ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

23-04-13

Les séries sont-elles toujours aussi créatives ?

BlogFestivalSeriesMania
Hier, les festivités de la 4e édition de Séries Mania débutaient avec une table ronde au sujet légèrement polémique : "les séries américaines sont-elles toujours créatives ?". Anne-Sophie Dobetzky (réalisatrice de documentaires), Pierre Langlais (Le Mag Séries), Alexandre Letren (Season One), Dominique Montay (Daily Mars) et Léo Soesanto (Les Inrocks) étaient réunis autour de Thomas Destouches (Allociné) pour répondre à cette épineuse question, et quelques autres.
Voici l'essentiel à retenir sur cette discussion d'un peu plus d'une heure trente.
Note : survolez les illustrations de cet article pour plus de détails sur les exemples évoqués par les intervenants.

- Introduction : c'est quoi la créativité ?


Pour Anne-Sophie Dobetzky, "on ne peut pas toujours révolutionner le genre", mais elle estime qu'il existe des fictions bien produites, donc créatives. Léo Soesanto objecte que la télévision est le genre-même du déjà vu : "on a besoin de choses familières à la TV" ; pour lui, aujourd'hui, la créativité se loge dans la déconstruction et les limites qu'on peut repousser, par exemple dans la représentation du sexe ou de la violence. Cependant, "il ne faut pas confrondre la créativité à tout prix et la qualité", c'est l'originalité et l'intelligence du ton qui font la différence. Alexandre Letren approuve et précise que la créativité ne se loge pas nécessairement dans l'inédit : "ce n'est pas ce qui a été déjà fait, mais comment on le fait". Dominique Montay et Pierre Langlais s'accordent à souligner que la qualité n'est pas forcément synonyme de créativité : "ne pas confondre créativité, originalité à tout prix et qualité de ce qu'on nous propose !". Au contraire, "Plus les concepts de séries sont précis, tel que le high concept, plus il est difficile d'être créatif à l'intérieur de celui-ci".

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - les networks

Tout le monde autour de la table ronde s'accorde à dire que les cinq grandes chaînes américaines (ABC, CBS, Fox, NBC et The CW) ne sont pas dans une recherche active de l'innovation. Pour Dominique Montay, "les networks se rassurent", comme le font les grands studios de cinéma, en déclinant des recettes dont ils pensent tirer un succès facile et immédiat. Léo Soesanto précise que les networks sont dans le suivisme, et suivent des modes nées sur le câble. C'est le marche-ou-crève qui règne selon Alexandre Letren : "on cherche des formules efficaces tout de suite". Pierre Langlais avance qu'un peu plus de latitude est peut-être accordée aux comédies. Un sondage lancé par Allociné a demandé quelles étaient les séries les plus créatives ; sont mentionnées Community, Fringe, Lost, Last Resort ou encore Chuck : des séries qui, en grande majorité, n'ont justement pas trouvé leur audience, ou ont échappé plusieurs fois à l'annulation.

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - le câble

Tout le monde s'accorde sur une chose : le câble va plus loin. Mais pour Dominique Montay, même le câble américain ne prend pas de risque dans ce qu'il montre, il s'adapte. Pierre Langlais précise que le câble a la quasi-exclusivité du feuilletonnant, délaissé par les séries de network, le format feuilletonnant étant un rempart ; Alexandre Letren acquiesce : "si le feuilletonnant n'est pas le seul critère de la créativité, c'est la raison d'être des séries", et ajoute que le câble s'empare de sujets complexes. Pierre Langlais poursuit : c'est aussi là qu'on trouve non pas seulement de la violence ou du sexe, mais aussi simplement des concepts dérangeants, comme le font plus volontiers les séries britanniques. Anne-Sophie Dobetzky objecte que le câble ne doit pas non plus se lancer dans une course au "trash", il faut raconter, pas simplement choquer. "Le câble US est devenu le refuge des genres dédaignés au cinéma, du musical au péplum en passant par le gore", explique Léo Soesanto, mentionnant plusieurs séries de genre qui y ont trouvé le succès, comme Game of Thrones.

   

- Le "syndrome de la photocopie" est-il incompatible avec l'ambition ?

Le "syndrome de la photocopie" (un terme de Thomas Destouches) regroupe toutes sortes de cas dans lesquels les séries ne sont pas basées sur une idée originale. Il en existe plusieurs types, chacun ayant ses spécificités...

...Le remake

Ce sont souvent des séries nées à l'étranger, et reprises aux USA, car leur version d'origine n'y sera jamais diffusée. Pierre Langlais précise que tout l'intérêt est justement de voir comment une histoire sera repris et modifiée. Anne-Sophie Dobetzky évoque le procédé adopté pour reprendre au contraire une vieille série et la remettre au goût du jour : la communication joue notamment un grand rôle, notamment via le transmédia, qui permet aux spectateurs de se réapproprier une série au succès passé. Léo Soesanto précise que ce n'est pas toujours possible : certaines séries appartiennent à une époque et ne peuvent pas en sortir ; beaucoup s'y sont essayées, peu ont réussi à trouver leur public. Mais il faut faire la différence entre une adaptation et un remake, insiste Pierre Langlais ; cependant, dans les deux cas, il est possible de faire quelque chose de réussi.

   

...Le spin-off

Il naît bien souvent d'un personnage qui apparait dans une série, et qui devient le héros de sa propre fiction. Mais cela pose le problème de la qualité : le spin-off peut-il être meilleur que la série qui lui a donné naissance ? Pour les intervenants, cela se juge essentiellement au coup par coup. Léo Soesanto précise que tout dépend du personnage sur lequel repose la série.

   

...Le prequel

Le prequel revient sur la genèse d'une série, et en raconte les origines ; Thomas Destouches précise que les limites sont que, bien-sûr, le spectateur en connaît le dénouement. Mais c'est le cheminement qui a de la valeur, indique Léo Soesanto : "c'est une relecture intéressante, un moyen de revisiter un personnage culte" ; quant à Alexandre Letren, il estime qu'on fait confiance au spectateur pour s'amuser avec la série des références employées.

   

...Le "formatage"

Il s'agit ici de reprendre une recette qui a fait ses preuves, et de la décliner en une nouvelle série. La formule peut même être particulièrement rigide, aussi bien dans la structure de l'épisode lui-même que dans les codes visuels et musicaux, à l'instar de la franchise Law & Order.

   

...L'adaptation

Lorsqu'il existe un matériau d'origine (roman, comic book, etc.), le défi de l'adaptation est à la fois d'utiliser le support initial tout en développant un univers compatible avec les attentes des spectateurs.

   

Le "syndrome de la photocopie" et le monde

...La domination des Etats-Unis

Pourquoi les séries américaines semblent-elles dominer ? Dominique Montay insiste sur les moyens et la présence historique du marché américain dans le panorama ; la quantité de séries permet l'équilibre, ainsi, précise-t'il, parce que les chaînes sont elles aussi nombreuses, et n'hésitent pas à s'adresser à une niche. Pour Anne-Sophie Dobetzky, il faut aussi prendre ne compte les budgets conséquents ; elle mentionne aussi le modèle de fabrication lui-même, notamment le "pool d'auteurs", repris par d'autres pays. Sur une note moins technique, Alexandre Letren s'exclame : "les séries, ils aiment les faire, tout simplement !", et compare avec la France, où l'on estime que la télévision est un art mineur. La situation américaine tend un miroir aux télévisions européennes : Pierre Langlais précise que le nombre d'épisodes inférieur des britanniques, par exemple, ne tente pas les chaînes françaises, ce qui explique que les séries d'outre-Manche investissent moins les écrans français. Alexandre Letren conclut que les Etats-Unis ont su donner au monde l'illusion d'une universalité dans leurs séries.

Sur Allociné, un sondage a montré que 63% des internautes estimait que les séries américaines étaient toujours créatives : un bon chiffre ! Encore heureux, explique Pierre Langlais : si on ne le pense pas, il vaut mieux éteindre la télévision. Lorsque Thomas Destouches qui demande si la télévision américaine vit un âge d'or, les intervenants ont du mal à s'entendre. Certes, explique Léo Soesanto, il y a eu de grandes séries récentes comme Lost ou 24 heures chrono, mais elles n'ont pas trouvé leur successeur, sauf à considérer Revolution ou Once Upon a Time qui en reprennent les codes. Pour Dominique Montay, au contraire, tout n'est qu'évolution ; après tout il faut remonter dans les années 80 pour comprendre comment la télévision américaine est parvenue à un âge d'or.

"Ce n'est plus l'âge d'or, c'est l'âge des pépites", tranche Pierre Langlais qui explique que les records absolus d'audiences ne seront plus réitérés, et que désormais, c'est la façon de découvrir les séries qui a changé. A l'origine, "la télévision est la communion d'un public", objecte Léo Soesanto : quand pour un film, on partage l'expérience pendant 1h30 avec une salle, pour une série, on la partage avec des millions de personnes pendant des semaines. Mais désormais, "les contenus innovent moins, mais les contenants évoluent", ajoute-t'il.

   

...Internet renouvelle-t'il la créativité ?

Les webséries sont-elles l'avenir de l'innovation "télévisuelle" ? Léo Soesanto observe que pour le moment, l'innovation n'est pas vraiment au rendez-vous dans les synergies, entre les séries diffusées à la télévision et leur webisodes sur internet. D'un autre côté, l'avantage d'internet, pour Pierre Langlais, est que la websérie permet à des gens qui n'ont pas de moyens ou de réseau d'exposer leur travail.

...La créativité en France

Dans l'Hexagone, les intervenants sont plutôt d'accord : ce sont Canal+ et arte qui proposent des séries les plus créatives ; Léo Soesanto précise que Canal+ a calqué son modèle sur celui des chaînes du câble US, et que le budget est plus conséquent que sur les autres chaînes françaises. Alexandre Letren souligne qu'OCS est une chaîne à surveiller, mentionnant des séries telles que Lazy Company ou QI, et quelques projets à venir intéressants ; il ne faut pas oublier non plus France 3 avec Un Village français. Il souligne aussi que la mission du service public ne devrait pas être, contrairement à ce qui peut être dit, de contenter tout le monde ; l'exemple de la BBC au Royaume-Uni le démontre bien. Pierre Langlais déplore que TF1, qui en aurait pourtant les moyens comme l'impact auprès du public, n'affiche ni ambition, ni ligne éditoriale claire dans le domaine des séries.

   

...Et ailleurs ? L'exemple de la Scandinavie

L'innovation à la scandinave ? Dominique Montay relativise : le sujet de ces séries n'est pas toujours original, c'est en revanche tout le traitement qui fait la différence. Ces séries reprennent des codes qui ne sont pas révolutionnaires, complète Pierre Langlais, en revanche, les auteurs y ont une grande liberté de ton. On s'y appuie sur un savoir-faire issu du cinéma, explique Léo Soesanto, et on exploite les spécificités locales. Pierre Langlais conclut que ces séries sont excitantes pour le spectateur français, elles ont une forme d'exotisme, nous font voir des choses différentes... et on regarde bien les séries pour ça !
Et la prochaine vague de séries étrangères ? Pourquoi pas en Espagne, par exemple, suggère Léo Soesanto.

...Evidemment, il s'est dit bien d'autres choses ! Mais vous avez là l'essentiel des discussions. Sachez que, si vous avez manqué cette table-ronde, ou si vous souhaitez simplement la revoir, Allociné mettra en ligne sur son site une version montée de sa captation ce vendredi 26 avril.

Posté par ladyteruki à 12:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

22-04-13

Facultés d'adaptation (director's cut)

BlogFestivalSeriesMania

Cet après-midi, à Séries Mania, se tiendra un débat sur le thème "Adaptations, remakes et reboots : les séries sont-elles toujours aussi créatives ?", dont vous pouvez lire les problématiques sur le programme de Séries Mania.
Dans la formulation, le point de vue est clairement celui des séries américaines, sous-entendant par là que les séries US (notamment de network ; même si de nombreux projets du câble tendent à relativiser cette croyance ces dernières années) sont particulièrement sujettes au remake, à l'adaptation et au reboot. Du coup, je me suis dit qu'en marge de ce débat, j'allais vous parler... eh bien, du reste du monde, les habitudes ayant la vie dure.

Ces termes sont particulièrement connotés négativement dans notre imaginaire (on leur oppose l'innovation et l'originalité), ce que souligne, d'une façon générale, la formulation choisie pour la présentation de la table ronde. Loin de moi l'idée de prétendre que ces séries ressorties des cartons ou des catalogues des pays voisins sont systématiquement d'une folle originalité, mais cet instinct est peut-être un peu limité : l'adaptation et le remake ont parfois leurs vertus. Et pendant qu'inlassablement on débat de l'originalité de la télévision américaine, on oublie parfois que l'adaptation et le remake sont loin d'être des pratiques propres à la télévision US ; de ce fait, elles couvrent des réalités très diverses.

