ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

16-10-12

Mon ex

Suburgatory-Blue

Suburgatory revient demain soir aux USA.

Il y a plusieurs mois, Suburgatory et moi nous sommes séparées lors d'une rupture assez douloureuse, lorsque j'ai réalisé que je n'éprouvais plus de sentiments pour elle. C'est l'histoire classique, vraiment : girl meets show, show annoys girl, girl leaves show... vraiment rien que la routine. Des centaines de chansons racontent toutes la même chose, comment la lassitude gagne et la flamme s'éteint. C'est triste mais on n'y peut rien.

Un peu avant les vacances, j'ai trié nos souvenirs, et mis les épisodes sur une cagoule que j'ai rangée dans mes affaires au nom du bon vieux temps, et parce que je ne jette jamais rien, mais le coeur n'y était plus. Ce qui appartient au passé, appartient au passé. Parfois il faut juste aller de l'avant et ne pas se demander ce qui a cloché (les intrigues) ou quand (au bout d'une demi-douzaine d'épisodes).
Il y a eu des moments où je me suis demandé si, dans le fond, je n'avais pas l'espoir que nous recollerions les morceaux un jour. Par exemple je continue, sur Twitter, de suivre le compte de la série et, de temps à autres, des tweets de Noah ou de Dalia apparaissent alors sous mes yeux pour me surprendre, et soudain, c'est comme un petit arrêt cardiaque : "oh, c'est eux !". On revoit les visages aimés et, même si on sait que ce n'est plus comme avant, on est content de les voir passer, même de loin. Bien que, soyons honnêtes, ça ajoute plus à la peine de la séparation qu'autre chose... Mais il est sans doute trop tôt pour totalement couper les ponts...
Eh oui, évidemment ! Ca me fait toujours quelque chose ! Je ne me suis pas mise à détester Suburgatory tout d'un coup.
Comme je le fais pour les scènes qui vraiment me plaisent, j'ai gardé quelques extraits dans ma collection et j'en ris encore, à l'occasion. Je crois que, malgré notre séparation, j'en pince encore un peu pour le cynisme de Tessa ou la personnalité pétillante de Dallas. Le coeur a ses raisons que la téléphagie ignore...
Quand j'entendais des news à son sujet, cet été, je sentais ma poitrine se serrer comme dans un étau. C'aurait été tellement plus simple si elle avait été annulée et avait disparu de la surface de la terre mais, bien-sûr, la vie continue, et je ne peux pas toujours ignorer que Suburgatory est encore là. C'est paradoxal parce que je lui veux pas de mal...

Alors, voilà, demain, Suburgatory revient. Avec plus de tweets, plus de news, et peut-être même des videos, auxquels il sera difficile d'échapper, et qui provoqueront encore quelques temps un pincement au coeur.

C'est sûr, je ne suis pas malheureuse. Je me suis même consolée avec beaucoup d'autres depuis ! Je suis un peu une fille facile, téléphagiquement, il faut bien le dire. Mais enfin... ce sera toujours mon ex. Et ce sera toujours un peu difficile de savoir qu'elle est là, pas loin, mais qu'on n'est plus ensemble. Je suis même pas jalouse que d'autres la voient, et je n'ai aucune intention de me remettre vraiment avec elle, parce que ça ne marcherait plus, surtout après notre rupture. Je suis encore dans cette phase, vous savez ? Quand on n'arrive pas tout-à-fait à tourner la page, mais que le retour en arrière n'est pas plus une option.

Ce soir je vais regarder un nouvel épisode de Partners. J'aime bien Partners. Sincèrement, hein, je ris beaucoup ; j'ai même vu les épisodes déjà diffusés plusieurs fois. Mais Suburgatory m'a fait des trucs que Partners ne sait pas faire, et ça ne se compare tout simplement pas.

Ah punaise, les gars, j'ai un de ces cafards ce soir... Des ruptures comme ça, ça donnerait presque envie de ne plus jamais retomber sous le charme d'une série, tiens.
J'ai dit presque.

Posté par ladyteruki à 20:18 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

04-10-12

Copy/Paste ?

CopyPaste

A l'heure actuelle, l'acquisition des droits de diffusion d'une série est devenue presque aussi important que les droits d'adaptation. Désormais le business du "format" est une composante vitale du marché télévisuel, alors qu'il y a encore une à deux décennies, on se contentait en général de diffuser des séries étrangères (dans beaucoup de cas, cette série étrangère avait tendance à être américaine). Le format qui pose sa valise à l'autre bout du monde était l'exception, non la règle.
Aujourd'hui, les flux des fictions sont plus massifs et complexes, et d'ailleurs le maillage entre pays est également plus dense et varié que jadis.

Les formats d'émissions unscripted (ou prétendues telles) comme les jeux télévisés ou la télé réalité tiennent, en la matière, le haut du pavé, mais plus les années passent, plus les séries s'y mettent.
On le sait bien : non seulement ce procédé est supposé minimiser la prise de risques (...insistance sur "supposé"), mais ça coûte infiniment moins cher quand les scénarios sont déjà écrits, prêts à traduire (si on l'a acheté dans un pays de langue différente, problème que n'ont même pas les pays d'Amérique latine, par exemple), et même souvent livrés avec un responsable quelconque de la série originale qui intervient en soutien sur le développement du remake (souvenez-vous de l'ami Philip Rosenthal).
Alors, dans un contexte financier qui n'a cessé de devenir plus austère (le pivot de la crise ayant été marqué par la grève des scénaristes américains de 2007, à partir de laquelle l'une des plus grosses industries télévisuelles du monde a resserré les cordons de la bourse pour ne plus jamais les relâcher), ce ne sont pas des détails, loin de là. Mais évidemment, il y a aussi le fait qu'à l'heure de la mondialisation, d'internet et de tous les clichés sur le village global que je vous épargne, les marchés soient devenus totalement perméables entre eux. Impossible de ne pas remarquer quand une série trouve un succès retentissant dans son pays natal, puis chez les voisins, et que le phénomène s'étend progressivement ; et dans ce cas-là il faut savoir attraper le train en marche.

Bon, sur la théorie je crois qu'on sera tous globalement d'accord : une série a de plus en plus de chances de connaître différentes formes sur la planète. Mais toutes les séries peuvent-elles être adaptées ? C'est ce qui m'intéresse aujourd'hui.

Que peut-on adapter ? Eh bien, naturellement, il n'y a pas de solution miracle : si l'équation magique existait, ça se saurait ! Certains succès énormes dans leur pays d'origine, ou même à l'étranger lors de la diffusion sur une chaîne locale, se transforment en vautrage de toute beauté dés que l'adaptation pointe son nez (comme Las Chicas de Oro ou Cheers l'ont douloureusement rappelé en Espagne, par exemple). Il n'y a pas de règle pour assurer le succès d'une adaptation dans un autre pays.
Le pire, c'est que même pour les idées à ne pas suivre, il n'y a pas de règle non plus ! On pourrait cependant lancer quelques pistes sur les messages d'alerte signalant une adaptation partant d'un très mauvais pied ; il est recommandé de :
- ne pas ressuciter les séries américaines qui ont déjà plus de 10 ans, probablement parce que les spectateurs ont eu trop de temps pour s'attacher à l'original, qui a fait le tour du monde 10 fois dans l'intervalle. Ce conseil ne vaut pas systématiquement, par contre, si le remake reste sur le sol des USA (des séries comme 90210 ou Dallas s'en sont tirées, par exemple, Wonder Woman et autres Charlie's Angels n'ont pas eu cette chance) ;
- ne pas adapter une série présentant de trop lourdes ressemblances avec des séries locales ayant du succès. Par exemple, on se doute qu'adapter RIS aux USA relèverait du masochisme le plus certain ! Dans une moindre mesure, on peut se demander comment une série qui, sur le papier au moins, ressemble à une version legal drama de Dr House, saura attirer le public a priori ; l'adaptation de Réttur, si elle aboutit, sera intéressante à observer à cet égard ;
- ne pas miser sur un cast "copycat", en particulier pour les comédies et dramédies, qui nécessitent du talent et pas juste de ressembler à l'original (ne riez pas dans le fond, ça s'est vu plus d'une fois !) ;
- prendre en compte les différences culturelles, au lieu de transposer bêtement d'une terre à l'autre en changeant les noms propres.

Le dernier point est le plus difficile à déterminer, forcément. Et c'est évidemment le plus vital, sinon c'est pas drôle.
Les différences culturelles peuvent parfois être difficilement perceptibles. Un remake Asie/Amérique ? Les différences seraient évidentes (mais l'expérience serait intéressante à observer ; pour l'instant, elle s'est limitée à des films de genre cependant). Mais un remake Australie/Amérique ? Oh, allez, les deux parlent anglais (enfin, bon, parfois j'en suis seulement à moitié sûre...), c'est la même culture, allez hop, emballé c'est pesé. Sauf que non, évidemment : c'est plus compliqué que ça.

Mais surtout c'est un point totalement incompris par beaucoup de remakes, notamment dans le domaine de la comédie ou la dramédie : il ne s'agit pas seulement d'être capable de constater les différences culturelles et d'adapter le matériau à la culture d'arrivée. Il faut aussi réfléchir calmement à la question : si on procède à l'ablation de cette particularité culturelle, ou à la greffe de nouveaux éléments... peut-être que la série ne fonctionnera plus. Et ce n'est pas parce qu'une série est capable d'aborder un sujet universel qu'elle peut être adaptée de façon universelle...

Du coup, avoir du succès (public et/ou critique) lors de la diffusion originale n'est pas du tout une garantie d'adaptabilité ; en fait, j'aurais tendance à dire le plus souvent : au contraire.
Prenons un exemple évident, tiens. En dépit des immenses qualités de Srugim, on est tous d'accord pour dire qu'une telle série rencontrerait de trop lourds changements si elle devait débarquer sous une nouvelle forme dans un autre pays. Srugim est le genre de série condamnée soit à l'acquisition en vue d'une diffusion, soit à ne jamais traverser les frontières de son pays d'origine qui pourtant lui a prêté une grande attention pendant 3 saisons. Un grand nombre de séries sont dans son cas, et parfois ce serait bon que les projets soient mis en développement en gardant ce rappel à l'esprit...
De la même façon, j'aimerais pouvoir dire que 30° i Februari est une série tellement formidable et universelle qu'elle est entièrement adaptable par tout le monde... mais non. Oui, ce qu'elle inspire est totalement universel ; non, à part peut-être quelques voisins scandinaves, personne ne peut adapter la série. Et c'est tentant, forcément, parce que c'est un immense succès : c'est la fiction qui a fait les meilleures audiences de 2012 en Suède à ce jour, les critiques ont été dythirambiques (à raison si vous voulez mon avis), les récompenses ont souligné la qualité du travail effectué... et pourtant, ça ne fonctionnerait pas, pas du tout. Imaginez par exemple mal l'Espagne commander une version locale d'une série dans laquelle le froid (entre autres) chasse plusieurs personnages vers un pays ensoleillé comme la Thaïlande ! Clairement, le succès de l'original n'est pas un critère...

