Al-Hafez. La chaîne salafiste Al-Hafez est une chaîne du satellite qui compte en tout et pour tout un studio d'enregistrement (et ça se voit quand on mate les émissions de la chaîne sur Youtube), et qui a vu le jour suite aux manifestations du 25 janvier 2011 ; pas franchement une institution, donc. Al-Hafez a vu le jour pour soutenir les Frères Musulmans, et diffuse dans son unique studio des cours de lecture du Coran, ou, pendant ses émissions, donne l'antenne à des chroniqueurs (on aura du mal à les appeler journalistes) qui traitent de divers noms d'oiseaux les "infidèles" qui ne seraient pas assez respectueux des textes religieux ; des propos injurieux qui sont régulièrement pointés du doigt dans les autres médias, et qui ont aussi déjà été condamnés par la Justice égyptienne. Que la chaîne Al-Hafez, dont la vocation première, voire unique, ait pour vocation de répéter à longueur de programmes des propos conservateurs, pour ne pas dire réactionnaires, et d'appeler à l'application stricte de la Charia, n'est donc pas vraiment une grande surprise quand on a le contexte. Et quand l'un des dirigeants de la chaîne explique : "tout est une question d'offre et de demande, et actuellement il y a de la demande pour cette forme plus propre d'art dans notre société. [...] La politique de notre chaîne est que nous ne montrons aucune femme du tout, de façon à les honorer, comme le dicte l'Islam", peut-on vraiment dire qu'on est surpris ? S'attend-on à autre chose de sa part ? Chais pas, vous pensez qu'on va voir un True Blood sur FOX News à la saison prochaine ?

Une série comme Café Show/Coffee Shop n'est pas exactement le fer de lance de la télévision moderne en Egypte, ou le monde arabe en général. Mais ce constat s'impose, je pense, à tous ; à plus forte raison depuis qu'un membre des Frères Musulmans est devenu Président l'été dernier.
Ce qui me révulse en revanche, c'est que ce soit le seul type de programmes venu d'Egypte qui nous parvienne. J'aimerais énormément que les téléphages parlant l'arabe partagent leur passion pour la télévision en Anglais (ou soyons fous, en Français). Ils sont chaque année, pour le Ramadan, des millions et des millions à s'enthousiasmer pour ces séries : c'est bien qu'il s'en trouve pour les aimer. Alors... SHARE THE LOVE ! Ca nous changera.
Et je persiste à croire que c'est pour la bonne cause.

Dans l'intervalle, il faudra sûrement lire encore pas mal d'articles sur les séries égyptiennes, les séries syriennes, les séries marocaines qui nous confortent dans notre conviction d'avoir une télévision plus ouverte, plus tolérante, plus progressive. Allez, ça fait du bien au moral, je suppose.
D'un autre côté, je me dis ça pour la troisième année consécutive, chaque année, à partir du mois de mai quand je commence à préparer mon article sur les séries du Ramadan. Hashtag #opportunistefatiguée.

Posté par ladyteruki à 17:42 - Point Unpleasant - Permalien [#]

02-03-13

In the mood for something else

On est d'accord que j'ai un biais... ou un problème, appelez-le comme vous voulez, je suis pas susceptible. D'accord, disons que j'ai un problème, donc, et qu'en toute franchise il devient un peu handicapant par moments : les histoires d'amour commencent à me pomper sérieusement l'air. Bon ok, c'est pas honnête pour moi de dire "commencent" parce que ça n'a rien de nouveau. Mais pendant longtemps c'était circonscrit aux comédies romantiques pur jus (typiquement, les romcoms sud-coréennes), et là je sens que je bascule dans une phase où je me braque dés qu'il y a une histoire d'amour au premier plan.
Ou au second. Bref, ne pinaillons pas.
Donc c'est vrai, les choses empirent un peu. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.

Parce que je me sens cernée.

Inthemoodforsomethingelse

Imaginons que vous n'aimiez pas... la science-fiction, mettons. Ça arrive aux meilleurs d'entre nous, après tout pourquoi pas. Eh bien rien de plus facile : vous évitez tout ce qui se passe dans l'espace et/ou dans le futur, et vous parvenez à éviter 90% de ce qui se fait en matière de science-fiction. Simple, net, précis. Efficace.
Ou alors disons qu'un sujet qui vous braque, c'est le boulot. Pour une raison X ou Y, qui vous concerne, si ça parle de quelque chose de professionnel, ça vous irrite. Bon, admettons. Là encore, il suffit d'éviter les "workplace comedies" et généralement ça se passe plutôt bien. En se concentrant sur des films qui se passent en famille, ou qui s'intéressent à un couple, ou encore un road movie, c'est facilement évité.

Maintenant mettez-vous à ma place et essayez d'imaginer ne pas avoir envie de regarder ce qui parle d'amour. Juste un instant. Juste pour deux heures, après on se dépêche de revenir dans la norme, promis ! Et essayez de penser à un film qui n'en propose pas, rien, aucune histoire d'amour. Eh bien je vous dis bonne chance, parce que j'ai un mal de chien à en trouver.
Ce devrait être jouable, et ça l'est sans doute pour quelqu'un qui a une meilleure culture cinématographique que moi (depuis que j'ai repris mon challenge, je complexe plus que jamais sur mon absence de culture cinématographique), mais pour moi, c'est mission impossible. A chaque fois, il faut qu'à la fin du film, l'un des héros tombe dans les bras d'un autre des héros. Imparable.

Alors ça peut être fait d'une façon élégante, ou au contraire prévisible au possible ; ça peut être émouvant, ou drôle, ou rien de tout ça ; ça peut servir le film ou juste aider à lui donner une conclusion plus positive. Quelle que soit la façon de jouer cette carte, dans le fond, ce qui m'importe, c'est qu'elle est jouée systématiquement.

Oh, mais que voilà, un paragraphe à spoilers !
Tenez, je fondais quelques espoirs sur Safety Not Guaranteed, par exemple, ou Lucky. Avec des sujets tels que ceux qui avaient été choisis, les chances pour que les héroïnes respectives tombent amoureuses étaient quasi-inexistantes ! Eh bien non, rien à faire. Alors j'en arrive au point, à force d'accumulation, d'être encore plus ulcérée et de rouler encore plus des yeux quand, patatras, un film que je regardais a ENCORE une romance dedans, alors que je le regardais plus ou moins parce que je pensais qu'il avait envie de dire autre chose, voire même toute autre chose dans le cas de Bad Teacher.

Cannell-Celibataire

Grand Dieu, non, Stephen ! On ne voudrait pas qu'une telle chose arrive. Qu'une femme traverse un film de deux heures (DEUX HEURES !) et parvienne à être encore célibataire à la fin ? Putain, ça fait flipper comme concept. Un mec passe encore, mais une femme ? Ah non, on change de sujet, ça me fiche bien trop les jetons.

Comprenons-nous bien, je n'ai pas de souci avec le fait de tomber sur une romance dans un film qui est une romance ou une comédie romantique. Quand ça tombe dans ce genre de films, je l'ai bien cherché, après tout. Et à vrai dire depuis que j'ai repris mon challenge, j'ai l'impression d'être aussi dans une quête, espérant tomber sur la romance qui ne me semblera pas trop convenue et cliché (pour l'instant le mieux que j'ai trouvé est The Five-Year Engagement, mais je n'abandonne pas ma mission si vite).
Mais dans un film d'un tout autre genre, j'espère une fois de temps en temps n'avoir pas à en passer par là. Juste avoir des personnages qui, non pas évitent l'amour, mais simplement ont autre chose à l'esprit. Parce qu'une fois de temps ça arrive, quand même, dans la vie.

Cannell-CelibataireNon

Ah. Bon. Pardon. Non mais, au temps pour moi, j'ai cru.