En effet, aux USA, la reprise de séries étrangères et/ou passées remplace le concept d'acquisition, tandis que dans la plupart des pays du monde, l'adaptation et le remake complètent les politiques d'acquisitions. Cette différence majeure explique que la démarche d'acquérir les droits d'une série pour en proposer une version locale n'a pas forcément les mêmes implications dans le panorama télévisuel d'un pays donné.
Promenons-nous donc parmi quelques adaptations récentes venues des quatre coins de la planète, et observons les différentes réalités qu'elles couvrent.

ObratnaiaStoronaLuny

Apprendre en copiant

Diffusée fin 2012,
Obratnaia Storona Luny ("dark side of the moon", les Russes étant moins familiers de Bowie que de Pink Floyd) reprend l'histoire de Life on Mars. Vu qu'assez peu de séries britanniques sont, pour le moment, adaptées ailleurs qu'aux États-Unis, ce cas peut sembler exceptionnel, mais rappelons que la Russie est coutumière des adaptations.

Le pays a, depuis environ le début des années 2000, déployé un goût prononcé (qui a dit douteux ?) pour les remakes. Mais jusque là, le phénomène s'était cantonné aux comédies (nord-américaines) et aux telenovelas (sud-américaines), donnant néanmoins des résultats souvent très probants au niveau des audiences, même si je ne souhaite à personne de voir un épisode de
Maia Prekrasnaia Niania, pas même à mon pire ennemi. Cela a conduit les grilles russes à être dominées, pendant plusieurs années, par des comédies et des soaps. C'était vrai à plus forte raison sachant que les séries dramatiques russes ont une nette propension à calquer leur format sur celui des mini-séries (les séries policières, comme souvent, faisant figure d'exception de par leur formule déclinable à l'envi). Les comédies, en revanche, sont inspirées de sitcoms américains ayant aisément franchi la centaine d'épisodes dans leur pays natal, et de telenovelas qui par définition ont également un nombre d'épisodes conséquent, et il y a donc du matériel pour longtemps ; du fait d'une structure généralement peu exigeante en termes de production value, les épisodes peuvent de surcroît être fabriqués "à la chaîne" en un temps record, c'est donc vraiment tout bénef !
En conséquence de quoi, il n'est pas rare qu'en Russie, pour un sitcom, une saison d'une vingtaine d'épisodes soit diffusée en quotidienne pendant quelques semaines, et qu'une autre saison la suive quelques mois plus tard : pourquoi diffuser une saison par an quand on peut en diffuser une tous les 6 mois en bossant vite fait ?

Adapter des formats d'une demi-heure a donc modifié le panorama russe, créant une nouvelle façon de produire (plus d'épisodes, plus de saisons) qui n'était pas dans les habitudes locales plus tôt. Le processus a été décrit dans
Exporting Raymond, documentaire qui montre le passage de Tout le monde aime Raymond à la moulinette d'un network russe ; l'expérience a d'ailleurs prouvé que le pilote de Voroniny, l'adaptation en question, n'a pas nécessairement été affligeant, ce qui prouve que le modèle a du bon non seulement d'un point de vue commercial, mais aussi qualitatif.
Bonus non-négligeable, les adaptations russes de sitcoms américains, qui semblent parfois risibles à un regard extérieur (et pas forcément à tort...), ont permis de former une génération complète d'auteurs de télévision russes à la comédie télévisée, qui jusque là, sans en être absente, restait marginale. Grâce à ces copycats, le paysage télévisuel russe s'est transformé ; à force de copier des œuvres originales (avec l'aide, bien souvent, d'auteurs ou producteurs de la série d'origine, faisant alors office de formateurs), la Russie a fait évoluer son marché intérieur.

Depuis quelques années, désormais, la Russie s'intéresse aux formats plus longs, et aux productions dramatiques plus ambitieuses. Ainsi était née, en 2010,
Pabieg, adaptation de Prison Break pour Perviy Kanal, et ainsi est née, il y a quelques mois, donc, Obratnaia Storona Luny, toujours sur la première chaîne.
Le cheminement reste strictement le même que celui qui a présidé à la commande d'adaptations de comédies : comme on sort de l'argent pour acheter les droits, ainsi que pour acheter également les scripts clé en main, on s'attend à rentabiliser l'investissement ; adapter des séries dramatiques étrangères se fait donc souvent avec l'espoir de les diffuser sur plusieurs saisons. L'adaptation, en Russie, ouvre donc une fois de plus la porte à des mutations du marché télévisuel national et de ses pratiques, puisqu'en-dehors des séries policières, le renouvellement de séries dramatiques originales était plutôt marginal jusque là. Production coûteuse,
Pabieg n'a pas tout-à-fait rencontré le succès espéré, et "seulement" deux saisons ont vu le jour (pas trouvé de trace d'une troisième qui serait en production, et les critiques semblent encourager Perviy Kanal dans ce sens). La raison se logeait dans sa production un peu pauvre comparée à l'originale, et son manque d'intérêt dans le contexte russe.

Ca a vraiment bien marché en revanche pour
Obratnaia Storona Luny cet hiver. Le succès de cette série est dû à plusieurs facteurs, inhérents à la question de l'adaptation. Ce n'est pas simplement une question d'acteurs ou de moyens qui a permis l'enthousiasme du public, même si l'acteur principal se débrouille plutôt bien et parvient à faire oublier John Simms (si-si, je vous jure). Ce qui a fait la différence, c'est bien l'équilibre trouvé entre savoir-faire étranger et capacité d'adaptation au contexte culturel de la Russie. Dans le cas d'Obratnaia Storona Luny, repartir dans en 1979 n'a évidemment pas le même sens pour un Russe que pour un Britannique, et la série a dû utiliser les spécificités de l'Histoire russe ; il fallait donc adapter le contexte d'origine à celui, plus complexe, de la Russie soviétique, et cela, le simple achat de script ne peut le couvrir. Obratnaia Storona Luny a donc usé des talents des auteurs russes pour la fiction historique (vaste question, il est vrai) afin d'offrir une œuvre profondément ancrée dans le contexte russe. A partir de là, l'aspect nostalgique (qui a fait le succès de Vosmidesiatye plus tôt en 2012) a sans aucun doute joué. A ce travail de fond s'ajoutait l'apport du savoir-faire britannique : la production a reçu l'aide d'un producteur de la BBC envoyé comme consultant. Le résultat, c'est une série russe qui se place aisément dans le haut du panier des séries dramatiques de par sa production value.

Et cela, il faut le noter, alors que le public russe a déjà vu
Life on Mars (sous le titre de Jizn na Marsie), avec des audiences décentes, mais pas épatantes. Ici, clairement, Obratnaia Storona Luny a été un succès (leader de sa case horaire sur Perviy Kanal), et a d'ailleurs été renouvelée pour une seconde saison, même si on ignore pour le moment quand elle sera diffusée.
C'est d'ailleurs le cas de toutes les séries étrangères adaptées par les chaînes russes jusqu'à présent : elles ont déjà été diffusées sur le sol russe par le passé ; on voit bien la différence avec les USA, qui adaptent ce qu'ils savent pertinemment qu'ils ne diffuseront jamais. Et ça n'a pas du tout l'air de déranger les spectateurs russes de voir deux fois des histoires similaires... peut-être parce que, depuis le temps, ce public perçoit que, dans les changements induits par la naturalisation d'une série, on peut trouver de nouvelles raisons de suivre une même histoire.

GalipDervis

Le besoin et l'envie

Lancée le mois dernier, 
Galip Derviş est l'adaptation turque de Monk, sur la chaîne Kanal D (un "derviş", qui se prononce derviche, est un... moine). Ce qui est intéressant en Turquie, c'est que, contrairement à la Russie, le rayonnement des séries turques est indubitable (pour vous en assurer, vous pouvez relire la première partie de ce post). La télévision turque connaît actuellement un véritable âge d'or, et n'a pas vraiment besoin d'adaptations dans ses grilles.
Pourtant, loin de mettre tous ses œufs dans le même copieux panier, la chaîne Kanal D a décidé, en marge de ses séries originales loin d'être dans les choux, de commander un nombre croissant d'adaptations, et d'adaptations de séries américaines de préférence :
İntikam (pour Revenge, souvenez-vous), Umutsuz Ev Kadinlari (pour Desperate Housewives, là encore, rappelez-vous, j'avais comparé les deux pilotes) et désormais Galip Derviş, donc, font quelques belles heures de télévision sur le sol turc. Pour l'anecdote, on note très peu d'adaptations de séries autres qu'américaines, à l'exception de 1 Erkek 1 Kadin, versions turque d'Un gars, Une fille (née sur la chaîne du satellite TürkMax, et reprise l'an dernier par le network Star TV).

Ce qui est intéressant, c'est que la Turquie mise avant tout sur des séries "légères" pour ses adaptations : les vraies séries dramatiques, les créations originales s'en chargent. Par contre, quant il s'agit des comédies, des dramédies et des primetime soaps, là, ok, on veut bien prendre des concepts étrangers. En gros, les Américains, on les aime bien, mais pour divertir la famille au sens large et/ou les ménagères ; pour des séries complexes, des reconstitutions historiques méticuleuses, des dramas sombres et des thrillers virils, on va se débrouiller nous-mêmes avec nos scénaristes, merci, on a tout ce qu'il nous faut.
Une position originale, sachant qu'il est généralement moins facile d'adapter des comédies et de trouver le succès (problème d'humour culturel) : dans une majorité de pays de la planète, un remake de comédie américaine est souvent voué à l'échec en termes d'audiences. Qui plus est, quand on sait que les Turcs produisent déjà plein de soaps à succès, qui eux-mêmes se regardent dans toute la région, voire plus, on ne peut pas dire que les chaînes turques soient à la traîne de ce coté-là, ni aient besoin d'aller acheter les scripts des copains.

Alors pourquoi le faire ? Explication en trois étapes :
- à la différence des Russes, les Turcs pourraient très bien se passer d'adaptations, donc. Mais les séries étrangères sont jugées divertissantes (avec une dimension peut-être légèrement péjorative), au sens où un spectateur turc n'attend pas grand'chose d'une fiction américaine. Ça se regarde sans y penser, quand le public a tendance à s'investir dans une série nationale ;
- à la différence des Russes également, les Turcs ne tiennent pas avec ces remakes leurs plus gros succès d'audiences, et s'accommodent fort bien de cela ; à titre d'exemple,
Galip Derviş est diffusée trois fois par semaine (un inédit le jeudi à 23h, rediffusé ensuite le samedi après-midi et le dimanche matin) ; la série permet en outre à Kanal D de proposer une fiction originale sans redouter de se faire écraser par la grosse production que la chaîne publique TRT1 diffuse le jeudi soir à 22h50, Şubat, et qui attire un public plus exigeant : l'échec est moins cuisant si l'investissement initial est minime.
- enfin, à la différence des Russes encore, le public turc n'a pas souvent vu la série d'origine ;
Revenge n'est par exemple pas encore diffusée en Turquie, et vu que désormais c'est par İntikam que les spectateurs turcs ont pris connaissance du revengenda, il y a fort à parier que ce n'est pas pour tout de suite. Ou comment un network américain très désireux de vendre des droits d'adaptation à tout le monde (jurisprudence Desperate Housewives) a trouvé le partenaire parfait avec une chaîne turque désireuse de ne rien diffuser d'étranger en primetime.
Conclusion : les adaptations de séries étrangères sont, en fin de compte, plus ou moins des projets "bouche-trou" : ils font des audiences décentes, mais pas explosives, et on ne leur en demande pas tant de toute façon. Ils sont là à la fois pour offrir une programmation non-importée facile à produire (le travail de développement étant simplifié, par définition) et facile à diffuser à peu près quand on veut. Ça coûte peu cher, c'est flexible, ça a fait ses preuves, et de toute façon, le public ne s'y attachera pas, c'est juste pour passer le temps.
Les adaptations, les Turcs n'en ont aucun
besoin. Mais il semblerait que le public en ait envie, pour varier leur menu télévisuel, et pour les chaînes, ces mêmes adaptations servent de tampon dans les grilles. C'est aussi simple que cela.

Dans le cas de
Galip Derviş, la production turque reprend les ingrédients, jusque dans l'accompagnement musical, de la série Monk. Le copier-coller est flagrant (et évidemment assumé), à une nuance près : la version turque dure 90 minutes, comme toutes les séries turques...

Aaf

Refaire pour comparer ?

Dans le domaine de la comédie cette fois, parlons d'
Aaf!, l'adaptation aux Pays-Bas du sitcom Rosanne, sur RTL4. La chaîne néerlandaise n'en est pas à son coup d'essai en la matière : il y a quelques mois, elle avait par exemple lancé Golden Girls, l'adaptation, vous l'aurez deviné, de la série américaine des années 80 quasi-éponyme. Par le passé, elle a également adapté Tout le monde aime Raymond sous le titre Iedereen Is Gek Op Jack ; chez RTL Boulevard (on reste en famille, donc), on ambitionne d'ailleurs d'adapter La croisière s'amuse dans un avenir très proche.