Il est évident qu'on ne vit pas dans un monde où les diffuseurs (ou les producteurs, d'ailleurs, ne mettons pas toujours tout sur le dos des exécutifs des chaînes) valorisent uniquement la création originale. Celle-ci a encore sa place, mais composer avec le catalogue existant, en perpétuelle expansion, des autres pays, est au moins aussi important.
Evidemment on peut considérer qu'il s'agit d'un échec créatif, peut-être même que c'est un mauvais signe pour la télévision (ne dit-on pas la même chose des remakes et des franchises au cinéma ?), mais il y a aussi du bon à en tirer. Certaines adaptations trouvent une vie bien à elles, comme c'est le cas de Wilfred qui a su partir du même postulat de base que l'original australien, pour arriver à un résultat "personnel" (souvenez-vous). Si la série est renouvelée pour une troisième saison, elle sera même forcée, ayant dépassé l'espérance de vie de son ancêtre, de se débrouiller totalement toute seule.
Mais même en admettant totalement qu'une adaptation n'est pas un aveu d'échec, et qu'un remake n'est pas mauvais par principe (un préjugé qu'il peut être difficile de surmonter quand on voit certaines horreurs engendrées par la pratique en question, je l'admets), toutes les séries ne peuvent pas voyager. Et beaucoup ne devraient tout simplement jamais devenir des formats.

Alors, tout ça pour dire : bonne chance au projet de remake américaine de Rake. Il en aura bieeen besoin.
Ah et euh, j'oubliais, le MIPCOM c'est dans 4 jours, et j'accepte les dons. Mais c'est bien-sûr sans rapport avec le post qui précède, ahem.

Posté par ladyteruki à 18:10 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

25-08-12

It's all just a little bit of history repeating

SemaineRusse

Imaginez, bon, je sais pas, moi : disons, une blogueuse spécialisée dans les séries de la planète, mais qui ne parlerait pas souvent de la Russie. C'est un tort, mais ça arrive. Bien. Maintenant imaginez que, par une regrettable coïncidence, cette même blogueuse ne soit pas vraiment portée sur les séries historiques...
Naturellement, c'est là une éventualité totalement hypothétique ; mais elle expliquerait plutôt bien pourquoi jusque là, vous avez très peu entendu parler dans ces colonnes (ou les quelques autres où il m'est arrivé de sévir) de séries historiques russes. C'est un tort que je m'apprête aujourd'hui à corriger alors que je vous ai concocté, pour l'avant-dernier jour de notre semaine russe (eh oui, déjà), une petite rétrospective de fond sur les rapports étroits que la télévision russe (et à plus forte raison, la télévision soviétique) entretient avec les livres d'Histoire.

Il faut commencer par préciser qu'en Russie, plus que dans la plupart des pays, le cinéma et la télévision ont toujours été très proches. Au lieu d'être le parent pauvre de l'audiovisuel, la télévision a rapidement bénéficié de moyens similaires à ceux consacrés jusqu'alors au grand écran... parce qu'elle était publique et parce qu'elle dépendait donc d'un gouvernement qui avait besoin d'imposer la parole officielle sur un très large territoire (et si possible jusque dans chaque salon).
En fait, lorsque la télévision commence à se développer en Russie, les premières fictions télé ne sont pas des séries produites selon les spécificités de ce medium ; à la place, ce sont des films de plusieurs heures, découpés en plusieurs tranches. Ecrits d'un seul tenant, ces téléfilms un peu à part ne prennent pas en compte, comme aujourd'hui, les propriétés d'un visionnage en plusieurs fois (avec la structure d'un épisode), mais constituent une grande fresque coupée brutalement au bout d'1h30, et pour laquelle il faut revenir à la même heure un autre soir pour reprendre le fil. Si sur le plan de l'écriture, la télévision doit donc tout au cinéma, c'est aussi le cas pour les budgets et pour tout un contigent de professionnels du cinéma qui ont été encouragés à travailler pour le petit écran.

Or, le cinéma russe est lui-même proche de la littérature russe, principalement classique ; une littérature nationale qui, comme chacun sait, est très riche.
Les adaptations de grands romans sont nombreuses, souvent couronnées de succès, et il y a un savoir-faire en la matière qui s'est peaufiné depuis les balbutiements du cinéma russes ; à l'instar d'Anna Karenine, adaptée sur grand écran en Russie sous la forme de film muet en 1911 et 1914, puis de façon plus bavarde en 1935 et 1953. La télévision n'a à cette époque pas encore de fresque à proposer sur les petits écrans, mais les spectateurs russes sont déjà bien habitués à voir ces grands classiques (pas forcément à la portée du premier lecteur venu) adaptés par des scénaristes et incarnés par des acteurs. Qui plus est, alors qu'il est si difficile, dans l'après-Guerre, pour les auteurs, de passer le cap de la censure, se tourner vers les classiques littéraires approuvés de longue date par le Gouvernement soviétique est une solution plus simple.

Alors quand la télévision se met à produire de véritable séries, il n'est que naturel qu'une bonne part d'entre elles soient également tournées vers le passé, non seulement en raison de l'idéologie politique du moment (je vous en touche un mot plus bas dans ce post), mais aussi parce que c'est ce que les films ont toujours fait.
Depuis lors, les liens qu'entretient la télévision avec l'Histoire russe ne se sont jamais vraiment distendus, et vous allez voir que les plus grands tournants de la fiction russe ont bien souvent été marqués par des period dramas.

Alors évidemment, il y a d'une part les adaptations de romans, et elles sont nombreuses, même encore aujourd'hui. Mais les sérries historiques ne se cantonnent pas à des adaptations, et c'est aussi, voire surtout, de ces séries historiques-là que je vous propose de parler aujourd'hui.

BednaiaNastya

Ce n'est, par exemple, pas vraiment une surprise si je vous dis que la toute première telenovela russe, Bednaia Nastya, est justement une série historique.
Là où copier purement et simplement les recettes des telenovelas sud-américaines modernes aurait pu suffire, la série est plutôt inspirée par le succès international de la telenovela brésilienne Escrava Isaura (première telenovela diffusée en Union Soviétique dans les années 70), au concept similaire : prendre un contexte historique propre à la romance, insérer une héroïne qui commence bien mal dans la vie, et lui faire rencontrer le prince charmant...
Située au 19e siècle, Bednaia Nastya est l'histoire d'une charmante créature, Anastasia, née de l'union pas franchement consacrée d'un Prince russe et d'une servante ; elle est confiée à la garde du Baron Korf, un ami de son père, qui l'élève en secret. Le fils de notre Baron, Vladimir, a donc grandi avec elle mais ne la voit pas vraiment d'un bon oeil dans la maisonnée. Arrivée à l'âge adulte (où évidemment elle est devenue une belle blonde d'une grande innocence ; c'est une telenovela), Nastya, c'est son surnom, va faire son entrée dans la haute société de Saint-Pétersbourg et découvrir les nombreuses turpitudes de la vie de l'élite, entre mensonges, trahisons, et même meurtre à l'occasion. Diffusée en 2004, la série s'impose vite comme un véritable phénomène ; elle est ensuite vendue dans de nombreux pays, dont la Chine.

Entre les costumes, les décors somptueux des intérieurs, les tournages extérieurs on location, et tout le reste, les 127 épisodes de Bednaia Nastya coûteront la bagatelle d'environ 11,8 millions de dollars, un record. Pas étonnant qu'en dépit du succès national comme international de la série, la chaîne STS ait hésité à investir dans une suite, bien que celle-ci avait été annoncée rapidement. Prématurément sans doute.

Pour la "petite histoire" (si vous me pardonnez ce jeu de mots), Bednaia Nastya sera également la première série produite par la société Amedia. Amedia, mais si, vous connaissez ! C'est la même boîte de production qui a ensuite produit les immenses séries à succès Maia Prekrasnaia Niania, ou Zakrytaia Shkola... et qui est également en partenariat avec HBO pour installer la chaîne en Russie.

Ce premier succès ouvrira la voie à plusieurs autres ; la seconde telenovela russe, Adioutanty Lioubvi, sera située dans un contexte similaire, dans laquelle un couple qui s'aime est séparé par une mère ambitieuse, qui marie sa fille à un Comte, tandis que l'homme qu'elle aime s'enrôle au service du tsar....
Des séries comme Bednaia Nastya renvoient une image idéalisée du passé, bien-sûr : on y verse plutôt dans la crinoline, et pas trop dans l'interrogation sociale sur ce que c'était que de vivre sous le règne des tsars, par exemple. Parfaites héritières d'Anna Karenine (qui est, ironiquement, l'un des rares grands romans russes à n'avoir pas été adapté pour la télévision dans son pays natal), de nombreuses séries russes romantiques s'inspirent des tourments sentimentaux, des intrigues des puissants, ou des drames humains.
La reconstitution est là pour sublimer ces histoires, les placer dans un contexte qui fait rêver, et qui en appelle à une certaine nostalgie. Mais ce n'est pas le seul type de séries historiques qui passionne la Russie.

Krepost

Une conséquence de la passion de la télévision russe pour l'Histoire, c'est que la télévision (comme le cinéma, d'ailleurs) propose de très, très nombreuses séries de guerre ; et le phénomène n'est pas récent, loin de là. Il faut dire que l'Histoire russe regorge de batailles, de conquêtes et de guerres civiles propres à alimenter à l'envi ce courant, et que c'est en plus l'occasion de glisser un peu de patriotisme dans une série.

