ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

17-12-11

[#Ozmarathon] 1x05, addicted to you

On a presque passé 24h sans parler de notre Ozmarathon, ce qui est sûrement un record vu la voracité avec laquelle nous allons passer le weekend... Et ça tombe bien de réattaquer avec ce 5e épisode, parce que la série est certainement ici au mieux de sa forme.

Ozmarathon-1x05

La drogue. Sujet important dans la série s'il en est, mais l'épisode ne va pas se limiter à ce problème, puisqu'il sera question de l'addiction sous un maximum de ses formes, certaines plus insidieuses que d'autres. Certaines nous concernant plus directement que d'autres. Et vous le savez, sur ce blog, l'addiction a toujours eu une place de choix, comme le prouve l'importance de Rude Awakening dans ces colonnes, notamment.

Preuve de l'évolution de Beecher dans l'épisode précédent, ce n'est pas lui qui va ouvrir l'épisode. Il va au contraire le clore, alors qu'il paye le prix de ses tentatives d'indépendance vis-à-vis de Schillinger, qui n'allait pas laisser pareils embryons d'affront passer. La connivence avec O'Reily est également plus présente, même si elle se borne à partager de la drogue avec lui, mais c'est déjà pas mal. Mais surtout, c'est sa relation avec Sister Pete qui prend de l'ampleur, et ça me fait plaisir parce que j'ai de bons souvenirs de leurs échanges, et l'attention qu'elle lui porte est touchante. Elle ne l'a jamais dorlotté jusqu'à présent, elle n'a jamais fait preuve de favoritisme, mais elle sait qu'il n'est pas comme les autres et elle ne veut pas qu'il dérape. Ses tentatives sont ce qu'elles sont : du raccommodage. Sister Peter Marie ne résout pas le coeur des problèmes de notre blondinet avocat, mais elle a le mérite de le traiter encore en humain, et il n'y a plus grand'monde à Oswald pour lui offrir autant. C'est vraiment quelque chose que j'apprécie de voir, quand le personnel se lie aux prisonniers.

Et puis, il y a le personnel qui se lie au personnel... On a vu dans l'épisode précédent une scène assez déplaisante de sexe sans âme entre McManus et Wittlesey, visiblement celui-ci s'est déjà attaché, vu qu'il fait des déclarations d'amour à la surveillante. Problème : celle-ci a des préoccupations bien plus terre à terre, et surtout, quand le pot aux roses est découvert par les autres employés de la prison (et en premier lieu cette enflure de Healy qui s'est jusque là fait remarquer par son absence de scrupules), elle rompt avec lui.
C'est l'occasion d'explorer l'addiction de McManus : il est accro au pouvoir qu'il pense avoir dans sa prison (pas de chance, il va s'apercevoir que Glynn lui a fait un bébé dans le dos), il est accro à l'attention que lui portent les femmes (on le voit à la rapidité avec laquelle il s'est impliqué dans sa relation avec le Dr Nathan et maintenant à la façon dont il veut déjà rencontrer la fille de Wittlesey), et il est accro, on le verra en toute fin d'épisode, à la marijuana... en dernier recours. Une douce ironie qui vient souligner l'absurdité du combat contre la drogue qu'il mène à l'intérieur des murs d'Em City, mais qui est aussi la triste conclusion à son impuissance dans les autres domaines de sa vie.

Du côté des autres séquelles de l'épisode précédent, on a une intrigue un peu décevante, qui vient expliquer l'évanouissement de Kareem Saïd. Apparemment il fait de l'hypertension, le pauvre petit... Quand on compare à d'autres cas médicaux passés (ou futurs) de la série, ça fait un peu ricaner. Je ne le prends probablement pas assez au sérieux mais il semblait assez anodin qu'il décide de ne pas prendre de médicaments et se paye du coup ce qui a l'air d'être une mauvaise migraine. Son échange avec Rebadow (l'un de mes personnages favoris, d'ailleurs) était intéressant, en cela que sa perfection s'effritait, et que sa réaction à la mort de Keane était joliment étudiée, mieux que dans l'épisode de l'exécution lui-même d'ailleurs. Mais globalement, qu'il refuse de prendre les médicaments qui n'ont pas l'air d'avoir beaucoup d'avantages vu le peu de gravité apparent de sa maladie, ça n'était pas très impactant pour le spectateur ; la tentative reste toutefois louable pour nous rappeler que les médicaments peuvent aussi être des drogues (le vocabulaire anglais favorisant ce rapprochement). Mais en tous cas, je m'attendais à quelque chose de plus frappant que cette hypertension. Il y avait donc une raison pour laquelle je ne me souvenais pas de cette intrigue : elle est vraisemblablement mineure dans tous les sens du terme.