Bon, mettons que j'ai pris mon cas pour une généralité, je le ferai plus. Mais en tous cas, moi, je n'y pense pas tous les jours. Je ne pense pas tout le temps, dans tout ce que je fais, que peut-être je vais trouver quelqu'un. Sans parler de passer ma vie avec et tout le tralala ; je veux dire, juste embrasser quelqu'un, passer la nuit avec, ou quelques jours de folle passion, ça ne me préoccupe pas spécialement dans la vie, et je peux passer plusieurs jours dans me demander si ça va se produire, et quand, et comment, et si ça ne se produit pas pourquoi, ce qui cloche chez moi et ce que je devrais changer pour que ça se produise.
Oui, plusieurs jours d'affilée ! C'est déjà arrivé !
Alors ça parait dingue mais j'aimerais passer deux heures à continuer de penser comme ça, certains jours. Parce que ça m'intéresse pas d'avoir ça à l'esprit au moins une fois par jour, chaque jour. Ni même tous les deux jours. Une fois par semaine c'est déjà beaucoup, en fait, je trouve.
Il y a plein d'autres choses dans ma vie ! Le boulot, les projets, les sorties, la créativité, la curiosité... Et il y a plein d'autres gens dans ma vie ! Des collègues, des partenaires pour les projets, des amis, ma soeur, mon chat, mon autre chat, des fois les deux chats en même temps... vous voyez ce que je veux dire ? Trouver quelqu'un à qui explorer les cavités buccales ou autres n'est qu'un des aspects de ma vie, parmi beaucoup d'autres, et le fait de trouver systématiquement comme conclusion d'un film qu'à la fin, oui, ils s'aiment et ils se battent à coups de langues, c'est perturbant parce que... parce que c'est systématique, voilà. C'est l'alpha et l'omega de tout film, ce n'est pas celui de mon existence, et en toute franchise je suis un peu triste pour ceux dont c'est l'alpha et l'omega de l'existence, s'ils existent. Je doute qu'ils existent. J'espère que non.

Et j'en viens à me demander si ya pas une espèce de pression à absolument se mettre en couple qui transparait à travers ces films.
Il y a des films qui parlent de choses passagères, d'autres d'amours éternels, il y a toutes les nuances entre les deux... mais le célibat, non. Quand un film finit avec le héros qui est célibataire, c'est qu'il a un problème.
L'image que ça me renvoie c'est que, si j'ai regardé le film pendant deux heures et qu'à la fin des deux heures, je suis célibataire, j'ai un problème, et de façon plus large, si à la fin de ma journée, je suis célibataire, j'ai un problème. Je ne le ressens pas comme un problème personnellement, je pense pouvoir composer, à mon âge, avec cette réalité qui est qu'il y a des jours où je finis célibataire, mais ces films semblent vouloir dire que j'ai tort, quelque part. Je commence à me dire que c'est ce que la multitude de films qui instaure systématiquement une conclusion romantique à son intrigue veut que je pense : que je devrais penser que j'ai un problème. Que j'aurais dû me demander pourquoi je ne suis pas avec quelqu'un, là, maintenant : "si même une stagiaire amorphe, un tueur en série et une pétasse vénale trouvent chaussure à leur pied... c'est qu'il y a un truc, lady, tu ne penses pas ?". Un peu de la même façon que les magazines féminins rappellent à des millions de femmes chaque semaine que si elles ne correspondent pas aux critères de beauté en vigueur, elles n'ont aucune valeur, il semble qu'il soit difficile pour un personnage d'avoir de la valeur si elle n'a pas été reconnue par une personne du sexe opposé (la plupart des films étant encore quand même bien hétérocentrés). Et ça se répond, d'ailleurs : répondre aux critères de beauté en vigueur permet d'éviter, oh comble de l'horreur, de ne pas avoir attiré le sexe opposé aujourd'hui ; et personne ne veut ça, n'est-ce pas ? Hollywood est obsédé par les histoires d'amour, c'est fou. Et c'est peut-être aussi ce qui me semble être le plus hypocrite à son sujet.

Quelque part, je sens bien que je sur-réagis. Mais c'est l'accumulation, vous comprenez.
Je comprends qu'un film ait eu envie de finir sur une note "positive" (si on décide qu'être célibataire est inférieur à être en couple, du moins). Je comprends que tel autre film ait décidé que c'était la meilleure façon de faire aboutir son intrigue. Mais mis bout à bout, ça fait beaucoup de films où la finalité semble toujours être la même, encore et toujours.
J'ai besoin d'alternatives. J'ai besoin de penser que si on va enquêter sur un mec qui dit avoir construit une machine à remonter dans le temps, on se concentre sur la supposée machine à remonter dans le temps. J'ai besoin que deux copains tentent de payer leur loyer en tournant un porno et qu'on joue autour du porno, de leurs soucis d'argent et de leurs personnalités marginales. Peut-on envisager juste une fois de combattre des robots venus de l'espace sans que la bimbo tombe amoureuse du looser, juste une fois, pour voir (si ça peut rassurer Michael Bay, ça ne l'empêche pas de mettre une mini-jupe, hein). Juste une fois. Vraiment, juste une.

Alors après, vous allez me dire que des films de ce genre existent. Et vous allez me donner des titres (j'espère ; me laissez pas comme ça !).
Peut-être que vous allez me dire que dans les films d'horreur, ou les trucs gore à la Saw, ça se trouve plus facilement. Et je vous répondrai qu'étant une trouillarde, je ne peux pas regarder ces films, et on sera bien avancés. Je dis pas que c'est facile. Mais je trouve qu'à partir du moment où il faut se creuser autant la tête pour trouver un film qui n'emploie pas cet axe, c'est quand même qu'il y a anguille sous roche.
Et non, ceci n'est pas une métaphore... vous aussi vous êtes obsédés ou quoi ? Décidément je suis cernée.

Posté par ladyteruki à 23:37 - Point Unpleasant - Permalien [#]

24-02-13

Industrie de l'hypocrisie

Ce soir, ce sont les Oscars. On en apprend des choses sur ce blog.
Pendant 712 heures environ, tout le gratin du cinéma américain va se relayer sur scène pour remercier à chaudes larmes ceux sans lesquels ils ne seraient rien ; pour beaucoup, c'est la performance de l'année ! Ca fait 60 ans cette année que l'exercice est méticuleusement filmé, avec toute l'inventivité d'un devoir de CM2, de façon à ce que dans chaque foyer, chacun s'émeuve devant les joies larmoyantes de la grande famille du cinéma. Ah, que c'est beau.

C'est beau... mais c'est un peu du pipeau.
C'est du pipeau parce que ces émotions, si je veux bien croire que sur le moment elles soient sincères (allez, on va dire, hein), ne reflètent pas la réalité de ce milieu, les 364 autres jours de l'année.
Et à vrai dire, d'aucun milieu ! Dans quel métier, d'ailleurs, vous qui me lisez et avez déjà une vie professionnelle, avez-vous envie de remercier la planète entière ou, à tout le moins, les trouze têtes de pipe qui vous sont les plus familières, pour vos succès professionnels, pleurant à chaudes larmes en pensant à tous les moments passés à apprendre côte-à-côte ? Est-ce que quand vous obtenez une promotion, vous faites le tour des bureaux pour pleurer votre éternelle reconnaissance dans le giron de tous les collègues sans lesquels rien n'aurait jamais été possible ? Non. Mais on est à Hollywood, l'industrie qui a fait de l'émotion un business, alors les règles sont un peu différentes. Pas nécessairement les réalités.
En fait c'est même pire que ça. Hollywood est sûrement l'un des pires milieux professionnels où faire carrière, parce que c'est le paradis de l'hypocrisie.

Je ne parle pas seulement de l'hypocrisie qui vous conduit à remercier Harvey Weinstein pour avoir un job l'année suivante (professionnellement, vous croyez que Weinstein plus que Dieu peut vous mettre au chômage), mais de celle d'avoir tout simplement fait ce boulot.

Par exemple : d'après mes savants calculs pifométriques, environ 97,12% des films sortant à Hollywood comportent au moins une histoire d'amour, quand ils n'en font pas, tout simplement, l'alpha et l'omega de leur intrigue.
Tout cela est fort charmant, mais combien des gens bossant à Hollywood savent ce qu'est l'amour ? Il y en a sûrement quelques uns, je suppose, quelques exceptions qui confirment la règle, mais l'immense majorité se contente de savoir surtout ce que sont les coucheries ; outre le casting couch sur lequel sont passées à peu près toutes les stars au moins une fois (ainsi que celles qui ne sont pas devenues des stars, mais le soir des Oscars, qui s'intéresse à celles-là ?), et ce depuis pas loin d'un siècle, ayons aussi une pensée pour tous ces membres de la grande et belle famille du cinéma qui, même mariés jusqu'au cou, se trompent allègrement les uns les autres... un problème en partie évité grâce à la durée moyenne des mariages (les mariages ont un taux de réussite de 35%), et de toute façon, contrairement à la croyance populaire qui aime à penser que ces pratiques ont disparu en même temps que le XXe siècle, il existe encore tellement de mariages arrangés entre stars que l'amour, la plupart n'en a jamais vu l'ombre d'un faux-cil.
Par contre, pour en tartiner des pages et des pages de script, pour en saisir des heures et des heures de rushes, pour en vendre des tonnes et des tonnes de tickets, là par contre il y a du monde. Write about what you know, mon oeil...!