Krepost, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler à l'occasion des TEFI 2011, remplit parfaitement tous les offices d'une série de guerre. La mini-série, qui est en fait une version re-montée et prolongée du film Brestkaia Krepost, s'attarde sur le siège de la forteresse de Brest, qui a duré une semaine en 1941. Krepost s'ouvre sur deux éléments narratifs plutôt classiques, mais efficaces : des images d'archives (qui reviendront ponctuellement au cours de la série), d'abord, et surtout, un survivant de la prise de la forteresse qui raconte à son petit-fils ce qu'il a vécu pendant la bataille, à l'occasion d'une visite du memorial aujourd'hui situé dans les murs de la forteresse (et accessoirement, la direction du musée a participé à la vérification de la véracité des faits historiques égrennés dans la série).
A la suite de cette introduction, le pilote nous propose le traditionnel avant/après : la vie au fort, lequel fonctionne comme une petite ville de garnison pour l'instant assez peu concernée par la guerre, et qui prospère dans l'insouciance ; puis, avec l'arrivée de l'armée allemande, la bataille elle-même. Si l'on ne trouve dans ces ingrédients que rien de très classique, en revanche il faut admettre que la réalisation est plus que solide, et efficace en diable. Brestkaia Krepost est un film ambitieux dont on sent qu'il a bénéficié d'un budget conséquent.

Même quand on sait comment ça finit, ce qui est le propre d'une fiction sur une bataille historique, impossible de ne pas se tordre d'inquiétude pour les personnages et notamment Sacha, jeune héros de Krepost. Loin de présenter les Russes en vainqueurs évidents (phénomène auquel on peut, par exemple, assister dans la très patriotique Band of Brothers, où en dépit des pertes et des souffrances il ne fait aucun doute dés le départ que la Easy Company est faite de héros), Krepost s'attache à d'abord penser à l'armée russe comme à des victimes innocentes, puis à des underdogs. C'est quelque chose que la série accomplit notamment grâce à sa figure centrale, Sacha, un cadet qui n'a même pas encore atteint l'âge d'avoir du poil au menton, et qui porte sur l'assaut de la forteresse un regard perdu et dévasté... mais qui va bien être obligé de participer à la bataille, et ainsi devenir un héros, bien que malgré lui.
La technique est éprouvée, et elle fonctionne, à plus forte raison parce qu'Alexandr Kott, le réalisateur, a l'oeil pour saisir aussi bien des images très tendres que les pires horreurs. C'est d'ailleurs un goût pour le drame qui est très russe, qui provient, là encore, de la littérature classique.

On dit que l'Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Mais on n'est même pas obligés de décrire une période où l'on est vraiment le vainqueur pour faire une série à la gloire de la nation... et quoi de mieux pour (ré)écrire l'Histoire que d'utiliser la fiction ? C'est après tout une méthode de propagande qui a fait depuis longtemps ses preuves. Par exemple, vous vous rappelez sans doute qu'on a déjà évoqué Vyzyvaem Ogon na Sebya, qui était à la fois la première série diffusée à la télévision soviétique, et un hymne à la gloire des actions de Résistance d'une jeune femme qui monte une cellule afin de saboter l'aviation de l'occupant allemand...

Le plus fort, c'est qu'il n'est pas non plus nécessaire, pour une série de guerre, de montrer à l'écran des images de bataille au front. Par exemple, la mini-série Kursanty s'intéresse à 5 cadets recrutés par une école d'artillerie en 1942, et suit leur préparation de trois mois avant de partir pour la bataille de Stalingrad... qu'on ne verra donc pas.
A la place, la série s'intéresse à la notion de "chair à canon" : ayant inconsciemment intégré le fait qu'ils ont de grandes chances de ne jamais revenir, nos héros vont donc vivre au maximum leurs derniers mois de liberté. A noter que des DVD de cette série sont apparemment sortis aux USA, sous le titre The Cadets, et avec sous-titres donc. Je vous tiens au courant dés que j'ai mis la main dessus, on en reparlera si le coeur vous en dit.

PiotrPerviyZavieschanie

L'autre grande répercussion de la passion russe pour l'Histoire sur petit ou grand écran, c'est le nombre de biopics proposés chaque année aux spectateurs, et à plus forte raison, des biopics de personnalités politiques.
C'est sans doute ce qui pose le plus de questions, à l'heure où la parole officielle est encore très voire trop présente dans les médias russes.

On l'a dit, se tourner vers un passé lointain est une solution régulièrement adoptée par la télévision russe. On peut à titre d'exemple citer Piotr Perviy. Zavieschanie (ci-dessus), un biopic sur Pierre Ier, alias Pierre le Grand, diffusé par Rossiya 1 au printemps 2011. Comme son titre l'annonce (zaviet signifie "le testament"), la mini-série retrace les dernières années de son règne : sentant la fin proche, le tsar tente de construire sa légende, mais aussi de préparer sa succession. Délaissé par ses compagnons les plus fidèles qui commencent à préparer leur reconversion auprès du futur monarque, il ne trouve de loyauté qu'auprès d'une belle jeune femme qu'il n'aura pas le temps d'épouser avant sa mort, en 1725. La série a coûté plus de 2,7 millions de dollars... pour moins de 4h de programme !

Mais évidemment, les séries historiques russes peuvent aussi se prendre de passion pour une Histoire plus récente, et notamment le 20e siècle, qui a donné énormément de personnalités historiques d'importance, à plus forte raison quand on a un message politique à faire passer. Ainsi, Deviat Jiznei Nestora Makhno est l'adaptation d'une biographie de Nestor Makhno, une figure de l'insurrection ukrainienne, en 1918, par exemple ; d'une façon générale, un nombre important de séries s'intéresse aux deux Guerres mondiales, plus rarement à l'entre-deux guerres.

La Guerre Froide a également fourni autant sinon plus de sujets à la télévision russe, qu'à la télévision américaine, comme par exemple la série d'action KGB v Smokingie, une série d'espionnage de 2005 située dans les années 70, dans laquelle une employée du KGB est envoyée en mission, intervenant sur des opérations du Mossad ou de la CIA. La série dure pendant une saison de 16 épisodes sur la chaîne REN.

Car naturellement, inutile de s'attacher à prendre pour héros une personne ayant réellement existé : il suffit d'inventer une fiction dans laquelle le héros croisera de grandes figures de l'Histoire, ou assistera à des évènements importants. On peut par exemple (mais cette liste, vous le devinez, n'aura vraiment rien d'exhaustif) mentionner Ruskiy Perevod, une mini-série en 8 épisodes diffusée en 2007, dans laquelle un jeune étudiant en langues orientales devient un interprète pour le ministère de la Défense, et est envoyé au Yémen. Couvrant la période de 1984 à 1991, la série plonge son héros dans le Yémen marxiste alors en pleine tentative de réunification, avant de l'envoyer en Libye.

Et puis, pour finir, la série historique, c'est un fait universel, se mêle facilement à certains genres, et c'est quand même bien pratique... surtout quand ces genres sont le policier, le judiciaire, et assimilés ! Ainsi, Jizn i Prikliouchenia Mishki Yaponchika (photo ci-dessous), dont les 12 premiers épisodes ont été diffusés fin 2011, qui s'intéresse à une sorte de Robin des Bois sévissant à Odessa en 1917. Plus qu'un gangster, un gentleman, Mishka Yaponchik a vraiment existé, et faisait de ses braquages et cambriolages de véritables performances d'artiste, avec des scénarios complexes. Il a règné pendant 3 années sur Odessa avant que l'Armée rouge ne s'empare de la ville et qu'il ne devienne révolutionnaire.

JizniPriklioucheniaMishkiYaponchika

On pourrait continuer longtemps à lancer des exemples, évidemment. Comme je le disais, l'Histoire russe est abondante, et tout aussi abondamment documentée par de nombreux romanciers, biographes et historiens.

Pour nous, spectateurs occidentaux qui avons grandi avec des fictions françaises, britanniques ou américaines, les différentes séries historiques russes revêtent d'ailleurs un intérêt supplémentaire : nous avons rarement eu l'opportunité d'adopter, même temporairement, le point de vue russe sur de nombreux évènements de l'Histoire, des campagnes de Napoléon à la Guerre Froide, en passant par la Seconde Guerre Mondiale.
Les rares occasions se sont généralement présentées à nous via des fictions occidentales, ou, plus rarement, des co-productions avec la Russie. En 2007, c'était le cas de War & Peace, adaptation de l'incontournable roman éponyme de Tolstoi, et résultant d'un partenariat franco-italo-allemand. Les 4 épisodes ont apparemment été diffusés sur France 2. Mais c'est plus l'exception que la règle, et les Russes sont, finalement, un de ces nombreux peuples dont nous connaissons mal l'Histoire.

Espérons qu'avec le temps (et peut-être un petit peu cet article ?), il sera plus facile d'accéder aux très nombreuses séries historiques produites chaque année par la Russie... j'espère en tous cas que cette balade vous aura plu.
On se retrouve demain pour la dernière journée de notre semaine russe, ne manquez cela sous aucun prétexte !

Posté par ladyteruki à 19:26 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

20-08-12

Destination Russie

SemaineRusse

Il y a des pays qui, pour la téléphage curieuse que je suis, sont étrangement faciles d'accès. Tenez : je ne parle pas un mot d'espagnol, mais rien n'est plus facile que de savoir ce qui se passe sur les télévisions de nos voisins du Sud. Vous allez me dire : il y a la question de la proximité géographique ; admettons que ce soit le cas. Comment expliquer alors que ce ne soit pas le cas de l'Italie, qui me reste encore bien mystérieuse, de façon générale, en termes de fonctionnement, de grilles, comme de séries elles-mêmes ?
Parfois je m'aperçois que je n'ai rien lu sur un pays pendant des mois, et je me dis que ce n'est pas normal que je sois capable de lister avec précision les séries australiennes ou japonaises actuellement à l'antenne, mais que je ne sois pas au fait d'un seul évènement télévisuel au Maroc ou au Vénézuéla.
Ou en Russie.

Les raisons qui font que tous les pays ne sont pas égaux sont multiples, et ne sont pas nécessairement à mettre au compte de la barrière linguistique.
Mais ce problème est réel et l'accès aux séries russes est, déjà, au départ, limité par la rareté des sous-titres anglophones ou francophones.

Il y a d'abord, ne nous mentons pas, une part d'inclination personnelle : la [mauvaise] réputation des séries russes n'est pas toujours usurpée, et quelques mauvaises expériences ont tôt fait de sceller le destin téléphagique de quelques contrées dans nos esprits. Lorsque j'avais entamé mon tour du monde, pendant l'été 2010, à raison d'un pays par semaine, il y avait eu énormément de bonnes surprises... et quelques rares exceptions franchement négatives. La Russie en avait fait partie. Il m'est très difficile d'encourager qui que ce soit à se lancer dans les productions de ce pays, quand moi-même, souffrant pourtant moins de la barrière de la langue qu'avec, disons, l'hébreu ou le portugais, j'y vais à reculons.