Les magouilles au coeur d'Em City continuent de plus belle. Schibetta, affaibli par McManus qui a transféré tous les Italiens du bloc, se tourne vers les Blacks pour avoir de l'aide sur le trafic de drogue. La conséquence directe est qu'une nouvelle tête va tomber à la tête des Blacks, faisant de la place, enfin, pour Adebisi. La noirceur (pun not intended) de ce personnage m'a toujours fascinée et j'apprécie de voir monter, lentement mais sûrement, cette brute dans l'échelle sociale d'Em City. Son pacte avec Schibetta était à la fois drôle et intéressant, et prenait encore plus de valeur sous l'oeil attentif de cette belette d'O'Reily.
Ce dernier a d'ailleurs droit à de courtes, mais excellentes scènes, que ce soit lorsqu'il tente de prendre part aux combines de Schibetta, ou quand il finit par planter Healy. Comme d'habitude, cette raclure a réussi son coup sur tous les tableaux, et j'ai eu du mal à me retenir d'applaudir la façon qu'il a eue de satisfaire aux exigences de tout le monde autour de lui. Si je me trouvais en prison, je voudrais Ryan dans mon camps. Pour finir, c'était une courte mais superbe performance que nous offrait Dean Winters quand O'Reily est envoyé au trou (un petit prix à payer pour avoir réussi tout le reste).

Parmi les axes secondaires, on continue de suivre le puppy Alvarez, qui, partageant sa cellule avec Groves, va découvrir que son compagnon d'infortune a plus de ressource qu'il ne le pensait ; sur une note plus sérieuse, au final, le bad trip d'Alvarez est aussi déchirant que le sont la plupart de ses intrigues à ce jour.
Les trois personnages introduits dans l'épisode sont assez peu intéressants au présent, mais j'ai aimé leur reconstitution. Ce sont, il faut le dire, souvent de bonnes scènes, que la série réussit presque toujours, mais la première, l'incendie criminel, était savoureuse de par sa bonhommie insouciante, et la seconde était réussie, de par son ambiance évidemment rétro (elle se déroule en 45). La troisième, celle de Ross, était moins intéressante aussi bien par la forme que le fond, mais en échange le personnage fait partie des axes qui exigent probablement du temps pour prendre de l'intérêt. Prendre Wittlesey au piège de l'un des trafics internes de la prison (les cigarettes, puisque ce con de Devlin a interdit même ça) est sans aucun doute une bombe à retardement qui ne nécessitait pas d'être plus explorée dés l'introduction de l'intrigue, et le protagoniste servant de déclencheur probablement non plus.

Parmi les répliques marquantes d'Oz sur l'addiction, il y en a une autre qui m'avait marquée que les (excellentes) réflexions sur la drogue que tient Hill dans cet épisode. Globalement, repenser à cette réplique (sur le fait que l'addiction de Hill, maintenant, c'était de rester clean) ou retrouver des éléments aussi géniaux de la série (la politique interne, le mitard, qui toujours l'occasion d'excellentes scènes, comme ce sera le cas plus tard avec Alvarez) m'a plongé dans une certaine forme de nostalgie qui ravive l'intérêt que j'éprouve envers la série, étrangement. Vivement la suite ! Je crois que je suis accro...

Posté par ladyteruki à 23:50 - Plus on est de fous - Permalien [#]

16-12-11

[#Ozmarathon] 1x04, en attendant la mort

Le marathon se poursuit mais, contrairement à l'épisode visionné pendant la nuit dernière, on ne peut pas dire qu'on se marre...

Oz nous entraine cette fois dans une sorte de mélange de deux des thèmes précédemment évoqués : la religion et la mort. Bien-sûr il ne s'agit pas, dés le 4e épisode, de se lancer dans une redite, mais plus d'aborder ces deux sujets sous l'angle évidemment particulier de la peine de mort. Des fois que vous doutiez encore qu'Oz soit un manifeste politique...

Ozmarathon-1x04

Le problème c'est que, pour la première fois depuis le début de ce marathon, je ne ressors pas de l'épisode avec une impression positive, au sens où l'épisode ne m'a pas paru aussi fort qu'il aurait dû l'être.