Sur le papier,
Aaf! est tout ce qu'on redoute dans une adaptation d'un sitcom américain commençant légèrement à prendre de l'âge : une comédienne locale connue (Annet Malherbe, que les spectateurs français ont eu l'occasion de voir dans la série Gooische Vrouwen, alias Jardins secrets) à qui on offre un rôle qui a fait ses preuves et que tout le monde connaît. Le résultat est généralement kitschissime, car il n'est pas rare qu'au nom de la prétendue identité de la série originale, ou, au mieux, au nom de la nostalgie, la nouvelle série ressemble à s'y méprendre à la série originale, en dépit du fait qu'elles aient plusieurs décennies d'écart. Golden Girls, la série néerlandaise, avait exactement ce tort, qu'avait également la version espagnole, La Chicas de Oro (un gros bide pour La 1 en 2010) : pourquoi refaire une série des années 80 à l'identique quand des rediffusions suffiraient ?

La différence, c'est peut-être qu'
Aaf! est une adaptation intelligente d'une série qui ne l'était pas moins. La version néerlandaise (qui est à l'heure actuelle le seul remake officiel de la série Roseanne de par le monde) ne cherche absolument pas à faire mine de se dérouler dans les années 80/90, le pilote commençant même par une dispute entre les enfants autour de l'ordinateur, des réseaux sociaux et d'un iPhone, histoire de mettre les choses au point très vite. L'idée motrice de cette adaptation est avant tout de reprendre le sujet de Roseanne, et non son identité au sens strict, et ainsi de suivre les Jansen, une famille modeste... mais pas ouvrière. Eh oui, les réalités ayant changé depuis 1988, l'héroïne ne travaille plus sur une chaîne de montage, mais dans un call center. Les problèmes rencontrés par Annet Jansen et les siens sont les mêmes, touchant les spectateurs de la classe moyenne directement dans leur quotidien. Résultat : excellentes audiences, et surtout, la preuve qu'une adaptation n'est pas obligée de singer l'original.

Roseanne était une série engagée ? Le processus par lequel Aaf! a pris sa forme finale, et la comparaison entre l'original et l'adaptation, le sont tout autant : pour les classes très moyennes, tout change, et rien ne change. La crise reste la crise.

TonbiNHK

Valeur ajoutée

Un cas de figure que nous n'avons pas encore abordé est celui du remake à l'intérieur-même des frontières (qui est certainement le plus lourd reproche adressé aux séries américaines s'y risquant). Le Japon, parmi quelques autres, est friand de ce procédé, et l'a montré de façon plutôt éclatante ces derniers mois avec
Tonbi, un roman de Kiyoshi Shigematsu publié en 2008, dont deux adaptations différentes ont été diffusées à un an d'intervalle sur les écrans nippons.
Tonbi, l'histoire d'un père très modeste qui élève seul son jeune fils à qui il veut offrir le meilleur, emprunte toutes les recettes d'un drama familial émouvant et optimiste. Mais il se double aussi d'une dimension historique puisque tout commence dans les années 60, alors que le fils a trois ans ; l'histoire suit celui-ci jusqu'à l'adolescence.

En janvier 2012 d'abord, la NHK propose un tanpatsu (un téléfilm, ou téléfilm en deux parties dans le cas présent), qui trouve un succès critique incontestable ; c'est tout-à-fait le genre de séries que propose volontiers la chaîne publique, et qui lui confère son excellente réputation en matière de séries, bien que les audiences ne suivent pas toujours.
C'est le cas ici, car assez peu de spectateurs japonais ont regardé les deux volets, en dépit d'une diffusion à une heure de très grande écoute, le samedi à 21h. Il n'empêche : salué pour sa qualité, le
Tonbi de NHK (photo ci-dessus) va faire une jolie carrière internationale, et obtiendra d'ailleurs le prix de la Meilleure mini-série au festival de Monte-Carlo quelques mois plus tard.

Le succès à la fois du roman, mais surtout de l'adaptation qu'en fait NHK, n'échappe pas à TBS, qui met en chantier séance tenante sa propre adaptation, avec la rapidité propre à l'industrie télévisuelle japonaise. Rappelons que tous les trois mois, les chaînes japonaises changent intégralement leurs grilles de fictions (à l'exception de deux cases horaires pour la NHK qui ont respectivement un rythme semestriel et annuel), et lancent donc de nouveaux projets de séries tous les trimestres. Lancer un remake en un temps record ? Ça n'a rien d'une exception. Moins friande de tanpatsu familial, TBS opte de son côté pour un format plus classique, le renzoku : une dizaine d'épisodes diffusés hebdomadairement pendant la saison hivernale, de janvier à mars 2013, donc, le dimanche à 21h, case convoitée s'il en est, et parmi les rares dans les grilles japonaises à mettre en concurrence plusieurs fictions.

A ce stade on pourrait penser que le public japonais, qui n'avait pas accroché en masse à la première adaptation de NHK, ne va pas tellement se précipiter pour assister au remake. C'est oublier que la machine TBS connaît son affaire : le cast est irréprochable, le générique de sa version de
Tonbi est interprété par un chanteur très populaire, et ainsi de suite, bref tout est fait pour attirer un large public... et c'est effectivement ce qui se produit, avec des audiences deux fois plus importantes que pour le Tonbi de NHK dans une case pourtant plus difficile ! Le public est venu en masse, mais encore fallait-il le garder ; ça a été le cas, et même mieux : au termes de la diffusion, le 10e et dernier épisode a rassemblé 20% des parts de marché, un score devenu rare à la télévision nippone. Avec Tonbi, TBS a tenu son plus grand succès de la saison, avec une série qui n'avait rien d'inédit, mais qui, par la bonne combinaison de marketing intelligent et, évidemment, de qualité, a su toucher les spectateurs... D'ailleurs, la version 2013 de Tonbi a décroché deux récompenses aux Nikkan Sports Drama Grand Prix (un prix décidé par le vote des lecteurs de la revue Nikkan Sports), il y a quelques jours : un comme Meilleure Série, l'autre comme Meilleur acteur pour Masaaki Uchino.
En fait, TBS a démocratisé la recette initiale de
Tonbi : sans en dénaturer les qualités, la chaîne s'est appropriée le sujet pour en faire un vrai rendez-vous grand public, quand celui-ci était passé à côté d'une première version plus confidentielle. Une jolie vertu pour un remake, non ?

InTherapyAllStars-Legendes

Traitement local

Mais ces dernières années, le champion toutes catégories de l'adaptation, c'est
BeTipul. Les autres séries peuvent rentrer chez elles, il n'y a pas de match.
Le drama israélien a été adapté dans une liste de pays longue comme le bras : les États-Unis, bien-sûr, avec
In Treatment sur HBO (ce qui a permis à HBO Central Europe de sortir quatre versions locales, dont Terápia en Hongrie, et În Derivã en Roumanie), mais aussi aux Pays-Bas avec In Therapie, au Brésil avec Sessaõ de Terapia, en Argentine avec En Terapia, ou, plutôt sympathique pour nous autres francophones, En Thérapie au Québec. La liste est loin d'être exhaustive, et ça donne la montage ci-dessus, avec une tripotée de thérapeutes aux quatre coins de la planète, et je ne compte même pas les patients. Et je vous dis ça sans compter Shinryouchuu, version japonaise "inspirée de" BeTipul (traduction : j'ai pas voulu payer pour les scripts), tournée sur le monde du lycée.
Dernière victime en date de cette épidémie : l'Italie, qui s'y colle depuis quelques semaines sur Sky Italia, avec...
In Treatment, parce que pourquoi faire compliqué ?

La tactique adoptée pour la revente des droits par les Israéliens est assez différente de celle de la plupart des séries : il s'agit de chercher des interlocuteurs à portée limitée (chaînes du câble ou du satellite, par exemple ; ou dans le cas du Québec, à portée locale et non nationale), de façon à maintenir une certaine demande : la série est bonne, mais elle n'est pas facilement accessible dans une région donnée. Mieux que ça encore : le format ne coûte rien à produire (pour schématiser : un canapé et un fauteuil, et on est partis), est déclinable à l'infini dans une grande variété de langues (la preuve).
BeTipul n'a, de surcroît, presque jamais été diffusée à l'étranger (il me semble qu'une obscure chaîne câblée diffusant des programmes en hébreu l'a montrée aux USA, mais je vous dis ça de mémoire), et mise sur le fait que personne ne peut/veut acheter les droits de diffusion. De ce fait, pour les pays dans lesquels elle est adaptée, la série fait figure d'inédit total.
Il faut dire que non seulement son sujet, mais sa structure également, s'accommodent assez peu des contraintes des grandes chaînes. Même si l'on met de côté son aspect claustrophobique pas franchement avenant pour le très grand public, le format de
BeTipul repose sur une série d'entretiens diffusés de façon quotidienne : du lundi au jeudi, le personnage du psy reçoit ses patients, et le vendredi, c'est lui-même qui suit une thérapie. Combien de grandes chaînes se lanceraient dans pareil défi à une heure de grande écoute, à un échelon national, et en quotidienne ?
D'autant que le cahier des charges de
BeTipul est d'une inflexibilité incroyable : à l'instar de la plupart des séries israéliennes adaptées à l'étranger, la production est très regardante dans ce qui est fait dans chaque pays adaptant les droits, et il est frappant de constater à quel point les diverses versions reprennent tous, plan par plan, le même schéma. Les scénaristes locaux ont une marge de manœuvre extrêmement limitée.

Mais malgré la rigidité apparente de son principe comme de ses modalités,
BeTipul, c'est aussi une série extrêmement adaptable, tout simplement parce qu'il est très simple de modifier un seul personnage pour lui donner une couleur locale. Ainsi, dans la version originale, l'un des patients de la première saison est un soldat israélien impliqué dans le conflit palestinien ; dans la version américaine, ce même soldat devient un GI qui a fait l'Irak. Dans le In Treatment italien, il n'y a plus de soldat, mais un policier travaillant en immersion sur une affaire mafieuse, et ainsi de suite. A côté de ce personnage, le couple en crise ou l'adolescente suicidaire sont suffisamment universels pour ne pas nécessiter l'intervention lourde de scénaristes dans les pays adaptant la série, ce qui simplifie d'autant le processus d'adaptation et donc de développement.

Contrairement aux exemples précédents, les multiples adaptations de
BeTipul ne s'insèrent dans aucune tendance, aucune mode dans un pays donné : c'est l'inverse. Le drama israélien est celui qui part à la conquête de la planète, et non le produit qui vient combler un besoin. Le besoin est créé autour de la série, de son procédé original, de son ton unique, et n'est pas déclinable au-delà de la seule franchise BeTipul par les chaînes qui en font l'acquisition.


L'adaptation et le remake sont-ils pure paresse ? Ce n'est donc pas toujours si simple. Osons le dire,
parfois, les remakes, adaptations et reboots ont même carrément du bon...

Posté par ladyteruki à 13:30 - Love Actuality - Permalien [#]

19-04-13

What happens in Paradise, stays in Paradise

La première saison de Bunheads écoulée, je n'avais pas encore écrit de review sur celle-ci, parce que, bon, bref, passons. Mais à la faveur d'une intégrale cette semaine, je me suis dit qu'il était grand temps d'en dire quelques mots. Et je préfère vous préparer psychologiquement : ils seront dythirambiques.
Majoritairement.

Bunheads avait vraiment été un coup de coeur pour moi l'été dernier ; le preair du pilote figure facilement dans le Top3 des épisodes que j'ai le plus regardés en 2012, et je ne parle même pas des extraits que je me suis gardés pour pouvoir rire un bon coup de temps en temps. L'énergie de ses épisodes était très communicative, et ce, en dépit de son pitch pas forcément très excitant pour une trentenaire telle que moi. Mais voilà : lorsque l'on parle de Bunheads, il est difficile de ne pas mentionner Gilmore Girls, les deux alliant une efficacité redoutable à une ambiance chaleureuse et tendre, faisant qu'il est difficile de résister à l'une comme à l'autre. C'est d'ailleurs, indirectement, comme ça que j'en étais arrivée au Grand Marathon Gilmore Girls De 2012.