Et puis il y a un véritable problème de sources. A l'instar de nombreux pays de langue arabe, par exemple, la Russie garde jalousement ses trésors pour elle. Là où on lit régulièrement des annonces de co-productions internationales, de mises sur le marché de nouveaux formats, ou tout simplement de communiqués sur une nouvelle production, la télévision russe reste énormement dans son entre-soi, et permet assez peu aux intervenants extérieurs de trouver une porte d'entrée, au moins pour se renseigner, si ce n'est pour tenter de la regarder. La seule solution qui existe à l'heure actuelle est de taper, un peu au pif, dans les très, très nombreux sites et forums de cagoulage russes, qui permettent d'accéder de façon brute à des épisodes très facilement. Le problème c'est que, même quand on réussit à éviter les liens, majoritaires, qui concernent la télévision américaine, on ne tombe pas forcément sur des séries d'une folle qualité, et les chances de tomber sur un remake sont élevées (on a d'ailleurs pu en évoquer de nouveaux il y a quelques jours dans notre dernier world tour en date). Et surtout, pour se renseigner en amont sur la mise en chantier de ces séries, sur leur renouvellement, ou plus simplement sur la façon dont les chaînes fonctionnent, c'est encore la galère.

Ca changera peut-être. On vit une époque où les marchés télévisuels vont vers la perméabilité, après tout... Mais pour l'instant, en-dehors des sites de téléchargement ou de ceux qui parlent uniquement de télévision américaine (un grand fléau quand on cherche des sites étrangers sur les séries, soit dit en passant), pas facile-facile.

En bref, tout cela renvoie de la télévision russe une image assez peu reluisante. Entre les remakes un peu pourris, les séries faciles à dénicher mais n'appartenant pas forcément au haut du panier, et le mutisme général de la télévision russe, il n'est pas facile d'en saisir ni les bons côtés, ni tout simplement la réalité, dans une vue d'ensemble.

Alors cette semaine, vous et moi, on va essayer d'avancer un peu sur le sujet. Je vous invite à une semaine entière consacrée à la télévision russe, à compter d'aujourd'hui ! Je suis sûre qu'on va découvrir plein de choses, tous ensemble, qu'on va apprendre des informations précieuses sur les séries russes, et qu'on va s'ouvrir un peu plus à la possibilité que tout n'y est pas nécessairement peu reluisant.

Pour être tout-à-fait honnête, les mêmes raisons qui m'ont poussée à lancer cette semaine russe sont les raisons qui m'ont fait la redouter. Pour moi c'est un mini-challenge, l'air de rien, parce que je n'étais pas sûre d'avoir quelque chose à en dire pendant 7 jours.
Et puis j'ai commencé à y réfléchir en mettant mes a priori de côté, et j'ai réalisé que j'en avais beaucoup. Cela a confirmé l'utilité de passer cette semaine téléphagique en Russie !

Tenez, j'ai l'impression de ne rien avoir vu de la télévision russe, mais c'est faux !
Rien qu'à l'occasion de mon premier post sur la Russie, en 2010, j'avais déjà testé plusieurs pilotes ! Et depuis, j'en ai vu quelques autres encore, et il m'est même arrivé d'en parler ici. Pourquoi suis-je si négative ?

Par exemple, j'ai déjà pu évoquer (je le vois à mes tags) la série Shkola. Cette série, dont le titre se traduit tout simplement par "école", est tournée à la façon d'un faux-documentaire dans un lycée (spectateurs de M6, vous avez assisté à quelque chose de similaire avec Le Lycée), mais elle dépeint une réalité qui, pour de nombreuses associations religieuses ou de parents, était exagérée, voire outrageuse.
Le comportement de certains personnages été l'objet de nombreuses réactions, notamment sur le plan de la violence décrite, et pire encore, la promiscuité sexuelle dépeinte dans la série relevait du scandaleux. A la télévision russe, pour autant que je sache, on n'avais jamais montré des adolescents comme ça, et on ne leur avait pas parlé comme ça non plus. Pas sûre que depuis on l'ait refait, d'ailleurs.
D'une durée de seulement une saison (sa créatrice et réalisatrice estimant que tout avait été dit), Shkola parvient pourtant, à plus forte raison pour le téléphage français, à saisir quelque chose d'universel et de tangible sur la réalité de l'adolescence et ses recherches d'excès, loin de l'univers romancé qui est dépeint de dans nombreuses séries que nous connaissons, toutes origines confondues.
Il y a pourtant, en dépit de la bonne distribution de Shkola (le cast est ici, comme souvent dans ce genre d'expérimentations, primordial), quelques séquences du pilote qui rappellent plutôt les travers de la télé réalité ; vous pouvez d'ailleurs voir par vous-mêmes, dans les deux bande-annonces ci-dessous, que tous les personnages ne sont pas égaux devant l'intention de réalisme qu'avance la série.
Mais en dépit de sa forme un peu brute, Shkola parvient, sans peine, à se hisser au niveau des productions adolescentes qui méritent le coup d'oeil. Accessoirement, la seconde bande-annonce devrait aussi vous rappeler quelque chose de la série estonienne Klass: Elu Pärast qu'on a déjà pu évoquer.

C'est la preuve que la Russie peut dont produire des séries adolescentes qui ne sont pas toutes dans la même veine que Zakrytaia Shkola, adaptation russe de la série espagnole El Internado, et qui remporte un fort succès actuellement. Lancée en avril 2011, la version russe en est aujourd'hui à sa 4e saison sur STS ! Mais évidemment, ce ne sont ni les mêmes recettes, ni le même objectif... et là on retombe dans les clichés habituels.

C'est du côté des comédies, on l'a déjà évoqué à plusieurs reprises, que se trouve probablement l'un des plus gros boulets de la télévision russe : Maia Prekrasnaia Niania, Kak ia Vstretil Vashu Mamu et autres Svetofor, toutes déjà évoquées dans ces colonnes (il suffit de suivre les tags), sont quelques adaptations parmi tant d'autres qui nous rappellent que depuis un peu moins d'une décennie, la Russie s'est découvert une vocation de papier-calque.
Pourtant, des séries inédites comme Vosmidesiatye , au pilote duquel j'avais consacré tout un post plus tôt cette année, ou Interny, sont aussi là pour nous rappeler que la créativité n'est pas tout-à-fait morte du côté des comédies russes, même si elle semble parfois vivre sous respirateur.
De toute évidence, Interny est inspirée par Scrubs, mais elle n'en est pas une adaptation littérale, loin de là. Au lieu de prendre pour héros l'un des internes, la série s'est visiblement enthousiasmée pour le personnage le plus cynique du lot (son Dr Cox s'appelle le Dr Bykov), prenant un malin plaisir à le voir torturer les 4 internes qu'il compte dans son service. Les gags sont parfois un peu moins subtils (l'avantage c'est que même avec mon russe au rabais, je les comprends !) mais le pilote dégage sa propre énergie. Peut-être qu'Interny est aussi, sans forcément le savoir, une lointaine cousine de Childrens Hospital, finalement. Qui plus est, avec cette série, la chaîne TNT a fait l'effort, statistiquement et surtout qualitativement rare à la télévision russe, de commander une comédie en single camera, et rien que cette initiative mérite le coup d'oeil, tant le procédé reste mal maîtrisé en général (il suffit pour s'en convaincre d'avoir jeté un oeil à la série douannière Pristavy).

On en parle peu, y compris ici, mais la Russie a aussi un contingent impressionant de soaps et telenovelas, comme Obroutchalnoie Kolcho, ou Serdce Marii.
De la première, je vous ai déjà brièvement parlé à l'occasion des TEFI, mais de Serdce Marii, encore jamais apparemment. Diffusée à l'automne 2011, la série commence par nous montrer deux femmes : l'une, Anna, souffre terriblement de ce qu'on prendra être une crise cardiaque, l'autre, Marie, vient d'avoir un accident. Chacune est accompagnée par son mari à l'hôpital et, curieusement, on ne saisit pas immédiatement le lien qui sera fait entre les deux, alors que c'est aussi évident que la trame scénaristique d'un scénario de Lifetime. Le pilote va ainsi assister sur les douleurs de la première, et l'inquiétude de son entourage. Tandis que la seconde, dont le pronostic vital est engagé, sera finalement à l'écran de manière uniquement détournée. En effet, pendant qu'il s'inquiète, son mari Matvei se perd dans leurs souvenirs communs... mais quand la deuxième femme décède, devinez à qui va son coeur ?
En dépit des clichés que cela représente, Serdce Marii (littéralement, "le coeur de Marie", mais c'est aussi une référence biblique) parvient, avec son premier épisode, à tout de suite dépeindre de façon très tendre la relation qu'a Matvei avec Marie ; cette dernière est un personnage d'un grand naturel (en particulier sachant qu'on est dans une telenovela) qui respire la joie de vivre, expansif et drôle. Anna, de son côté, sans doute de par la maladie un peu aussi, est un peu plus discrète, son petit visage masquant une souffrance dont elle semble s'excuser... Evidemment, la greffe de coeur aura un sens très symbolique : comme souvent dans les fictions parlant de ce sujet, on aime suggérer que l'organe est porteur de tout ou partie de la personnalité du défunt. Et tandis qu'Anna s'éloigne de celui qui l'aime et qui l'a accompagnée dans ses heures les plus difficiles, elle tombe progressivement amoureuse de Mavei, rencontré par hasard, et voit son propre comportement changer. Mais est-ce la greffe, ou le greffon, qui en est la cause ?
Le plus surprenant, c'est probablement de constater le soin apporté, côté réalisation, casting, et production values en général, à une telenovela telle que Serdce Marii. C'est, contre toute attente, le genre de fiction qui fait envie quand il s'agit de fiction russe, parce que cela se rapproche assez près de nos standards, à nous qui sommes habitués aux séries américaines, notamment. Quoi qu'on pense du sujet, Serdce Marii a les qualités d'une production solide.

Et puis, pour finir, il y a déjà eu des surprises moins conventionnelles, comme la série russe de la franchise Law & Order, intitulée Zakon i Porjadok: Odel Operativny Rasledovany, supervisée à son lancement par nul autre que Dick Wolf ; ou plus atypique encore, la série Tcherkizona. Des séries uniques en leur genre sur le territoire russe. On abordera l'une et l'autre au cours de cette semaine, d'ailleurs, avec quelques autres, à l'instar de Nebesniy Soud.

Des séries que j'ai (parfois) évoquées, mais rarement approfondies dans ces colonnes. Une erreur qui sera partiellement réparée cette semaine, même si on n'aura pas le temps de parler de tout le monde. Voyez : finalement, cette semaine russe va à peine suffire !
Maintenant vous comprenez mieux pourquoi pendant ces 7 jours, je vous emmène avec moi, il y a beaucoup à faire. Et j'en suis sûre : on va certainement avoir des surprises !