D'une façon ou d'une autre, on n'a pas le droit de parler de peine de mort sans remuer tripes et boyaux du spectateurs. On a le droit d'être pour (mais qui oserait ?), on a le droit d'être contre, on a le droit de vouloir montrer des points de vue différents, on a le droit de jouer sur les émotions, on a le droit de se baser sur un discours intellectuel ; à mon sens les meilleurs épisodes sur le sujet parviennent à faire tout cela en même temps (je vais donc citer à nouveau L'Esprit de l'Amérique de The Practice, qui en est l'exemple le plus réussi). Ce qu'on n'a pas le droit de faire, c'est rater son coup. Ca a tendance à me mettre très en colère.
Jefferson Keane est donc condamné à mort, sans surprise vu que cette enflure de Devlin ne vit que pour sa politique démagogique et son temps de parole dans les médias, et qu'il a rétabli la peine de mort dans l'épisode précédent. Le problème qui se pose, c'est qu'à peu près tous les "proches" de Keane en prison sont travaillés par cette perspective... mais pas lui. Ainsi, le père Mukada (qui gagne ainsi un tout petit peu en épaisseur), Sister Pete, Kareem Saïd, Tobias Beecher, mais aussi dans une moindre mesure Tim McManus et Leo Glynn, vont tenter de vivre ce bouleversement du mieux possible. On ne peut pas dire qu'ils gèrent tous très bien l'évènement.

Comme c'est désormais la tradition, le premier tiers de l'épisode tourne autour de Beecher, qui commence à un peu moins subir la prison, et se retrouve une vocation d'avocat ; il n'est peut-être plus membre du Barreau mais son sens de la Justice renait de ses cendres, et il essaye désespérément de sauver Keane, osant défier Schillinger (même brièvement, c'est quand même une victoire) et prenant de la distance avec O'Reily. La tentative échouera mais force est de constater que Beecher évolue de façon splendide.
Du côté des religieux, la scène qu'on attendait tous, enfin moi en tous cas, c'était celle qui nous permettrait de voir les nuances entre le père Mukada et Sister Peter Marie ; on devinait qu'ils auraient des différences de point de vue, ça fait du bien de les explorer. Sister Pete veut protester contre la peine de mort, et démissionne/se fait virer ; Ray Mukada est quant à lui plus docile et décide d'accompagner les prisonniers au bout de leur voyage, quoi qu'il lui en coûte. Il devra faire face à un autre décès pendant l'épisode, celui du petit garçon d'Alvarez, dans une scène légèrement over the top mais tout de même très émouvante. Kareem Saïd, s'il accompagne Keane, est rapidement mis hors-jeu par une sorte d'attaque cérébrale sur laquelle on attend d'avoir plus d'informations pour savoir que faire de cet évènement ; il reste relativement en retrait pendant l'épisode, et contrairement à ses habitudes, ne tente pas d'interférer, se limitant à un rôle strictement religieux. Cela fait un joli écho à la mission similaire que s'est fixée Mukada.

La réaction la plus surprenante vient probablement de notre crevette McManus. En quatre épisodes à peine, il s'est quand même envoyé déjà deux autres employées de la prison ! La séquence pendant laquelle il se tape la surveillante Wittlesey fait partie de celles qui renvoient au mélange sexe/mort de l'épisode 2 le plus explicitement. Il n'y a aucune sensualité dans leur copulation, et la rapidité avec laquelle ces deux-là décident de s'envoyer en l'air montre bien qu'il s'agit plus d'un réflexe désespéré, vu le contexte, que d'un véritable désir sexuel.

Dans tout ça, on peine à trouver de l'intérêt à l'intrigue Keane elle-même qui finit de façon assez fade... pour passer aussi sec à une autre intrigue de peine de mort. Et c'est de là que vient ma déception vis-à-vis de l'épisode. Personnellement j'avais totalement oublié Richard L'Italien et sa petite tactique perverse pour tenter de gagner du temps. Probablement parce que la première fois, j'avais dû tout autant n'en avoir rien à battre. Rarement Oz aura introduit un personnage "redshirt" avec aussi peu de panache. La série connaitra beaucoup de personnages de passage, mais je ne me souviens pas que l'un d'entre eux ait fait l'objet d'aussi peu de soin dans la pénible introduction comme au moment de l'élimination. Richard manque cruellement de perversion, qui aurait été une excellente façon d'explorer les réactions de Mukada ; on sent que celui-ci vit une sorte de culpabilité de ne pas se sentir totalement triste pour l'étouffeur en série, mais Richard est, à la vérité, un gros con. Personne ne se sentirait coupable à cause de lui ; alors que s'il avait été plus ambivalent, un peu plus malade peut-être, on aurait mieux compris l'ambivalence de Mukada lui-même vis-à-vis de la perspective de la peine de mort. L'exécution de L'Italien apparait en plus comme assez vaine, la scène manque de force, on n'est ni désolé ni satisfait, en somme, émotionnellement, on n'a pas vraiment réagi. Peut-être que j'ai loupé l'intérêt de ce passage, pour moi il était déterminant pour montrer que Mukada voulait aider les condamnés et avoir pitié d'eux, quitte à s'apercevoir parfois que tous ne le méritaient pas, mais peut-être que ce n'était pas vraiment ça le propos, auquel cas je ne sais pas de quoi il s'est agi.
Quant au discours final de Hill, il était sans doute joli sur le papier, mais il a fini par apparaitre comme exagérément moralisateur et sirupeux à la fin de l'épisode. La citation aurait certainement dû intervenir beaucoup plus tôt dans l'épisode pour atteindre sa puissance maximale, mais c'était néanmoins une bonne trouvaille, simplement pas aussi bien employée qu'elle n'aurait pu l'être.