WhathappensinParadise

Il y a quelques mois, dans mon post sur ce marathon justement, je vous disais : "'il s'avère que Gilmore Girls est une série sans enjeu ni objectif. On peut le vivre comme un défaut mais c'est un choix qui est pleinement assumé, après tout, alors autant prendre les choses du bon côté. Gilmore Girls ne fonctionne pas, jamais, avec un horizon précis. Quand une saison commence, par exemple, elle ne pose jamais d'objectif à long terme pour ses protagonistes. La série ne les mettra jamais dans une situation indélicate à résoudre avant la fin de la saison, par exemple, ou ne posera jamais un axe qui nécessite de se développer dans un but affiché. Tout dans Gilmore Girls respire au même rythme que vit Stars Hollow ; il n'y a pas de pression, pas d'impératif ; la vie se déroule et on est invités à la suivre, tranquillement, mais on ne regarde pas cette série-là pour autre chose, et surtout pas pour les sensations fortes". C'est sensiblement la même chose pour Bunheads. Choix qui est d'autant plus étonnant que son pilote pose les bases d'une intrigue plus complexe, puisque, attention il va y avoir un spoiler jusqu'au prochain paragraphe : un personnage meurt à la fin du premier épisode. Comment notre héroïne, Michelle, mais aussi sa belle-mère Fanny, vont-elles gérer le deuil ? Comment s'adapter à la nouvelle situation qui naît de cette tragédie ? On pourrait s'attendre à ce que la problématique de Bunheads, par voie de conséquence, soit le deuil, mais absolument pas : c'est un sujet qu'elle cantonnera, en essence, à une poignée des premiers épisodes de sa saison, ne souhaitant ni s'embourber dans le drame-dramatique-qui-fait-pleurer, ni dans une situation qui risquerait de tourner en rond.
En conséquence de quoi, Bunheads peut sembler, comme sa grande soeur de la CW, un rien volage, et ses personnages peut-être un poil trop résilients. S'il y a clairement des enseignements qui ont été tirés des aventures à Stars Hollow par Amy Sherman-Palladino, la rigueur n'en est pas un, et le ballet des intrigues, des sentiments, mais aussi des personnages secondaires, va être légèrement inconsistant.

Qu'importe. Bunheads réussit sa mission essentielle, et ce que vous venez de lire est la seule chose vaguement négative que j'aie à en dire... et elle est toute relative, comme vous l'aurez compris.
Cette mission essentielle n'est d'ailleurs pas, contrairement à ce qu'on pourrait craindre, de créer des vocations de ballerines à travers le pays, mais bien de suivre des personnages attachants, positifs, et passionnants. Le défi est de ce côté-là remporté.

Ce qui frappe d'ailleurs dans Bunheads, plus encore que dans son ancêtre qui déjà n'était pas à plaindre en la matière, c'est avec quelle ferveur la série s'attache à brosser des portraits féminins complexes et foisonnants. Une fois de plus, les hommes occupent au mieux le fauteuil du passager, au pire disparaissent presque totalement de certains épisodes.
Comptons-les ensemble : il y a Michelle, évidemment, danseuse au potentiel gâché par son absence de focus dans la vie ; sa belle-mère Fanny Flowers, prof de danse qui n'est pas aussi psychorigide qu'elle ne le paraît ; Sasha, l'étoile de l'académie de danse au tempérament insupportable ; Bettina alias Boo, la petite rondelette pleine de doutes mais aux pieds bien sur terre ; Virginia aka Ginny, la petite pile d'énergie ; et enfin Melanie, la grande perche à l'assurance à toute épreuve. A cela encore faut-il ajouter des personnages moins présents sur le plan des intrigues, mais faisant totalement partie de l'univers de la série, telles Truly, l'ex du mari de Michelle, totalement dérangée ; Sam, l'une de ses amies et habitante de Paradise n'ayant pas sa langue dans sa poche ; Milly, soeur de Truly et véritable Margaret Thatcher en puissance ; ou encore Talia, meilleure amie de Michelle et danseuse à la bonne humeur chevillée au corps. Après on peut rentrer dans les détails et évoquer les danseuses de la compagnie qui s'invitent dans les dialogues (la petite Matisse, l'élégante Cozette...) ou les personnages hauts en couleur qui jalonnent la ville bien que ne faisant que de brèves apparitions (l'exubérante meilleure amie de Fanny, la femme du patron du surf bar...), mais dans tous les cas, la majorité des meilleurs rôles reviennent aux femmes, c'est indéniable. Fidèle à elle-même, Amy Sherman-Palladino nous offre, qui plus est, des personnages de femmes à la fois totalement décalés et réalistes ; en dépit de l'épidémie de dinguerie loufoque qui sévit à Paradise, les personnages parviennent tous à s'imposer comme des humains et pas seulement des ressorts comiques. Et dans combien de séries ce genre de choses est-il possible ?

Dans tout ça, qu'en est-il de la danse ? Plus qu'aucune série à vocation musicale du moment (oui-oui, j'ai bien dit aucune, et en adressant un regard en coin à Glee, Nashville et Smash encore), Bunheads se fait forte de toujours employé ses séquences dansées de façon raisonnable et intégrée à l'histoire : les auditions, les spectacles, s'ils ont évidemment une grande fréquence qui ne saurait être un hasard, ne sont jamais des prétextes. On assiste d'ailleurs plus souvent aux entraînements qu'aux répétitions, ce qui implique un point de vue plus technique qu'esthétique sur le fait de danser. Tout glamour étant définitivement abandonné dés que les petites recrues de la Paradise Dance Academy se photographient les ampoules aux pieds !
Quant aux quelques rares scènes qui montrent des passages dansés hors de toute intrigue, ils ne sont pas non plus des prétextes mais de véritables expressions du ressenti d'un personnage donné. Ces numéros, évidemment irréprochables du point de vue technique, peuvent surprendre d'un point de vue narratif, d'autant qu'ils ne sont pas présents d'entrée de jeu dans la saison et qu'ils ont tendance à clore les épisodes, et non à être insérés dans leur déroulement ; cependant leur valeur artistique, et la façon dont ils mettent en lumière les sentiments d'un personnage donné, est incontestable, ajoutant à Bunheads une profondeur qui lui va à ravir.

C'est que, derrière ses personnages fou-fous, sa petite ville balnéaire pleine de petits détails incongrus, et ses répliques-TGV (mais ça allait sans dire), Bunheads est une série autrement plus sombre que ne l'était Gilmore Girls. Le choix d'avoir pour personnages centraux, la majeure partie du temps, des adultes (les 4 jeunes danseuses n'occupant le devant de la scène que sporadiquement, ou alors pour mettre en valeur l'intrigue de Michelle, comme sur la fin du season finale), et a fortiori des adultes au tempérament foncièrement indépendant, offre une série au goût étrange. Là encore, il est tellement rare qu'une série ait pareille démarche : Bunheads s'adresse de toute évidence au premier chef à des adolescentes, mais ne leur offre pas exactement une vision édulcorée du monde adulte ; dans la série, Michelle et Fanny sont des personnages dont les regrets sont fondateurs de la personnalité, et qui passent, en outre, par des problèmes d'adultes (deuil évidemment, mais aussi problèmes d'argent, un fil rouge peut-être pas toujours très bien employé, mais omniprésent). Il est vrai que ce n'est pas forcément très excitant pour le public-cible d'ABC Family, mais enfin, reconnaissons à la série cette qualité : elle n'offre pas une vision idéalisée de l'âge adulte.
Ni de l'adolescence, d'ailleurs, puisque Sasha (résolument le personnage adolescent-clé de la série) est un petit être tourmenté, colérique, déchiré, et pourtant si vivant, si impressionnant. Sa fin de saison, même si elle sera légèrement bâclée (changer le focus pour braquer les projecteurs sur une autre bunhead semble brutal), sera la preuve d'une jolie évolution vers l'âge adulte.

Le mot-clé est évidemment "si". Car le pire, c'est que les pontes d'ABC Family vont nous ressorir un Huge sur ce coup-là, si on les laisse faire...
Bunhead est pourtant une petite perle à part dans le paysage télévisuel américain, capable à la fois d'avoir ce goût authentique typiques des petites villes (qu'avait déjà Gilmore Girls) et de montrer un pays qui, même perdu dans un coin d'Amérique où on ne met pas de panneau d'avertissement devant les routes privées, peut se montrer progressiste et ouvert. L'Amérique d'Amy Sherman-Palladino a toujours "the best of both worlds" à proposer, et on voudrait qu'elle le propose plus longtemps, et tant pis si la showrunner et l'héroïne principale ont comme point commun de manquer de rigueur et de focus : la balade est si belle.

Posté par ladyteruki à 23:03 - Review vers le futur - Permalien [#]

04-04-13

Des vis et des boulons

Vous serez de toute évidence devant votre télévision ce soir pour regarder Äkta Människor, dont je vous chante les louanges depuis plus d'un an maintenant donc ce devrait être acquis. M'enfin, si ça va sans dire, ça va quand même mieux en le disant, hein...

J'avais eu la chance d'assister à la conférence de presse organisée par arte autour de Lars Lundström, scénariste de la série, ainsi que l'opportunité d'avoir une courte interview avec lui, mais malheureusement, mon matériel technique m'ayant trahie, le son est absolument inaudible (dans ma version de l'interview, Lars est clairement un goa'uld...) et la retranscription relève de l'impossible. Je suis au moins autant déçue que vous, je vous rassure.
Du coup, rien sur ce blog pour aujourd'hui, si ce n'est un rappel de l'urgence qu'il y a à regarder l'une des meilleures séries de 2012. Et c'était un bon cru, c'est pour vous dire.

EN REVANCHE, et puisque je me l'étais gardé en réserve depuis la fin de mon visionnage, le bilan de la première saison d'Äkta Människor sera publié ici même, à la fin de la diffusion sur arte, donc on n'a pas fini de parler de nos hubots préférés. D'un autre côté, la série a été vendue dans 50 pays, dont la Grande-Bretagne, l'Australie ou encore, fait plus rare et donc d'autant plus intéressant à noter, la Corée ; du coup, je ne me fais pas de soucis pour elle.

AktaManniskor-Diffusion

J'en profite pour annoncer un hiatus indéterminé sur ce blog, et par indéterminé je veux dire quelques semaines à un mois, dans ces eaux-là.
En mon absence, soyez chics, continuez de regarder des séries d'un peu partout et à garder l'esprit ouvert, et quand je reviens, on repapote du succès de la série SON qui pourrait bien devenir la première série turque à être adaptée pour les USA. On se souvient qu'elle était aussi devenue la première série turque diffusée en Europe occidentale, plus précisément en Suède sur SVT, on va donc se repencher sérieusement sur la question.
Et sur plein d'autres trucs. Vraiment, bougez pas, je reviens.

Posté par ladyteruki à 17:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

29-03-13

Teriyaki season

L'arrivée du mois d'avril s'accompagne, comme c'est la tradition, d'une nouvelle saison télévisuelle nippone. Joie et allégresse ! En conséquence, c'est l'heure du tout aussi traditionnel post récapitulatif des nouveautés de la saison, qui, comme chacun sait, se veut long mais ne saurait prétendre à une parfaite exhaustivité, l'erreur étant humaine et toute cette sorte de choses.
Le coup d'envoi a été donné dimanche avec une série du câble, Sodom no Ringo, mais les festivités ne devraient réellement commencer d'ici une huitaine de jours. On est donc carrément dans les temps.

Sans plus attendre, voyons donc ce que nous réserve la télévision nippone pendant les 3 prochains mois !

En quotidienne  
   
Amachan_300 - Amachan / あまちゃん (NHK)
L'histoire : dans la région de Touhoku (n'est-ce pas), une adolescente devient progressivement le symbole de la renaissance de son patelin alors qu'elle se dédie à la pêche aux coquillages.
L'avis : une série quotidienne écrite par le scénariste Kankurou Kudou, 'scusez du peu. Ca compense... vaguement !
> A partir du 1er avril à 8h15
   
HakuinoNamida_300 - Hakui no Namida / 白衣のなみだ (Fuji TV)
L'histoire : un daytime drama en trois volets (un par mois) dans la 1ere partie duquel une femme enceinte développe un cancer du sein, laissant à son mari la charge de la maisonnée.
L'avis : apparemment les 2e et 3e parties seront annoncées ultérieurement, je me demande si la série sera plutôt anthologique ; ça serait une innovation intéressante.
> A partir du 1er avril à 13h30
   
Lundi  
   
Kakushou_300 - Kakushou / 確証 (TBS)
L'histoire : une nouvelle série policière dans laquelle l'enquêtrice d'une division de 3e zone décide de s'emparer d'affaires destinées à une unité plus performante.
L'avis : cop overdose.
> A partir du 15 avril à 20h
   
Galileo_saison2_300 - Galileo / ガリレオ (Fuji TV) - saison 2
L'histoire : 5 ans après la saison 1, la série d'enquêtes menées par un physicien et une détective fait son retour.
L'avis : Yaaay.
> A partir du 15 avril à 21h
   

Dorama-NoPhoto

- Houkago GROOVE / 放課後グルーヴ (TBS)
L'histoire : une jeune femme qui avait lâché ses études et intégré un gang retourne dans le droit chemin et devient enseignante avec une vision pédagogique bien à elle... mais la matière dont elle est chargée est sa pire terreur.
L'avis : une tentative courageuse d'apporter des variations à un pitch vu cent fois. Pas sûre que ça suffise.
> A partir du 22 avril à 00h20
   
Mardi  
   
KamoKyotoheIku_300 - Kamo, Kyoto he Iku. / 鴨、京都へ行く。 (Fuji TV)
L'histoire : une jeune femme carriériste travaillant pour le Gouvernement à Tokyo hérite de sa défunte mère... d'une auberge traditionnelle en bien mauvais état à Kyoto.
L'avis : ces histoires de femmes qui réapprennent le plaisir de gérer une maisonnée (fut-elle un hôtel) au lieu de mener une carrière ambitieuse, ça vend vraiment du rêve.
> A partir du 9 avril à 21h
   