Posté par ladyteruki à 17:28 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

01-07-12

Une porte se ferme...

TheSeriesLiveShow-closedRideau...

La fin du SeriesLive Show, c'est donc une page qui se tourne.
Pardon, mais je vais faire un peu de sentimentalisme. Considérez-vous prévenus.

Lorsque nous avons commencé cette aventure voilà deux ans, mes expériences passées avec le podcast de SeriesLive avaient été en dents de scie. J'avais voulu m'assurer que j'aurais les coudées franches pour faire quelque chose qui me fasse réellement plaisir, et que ça ne vire pas à la corvée. Pour que ça reste excitant et intéressant, et que je n'aie jamais l'impression de devoir m'adresser au plus petit dénominateur commun en choisissant des sujets qui attireraient du monde mais seraient creux.

Le SeriesLive Show est né comme ça, en essayant de trouver un juste milieu, et ces deux années d'émission ont été une quête constante du bon équilibre. Je ne sais pas si nous avons toujours su le trouver mais nous l'avons cherché, et je crois que c'est ce qui a caractérisé l'émission à mes yeux : on était dans la recherche constante. Il n'y a pas eu de numéro pendant lequel on s'est dit qu'on allait parler de quelque chose parce que c'était facile, mais toujours parce que c'était intéressant. Parfois le calendrier jouait en notre faveur et nous étions submergés de bonnes idées, parfois il fallait se creuser, souvent quelque chose entre les deux. Dans tous les cas, l'émission nous aura poussés à être constamment en alerte, et à repousser nos propres limites pour mieux explorer la multitude de séries dont nous pouvions parler du mieux possible.

J'ai aussi eu la chance de travailler sur ce podcast avec des gens qui ne m'ont jamais, pas une fois, dit "oh non, ça, ça ne m'intéresse pas". Soit tout les a intéressés à la base, soit ils ont toujours fait l'effort de s'intéresser même aux séries ou news incongrues. J'ai été fière d'eux quand ils ont testé de très vieilles séries, méconnues, ou totalement étrangères. Même en sachant qu'ils ne les aimeraient pas forcément, ils ont toujours fait l'effort. Ce qui me coûte le plus avec l'arrêt du SeriesLive Show, c'est de savoir que cette dynamique incroyable sera perdue désormais, hors d'atteinte en tous cas pour moi, d'avoir accès à des gens partants absolument pour tout, toujours prêts à se coletiner un pilote, une saison, et plus si affinités, et bien souvent de la lecture en sus, juste pour essayer d'aller le plus loin possible.
De la même façon qu'un blog (à plus forte raison lorsqu'on s'astreint à un rythme d'écriture régulier) vous pousse à aller toujours plus loin dans votre curiosité, et ne pas simplement se repasser en boucle les mêmes séries, l'alimentation du podcast toutes les deux semaines a initié des cercles vertueux. Même quand on n'a pas envie, les autres vous tirent dans le bon sens.

Parfois le lundi était pourri, ou crevant, ou les deux, et enregistrer une émission à 21h30 semblait user nos dernières ressources, et/ou il y avait un bug, ou bien quelqu'un arrivait en retard, mais au final, une fois dans le feu de l'action, le plaisir était toujours là.

Il y a eu des tas de fois où enregistrer le podcast relevait de l'impossible. Quand j'habitais dans mon ancien studio, je vivais à côté d'une voie ferrée, et je devais sans arrêt m'interrompre, couper mon micro et laisser passer les trains de marchandises qui polluent l'espace sonore, la nuit. Les chats qui mendient des croquettes, les portables qui sonnent ou qui simplement perturbent les communications, le fait d'avoir faim, d'avoir soif, d'avoir mal parce que ça fait deux heures qu'on est sur la chaise, le casque sur les oreilles, et qu'on aimerait bien aller se dégourdir les jambes. Les choses idiotes qui parfois semblent diminuer l'expérience... mais qui finalement la constituent, et forment les souvenirs qu'on en tirera ensuite.

Cette émission, plus que les précédentes auxquelles j'avais participé, m'a aussi permis de découvrir qu'il y a des choses que j'aime sincèrement faire, et organiser une émission, puis l'animer, en font partie. Je crois que j'aimerais continuer à faire des choses à l'oral, à l'avenir ; cela complète formidablement le versant écrit auquel je m'adonne depuis si longtemps.
Je n'ai pas de formation professionnelle, certainement que très souvent je commets des maladresses, et il est certain que parfois, emportée par l'ambiance ou simplement détendue parce que je prends du bon temps en compagnie de mes camares, mon discours n'est pas forcément très argumenté. Mais clairement, parler de séries est aussi fascinant que d'écrire à leur propos.

Avec l'arrêt du SeriesLive Show sonne aussi la toute fin de ma participation à SeriesLive, site envers lequel c'était mon dernier engagement.
Les possibilités de projets et d'idées sont quasi-infinis, mais il faut reconnaître que ça s'apparente à un saut dans le vide, et surtout, toute seule. Même si je reste en contact avec ceux que j'ai connus à SeriesLive, à l'écrit comme à l'oral, se séparer de ceux avec lesquels on a pris tellement de plaisir à bosser (parfois d'arrache-pied, l'air de rien ; rien que quand il faut résoudre des problèmes techniques...) c'est forcément un peu difficile.

La fin d'une grande, très grande aventure. Bientôt le début d'une autre.
Il va y avoir du changement dans les temps à venir. J'espère que vous me suivrez dans ces nouvelles aventures...

Posté par ladyteruki à 23:50 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

28-06-12

Perdues de vue

C'est encore l'une de ces histoires stupides de rendez-vous manqués.
L'an dernier, j'avais commencé Winners & Losers avec la conviction d'avoir trouvé une petite dramédie fraîche, sympathique, avec des personnages extrêmement attachants, et j'étais bien décidée à suivre les aventures de Frances, Sophie, Bec et Jenny, ces amies d'enfance qui, à la faveur d'une soirée de réunion d'anciens élèves, se retrouvent à nouveau liées les unes aux autres par un extraordinaire gain au loto (ça ne fait pas de mal que la série soit diffusée en lien avec le tirage du loto, vous vous en doutez...).

Le problème est qu'au départ, la première saison devait faire 13 épisodes, et pour ça, je me sentais d'attaque. Mais quand la commande a été étendue à 22 épisodes, j'ai reculé devant l'ampleure de la tâche car mon planning était trop chargé.

"Je reviendrai plus tard", me suis-je promis, "quelque part pendant des vacances, ou un peu avant que la série ne revienne à l'antenne", puisqu'une saison 2 a vite été demandée par Seven. Les jolies promesses que voilà.

WinnersandLosers

Quelque part en ce mois de juin, j'ai vu passer l'annonce du retour de la série. Vite, vite ! M'y remettre, finir la saison 1, et embrayer sur la seconde, vu que c'est l'été et que j'ai plus de créneaux disponibles.

Mais entre la préparation du SeriesLive Show (qui a requis le visionnage de l'intégrale de Carnivàle, entre autres, si vous vous souvenez) et le reste, impossible d'avancer suffisamment vite, d'autant que j'ai évidemment repris depuis le pilote, et pas à partir de là où je m'étais interrompue.
Vendredi dernier, j'avais un joli post en brouillon dans la catégorie To be continued... avec les premières captures des premiers épisodes, mais impossible de finir à temps. Pas grave ! Je me suis une fois de plus promis que, tant pis, exceptionnellement je posterai mon To be continued... après la reprise de la série. Mais force est de constater que je n'ai pas assez avancé, que demain c'est vendredi, et que je ne suis toujours pas au point sur Winners & Losers.

Facteur aggravant, le fait que je sache que de nouveaux épisodes continuent de tomber alors que je fais mon rattrapage en quadruple vitesse est un peu décourageant (outre le fait qu'avec le nouveau boulot que j'ai commencé cette semaine, j'ai moins de temps libre). Et le mental joue beaucoup, comme chacun sait, dans ce genre d'entreprise.

Je m'y suis mal prise et c'est un fait : j'ai attendu que paraisse l'annonce de la date du retour de la série (alors que ce genre de choses, en Australie, a tendance à se faire dans une fourchette de 2 à 3 semaines maximum avant la date en question, ce qui laisse peu de temps pour insérer un marathon), j'ai mal plannifié mon visionnage avec ce que j'avais également sur mon "planning", et j'avoue bien volontiers m'être laissée dépassée par d'autres choses (comme par exemple le pilote de Bunheads, que je n'étais pas obligée de revoir 712 fois... moi et ma monomaniaquerie, hein !).

Et le pire c'est qu'à chaque fois que je me pose devant un épisode, même si je l'ai déjà vu, j'y prends un grand plaisir, retrouvant l'affection pour les héroïnes, l'ambiance pétillante de la série et tout ce qui fait son charme d'une manière générale, quand bien même elle ne fera jamais partie des grands crus de ma collection de séries (ou de ma collection de séries australiennes ; d'ailleurs concernant l'achat du DVD, je ne suis pas encore fixée). Winners & Losers est une petite chose attachante et légère, pleine de coeur et d'énergie, et je retrouve même l'envie de baiser le sol foulé par Virginia Gay, que je ressentais pendant mon visionnage des premiers épisodes de la saison 1.
Mais voilà, là je sens bien que les conditions ne sont pas optimales et que je ne vais probablement pas aller au bout. La saison nippone est sur le point de commencer, maintenant (ce qui signifie non seulement des pilotes mais aussi la rédaction d'un ou deux bilans de la saison précédente), et récupérer le retard accumulé sur Winners & Losers va devenir de plus en plus difficile ; je ne veux pas non plus que ça se transforme en corvée pour autant.

C'est vraiment décevant de se fixer un rendez-vous et d'être incapable de l'honorer. J'ai conscience de marcher au coup de tête et au coup de coeur, mais pour une fois que j'avais pris une résolution pour essayer de ne pas me faire avouer, et je me retrouve à mi-chemin entre honorer ma promesse et complètement rater mes retrouvailles avec la série.
Ca n'arrive qu'à moi, ce genre de mésaventures ? Soyez chics, dites-moi que je suis pas toute seule dans ce genre de déconvenues...!

Posté par ladyteruki à 22:30 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

26-06-12

What exactly do you do for an encore ?

Il y a 712 pilotes qui apparaissent cette semaine.
La rentrée nippone est sur le point de vraiment commencer.
Mon disque dur regorge de pilotes plus ou moins antiques que je me suis promis de tester.
Il y a même des DVD reçus plus tôt ce mois-ci qui sont encore emmitoufflés dans leur cellophane.