Un petit mot sur le directeur Glynn, pour finir. C'est un personnage actuellement très en retrait, ce qui est une force quand on y pense. Il a finalement assez peu de scènes, mais je trouve assez remarquable sa détermination à essayer d'être, sinon juste, au moins neutre (même si pendant la conférence de presse de Devlin, il a un peu de mal à conserver son tempérament suisse). C'est un personnage assez subtil et ça me plait énormément dans une série où la plupart des personnages sont quand même assez transparents quant à leurs motivations.

Je suis probablement un peu dûre vis-à-vis de ce quatrième épisode. Je ne lui au pourtant pas trouvé que des défauts, et j'ai notamment aimé la scène pendant laquelle ce rat de Ryan O'Riley parvient à piéger le second de Schibetta tout en allant prendre sa place d'un air docile. Quelle enflure. Je l'adore. De la même façon, Beecher se rapprochant encore un peu de Rebadow, et faisant équipe avec lui pour découvrir la vérité sur le meurtre de Martinez, avec la complicité de ce tordu de Groves, c'était à la fois drôle, touchant et intéressant sur la façon dont ces outsiders se lient, formant une nouvelle sorte de clan entre les murs d'Oswald. Enfin, les nouvelles scènes impliquant l'intrigue autour du frère de Keane étaient plutôt bien vues, avec l'avantage de ne pas être trop lourdes vu qu'avec la mort de Keane, on ne les approfondira probablement pas.

Il est bon de noter que l'épisode est moins pesant, aussi, parce que l'atmosphère de ras-le-bol des prisonniers est moins palpable. C'est sans doute l'axe qui me captive le plus dans cette saison, et j'ai hâte qu'on y revienne. Ca ne fera pas un pli, je vais donc ne pas en vouloir à Oz pour ce petit contretemps. D'autant que des exécutions émouvantes, si ma mémoire ne me trahit pas, on aura l'occasion d'en voir à l'avenir...

Posté par ladyteruki à 00:03 - Plus on est de fous - Permalien [#]

15-12-11

[#Ozmarathon] 1x03, Dieu m'a donné la foi

Notre marathon continue donc et, si jamais vous avez envie de nous rejoindre, il n'est pas trop tard !

Après deux premiers épisodes oppressants, Oz s'offre une récréation. Une récréation à la Oz, toutefois : il n'est pas question de se taper un gros délire, mais seulement de relâcher un peu de pression, et encore, certainement pas pendant tout l'épisode.

Ozmarathon-1x03

La structure de l'épisode commence d'une façon qui nous est désormais familière : on prend le pouls de Beecher avant d'embrayer sur quelque chose d'autre. Mais, alors qu'on pourrait craindre que notre avocat propre sur lui s'est enfermé dans un cycle macabre de domination, on va découvrir que Beecher commence à se trouver des moyens de s'évader. Pour le moment ceux-ci ne sont pas la clé de ses problèmes (dont on va d'ailleurs apprendre qu'ils ont empiré après la visite conjugale de l'épisode précédent, puisque sa femme demande le divorce), mais ils lui offrent la possibilité d'échapper à Schillinger qui en est tout décontenancé, à croire que ses prags précédents ne lui ont jamais fait un petit coup de révolte. Cette échappatoire est d'ailleurs assez littérale puisqu'il s'agit de fumer un pétard avec O'Reily, ce qui a pour conséquence sur Beecher à la fois de ranimer sa foi éteinte, et de le faire sincèrement sourire pour la première fois depuis qu'il est pris entre les murs d'Oz.