Même sans parler de romances, dont vous savez qu'effectivement je suis peu friande, il y a toutes ces histoires dans lesquelles le message est qu'il faut croire en ses rêves, rester soi-même dans l'adversité comme la réussite, ou encore, le fameux cliché selon lequel l'underdog finit par triompher... qui à Hollywood croit sincèrement en tout cela, quand on sait les sacrifices et les concessions faites sur les idéaux de chacun pour réussir et/ou persister dans l'écosystème ? Mais d'un autre côté, c'est salvateur pour ce même écosystème, puisque ces histoires laissent croire à des milliers d'aspirants acteurs, auteurs et réalisateurs aux yeux de Bambi, qu'ils ont une chance de ne pas être serveur toute leur vie s'ils tentent leur chance ; une jolie façon de s'assurer une cargaison fraîche et régulière de chair à canon parmi lesquelles on trouvera un ou deux talent jugé digne de s'exprimer et continuer d'entretenir le rêve.
Hier soir, je me suis infligé Transformers (jamais plus jamais) et je n'arrêtais pas de penser aux déclarations de Megan Fox sur la façon dont elle a obtenu le rôle... quand dans le même temps, Michael Bay est capable de prétendre que ce qui va vraiment faire la différence pour son héros, quand celui-ci va tomber amoureux, ce n'est pas la plastique de la belle, mais le fait qu'elle a une âme, des blessures passées, et du tempérament. Qui y croit ? Je ne veux pas prétendre être dans le secret des Dieux et affirmer que Michael Bay est un gros cochon sexiste, mon Dieu, non, ça se saurait si les producteurs avaient ce genre de tendances à Los Angeles, mais soyons sincères deux secondes : la raison essentielle pour laquelle Michael Bay est célèbre, c'est justement parce que ses films sont là pour faire de l'argent, pas du sentiment. Avec tous les efforts du monde, jamais un film de Michael Bay n'apparaitra comme sincère quant au message qu'il tente, de toute façon sans grande conviction, de véhiculer (pun not intended).

Cela ne signifie évidemment pas qu'à Hollywood, tout le monde est comme cela ; il y a de vrais artistes, et de vrais artisans d'ailleurs, des gens qui font ce qu'ils font honnêtement. Je ne suis simplement pas convaincue qu'on en observe beaucoup ce soir sur le tapis rouge.

Mais derrière le monde glamour, il y a des réalités que, dans le fond, nous connaissons, mais auxquelles nous ne voulons pas croire. Nous nous raccrochons au bon sens populaire de Greg Garcia, ou à l'idéal de rigueur de David E. Kelley, comme s'ils étaient autre chose que des séries qui ont fait l'objet de négociations, de contrats, de network notes et de toutes sortes de petites vilénies que nous ignorons autant que possible. Il n'y a pas que les lois et les saucisses dont nous préférons ignorer la fabrication...

GardeningAh oui donc tu seras pas au Dolby Theater ce soir, quoi.

A noter que ma mauvaise humeur coïncide avec les Academy Awards, mais les Emmys, les Grammys, et toutes les autres statuettes de la planète soulignent la même hypocrisie ; simplement, et on peut parfaitement décider de mettre ça sur le compte de ma gastro, ça tombe aujourd'hui. Ca se trouve, ça sera passé demain, et je recommencerai à avoir des étoiles dans les yeux en regardant les émouvants messages passés grâce à Enlightened et compagnie, acceptant, presque sans arrière-pensée, de croire que ceux qui ont écrit ces histoires y croient autant que ceux qui les regardent.
Cependant, si dans 6 mois, à l'approche des Emmy Awards, je suis toujours aussi désabusée, promettez-moi que vous me priverez du droit de blogger.

Posté par ladyteruki à 16:04 - Point Unpleasant - Permalien [#]

18-02-13

You lost me at "ristorante"

Un pilote, c'est trompeur. On pense qu'une série va prendre une direction, mais un épisode inaugural n'est en rien un engagement contractuel vis-à-vis du spectateur. D'ailleurs, vous êtes bien placés pour savoir qu'il n'y a jamais aucun engagement contractuel entre une série et un spectateur, et que toute série se réserve le droit de n'en avoir rien à foutre des effets de ses décisions sur son audience, si jamais ça lui chante. Souvent, c'est le droit le plus strict du showrunner et/ou de la production de prendre les orientations qui lui chante, mais parfois, cela ressemble à une trahison ; l'avantage c'est que, le spectateur lui-même n'étant engagé par aucune sorte de contrat, il peut très bien cesser de regarder la série quand ça lui chante. Et c'est ainsi qu'est préservé, dans la majorité des cas, un certain équilibre dans le "rapport de forces".
Cependant, un pilote, c'est trompeur, et il arrive que les épisodes qui le suivent explorent d'autres possibilités du pitch d'origine.
Et je suis la première à l'admettre, toute pilotovore que je sois : il faut savoir se méfier des pilotes.

Mais je dois reconnaître qu'en matière de séries, je suis plus rarement sur mes gardes, disons, en Asie, qu'aux USA. Cela vient de la pratique totalement différente : aux Etats-Unis, d'abord on crée une série, ensuite on essaye de la faire durer aussi longtemps que possible. Ca aboutit à des fleuves vidés de toute substance, parfois, quand la plaisanterie aurait gagné à être plus courte mais que, pour une raison X ou Y (audiences, rentabilité, etc.), la série vit plus vieille qu'elle ne devrait.
Dans les pays asiatiques, la question ne se pose pas. Le renouvellement ne tombant pas sous le sens, toute nouvelle série débarque avec la conviction qu'il n'y aura qu'une seule saison. Cette saison peut durer un nombre variable d'épisodes, selon un certain nombre de critères (habitudes nationales, pratiques de la chaîne, rythme de diffusion, etc...), par exemple la Corée du Sud a plus facilement des séries avec deux à trois dizaines d'épisodes, là où le Japon a, hormi quelques exceptions (notamment sur la NHK où il y a une série annuelle et deux séries semestrielles par an), tendance à favoriser la douzaine, voire la demi-douzaine. Accessoiremment, je suis pas au top sur les séries de Hong Kong, mais j'ai vu que Inbound Troubles s'était achevée au terme de 20 épisodes, voyez, là aussi on est dans le même esprit.
Bon. C'était un petit rappel juste pour qu'on soit sûrs de parler de la même chose.

Mais en conséquence, j'ai tendance à faire extrêmement confiance à un pilote de série japonaise. S'il n'y a qu'une douzaine, grand maximum, d'épisodes derrière pour conclure la saison, je m'autorise à imaginer que le pilote est représentatif de la série.

C'est une erreur que j'ai fait par le passé avec Cleopatra na Onnatachi, et c'est une erreur que je suis en train de refaire avec dinner, à la différence que ça me coûte beaucoup plus avec dinner dont j'avais absolument adoré le pilote.

dinner-Roccabianca

dinner prétendait parler d'un ristorante à la dérive, et il était permis de penser, au terme de son pilote, que ce serait là son sujet. Et comme la série avait trouvé un ton qui lui était personnel, qui faisait preuve de chaleur et de personnalité, elle devenait plaisante à suite. Ainsi qu'à cause de son sujet-même, puisque, vous le savez maintenant, j'ai un méchant biais envers les séries qui se passent en cuisine.
Enorme erreur. En deux épisodes... disons, bon allez, deux épisodes et demi, l'affaire était classée. Et désormais, dinner n'est qu'une série se déroulant dans un restaurant. On s'intéresse à ses personnages et à leurs histoires personnelles, mais à quelques détails près, ces mêmes histoires pourraient se dérouler dans n'importe quel milieu professionnel. Certains personnages qui étaient bien écrits au départ, équilibrés, comme par exemple la manager Saori, sont devenus stéréotypés au possible, et d'autres ne doivent leur salut qu'à l'interprétation et sûrement pas au scénario, à l'instar du chef Ezaki. De gros trous sont apparus dans le contexte-même de la série (l'un, et non des moindres, étant qu'on n'a aucune idée de ce qui est arrivé au chef Tatsumi, qui apparemment est plongé dans le coma sans que sa fille n'aille le voir, ou qui a été peut-être enterré dans la plus grande indifférence, allez savoir ; je ne peux imaginer qu'il soit simplement en convalescence, car sinon quelqu'un aurait forcément eu l'idée de lui poser des questions sur la meilleure façon de gérer le restaurant, n'est-ce pas ?).