Et pourtant, au beau milieu de la nuit, alors que je repense au deuxième épisode de Bunheads, que je songe au deuil et aux souffrances passées, tout d'un coup, j'ai envie de revoir un film. Ce film.

Je ne sais pas pourquoi ce film-là surgit tout d'un coup. Des films sur le deuil, la mort, et l'autodestruction, j'en ai vu plein. Surtout en 2010. Celui-là était bon... je suppose ? Il ne m'en est resté que des flashes, des images de certains plans, de certaines scènes. Même pas de dialogue. Même pas de son. Encore moins d'émotion. Je suis un peu obligée de relire mon commentaire pour me souvenir précisément de ce que j'en ai pensé ce jour-là. Ou peut-être était-ce un soir ? Pourquoi suis-je capable de me rappeler de la configuration dans laquelle j'ai découvert tant de pilotes, et pas des quelques films que j'ai vus...

A part peut-être une ou deux fois à l'occasion desquelles j'ai parlé du film, probablement pendant mon défi de 2010, je ne suis même pas certaine d'y avoir repensé depuis. Est-ce que le film m'a émue ? On dirait que oui. Pourquoi il surgit maintenant ?

Et pourtant j'ai envie de tout arrêter, de fermer toutes mes fenêtres, tous mes boîtiers de DVD, de cesser de réfléchir au sujet du prochain post. J'ai envie d'aller me rouler en boule sur un coin de sofa devant Wristcutters: A love story. J'ignore pourquoi mais c'est l'impératif du moment.

Il y a pourtant tant de choses à voir. Dans un monde où les possibilités de faire des découvertes sont quasi-infinies, REvoir n'est-il pas absurde ?

A quel moment est-il un petit peu moins fou de tout lâcher pour regarder à nouveau un film, par opposition à la folie qui me fait lancer un nouveau pilote, ou un très ancien ? En tous cas, de l'inédit. Quelque chose qui me ferait aller de l'avant plutôt que de retourner faire une expérience qui a déjà eu lieu.

Ca a du sens pour une série, un revisionnage : il s'agit de donner une nouvelle chance à un pilote (dans la perspective de se lancer dans toute une saison, voire plus), ou de revoir toute une série avec cette fois une vision d'ensemble (afin de relire des évènements passés avec un regard différent après certains développements).
Mais un film ? Ca n'a pas de sens de revoir un film qui ne dure qu'1h28.

Si encore le film signifiait quelque chose pour moi, comme peut le faire The Fall, disons, mais même pas. Ce film ne m'a même pas marquée tant que ça. Et pourtant maintenant je ne pense qu'à lui.

Wristcutters

Alors, j'ignore pourquoi mais c'est l'impératif du moment.
Si je ne m'en saisis pas maintenant, dans quelques minutes, ce sera évaporé, je le sais.

C'est toujours comme ça. Il y a une phase pendant laquelle l'envie subite est incroyablement puissante, comme une sorte de force d'attraction, et pendant cette phase, résister est ridiculement difficile. J'essaye de le faire mais j'en suis souvent incapable. C'est mon plus gros défaut en matière de visionnages : ce n'est pas que je n'aime pas finir les choses, c'est que je suis facilement tentée par l'idée d'en commencer une nouvelle, et que j'ai du mal à être raisonnable, à reporter. Je sais que du moment où je reporte, je suis bonne pour les Calendes grecques. C'est tout de suite, ici, maintenant.
Je fonctionne beaucoup au coup de coeur et je voulais essayer de partager avec vous l'un de ces moments où je dois lutter contre la force d'attraction d'un visionnage qui vient tenter de s'imposer à moi, parce que c'est comme ça que je le sentais. Je n'ai pas toujours une bonne raison de me lancer (pas toujours une mauvaise non plus), mais j'ai envie.
Et cela prend toute mon énergie que de me dire : non, ce n'est pas le bon moment.

A ce stade, je suis absolument incapable de vous dire comment les choses vont tourner pour cette envie soudaine.

Peut-être que je vais rester 5 minutes de trop devant l'ordinateur, à décortiquer ce soudain coup de tête, et que je vais en oublier d'aller chercher le film dans ma réserve. L'heure va passer et à 3h du matin, je vais réaliser que je dois être au travail dans 7h, et je vais remettre à plus tard. Et mais "plus tard" est une promesse d'ivrogne car je sais bien que c'est le moment ou jamais.

Peut-être que je vais me lever, aller chercher le film dans mes réserves, et m'émouvoir à nouveau devant ce film dont j'ignore complètement par quel procédé il a soudain refait surface dans mon esprit. Quelle notion étais-je en train d'effleurer pour en arriver là ? Quelle image de Bunheads m'a fait faire le lien ? Où se trouve l'association d'idées ? Peut-être que je vais effeuiller ma réserve de films en me demandant comment j'en suis arrivée là.

Même moi, je n'en ai aucune idée. Et vous voulez que je vous dise ? En toute modestie, dans des moments comme ça, pardon, mais c'est chouette d'être moi.

Posté par ladyteruki à 02:36 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

25-06-12

Merci d'avoir ruiné ça pour moi

Depuis quelques années, j'essaye de faire de mon mieux pour laisser à toutes les séries que je découvre une chance de me séduire aussi équitable que possible. C'est d'autant plus intéressant qu'avec, entre autres, mes excursions dans diverses contrées du monde, je découvre de plus en plus de séries, et que ma façon de les découvrir a évolué.

Quand on se "contente" de la télévision américaine, finalement, on peut assez facilement échapper à un certain nombre d'idées préconçues. Il me suffit personnellement d'éviter au maximum les news, les trailers et les reviews, et en général ça se passe plutôt bien. Il arrive même que je lance un pilote sans avoir la moindre idée de qui sera au générique, mais ça, c'est vraiment les jours de grâce ; la moyenne c'est en général que je connais à peu près de quoi ça va causer et qui est devant et/ou derrière la camera, et je m'arrange comme ça. Eviter les reviews est d'ailleurs assez facile, étrangement. Parfois ça m'étonne encore, pour tout vous dire.
Mais quand il s'agit de télévision non-américaine, autant jouer carte sur table tout de suite : n'espérez pas de surprise. Comme l'accès à l'information est loin d'être aussi pléthorique qu'en matière de séries US, le simple fait de tenter de connaitre l'existence d'une série étrangère s'accompagne généralement de la réception de tous un tas d'informations qui font que vous ne pouvez plus être ignorant de grand'chose une fois que le pilote est à portée de mimine. Aussi paradoxal que ça puisse sembler être, la surinformation sur les séries américaines protège.

Cependant, quel que soit mon degré d'accès à des informations sur une série, je tiens à essayer de commencer chaque pilote avec l'esprit le plus ouvert possible. Ca ne veut pas dire que j'embrasse toutes les séries avec amour dans l'harmonie et les chants d'oiseaux ; lancez-moi sur Whitney, mettons, et vous allez voir ce que la série va prendre. Mais ça signifie que j'essaye de commencer chaque pilote avec aussi peu d'idées arrêtées que possible sur ce que l'épisode va m'offrir. Je l'écorche vif seulement ensuite.
C'est par exemple comme ça que je ne ressens pas le plus petit embryon d'hostilité envers Elementary alors que j'ai ressentis quelques uns de mes plus gros orgasmes téléphagiques de 2012 devant Sherlock (et pourtant Dieu sait que j'ai pris un pied monstrueux pendant le premier semestre 2012 !). Rien à faire, j'arrive pas à être dans un autre état d'esprit que "on verra bien ce que ça donne, attendons avant de juger". En fait j'en suis à un tel stade d'attitude zen sur ce genre de choses, que je me surprends à ne pas sautiller d'impatience à l'idée que Last Resort arrive à la rentrée. Ce pitch est fait pour moi, je devrais trépigner d'impatience au point que c'en deviendrait ridicule, et pourtant, je m'en tamponne méchamment le coquillard actuellement. Du jour où un preair se baladera dans les profondeurs d'internet, soyez sûrs que je vais me jeter dessus comme une crève-la-faim, mais je fais ça pour tous les pilotes, alors ça n'est pas un critère. Non, pas d'anticipation enthousiaste ni d'attente au tournant, je ne suis que paix et sérénité. J'attends les pilotes.

Mais parfois, cette jolie position de hippie est quand même un peu difficile à maintenir, soyons honnêtes. Quand vous avez connu quelques uns de vos premiers émois téléphagiques devant A la Maison Blanche (et c'est le cas pour nombre de ma génération de téléphages), la perspective d'une nouvelle série d'Aaron Sorkin, à plus forte raison sur HBO, fait quand même un peu frétiller de la télécommande (une télécommande métaphorique, qui utilise encore ces engins de nos jours ?!). La découverte d'A la Maison Blanche sur France 2 a coïncidé pour moi la pleine période où, libérée des contraintes qui me séparaient d'un accès décent à la télévision (comprenez : je n'avais plus à partager ma télévision avec mes parents), je pouvais enfin faire des centaines de découvertes, et la série s'est tellement insérée dans mon existence alors que mon critère pour garder un mec était de tester sa réaction devant le pilote d'A la Maison Blanche. J'exagère, mais pas de beaucoup.
Bon alors sur la fin, bon, j'ai un peu fauté et j'ai jamais vu les deux dernières saisons (sue me), mais vous voyez ce que je veux dire.

Donc, The Newsroom semblait être une raison de faire entorse à la règle et de me sentir toute émoustillée à l'idée de commencer une nouvelle série de Sorkin.
Le plan pendant longtemps a été d'essayer de temporiser cet enthousiasme en évitant comme toujours tout ce qui pouvait ressembler aux trailers, aux news et aux reviews. Je ne suis actuellement pas capable de vous dire s'il y a eu des trailers, qui est au générique de The Newsroom en-dehors de Sorkin ou même en guest, et...

TheNewsroom

...Et échec total sur les reviews. Je pratique pourtant Twitter depuis plus de 3 ans mais rien à faire, en dépit d'une technique jusque là irréprochable pour éviter les influences extérieures, impossible d'échapper au raz-de-marée de retours négatifs, pour ne pas dire incendiaires. L'échec critique (ou supposé tel) est absolument partout.

Mais je crois que le pire, c'est que ça s'apparente presque à du bashing à ce stade. Parce que je ne lis même pas vraiment que The Newsroom est mauvais.