O'Reily, justement, s'impose comme l'homme de toutes les situations. C'est, on le voit bien, à la fois un observateur attentif, un manipulateur relativement fin, et un petit combinard qui survit essentiellement parce qu'il est prêt à faire copain-copain avec tout le monde, pourvu d'avoir son petit cul à l'abri. Ryan est un personnage que j'ai toujours apprécié, notamment parce que la force brute, il laisse ça aux autres, et ne s'en sert qu'indirectement. C'est un lécheur, un hypocrite, un calculateur, et souvent un lâche, mais il a quelque chose d'éminemment sympathique de par toutes ses magouilles. Et on le voit bien, il tisse sa toile ici avec beaucoup d'aisance. Il est du côté de tout le monde... principalement parce que comme ça il n'a personne contre lui, mais aussi parce que quand il a besoin de se débarrasser de quelqu'un, il n'hésite pas à balancer les petits copains. Il a l'amitié très volatile, O'Reily...
L'autre homme de la situation à Em City, c'est définitivement Kareem Saïd, le leader charismatique des musulmans. Et à la vue de cet épisode, ma fascination envers ce personnage est revenue, aussi forte qu'au premier jour : Saïd est un beau parleur, un homme qui manipule les mots et donc les âmes, avec une conscience plus ou moins variable de la perversion qui se cache derrière son jonglage verbal ; la plupart du temps, ses intentions sont nobles mais il a la langue si habile qu'on ne peut s'empêcher de le redouter un peu. il pourrait faire absolument ce qu'il veut de ses hommes, et il en est conscient bien qu'il ne s'en serve pas et qu'il continue, patiemment, à essayer de ramener dans le droit chemin toujours plus de brebis égarées. Le problème c'est que ses paroles relèvent aussi d'une forme d'endoctrinement. Ca ne marche pas toujours, comme le prouvera sa tentative avortée de prendre le jeune Kenny sous son aile, mais force est d'admettre que son pouvoir est immense sur les esprits. La meilleure preuve, c'est qu'il n'est dans les murs que depuis quelques semaines, et il est déjà convoqué, aux côtés de Schibetta et Keane, dans le bureau du directeur Glynn pour participer aux discussions menées afin de préserver la quiétude d'Oswald.

Saïd n'est pas le seul homme de foi à prendre la parole dans l'épisode. Outre Sister Peter Marie, qui malheureusement ne trouvera pas auprès de Beecher le même genre d'écho que Saïd auprès de Keane, on a aussi l'opportunité de découvrir un peu plus en avant le père Mukasa, un homme parfois un peu transparent mais donc le rôle est primordial au sein de la prison. Entre les messes hebdomadaires et l'organisation d'un confessionnal, c'est un saint homme bien occupé.
Vous l'aurez compris, la religion, la foi, la perte de celle-ci, et Dieu, sont au centre de cet épisode. Un épisode qui, pourtant, est certainement le plus léger à ce jour.

Absolument chaque fois que Hill joue les narrateurs, il le fait avec un ton rieur, un air goguenard et énormément de moquerie. Dieu est partout, mais il n'y a plus grand monde à Oz pour croire en lui, et certainement pas notre philosophe handicapé, dont le langage devient encore plus familier que d'ordinaire, plus sarcastique encore qu'à l'accoutumée. La cellule hors du temps, de l'espace et de la gravité d'où il nous parle va même jusqu'à se parer de couleur, ajoutant à l'atmosphère étrangement légère d'un grand nombre de ses interventions.
Et c'est normal. Le sujet est tellement sensible que le traiter trop sérieusement aurait vite conduit à l'indigestion. Cela montre aussi bien que, même si les hommes (et femmes) du culte s'expriment énormément dans l'épisode, la majorité des prisonniers ne les prennent pas au sérieux, à l'instar des insupportables suprémacistes qui singent les prières musulmanes. La religion est l'objet de tensions entre les abstinents et les consommateurs de drogue, également, et ne pas le traiter par l'absurde aurait été franchement pesant.

Malgré tout, ce troisième épisode ne vire pas à la bouffonerie. C'est même l'occasion de passages franchement émouvants, à l'instar des tentatives, visiblement sincères, de Saïd pour aider Jefferson et Kenny, ou de ce cher Alvarez (l'un de mes chouchous de la première heure, n'ayons pas peur des mots) qui a découvert brutalement que la grossesse de sa copine, qu'il traitait par-dessus la jambe à peine un épisode plus tôt, l'a transformé. Et à quel point.