L'affront ultime m'a été fait dans le 5e épisode, dans lequel on a droit à absolument tous les clichés de la comédie romantique de pacotille. Et vous savez combien je suis irritable en matière de romances...

Je ne dirai pas que le divorce d'avec dinner est, hm... consommé, parce qu'au point où j'en suis, il reste une poignée d'épisodes à diffuser, grosso-modo j'ai fait la moitié du chemin, ce serait trop bête d'arrêter maintenant. Mais je suis très, très déçue, et je ne vais plus dévorer les épisodes comme je l'ai fait jusque là, mais plutôt les regarder quand je n'ai plus rien à voir (c'est très mauvais signe que je dise ça, vous vous doutez bien qu'en tant que pilotovore, j'ai toujours des trucs à voir). Accessoirement, Fuji TV a annoncé ne plus vouloir diffuser de série dans la case horaire qui actuellement celle de dinner, le dimanche soir à 21h, eh bien, je le vis beaucoup mieux maintenant, pour tout vous dire.

A l'issue de ce 5e épisode, et alors que le 4e avait déjà bien calmé mes ardeurs, mon premier réflexe a été de me demander si je ne m'étais pas emballée trop vite... mais, oho, ça se saurait si c'était mon genre ! J'ai donc jeté un nouveau coup d'oeil au pilote et, non, vraiment, le pilote de dinner me plait toujours. Peut-être un peu moins maintenant que je sais comment les choses ont tourné, mais en-dehors de ça, non vraiment, c'est un chouette pilote.
Simplement, un pilote, c'est trompeur. Une leçon, un cautionary tale qu'il faudrait que je garde à l'esprit pour le prochain pilote asiatique que je tenterai... eh bien, ce soir, et à vrai dire, peut-être demain aussi.
...Héhé, bah oui : j'apprends vite, mais il faut m'expliquer souvent.

Posté par ladyteruki à 22:54 - Point Unpleasant - Permalien [#]

05-12-12

Morons to the left

<paramvalue="transparent" name="wmode">

Et si on interdisait les séries aux imbéciles ?

Je pose simplement la question. Voilà : le débat est sur la table, après... Mais admettez qu'elle est alléchante, cette idée, certains jours.

Avant de vous enflammer, laissez-moi développer. Je suis entièrement POUR essayer d'élargir les horizons des gens. L'élitisme, c'est pas mon genre ; au contraire, mon idée de la téléphagie, c'est la contagion. Ca ne m'intéresse pas de rester dans l'entre-soi et de partager entre une petite minorité les perles parmi les perles, en savourant l'idée que la vaste populace passe totalement à côté, et que de toute façon, présenter ces séries au grand public serait comme donner du caviar aux cochons. Absolument pas. Et je crois que ce blog en est quand même la preuve. Essayer de partager le plus possible de découvertes, d'ouvrir nos horizons à tous (et le Dieu de la Téléphagie sait que j'ai moi-même des progrès à faire en ce domaine), et faire en sorte d'aiguiser le goût télévisuel de chacun, sont un peu, comment dire ? Mes raisons d'être sur cette planète. Too much ? Bon.

Cependant, les jours où je suis un peu en pétard, parce que les gens, il faut le dire, si, oui, quand même, admettez-le, sont cons, eh bien ces jours-là, j'ai quand même envie de disqualifier tous les imbéciles de la planète d'une quelconque forme d'accès à des séries. Oui, même à NCIS ou Whitney, pas d'exception.
Des jours comme celui-là, par exemple :

MoronsToTheLeft
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. On ne leur interdirait pas la télévision. Ca va, on est civilisés, quand même ; et puis on vit dans une société de consommation et on a besoin que ces gens regardent la télé. Qu'ils nous la subventionnent, en somme : eux regardent les programmes débiles pleins de pubs ridicules, et comme ça, nous, on se paie une saison de plus de Go On, ou des épisodes de Mockingbird Lane, entre gens raffinés.
Mais à partir de maintenant, on leur interdit les séries. Point barre. Bon, il leur reste quand même toute la télé réalité et la scripted reality, c'est pas mal déjà, non ?! Ca en fait, des heures en perspective à se vider la cervelle comme des auto-Hannibal Lecter ! Et tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes...
Bon, les médisants pourraient dire que c'est déjà un peu ce qui se passe, avec le public des networks d'une part et le public des séries câblées de l'autre. Mais non, parce qu'il y a encore trop de séries accessibles aux vrais crétins sur les networks !

Donc, je voudrais qu'on aille plus loin, et qu'on interdise les fictions à ceux qui n'en saisissent pas le concept. En gros, quand un crétin défonce sa copine avec un 22 long rifle pour avoir dit "mais d'abord, je te ferais dire, c'est pas possible qu'un projet secret de l'armée puisse transformer la population en zombies", boom, privé de séries ; quand un catho intégriste s'exclame que "mais Ainsi Soient-Ils, c'est pas vraiment comme ça que ça se passe au Vatican !", paf, on lui supprime son autorisation de séries ; quand un mec sort un flingue et mitraille plusieurs dizaines de personnes dans un endroit public parce que soi-disant il voulait imiter une série... non, on fait un peu plus que lui interdire les séries. Mais on le fait quand même, hein !?

Je disais un peu plus tôt qu'on les interdirait même de NCIS ou de Whitney. Mais j'ai envie vous dire : en priorité, il faut leur interdire ces séries-là ! D'une part, c'est pas comme si spontanément, les plus imbéciles parmi la population se tournaient vers Boss ou Shinya Shokudou, non plus. Déjà.
Et puis, c'est vital d'interdire aux imbéciles de regarder des imbécilités, parce que dans les cas les plus extrêmes, la santé de chacun d'entre nous en dépend ; alors qu'une créature douée d'un minimum d'intelligence qui regarde NCIS ou Whitney, il n'y a qu'elle, son mauvais goût et le temps qu'elle perd que ça regarde. C'est dommage, mais personne n'en dépend, en somme. J'aimerais vous proposer une utopie où les gens intelligents ne regardent que des séries intelligentes mais d'une part je regarde Malibu Country, et d'autre part, les critères pour estimer l'intelligence d'une série varient trop d'une personne à l'autre pour que ce soit un idéal qu'on puisse seulement s'autoriser à imaginer, ne parlons même pas de le mettre en place. Et puis bon, on a tous droit à une petite pause de temps en temps, zut hein.

Mais je crois qu'on commencerait tous d'un bon pied si on décidait, là, ce soir, je sais pas, si vous avez dix minutes on peut peut-être voter une motion ou quelque chose, que désormais, les gens vraiment pas équipés intellectuellement, on les décharge de la pression d'avoir affaire à une série. C'est aussi pour leur simplifier la vie après tout, je veux dire, c'est la chose humaine à faire.

Alors après vous allez me dire : "mais alors, comment on détermine que quelqu'un est trop stupide pour avoir le droit de regarder des séries ?"... Oui bon alors, bon, oui, évidemment, si on entre dans les détails techniques, forcément ça se complique, aussi, hein, ah ça, je dis pas le contraire !
Mais on pourrait déterminer une grille de lecture simple, avec des petites cases à cocher. Je sais pas, du genre : "a tendance à ne pas comprendre la différence entre la réalité et la fiction", ça me semble une base sur laquelle on sera tous d'accord, non ? Je vous le concède, c'est un peu épineux dans le cas de toutes ces adolescentes qui ont un crush monstrueux sur un personnage fictif, mais on peut rajouter une question de sécurité, du style : "ce mélange entre la réalité et la fiction est-il juste en rapport avec quelques expériences masturbatoires au stade de la puberté ?", et si la case est cochée, on peut laisser une dérogation pendant une année supplémentaire, et après on refait un bilan, pour aviser.
Je suis sûre qu'on peut s'arranger.

Ce que je veux dire, c'est que pour que les téléphages ne soient pas associés à des crétins, il faut qu'on se prenne en main en tant que communauté d'être dotés d'un minimum de capacités de réflexion. Oh bon, oui, oui c'est un peu totalitaire sur les bords, bon, d'accord, mais admettez que si les gamers faisaient le tri parmi ceux qui ont le droit d'acheter des jeux video, et la minorité d'absolus abrutis qui n'est pas en mesure de composer sur le plan intellectuel avec un simple jeu de shoot'em up, les amateurs de jeux video auraient bien meilleure presse !