Ce weekend j'ai craqué. Deux fois.
Quand j'ai appris que le pilote avait leaké avec quelques heures d'avance, j'ai supplié l'ami Doctor Bluth de me fournir ma dope. Je n'y tenais plus. Mais qu'est-ce qu'ils avaient donc tous à se lâcher comme ça sur The Newsroom ? Avec la bonne prescription, je me suis donc ruée sur le preair... que j'ai aussitôt effacé. Non, non lady, tu peux attendre quelques heures que le pilote soit diffusé. Si tu te précipites dessus, tu ne seras pas objective. Essaye de comprende ce qui se passe autour de cette série pour que tout le monde unanimement joue à la piñata avec. Merci quand même, Docteur, mais finalement, ça va passer tout seul.
Quelques heures plus tard, j'ai cédé et lu un papier sur la série, paru sur The Globe and Mail. Une interview de Sorkin par Sarah Nicole Prickett. Enfin, pas vraiment : l'entrevue avec Sorkin était soit brève, soit étonnamment silencieuse, car Prickett se contente de taper à bâtons rompus sur l'homme, en ne rapportant presqu'aucun de ses propos et en ne parlant presque pas du pilote. Du coup à part faire un procès d'intention à Sorkin, on n'en saura pas plus. The Newsroom est-elle une mauvaise série ? On ne le saura pas. On n'en a pas l'impression. On sait juste que le simple fait de se passionner pour un personnage masculin dans un contexte de media mainstream est sexiste, paternaliste et rétrograde. Vlan dans les dents.

Ces deux mésaventures de ce weekend ont eu énormément de conséquences sur moi et mon espoir de prendre les choses avec distance et, autant que faire se peut, objectivité.

Mais d'objectivité il ne peut plus être question. Comment faire preuve d'objectivité en lisant le flot de commentaires à la limite du haineux ? Soit on se laisse influencer par eux et on aborde le pilote de The Newsroom avec méfiance, en cherchant la preuve que ces commentaires sont exacts et fondés ; soit au contraire on se laisse influencer par eux et on regarde le pilote de The Newsroom en y cherchant la preuve que la série est bonne en dépit de ce qu'en disent les critiques (qui ont souvent l'air de fonder leur réprobation sur autre chose que la qualité intrinsèque du pilote). Comment dompter mon esprit pour échapper à cette polarisation, dans pareil contexte ?

Est-ce que Sorkin est vraiment un enfoiré sexiste, paternaliste et rétrograde ? Peut-être, qu'est-ce que j'en sais... Est-ce que son succès commence à faire un peu chier ? J'en sais rien, je suppose, mais il y a des envieux partout et tout le temps, alors pourquoi maintenant... Est-ce que ses séries dévoilent une façon d'envisager la société, la politique et la nature humaine qui soit légèrement teintée de conservatisme ? Possible, personne n'a jamais dit que c'était incompatible avec la pensée libérale...
Mais Sorkin écrit aussi des choses absolument brillantes, quand même, bordel.

Et le problème majeur de la plupart des séries fortement conservatrices à la télévisions, c'est qu'elles puent du script.
Vous prenez les Anges du Bonheur ou The Secret Life of the American Teenager et vous avez tout compris. Elles ne sont pas les seules (au contraire, c'est vraiment de la caricature de série conservatiste, j'en suis bien consciente), parfois certaines sont un peu moins pires, mais grosso-modo, on en est là. Les idées y sont simplifiées, les rôles des sexes dans la société, la totale. Les séries conservatrices n'ont même pas besoin que les reviews écrites par des libéraux les écorchent, elles se font du tort à elles-mêmes parce que la majeure partie du temps, les scénaristes conservateurs veulent véhiculer leurs idées de la façon la plus simpliste possible, pensant visiblement s'adresser à des cons.
Alors si un type comme Aaron Sorkin arrive à faire de la grande télévision en employant certaines idées un peu passéistes des conservateurs, mais grand bien lui fasse, on en a besoin, de comme lui !
Parce qu'en réalité, des mecs capables d'écrire d'aussi bonnes choses (fussent-ils un peu trop contents d'en être capables ; la télévision intelligente, c'est redevenu un gros mot, ou quoi ?), même du côté des gens totalement modernes sur toutes les idées de société, on n'en a pas non plus des millions. On peut avoir des idées modernes et ne toujours pas savoir écrire une série. Qu'est-ce qui est préférable ?

Je refuse une télévision qui refuserait d'aborder certains concepts, certaines postures, certains réflexes, au prétexte que c'est pas assez moderne. La bonne télévision n'est pas forcément la télévision qui partage nos idées (ou pas toutes). Et j'ai envie de croire qu'on peut apprécier la fine écriture de Sorkin sans partager toutes ses idées. On n'a pas de couteau sous la gorge, il me semble. On peut avoir adoré Bartlet et ne pas avoir été d'accord avec toutes ses décisions (rien que l'histoire de la sclérose, bon...). Pour autant, le personnage était brillamment écrit, et permettait d'articuler plein de concepts qui ont poussé des millions de télespectateurs à réfléchir sur des sujets auxquels ils n'auraient pas forcément consacré beaucoup de réflexion sans la série. Si cela nécessite un scénariste un peu paternaliste, qu'il en soit ainsi !

Voyez, déjà, je sens que d'objectivité il n'est plus question. Et c'est là que je m'aperçois que j'ai mis un doigt dans l'engrenage : désormais, si je regarde le pilote de The Newsroom, je vais en attendre plein de bonnes choses... Dans le fond, peut-être que les critiques avaient raison ? Désormais, le visionnage du pilote de The Newsroom sera forcément entaché par les avis qui l'ont précédé, par l'impression de lâchage un peu injuste qui en ressort (toute unanimité est douteuse, non ?), et par mon histoire avec A la Maison Blanche notamment. La moitié de mon plaisir à aborder ce pilote a été gâchée.
Et, oui : j'ai dit "si".

EDIT : cet article a été préparé à l'avance, because ce soir, c'est enregistrement du podcast !

Posté par ladyteruki à 23:10 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

13-06-12

Emmy wonderland

Cycliquement, ça me prend. Soudain j'ai une furieuse envie de regarder les Emmy Awards.

C'est que j'adore les Emmy Awards, comme vous n'êtes pas sans le savoir.
Il s'agit en effet d'une véritable passion, qui a été largement documentée et expliquée dans ces colonnes, notamment ici et , ou plus récemment par-là. En fait, si vous avez manqué ces posts, leur lecture est un excellent complément à ce que je m'aprête à vous raconter. Je dis ça comme ça, hein.

Pour moi, c'est vraiment un moment de plaisir, et il m'est souvent arrivé de revoir de "vieilles" cérémonies juste pour le fun, évidemment dans la limite des stocks disponibles parce que ça, hélas, on ne peut pas l'acheter en DVD (au passage, j'ai beau regretter cet état de fait, je ne suis pas vraiment surprise par l'absence d'édition à des fins commerciales, ce serait probablement un casse-tête un peu ruineux vu le peu de bénéfice engendré).
M'envoyer une cérémonie des Emmy Awards alors que ce n'est pas la période des Emmy Awards est en fait quelque chose que je faisais même beaucoup plus souvent avant. Je veux dire, sérieusement, même à raison d'un post par jour, je n'ai pas le temps de vous raconter tout ce que je vois, et je n'ai même pas le temps de regarder tout ce que je veux non plus ; alors insérer une cérémonie de 3h là-dedans devient un peu compliqué quand j'étends ma consommation de séries à TOUTE la planète. Croyez-moi quand j'affirme que ce sacrifice ne se fait pas sans un pincement de coeur.

Alors, puisque j'avais quelques heures devant moi en fin d'après-midi, je me suis lancée dans des fouilles archéologiques pour retrouver mon CD de la cérémonie de 2006, qui est ma seconde préférée après celle de 2002, que j'ai en VHS et que je ne peux donc plus regarder, mais qui est introuvable en intégralité sur la toile alors on fait comme on peut. D'ailleurs si internet est bien fait, l'un de vous en commentaire va me filer un lien en me disant sèchement que je ne sais vraiment pas chercher.
La première des constatations, tragique, a été de m'apercevoir que le CD avec les Emmy Awards de 2006 ne fonctionne plus. Je pense que ç'aurait une plus grande espérance de vie, ces machins, zut alors.
La seconde a été, de rage, de dépit et de frustration, d'aller me découper tous les numéros d'ouverture des Emmys auxquels j'ai encore bel et bien accès dans ma réserve et d'ensuite les regarder en boucle. Ca m'a bien détendue.
Ils tournent toujours sur mon ordinateur alors que je rédige ce post. Je pense que les voisins en ont au minimum pour la soirée à m'entendre applaudir Neil Patrick Harris. Mais c'est une simple estimation ; à leur place je ne fonderais pas trop d'espoir avant la fin de la semaine.

EmmyWonderland

Bon, l'idée de ce post n'est pas tant de vous détailler mon délice chaque fois que la video suivante sur ma playlist aléatoire démarre, mais plutôt d'essayer de comprendre pourquoi je suis dans cet état-là, précisément, en ce moment.

La première des choses à savoir, c'est que je raffole d'absolument tout ce qui est lié aux Emmy Awards. La cérémonie est l'accomplissement de semaines, que dis-je ? De mois pendant lesquels lentement mais sûrement je guette les signes annonciateurs qui me confirment que la date se rapproche. Ce qui veut dire que si je suis intéressée par la soirée elle-même, naturellement, tous les épi-phénomènes ont tendance à piquer ma curiosité.

En ce moment, vote oblige, ce sont les différentes bannières affichées sur les sites (à l'instar de Deadline) qui murmurent le doux nom des Emmys à mon oreille une bonne douzaine de fois par jour. Comment voulez-vous résister ?
Quand je commence à voir ces promos quémandant des votes, je ressens un peu la même chose qu'un enfant qui découvre que les rues ont été pourvues de guirlandes en novembre, et qui en conclut que cela signifie que la soirée tant attendue est un toute petit peu plus à portée de clic. Bien souvent, ces photos n'ont guère plus d'intérêt qu'un simple poster promotionnel, voire même moins encore, et il n'y a pas de quoi s'électriser simplement parce que les mots "For your Emmy consideration" (ou les variations possibles à partir de là) s'affichent sur mon écran d'ordinateur. Et pourtant, c'est bel et bien le cas, tout simplement parce que cela indique qu'on est passés dans un stade concret de la préparation de la soirée.
Il n'est même pas nécessaire à mes yeux que ces promos portent sur des séries que j'aime et/ou que je regarde. Au contraire, l'un de mes plaisirs lorsqu'il s'agit des Emmy Awards est de prendre ce rendez-vous annuel comme une célébration globale de la télévision et de ses richesses.
Je garde toujours quelque part dans mon coeur l'émotion vive que j'ai ressentie la première fois que j'ai vu un extrait de l'épisode On the beach lors de la cérémonie diffusée par Série Club en 2002, pendant que défilait la liste des épisodes nommés dans une catégorie. A l'époque je n'avais pas encore vu l'épisode et j'ai été frappée par la puissance qui se dégageait pendant cette poignée de secondes. Les Emmy Awards sont l'opportunité de ressentir le même genre de révélation, peut-être, si on a de la chance. C'est pourquoi je suis contente que chaque série ait sa chance dans ces promotions mendiant la plus petite nomination, pourvu de faire preuve d'un minimum de réalisme (parce qu'il faut pas pousser, quoi, un Emmy ça ne se gagne pas avec un simple regard de velours).