   

KasukanaKanojo-300

- Kasuka na Kanojo / 幽かな彼女 (Fuji TV)
L'histoire : un prof peu passionné par son métier, et capable de voir des fantômes (qu'il n'aime pas non plus) va progressivement changer au contact d'une revenante pas comme les autres.
L'avis : bah oui mais s'il avait fait partie d'un gang dans sa jeunesse, il verrait la vie autrement. Aussi.
> A partir du 9 avril à 22h
   

DainiGakushou-300

- Dai ni Gakushou / 第二楽章 (NHK)
L'histoire : deux femmes qui se destinaient à une carrière dans la musique classique se retrouvent par hasard 17 ans après avoir joué dans le même orchestre. Elles ont des vies radicalement différentes... et sont cruellement jalouse de l'autre.
L'avis : ç'aurait été intéressant si, cliché parmi les clichés, la série ne promettait pas de baloter l'époux de l'une là-dedans.
> A partir du 16 avril à 22h
   

Mercredi

 
   

IryuuSousa-300

- Iryuu Sousa / 遺留捜査 (TV Asahi) - saison 3
L'histoire : l'enquêteur lisant la vérité dans les objets inanimés est de retour, et c'est à toute la téléphagie que ça joue un mauvais tour.
L'avis : et tuer la poule aux oeufs d'or ?! Soyons sérieux. Bon, d'accord : aux oeufs d'argent, mais quand même.
> A partir du 17 avril à 21h
   

KazokuGame-300

- Kazoku Game / 家族ゲーム (Fuji TV)
L'histoire : l'arrivée d'un tuteur dans une famille dysfonctionnelle, qui leur change la vie.
L'avis : apparemment l'adaptation TV/le remake du film éponyme de... 1983. Rien, pas même les décennies, n'arrête les repompeurs des chaînes, et c'est un fait universel.
> A partir du 17 avril à 22h
   

KumonoKaidan-300

- Kumo no Kaidan / 雲の階段 (NTV)
L'histoire : sur un îlot déserté de l'archipel, il n'y a plus de médecin. Un homme va commencer à exercer la médecine illégalement pour rendre service aux derniers habitants.
L'avis : j'ai vraiment un truc avec les histoires de périphérie abandonnée. Ca date de Ruri no Shima, je pense. Dommage qu'on nous prépare aussi un triangle amoureux plus classique outre cette douloureuse question.
> A partir du 17 avril à 22h
   

MeshibanaKeijiTachibana

Meshibana Keiji Tachibana / めしばな刑事タチバナ (TV Tokyo)
L'histoire : les aventures, adaptées d'un manga éponyme, d'un flic qui est incollable sur la cuisine populaire.
L'avis : un autre de mes péchés mignons ? Les séries de bouffe. Même s'il est suprêmement pourri, rien ne se mettra entre un pilote de série de bouffe et moi. RIEN, vous entendez.
> A partir du 10 avril à 23h58
   
Jeudi  
   

Keiji110kg-300

Keiji 110 kg / 刑事110キロ (TV Asahi)
L'histoire : un petit planton sans importance, mais doté d'un 6e sens lorsqu'il s'agit de comprendre de quoi ont besoin les gens, est subitement promu chef d'une division d'enquêtes.
L'avis : c'est bien, ça nous change de euh non pardon.
> A partir du 25 avril à 20h
   

Doubles-300

- Doubles / ダブルス (TV Asahi)
L'histoire : une nouvelle unité d'élite est créée afin de gérer les crimes les plus violents du district le plus soumis à la criminalité, mais ce pourrait aussi être un simple coup médiatique. Deux hommes y sont affectés et tentent de surmonter leur différence pour résoudre des enquêtes.
L'avis : le nombre de fois où des chaînes nippones ont tenté de nous ressuciter BOSS sans ressuciter BOSS, avec quelques menues variations (ici buddy cop show), je compte même plus.
> A partir du 18 avril à 21h
   

SennyuuTanteiTokage-300

- Sennyuu Tantei Tokage / 潜入探偵トカゲ (TBS)
L'histoire : après une tragédie dans laquelle il pense avoir une responsabilité, un enquêteur de talent s'est retiré de la police, devenant détective privé en dilettante. Aidé de son assistante, il finit pourtant par aider à nouveau la police.
L'avis : Monk... sans les TOCs. Qu'est-ce qu'on s'éclate.
> A partir du 18 avril à 21h
   

LASTCINDERELLA-300

- LAST CINDERELLA / ラスト シンデレラ (Fuji TV)
L'histoire : une jeune femme qui ne cherche ni à être belle ni à trouver l'amour va quand même finir par changer d'avis.
L'avis : parce que nan mais ho. Et aussi parce qu'elle se comporte tellement comme un garçon qu'il lui pousse une barbe. I SHIT YOU NOT. Vous la sentez arriver, la review féministe outrée ? Moi aussi, donc rendez-vous est pris.
> A partir du 11 avril à 22h
   

DetarameHero-300

- Detarame Hero / でたらめヒーロー (NTV)
L'histoire : un bon à rien se retrouve, à la mort de sa soeur, responsable de son neveu qu'il ne connait pas, mais qui possède des bonbons magiques qui donnent des superpouvoirs à notre incapable. Avec l'aide d'un ami policier, il devient donc un vigilante...
L'avis : "tu regardes toujours tes séries japonaises débiles ?"/"rha, mais elles sont PAS déb-... ahem, nan tu sais quoi, oublie".
> A partir du 4 avril à 23h58
   
Vendredi  
   

TsumawaKuno-300

- Tsuma wa, Kuno / 妻は、くノ一 (NHK BS Premium)
L'histoire : dans ce dorama historique, un astronome jusque là rêveur tombe sous le charme de la compagne qui lui est attribuée. Mais peu après leur mariage, elle disparait dans d'étranges circonstances.
L'avis : un homme passionné par les étoiles, une femme ninja... les séries historiques nippones remontent dans mon estime ces derniers temps, et celle-ci participe au mouvement.
> A partir du 5 avril à 20h
   

TAKEFIVE-300

- TAKE FIVE / TAKE FIVE (TBS)
L'histoire : il y a 20 ans, Masayoshi Homura et son équipe de voleurs, surnommés les "TAKE FIVE", ont décidé de se ranger. Mais voilà que Homura, devenu professeur, reçoit une étrange incitation à voler une célèbre toile...
L'avis : hm, si ça n'est pas procédural, ça pourrait être intéressant d'assister à un Ocean's 5 en version japonaise...
> A partir du 19 avril à 22h
   

OtenkiOneesan-300

- Otenki Oneesan / お天気お姉さん (TV Asahi)
L'histoire : une météorologue surdouée (elle a eu son diplôme à 11 ans) utilise sa connaissance de la météo, du climat et même de l'astronomie pour résoudre des enquêtes.
L'avis : laissez-moi réfléchir...
> A partir du 12 avril à 23h15
   

VampireHeaven-300

- Vampire Heaven / ヴァンパイア・ヘヴン (TV Tokyo)
L'histoire : deux femmes vampires mises au rebut de leur vampirique société tombent toutes les deux sous le charme d'un humain. PAR CHANCE ! Quand elles jouent de la musique, l'envie de lui aspirer le sang disparait.
L'avis : il y a contradiction dans les termes.
> A partir du 12 avril à 00h12
   

MinnaESPerDayo-300

- Minna! ESPer Dayo! / みんな!エスパーだよ! (TV Tokyo)
L'histoire : un lycéen se réveille un jour en découvrant qu'il a des pouvoirs de télépathie. En fait, il réalise que tout son patelin a des pouvoirs surnaturels...
L'avis : adaptation d'un manga dont je me demanderais bien ce qu'il vaut, si l'heure de diffusion de la série ne me donnait déjà une idée de la réponse.
> A partir du 12 avril à 00h52
   

Samedi

 
   

Dorama-NoPhoto

- Ooka Echizen / 大岡越前 (NHK BS Premium)
L'histoire : un biopic retraçant la vie du magistrat éponyme qui a géré les affaires administratives et judiciaires d'Edo au 18e siècle. Son humanité et son sens de la justice en ont fait une légende.
L'avis : à noter qu'une série du même nom (et forcément avec le même sujet) avait été diffusée par TBS entre 1970 et... 1999 ! L'un des jugements de ce personnage historique est absolument délicieux : à un marchant qui prétendait que sentir ses plats était du vol, Ooka Echizen a réclamé le paiement de l'odeur de ses plats par le son des pièces équivalant à son prix. Perfection.
> A partir du 30 mars à 20h
   

35SainoKoukousei-300

- 35 Sai no Koukousei / 35歳の高校生 (NTV)
L'histoire : une femme de 35 ans reprend, étrangement, le chemin du lycée. Si elle tente de se fondre dans la masse, c'est évidemment impossible, d'autant qu'elle semble richissime.
L'avis : une nouvelle variante de l'adulte qui intervient dans les problèmes d'ados, puisque la chose qui fait sortir notre lycéenne ménopausée de ses gonds est la violence et le harcèlement.
> A partir du 13 avril à 21h
   

GoenHunter-300

Goen Hunter / ご縁ハンター (NHK)
L'histoire : après s'être consacrée à sa mère et à son travail, une célibataire de 40 ans mise à la porte par ladite mère (qui se remarie) remet en question sa valeur sur le marché du mariage. Mais son esprit de compétition reprend vite le dessus...
L'avis : j'vous préviens, encore un pitch comme ça, et je commence à tuer des chatons. Mais des chatons célibataires, alors ça va.
> A partir du 13 avril à 21h
   

SodomnoRingo-300

- Sodom no Ringo / ソドムの林檎 (WOWOW)
L'histoire : choquée par le suicide de son ex, une éditrice découvre qu'il avait une autre femme dans sa vie, et qu'elle est accusée de son meurtre. En remontant dans le passé de l'étrange créature, l'éditrice fait de curieuses découvertes...
L'avis : je sais pas pourquoi, j'ai une sorte d'Atami no Sousakan feeling sur ce coup. Vous vous souvenez d'Atami no Sousakan ? Au pire, je me referai une intégrale, tiens.
> Depuis le 23 mars à 22h
   

Dorama-NoPhoto

- Machigawarechatta Otoko / 間違われちゃった男 (Fuji TV)
L'histoire : lors d'un casse dans un restaurant de sushi, deux voleurs médiocres sont pris pour des sommités de la cuisine. Impossible de s'enfuir !
L'avis : maudites séries de bouffe, elles auront ma perte. Et ce sera délicieux.
> A partir du 13 avril à 23h10
   
Dimanche  
   

SoratobuKouhoushitsu-300

- Soratobu Kouhoushitsu / 空飛ぶ広報室 (TBS)
L'histoire : une journaliste insistante et douée en interviews explosives se voit confier contre son gré un reportage informatif sur les forces de défense, où elle va susciter des réactions épidermiques, notamment auprès d'un pilote.
L'avis : amis Japonais, n'avons-nous rien appris de TOKYO Airport sur l'intérêt des avions dans les séries ? Rien ?! ...Et pourtant, j'ai envie de laisser le bénéfice du doute.
> A partir du 14 avril à 21h
   

KogureShashinkan-300

- Kogure Shashinkan / 小暮写眞館 (NHK)
L'histoire : après avoir, avec sa famille, emménagé dans un vieux studio photo qui n'avait pas servi depuis 50 ans, un jeune garçon découvre la photographie de ce qui ne peut être qu'une femme-fantôme, et, intrigué, tente de comprendre ce qui se cache derrière cette étrange histoire...
L'avis : une histoire un tantinet originale qui peut fournir le pire comme le meilleur, en tous cas ma curiosité est piquée.
> A partir du 31 mars à 22h
   

MayonakanoPanyasan-300

- Mayonaka no Panya-san / 真夜中のパン屋さん (NHK BS Premium)
L'histoire : l'histoire d'un étrange boulanger débutant dont l'échoppe n'ouvre qu'à minuit...
L'avis : après un peu de flou, la série s'est enfin trouvé une date de diffusion. Reste à voir si elle partage autre chose qu'une vague parenté avec Shinya Shokudou. Vous vous souvenez de Shinya Shokudou ? Au pire, je me referai une intégrale, tiens.
> A partir du 28 avril à 22h
   

HaitatsuSaretaiWatashitachi-300

- Haitatsu Saretai Watashitachi / 配達されたい私たち (WOWOW)
L'histoire : un homme en pleine dépression décide qu'avant de se suicider, il délivrera les 7 lettres jamais distribuées qu'il a trouvées par hasard dans un bâtiment abandonné, ignorant qu'il va changer des vies au passage.
L'avis : si WOWOW ne tombe pas dans l'exagérément larmoyant, on tient ptet le bon bout. Et vu que justement, on parle de WOWOW...
> A partir du 12 mai à 22h
   

BADBOYSJ-300

- BAD BOYS J / BAD BOYS J (NTV)
L'histoire : adapté du manga BAD BOYS, la vie de 3 bikers qui sillonnent la région de Hiroshima afin de s'imposer comme le gang le plus important.
L'avis : et dans le fond il était temps. Avec tous ces bikers reconvertis en professeurs peu conventionnels, passer un peu de temps dans la (puissante) culture motorisée japonaise ne serait pas du luxe.
> A partir du 6 avril à 00h50

Outre ces nouveautés, rappelons que Yae no Sakura, sur la NHK, entame son deuxième trimestre de diffusion.