Il faut qu'on s'y prenne maintenant, tant qu'on peut à peu près contenir le truc ! Parce qu'une fois qu'absolument tout le monde consommera ses séries sans passer par la télévision, ce sera trop tard et totalement hors de contrôle !
Qui est avec moi ? Allez, chiche, on le fait ! Non je ne suis pas folle, lâchez-moi, où vous m'emmenez ?

Posté par ladyteruki à 22:05 - Point Unpleasant - Permalien [#]

11-07-12

Paradise n'est pas un anagramme de Tardis

Bunheads-Time
En un mois de diffusion, j'ai découvert le premier truc qui me fait enrager chez Bunheads.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce qui me court sur le haricot, ce n'est pas le sort réservé à Hubbell, ce n'est pas la présence d'adolescentes, ce ne sont pas les scènes de danse (des points soulevés par plusieurs critiques à propos de la série d'ABC Family) ; il ne s'agit pas non plus des régulières séquences pendant lesquelles Fanny se livre à de grandes tirades d'aggressivité passive, parfois un peu longuettes, ni de l'énergie que la série dépense à essayer de nous montrer tous ses personnages comme un peu toqués, généralement juste pour le plaisir de dire qu'ils sont toqués. Certains de ces ingrédients peuvent taper sur les nerfs à d'autres, moi, ils m'amusent, même quand j'ai bien conscience qu'il se répètent un peu souvent.
On est quand même là pour ça !
Quant à la disparition de Talia ou la présence très, très sporadique de certains seconds rôles, je m'en accommode, même si je l'ai regrettée sur le moment.
Alors, vu que tout semble aller bien dans le meilleur des mondes, quel est le problème ?

C'est son rapport au temps.
C'est idiot, hein, mais ça m'agace.

Si vous le voulez bien, récapitulons.

Mardi

Dans le pilote, Talia s'exclame, face à Michelle qui refuse d'aller boire avec elle : "Why ? It's Tuesday, we always get drunk on Tuesday". Charmant emploi du temps au passage.
On peut donc en conclure que la série commence un mardi soir. L'audition pour Chicago est donc le mercredi matin à 10h, le dîner avec Hubbell mercredi soir, le mariage dans la foulée quelque part pendant la nuit, et l'arrivée à Paradise au cours de la journée de jeudi. Fort bien. Jusque là tout va bien. Enfin, non, étant donné le cliffhanger, mais vous me comprenez.
En complément, Fanny rappelle que les Geoffray auditions auront lieu la semaine prochaine. Notez-le, c'est important.

Vendredi

L'épisode suivant reprend alors que Michelle et Fanny rentrent le soir-même, abattues, et que Michelle passe une nuit blanche à errer l'âme en peine. On obtient la confirmation que l'enchaînement est pour le moment cohérent, quand Michelle visite le surf bar : elle dit être arrivée la veille, ce à quoi Rico répond "Moved to a new town on a Thursday... ballsy !". On est donc toujours d'accord. Le spectacle de danse impromptu pour soutenir Fanny a donc lieu le vendredi soir. C'est là que le copain Jerry fait son annonce fracassante...

Samedi

Le troisième épisode reprend donc alors que Fanny et Michelle sont assises face à Jerry, abasourdies par la nouvelle ; Jerry propose de réexpliquer le lendemain parce qu'elles sont encore sous l'effet du choc de sa révélation, ce qu'elles refusent. Ledit lendemain, Michelle rencontre d'ailleurs la mère de Ginny qui lui rappelle avoir été là, la veille, pendant la fête organisée dans la salle de danse : "We met last night, but I'm sure it's a big blur for you". Nous sommes donc bel et bien samedi.

Problème

Et là, patatras. L'épisode commence, il est vrai, et pour la première fois, sans faire de lien avec le précédent. Il n'existe aucune preuve qu'on est donc dimanche. Fanny est en train d'organiser la fameuse audition pour les stages d'été, mais ça ne veut pas dire grand'chose. A la suite de quoi Boo explique que "the Geoffrey auditions are in ONE. WEEK." ce qui, si l'épisode se déroule dimanche, est encore plausible.
Mais quand vient le moment pour Michelle de se présenter aux deux patrons du magasin de bricolage, elle déclaire : "I'm new in town, I moved here about a month ago". What the...?! D'où ça fait un mois ?

Instinctivement, j'aurais envie de mettre ça sur le compte d'une erreur de réécriture : on repasse sur le scénario pour la dixième fois, on corrige une phrase (surtout dans les copieux monologues de Michelle, débités au rythme que l'on sait), et, par réflexe, on calcule : 4 épisodes = 4 semaines, allez hop ça fait un mois. Il est de notoriété publique que plus on relit quelque chose, moins on y repère les erreurs, après tout.

Il n'empêche. Même en ayant conscience que dans tous les scénarios, les erreurs de continuité et les fautes d'inattention peuvent se produire, même en trouvant une explication rationnelle à cette déclaration, la gaffe me reste en travers de la gorge.

Tout simplement parce que nous sommes formatés, depuis des années, pour adhérer pleinement au concept 1 épisode = 1 semaine.
Dans la chronologie des évènements d'une série, c'est devenu implicite, puis simplement naturel. Parfois, un personnage l'exprime clairement (ça s'est encore produit dans Suits la semaine dernière ; d'ailleurs, petite parenthèse surprise et ulcérée : c'est moi ou c'était le pire épisode de toute la série, sur le plan du jeu des acteurs ?!), mais ça semble alors lourd et superflu tant la notion est intégrée par le spectateur.
Elle reflète, après tout, son propre rythme de vie.

Il faut donc qu'un scénario se donne énormément de mal pour instaurer une chronologie différente.
Généralement, les séries n'essayent pas de le faire sur le long terme, d'ailleurs, et réservent ça à des épisodes constituant un arc, ou à des périodes spéciales, genre les sweeps ou les épisodes doubles (voire triples ?) de fin de saison. Histoire de perturber le spectateur seulement à dessein, et ensuite on revient à un rythme plus normal.
Certaines séries décident tout simplement d'ignorer la question et ne fournissent aucun marqueur de temps : c'est plus simple à l'écriture (ça évite justement les bévues comme celles qu'on vient de relever), et ça évite d'encombrer le spectateur avec des détails inutiles qui ne jouent aucun rôle dans le développement de l'histoire ou des personnages. Et puis, à l'ère du procedural roi, vous imaginez bien que c'est contreproductif d'insister pour encadrer la chronologie des épisodes alors qu'ils fonctionnent en circuit fermé la majeure partie du temps.
Bunheads, tout justement, avait pris énormément de peine pour toujours reprendre quelques minutes, au pire quelques heures, après la fin de l'épisode précédent. L'idée était de souligner les réactions des deux héroïnes, Michelle et Fanny, aux évènements extrêmes qui leur tombaient sur le coin du nez, quelque chose qu'on ne rend pas de la même façon avec une ellipse obligatoire d'une semaine entre deux épisodes.

C'était à vrai dire perturbant, en fait, comme choix. Pas la mise en images finale, mais le choix lui-même. On n'en a pas/plus l'habitude.
Une série qui fait ça imprime un rythme anti-naturel à sa chronologie, au spectateur. Ce dernier doit faire l'effort de se dire que, si dans sa vie, il s'est déroulé une semaine, ah, oui, c'est vrai, dans ce nouvel épisode, quelques heures seulement ont passé. Pour une série fantastique ou avec une mythologie lourde, je ne doute pas que l'adaptation soit facile ; pour une série telle que Bunheads, le choix est curieux (même s'il s'explique par la volonté de dépeindre la situation avec minutie plutôt que de s'en servir comme d'un prétexte). Clairement, le public-cible de Bunheads n'est pas là pour se prendre la tête sur des questions de calendrier.
Et en ce qui me concerne, j'avoue que les débuts d'épisodes de Bunheads, s'ils étaient très clairs sur la chronologie des évènements, et mettaient les choses au point rapidement, avaient tendance à me raidir un tout petit peu, plus par réflexe conditionné qu'autre chose.

Alors voir qu'après tous ces efforts, soudain, le scénario me lâchait brutalement que, vlan, allez, mange ça, un mois s'est écoulé, sur le coup, ça m'a vraiment énervée.