Comme toujours, Oz ne saurait se contenter "simplement" d'introduire et approfondir sans cesse ses personnages, perfectionner la toile de leurs relations, poursuivre ses questionnements sur la nature humaine et développer ses intrigues dramatiques. Pour une série telle qu'Oz, c'est uniquement le minimum syndical.

La critique politique s'accentue donc, ouvertement, à l'occasion de l'arrivée du gouverneur Devlin dans les locaux, suite à l'escalade de violence qui a commencé avec Dino Ortolani. L'air de rien, et en à peine trois épisodes, il est vrai que les meurtres se sont succédés à un rythme effreiné : l'euthanasie de Sanchez, la crémation de Dino Ortolani, l'exécution de Johnny Post, et enfin, la mort d'un dénommé Martinez lorsque Keane se défend comme il peut dans un piège qui lui a été tendu. Et c'est sans compter l'aggression du frère de Keane et les mille autres "mini" actes de violence. On peut comprendre que ça puisse vriller les nerfs de McManus, Glynn, et Devlin !
Placée sous surveillance policière accrue, la prison d'Oswald est donc officiellement en état d'alerte, et en parallèle, une enquête est menée pour comprendre comment cela a pu se produire. Et pour une raison que j'ignore, c'est le quasi-évangélique McManus qui est suspecté, ce qui confine à l'absurde alors que tant de gardes pourraient être soupçonnés de connivence avec les prisonniers ; quel serait le motif de McManus pour favoriser ce bain de sang, après tout ? C'est quand même bien "son" Em City qui est en première ligne dans cette affaire... Toujours est-il que la confrontation des trois (McManus, Glynn et Devlin) offre une savoureuse scène aux accents de manifeste politique. Explicitement, et c'est la première fois que c'est aussi clair, le message de l'épisode est que le tout-répressif est ridicule, et jusque là la politique du gouverneur Devlin a vraiment joué uniquement cette carte. A l'interdiction des cigarettes et la fin des visites conjugales, il faut en effet ajouter le rétablissement de la peine de mort.
Avec tous ces éléments en main et la tension qui monte, la même menace, encore et toujours, plane au-dessus des têtes, mais Devlin ne veut rien entendre. A ce stade, il est devenu impossible, pourtant, d'ignorer qu'on est entrés dans une spirale incontrôlable.

Alors, même quand Oz est décidée à se faire plus légère, elle ne perd donc pas de vue un seul instant ses thèmes les plus sombres. L'épisode s'achève d'ailleurs avec une scène de mutilation littéralement déchirante...

Posté par ladyteruki à 01:43 - Plus on est de fous - Permalien [#]

14-12-11

[#Ozmarathon] 1x02, down and dirty

Cette fois, on est vraiment lancés !
Une fois qu'on regarde le deuxième épisode, on sait que le marathon commence vraiment. Mais ne vous en faites pas, il est encore temps de nous rejoindre, Whisper et moi, dans notre marathon Oz en simultané, et d'ailleurs je crois savoir que certains d'entre vous le feront dans les prochains jours. Alors n'hésitez pas à venir discuter de chaque épisode dans les commentaires, avec nous ! Plus on est de fous, hein...

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Le plus surprenant avec cet épisode (que, je l'avoue, je connais moins bien que d'autres) est que finalement il a été plus dérangeant que le premier. On s'attendait évidemment à ce qu'il parle des conséquences de la mort d'Ortolani, et donc de vengeance et de deuil, mais viennent aussi s'y mêler de très nombreuses réflexions sur le sexe et l'amour. Un cocktail qui est cohérent, comme le prouvera l'épisode (avec notamment les interventions de Hill, plus nombreuses que dans le pilote), mais qui prend tout de même au dépourvu.

Une fois encore, l'épisode fait mine de s'intéresser à notre petit nouveau, Beecher, avant de le délaisser pour s'occuper d'autres personnages. Après avoir exploré l'emprise de Schillinger sur Beecher (qui est le seul dont on suggère la vie sexuelle au lieu de la montrer, aussi bien lorsqu'il s'agit de sous-entendre les viols de Schillinger que la visite conjugale avec son épouse), l'épisode passe donc à Augustus Hill, Jefferson Keane et Nino Schibetta. L'occasion d'ailleurs d'en apprendre plus non seulement sur leur vie maritale/sexuelle, mais aussi sur le motif de leur emprisonnement, élargissant ainsi progressivement notre connaissance des dynamiques d'Em City.