Oh. Bon. Bof... je sais pas si c'est moi, mais j'ai l'impression qu'il y a quand même beaucoup de poulet cette saison. Vous trouvez pas ? Il en va se nicher même dans les séries culinaires ! Si on peut plus manger autre chose que de la poularde, je ne m'amuse plus tant que ça... Bon, j'exagère évidemment, car il n'y a quand même pas QUE des séries policières cette saison, mais c'est un peu déprimant, comme panorama. Sans compter que quand il ne s'agit pas d'enquêtes, les personnages sont presque tous masculins, cette saison ! Je ne sais pas ce qu'il se passe tout d'un coup, mais ça fait bizarre. Bon alors, oui, il y a par exemple LAST CINDERELLA et Goen Hunter mais, hm, bon, occultons-les tout-à-fait afin de m'éviter une énième poussée d'urticaire face au sexisme des séries japonaises.
Et dans la foulée, on fera de la psychologie de comptoir à propos du Japon un autre jour. Mais sérieusement, entre les flics chargés de crimes à longueur de saison, les femmes célibataires avec une date de péremption, et les populations jeunes à problèmes, j'ai quand même envie de prescrire du Xanax à tout l'archipel, ils me font de la peine à voir comme ça.

Rares sont les idées, vous l'aurez compris, à m'avoir enthousiasmée. Après on est d'accord qu'il n'y a rien de plus imprévisible qu'un pitch de série nippone, mais enfin, là, j'ai autant de me ruer sur des pilotes japonais du printemps que de choper la dysentrie. Il faudra attendre de voir le traitement des pilotes qui nous passeront à portée de main pour, peut-être, découvrir des perles, mais là tout de suite, dorama, dysentrie, dorama, dysenterie... ouais, définitivement la dysentrie.

Que reste-t-il à dire encore ? Eh bien, ce que VOUS, vous pensez de cette nouvelle saison japonaise, ça serait pas mal. Allez-y, dites-moi tout, je vous écoute : quelles sont les nouveautés qui vous font envie plus que d'une dysenterie ?

Posté par ladyteruki à 21:12 - Dorama Chick - Permalien [#]

22-03-13

This is 45

En ce vendredi où le post est programmé à l'avance (je vous prends pas en traitre, 'voyez), je vous propose une petite update sur mon défi cinématographique, commencé au 1er janvier.
Et, pardon de vous le dire d'entrée de jeu, mais je ne suis pas mécontente de moi : depuis début 2013, j'ai vu la bagatelle de 45 films ! En un peu moins de 3 mois, donc. A ce stade je crois qu'il n'est pas exagéré de prédire que d'ici la fin du défi, au 31 décembre prochain, et ce même en ralentissant le rythme, j'aurai probablement vu plus de 95 films, et donc battu le record de 2010. Non que je sois dans l'objectif chiffré, au contraire, car chacun de ces films a été découvert avec la recherche du plaisir avant tout, mais disons que constater ma motivation a tendance à me motiver encore plus. C'est clairement un cercle vertueux !

SecretDiaryofaCinephile

D'autant qu'autour des films vus à proprement parler, il y a le temps passé à en parler (la rubrique Comme au cinéma a rarement été aussi active que cette année, j'ai eu de nombreux échanges sur Twitter à propos des films...), à chercher ma prochaine trouvaille, à lire des filmographies, à écumer le feedback de RottenTomatoes, et ainsi de suite. Bref, à essayer de me documenter et de faire des choix qui m'intéressent et me surprennent à la fois (c'est une gageure en soit). C'est d'autant plus satisfaisant de faire un petit bilan d'étape et de voir que les efforts s'avèrent payants.

Parmi vos suggestions, j'ai été faire mon marché. Pendant les trois mois écoulés, j'ai vu Moonrise Kingdom, mais aussi Little Manhattan, The Ice Storm... sur Twitter on m'avait aussi recommandé Kaboom et Mysterious Skin, ça a été vu aussi.
En revanche, je n'ai toujours pas trouvé le moyen de récupérer certains films asiatiques qui m'intéressaient parmi vos propositions (en particulier Nobody to watch over me/Dare mo mamotte kurenai, et What happened last night ?/Dongshini jamdeun saie...) alors dans l'intervalle, j'ai décidé de tenter un film non-américain venu d'un autre continent que l'Asie : Iron Sky. Du coup, si on ajoute Third Star vu en janvier (recommandé par Astiera), et Aruitemo Aruitemo vu le mois dernier (et recommandé par Eclair), j'ai déjà dépassé le mini-objectif du point 5 de mon défi, à savoir de ne pas tenter que des films américains. Les prochains films non-US vus d'ici la fin de l'année seront donc un simple bonus !
Si vous avez une idée sur la façon dont je peux cagouler ces films asiatiques (idéalement en VOSTA), je prends les suggestions avec plaisir parce que j'avoue n'avoir aucun repère en la matière.

Ces derniers temps, j'ai essayé de me focaliser sur des films très récents, généralement en me basant sur le buzz qu'ils génèrent et/ou leur exposition dans mon champs de vision au quotidien (affiches, notamment), comme The Sessions, The Perks of Being a Wallflower, Bachelorette, Silver Linings Playbook, This is 40... Je n'irai pas jusqu'à dire que tous m'ont ravie, évidemment, mais ça m'a fait plaisir d'essayer de prendre le pas sur le pas des vrais cinéphiles, et de me dire que pour une fois, je n'ai pas systématiquement un train de retard.
Dans un même temps, j'ai aussi essayé de laisser une large part de mes découvertes à des films issus de la programmation de festivals (notamment Sundance, généralement de la programmation 2012), afin de ne pas uniquement voir des films très connus, et tenter des choses plus intimistes, peut-être, ou en tous cas ayant peut-être des ingrédients plus à même de me surprendre et m'emmener là où je ne m'y attendais pas. Mentionnons par exemple Compliance, Robot & Frank, Safety Not Guaranteed, For a Good Time, Call... et quelques autres, il me semble.
N'allez cependant pas croire que tous mes visionnages ont un sens, car beaucoup se jouent au coup de tête (c'est comme ça que, je l'avoue, je prends le plus de plaisir à découvrir un film). Suivre systématiquement une méthode serait, certainement, plus efficace en matière de culture cinématographique, mais serait aussi l'assurance de mon ennui le plus sincère au bout de deux semaines de ce régime. Par exemple, de façon complètement imprévue, le visionnage de For a Good Time, Call... a conduit à un épluchage en règle de la filmo d'Ari Graynor (avec Celeste and Jesse Forever et Lucky, et j'hésite sur What's your number ?), et, par associations d'idées, au visionnage de Bad Teacher. Pour me tenir en alerte, rien ne vaut donc un visionnage impromptu de Good Morning Vietnam, Office Space ou encore Lost in America ; paradoxalement ça m'a permis de regarder des films plus anciens, mais au moins c'était fait sans me dire : "regardons des trucs moins récents histoire d'acquérir un peu de culture cinématographique". Hey, du moment que ça fonctionne...

Pour finir, il y a un film que j'ai hésité à ajouter au Secret Diary : The Big Lebowski. J'étais chez quelqu'un, j'ai lancé "ah tiens ça j'ai jamais vu (mais on m'en a beaucoup parlé)" de façon tout-à-fait innocente en passant devant sa collection de DVD... et je me suis retrouvée à regarder le film en VF à 4h du matin. J'avoue que l'expérience était moyennement consentie ; or, une règle de mon défi stipule que je dois avoir fait la démarche personnelle de voir le film, et non comptabiliser ceux qui me sont infligés. Au final, j'ai décidé de tout de même l'ajouter, parce que je n'ai pas mis beaucoup d'énergie à refuser, et comme c'était un de ces "classiques" auxquels j'ai vaguement conscience que je ne peux pas vraiment couper si je veux prétendre à une culture ciné à peu près décente, autant prendre l'expérience de façon positive et ajouter The Big Lebowski à mon tableau de chasse. En plus, ce qui est fait n'est plus à faire, si vous voyez ce que je veux dire...

ForAGoodTimeCall

Dans le lot de ces films vus (et dont vous trouverez, naturellement, une liste plus complète dans le Secret Diary), il y a eu quelques sincères coups de coeur, dont God Bless America (le DVD a immédiatement été commandé), For a Good Time, Call... (déjà regardé cinq fois, ça détend comme rien), ou encore Blue Like Jazz. J'ai été assez étonnée d'aimer The Blind Side et The Sessions bien plus que je ne l'aurais imaginé, vu leurs actrices principales respectives que je ne porte d'ordinaire pas dans mon coeur, et, qui plus est, de les aimer en grande partie pour les performances de ces mêmes actrices ; il va probablement y avoir de la filmographie dans l'air...
C'était à prévoir, il y a eu quelques échecs, aussi. Des films abandonnés au bout de quelques minutes, puisque comme vous le savez, je n'ai pas peur de faire marche arrière quand je sens que ça ne colle pas. Celui qui m'a le plus déçue est Beasts of the Southern Wild, pendant lequel j'ai tenu au moins vingt minutes, espérant qu'il allait se passer un déclic, mais qui n'a pas fait mine d'aller quelque part où j'avais de le suivre, et que j'ai donc abandonné en cours de route. J'ai toujours un mal de chien avec les louanges adressées à beaucoup d'enfants acteurs, au passage, dont on dirait que le simple fait d'être debout devant une camera et de réciter un texte sans sembler totalement le comprendre suffit à déclencher l'admiration des adultes, y compris des professionnels. Il y a sûrement quelque chose qui m'échappe dans ce domaine... peut-être que je creuserai ça plus tard pendant l'année ?

Côté prévisions, maintenant.
Pour mon anniversaire, un cinéphile de ma connaissance vient de m'offrir (..oui, avec deux mois de retard) les DVD de Full Metal Jacket et The Hurt Locker, donc je verrai sûrement ces films d'ici la fin du défi. Tree of Life, Melancholia, Cloud Atlas, Deliverance, A Few Good Men et Shallow Grave sont également sur ma liste de films à tester, car on me les a chaudement recommandés (plusieurs d'entre eux suite à mon post sur l'obsession du cinéma pour l'amuuur).
En toute sincérité, j'avais déjà tenté Cloud Atlas il y a quelques semaines, mais avais écopé d'un solide mal de crâne au bout de quelques minutes, cependant j'ai vraiment envie de le voir, donc il y aura un second essai prochainement. Simplement, j'avais eu du mal avec le sentiment de désorientation qui résultait des premières scènes. Idem avec Deliverance, je l'avais commencé mais abandonné, découragée ; je ne sais pas si c'est ma version qui est en cause, ou bien l'âge du film, mais le son rendait le visionnage assez pénible. Je me demande si pour une fois je vais pas le regarder en VF (le doublage me semble toujours "moins pire" pour les vieux films...), ça règlera peut-être mon problème.
Je continue aussi de faire mon marché un peu au hasard, sur des coups de tête, donc il y a aussi une grande part d'inconnue dans les prochains films que je verrais, et ça m'arrange un peu, car plannifier mes visionnages à l'avance à tendance à se montrer assez contre-productif. A l'inverse, je voulais énormément voir Queens of Country mais j'ai été infoutue de trouver le film pour le moment ; je voudrais également m'attaquer aux Batman de Nolan, donc j'ai cagoulé le premier volet ; on verra bien ce que ça donne.
Dans ce que j'ai vu récemment, il y a de la comédie et du drama, mais j'aimerais aussi trouver quelque chose qui s'oriente vers le thriller, qui ait de quoi me couper le souffle, me donner quelques noeuds à l'estomac même, si c'est pas trop demander. Idéalement, une expérience similaire à Buried me tenterait bien (avec un sujet moins décevant, si possible), mais j'ai bien conscience que ce genre de choses ne se commande pas...

Si vous avez de nouvelles recommandations, dans tous les domaines (comédies ou drames, US ou pas, récent ou ancien, indies ou blockbuster...), je prends toujours, si possible dans les commentaires de ce post, afin que je puisse venir y piocher l'inspiration au besoin.