Le problème est, de surcroît, que ce quatrième épisode, outre le fait qu'il n'explicite pas la transition clairement avec le précédent, marque aussi un tournant dans la série, au sens où il devient moins question de Hubbell, que de la façon dont Michelle et Fanny s'organisent à présent. L'atmosphère est bien différente, et d'ailleurs ça se sent au changement qui se déroule du côté de Truly aussi. C'est ce qui rend cette histoire de "ça fait un mois" tellement agaçante : oui, il pourrait aussi s'agir d'un mois. Un mois s'écoule quelque part entre le début du 4e épisode et le passage où Michelle se présente au magasin de bricolage.
Sans l'histoire de l'audition, ça serait tout-à-fait plausible, en fait.

Alors que Bunheads propose aussi de très bons moments de rire et/ou d'émotion, que ses dialogues me font toujours pétiller les pupilles, ou qu'elle nous révèle la très juste Julia Goldani-Telles, on pourrait se dire que ce n'est pas ça qui va me bloquer, si tant est que quelque chose doive me bloquer ; ce seraient plutôt ses quelques petites fragilités passagères qui devraient en être l'objet, et encore, vraiment dans le pire des cas. Surtout que j'étais tellement enthousiaste au sujet de la série !
Mais là vraiment, depuis hier soir que j'ai regardé l'épisode, je suis, je sais pas... je me sens comme un parent du PTC qui vient de voir un épisode de Jersey Shore, ou quelque chose dans le genre. Furibarde, vraiment.

Ca va me passer, je pense. Le contraire serait idiot. Mais que voulez-vous, c'est ça quand on tient un showrunner en très haute opinion ; du coup, plus dure est la chute, et plus sévère est le jugement à la moindre bévue.
Rapport ou coïncidence, je n'ai pas encore touché à The Newsroom. Vous aurez fait le lien...

Posté par ladyteruki à 20:03 - Point Unpleasant - Permalien [#]

24-06-12

Not even trying

Ce sont les derniers jours pour que les membres de l'Academy of Television Arts & Sciences votent, afin de pouvoir déterminer les nominations aux Emmy Awards de cette année.
J'ai lu plusieurs articles, certains plus ouvertement narquois que d'autres (mon préféré reste celui sur Rob Lowe), sur le processus qui préside à ces votes : en gros, n'importe qui ou presque peut présenter sa candidature, pourvu de s'acquitter d'une somme ridicule permettant d'entrer dans la compétition (200 dollars plus les frais, pourrait-on dire).

C'est comme ça que les membres de l'Academy se retrouvent à voter parmi un petit millier de candidatures (qu'ils n'ont certainement pas vues dans leur immense majorité, évidemment) pour les acteurs, disons ; on parlait ce soir de la candidature d'Anjelica Huston pour son rôle dans Smash, par exemple, et la liste des prétendants à l'Emmy est vertigineuse.
A partir de là on peut discuter, se moquer et/ou hausser les épaules en décrétant que ce seront toujours les mêmes qui seront nommés, au choix.

Mais par curiosité, j'ai aussi glissé un oeil à une catégorie moins mise en avant, celle des génériques.

Et parmi les productions qui ont soumis leur candidature dans cette catégorie, il y a un nombre ahurissant de séries qui n'ont même pas de générique !

Je peux comprendre qu'on ne soit pas tout-à-fait objectif sur une performance d'acteur : l'acteur lui-même, ou son entourage, ou la production d'une série, tentent le coup même si l'acteur n'a rien fait d'incroyable, parce que ça coûte pas grand'chose et que, bon, on sait pas, sur un malentendu ou une petite gâterie, ça peut marcher.

Mais comment une série comme GCB ose-t-elle présenter ce "truc" qui dure CINQ SECONDES ?

GCB-generique

Tous les génériques soumis au vote n'ont pas forcément du génie, bien-sûr. On pense ce qu'on veut du générique d'Alphas, mettons : il n'est pas mauvais, il n'est juste pas inoubliable. Je comprends honnêtement que la production d'Alphas se soit dit "eh, on n'a pas un générique si mal que ça, tentons !", parce qu'ils ont vraiment essayé de produire un générique avec de la substance, ils ont cherché un thème musical, trouvé un moyen de mettre en scène leur sujet et leur cast... pourquoi pas ? Ils ont bossé sur leur générique, après tout.
Même chose pour New Girl, qui vraisemblablement a essayé de faire quelque chose qui introduise bien son univers et ses personnages, tout en tirant partie de sa star. Le générique de New Girl brûle peut-être la rétine, mais il a le mérite d'avoir une existence tangible.
Pareil, Suits, bon, clairement c'est pas le même genre de générique que Homeland, mais ça se tient, quand même, de candidater quand on a trouvé le moyen de faire un générique qui a de la gueule, et qui a un petit quelque chose d'emblématique et de difficile à oublier. Sans être du grand art comme le générique de Game of Thrones l'an passé, qui forcément place la barre assez haut (comme beaucoup de gagnants précédents dans cette catégorie, d'ailleurs), Suits n'a pas à rougir de son générique.

Mais GCB ? Je sais que la rubrique s'appelle "main title" et qu'il suffit théoriquement que le nom de la série apparaisse, mais quand on n'a même pas eu le courage d'insérer le nom du créateur, sans même parler du cast, dans ce "générique", on est quand même un peu mal placé pour espérer un Emmy, non ?
Ou The Secret Circle ? Ou Smash ? Ou Once Upon a Time, tiens ?
C'est un peu comme si dans les catégories des performances d'acteurs, les gens étaient juste apparus en photo lors d'un épisode au lieu de, vous savez, fournir une performance ! Bon alors je sais, Ellen Burstyn a failli réussir à obtenir un Emmy pour un rôle de 14 secondes ; pour la soumettre au vote, il fallait déjà faire preuve d'un certain culot. Mais c'est quand même 9 secondes de plus que le générique de GCB...
Je sais pas mais, tant qu'à vouloir être nommé dans une catégorie, encore faut-il avoir quelque chose à y présenter ! Même Lab Rats a plus de raisons de postuler que ces séries !

Dans ce genre de situations, j'ai envie de dire aux responsables de GCB : un peu d'humilité ! Des séries avec des génériques décents n'ont pas postulé (il était bien celui de Death Valley, en comparaison !) ; des séries qui partent avec un avantage critique et un meilleur buzz n'ont pas postulé (sinon moi je vote pour le générique de The Good Wife, tant qu'on y est !). Suburgatory avait un générique de 10 secondes, il est potable mais la production n'a pas osé le soumettre, c'est plutôt classe position comme comportement.

Evidemment, à côté de Homeland, Luck, American Horror Story, Boss ou Magic City, il va falloir se lever tôt pour que GCB soit nommée dans cette catégorie le mois prochain. On est relativement tranquilles, de la même façon que Rob Lowe ne devrait pas non plus être nommé non plus pour son incroyable performance dans un téléfilm de Lifetime...
Mais quand même, vous êtes d'accord avec moi, c'est honteux non ?

Posté par ladyteruki à 23:40 - Point Unpleasant - Permalien [#]

08-05-12

The London Complex

Ca faisait longtemps que je n'avais pas râlé, et étonnamment aujourd'hui, je vais me faire l'avocate de la fiction française (sort of). Faut croire que depuis que j'ai vu Hénaut Président, le changement c'est résolument maintenant, héhé.

C'est dans un article sur le final de la première saison de Homeland (diffusé avant-hier soir devant environ 4 millions de spectateurs) que je me suis trouvée confrontée à un paragraphe d'une rare violence :
"For British television, the brief relief at not being found wanting in comparison with Scandinavian shows (The Killing, Borgen, The Bridge) will be tempered by another round of cringing contrasts with America. And, while the alleged inferiority of British TV drama can be exaggerated – shows such as Sherlock, Life on Mars and Downton Abbey are envied in the US - the viewer and reviewer reception of Homeland here does raise issues that commissioners in this country need to consider."