ForYourConsideration-BreakingBad

D'après le calendrier fourni par le site de l'Academy of Television Arts & Sciences, le premier volet des votes s'achève à la fin du mois, et conduira à l'annonce des nominations à la mi-juillet. Là encore, j'adore suivre les nominations.
Jusque là je n'en ai jamais eu la possibilité, mais j'espère bien un jour pouvoir regarder leur annonce en live également, de la même façon que pour la première fois j'avais pu regarder la cérémonie en direct à l'automne dernier. Je suis à peu près convaincu que l'énumération de ces nominations n'a rien de commun avec le grand évènement dont je suis si familière, tant par la durée que la sophistication du "show", mais c'est vraiment une énergie que je voudrais pouvoir capter moi-même plutôt que simplement lire les compte-rendus ou voir éventuellement les extraits en ligne.
Je me demanderai toujours comment les professionnels nommés (ou non) réagissent à cette annonce, dans l'intimité de leur writer's room ou leur salon. Ma foi, il y a et il y aura toujours des limites à l'expérience qu'on peut faire des Emmy Awards, hélas.

Vous le voyez, je tiens les Emmy Awards en très haute estime. Ce qui est encore plus intéressant dans ma dévotion envers la cérémonie, c'est qu'elle lui est entièrement particulière.

Il est bon de noter que j'apprécie les cérémonies de récompenses en général ; comme chaque année d'ailleurs, les Tony Awards m'ont rappelé voilà quelques jours combien le théâtre est difficile d'accès dés que se pose la question de la géographie. Je ne saurai que vous conseiller de jeter au moins un coup d'oeil au numéro d'ouverture de cette année, tant qu'on en est à parler retransmissions télévisées.
Mais si je suis relativement bon public pour cette soirée et quelques autres, c'est de façon plus superficielle : j'attends simplement un show, et de repérer des visages connus. Il n'y a pas la même résonnance émotionnelle que pour les Emmy Awards dont j'ai pu parler dans des posts antérieurs.
Plus étonnant, je me tamponne royalement le coquillard de la cérémonie des Oscars. Je crois bien que cette année, avec la victoire de The Artist, était la première fois que j'ai regardé des acceptance speeches sur Youtube, et encore, deux ou trois, guère plus ; et je n'ai pas considéré un seul instant de regarder la cérémonie dans son intégralité. Mais bon, il n'est plus à prouver que mon attraction pour le cinéma est très, très relative.
Pire encore, je n'éprouve pas du tout la même chose que pour les Emmys lorsqu'il s'agit des Golden Globes, qui pourtant proposent des prix relatifs à la télévision. Mais il faut dire que je ne ressens pas du tout la même ambiance pendant cette soirée qui a le culot de se dérouler devant un parterre de convives attablés à un dîner ! Je ne plaisante pas, c'est vraiment l'un de mes problèmes avec les Golden Globes. Plus généralement, ces statuettes sont remises sur la base des votes de journalistes ; or à mes yeux une récompense n'a de prix que si elle est remise par vos pairs.
Je suis affreusement élitiste, vous le voyez, derrière mes yeux remplis d'étoiles à la simple mention des Emmy Awards.

En réalité, c'est même pire que ça puisque je ne regarde pas les Daytime Emmy Awards non plus (il faut dire que je ne regarde aucune série américaine diffusée en daytime, alors forcément), ce qui est je dois le dire une cérémonie qui pique ma curiosité mais que je ne suis pas sûre d'avoir la patience de regarder plusieurs heures d'affilées. Mais un peu de la même façon que je l'ai fait pour beaucoup d'autres choses par le passé, quelque chose me dit que ce petit blocage ne durera pas forcément. Un jour, la curiosité l'emportera...

Oui, les Emmy Awards sont la meilleure période de l'année, le grand évènement téléphagique auquel je suis fidèle, année après année. Et chaque année un peu plus, à vrai dire, l'ère de l'hyper-information aidant : notre accès aux tenants et aboutissants de cette cérémonie s'élargit constamment. Il est loin le temps où Série Club était ma seule source pour avoir accès à la cérémonie... Que de chemin parcouru en 10 ans de lune de miel sans cesse plus intense avec cette soirée exceptionnelle si cher à mon coeur !

...L'année dernière, j'avais essayé de partager mon enthousiasme pour l'évènement à travers des anecdotes sur l'histoire des Emmy Awards, que vous pouvez retrouver sur SeriesLive.

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Vous vous en doutez, je vous reparlerai encore de nombreuses fois de cette cérémonie. Par exemple quand j'aurai trouvé une copie de l'émission de 2002 ?
C'est pas grave. Il fallait que je le tente...

Posté par ladyteruki à 22:42 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

12-06-12

Series finally

Ah, nous y voilà ! Enfin ! Bunheads a démarré hier soir sur ABC Family, et vous savez ce que ça veut dire ? Qu'il reste moins d'une semaine avant un épisode inédit !!!

Bunheads-Finally

Je ne prétends avoir aucune sorte d'expertise en marketing, donc je me contente de juger en tant que spectatrice, mais cette histoire de balancer les pilotes en ligne par des canaux légaux plusieurs semaines par avance (une pratique qui tend à s'étendre à de plus en plus de séries depuis quelques années), ça me semble encore très perfectible.

Dans l'hypothèse où vous avez aimé le pilote (et c'est évidemment à souhaiter), vous vous retrouvez dans la situation intenable de devoir patienter plusieurs semaines jusqu'à la diffusion du series premiere sur la chaîne. Je suppose que l'idée est de faire monter le buzz en encourageant les reviews (sans compter évidemment l'activité sur les réseaux sociaux), mais on est en droit de se demander où est la gratification pour le fan ainsi nouvellement créé, qui, frustré, se retrouve à attendre plusieurs semaines... une pure et simple rediffusion.
Et on a déjà établi que c'était le mal.

Sauf que j'y repensais dans le cas de Bunheads parce que ce procédé, qui me met en rage, n'a pourtant rien de différent d'une autre démarche, en pratique.
Je suis la première à me ruer sur un preair, à plus forte raison pour avoir la joie de faire l'exercice de comparaison avec le "véritable" pilote ensuite (ainsi j'ai attentivement regardé les deux versions de Bunheads et suis en mesure, pas moins de 7 visionnages plus tard, d'attester avec la plus grande autorité qu'il n'existe aucune différence !). Chaque été je me mets en chasse du plus petit leak, fût-il parfois relativement consensuel, et je garde un tendre souvenir de nombreuses séries que j'ai commencées de la sorte (pas toutes, puisqu'à l'instar de True Blood, il est des séries pour lesquelles on ne peut contraindre mon enthousiasme).
Incidemment je commence à peu près maintenant à organiser ce genre de chasse (vous savez : quand les compteurs des disques durs commencent à s'éclaircir ?), donc là on peut dire que je suis au coeur de la question. Et ça ne me dérange pas le moins du monde, j'y prends au contraire le même plaisir que quand je me mets dans la tête de dégoter un pilote unsold, par exemple, ou que je décide de me bloquer deux heures pour trouver le premier épisode d'une série obscure diffusée il y a plus d'une décennie (cet aprem c'était Citizen Baines, par exemple, et d'ailleurs l'appel est lancé, au passage, parce que j'ai échoué lamentablement dans ma quête).

Mais qu'une chaîne décide de sortir légalement le premier épisode plusieurs semaines par avance, et je le vis très mal. Il faut dire que je suis assez peu réceptive au concept de patience en général (mais peut-être l'aviez-vous remarqué).
Quelque part dans mon esprit tordu, je pense que je le prends comme un affront parce qu'il me semble qu'on fait exprès de m'exciter, pour ensuite me laisser dans la plus totale frustration. Ca doit être quelque chose de cet ordre-là.

Pourtant dans les faits, les résultats sont les mêmes.
C'est même pire pour un preair, qui souvent est séparé d'un mois minimum de la date de lancement, plus souvent deux et plus (je me rappelle encore du preair de Pushing Daisies, c'était un soir de juillet, que de souvenirs... or le series premiere a été diffusé par ABC en octobre, et vous ne m'aviez pas entendue me plaindre, ou si peu) ; les chaînes sont attentives à ne pas laisser une trop grande période d'attente entre leur diffusion sur internet et celle sur leur antenne, donc au final, l'avantage leur revient, quelque part.
Mais voilà, émotionnellement, si je puis dire, on n'aboutit pas au même résultat. Je n'en garde pas rancune envers les séries concernées pour si peu (je maintiens par exemple que House of Lies a été l'une des meilleures séries du début de l'année), mais le procédé me heurte quand même.

Devoir attendre près d'un mois entre le pilote et le second épisode, ça va quand c'est moi qui en fais le choix, mais quand c'est la chaîne qui me l'impose, ça ne prend pas encore totalement. Il est probable que l'impression d'avoir réussi à "filouter" le système participe à la sensation d'accomplir une mini-victoire (de salon, on est bien d'accord), quand l'autre me met dans une position inconfortable de proie d'une opération qui attend de moi que je fasse la promo d'une série à la place de ceux qui devraient faire la promo de la série.
Tout est une question de point de vue, en somme. Mais il est certain que cette méthode n'a pour l'instant pas que des avantages, du point de vue du spectateur, qui se sent un peu comme une blogueuse mode ou beauté à qui on envoie des échantillons. Ne ressent-il pas comme une obligation de se faire le champion de sa découverte ?

En-dehors de ces considérations, je me demande si cette manoeuvre a jusqu'à présent eu beaucoup de succès du point de vue des chaînes. Si quelqu'un a de la lecture à me suggérer depuis le sujet, je ne demande qu'à chausser mes lunettes et me pencher sur la question. Peut-être que si j'avais l'impression que ça fait une différence, je le vivrais différemment...

Posté par ladyteruki à 23:01 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]