Bon mais alors, dites-moi, à votre avis, je m'en sors comment ? Ah, et question subsidiaire : à quel moment pensez-vous que je puisse sortir du statut de néophyte et commencer à me considérer comme un tout petit peu éduquée (même s'il est clair que je suis loin de pouvoir me prétendre totalement cinéphile) ?
Car la recherche de nouveaux films à voir, la décision d'opter pour une suggestion et non pour une autre, le choix d'un nouveau cagoulage, me font réfléchir à plein de choses sur la culture ciné. Par exemple, quels sont à votre avis les films indispensables à toute culture ciné de base ? Depuis le début de mon exploration du monde du long métrage, en 2010, en tout ce sont 210 films qui ont été vus, mais il y a certainement des incontournables qui me manquent encore. Fight Club, peut-être ? L'aura qui l'entoure m'intimide un peu, j'avoue. D'ailleurs, comment détermine-t-on qu'un film est "incontournable" ? Parce que moi, Brab Pitt à l'affiche, ça aurait plutôt tendance à m'inciter à contourner... Ou encore : faut-il absolument avoir vu du Hitchcock pour prétendre décemment être un cinéphile ? La tribune vous est ouverte, j'attends votre opinion sur ces sujets et leurs corollaires.

Posté par ladyteruki à 19:00 - Comme au cinéma - Permalien [#]

15-03-13

Communiqué officiel de l'Union Intersyndicale des Psychopathes de Télévision

IUPT-LOGO

Los Angeles, 15 mars 2013

Une avancée qui marquera les esprits


L'Union Intersyndicale des Psychopathes de Télévision (UIPT) se félicite du lancement lundi de Bates Motel, et adresse ses remerciements les plus vifs à A&E pour son implication dans notre lutte. Cette initiative ne peut que contribuer à améliorer la visibilité d'une minorité sur le petit écran.

En effet, en dépit des avancées successives de ces dernières années, l'UIPT tient à rappeler qu'à l'heure actuelle, la télévision américaine diffuse plus d'une quinzaine de séries dans lesquels les héros sont montrés comme étant au service de la loi et relativement stables psychologiquement, contre moins d'une demi-douzaine seulement de séries choisissant de suivre des déséquilibrés criminels, généralement sur le câble de surcroît. Parmi les quelques séries contribuant à la réhabilitation de notre communauté, mentionnons Dexter, American Horror Story, et désormais Bates Motel. Cette discrimination n'aide en rien les professionnels et simples amateurs sévissant dans le pays, et en particulier, ne facilite pas la banalisation de leur image aux yeux du grand public, contribuant ainsi à envenimer chaque année les relations de milliers de psychopathes avec leurs victimes potentielles.
Pour rappel, la surreprésentation policière à la télévision a été déclarée "grande cause nationale" par l'UIPT, qui s'engage sur ce terrain pour la 13e année consécutive, année anniversaire s'il en est.

Dans son rapport 2012, l'UIPT relevait que "la traque systématique dont nos pairs font régulièrement l'objet dans la majorité de ces fictions est le symbole de la violence d'une société envers ses propres sociopathes". Ainsi, The Following, dont nous nous réjouissions de l'apparition dans un précédent communiqué, bien que plaçant notre confrère au centre de l'intrigue, montre une fois de plus celui-ci sous un angle peu flatteur. De grands efforts peuvent, et doivent, être fournis par tous afin que ces pratiques disparaissent.
A ce titre, l'UIPT souligne la démarche positive d'A&E et de Bates Motel, qui prend le parti de s'arrêter sur la jeunesse de notre confrère, et non sur sa capture. Un progrès dont l'UIPT se réjouit, espérant qu'il inspirera d'autres fictions.

Enfin, l'UIPT réaffirme sa joie à l'idée de voir débuter prochainement Hannibal, une fiction mettant en vedette l'un de nos plus estimés confrères, dont le lancement sur un network ne pourra que permettre de poursuivre la lutte contre les inégalités que nous déplorons depuis de nombreuses années.

Inspirée par toutes ces initiatives télévisuelles, la présidence de l'UIPT achève d'organiser une "Psycho Pride" courant 2013 ; les dates de nos manifestations, ainsi qu'une liste de blanchisseries parrainant l'évènement, seront rendues publiques dans un prochain communiqué.

On vous tuera tous,
bien cordialement.

Empreinte

 

 

 

 

Red John
Président de l'UIPT

Posté par ladyteruki à 00:12 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

08-03-13

La cause des femmes

Il y a quelques jours, Sullivan a partagé cet article d'Ecrans ; plus que l'article lui-même, c'est une citation de celui-ci dans le tweet de Sullivan qui m'a marquée : "En France, au niveau de l’industrie de la fiction, on est entre le Sri Lanka et la Biélorussie".

En tant qu'amatrice de séries de tous les pays, la phrase m'a interpelée. Sur le principe, c'est à peine exagéré : oui, notre industrie télévisuelle n'a rien d'une industrie en réalité, et de nombreux pays ont développé des systèmes bien plus performants que le nôtre pour avoir un véritable roulement en matière de fiction. Mais surtout, le classement est intéressant parce qu'il n'est pas très loin de la vérité... même si, de mon point de vue, nous serions plutôt après la Pologne.
Pourquoi la Pologne ? Parce que les productions polonaises ressemblent à s'y méprendre à des séries de TFHein, à moins que ce ne soit l'inverse. Sur le plan du budget, de la réalisation, et généralement de l'exigence, on est vraiment dans cette famille-là.

Dernier exemple en date : Na Krawędzi, qui a débuté la semaine dernière sur Polsat. Il s'agit, évidemment, d'une série policière/sociale, comme TFHein rêve d'en faire et complote probablement d'en sortir un remake dés que possible à l'heure où nous parlons. L'héroïne de cette série s'appelle Marta Sajno, une éditrice qui a trouvé le sujet et qui, après avoir vécu au Canada, revient en Pologne avec sa fille Anna, pour régler des affaires. Sauf qu'elle va se retrouver au coeur d'une enquête policière conduite entre autres par l'enquêtrice Tamara Madejska, touchant au milieu de la prostitution... L'occasion pour Marta de s'impliquer sur un sujet qui lui est cher : les violences faites aux femmes.

NaKrawedzi

Avec pareille combo, on s'attendrait à ce que Na Krawędzi soit une série, disons, moderne, et peut-être même féministe. Vous savez, girl power, tout ça.
C'est oublier un peu vite qu'on est en Pologne.
Car, outre le fait qu'en Pologne, le féminisme a été enterré dans la joie et l'allégresse dans la même fosse que le communisme, il s'avère que dans ce pays, on ne célèbre pas exactement le girl power dans la fiction. Et la priorité n'est pas au changement des représentations, non plus.

Il y a bien-sûr le problème bien à part des soaps et telenovelas nationaux, qui évidemment font la part belle à un grand nombre de clichés sexistes, que le célèbre conservatisme polonais n'aide pas. C'est ce qui a permis à un soap tel que Majka de prospérer, par exemple, à partir d'un pitch pourtant ridicule au possible, celui d'une jeune femme vierge qui entre à l'hôpital pour une opération, mais se retrouve par erreur inséminée avec le bébé d'un couple qui faisait un traitement de fertilité (oui, vierge et enceinte, le personnage de rêve pour une société profondément catholique). L'héroïne est enceinte d'un inconnu dont elle va tomber amoureuse a posteriori... mais, ouf, l'honneur est sauf, elle n'a pas fauté !
Le fait que les chaînes polonaises fassent leur marché parmi les pitches les plus rétrogrades de la télévision sud-américaine pour leurs idées de telenovelas n'arrange évidemment rien (et fait souvent passer, par comparaison, ces mêmes telenovelas hispaniques mièvres et/ou simplistes pour des séries avant-gardistes de HBO).

Mais même du côté des séries dramatiques hebdomadaires, on ne peut pas dire que les personnages féminins soient particulièrement impressionnants.
Oh, pas de mégarde : la télévision polonaise regorge d'héroïnes ! Simplement elles ont une fonction essentiellement ornementale et/ou maternelle.

Prenez Prawo Agaty, sur TVN, c'est un cas d'école... et accessoirement un grand succès : la série a été lancée en mars 2012, elle aborde d'ores et déjà sa 3e saison. Dans cette série légale, Agata, une femme qui était juriste pour une compagnie d'assurances, perd son emploi ; or elle est mère célibataire, et elle a besoin de gagner sa vie (sous-entendu : si elle était mariée, perdre son emploi serait totalement anodin financièrement). Avec une amie qu'elle a connue à la fac, elle monte donc son propre cabinet d'avocats, mais elle n'a jamais pratiqué le droit civil jusqu'à présent ! Elle aurait aussi pu ne pas ouvrir un cabinet se spécialisant dans le droit civil, mais bon. La série chronique donc ses nombreuses difficultés à plaider des affaires généralement à vocation sociale. Chaque semaine, à charge pour Agata à la fois de devenir une meilleure avocate, et d'aider des familles dans la détresse.
Loin de nous offrir un The Good Wife (faudrait ptet voir à pas déconner), la série serait plutôt un Ally McBeal sous perfusion de tranquilisants, lorgnant en fait énormément vers Joséphine, ange gardien. Ne vous retournez pas, mais je crois que des gens de TFHein nous écoutent et prennent des notes ; faites semblant de rien. Il y a évidemment un fond de romance (Agata est une célibataire, et ce crime ne peut rester impuni), mais surtout beaucoup d'occasions pour notre héroïne de faire des démonstrations de compassion, d'écoute, et de toutes sortes de qualités du même tonneau supposément très féminines. Alors évidemment, Prawo Agaty nous montre en apparence une femme indépendante (même si, croisons les doigts, ça ne va pas durer !) qui porte de jolis tailleurs au-dessus du genou, ça va, on n'est pas des animaux moyenâgeux, quand même ! ...Mais enfin, les clichés sont quand même là et bien là. Et accessoirement, Agata est présentée de façon tellement inoffensive, que sa beauté a plutôt pour vocation d'attirer le public mâle que d'inspirer le public féminin.

NaKrawedzi-logo

Eh bien dans Na Krawędzi, c'est un peu la même.
Marta est une très belle femme blonde qui a du succès dans les affaires, conduit d'une main de fer un magazine féminin, et qui a une fille dont tout semble indiquer qu'elle a réussi à bien l'élever, Anna étant en deuxième année de droit (ANNA, APPRENDS LE DROIT CIVIL !!!). Ca fait plaisir, un personnage fort, me direz-vous ! Tenez-vous bien, il y en a deux. Car l'épisode commence alors que Marta a découvert un cadavre dans le jardin (c'était donc un mardi au pays des séries), sur lequel une équipe de policiers va enquêter, dont Tamara Madejska, une femme célibataire qui a du caractère (ça se voit parce qu'elle porte un blouson en cuir et elle fait du judo). Les deux femmes semblent partager quelque chose que l'épisode prend bien garde à ne pas expliciter trop vite, même si son accompagnement musical très lourd vend un peu la mèche.
Vous l'aurez deviné, les deux femmes se connaissent parce qu'avant de partir pour le Canada faire fortune, Tamara avait été chargée d'une affaire qui concernait directement Marta, et qui explique pourquoi cette dernière est si motivée en matière de violences faites aux femmes. C'est un lourd secret qu'évidemment elle a caché à sa fille Anna, laquelle n'a pas connu son père (clin d'oeil appuyé, clin d'oeil appuyé)...

Vous le comprenez, gros changement dans la dynamique sur le fond : quand s'expliquent les tenants et aboutissants de Na Krawędzi, on comprend que son héroïne est en réalité une victime avant tout, que cela dirige ses actions (monter un journal féminin, éduquer sa fille seule, etc...), et non une femme à poigne. En la faisant s'investir pour la cause des femmes maltraitées (prostitution dans cet épisode, mais aussi violences domestiques à travers une fondation qu'elle a créée, et viol dans une scène tardive du pilote), la série modifie le sens de sa prise de responsabilité pour en faire une femme qui, une fois de plus, agit par compassion et solidarité. Bizarrement, c'est quand s'opère ce changement symbolique dans la représentation de Marta que l'enquêtrice Tamara est reléguée au second plan, une dynamique permise par le fait qu'une équipe de flics mixte est sur le coup. Les hommes peuvent ainsi prendre le relai, nous sommes sauvées !

Mais attendez. Il y a pire.
Dans un épisode qui va fustiger la prostitution, nous allons avoir la chance de faire connaissance avec Anna, qui, osons le dire, n'a qu'une vocation purement décorative dans cet épisode. Le personnage n'a clairement été placé là que pour monter le background de Marta, mais bon, maintenant qu'il est là, ce perso, il faut bien qu'il se rende utile. Qu'est-ce qu'on pourrait donc bien en faire ?
Charmante petite personne forcément jolie, Anna va donc passer son temps à sourire et faire des oeillades à tout le monde, évidemment en mini-jupe autant que possible, et va même finir une scène en topless (ok, là j'avoue, ma théorie fumeuse sur la société conservatrice polonaise s'effondre, j'ai pas d'explication). Certes, on ne la verra que de dos, mais enfin, bon, ça se voit un peu que c'est gratuit.
Et ça se voit d'autant mieux que dans Na Krawędzi, aucune scène ne dure plus de 2 minutes (montre en main, j'ai vérifié !), alors que la camera va s'apesantir lourdement sur Anna dans sa piscine, scène qui de surcroît n'a pas l'ombre d'une signification pour l'histoire. En gros, Anna parle à sa mère, laquelle se dépêche d'aller bosser, là-dessus, paf, une minute sur Anna qui se désape et va faire du quasi skinny-dipping. Pas l'ombre d'un petit prétexte si ce n'est "ah tiens, la conversation est finie, allons mater la gamine pendant une minute". Non, on ne va même pas faire semblant d'avoir une raison, à quoi bon.