Je ne suis pas experte en "fiction française", loooin de là, et je n'ai à vrai dire jamais caché mon aversion (et mes tentatives souvent infructueuses pour en sortir) envers nombre des séries nées sur notre sol. Mais je n'ignore pas que les débats font rage depuis de nombreuses années pour essayer de tirer celle-ci vers le haut. On prend les British en exemple (c'est souvent eux), et on se répète que la BBC fait ci, la BBC fait ça, et pourquoi France Télévisions n'en fait pas autant ? Il suffit de voir les nombreuses réactions suscitées par cette interview (qui figure parmi les plus retweetées de ma revue de presse téléphagique de ces derniers mois, difficile de ne pas y voir un signe) pour comprendre que nous aussi, nous nous comparons énormément à nos voisins pour mieux nous déprécier, parfois à l'excès.

Je ne suis pas experte en "fiction britannique" non plus, même si j'y travaille bien plus que pour les séries issues de mon propre sol. Mais force est de reconnaître qu'il y a énormément de bonnes fictions qui nous viennent d'outre-Manche, et que cet exemple pour sortir la "fiction française" de sa "crise" est bien plus réaliste que celui, longtemps employé et encore bien trop désigné comme modèle, de l'industrie télévisuelle américaine, totalement démesuré et hors de propos.
Mais dans le paragraphe ci-dessus, je me suis pris comme un coup dans les dents. Les Britanniques complexent quand même énormément sur l'état de leur fiction par rapport aux séries américaines (et, récemment, scandinaves) ! Rien que la petite liste proposée de séries ne pouvant être taxées d'inférieure ne semble justifier la qualité des fictions citées que par leur validation par les Américains ! On ne s'en sort pas.

Donc ils complexent sur leur fiction ; pendant ce temps, nous on complexe sur la nôtre... Et on n'en finit pas se dévaloriser les uns par rapport aux autres, quel chaîne de négativité, c'est incroyable.

LesPetitesBetesneMangentpaslesGrosses

Le comble de l'ironie, c'est quand même que l'auteur de cet article est parti d'un constat sur Homeland... une série qui est l'adaptation d'une fiction israélienne, Hatufim. Comme quoi les séries américaines ne sont visiblement pas le Saint-Graal... Je veux dire, à quel moment on arrête de se comparer aux petits copains et d'essayer de leur ressembler ? C'est visiblement un cercle vicieux.

OK alors, bon, vous savez quoi ? Et si on arrêtait de tous se flageller !
La télévision de la planète est riche en possibilités, certes, et avoir accès à sa diversité est un plaisir pour quiconque apprécie la bonne fiction. Je suis la première à le dire. Mais ça n'avance pas beaucoup le Schmilblick de passer son temps à prendre le meilleur de la télévision du voisin (bizarrement, jamais le pire) et de se dire qu'on est incapable de faire aussi bien.
C'est la leçon que, moi petite Frenchie, je tire du paragraphe cité ci-dessus : si les Anglais ont un complexe d'infériorité, alors toutes ces histoires de comparaisons n'ont aucun sens.

Pardon de réagir en tant que spectatrice française qui a beaucoup de mal avec la télévision française, mais cette ambiance constante de haine de soi n'aide vraiment pas à aborder la "fiction française" avec le sourire. Si on commençait par sortir du misérabilisme, pour commencer ?

On peut en finir avec les conversations de vestiaire et ranger le double-décimètre ? Apprécions ce que nous avons à sa juste valeur, au lieu de constamment rabaisser nos productions au prétexte qu'elles ne sont pas aussi bonnes que celles du voisin (quel qu'il soit). A force de débattre de la qualité de notre fiction, j'ai l'impression qu'on a fini par créer une sorte d'écoeurement de principe. C'est déjà pas facile de lutter contre les a priori qui se construisent à force d'expériences malheureuses, si en plus on baigne dans une morosité permanente parce que le voisin fait mieux, on ne va jamais y arriver.

Je dis souvent que ma prochaine grande aventure téléphagique sera celle de la fiction française. Faudrait juste qu'elle se libère de ce débat permanent sur son état, pour devenir un plaisir à nouveau.
Pardon pour le coup de gueule, mais je trouve qu'on n'est pas aidés.

Posté par ladyteruki à 17:16 - Point Unpleasant - Permalien [#]

01-05-12

Qu'est-ce qui fait si peur à HBO ?

Dans mon lycée, comme dans le vôtre je présume, et comme dans absolument tous les lycées de fiction, il y avait les gens cool et les gens pas cool. Les gens cool portaient ça sur eux avec une nonchalance agaçante, l'air de n'avoir même jamais essayé d'être cool, tandis qu'on reconnaissait les gens pas cool au fait qu'ils essayaient désespérément de paraître cool. Sauf qu'ils n'étaient pas cool justement parce qu'on pouvait sentir sur eux la peur de ne pas être cool.
Quand j'étais au collège à la toute fin des années 90, on utilisait énormément le mot "cool", que voulez-vous.

Incidemment, à la toute fin des années 90, HBO était l'un des élèves cool du lycée très prisé qu'était la télévision américaine. Et si vous demandez aujourd'hui à la plupart des téléphages de vous citer une chaîne câblée américaine de cette époque, il y a de fortes chances pour que ce soit le nom de l'élève HBO qui revienne le plus souvent. Plus cool que HBO ? Il n'y avait pas, et une large littérature à ce sujet vous attend dans quasiment chaque publication, papier ou numérique, traitant des séries américaines, pour attester que HBO a révolutionné ci, ça, et deux-trois autres choses, tout cela assorti d'une litanie de faits d'armes brillants, inoubliables et incontournables, et gare à vous si vous n'avez pas vu Six Feet Under, Les Soprano et The Wire qui ont changé la face de la télévision, faisant de HBO la chaîne la plus cool de l'univers et au-delà.

Le problème c'est qu'aujourd'hui, HBO m'a l'air d'une chaîne pas cool du tout. En tous cas elle a cette odeur de peur sur elle.

HBOFear

Depuis quelques années, la chaîne câblée donne l'impression de courir après quelque chose.
Alors que, bien qu'il semble difficile de nier qu'elle a ouvert la voie à sa propre concurrence, et inspiré d'autres chaînes câblées à essayer d'innover aussi en termes de séries, elle n'a pas à rougir de son succès actuel. HBO à la fin des années 90/début des années 2000, et HBO aujourd'hui, ne sont pas deux chaînes à la gloire radicalement différentes, comme on pourrait le dire de NBC au même moment. HBO fonctionne encore très bien, commande des séries qui lui amènent succès critique, succès public, et encore quelques statuettes chaque année.
Pourquoi j'ai le sentiment que HBO est en train de se comporter en élève pas cool du tout ? Parce qu'elle se donne tellement de mal, et fait preuve de tellement d'empressement, qu'au final ça a l'air louche.

Il y a deux ans déjà, HBO avait lentement commencé à modifier sa politique de commandes : l'argument d'autorité était devenu la règle. Tout le monde a envie d'attirer des gens qui aient une notoriété attirante, évidemment, mais dans les limites du raisonnable, et en laissant toujours une part d'opportunité à des relatifs inconnus de trouver l'innovation qui manquait. HBO, au contraire, avait commencé à commander des gens et plus vraiment des projets.
Scorcese pouvait débarquer avec à peu près n'importe quelle idée, HBO aurait dit banco, non ? C'est un peu l'impression qui ressort des énumérations constantes de noms supposés en jeter méchamment, et attirer le chaland. Je n'arrive plus à lire une news sur HBO qui ne commence pas par afficher clairement que la chaîne a su attirer telle personne dont la carrière épatante est auréolée de gloire, fortune et réussites au box office. Ou les charts. Ou les deux, dans le cas de la série en préparation par Scorcese et Jagger.

Mais récemment, ce phénomène s'est accompagné d'un autre : désormais dés qu'une série a un tantinet de succès, pouf, elle est renouvelée après seulement une ou deux semaines de diffusion. HBO n'est pas la seule à le faire : Showtime a donné là-dedans assez rapidement avec plusieurs de ses dramédies il y a quelques années (Nurse Jackie, notamment, le lendemain de la diffusion du pilote) ; mais Showtime était justement en train de se bâtir sa réputation, et avait des choses à prouver. C'est encore plus éloquent quand c'est Starz qui renouvelle Boss avant même sa diffusion, c'est parce que Starz, une chaîne qui fait les audiences qu'elle fait avec ses succès, mais qui n'a pas encore acquis le statut de cool, et qui court après, elle en a besoin.
Pas HBO. Pourtant la voilà en train de suer sang et eau pour banquer immédiatement sur le moindre petit succès comme si elle en avait cruellement besoin.

Et c'est comme ça qu'on en arrive à des décisions magnifiques comme celle de renouveler Luck avant de s'apercevoir que la série est une mine d'emmerdes et de devoir l'annuler ensuite quand le crottin de cheval atteint le ventilateur.