Hill et Keane tentent chacun de gérer une relation amoureuse avec une femme qui vit en-dehors de la prison, et n'ont pour ce faire que les visites conjugales... qui vont être supprimées sur décision du gouverneur. C'est, à l'instar des cigarettes dans le pilote, un affront supplémentaire à leur humanité, qui exacerbe les frustrations au sein de la prison.
Hill a ainsi l'occasion d'approfondir la question de son handicap, prenant figure humaine au lieu d'être simplement notre narrateur, et Keane, qui cherche désespérément à épouser sa copine, s'implique quant à lui dans la cuisine politique interne d'Em City en se tournant vers Kareem Saïd dont le pouvoir est, visiblement, bien grand. Mais ne l'avait-il pas prédit dés son arrivée ? Schibetta doit, quant à lui, faire face d'abord à la famille de Dino Ortolani, à laquelle il promet vengeance, puis au décès de sa propre épouse ; son intrigue est moins portée sur le sexe que les autres mais constitue l'une des facettes d'un même sujet, de toute évidence.
Accessoirement, la vie personnelle de plusieurs employés de la prison (McManus, la gardienne Wittlesey... et par déduction Sister Pete et le Père Mukasa) est également évoquée, offrant une conclusion glaciale : ce n'est pas mieux du côté de ceux qui sont libres.

Le gouverneur Devlin fait donc sa première apparition sur les écrans : ceux des télévisions du quartier d'Em City, alors qu'il annonce devant un parterre de journalistes la fin des "privilèges" que constituent les visite conjugales, sous prétexte d'économies. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai déjà vu la première saison, mais on a l'impression d'assister à la mise en route de rouages que rien ne pourra arrêter, et qui mènent droit dans le mur. Mais tout le monde est trop pris à la gorge pour s'en apercevoir.

En environ deux heures de télévision, on peut être sûrs d'une chose à propos d'Oz : la série ne nous épargnera rien. C'est une certitude ) la fois excitante et glaciale. Son principe est, après tout, d'être "réaliste", ce qui passe par des images assez brutes. On le savait pour la violence, on va donc apprendre qu'il en est de même pour le sexe. Les termes sont crus, les corps sont nus, et rien ne sera enjolivé ni esthétisé, ou quand ce le sera, ce sera toujours avec une forme de contrepartie un peu dérangeante tout de même, comme la vision bleutée du corps nu, visiblement disloqué, d'Augustus Hill gisant à côté des voitures de police.

Du coup, on en vient à quelque chose de fondamental dans la série : les prestations des acteurs. Se montrer nu à l'écran n'a rien de nouveau, mais Oz demande plus que simplement dévoiler une fesse avec un joli éclairage ; la série exige de ses acteurs un abandon total de leurs limites, et cela transparait à l'écran pour servir au mieux l'expression de la sexualité des personnages, ici au coeur de l'épisode. Sans jamais ne serait-ce qu'effleurer la vulgarité, les scènes se proposent de montrer les choses "telles qu'elles sont", en tous cas telles qu'on imagine aisément qu'elles le sont, et l'implication totale des acteurs est visible. Il donnent l'impression d'avoir abandonné exactement ce que leur personnage a laissé derrière lui, comme le prouvent les humiliantes fouilles au corps qui jalonnent l'épisode.
L'impression de malaise ne vient pas tant du fait qu'on parle de sexe (ce n'est certainement pas la dernière fois dans la série, et d'ailleurs même pas la première puisque c'est ce qui a indirectement causé la perte d'Ortolani), ni qu'on mélange ce thème à celui de la mort, mais bien au fait que la nudité dépasse celle de la seule chair. Cela m'impressionne d'autant plus que les acteurs capables de délivrer autant sont rares, et qu'il y en a une concentration incroyable dans une seule et même série.

Je ne saurais pas faire fi de mes limites pour un rôle comme ils le font, mais j'ai clairement envie de m'abimer plus encore dans le suivi des épisodes, car ce qu'ils transmettent ainsi est précieux pour donner de la texture, j'allais dire du corps, à Oz.

Posté par ladyteruki à 22:24 - Plus on est de fous - Permalien [#]

13-12-11

[#Ozmarathon] 1x01, plongée en Enfer

Première étape de notre marathon : le pilote, évidemment. Outre le fait que c'est le lancement d'un défi de 56 épisodes, c'est évidemment, pour la pilotovore que je suis, un passage déterminant de notre périple.
Si vous avez envie de rejoindre notre marathon, il est d'ailleurs encore temps de vous y mettre et, comme Whisper qui est SBF (sans blog fixe), de commenter les posts de la rubrique Plus on est de fous au fur et à mesure de leur publication, pour participer à notre voyage au bout de l'Enfer. Ce sera sans doute moins douloureux si on emprunte le chemin à plusieurs et au même rythme !