Le résultat obtenu par cet ensemble de procédés fait de Na Krawędzi une série totalement contre-productive. Sans aller jusqu'à espérer une série ayant le courage d'un Uçurum, voire même si on était en veine, un Matrioshka, j'espérais un peu mieux d'un tel pitch.
Là où on s'attendrait à avoir un thriller intéressant et original (d'autant que la série a choisi une intrigue feuilletonnante, et non un format procédural, ce qui est une bonne idée à la base), on se retrouve au contraire avec une série usant de tous les stratagèmes pour renvoyer les femmes dans leurs rôles télévisuels typiques : des femmes blessées, des justicières impossibles à aimer, et de jolies bimbos pas trop frileuses.
Mais tout ça au nom de la dénonciation des violences faites aux femmes !

Je pense que les spectatrices polonaises sont en droit de dire : I need feminism because I watch television. Enfin, elles le diraient sûrement en polonais, mais vous saisissez l'idée.
Du coup, il faudrait que je me refasse une série de TFHein, histoire de voir si, à défaut de l'être sur la fiction, on est un peu mieux lôtis que la Pologne du côté des stéréotypes sexistes.

Posté par ladyteruki à 23:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

03-03-13

De l'autre côté du Skyped Mirror

Si vous n'avez pas encore vu le dernier épisode de la saison 2 de Black Mirror, et que vous voulez de la compagnie, j'ai la solution pour vous : lancer le fichier de notre #SkypedMirror, et faire illusion. Avec un rien d'imagination, vous aurez peut-être l'impression de partager votre visionnage avec nous, même si vous êtes timide !

BlackMirror Skyped Mirror

Pour rappel, les participants (participantes dans ce cas de figure, en fait : Scarlatiine et Tiadeets, merci à elles) à ce petit visionnage en commun avaient pour instruction de ne pas regarder l'épisode avant de se retrouver ensemble, et de ne pas s'exprimer par écrit, mais uniquement à l'oral, sur le vif.
Je vous laisse donc écouter le résultat, qui évidemment aura plus de sens si vous lancez l'épisode concerné en parallèle.
A noter cependant que je n'avais apparemment pas la même version de l'épisode et que j'ai quelques secondes de décalage sur mes deux camarades.

Posté par ladyteruki à 22:08 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

02-03-13

In the mood for something else

On est d'accord que j'ai un biais... ou un problème, appelez-le comme vous voulez, je suis pas susceptible. D'accord, disons que j'ai un problème, donc, et qu'en toute franchise il devient un peu handicapant par moments : les histoires d'amour commencent à me pomper sérieusement l'air. Bon ok, c'est pas honnête pour moi de dire "commencent" parce que ça n'a rien de nouveau. Mais pendant longtemps c'était circonscrit aux comédies romantiques pur jus (typiquement, les romcoms sud-coréennes), et là je sens que je bascule dans une phase où je me braque dés qu'il y a une histoire d'amour au premier plan.
Ou au second. Bref, ne pinaillons pas.
Donc c'est vrai, les choses empirent un peu. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.

Parce que je me sens cernée.

Inthemoodforsomethingelse

Imaginons que vous n'aimiez pas... la science-fiction, mettons. Ça arrive aux meilleurs d'entre nous, après tout pourquoi pas. Eh bien rien de plus facile : vous évitez tout ce qui se passe dans l'espace et/ou dans le futur, et vous parvenez à éviter 90% de ce qui se fait en matière de science-fiction. Simple, net, précis. Efficace.
Ou alors disons qu'un sujet qui vous braque, c'est le boulot. Pour une raison X ou Y, qui vous concerne, si ça parle de quelque chose de professionnel, ça vous irrite. Bon, admettons. Là encore, il suffit d'éviter les "workplace comedies" et généralement ça se passe plutôt bien. En se concentrant sur des films qui se passent en famille, ou qui s'intéressent à un couple, ou encore un road movie, c'est facilement évité.

Maintenant mettez-vous à ma place et essayez d'imaginer ne pas avoir envie de regarder ce qui parle d'amour. Juste un instant. Juste pour deux heures, après on se dépêche de revenir dans la norme, promis ! Et essayez de penser à un film qui n'en propose pas, rien, aucune histoire d'amour. Eh bien je vous dis bonne chance, parce que j'ai un mal de chien à en trouver.
Ce devrait être jouable, et ça l'est sans doute pour quelqu'un qui a une meilleure culture cinématographique que moi (depuis que j'ai repris mon challenge, je complexe plus que jamais sur mon absence de culture cinématographique), mais pour moi, c'est mission impossible. A chaque fois, il faut qu'à la fin du film, l'un des héros tombe dans les bras d'un autre des héros. Imparable.

Alors ça peut être fait d'une façon élégante, ou au contraire prévisible au possible ; ça peut être émouvant, ou drôle, ou rien de tout ça ; ça peut servir le film ou juste aider à lui donner une conclusion plus positive. Quelle que soit la façon de jouer cette carte, dans le fond, ce qui m'importe, c'est qu'elle est jouée systématiquement.

Oh, mais que voilà, un paragraphe à spoilers !
Tenez, je fondais quelques espoirs sur Safety Not Guaranteed, par exemple, ou Lucky. Avec des sujets tels que ceux qui avaient été choisis, les chances pour que les héroïnes respectives tombent amoureuses étaient quasi-inexistantes ! Eh bien non, rien à faire. Alors j'en arrive au point, à force d'accumulation, d'être encore plus ulcérée et de rouler encore plus des yeux quand, patatras, un film que je regardais a ENCORE une romance dedans, alors que je le regardais plus ou moins parce que je pensais qu'il avait envie de dire autre chose, voire même toute autre chose dans le cas de Bad Teacher.

Cannell-Celibataire

Grand Dieu, non, Stephen ! On ne voudrait pas qu'une telle chose arrive. Qu'une femme traverse un film de deux heures (DEUX HEURES !) et parvienne à être encore célibataire à la fin ? Putain, ça fait flipper comme concept. Un mec passe encore, mais une femme ? Ah non, on change de sujet, ça me fiche bien trop les jetons.

Comprenons-nous bien, je n'ai pas de souci avec le fait de tomber sur une romance dans un film qui est une romance ou une comédie romantique. Quand ça tombe dans ce genre de films, je l'ai bien cherché, après tout. Et à vrai dire depuis que j'ai repris mon challenge, j'ai l'impression d'être aussi dans une quête, espérant tomber sur la romance qui ne me semblera pas trop convenue et cliché (pour l'instant le mieux que j'ai trouvé est The Five-Year Engagement, mais je n'abandonne pas ma mission si vite).
Mais dans un film d'un tout autre genre, j'espère une fois de temps en temps n'avoir pas à en passer par là. Juste avoir des personnages qui, non pas évitent l'amour, mais simplement ont autre chose à l'esprit. Parce qu'une fois de temps ça arrive, quand même, dans la vie.

Cannell-CelibataireNon

Ah. Bon. Pardon. Non mais, au temps pour moi, j'ai cru.

Bon, mettons que j'ai pris mon cas pour une généralité, je le ferai plus. Mais en tous cas, moi, je n'y pense pas tous les jours. Je ne pense pas tout le temps, dans tout ce que je fais, que peut-être je vais trouver quelqu'un. Sans parler de passer ma vie avec et tout le tralala ; je veux dire, juste embrasser quelqu'un, passer la nuit avec, ou quelques jours de folle passion, ça ne me préoccupe pas spécialement dans la vie, et je peux passer plusieurs jours dans me demander si ça va se produire, et quand, et comment, et si ça ne se produit pas pourquoi, ce qui cloche chez moi et ce que je devrais changer pour que ça se produise.
Oui, plusieurs jours d'affilée ! C'est déjà arrivé !
Alors ça parait dingue mais j'aimerais passer deux heures à continuer de penser comme ça, certains jours. Parce que ça m'intéresse pas d'avoir ça à l'esprit au moins une fois par jour, chaque jour. Ni même tous les deux jours. Une fois par semaine c'est déjà beaucoup, en fait, je trouve.
Il y a plein d'autres choses dans ma vie ! Le boulot, les projets, les sorties, la créativité, la curiosité... Et il y a plein d'autres gens dans ma vie ! Des collègues, des partenaires pour les projets, des amis, ma soeur, mon chat, mon autre chat, des fois les deux chats en même temps... vous voyez ce que je veux dire ? Trouver quelqu'un à qui explorer les cavités buccales ou autres n'est qu'un des aspects de ma vie, parmi beaucoup d'autres, et le fait de trouver systématiquement comme conclusion d'un film qu'à la fin, oui, ils s'aiment et ils se battent à coups de langues, c'est perturbant parce que... parce que c'est systématique, voilà. C'est l'alpha et l'omega de tout film, ce n'est pas celui de mon existence, et en toute franchise je suis un peu triste pour ceux dont c'est l'alpha et l'omega de l'existence, s'ils existent. Je doute qu'ils existent. J'espère que non.

Et j'en viens à me demander si ya pas une espèce de pression à absolument se mettre en couple qui transparait à travers ces films.
Il y a des films qui parlent de choses passagères, d'autres d'amours éternels, il y a toutes les nuances entre les deux... mais le célibat, non. Quand un film finit avec le héros qui est célibataire, c'est qu'il a un problème.
L'image que ça me renvoie c'est que, si j'ai regardé le film pendant deux heures et qu'à la fin des deux heures, je suis célibataire, j'ai un problème, et de façon plus large, si à la fin de ma journée, je suis célibataire, j'ai un problème. Je ne le ressens pas comme un problème personnellement, je pense pouvoir composer, à mon âge, avec cette réalité qui est qu'il y a des jours où je finis célibataire, mais ces films semblent vouloir dire que j'ai tort, quelque part. Je commence à me dire que c'est ce que la multitude de films qui instaure systématiquement une conclusion romantique à son intrigue veut que je pense : que je devrais penser que j'ai un problème. Que j'aurais dû me demander pourquoi je ne suis pas avec quelqu'un, là, maintenant : "si même une stagiaire amorphe, un tueur en série et une pétasse vénale trouvent chaussure à leur pied... c'est qu'il y a un truc, lady, tu ne penses pas ?". Un peu de la même façon que les magazines féminins rappellent à des millions de femmes chaque semaine que si elles ne correspondent pas aux critères de beauté en vigueur, elles n'ont aucune valeur, il semble qu'il soit difficile pour un personnage d'avoir de la valeur si elle n'a pas été reconnue par une personne du sexe opposé (la plupart des films étant encore quand même bien hétérocentrés). Et ça se répond, d'ailleurs : répondre aux critères de beauté en vigueur permet d'éviter, oh comble de l'horreur, de ne pas avoir attiré le sexe opposé aujourd'hui ; et personne ne veut ça, n'est-ce pas ? Hollywood est obsédé par les histoires d'amour, c'est fou. Et c'est peut-être aussi ce qui me semble être le plus hypocrite à son sujet.

Quelque part, je sens bien que je sur-réagis. Mais c'est l'accumulation, vous comprenez.
Je comprends qu'un film ait eu envie de finir sur une note "positive" (si on décide qu'être célibataire est inférieur à être en couple, du moins). Je comprends que tel autre film ait décidé que c'était la meilleure façon de faire aboutir son intrigue. Mais mis bout à bout, ça fait beaucoup de films où la finalité semble toujours être la même, encore et toujours.
J'ai besoin d'alternatives. J'ai besoin de penser que si on va enquêter sur un mec qui dit avoir construit une machine à remonter dans le temps, on se concentre sur la supposée machine à remonter dans le temps. J'ai besoin que deux copains tentent de payer leur loyer en tournant un porno et qu'on joue autour du porno, de leurs soucis d'argent et de leurs personnalités marginales. Peut-on envisager juste une fois de combattre des robots venus de l'espace sans que la bimbo tombe amoureuse du looser, juste une fois, pour voir (si ça peut rassurer Michael Bay, ça ne l'empêche pas de mettre une mini-jupe, hein). Juste une fois. Vraiment, juste une.

Alors après, vous allez me dire que des films de ce genre existent. Et vous allez me donner des titres (j'espère ; me laissez pas comme ça !).
Peut-être que vous allez me dire que dans les films d'horreur, ou les trucs gore à la Saw, ça se trouve plus facilement. Et je vous répondrai qu'étant une trouillarde, je ne peux pas regarder ces films, et on sera bien avancés. Je dis pas que c'est facile. Mais je trouve qu'à partir du moment où il faut se creuser autant la tête pour trouver un film qui n'emploie pas cet axe, c'est quand même qu'il y a anguille sous roche.
Et non, ceci n'est pas une métaphore... vous aussi vous êtes obsédés ou quoi ? Décidément je suis cernée.

Posté par ladyteruki à 23:37 - Point Unpleasant - Permalien [#]