Renouveler Veep après seulement deux épisodes diffusés ? Girls après seulement trois ? A part la peur, qu'est-ce qui peut bien motiver pareil empressement ? C'est vraiment l'effet que ça me fait.

OK, HBO, respire un bon coup. D'accord, ya plus d'élèves cool maintenant que quand tu as commencé à avoir la côte au lycée. Mais c'est pas une raison pour paniquer. T'es toujours cool, t'en fais pas ! Et même si AMC a tendance à monopoliser un peu les Emmys en ce moment, tout va bien : t'as toujours de bonnes séries, les DVD de Game of Thrones se vendent comme des petits pains et tous les sites et blogs féministes font le buzz de Girls à ta place ! Essaye un peu moins d'en faire des tonnes, tu te débrouilles très bien.
Parce que, vraiment, ça commence à vraiment sembler louche, ces gesticulations.

Posté par ladyteruki à 18:01 - Point Unpleasant - Permalien [#]

09-04-12

Drôle de malédiction

Il a été porté à mon attention par Scalatiine et whisperintherain que TFHein préparait un remake de Ma Sorcière Bien-Aimée il y a quelques jours. Le projet aurait ensuite été mis aux ordures, ce qu'on ne peut que saluer. Mais pendant quelques minutes, alors que je lisais, ébahie, la news à ce sujet qu'on m'avait fournie sur Twitter, j'ai pensé : "les Français ne sont donc pas à l'abri".
A l'abri de quoi ?

Combien de fois je vous ai parlé de remakes ridicules de sitcoms américains ?
De mémoire, voyons... il y a eu la version espagnole de Cheers (subtilement appelée Cheers, ce qui sentait déjà mauvais dés le départ), la version espagnole des Craquantes, intitulée Las Chicas de Oro, qui n'a pas connu un sort plus enviable... mais les Espagnols ne sont pas les seuls en faute, puisque j'ai déjà pu évoquer avec vous l'horreur que représentait Maia Preskrasnaia Niania, la version russe d'Une Nounou d'Enfer. D'ailleurs, fun fact : quand je m'ennuie, je cherche à collecter le pilote de toutes les versions internationales d'Une Nounou d'Enfer. Je suis masochiste comme ça. Et du coup je peux aussi vous parler de la version polonaise, Niania, que du bonheur. Oh, il me semble qu'on a aussi évoqué Kak ia Vstretil Vashu Mamu, l'adaptation russe de How I met your mother. Je vous dis ça pour que vous fassiez bon usage des tags mails il y en a plein d'autres qu'on n'a pas encore mentionné dans les parages, et j'en suis la première surprise.
Voyons voir, il y a aussi l'Allemagne avec Das iTeam, l'adaptation de The IT Crowd, quoique presque sans apporter le déshonneur sur la version originale (le vrai problème, ce sont les acteurs), ou les Pays-Bas, qui ont adapté Tout le monde aime Raymond avec Iedereen Is Gek Op Jack (j'arrive pas à croire que je vous ai jamais montré ne serait-ce que le générique de ces trucs-là ?)... on ne va pas tous les citer, mais en tous cas ça prouve que c'est une épidémie mondiale (excusez-moi, j'ai lu World War Z ce weekend, je suis un peu traumatisée).

Mais soyons honnêtes, en France, on n'avait pas l'air d'être touchés par ce phénomène. Les remakes sont relativement rares dans l'ensemble, par chez nous, on peut s'en féliciter. Evidemment il y a le cas des adaptations plus ou moins officieuses (L'Hôpital ?) et les cas de franchise (Paris Enquêtes Criminelles), mais en tous cas, les sitcoms américains zombifiés, on évite quand même plutôt bien.
Et quand on fait quelque chose de bien en France, il faut le dire, même si ça m'écorche un peu la bouche (mais je me soigne, promis).

OkusamawaMajou

Même si ensuite j'ai eu l'immense soulagement d'apprendre que le projet avait été abandonné par TFHein peu de temps après que la news ait fait surface sur le projet, j'ai tout de même eu le temps de penser aux deux adaptations internationales de Ma Sorcière Bien-Aimée que je connaissais : Okusama wa Majou, la Japonaise, et Maia Liubimaia Vedma, la Russe.
Et ya pas de quoi se vanter, je vous assure. Les deux avaient choisi de se dérouler dans le présent, ce qui était déjà une énorme erreur : dans ces cas-là, il vaut mieux jouer à fond la carte de la nostalgie, ça permet d'avoir l'air moins ridicule. Et puis surtout, cela ressemblait à des parodies de sitcom des années 90, ce qui est embêtant car aucune des deux n'a plus de 10 ans. Je fais encore des cauchemars avec la version russe (je fais des cauchemars avec beaucoup de versions russes de sitcoms américains, en réalité) et de ces rires enregistrés, oh, ces rires... ils me réveillent en pleine nuit, le front en sueur, les yeux exorbités, le souffle court.

Depuis lors, une version récente, de quelque pays que ce soit, d'un sitcom américain tel que Ma Sorcière Bien-Aimée, je ne le souhaite à personne, pas même à Whitney Cummings. Mais si vraiment vous êtes curieux et téméraires, ne serait-ce que pour assister au jeu des acteurs ou goûter la qualité de la réalisation, je ne peux pas vous empêcher d'aller vérifier par vous-même.

Tous les remakes ne sont pas mauvais, pas forcément.
Mais non, mais non voyons. Par principe, on a tendance, moi y compris je l'admets, à refuser l'idée-même de remake, mais tous ne sont pas à jeter. Faites-moi penser à vous parler d'Umutsuz Ev Kadinlari, la version turque de Desperate Housewives, par exemple. Ca se défend... sous un certain angle. Enfin, je ne raffole pas de la version d'origine ; c'est sûr, ça n'aide pas, mais bon, ça va encore. En fait les dramas et les dramédies se défendent en général plutôt bien. Les versions telenovela de certaines séries ABC (qui en ont fait une spécialité) comme A Corazón Abierto ou les Amas de Casa Desesperadas ne sont peut-être pas votre tasse de thé, disons, mais au moins elles restent dans la limite de ce qu'on attend d'elles au niveau de la forme, a minima.
Et c'est important de le dire. De dire qu'à défaut de faire preuve d'originalité, la qualité de la production de l'adaptation reste, disons, équivalente à une sorte de médiane, entre la qualité de la série d'origine, et la qualité moyenne du format d'arrivée choisi tel que présent dans le pays où la série a été adaptée.

Mais tout en disant cela, il faut reconnaitre que les sitcoms en sont proprement incapables, et ce, quel que soit le pays d'arrivée. C'est pour ainsi dire systématique. Je n'ai pas UN exemple du contraire à évoquer, rien ne me vient à l'esprit, alors que j'ai téléphagiquement plutôt bien roulé ma bosse ces dernières années. Aucun remake de sitcom américain n'est JAMAIS réussi de par le monde. C'est une constante. L'une des choses dont on peut être sûrs de par le monde.
Dans le cas de la Russie, qui a un retard incroyable en matière de production télévisuelle locale (on a déjà pu l'évoquer) et dont le remake est constitutif du mode de fonctionnement, ce n'est pas étonnant. Mais prenez par exemple les Espagnols. Avec l'ampleur de leur production nationale, les bons titres que le pays est capable de proposer... comment peut-on encore en arriver à commander du Cheers ? Et à ensuite échouer lamentablement à réaliser un produit potable ?

Au regard de ce que nous apprend l'histoire télévisuelle de tous ces pays, et hélas, l'expérience, qu'est-ce qui rend l'exercice si compliqué et pourtant si populaire ? A moins que ce ne soit l'inverse. Parce que le plus fou, c'est qu'ils continuent d'être produits, ces remakes de sticoms américains, année après année, car il y a vraisemblablement quelque chose d'universel dans les sitcoms américains qui attire les producteurs locaux.

On a échappé à celui-là. Mais visiblement on n'est pas à l'abri en France non plus. Alors, faut-il se préparer à l'arrivée d'un remake de sitcom américain en France ? Faut-il commencer dés maintenant à stocker des vivres et de l'eau ? Je panique un peu, pardon. Mais moi, j'ai entendu les rires enregistrés des remakes russes. JE SAIS.

Posté par ladyteruki à 22:51 - Point Unpleasant - Permalien [#]