Ozmarathon-1x01

Oz. On a beau avoir déjà vu des épisodes de la série (un bon paquet dans mon cas, à vrai dire, mais hélas pas tous, pas encore), on a beau connaître la "légende", l'aura incroyable qui entoure la série, on a beau avoir conservé le souvenir de son excellence... on oublie à quel point la série est incroyable tout de même.
Je me souvenais de ce pilote, que j'ai déjà vu une demi-douzaine de fois, certes pas depuis deux ou peut-être trois ans mais tout de même, et pourtant je l'ai redécouvert dans le cadre de notre marathon, et ça a été une claque.
Je ressors de ce visionnage avec une sensation d'étouffement que j'avais oubliée, au point que pour un peu j'aurais envie de me recroqueviller dans un coin de la pièce et me balancer lentement en attendant que ça passe. Parce qu'outre l'excellence, certaine, dés ce premier épisode, de la série, je me réhabitue lentement à son ambiance, à respirer l'air vicié qui tourne en circuit fermé dans ses cellules, et j'avais oublié la sensation qui en résulte.
En 53 minutes, le pilote d'Oz vous rappelle ce qu'est l'humilité. Parce que l'écriture est intense, et couvre en une heure à peine une variété incroyable non seulement de personnages mais aussi de situations, et donc autant de thèmes. Parce que la musique, ou plutôt l'accompagnement sonore, avec ces cuivres qui s'étranglent et ce râle étouffé, sortent totalement des sentiers battus. Parce que les performances sont instantanément pétrifiantes. Comment j'ai pu ressortir indemne de mes visionnages précédents de la série, au point de serrer les mâchoires et les poings comme aujourd'hui ?

Le pilote n'est pourtant pas exempt de défauts, comme tous les pilotes, et même celui d'Oz ne pouvait faire exception : certains passages semblent presque chorégraphiés tant ils manquent de naturel, par exemple, et à l'occasion, un dialogue ou deux a l'air un peu artificiel. Cela donne un aspect parfois irréel à l'épisode, presque comme dans un comic book. Mais globalement, tous les ingrédients sont présents pour réjouir le téléphage exigeant ; après tout, on peut parvenir à l'excellence sans atteindre la perfection.

La structure des épisodes d'Oz m'a toujours fascinée. Ca va paraitre ridicule, mais elle m'a toujours rappelé celle des Simpsons : on part de quelque chose, un sujet, un personnage, on pense qu'on va explorer ce sujet ou ce personnage pendant l'épisode, mais non. C'était une sorte de prétexte introductif, le reste n'aura rien à voir, va partir dans quelque chose de totalement différent. Avec l'arrivée de Beecher à Em City et ses premiers malheurs, on pouvait penser que le pilote reprendrait la construction si familière de tant de pilotes qui insèrent un nouveau personnage pour aider le spectateur à se plonger dans l'univers nouveau de la série. Oz donne un temps dans ce registre ; un temps seulement, et abandonne rapidement Tobias Beecher pour Dino Ortolani. Et d'un personnage qui tente d'échapper à sa perte de liberté, on passe à un autre qui tente d'échapper à sa perte d'humanité. Les deux échouent, sans vouloir vous spoiler...
C'est une plongée bien plus cruelle que ne l'aurait été celle, plus introductive et donc plus soft, de Beecher, si elle avait duré une heure.

En fait j'avais oublié à quel point, derrière les textes solides et les idées incroyables, Oz pouvait aussi être un drama éreintant. On vous dit que c'est une excellente série, et vous le savez, mais quand vous revoyez les épisodes, vous avez beau les connaître par coeur, vous trinquez quand même pas mal.
A présent ils sont tous là, au garde à vous, attendant de surgir dans les épisodes : Beecher, Schillinger, Saïd, Adebisi, O'Reily, McManus, Sister Pete et tous les autres. "Et maintenant que vous les connaissez tous, ils vont pouvoir vous jouer leur histoire", pourrait déclamer le coryphée Augustus Hill dans sa boîte, comme au début d'une tragédie grecque.
J'ai hâte, et j'ai peur. Ce ne sera pas un marathon de tout repos... mais il promet d'être passionnant.

Posté par ladyteruki à 23:09 - Plus on est de fous - Permalien [#]